Laurence Garnier : " Le prix de l'échec universitaire est d'un demi-milliard d'euros par an " - Vidéo
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 60 %Attaque 30 %Défensif 10 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 91 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:57OuverteRéponse directe
Quelle est la difficulté principale pour nos universités ?
- 1:41RelanceRéponse directe
Pourquoi Parcoursup aggrave-t-il le problème selon vous ?
- 3:12OuverteRéponse directe
Pourquoi proposer de faire du bac une simple condition d'accès ?
- 4:49RelanceRéponse directe
Votre proposition de faire du bac un diplôme de fin d'études et non un droit d'accès est-elle réaliste ?
- 6:00OuverteRéponse partielle
Le ministre partage-t-il votre constat sur le calendrier ?
- 6:39FerméeÉludée
Cette mesure sera-t-elle dans le programme de Bruno Retailleau ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 3:45PrésentateurFait
« Beaucoup d'enseignants-chercheurs nous ont fait part de lacunes profondes de leurs étudiants dans les disciplines fondamentales. »
- 9:17PrésentateurChiffre
« Le taux de mention très bien a été multiplié par 10 au cours des dernières années. »
- 10:32PrésentateurChiffre
« On est à plus de 90%, 95% pour le bac général. »
- 12:55PrésentateurFait
« Le financement du système universitaire français va dans le mur. »
- 13:04PrésentateurFait
« À horizon 2030, les déficits seront tels que nos universités ne pourront plus fonctionner. »
Temps de parole
- Présentateur60 %
- Laurence Garnier14 %
- Invité12 %
- Invité 210 %
- ?3 %
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Public
Sénat, en partenariat avec la presse régionale, vous propose Bonjour Chez Vous.
Laurence Garnier, vous êtes sénatrice à l'air de Loire-Atlantique et rapporteur de la commission d'enquête sur la capacité des universités françaises à garantir l'excellence académique du service public de l'enseignement supérieur. Et vous avez jeté un pavé dans la mare avec votre rapport qui a fait réagir et particulièrement votre proposition de faire du bac une simple condition d'accès aux études supérieures et non une garantie comme c
'est
le cas actuellement. On va bien sûr longuement y revenir, mais avant de la détailler, un mot peut-être sur le contexte général pour nos universités. Le classement de nos universités françaises dans le classement de Shanghai. La France est dixième au rang mondial, sixième nation la plus représentée, quatre universités dans le top 100 dont Paris-Saclay à la treizième place. C'est la première université non anglo-saxonne puisque c'est les anglo-saxons qui trossent les premières places de ce classement. Tout n'est pas noir pour nos universités.
La difficulté pour nos universités,
c
'est précisément d'accéder à l'excellence dans ces classements internationaux. Le classement de Shanghai en est un, il y en a d'autres. Et
l
'ouverture à tous,
à
tous les bacheliers, de leur porte à l'entrée en licence. Et la difficulté est là. Les présidents d'universités nous l'ont dit. Vous nous demandez, à raison, de faire de l'excellence à la sortie sur l'excellence académique sur la recherche en demandant de prendre tout le monde à l'entrée. C'est ce que certains ont résumé en disant, vous nous mettez sur la ligne de départ, vous nous demandez de courir un marathon, les études universitaires sont longues, vous mettez 3 kilos de plomb dans le sac à dos et il faut qu'on arrive les premiers à la fin. C'est ça qui n'est pas possible.
Et aujourd'hui, moi ce que je pointe avec le rapport, ce sont des étudiants qui certes ont eu leur baccalauréat et aujourd'hui ont un droit d'accès à l'enseignement supérieur, mais qui parfois ont arrêté les mathématiques en terminale et se retrouvent par le jeu des affectations par cours sup ou parce qu'on les a mis là au chausse-pied dans des licences de mathématiques, qui se retrouvent en licence de philosophie alors qu'ils sont issus d'un bac professionnel où ils n'en ont jamais fait. Le cas le plus emblématique, dans une licence de STAPS, option cavalier, pour des étudiants qui ne sont jamais montés sur un cheval. C'est tout ça qui ne va pas.
Comment voulez-vous que les universités conduisent à l'excellence académique des étudiants qui n'ont pas les prérequis nécessaires ? Parcoursup a aggravé le problème, selon vous
?
Parcoursup,
c
'est un outil, c'est ce qu'il faut bien comprendre, qui permet et qui a beaucoup de vertus. Ça nous a été dit par les présidents d'universités parce qu'il a élargi le panel de recrutement des étudiants à la France entière. Ça pose d'autres questions, on pourra en parler tout à l'heure, notamment par exemple en termes de logement. Mais Parcoursup
fonctionne.
Ce qui ne fonctionne pas, c'est la conception qu'a le ministère de l'Enseignement supérieur, de trouver une place pour chaque bachelier, quelle que soit cette place, quelles que soient ses aspirations et quelles que soient ses prérequis. C'est ça qui ne fonctionne pas aujourd'hui. Je précise quand même que l'objectif de notre rapport, ce n
'est
pas de laisser sur le côté des étudiants, c'est au contraire d'accompagner l'ensemble d'une classe d'âge vers l'excellence. –
Et
justement, on va revenir sur la question du bac, mais pour dresser un petit panorama avant de rentrer dans le détail de vos rapports, on a parlé du classement de Shanghai, c'est les universités, il y a le classement PISA aussi, ça, ça évalue les élèves de 15 ans, donc avant le bac, les élèves du lycée. Là, c'est moins réjouissant, c'est-à-dire que les résultats n'ont jamais été aussi bas depuis 20 ans. Est-ce que le problème, il se situe avant le bac
? –
Il est clair que les universités sont en aval des difficultés clairement identifiées au niveau du lycée. Beaucoup d'enseignants-chercheurs nous ont fait part de lacunes profondes de leurs étudiants dans les disciplines fondamentales, les sciences, les mathématiques, la compréhension de l'écrit, l'orthographe. J'ai pu consulter moi-même un certain nombre de copies d'étudiants en licence littéraire, en histoire, en lettres modernes, qui sont truffés de fautes d'orthographe du début à la fin. Donc c'est tout ça qui ne va pas. Aujourd'hui, il faut
trouver
un système, on fait des propositions très fortes, pour accompagner l'ensemble des étudiants plutôt que de les précipiter vers l'échec. Ce qui se passe aujourd'hui, je vais vous donner juste un chiffre, aujourd'hui, un étudiant qui s'inscrit
en
licence, cinq ans après, a une chance sur deux de sortir de l'université sans diplôme universitaire. Je voyais que vous intitulez le reportage « Le prix de l'excellence universitaire ». Moi, je voudrais vous parler du prix de l'échec universitaire, qui est un coût humain, social et financier, plus d'un demi milliard d'euros par an.
Et on va y venir, puisqu'on le disait, vous êtes la rapporteure de cette commission d'enquête pour restaurer l'excellence académique, Audrey, avec des propositions qui, on disait, nous n
'avons
pas manqué de faire réagir.
Avoir son bac ne garantirait plus l'accès à l'université. Vous l'avez évoqué, c'est l'une de vos propositions chocs, car d'après vous, l'université française accueille, ouvre actuellement trop grand ses portes. Son rôle, donc, actuellement, c'est d'accueillir tout le monde, ce qui rend les choses compliquées ensuite pour être sur les podiums mondiaux. Vous comparez même cela, vous l'avez dit, à courir un marathon avec un sac de plomb. Votre solution, c'est donc de faire du baccalauréat un diplôme de fin d'études et non plus un droit d'accès aux supérieurs. Libre ensuite aux universités de définir elles-mêmes leurs critères d'admission, voire même de faire des concours.
Alors, pourquoi vous proposez cela ? Vous l'avez un petit peu évoqué. Dans les faits, la sélection, elle existe déjà, mais a posteriori. Un étudiant sur deux seulement passe de la première année de licence à la deuxième année. Et le chiffre que vous avez évoqué, un étudiant sur deux n'obtiendra aucun diplôme de l'enseignement supérieur, même après cinq ans d'études. D'après la Cour des comptes, ces échecs coûteraient 350 millions d'euros par an à l'université, sans compter la douleur de l'échec personnel. Alors, on a posé la question au ministre de l'Enseignement supérieur sur cette proposition de votre rapport. Il vous rejoint sur le constat, mais peut-être pas forcément sur le calendrier.
On l'écoute.
Je
pense qu'il faut qu'on réfléchisse et peut-être qu'il faut mettre des années de propédotique, des années de rattrapage, post-bac, pour un certain nombre de bacs en tout cas, pour être sûr que les gens qui s'engagent dans des études supérieures aient les moyens de réussir. Parce que sinon, c'est une fausse promesse qu'on fait, c'est une hypocrisie. Et donc, je crois vraiment que ce sujet-là, encore une fois, ce n
'est
pas une réforme qui sera mise en place dans les mois qui viennent. La question de la place du baccalauréat est une question qui doit être discutée
au
moment de la présidentielle, parce que c'est un grand sujet de société.
Justement, Laurence Garnier, vous êtes la porte-parole du candidat à la présidentielle, Bruno Retailleau. Est-ce que cette mesure va être inscrite dans son programme
? C
'est tout le travail qu'on était en train de faire. Et ce qui nous intéresse, encore une fois, c'est d'accompagner les étudiants français vers la réussite. On a besoin de ces étudiants. Ils sont moins nombreux. Ils seront, en tout cas demain, moins nombreux qu'avant. Donc, notre responsabilité, c'est de les accompagner vers l'excellence. Vous voyez les classements PISA. Ils sont alarmants. On voit que la France décroche en matière de compréhension de l'écrit, en mathématiques, en sciences. Et c'est là que vous avez raison. Il y a beaucoup de choses qui se jouent aussi en amont.
Mais on ne peut pas demander aux universités qui accueillent nos étudiants après le bac de rattraper 15 années d'éducation avec les forces qu'elle a encore, heureusement, et beaucoup de faiblesses, et ce retrait de la France dans les classements PISA. Donc, bien sûr, ce sont des propositions que nous porterons. Et le ministre, quand il évoque le calendrier, évoque évidemment la pré-présidentielle. Et c'est évidemment à cette échéance-là que les choses pourront se jouer. Ce rapport, il a vocation à devenir ensuite un texte de loi, je
l'espère, un
projet de loi lorsque Bruno Retailleau aura remporté l'élection présidentielle
en mai prochain. Donc, vous,
vous êtes d'accord ? Ça veut dire que votre rapport, il va être sur un placard pendant encore un peu plus d'un an, un peu moins d'un an.
Allez, vous êtes d'accord avec ça ? Rassurez-vous, comptez
sur moi. On ne va pas le mettre dans un placard, certainement pas. Je vais continuer à l'expliquer, à rencontrer les acteurs qui, d'ailleurs, me sollicitent à l'issue de la remise de ce rapport. J'en ai rencontré beaucoup en amont au cours des auditions. On a fait près d'une centaine d'heures d'auditions. Donc, ce rapport va continuer, au contraire, à alimenter, et je le souhaite,
et
c'est le chemin que ça prend, le débat public et politique dans le courant des mois à venir. Il fera l'objet de propositions fortes de Bruno Retailleau dans le cadre de l'élection présidentielle.
Et
ensuite, effectivement, nous souhaitons pouvoir le décliner dans un projet de loi qui permettra d'offrir à nos étudiants toute cette palette de propositions. Une année de propédotique pour ceux qui ont un vrai projet motivé, mais qui n'ont pas les moyens, à l'issue du baccalauréat, de réussir. L'augmentation des filières professionnalisantes qui correspondent à beaucoup d'aspirations des étudiants français, mais dans lesquelles ils ne trouvent pas de place aujourd'hui. C'est pour ça aussi qu'ils se retrouvent dans des licences de lettres modernes ou de philosophie qui sont des matières formidables, mais qui ne correspondent ni à leurs aspirations, ni à leurs compétences.
Mais est-ce que vous allez jusqu'à dire aujourd'hui que le bac est un diplôme qui n'a plus de valeur
?
La question de la valeur du baccalauréat, il faut évidemment la poser. Vous savez, beaucoup de Français, on peut leur raconter ce qu'on veut, ils voient bien. Ils ont des yeux, ils voient. Je crois que le taux de mention très bien a été multiplié par 10 au
cours des dernières années.
Non mais
ça, c'est un paradoxe. C'est vrai que ça a
interpellé au moment du
classement PISA, c'est-à-dire la France
baisse et
le taux de mention
très bien augmente. Et en fait, c'est là toute l'hypocrisie du système. Mais les Français ne sont pas dupes. Et du reste, nous avons, à l'appui de nos travaux, mené un sondage avec l'Institut CSA. Et quand on a demandé aux Français « Est-ce que vous êtes favorable au renforcement de la sélection à l'entrée de l'université ? » Donc, c'est la même question. Regardez de l'autre côté, par rapport à la valeur du bac. Les Français, à plus des deux tiers, disent « Oui, nous sommes favorables au renforcement de la sélection à l'entrée à l'université. » Donc, ça veut dire qu'ils comprennent parfaitement qu'aujourd'hui, on a un sujet sur, effectivement, le niveau du baccalauréat qu'il faut poser.
Mais en tout état de cause, ça n'est pas aux universités de rattraper l'ensemble des étudiants qui ont eu leur bac avec mention et qui ne sont pour autant pas forcément capables de réussir dans
l'entraînement supérieur. Mais est-ce que ça a été une
erreur de dire qu'il fallait amener 80% d'une classe d'âge au bac
? Après,
ce sont des choix politiques. Si on dit, et c'est ce que nous proposons, que le baccalauréat doit sanctionner la fin des études secondaires, on peut tout à fait l'entendre. En tout cas, c'est une réflexion politique qui, dans un pays comme le nôtre, peut tout à fait être posée. Aujourd'hui, on n'est pas à 80%, on est à plus de 90%, 95% pour le bac général. Donc, vous voyez qu'il y
a
encore eu une marge de franchi. Et puis, surtout, comment est-ce qu'on accompagne ensuite ces étudiants pour faire des métiers dans lesquels ils s'épanouiront et qui correspondent aussi aux besoins du marché du travail français et de la société française plus largement ? C'est ça, l'objectif d'une formation académique, universitaire ou pas d'ailleurs, de qualité.
C
'est de permettre
à nos jeunes de trouver leur place dans la société.
Revaloriser les autres filières, revaloriser les filières professionnelles et
dire que
le bac n'est pas l'absolue nécessité.
Évidemment, les filières professionnelles avant le baccalauréat, tout à fait. Et l'intelligence artificielle commence aussi à bouger les lignes par rapport à tout ça, parce qu'on voit bien que les métiers manuels ne seront pas remplacés par l'intelligence artificielle. Et puis, les filières professionnalisantes aussi après le baccalauréat, qui sont des filières de formation courtes, qui aujourd'hui sont trustées par des étudiants qui ont obtenu leur bac général et qui, de fait, poussent dehors les étudiants de bac pro et technologique pour qui ces filières étaient conçues initialement. Donc,
vous
voyez bien que le système marche sur la tête et on n'est pas capable aujourd'hui d'accompagner nos étudiants vers cette excellence.
Autre
mesure, Audrey, qui pourrait s'inviter dans la présidentielle, votre rapport, Laurence Garnier, préconise d'augmenter considérablement les frais d'inscription.
Aujourd
'hui, un étudiant paie autour de 178 euros pour une année de licence, 255 euros pour une année de master. La proposition du rapport, de votre rapport, propose de porter ses droits à 900 euros pour une année de licence et 1300 euros en master. Ça ne concernerait pas les étudiants boursiers. Alors, moi, j'ai fait L, mais c'est x5 à peu près. L'objectif,
c
'est de donner plus de ressources aux universités, mais aussi de créer un signal pris. En clair, éviter que les études soient si peu chères, entre guillemets, que certains s'y inscrivent sans réel projet. Alors, votre collègue communiste, le président de la commission, Pierre Ouzolia, estime que cette mesure va à l'encontre de l'universalité. L'université, qui doit être un service public, ça empêcherait aussi la mixité sociale. Selon lui, on se dirige vers un modèle à l'américaine où certains renoncent aux études parce que c'est trop cher. Qu'est-ce que vous lui répondez ? Ces deux visions de l'université ?
Je lui réponds que
le
système aujourd'hui, le financement du système universitaire français va dans le mur. Ça, c'est factuel. C'est ni de gauche, ni de droite. Toutes les études le disent. À horizon 2030, les déficits seront tels que nos universités ne pourront plus fonctionner. Elles ont déjà des difficultés aujourd'hui. Donc, quand on parle de ce constat, il faut qu'on fasse des propositions. On en fait un certain nombre. La première, c'est l'augmentation, vous venez de rappeler, des frais d'inscription à l'université qui ne concernent pas effectivement les boursiers et qui est doublée par une réforme du système des bourses qui aujourd'hui pose trop de problèmes à trop de familles.
Donc, on double cette augmentation par la réforme des bourses pour garantir précisément cet égal accès de tous à l'enseignement supérieur. Et là-dessus, je rejoins mon collègue Pierre Ouzoulien.
Une
deuxième chose, c'est qu'on propose aussi d'augmenter d'autres ressources via la candidature à des appels à projets, via la formation continue qui aujourd'hui est un boulevard de financement pour les universités et qui est entièrement laissé au privé. Ce sont aujourd'hui les tenants de l'immobilisme qui précipitent dans le mur le système universitaire français. Et un dernier point pour que ceux qui nous écoutent l
'aient
quand même bien à l'esprit, on n'est pas du tout sur un schéma de privatisation. Aujourd'hui, on est à des coûts qui représentent 2% du coût moyen de la formation
d'un étudiant. On
passerait à 10%. Ça veut dire que 90% des coûts de la formation à l'université resteraient à la charge de l'État. Vous voyez qu'on est très loin de ces systèmes à l'anglo-saxonne.
Qu
'en pensent les présidents de l'université ? Que pensent-ils de votre rapport ? On est avec l'un d'entre eux.
On
va dans les bouches du Rhône. Bonjour Éric Berton. Merci beaucoup d'être avec nous ce matin. Vous êtes président d'Aix-Marseille-Université. Vous venez d'entendre les propos de Laurence Garnier. J'imagine que vous avez lu son rapport. Comment vous avez réagi ?
Bonjour. Merci de m'accueillir. Le rapport, oui, je l'ai lu.
Il
fait un constat assez factuel finalement du paysage. Mais c'est vrai qu'ensuite, les solutions apportées peuvent être différentes en fonction de là où on se place. En tant que président de
l
'université, moi je considère que l'université française doit pouvoir accueillir l'ensemble de la jeunesse, de toutes les jeunesses. C'est pour moi fondamental de pouvoir donner accès à cette jeunesse, au futur, à une connaissance, à savoir aussi développer un esprit critique, en faire des citoyens éclairés.
et
que pour ça, il faut investir évidemment dans l'université française publique, dans l'enseignement supérieur et la recherche publique. C'est important.
Il
faut effectivement... Là où je suis d'accord, c'est que le système actuel arrive à bout de souffle. Je ne
suis
pas spécialement d'accord sur les solutions proposées, notamment sur l'augmentation des droits d'inscription.
Pourquoi vous n'êtes pas d'accord sur ce point
? Parce
que les étudiants sont déjà dans un état de pauvreté, sont dans un état catastrophique en termes de santé mentale, en termes d'accès à la santé. Il y
a
des étudiants qui... Un étudiant sur trois peut-il à payer son loyer, il renonce à se soigner. Je ne suis pas certain qu'augmenter les frais d'inscription arrange cette situation.
Laurence
Garnier.
Bon,
il y a beaucoup de choses. Je connais bien Éric Berton. Nous sommes allés dans le cadre de travaux précédents à l'Université d'Aix-Marseille, qui est un très bel établissement. Ce qu'il ne faut pas confondre, c'est quand Éric Berton dit qu
'il
faut que tous puissent accéder à l'université. Socialement, c'est parfaitement vrai. Et c'est pour ça qu'on propose la refonte du système des bourses. C'est à peu près un étudiant sur trois qui est boursier aujourd'hui, avec un certain nombre de difficultés, d'effets de seuil. Et ça, évidemment, il faut le réformer parce qu'il faut permettre cet égal accès de tous, quelle que soit son origine sociale, aux établissements universitaires et du supérieur en général. En revanche, permettre l'accès de tous au niveau académique, ça n'a pas de sens, je le disais, et ce n
'est
pas un jugement de valeur. Il y a beaucoup de métiers manuels dont on a besoin, qui sont nécessaires, qui sont parfaitement nobles et infiniment estimables. Simplement, si on n'a pas les compétences acquises dans telle ou telle discipline, ça ne sert à rien de dire qu'on veut accueillir tout le monde. C'est vrai au niveau social, c'est faux au niveau académique, sinon on précipite nos étudiants vers l'échec. Et c'est ça précisément que je conteste. Il
y
a un autre point qu'évoque Éric Berton et qui est très juste, c'est la question du logement. Et là, on a de fait une difficulté qui concerne tous les Français à se loger aujourd'hui, pour beaucoup de raisons sur lesquelles il serait peut-être un peu long de revenir, et une difficulté particulière de nos étudiants, qui là est liée, au-delà des difficultés rencontrées par les Français en général, à quelque chose, à un impensé de la réforme Parcoursup.
Parcoursup fonctionne bien, c'est d'une manière générale assez largement plébiscité par les présidents d'universités, parce que ça leur permet de recruter des étudiants dans le bassin de vie national et d'aller chercher les étudiants qui leur semblent les plus aptes dans certaines formations à suivre telle ou telle licence, tel ou tel parcours. En revanche, ce qui fonctionne moins bien, c'est la question du logement, parce qu'on n'a pas doublé Parcoursup d'un vrai plan de logement étudiant. Or, avant, on avait des bassins de vie plus liés à votre lieu d'habitation et la question du logement était moins nécessaire.
Aujourd'hui, évidemment, quand un étudiant qui habite Limoges arrive dans une fac à Paris, il doit se loger. Et comme ça, c'est des situations qui se sont multipliées, on a cette impensée du logement. Là, je rejoins Éric Berton, parce qu'effectivement, Parcoursup aurait dû impliquer un vrai plan de logement étudiant.
Un
dernier mot, Éric Berton. Sur la question du logement et plus largement, sur la condition des étudiants, qui est aussi un facteur de la réussite, les conditions dans lesquelles on étudie, il
y
a le logement, il
y
a aussi la précarité étudiante. Éric Berton, vous avez mis en place, vous, des mesures là-dessus ?
Oui, finalement, on a pris nos propres mesures. On a créé des épiceries solidaires avec l'association étudiante La Famille, mais aussi, on a créé des centres de santé. J'ai été obligé de créer deux centres de santé, l'un à Aix, l
'un
à Marseille, pour pouvoir, et ce n
'est
pas de la médecine préventive, c'est de la médecine curative, pour pouvoir vraiment s'occuper à la fois des étudiants, des étudiants étrangers, mais aussi des personnels, parce qu'on a beaucoup de personnels, d'unis personnel, et ils subissent aussi toutes les difficultés de la société actuellement. On est en train aussi d'avoir un projet pour créer, à Aix-Marseille-Université, des logements accessibles aux personnels et aux étudiants en difficulté, puisque nous avons la dévolution du patrimoine, on valorise une partie de notre patrimoine pour construire des logements.
Ce sont des missions qui ne sont pas les missions fondamentales de l'université, mais ce sont des missions dont nous nous emparons,
parce
qu'on sent qu'il y
a
un besoin social, et c'est le leitmotiv de notre université. Mais en tout cas, là où je suis d'accord, c'est que sur l'accès à l'université, la question, et Madame la Sénatrice a très bien dit, c'est la question de l'orientation, et ça c'est fondamental, c'est quelque chose qu'il faut vraiment améliorer. Et je pense aussi qu'il faut changer de modèle d'université, de modèle de financement d'université, et faire plus confiance à l'université publique, à la recherche publique, et ça c'est une demande de l'ensemble des présidents, donner plus d'autonomie à nos universités en matière de RAH, en matière aussi de recrutement d'étudiants.
Oui,
écoutez, là-dessus, sur ce point, je ne peux que rejoindre le président de
l
'université d'Aix-Marseille. Davantage de sélections, davantage de moyens pour nos universités, nous faisons des propositions, davantage d'autonomie pour leur permettre de s'emparer des sujets qui correspondent aux attentes des étudiants, que ce soit la santé à Aix-Marseille, que ce soit le logement, ça fait aussi partie des préconisations que nous formulons pour permettre aux universités d'accompagner leurs étudiants vers la réussite.
Merci Éric Berton, merci d'avoir été avec nous, président de l'université d'Aix-Marseille. On termine comme tous les jours par la une de la presse régionale, Laurence Garnier, la une largement consacrée ce matin, vous l'imaginez, au carburant, la une de la dépêche, carburant des aides suffisantes. C'est la question, six ministres qui ont annoncé hier un plan d'aide de 450 millions d'euros pour faire face à la hausse des prix de l'essence. Les mesures permettront-elles de calmer la colère qui monte dans le pays ? C'est la question, la une du journal, l'Est républicain sur les ruptures, carburant, de plus en plus de ruptures, prise d'assaut mal approvisionnée.
Les stations-service subissent de plus en plus de ruptures de carburant et les fils aux pompes s'allongent. Et puis on termine par votre quotidien régional, celui de la Loire-Atlantique, presse-océan, sur la présidentielle et la primaire à gauche. Premier débat ce soir entre les candidats, une primaire qui ravive les tensions au PS dans votre département. De quelle une avez-vous envie de nous parler
? Je
vais prendre celle de la dépêche parce que je crois que c'est celle qui concerne le plus directement, le plus grand nombre de Français.
D
'abord pour dire qu'on mesure aux Républicains, le parti dont je suis membre,
la
profonde difficulté de beaucoup de Français, notamment des Français qui travaillent face à cette augmentation majeure du prix des carburants. Quelqu'un me disait mais ça va bientôt devenir un luxe d'aller travailler. Cette phrase est terrible et en même temps extrêmement évocatrice.
La
difficulté à laquelle on doit faire face, c'est que nous avons un mur du déficit et de la dette qu'il s'agit de ne pas creuser
et
des besoins aigus des Français dans le cadre de cette augmentation majeure des carburants qui est liée à la situation internationale sur laquelle nous avons assez peu la main finalement. La proposition que nous faisons avec Bruno Retailleau, c'est justement d'accorder une aide réelle aux Français sans impacter
de
manière sans impacter davantage nos finances publiques en suspendant ce qu'on appelle les certificats d'économie d'énergie. Vous savez, c'est ces certificats qui demandent aux fournisseurs d'énergie, tous les fournisseurs de carburants en sont, de financer des aides à la moindre consommation d'énergie.
C
'est un petit peu schizophrène. Et donc Total Energy comme les autres
paie
ses aides, finance par exemple des voitures électriques parfois chinoises ce qui pose un petit peu problème par ailleurs et répercute le coût sur les carburants. Nous en suspendant ces certificats d'économie d'énergie on fait 17 centimes d'économie par litre. C'est près de 10 euros par plein pour les Français. C'est une mesure très concrète et qui n'impacte pas nos finances publiques. Je crois que c'est la seule qui puisse se prévaloir de tenir ensemble ces deux nécessités.
Merci Laurence Garnier.
Merci beaucoup
d'avoir été notre invitée. Public Sénat
en partenariat avec la presse régionale vous a proposé Bonjour Chez Vous.
Laurence Garnier