Voyage du pape : de Notre-Dame à la Concorde, les attentes de Mgr Chauvet
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- 0:39OuverteRéponse directe
Quel sens donner au protocole retenu pour la visite du pape Léon XIV ?
- 3:33RelanceRéponse partielle
Eussiez-vous souhaité qu'Emmanuel Macron vous accompagne à Notre-Dame ?
- 4:41OuverteRéponse directe
Un double regard sur cet événement : loi sur la fin de vie et protocole ?
- 5:15RelanceÉludée
Le pape refuse une rencontre solennelle avec Macron : injustice selon vous ?
- 7:58OuverteRéponse directe
Comment les choses s'organisent-elles pour la messe Place de la Concorde ?
- 11:08OuverteRéponse directe
Quel doit être le message de paix du pape dans un contexte français tendu ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:51PrésentateurFait
« Il s'ensuit que Rome n'a pas retenu une série de propositions faites par l'Elysée. »
- 4:46InvitéFait
« Il y a eu la loi sur la fin de vie, qui a déplu au pape Léon XIV. »
- 5:04InvitéFait
« Le fait que le pape refuse cette rencontre solennellement organisée, médiatiquement mise en scène. »
- 8:24PrésentateurChiffre
« Ça représente, vous voyez, 12 000, donc ça fait 12 000 t-shirts, 12 000 casquettes. »
- 8:56PrésentateurChiffre
« Combien d'hosties ? Je pense que nous, on en a au moins 300 ou 400 000. »
- 12:15PrésentateurFait
« parce que son encyclique a une résonance. »
Temps de parole
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Il
est 8h04 sur RCF Notre-Dame. Louis Dauphren, votre invité ce matin, Mgr Patrick Chauvet, curé de la Madeleine à Paris, ancien recteur de la cathédrale Notre-Dame et l'auteur de journal d'un curé de Paris. C
'est
pas un journal de curé de campagne, ça c'est Bernanos. Et vous recevez bien Mgr Chauvet ce matin.
Oui,
quel sens donner au protocole retenu pour la visite du pape Léon XIV, dont le Saint-Siège dit qu'il s'agira d'un voyage apostolique qui place les fidèles au cœur de la rencontre, ce qui, sans exclure les autorités politiques, fait passer celle-ci au second plan. Il s'ensuit que Rome n'a pas retenu une série de propositions faites par l'Elysée, le refus le plus symbolique étant celui de voir le président Emmanuel Macron accompagner Léon XIV dans Notre-Dame de Paris pour lui présenter les travaux de restauration réalisés depuis l'incendie de 2019.
A
l'époque, Mgr Patrick Chauvet en était le recteur, recteur de Notre-Dame. Il est aujourd'hui curé de la Madeleine, il est théologien. On sait que la Madeleine donne sur la place de la Concorde, où aura lieu la messe de samedi, autre sujet de controverse. Bonjour Mgr. Bonjour. Vous êtes un peu la mémoire du diocèse de Paris. Le mot se décline au pluriel, puisque vous avez écrit vos mémoires, si je puis dire, avec journal d'un curé de Paris réédité chez EFATA. Estimez-vous que l'exécutif Emmanuel Macron a subi un camouflet de la part du Saint-Siège
? Le
mot camouflet est un peu fort. Je pense que
c
'est normal qu'un président de la République, il accueille un chef d'État, le pape, mais je pense qu'il n'avait peut-être pas mesuré complètement que cette visite, elle est d'abord pastorale.
Et
d'ailleurs l'Église attend de cette visite une parole forte du successeur de Pierre pour l'Église qui est en France.
Et
donc c'est vrai que le pape n'a pas intérêt à faire uniquement des mondanités politiques, mais ce qui l'intéresse c'est une rencontre avec une Église particulière qui était quand même la fille aînée de l'Église dans le temps et qui est touchée par à la fois l'histoire spirituelle de la France, de l'Église de France, de tous ses saints, ses belles figures, et puis pourquoi il y a autant de catéchumènes qui arrivent subitement comme un don de l'Esprit. Et je pense qu'il va d'ailleurs nous conforter et nous encourager pour approfondir tout ce qui se passe et qui nous dépasse un peu et accepter que l'Esprit-Saint nous bouscule. Voilà, donc pourquoi le président veut recevoir ?
Parce que c'est la première visite d'un pape, il passe par Paris, j'ai organisé du temps pour Benoît XVI, où il voulait aller à Lourdes, et il est passé par Paris. C'était important, et donc il y
a
eu le même protocole, et je pense que
quand
on est pape, chef d'État, on doit passer par la capitale. Voilà, donc autant le pape François n'avait pas voulu, autant le pape Léon a regardé un peu le protocole. C'est
quand
même un protocole diplomatique.
Mais Mgr Patrick Chauvet,
on
se souvient de ces images où vous étiez à Notre-Dame de Paris au moment de la catastrophe, avec le chef de l'État, avec Anne Hidalgo, avec toutes les autorités. Vous auriez été encore recteur de Notre-Dame de Paris. Eussiez-vous souhaité qu'Emmanuel Macron vous accompagne
? D
'abord, le pape va surtout être accueilli par l'archevêque de Paris. C'est lui quand même qui est le patron de Notre-Dame, et c'est lui qui va faire sans doute une petite visite rapide, parce que là aussi, il n'est pas là pour faire une étude archéologique ou architecturale de Notre-Dame. En revanche, il est là pour accueillir tous les prêtres et dire une parole forte aux prêtres,
aux
consacrés, aux séminaristes, à tous les religieux. Donc c'est ça qui est le plus important. Alors maintenant, est-ce que j'aurais accueilli M. le Président ?
Mais
ça,
c
'est une collaboration entre l'archevêque,
la
diplomatie, la politique, et si on m'avait dit, naturellement, j'aurais accueilli et j'aurais fait la procession.
Il
y
a
un double regard qu'on peut porter sur cet événement, dans la mesure où il y a eu la loi sur la fin de vie, qui a déplu au pape Léon XIV, ça, ce n'est pas un mystère. Et donc on peut imaginer que la manière dont ce protocole est envisagé est aussi une réponse à ce qui s'est passé en France. Et à côté de ça, on peut se dire aussi qu'il y
a
peut-être une forme d'injustice subie par le chef de l'État, dans la mesure où il s'est beaucoup impliqué pour la restauration de Notre-Dame de Paris, et que le fait que le pape refuse cette rencontre solennellement organisée, médiatiquement mise en scène, est-ce qu'il peut le percevoir comme une forme d'injustice, selon vous
?
Non, parce qu'il y a d'abord eu, à l'inauguration, il était là. Et c'est lui qui a invité tous les chefs d'État et tout. Donc c'était un peu, non pas la gloire de M. Macron, mais c'était un peu une reconnaissance de tout ce qu'il avait fait. Alors c'est vrai qu'aujourd'hui, sans doute qu
'il
va parler à l'Élysée de Notre-Dame un peu, même s'il n
'est
pas là, je pense que dans le bureau, il va se passer, il va se dire des choses. Mais comme je ne serai pas une petite souris, je ne pourrai pas vous dire ce qu
'il
va dire. Mais en revanche, je pense qu'ils vont parler peut-être un petit peu de ce qu'il a fait aussi pour la cathédrale. Parce que c'est vrai qu'il a fait aussi beaucoup de choses. Je reconnais, moi j'étais témoin avec le général Jean Gelin. J'ai vu qu'il s'intéressait vraiment à la reconstruction, qu'il venait régulièrement sur le chantier, et qu'il était intéressé et passionné. Voilà, donc c'est un peu son bijou, si je puis dire. C'est ce qu'il a voulu, et peut-être c
'est
ce qu'il restera
de
son, de ses dix années, au moins on dira, c'est celui qui a restauré, facilité la restauration. Parce que ce n
'est
pas lui qui a restauré, mais enfin il a facilité la restauration de Notre-Dame.
Il y a le double visage d'Emmanuel Macron, un peu comme Janus, d'un côté celui qui a facilité la restauration, et de l'autre celui qui fait passer,
avec
un certain acharnement, la loi sur la fin de vie ?
Oui, je pense que là,
comme
je ne voudrais pas être président de la République, je vois qu'il y a beaucoup de candidats, mais je suis étonné parce que vu la situation, je pense qu'il faut jongler. Alors,
je
ne partage pas du tout, et j'espère qu'on aura toujours la liberté de refuser d'être euthanasié. Moi, je ne veux pas du tout être euthanasié, je tiens à vous dire, je ne
veux
pas être pitié, moi. Donc, je veux être conscient que je suis en train de partir vers le bon Dieu, et je veux que ma mort ait un sens qui est, pour nous chrétiens, une ouverture, une ouverture au don du Seigneur, une ouverture à la vie, et donc, je ne veux pas qu
'on
me tue. Voilà, donc ça, c'est la première chose. Mais on peut, parce que je crois que c'est important, pour celles et ceux qui ne veulent pas être euthanasiés, il faut l'écrire,
pour
que ça soit clair, net et précis. Dans des directives anticipées. Exactement.
Ça,
c'est un point clé ? Il faut le dire, parce que sinon, on va vivre ça comme une fatalité, et après, eh bien, on va dire, ben voilà, la chambre 233, demain, elle a disparu. Bon, très bien. Mais moi, je ne veux pas.
Mgr Patrick Chauvet, il y a aussi une autre étape clé que l'on va observer au cours de la visite du pape, c'est bien sûr la messe Place de la Concorde, à deux pas de la Madeleine. La Madeleine est un peu la base arrière, si je puis dire, la sacristie de
cet événement. Une sacristie
éphémère, oui.
Comment les choses s'organisent-elles de votre côté, par rapport à cet événement ?
Alors, d'abord, on a reçu tout le matériel, ce n
'est
pas rien. D'abord, le matériel pour tous les volontaires. Ça représente, vous voyez, 12 000, donc ça fait 12 000 t-shirts, 12 000 casquettes, les parapluies, c'est énorme. Et c'est bien. Donc, on a la place. Ensuite, il y a les ornements liturgiques.
Là
aussi, et ils viendront les chercher, mais vous voyez le nombre d'étolles qu'il faut, qu'on va mettre sur des...
C'est déjà sur
place ? Ah oui.
Dans les sous-sols de la Madeleine
?
Ça, c'est arrivé. Et
puis, les hosties,
elles
sont arrivées aussi. Combien d'hosties ? Je pense que nous, on en a au moins 300 ou 400 000. Voilà. Donc, tout ça, il faut les mettre dans des coupelles, on les a. Ça représente du travail, mais c'est tellement dans la joie d'accueillir un pape qu'on ne voit pas la fatigue. Donc, voilà. Ça, c'est la base.
C
'est la... Oui, je vous dirais, c'est la sacriste... Une des sacristies éphémères, parce qu'il faut aller jusqu'à l'étoile et au-delà. Donc, il y a des églises qui sont comme ça, des bases arrières, pour pouvoir faire qu'il n
'y
ait pas la pagaille. Donc, ça, c'est important. Alors, moi, c'est sûr que du haut de mes marches,
je
vois naturellement la concorde
et
je vois la grande tente où va être célébré le pape.
Mais,
c'est vrai que même avec des jumelles, je pense que je n'arriverai pas à prier. Donc, j'irai naturellement. Il suffit que je fasse la rue royale pour être juste en face. C'est symbolique, la concorde. Alors, j'ai entendu des gens qui râlaient un peu, mais moi, je pense que...
Voilà.
Quand on a inauguré la façade de la concorde, de la façade de la Madeleine, je disais à Mme Hidalgo, qui était la maire à ce moment-là de Paris, je lui
ai
dit, voilà, notre église, elle est superbe et elle répond à la Chambre des députés.
Et
je lui ai dit, heureusement, entre les deux, il y a la concorde.
C
'est-à-dire, au fond, un lieu de paix.
Et
donc, je pense que le pape va pouvoir exprimer là où il est,
dans
ce lieu symbolique, qui est beau, qui est grand, grandiose.
Il
aura une vue grandiose. C'est ça aussi pour lui. Il faut penser un peu à lui. C'est un voyage pour lui aussi. Et donc, voilà, il va être présenté comme l'homme de la paix. Et je pense que la concorde peut être le lieu de la paix.
Place royale, place de la Révolution, place de la concorde, une place couverte de sang, quand même. Eh bien oui,
naturellement. Oui, oui, c'est symbolique. Le sang des passions françaises. Voilà. Il y aura peut-être après, tout ce qui va être récapitulé dans la Saint-Sacrifice de la Messe,
le
son du Christ.
Quel
doit être, Mgr Patrick Chauvet, ce message de paix ? Vous le voyez dans un contexte français qui s'annonce tendu avec l'élection présidentielle ou bien c'est
avoir
le nez un petit peu trop sur la vitre pour le pape Léon XIV
?
Oh, le pape, vous savez, il regarde ça. Alors, il a cette grâce. Il regarde ça avec une distance. Sinon, le pauvre homme, portant le monde entier, heureusement qu'il a cette distance. Quand je dis cette distance, ça ne veut pas dire qu'il se moque de ce qui se passe. Mais il faut toujours prendre du recul. C'est un homme de dialogue qui promeut la paix
à
travers un dialogue, à travers la diplomatie,
non
pas avec les armes. Et donc, je pense qu'il dira quelque chose. Je ne sais pas si ça sera à Notre-Dame ou si ça sera à l'UNESCO. Je pense qu'à l'UNESCO,
il
va parler aussi de la culture qui est un chemin de paix. Il va peut-être parler de l'intelligence artificielle parce que son encyclique a une résonance. Et donc,
voilà,
si l'intelligence artificielle sert uniquement à construire des armes sophistiquées qu'on va recevoir un jour sur la tête, ce n
'est
pas tout à fait le dialogue de la paix.
Le
pape François est venu en France malgré tout. Il n'y avait pas de déplacement à caractère vraiment officiel. Le pape Benoît XVI également. Et puis, bien sûr, Jean-Paul II qui est allé de nombreuses fois. Quelle est la singularité de cette visite par rapport aux nombreuses visites antérieures que les papes ont pu faire
? Alors, c
'est un Américain, foncièrement,
c
'est normal, avec une liberté spirituelle que je trouve merveilleuse. C'est-à-dire qu'il n'est pas du tout pris par tous les contextes politiques. J'aime beaucoup, moi, cette liberté. C'est un homme, on le voit bien depuis le début du pontificat, c'est un homme qui est prudent, qui va lentement,
mais
sûrement.
C
'est un homme qui veut montrer que la parole d'un pape
est
une parole qui doit résonner d'abord dans les cœurs. On en revient à la première question sur le politique. Lui, il veut que sa parole touche les cœurs. Et c'est ce qu'il va faire, sans doute. Et donc, peut-être que la nouveauté,
il
a un petit côté Jean-Paul II. Un petit côté Jean-Paul II ? Oui. Moi, je trouve qu'il aime bien les grandes foules, il salue, il est à l'aise, il embrasse ses enfants. Voilà. Je pense qu'il est à l'aise. Il a le côté Benoît XVI, à savoir qu'il y a un enseignement qui est solide, qui donne.
C
'est un théologien. Et puis, il y a un petit côté du pape François.
Je
crois qu'il peut surprendre. Il est moins original que François, mais il est plus classique,
mais
il peut surprendre. D'ailleurs, il s'appuie aussi sur François. Moi, je pense qu'il y avait, je dis souvent, il y
a
eu le pape de la foi,
c
'était Benoît, le pape de l'espérance,
c
'était Jean-Paul II, et puis, le pape de l'amour, c'était le brave pape François. Il reste quoi ? Il reste la synthèse des trois. Voilà,
c'est le pape Léon. Merci beaucoup, Mgr Patrick Chauvet, curé de la Madeleine, théologien, ancien recteur de Notre-Dame de Paris. On retrouvera vos mémoires à travers le journal d'un curé de Paris publié chez FATA. Excellente journée, bonne visite du pape à
l
'avance. Merci beaucoup.
Et merci à vous, Louis Daufrén. On vous retrouve à partir de 9h10 sur RCF Notre-Dame pour évoquer la tunique d'Argenteuil qui vient au Stade de France. Quel sens donner à cette relique ? Vous serez avec Philippe Bornet, Jacques de Guillemont et Sixtine Chartier pour le débat du jour. Rendez-vous donc à 9h10 et à suivre, on va parler toujours de ce déplacement.