Colère des agriculteurs : "L'urgence, c'est les prix planchers" pour Mathilde Panot, invitée du 6/9
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Mathilde Panot, bienvenue dans le 6-9 sur LCI, vous êtes président du groupe LFI à l'Assemblée Nationale, vous-même élu du Val-de-Marne. Que doit dire le Premier ministre aux agriculteurs à l'issue de cette réunion ? Déjà, est-ce qu'il doit, selon vous, leur parler tout de suite, là, ce matin ?
Ah bah oui, je pense que là, il y a urgence, et la première des choses que devrait dire le Premier ministre, que nous demandons depuis longtemps, c'est que les paysans et les agriculteurs de ce pays puissent vivre de leur travail. Parce que la question qui est posée actuellement, c'est que vous avez 20% des agriculteurs qui sont pauvres dans ce pays, avec des gens, et c'est pratiquement le métier qui fait le plus d'heures en moyenne, qui font jusqu'à 54 heures en moyenne, et qui pourtant se retrouvent à la fin du mois avec moins d'un SMIC.
Vous le savez, la manière dont a été laissée l'agriculture au marché a non seulement fait une agriculture sans paysans, ça c'est la première des choses, mais a aussi créé un monde de malheurs avec un paysan qui se suscite tous les deux jours dans notre pays.
Mais alors du coup, c'est quoi la première mesure, Madame Panot ?
La première mesure, c'est les prix planchers. J'explique ce que c'est les prix planchers, c'est de dire que les agriculteurs, on ne peut pas leur acheter leurs produits à moins que ce que ça leur coûte à produire et leur rémunération. C'est ce que nous avions proposé.
C'est pas l'objet de la loi Egalim ?
Alors, non, ça ne fonctionne pas parce que ces prix planchers ne sont pas mis en place. Nous, nous l'avions proposé dans la niche parlementaire le 30 novembre 2023, dans notre niche parlementaire. Il se trouve que cette proposition de loi n'a pas été adoptée à six voix près. Nous la tenons toujours à disposition du gouvernement. Donc ce que nous proposions, c'est des prix planchers et un encadrement des marges. Je vous donne trois chiffres pour que tout le monde comprenne. L'année dernière, l'inflation que connaissent les Français a augmenté de 14%. Pendant ce temps-là, les prix agricoles ont chuté de 10% sur l'alimentaire. Ce que les gens payent quand ils achètent un produit.
Mais le prix payé aux producteurs ont, eux, chuté de 10%. Donc vous voyez où est passé l'argent ? Eh bien, dans l'augmentation des marges, avec une augmentation entre 28 et 48% des marges. Donc nous demandons un encadrement des marges qui va avec.
Sauf que les négociations commerciales, pour expliquer les choses aux gens qui nous regardent, elles prennent fin complètement. Là, le 31 janvier, la première partie a pris fin à la fin d'il y a un mois. Et là, il s'agit des géants. Ils finissent de négocier là. Donc c'est trop tard pour encadrer. C'est trop tard pour peser sur les négociations.
En fait, la question, c'est est-ce qu'on continue avec de l'incitation ? Ou c'est, vous savez, on se moque régulièrement de lui à raison. Bruno Le Maire demande, Bruno supplie, Bruno invoque et des choses. Et qu'est-ce qui se passe derrière ? Absolument rien. Donc la question, c'est est-ce qu'on met des choses dans la loi qui obligent notamment les industries de l'agroalimentaire à payer correctement le travail des paysans ? C'est ça qui est posé comme question. Et puis il y a une deuxième question qui est posée, qui est celle notamment du libre-échange, mais aussi de comment est-ce qu'on protège les agriculteurs d'une compétition qui est inégale.
Parce que vous voyez bien que dans d'autres pays, ils n'ont pas les mêmes normes environnementales, ils n'ont pas les mêmes normes sociales. Et donc ça, c'est à la fois le moratoire sur les traités de libre-échange que ce gouvernement ne cesse de signer et d'accepter. Ça, c'est la première chose. Est-ce que ça veut dire que pour être très concret,
est-ce que vous demandez par exemple est-ce qu'on arrête d'importer des poulets ukrainiens ? Ça, ça a été un geste de l'Union européenne pour aider les fermiers ukrainiens face à la guerre ?
En tout cas, je pense que ça ne peut pas se faire sur le dos d'une agriculture familiale française. Je vais expliquer. Évidemment, la solidarité à l'Ukraine, il faut l'avoir, il n'y a pas de problème là-dessus. Mais il faut comprendre que l'Ukraine, c'est trois fois la surface agricole de la France et que vous vous retrouvez avec des normes sociales et environnementales qui ne sont pas du tout les mêmes que celles qu'ont les agriculteurs français. Donc vous avez des concurrences à l'extérieur, ça c'est les accords de libre-échange, mais aussi à l'intérieur même de l'Union européenne. Qu'est-ce qu'il faut faire pour protéger de la concurrence les agriculteurs ?
Il faut faire ce qui a été fait à un moment, ça s'appelle la clause de sauvegarde environnementale et sociale. Je m'explique. Si par exemple on interdit un pesticide en France, alors il faut aussi interdire l'ensemble des produits qui viennent hors Union européenne, mais aussi de l'Union européenne, où ce produit serait utilisé. C'est ça protéger les agriculteurs, c'est en quelque sorte faire un protectionnisme social et écologique.
Vous avez vu les images hier de la préfecture d'Agin, elles ont marqué, bon, le bâtiment n'a pas été détruit, mais il y a eu un feu devant, du purin projeté dessus, etc. Gérald Darmanin a passé une consigne à ses préfets en disant, pour l'instant, je vous conseille une grande modération dans la façon dont vous gérez ce qui se passe, puisqu'il n'y a pas de violation à la loi. Pascal Canfin, lui, estime que si c'était des écologistes, il serait déjà pour la plupart interpellé. Est-ce que vous aussi, vous pensez qu'il y a un deux poids deux mesures ? Est-ce que le gouvernement s'appuie sur le soutien de l'opinion pour ne pas intervenir plus franchement ?
Alors, il ne s'appuie pas que sur le soutien de l'opinion, parce que, rappelez-vous comment il avait traité les manifestants qui manifestaient contre la retraite à 64 ans, alors que l'immense majorité du peuple français les soutenait. Donc, oui, il me semble assez évident qu'il y a un deux poids deux mesures, mais moi, je veux le tourner positivement, puisque les agriculteurs, il se trouve que le gouvernement a l'air d'avoir peur des agriculteurs et qu'il bénéficie en quelque sorte d'un totem d'immunité, eh bien, c'est justement le moment d'aller les rejoindre, d'aller les aider et de faire en sorte d'arracher des choses à ce gouvernement.
Je vais vous dire ce qui est problématique dans ce qui se passe dans le pays vis-à-vis de ce gouvernement, c'est qu'ils n'entendent que le rapport de force. Je veux dire, ces propositions...
Pour l'instant, il le gagne, le rapport de force. Il y a eu des mobilisations pendant des mois et des mois, dans le calme d'ailleurs, sur les retraites, le texte est passé.
Oui, mais vous comprenez qu'au bout d'un moment, les gens n'en peuvent plus. Là, la manière dont s'exprime cette colère, c'est que les gens n'en peuvent plus. Parce que la question, c'est de savoir pourquoi est-ce que dans la septième puissance économique au monde, vous avez un Français sur trois qui ne mange pas à sa faim ? Vous avez des millions de gens qui n'arrivent pas à vivre correctement de leur travail ? Vous avez 3 000 enfants qui dorment à la rue dans un État aussi riche que le nôtre ? Donc, trop de malheur à la fin crée une colère qui peut être même incontrôlée et qui appelle à changer, évidemment, de gouvernement et de politique.
Avez-vous eu Catherine Couturier au téléphone ? Alors, c'est votre élue de la Creuse. Sa permanence a été prise à partie. Il y a eu du purin qui était déversé sur sa devanture, notamment.
Alors, je ne l'ai pas eu au téléphone. Elle était avec moi dans l'hémicycle directement. On voit les images. Bon, il se trouve que Catherine Couturier, ça fait peut-être 6 fois ou 7 fois que sa permanence est dégradée. Nous faisons bien la différence entre certains qui essayent d'avoir une sorte d'instrumentalisation politicienne en faisant ce type d'action et le mouvement général des agriculteurs. Mais vraiment, je veux dire toute ma solidarité à Catherine Couturier qui est celle qui, notamment, a participé à cette bataille sur la question des prix planchers, de l'encadrement des marges qui participent à la bataille contre le libre-échange pour faire en sorte de protéger les agriculteurs.
Donc, je pense qu'il ne faut pas se tromper de cible et je veux lui assurer de tout mon soutien.
Deux, trois sujets encore, Mme Panot. Le Conseil constitutionnel se prononce aujourd'hui sur les dispositions de la loi immigration. Est-ce que là, exceptionnellement, vous ne serez pas un peu du côté du gouvernement puisque l'on sait qu'Emmanuel Macron lui-même, par exemple, compte sur une censure partielle du texte ?
Le problème, et c'est ce que Laurent Fabius lui a rappelé lors des voeux, le problème, c'est d'avoir un gouvernement qui sait qu'il a inscrit dans la loi des choses qui sont anti-constitutionnelles. Est-ce qu'on a déjà vu un président de la République, des ministres, expliquer qu'il ne respecte pas l'état de droit ? C'est très grave. Et donc, vous avez la première loi de la Ve République qui reprend ligne par ligne des choses du programme de Jean-Marie Le Pen, avec notamment la préférence nationale, avec des cautions pour les étudiants.
Nous, nous avons fait une saisine du Conseil constitutionnel, nous espérons qu'il y ait le plus possible qui soit censuré par ce Conseil constitutionnel, mais nous continuons à demander le retrait de cette loi qui divise le peuple, qui divise les travailleurs entre eux. Je rappelle qu'elle n'apporte...
Si elle est censurée partiellement, il pourrait y avoir des décrets, elle sera promulguée dans la foulée.
Eh bien, j'en sais rien, vous aviez Emmanuel Macron qui avait dit qu'il ne promulguerait pas une loi qui avait été adoptée par les voix du Rassemblement national. Mais je vais dire quelque chose aux gens qui nous écoutent qui est très important. Ce texte n'apportera aucun droit supplémentaire aux Français et aux Françaises. Par contre, et c'est les études qui ont été faites par nos services publics, ils montrent que 110 000 personnes vont voir leurs droits régressés, notamment 30 000 enfants, alors que nous avons déjà, dans notre pays, un enfant sur cinq qui vit sous le seuil de pauvreté.
Madame Panot, un mot de l'Assemblée nationale qui s'est donc prononcé favorablement à une formulation, je cite, de liberté garantie pour les femmes d'avoir recours à l'interruption volontaire de grossesse. Le vote solennel dans l'hémicycle va avoir lieu prochainement, mardi prochain. Le président du Sénat, Gérard Larcher, s'est opposé à l'inscription dans la loi fondamentale, dans la Constitution. Les LR, de manière générale, s'y opposent. Ils ont été pris à partie par Sophie Marceau, par exemple, personnalité qui a fait valoir son propos sur les réseaux sociaux. Qu'est-ce que vous répondez à Gérard Larcher ?
Alors, la première chose, c'est non, tous les LR ne s'opposent pas et j'espère que les sénateurs et les sénatrices
comprendront la responsabilité
qui est sur eux au moment du vote qui arrivera fin février au Sénat. Pourquoi ? D'abord parce que le Sénat a déjà voté une première fois pour inscrire le droit à l'avortement dans la Constitution. C'était la loi que j'avais portée dans le cadre de notre niche et qui avait été votée le 1er février 2023 au Sénat. Donc ça, c'est la première chose. La deuxième chose, quels sont les deux arguments de M. Larcher ? Il dit que l'IVG n'est pas en danger.
On peut discuter des 130 centres IVG qui ont été fermés, de la difficulté de certaines femmes à avorter, mais c'est vrai, il y a un ancrage très fort pour le droit à l'avortement dans notre société et c'est justement dans les moments où il y a un ancrage très fort qu'il faut inscrire ce droit pour le protéger et protéger nos filles, nos petites-filles, nos arrières-petites-filles. La deuxième chose, il dit que ça n'a pas sa place dans la Constitution. Eh bien si, c'est le droit fondamental, l'ultime liberté de tout être humain, de pouvoir à tout moment de sa vie être maître de son corps.
Un tout dernier mot rapidement, Fabien Roussel dans le Figaro appelle à séduire tout le monde de vos électeurs à son Marine Le Pen. Raphaël Glucksmann fait la une de l'Obs. On parle de tout le monde sauf de Manon Aubry pour les européennes ?
Eh bien parce que nous, nous lancerons notre campagne en continuant de dire que nous voulons défendre le programme de la NUPES et nous continuons de dire qu'il est irresponsable d'avoir des listes séparées aux élections européennes en prenant le risque d'avoir le Rassemblement National comme première force au soir des européennes et que nous pouvons, autour du programme de la NUPES, être le soir des européennes la première force politique du pays, ce qui enverrait un signal tout différent. Bref, on peut toujours inventer un autre monde.
Merci beaucoup Mathilde Panot d'avoir été avec nous ce matin sur LCI.
Mathilde Panot