Ormuz : le blocus s'éternise, la France se prépare aux pénuries... - C dans l’air - 28.04.2026
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %Attaque 5 %Défensif 85 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 98 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:42OuverteRéponse directe
Quels sont les impacts concrets du blocus sur les approvisionnements en kérosène ?
- 2:10OuverteRéponse partielle
Les grands patrons français sonnent l'alerte sur les pénuries. Le gouvernement les contredit. Qui croire ?
- 4:18OuverteRéponse directe
Les Iraniens et les Américains pensent avoir gagné. La sortie de crise s'éloigne-t-elle ?
- 5:40OuverteRéponse directe
Le gouvernement saoudien évoque 5 à 6 mois pour un retour à la normale. Pourquoi un délai si long ?
- 7:35OuverteRéponse directe
Les grands patrons français sont alarmistes, le gouvernement calme le jeu. Pourquoi cette divergence ?
- 8:46OuverteRéponse directe
Certains pays comme l'Australie ont alerté fortement. Faut-il croire les uns ou les autres ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 13:04P.PouyannéChiffre
« Nous avons absorbé tout le surplus des stocks. Si la situation perdure encore 2 ou 3 mois, nous entrerons dans une ère de pénurie énergétique, comme celle que subissent déjà certains pays asiatiques. »
- 27:49M.BregeonChiffre
« La France avait plus de 3 mois de stock pour pallier d'éventuelles difficultés d'approvisionnement. »
- 34:48R.LescureChiffre
« On augmente le raffinage. On a autorisé des raffineries françaises, notamment à Gravenchon, le raffinage. Si on faisait face à des enjeux d'importation, on a nos stocks stratégiques. On a 3 mois de stocks stratégiques. »
- 41:57P.GeoffronFait
« Ce qui sortait du détroit d'Ormuz, ce n'était pas uniquement du brut. C'était des produits transformés. »
- 49:04P.-O.GourinchasChiffre
« Dans notre scénario très défavorable, où le déséquilibre sur les marchés de l'énergie continue en 2026 et en 2027, là, nous voyons la croissance qui serait potentiellement ramenée à 2 %. »
- 49:48P.-O.GourinchasChiffre
« L'inflation pourrait grimper à 6 %. »
- 50:32P.-O.GourinchasChiffre
« Si les engrais augmentent de 50 %, ce qui est l'augmentation qu'on voit actuellement, les biens alimentaires vont augmenter de 25 %. »
- 51:16P.-O.GourinchasChiffre
« 45 millions de personnes pourraient connaître une situation d'insécurité alimentaire accrue. »
- 51:56Chiffre
« Une douzaine de pays pourraient bientôt demander de nouveaux prêts pour faire face au champ énergétique. Un montant global estimé entre 20 et 50 000 dollars. »
- 56:01D.SeuxFait
« L'électricité n'est pas concernée. Le gaz est moyennement concerné. »
- 1:00:56P.GeoffronChiffre
« On importe en Europe 80 à 90 % de nos fossiles. »
Temps de parole
- ?100 %
≈ 0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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Euh... Les gars ? - C.Roux: Bonsoir. Bienvenue dans "C dans l'air". C'est une alerte lancée par les grands patrons français dont P.Pouyanné, le PDG de Total. Si la crise perdure, nous entrerons dans une ère de pénurie énergétique, selon lui. Un message alarmiste, s'empresse de corriger le gouvernement qui, depuis le début de la guerre, se tient plutôt sur une ligne rassurante. Les voyants commencent à passer au rouge. C'est le cas du kérosène avec des prix qui flambent. Les approvisionnements pourraient devenir difficiles, à tel point que certaines compagnies aériennes ont annoncé la suppression de vols. 20 000 chez Lufthansa. Chez Transavia, annulations en mai. Aucun signe concret de déblocage dans le détroit d'Ormuz. D.Trump semble porté par un vent d'optimisme. Il affirme que l'Iran se trouve dans un état de crise et souhaite la réouverture du détroit. Avec nous pour parler de ce sujet, P.Dessertine, économiste et directeur de l'Institut de haute finance. Vous avez écrit "L'Horizon des possibles".
Avec nous, D.Seux, éditorialiste aux "Echos" et à France Inter. Je cite votre édito: "Se préparer aux pénuries". On va en parler longuement ce soir. Avec nous, B.Mathieu. Vous êtes grand reporter pour "L'Express". P.Geoffron est professeur d'économie à Paris-Dauphine, spécialiste de l'énergie et directeur du Centre géopolitique de l'énergie. Bonsoir à tous. Merci de participer à cette émission en direct. M.Rubio, secrétaire d'Etat américain, dit... Il est en train de s'en rendre compte? - P.Dessertine: On le savait. On sait que le détroit d'Ormuz est un endroit stratégique. Les personnes qui n'ont pas la vision... Même si on en parle beaucoup... Le golfe Persique est une poche. Il n'y a qu'un endroit où vous pouvez passer, c'est par là. De l'autre côté, c'est la terre. Il y a la mer Rouge qui s'ouvre sur le canal de Suez, mais c'est pas possible par-là. Les producteurs de gaz et de pétrole sont là. Il n'y a qu'un lieu de passage. On voit vraiment l'autre rive. On peut bloquer facilement une grande partie
du commerce mondial et du commerce énergétique, surtout, simplement en faisant couler au milieu un pétrolier qui empêcherait les bateaux de passer par-dessus. - C.Roux: Quand il dit que c'est "l'arme atomique", on peut comprendre que c'est une arme nucléaire économique... On comprend que c'est le choix qu'ont fait les Etats-Unis vis-à-vis de l'Iran, de tarir l'arrivée et le départ du pétrole iranien. Les Etats-Unis considèrent que les choses marchent puisque D.Trump estime que l'Iran est en crise et demande la réouverture du détroit d'Ormuz. Votre regard là-dessus? - P.Geoffron: M.Rubio regarde "C dans l'air", d'après moi, car on a dit ça sur la bombe atomique et le fait que, durablement, il faudrait qu'il y ait un changement de régime et un régime avec lequel il serait possible d'établir
des relations commerciales pacifiques pour que cette menace ne plane pas. Cette menace est une menace du faible au fort. Elle est facile à mettre en oeuvre. Il suffit de quelques mines pour avoir un impact sur le trafic. La stratégie américaine reste confuse. La pression est mise économiquement, de manière à ce qu'elle devienne insoutenable économiquement pour l'Iran et qu'on s'oriente vers une forme, de paix peut-être pas, mais de non-paix, non-guerre... C'est pour sortir de la phase aiguë.
- C.Roux: On va parler du temps long, ce soir. Les acteurs économiques s'inquiètent de la durée de cette crise. Les Etats-Unis ont le sentiment que faire un blocus économique de l'Iran... La sortie de crise s'éloigne? - D.Seux: Les Iraniens pensent avoir gagné et les Américains aussi. Les Iraniens paralysent une partie du commerce mondial. Comme les deux Pensent avoir gagné, ils ne sont pas près de venir à table pour négocier. Pendant les 2 premières semaines, ce qui était un coup dur économique, puis, dans les 4 semaines suivantes, un choc... Maintenant, c'est une crise. Une déclaration est passée inaperçue, celle du gouvernement saoudien lors des assemblées générales du FMI. Le gouvernement saoudien a dit que si même s'il y avait maintenant un accord de paix, il faudrait 5 à 6 mois pour que les choses reviennent à la normale. Pourquoi? Pour 3 raisons. La première: il faudrait vérifier que les Iraniens sont à peu près fiables sur le nucléaire. Il faudrait réparer les installations détruites et il faudrait que tous les bateaux qui sont sur les mers repartent
dans des directions antérieures et qu'ils ne circulent pas en fonction du prix offert sur tel ou tel continent. 5 à 6 mois si ça s'arrêtait maintenant. Nous sommes le 28 avril. 6 mois, c'est long. L'été qui est devant nous est un été marqué par la hausse des prix et les pénuries. - C.Roux: C'est parfaitement clair. Une déclaration n'est pas passée inaperçue, celle de P.Pouyanné. Quelques réactions de grands patrons français que je vous livre. ... Ce que vous dites, c'est que les grands patrons français sonnent l'alerte. - B.Mathieu: Bien sûr. Il n'y a pas que l'énergie, le pétrole ou le kérosène. Cette crise touche toutes les chaînes d'approvisionnement de nombreuses matières premières.
Il y a les engrais, l'hélium, le soufre... Les matières premières qui entrent dans la production de l'industrie automobile, la défense, les matières plastiques, la chimie... C'est un effet de contagion qui contamine toute l'industrie manufacturière mondiale. - C.Roux: Le problème, c'est que tout le monde ne dit pas la même chose. De grands patrons français donnent le sentiment d'être assez alarmistes sur ce qui nous attend, la crise qui vient. Le gouvernement calme le jeu de l'autre côté. Ils disent même à P.Pouyanné qu'il sort de son rôle. C'est ce que dit le ministre de l'Economie. Question. - D.Seux: Chacun est dans son rôle.
Les entrepreneurs disent ce qu'ils ont sous les yeux. Le gouvernement craint ce qui viendra sous les yeux de tout le monde si on sonne l'alarme. Tout le monde ira dans les stations pour faire des réserves, remplir ses réservoirs et des jerricanes d'essence. Ca accentuerait la crise. Pour l'instant, il n'y a pas de pénurie. 3 % des stations étaient en manque de carburant samedi. Les choses vont se faire. On le voit déjà sur le kérosène. On va en parler. On sent que les choses se font. Il faut faire un petit modulo.
Par rapport à la crise de 2022-2023... A cette époque, vous aviez un problème sur le pétrole, le gaz et l'électricité. Aujourd'hui, c'est le pétrole et peut-être le gaz à l'automne, quand il faudra remplir les cuves, mais là, il fait beau... Et il n'y a pas de problème de prix sur l'électricité. C'est un peu différent, quand même. Je referme la parenthèse. - C.Roux: On a l'impression qu'on est un peu les cigales. On se dit que jusqu'ici, tout va bien.
On met un peu la poussière sous le tapis. De grands acteurs économiques internationaux, l'AIEA, des grands patrons, disent que ce qui arrive est un choc. - P.Dessertine: Le politique, son rôle, c'est ce qu'on disait, c'est de ne pas avoir une prophétie autoréalisatrice. Si le gouvernement fait une communication... - C.Roux: Certains l'ont fait, comme l'Australie. - P.Dessertine: L'Australie l'a fait de façon forte. C'est une culture démocratique qui va jouer, d'ailleurs. Qui croire? Ils ont tous raison. On ne peut pas dire qu'ils sont dans le mensonge.
Quand le ministre de l'Economie dit "on a des réserves importantes", c'est vrai. On peut les mobiliser. On va demander aux raffineries de commencer à raffiner davantage ce qui pourrait être en pénurie. Très bien. Les patrons se demandent à quel prix. Comment faire les priorités si ça continue? L'hypothèse que ça va s'arrêter est de plus en plus ténue. Les Iraniens sentent bien que de toute façon, le temps qui passe est un allié par rapport à la pression économique qui va être sur l'Occident, en particulier l'Europe. L'Europe n'a pas d'énergie du tout et est parmi les plus fragiles. Les Français, qui n'ont pas d'énergie et qui ont en plus une grosse dette,
ce qui ne nous arrange pas dans ce cas particulier, parce que c'est très dépendant de l'inflation... On essaie de minimiser la chose. "Dormez tranquille, tout va bien." - C.Roux: Tout va bien se passer? Même si c'était réglé demain, qu'on relançait le trafic à Ormuz, il faudrait 6 mois... L'été sera impacté? - P.Geoffron: Au moins, on aurait de la visibilité. Il ne faut pas affoler car il pourrait y avoir un effet d'emballement à la pompe mais aussi un impact sur la consommation, les choix entre l'épargne et la consommation. Avoir une parole apaisante de ce point de vue, ça me semble assez cohérent. Nous sommes plutôt dans une situation dans laquelle on n'a pas abusé de taper dans les stocks disponibles destinés à gérer une éventuelle pénurie. - C.Roux: Il y a 2 choses là-dedans. Il y a les pénuries. On l'a compris. Et il y a cette crise qui se diffuse partout. Le PDG de Saint-Gobain dit que la crise est profonde et va peser sur l'économie mondiale. Il nous dit: "Peu importe ce qui se passe. C'est trop tard!"
- D.Seux: Il y a des indicateurs très concrets. Je peux apporter une information. En avril, jusqu'au 22 avril, la consommation de carburant en France a baissé de 10 % par rapport à avril dernier. Ca n'a l'air de rien, 10 %, mais c'est considérable. Les automobilistes s'étaient précipités à la pompe début mars. C'est retombé après. C'est aussi les artisans, les commerçants, les entreprises. - C.Roux: Ca raconte le ralentissement de l'économie... - D.Seux: Permettez-moi un mot. P.Pouyanné a pris un petit risque avec cette déclaration. Il se fait taper sur les doigts par les ministres.
BP a publié ses résultats hier. C'est exceptionnel. Les coûts du pétrole qui montent, c'est bon pour les compagnies pétrolières. - C.Roux: E.Macron a eu du mal à cacher son agacement hier. "Il faut qu'on ouvre ce fichu détroit. C'est ce qui nous fout dedans." Il avait peut-être les chiffres que vous venez de nous livrer. Il était dans l'Ariège. La situation à Ormuz reste confuse avec 2000 navires encore bloqués dans la zone. Si le gouvernement se veut rassurant, les grands patrons sonnent l'alerte. - Il est connu pour son franc-parler et n'a pas dérogé à la règle
en anglais. - P.Pouyanné: Nous avons absorbé tout le surplus des stocks. Si la situation perdure encore 2 ou 3 mois, nous entrerons dans une ère de pénurie énergétique, comme celle que subissent déjà certains pays asiatiques. - Le patron de TotalEnergies, alarmiste sur les stocks de pétrole dans l'Hexagone. Une petite sortie pas du goût du ministre de l'Economie. - R.Lescure: P.Pouyanné, qui n'est plus tout à fait dans son rôle quand il inquiète avec la menace d'éventuelle pénurie...
Il rajoute des "si" à sa déclaration. - Il dit que si le détroit d'Ormuz reste bloqué 2 ou 3 mois... - R.Lescure: Il faut se préparer à toutes les opportunités, au pire, mais il faut aussi espérer le meilleur. - Les grands patrons sont inquiets. B.Arnault devant ses actionnaires... - B.Arnault: Il ne vous a pas échappé que le monde est dans une crise sérieuse au Moyen-Orient. Il y a eu un impact des marchés sur nos chiffres. - Le PDG de Saint-Gobain dans la presse...
... Une fébrilité qui aurait gagné le président français, qui a encore cette petite phrase, prononcée hier lors d'un déplacement en Ariège. ... - Le détroit d'Ormuz, noeud de tous les problèmes, alors que des centaines de navires y sont toujours bloqués. L'Iran annonce préparer une loi pour que son armée prenne le contrôle de la zone. - Notre voeu est de restreindre et d'interdire le passage de navires et de sous-marins hostiles. Les droits de passage doivent être réglés aux Iraniens. - Un droit de passage auquel Téhéran conditionne la réouverture du détroit d'Ormuz dans sa dernière proposition faite aux Etats-Unis. "Hors de question", s'agace le secrétaire d'Etat américain
M.Rubio. - M.Rubio: Si par rouvrir le détroit, ils veulent dire que le détroit est ouvert et qu'on se coordonne avec l'Iran, qu'on demande la permission sous peine d'être attaqués et qu'on paye, ce n'est pas rouvrir le détroit. Le détroit est devenu une arme nucléaire économique qu'ils tentent d'utiliser contre le monde. - Les Américains jouent la montre et misent sur un étouffement économique du régime iranien. ... Qui cédera le premier? Washington a-t-il raison de s'entêter? Les Européens condamnent avec sévérité la stratégie des Etats-Unis. - F.Merz: Une nation entière est humiliée par les dirigeants iraniens, en particulier par ses soi-disant Gardiens de la révolution. Sur le détroit d'Ormuz, nous pouvons aider, mais il faut que les combats cessent d'abord. Pour l'instant, je ne vois pas comment ça pourrait se concrétiser dans un avenir proche. Les Iraniens sont plus forts qu'on ne le pensait. Les Américains ne semblent pas avoir de stratégie de négociation convaincante. - Une situation au point mort qui fait repartir le prix du baril à la hausse. Les Emirats arabes unis ont annoncé leur retrait de l'Opep dès le mois de mai, invoquant une réorientation stratégique à long terme.
- C.Roux: C'est difficile de voir comment peuvent aboutir les négociations avec les Iraniens dans la mesure où ils veulent une loi pour que l'Iran prenne le contrôle total du détroit, avec une histoire de péage dont les Iraniens disent qu'il commence à leur rapporter des recettes. Question. - B.Mathieu: Quand on regarde qui sont les perdants et les gagnants... Les 1ers perdants sont les pays du Golfe parce qu'ils ne peuvent pas exporter et le terrorisme est à l'arrêt. Les pays asiatiques les plus pauvres qui étaient dépendants des approvisionnements... A l'autre bout, les gagnants, il y a la Russie et les Etats-Unis. Les Etats-Unis exportent notamment beaucoup de gaz naturel liquéfié, dont le prix a progressé. Gagnant... Le consommateur américain voit le prix du gallon
beaucoup progresser. Il y a le tic-tac des élections de novembre. Très factuellement, l'Amérique est moins perdante que le Japon ou la Corée, par exemple. - C.Roux: Il peut jouer la montre parce qu'il en profite? - P.Geoffron: Je ne suis pas certain qu'il ait les moyens de jouer la montre, pour les raisons qui ont été dites. On est à quelques encablures des midterms. Le président américain a préparé sa base électorale en disant que tout ça était pour le bien de la nation mais que ça allait supposer des efforts sur les prix énergétiques. Il y a non seulement le prix du pétrole qui a augmenté, donc les prix à la pompe, mais il y a aussi le prix du gaz et de l'électricité, et c'était déjà le cas en 2025. Ce sujet est au coeur du débat public aux Etats-Unis. Ca va être très compliqué du côté de Trump de convaincre son électorat que cette guerre, incertaine dans son issue, aura été bénéfique. C'est à l'inverse la promesse de "America first" et la promesse de gain de pouvoir d'achat. - C.Roux: Une chaîne japonaise a couvert en direct à la télévision l'arrivée d'un pétrolier. Ca a été fait en direct. Il a été escorté.
Il était en provenance des Etats-Unis. C'était un événement national. Ca illustre la pénurie qui frappe l'Asie. C'est aussi du pétrole que les Japonais achètent aux Etats-Unis. - P.Dessertine: Par rapport à la question de Jacques... C'est la question angoissante de savoir ce qu'il va se passer dans 6 mois. La crise a commencé pour tout le monde. Quand l'énergie monte, la croissance baisse dans le monde entier. Le FMI, la Banque mondiale... Il n'y a pas de gagnant. Quand on dit que les Etats-Unis sont gagnants, non. Leur croissance a été vue à la baisse, même si c'est moins fortement à la baisse que les pays du Golfe. Quand vous êtes américain, les pays du Golfe,
vous vous en fichez. Quand les choses vont moins bien... Le prix du gallon a beaucoup monté aux Etats-Unis. C'est épouvantable. L'inflation repart. Ca signifie que lorsque vous avez votre salaire à la fin du mois, vous avez moins de pouvoir d'achat. C'est la crise que nous connaissons. Il y a des gens qui souffrent des bombes pendant la guerre, et on parle seulement d'inflation pour nous... Les pays très pauvres en Afrique vont souffrir de la faim, mais on est toujours très égoïste par rapport à son quotidien. Les Américains voient bien leur pouvoir d'achat qui baisse. Or, Trump a été élu là-dessus en disant: "Le pouvoir d'achat va repartir avec moi." Si la crise continue, le prix de l'énergie
va monter partout dans le monde. La crise va continuer du point de vue mondial et le pouvoir d'achat américain va continuer de baisser. C'est pour ça que tout le monde aux Etats-Unis essaye de doper les marchés financiers. Il ne faudrait pas que l'épargne américaine perde. Ca a été une inquiétude quand les marchés ont dévissé. Ca remonte un peu de façon étonnante, étant donné le contexte, mais ça permet de maintenir l'épargne américaine. On est dans quelque chose qui ne fait que des perdants, en réalité. Quand on dit qu'il y en a qui sont moins perdants que d'autres... Le citoyen américain qui va voter en novembre regarde son porte-monnaie, son épargne et son pouvoir d'achat.
- D.Seux: Soyons très pratiques. Le litre d'essence était à 70 centimes. Ca fait rêver les Français. C'était avant la guerre. Il est à plus de 1 dollar. Il est monté à 1,20 en Californie. Pourquoi est-ce si important? C'est le prix le plus affiché. Il y a des stations partout. C'est plus que les oeufs ou les bananes. Le prix du litre d'essence est celui qui est le plus visible dans un pays. Quand on regarde les courbes, il est encore en dessous du pic de l'ère Biden, mais il s'en rapproche, aux Etats-Unis. C'est un désaveu considérable pour D.Trump, d'autant plus que ça commence à descendre vers des produits alimentaires.
L'hypothèse de reprendre les bombardements maintenant a du plomb dans l'aile. D.Trump est un peu coincé. On peut être à la fois être le gagnant militaire et le perdant politiquement . - P.Geoffron: Il y a un gagnant qu'on a oublié de mentionner: la Chine. Quand on voit le navire qui arrive, escorté, au Japon... C'est une formidable publicité, une incitation à acheter des technologies, des équipements qui vont permettre de consommer moins de pétrole, moins de gaz, qui sont assez largement dominés par la Chine. Dans la lutte entre les Etats-Unis et la Chine, ce cadeau que Trump fait, c'est une publicité formidable pour des véhicules électriques. - C.Roux: Si ça s'arrêtait demain, on pourrait encaisser
l'onde de choc de tout ce qui s'est passé depuis le début de la guerre? Ou de toute façon, les conséquences dans l'économie mondiale sont déjà là en termes d'approvisionnement ou de ralentissement de l'économie? C'est déjà là? - P.Dessertine: Oui, on va l'encaisser, mais on va repartir... - C.Roux: Conséquences sur le pouvoir d'achat? - P.Dessertine: Les 70 dollars le baril, ce n'est pas pour cette année. Le baril est à plus de 117 dollars. Il est encore remonté.
Une bonne hypothèse, ce serait 80-90, et ça fait déjà baisser la croissance. L'hypothèse, ce serait qu'on revienne à la situation... C'est ce que disait Dominique tout à l'heure. Ca va mettre beaucoup de temps pour tout remettre en marche. Si ça se prolonge plus, ça amplifie la crise. C'est là où ça angoisse les téléspectateurs. - C.Roux: Question de Jacques. Ca s'est passé aujourd'hui. Il hésitait depuis 1965. - P.Geoffron: Des coutures craquent au sein de l'Opep. - C.Roux: A quoi ça sert?
- P.Geoffron: Il gère les volumes de production. Entre partenaires, l'idée est de s'allouer des quotas de production de manière à gérer les prix. La sortie des Emirats arabes unis est un signal important. Ca veut dire que les Emirats arabes unis ne se sentent plus solidaires de cette politique de gestion. Si on continue à faire la liste des gagnants, il y a la Russie. C'est l'autre partie de l'Opep. L'Opep+ qui, depuis 2016, de mémoire, s'est additionnée
avec une dizaine de partenaires. L'affaiblissement de l'Opep est plus favorable aux producteurs qui n'en font pas partie, comme les Etats-Unis. - C.Roux: Je voudrais être sûre de comprendre pourquoi ils sortent. C'est pour produire plus? - P.Geoffron: Oui. Ils ont des marges importantes en termes de production. Les Saoudiens ne se sentent plus solidaires. - P.Dessertine: Les coutures craquent du point de vue géopolitique. On était dans le Golfe, qui était normalement relié aux Etats-Unis de façon cohérente par rapport à la défense... Ils se tournaient beaucoup vers l'Asie pour le développement. L'axe de développement, ce n'était pas l'Europe mais l'Asie. Il y a une remise en cause complète en disant que les Etats-Unis ne protègent rien. Ils ne partagent pas l'approche de l'Arabie saoudite
par rapport aux Etats-Unis. Toute l'organisation au-dessus de l'économie, qui est importante pour que l'économie fonctionne... Il ne faut pas que n'importe quoi se passe du point de vue géopolitique. On est typiquement dans une espèce d'effondrement d'un ordre local géopolitique et pas encore de recomposition. - C.Roux: Vous vouliez intervenir sur l'Opep? - D.Seux: Pas vraiment. Je pense qu'il y a des rivalités avec Riyad. - C.Roux: Question. C'est ce que disent les Américains. Le secrétaire d'Etat au Trésor dit qu'ils sont en train de craquer. On va parler des pénuries.
Il y aurait des pénuries de pétrole en Iran bientôt. - P.Geoffron: Il y a l'obligation de réduire le volume de production. C'est compliqué. Il y a un système géologique sous pression. Tout ça ne s'arrête pas et ne se module pas aisément. La saturation est au point où il y a l'obligation de stocker du pétrole ou du carburant sur des navires, y compris des vieux navires déclassés, de manière à trouver un endroit pour loger ces stocks. C'est évidemment un problème technique qui va peser à l'issue du conflit. A court terme, c'est une manière d'étrangler économiquement l'Iran. - C.Roux: Venons-en à nos stocks.
Le gouvernement est toujours sur la ligne rassurante. "Pas de panique. Ne faites pas le plein des jerricans à la station essence." M.Bregeon a dit que la France avait plus de 3 mois de stock pour pallier d'éventuelles difficultés d'approvisionnement. Tout va bien pendant 3 mois? C'est comme ça qu'il faut le résumer? Il faut aussi dire que si on crame nos stocks, on aura un sujet à la rentrée? - P.Dessertine: Pour le moment, on n'y touche pas. En Europe, on dit qu'il faut 90 jours. La France a environ 110 jours. Ce sera intéressant de faire des images à Manosque où sont nos stocks stratégiques. On injecte de l'eau ou du sel pour faire remonter le pétrole. C'est un truc incroyable. C'est profondément enfoui. C'est justement pour que ce ne soit pas attaquable. Il y a des stocks à côté du Havre... On a une approche pour répondre en cas de pénurie absolue. Quand on parle de 90 ou 110 jours, c'est s'il y avait une grosse crise internationale et un blocage, mais ce n'est pas l'idée que ça va permettre la consommation normale. Quand on va parler du kérosène, par exemple, la 1re raison
pour laquelle on a du kérosène, c'est parce que les avions militaires volent avec. Il faudra des stocks stratégiques, pas du tout économiques. - C.Roux: Le jour où on tapera dans nos stocks, il y aura une hiérarchie des gens qui auront accès aux stocks? - P.Dessertine: C'est clair. On n'en est pas encore là. S'il fallait taper dans le stock, c'est qu'on serait en crise très grave. On a beaucoup d'importations qui viennent des Etats-Unis. Ca permet de ne pas taper à 100 % dans les stocks. On ne tape pas dans les stocks aujourd'hui. 90 ou 110 jours, c'est des jours théoriques. Si on commençait à utiliser les stocks, ça voudrait dire qu'il y aurait des hiérarchies. Il faudrait réfléchir...
C'est pas des stocks sur toutes les consommations. Il faudrait regarder ce qu'on attribue aux raffineries. R.Lescure a demandé à la raffinerie près du Havre de commencer à raffiner différemment parce qu'il faut répondre aux besoins. C'est piloté au jour le jour. Heureusement, on n'en est pas encore là. Il ne faudrait pas qu'on vive ça. - C.Roux: Le ministre de l'Economie dit "nous nous préparons". Ca veut dire quoi, techniquement? Les stocks sont enfouis. Vous l'avez bien expliqué avec moult détails. Ils sont enfouis ou à disposition. Ca veut dire quoi, "se préparer"? - D.Seux: La question est de savoir à quel moment
on relâche les stocks. Quel est le bon moment? Il y a 18 millions de mètres cubes de pétrole. - C.Roux: Je ne me rends pas compte. - D.Seux: La moitié à Manosque. On en a relâché 2 millions. A quel moment il faut les relâcher pour baisser la pression? C'est maintenant? Les retours du 15 août? Les départs en vacances? Plus tard, à l'automne? C'est la 1re question... La 2e question stratégique, qui est intergouvernementale... On n'en parle pas encore. Si la crise continue, faudra-t-il dire qu'on roule à 110 au lieu de 130 sur les autoroutes? Est-ce qu'on dit que les plaques impaires
roulent un jour de moins par semaine, comme en Thaïlande? Est-ce que les fonctionnaires télétravaillent le lundi ou le vendredi? - C.Roux: Ca veut dire qu'on travaille sur ce scénario ou qu'on s'y prépare? - D.Seux: Je ne sais pas ce qui se prépare et on ne nous le dit pas tout de suite. J'espère qu'ils préparent des mesures. - B.Mathieu: Je pense que c'est ce qu'ils font. La diminution de la vitesse sur autoroute est un facteur qui peut baisser considérablement la consommation. Pousser au télétravail, on l'a fait pendant le covid. Je voudrais mettre une petite dose d'optimisme, quand même, sur ces stocks.
Quand on dit qu'on avait juste avant le début de la guerre 108 jours d'importations nettes, ça veut dire que si on arrête totalement d'importer, on peut tenir 108 jours. Il n'est pas question d'arrêter totalement d'importer. L'essentiel de nos importations de pétrole ne viennent pas du Golfe. Elles viennent Des Etats-Unis, d'Afrique, de l'Algérie, de mer du Nord... On n'est pas dans une situation où dans 3 mois, il n'y aura plus une goutte de pétrole. - C.Roux: On n'est pas fragiles concernant le pétrole? Vous le diriez comme ça? - P.Dessertine: Euh... Non. - C.Roux: Je résume. On a des stocks. On a 108 jours. C'est bien caché, tout ça.
D'un autre côté, on a de toute façon des moyens d'importer ailleurs que via le détroit. - P.Geoffron: Il y a 2 sujets qu'il faut distinguer. La question des volumes... Ce que vous avez dit est parfait. Il manque 10 % du pétrole mondial. Peut-être qu'on sera affectés par des contraintes d'approvisionnement. Si on se met à taper dans notre épargne, ces 108 jours de stock... On a le temps de voir venir. C'est la question de la pénurie. L'autre problème, c'est le prix à la pompe et la capacité qu'on a à l'assumer. On va en parler à propos du kérosène. - C.Roux: Allons-y. Le ministre de l'Economie avoue surveiller la situation
comme le lait sur le feu. La question de l'approvisionnement en kérosène prend de l'ampleur. Les prix flambent. Les billets d'avion aussi, avec des conséquences sur les réservations des voyages. Les low cost sont particulièrement touchées, comme Transavia qui a annoncé l'annulation de vols dès le mois de mai. - Les compagnies aériennes vont-elles bientôt manquer de carburant? *-Transavia, la compagnie à bas coût d'Air France, annule une partie de ses vols. *-En Europe, on s'inquiète d'un problème d'approvisionnement en kérosène.
*-La compagnie aérienne allemande réduit fortement ses vols. 20 000 vols court ou moyen-courrier seront supprimés d'ici octobre. - Le secteur aérien déjà en crise. Les conséquences sont grandes dans cette agence de voyages. Guillaume a vu son carnet de commandes s'effondrer. - On a eu un mois de mars déplorable, au-delà même des annulations déjà programmées, c'est moins 50 ou moins 60 % de prises de commande en marche. Il y a un effet d'attentisme des voyageurs et un effet tarifaire. L'activité est au ralenti depuis 2 mois. - Avec le blocage du détroit d'Ormuz, les exportations de kérosène en provenance des pays du Golfe ont été réduites de 60 %. Un produit moins disponible sur le marché et donc des prix qui flambent. De 750 dollars la tonne avant le conflit, le cours du kérosène est monté jusqu'à 1900 dollars mi-avril. Le ministre de l'Economie va recevoir les représentants du secteur. Il se veut rassurant. - R.Lescure: On sait 2 choses.
On augmente le raffinage. On a autorisé des raffineries françaises, notamment à Gravenchon, le raffinage. Si on faisait face à des enjeux d'importation, on a nos stocks stratégiques. On a 3 mois de stocks stratégiques. On a une bonne partie de ces stocks qui sont disponibles. D'autres sont en route. On peut raffiner ça. Pas d'inquiétude sur l'approvisionnement. - Le gouvernement écarte le risque de pénurie de kérosène, du moins pour le moment. Mais la guerre au Moyen-Orient met en lumière les fragilités
du modèle économique des compagnies aériennes. Avant la crise, le carburant représentait 25 % de leurs coûts. C'est 45 %, désormais. - Les compagnies low cost seront les plus impactées. C'est des compagnies à flux tendu, très optimisées, qui n'ont pas beaucoup de marge de manoeuvre en termes de coûts et d'utilisation de leurs appareils. S'il y a ne serait-ce qu'un paramètre dans l'équation qui change, ça déstabilise le système. Si vous avez une panne ou une augmentation drastique du prix ou un problème opérationnel, les coûts seront tellement élevés, l'impact sera tellement important que ça peut faire couler une entreprise aussi grosse qu'une compagnie aérienne. - Même en cas de réouverture durable du détroit d'Ormuz, le retour à la normale
de l'approvisionnement en kérosène et la baisse des prix devraient prendre plusieurs mois. - C.Roux: Je précise que le PDG de Corsair sera demain l'invité de "C dans l'air" dès 17h30. Question. - D.Seux: Oui. C'est tout à fait possible. Le kérosène, c'est un produit particulier. On voit bien qu'on dépend plus du Golfe pour le kérosène que pour le carburant. Il y a des effets plus massifs. On a entendu des compagnies qui ont déjà pris, y compris en France, comme Transavia, des décisions. C'est aussi dans le monde entier. Vous avez des compagnies australiennes, de Hong Kong... Ca va se répandre. La question, c'est: est-ce que tout le monde peut absorber dans les prix? Est-ce que les prix vont augmenter? Les grandes compagnies peuvent augmenter les tarifs. Les compagnies low cost, pas tellement. C'est leur modèle de vendre des prix pas chers. Elles sont très impactées.
La France a un tout petit avantage par rapport aux autres pays européens, c'est que c'est un hub pour recevoir du kérosène. Du kérosène qui est redispatché par les oléoducs de l'Otan par la Suisse et l'Allemagne. - C.Roux: On peut braquer ce qui était prévu pour la Suisse et l'Allemagne? - D.Seux: Il se dit depuis quelques semaines qu'il y a un volume un peu inférieur redirigé vers la Suisse. Notre téléspectatrice suisse a peut-être raison de s'inquiéter pour la Suisse. - P.Dessertine: Quand on regarde ce qu'il se passe sur le kérosène, c'est pas si particulier. Nous, on a l'avantage de recevoir le kérosène.
On en est très dépendants, l'aéronautique. Airbus, du point de vue de la production d'avions, on a des inquiétudes. Les compagnies s'affaiblissent. Certaines ne vont pas supporter le choc. Soit elle répercutent sur les prix et n'ont plus de clients, soit elles n'ont plus de marges. Quand on est en train de regarder, c'est la question du tourisme. Les professionnels du tourisme qui regardent "C dans l'air" et qui sont sûrement en train de travailler... Vous avez la question de l'aviation qui va clairement avoir un impact
sur le tourisme, comme on l'a vu dans les crises précédentes. On a eu des exemples en 2022 et 2023, des conséquences lourdes. Il y a eu des conséquences lourdes des prix du carburant pour l'automobiliste. Le tourisme, la France en a besoin. Il y a des conséquences en chaîne. Ca va être difficile de revenir à la normale rapidement. Ca va mettre du temps. La question est de savoir quelle compagnie va le supporter. - C.Roux: Il y a des compagnies fragiles? - P.Dessertine: Oui. Elles ont eu des chocs successifs. C'est un modèle économique dans lequel vous avez d'énormes investissements.
Un avion, ça coûte très cher. Vous avez des coûts très élevés au quotidien. Le seul coût qu'elles ont, les compagnies low cost, c'est le kérosène. Elles se retrouvent en grave difficulté. - D.Seux: Les patrons de Ryanair et easyJet se frottent les mains. Ils se disent que les petites entreprises vont aller au tapis. - C.Roux: On parlait des voyages. 25 % de baisse en mars. Moins 10 % de baisse des réservations pour les voyagistes français. Il y a ça qui se joue. C'est le début. Un mot sur le kérosène. Un commissaire européen à l'Energie est assez inquiet sur ce secteur d'activité.
Il dit... - P.Geoffron: Il y a 15 jours, il y avait eu une alerte de l'association des aéroports européens. C'est là que sont stockés les carburants qui ont vocation à être utilisés. Tout cela est préoccupant. Il y a d'autres domaines dans lesquels ce qui est en train de se passer va être un accélérateur de transition, notamment pour la mobilité du quotidien. Les véhicules électriques sont plus attractifs que les véhicules thermiques aujourd'hui. On va avoir des substitutions vertueuses. Dans le domaine aérien, ça va être très long.
Il est possible d'incorporer, assez marginalement, des carburants décarbonés ou de substitution, mais qui sont plus chers et ne répondent pas à la question de la pénurie et de la capacité à se transformer. On va avoir probablement un choc structurel. C'est particulièrement préoccupant dans les destinations européennes. Nous en faisons partie. - C.Roux: Pourquoi le kérosène nous fait défaut? Vous avez expliqué que sur le reste, on pouvait gérer. - P.Geoffron: Ce qui sortait du détroit d'Ormuz, ce n'était pas uniquement du brut. C'était des produits transformés. De fait, il y a 2 dépendances sensibles
au diesel. On a vu très tôt au début du conflit le diesel s'envoler et aller au-dessus de l'essence. Il y a aussi le kérosène. On l'a vu surgir dans des conditions différentes. On ne voit pas le prix de la tonne au bord de la route, contrairement au prix du diesel ou de l'essence. De fait, il y a cette dépendance. Il y a des petites capacités de réallocation. Le ministre de l'Economie l'a dit ce matin en donnant des autorisations d'augmenter la capacité de raffinage en France, pour le kérosène. Ce sera très marginal.
- C.Roux: Quoi qu'il se passe et quelle que soit la situation diplomatique ou militaire à Ormuz, les prix des billets cet été vont augmenter. Il y aura une augmentation des annulations de vols? C'est déjà acté? - D.Seux: La réponse est "oui". Autant sur les voitures, il y a une substitution possible avec l'électrique... On voit qu'il y a une accélération assez stupéfiante des ventes de véhicules électriques d'occasion. Pour les véhicules neufs, on le verra plus tard. Ce n'était pas le cas en 1973 et 1979. Là, il y a des technologies qui existent. L'avion électrique, on ne le voit pas. - C.Roux: L'augmentation sera de quel ordre? Les billets d'avion vont doubler? - D.Seux: Ils ont déjà augmenté.
Sur certaines distances, vous avez plus 100 euros sur les billets. - P.Geoffron: Un doublement signifierait que la structure de coûts est composée uniquement de kérosène. Ce sera moins. Ca peut avoir un impact sur la mobilité low cost, qui est très sensible à ces variations. - B.Mathieu: Un point sur la petite vidéo où on voyait le ministre de l'Economie dire qu'on avait des capacités de raffinage. Si on est dans cette situation, c'est que sur les 15 dernières années, on a fermé en Europe entière des raffineries. Dans cette dépendance du kérosène aux pays du Golfe... Ils ont investi massivement dans des raffineries ultramodernes. Pourquoi on a fermé les nôtres? Parce qu'elles étaient vieilles et qu'elles nécessitaient un investissement. Il y avait des normes environnementales qui ne les rendaient plus compétitives. On ne va pas rouvrir des raffineries qui sont fermées depuis 10 ans. Ca explique pourquoi cette situation... - C.Roux: On rouvre bien des mines de lithium... Je caricature ça. Est-ce que c'est le sens de l'histoire qu'on est en train de vivre collectivement? Il y avait une très bonne enquête dans le journal "Le Monde"
qui expliquait que tous les grands de l'industrie pétrolière commencent à regarder, alors qu'ils arrêtaient les explorations et exploitations... Ils commencent à regarder où on peut aller chercher des gisements de pétrole. La Namibie est l'objet de toutes les convoitises depuis la découverte par Total en 2022 d'un gisement pétrolier estimé à plus de 3000 milliards de barils. On se disait que c'était le monde d'avant, les énergies fossiles. On est en train de vivre l'électrification et ceux qui disent "il faut aller forer et chercher des barils de pétrole"... - P.Geoffron: Il va y avoir une prime de risque élevée
sur le Moyen-Orient, qui était l'épicentre de ce système pétro-gazier. Ca va être suspect de retomber dans l'incertitude dans laquelle on est. C'est la zone dans laquelle les coûts de production sont les plus bas. C'est un choc. Ca ne garantit pas de redynamiser les investissements ailleurs. Pour dynamiser les investissements ailleurs, il faut avoir une visibilité et une stabilité des prix. Lorsque vous les regardez depuis 2-3 ans et le retour de Trump, ils sont chaotiques. - C.Roux: Quand vous voyez que plusieurs grands groupes ont dévoilé des projets d'exploration de nouveaux gisements en Namibie, au Nigeria, en Côte d'Ivoire, au Suriname, au Venezuela...
D.Trump a fait main basse sur le pétrole au Venezuela. Ce n'est plus le sens de l'histoire. - D.Seux: En termes de communication, toutes les compagnies pétrolières profitent de ce moment pour annoncer des investissements qu'ils n'auraient pas annoncés il y a encore 5 ans, quand on parlait beaucoup de décarbonation. Ils profitent du moment. Il faut se dire que tout ça est parti de la dénonciation par D.Trump de l'accord sur le nucléaire iranien de 2018. C'est invraisemblable. On va revenir à cette situation. C'est absolument inouï. - C.Roux: Regardez ce que dit Christophe. Le gouvernement dit qu'il ne faut pas paniquer. Les chauffeurs routiers nous disent que ça tape. Il y a des conséquences.
- P.Dessertine: La seule solution est qu'ils augmentent leurs tarifs. C'est comme ça qu'arrive l'inflation. Les entreprises, qui sont déjà aujourd'hui complètement étranglées... Le gouvernement a dit hier que tous les vendeurs qui vendent à l'Etat vont avoir le droit de répercuter les hausses dans ce qu'achète l'Etat en France. "On ne vous étrangle pas. Il n'est pas question que vous ne puissiez pas répercuter..." - D.Seux: Il y a une sorte d'engagement collectif des grandes fédérations professionnelles de l'industrie. - C.Roux: Pour amortir le choc de l'inflation? - D.Seux: Stellantis et Renault ont dit: "Quand nos sous-traitants arrivent et nous disent que la production de pièces est plus coûteuse, on acceptera."
- C.Roux: Est-ce que ces entreprises reportent ça sur les hausses de prix des véhicules? - P.Dessertine: Quand vous avez un choc d'inflation, vous pouvez avoir plein d'entreprises qui meurent. - C.Roux: On va en parler. Il est le chef économiste du Fonds monétaire international. Il s'appelle P.-O.Gourinchas. Il est à l'un des meilleurs postes d'observation de l'économie mondiale. Le FMI a revu à la baisse les prévisions de croissance de l'économie mondiale. L'économiste évoque les différents scénarios envisagés avec, dans la liste des perspectives à redouter,
une forte reprise de l'inflation. - Banque mondiale, FMI et Agence internationale de l'énergie.. Les représentants des 3 organisations côte à côte. C'était il y a 2 semaines. Mise en scène d'une réunion extraordinaire pour envoyer un message fort: si la guerre perdure, l'économie mondiale pourrait se retrouver au bord de la récession. - P.-O.Gourinchas: Notre scénario catastrophe suppose que les rénovations énergétiques durent jusqu'à l'année prochaine. - Le Français a accepté de nous en dire plus sur les dernières prévisions de l'institution. - P.-O.Gourinchas: Dans notre scénario
très défavorable, où le déséquilibre sur les marchés de l'énergie continue en 2026 et en 2027, là, nous voyons la croissance qui serait potentiellement ramenée à 2 %. C'est quelque chose que l'on voit très rarement. On l'a vu 4 fois depuis 1980. C'est une situation très dégradante. - Une situation dans laquelle l'inflation pourrait grimper à 6 %. - P.-O.Gourinchas: L'augmentation des prix de l'énergie va augmenter les coûts de production pour des entreprises qui ont besoin d'énergie pour produire. Les entreprises vont faire passer cette augmentation. On voit comment une mécanique d'augmentation peut s'enclencher.
- La guerre en Iran perturbe aussi l'approvisionnement mondial en engrais de synthèse. Ils sont produits à partir de gaz provenant en grande partie des pays du Golfe. - P.-O.Gourinchas: A un horizon de 12 mois... Si les engrais augmentent de 50 %, ce qui est l'augmentation qu'on voit actuellement, les biens alimentaires vont augmenter de 25 %. Les céréales, les produits alimentaires qui ont besoin d'engrais pour produire avec des rendements assez élevés... Si on va voir les pays en développement, on a des proportions de la population qui sont plus vulnérables et 45 millions de personnes
pourraient connaître une situation d'insécurité alimentaire accrue. - Les pays en développement, victimes collatérales de la guerre, frappés aussi par une perte d'attractivité. - P.-O.Gourinchas: Les flux de capitaux se sont détournés des pays émergents, des régions affectées par le conflit directement ou indirectement. Les investisseurs vont vouloir sortir de régions perçues comme risquées. Ca inclut les pays émergents, les économies en développement, qui vont voir des tensions sur leurs taux d'emprunt, des pressions sur leur monnaie. Tous ces facteurs vont contribuer à aggraver la situation économique. - Selon le FMI, une douzaine de pays
pourraient bientôt demander de nouveaux prêts pour faire face au champ énergétique. Un montant global estimé entre 20 et 50 000 dollars. - P.Dessertine: C'est un observateur et un acteur. Le FMI prête parfois très longuement à des pays pauvres. La mécanique de la crise qui se met en place, celle-ci ne s'arrêtera pas demain. La mécanique de propagation de la crise, notamment vers les pays fragiles... Ils trinquent le plus. Ce qu'évoque le chef économiste du FMI, c'est que les pays pauvres supportent cette crise par différents canaux. Tout augmente. Ils n'arrivent plus à exporter.
Ils n'ont plus d'investissement chez eux. C'est un élément important à relever. On a vu les investissements qui partent des pays pauvres en disant "ça va être la panique partout". On parle de toute l'Afrique subsaharienne. On parle de l'Asie du Sud-Est, d'un certain nombre de pays très fragiles. Ce sont des milliards d'habitants. - B.Mathieu: Des pays très endettés. - P.Geoffron: Des pays qui ont été abandonnés dès l'arrivée de Trump par l'aide américaine.
- C.Roux: Sur le diagnostic fait par le chef économiste du FMI qui a accordé cette interview à "C dans l'air"... C'est bien d'avoir son expertise. - D.Seux: A partir de quel moment l'inflation va avoir, dans nos paniers, des effets? Il y a 2 cas de figure. Dans une voiture, il y a ceux qui n'ont pas de ceinture de sécurité. Les chauffeurs routiers, ils sont obligés de répercuter sur le prix des tomates qu'ils transportent. Il y a aussi les passagers clandestins, tous ceux qui vont profiter de la période pour dire "mes coûts augmentent"... On va le voir. Ca va peu à peu s'inverser. - C.Roux: Question. Ca a déjà commencé? - D.Seux: Aux Etats-Unis. Il y a des papiers sur ce sujet. En France, on va le voir sur certains segments dans les magasins. Chaque année, il y a les négociations commerciales entre les industriels et les distributeurs. Depuis le début de la semaine dernière,
les industriels revoient les distributeurs en disant: "Ce serait bien qu'on renégocie." Les distributeurs disent que ça ne va pas. Le sujet ne tient pas. - P.Dessertine: On négocie avant le Salon de l'agriculture. Il est arrivé à la limite du début de la guerre. Ils n'avaient pas pris en compte ces augmentations de coûts de matières premières et de l'énergie. - C.Roux: On ne va pas pouvoir éviter le coût de l'inflation? - P.Dessertine: On y est déjà. On la voit qui démarre. Le FMI est optimiste par rapport à la Banque mondiale. Elle baisse encore plus ses prévisions.
- B.Mathieu: On part d'un niveau d'inflation bas. Quand on prend les derniers chiffres de l'inflation en mars en France, on est remontés. En décembre, on était à 0,5. - C.Roux: Au plus fort de la crise et de la guerre en Ukraine, on était à combien? - D.Seux: 6-7. L'électricité n'est pas concernée. Le gaz est moyennement concerné. Le four du boulanger, qui est au gaz ou à l'électricité... J'espère qu'il n'y a pas d'aluminium dans vos baguettes. - B.Mathieu: Il y en a dans les voitures, dans les avions...
- C.Roux: Ca pose des problèmes pour les emballages. - P.Geoffron: Que le choc inflationniste puisse être moindre qu'en 2022... Ici, on a moins de manoeuvres budgétaires... Il y a un terme qu'on n'a pas prononcé, "l'impact potentiel sur les taux d'intérêt et sur la dette". C'est un sujet de 2e ou 3e tour, mais qui est un sujet de débat et de tension. - C.Roux: Il est pris en compte dans "le gouvernement se prépare, mais jusqu'ici, tout va bien". - P.Dessertine: Il y a eu une réunion spéciale d'un comité d'urgence des finances publiques. On a convoqué tous les partenaires sociaux en disant: "On va faire 6 milliards d'économies." C'est pas documenté. On sait que le plus difficile en France, c'est baisser les dépenses. C'est quel impôt on va augmenter, la question qu'on se pose. - D.Seux: L'ensemble de la société française est en cause. Nous avons été cigales. Maintenant que la bise est venue, nous sommes coincés. Il n'y a pas de magot caché qui permet d'affronter cette crise, de magot budgétaire.
On l'a déjà utilisé. - C.Roux: Nous revenons à vos questions. Question. - P.Dessertine: Il annonce que tout va bien et il dit... R.Lescure l'a dit devant les députés de la commission des finances: "On ne sait pas ce qui va se passer. Nous naviguons à vue." Il l'a dit de façon explicite. - C.Roux: Un seul sait ce qui va se passer... - D.Seux: C'est la particularité de ce moment. Seuls D.Trump et un ou 2 conseillers ont une idée de ce qu'il va se passer. M.Rubio disait, lors des réunions à Washington que j'évoquais tout à l'heure, à quelqu'un: "Je ne sais pas, moi-même, ce qu'il va se passer." Il n'est pas étonnant que le gouvernement français dise être suspendu... - C.Roux: On se prépare. Question. C'est ce que disent R.Lescure et le président de la République, qui était agacé par ces prises de parole, considérant qu'il ne fallait pas jouer le pire. - P.Geoffron: Je ne suis pas certain que tous ont la même légitimité. Ce que dit P.Pouyanné me paraît assez cohérent
sur les flux essentiels de pétrole et de gaz. Lorsque LVMH renchérit, j'ai plus de doutes. - C.Roux: Il est impacté. L'industrie du luxe est impactée par la situation en Asie. - D.Seux: Le prix du fioul dans les temps de guerre est plus marginal sur un sac que sur... - C.Roux: Question. - D.Seux: Moins 10 % depuis le début du mois d'avril, de consommation de carburant. La demande est en train de s'ajuster à l'offre. C'est un phénomène normal de marché. - P.Dessertine: C'est quelque chose d'important.
La consommation a tendance à baisser. On a eu toutes les enquêtes d'opinion qui disaient que tout s'effondre. La consommation... Les gens qui nous regardent, c'est pas ça qui va les inciter à faire des courses en sortant. Tout le monde dit qu'il y a des temps difficiles et met de l'argent de côté. C'est pas bon. - C.Roux: Question. - D.Seux: On a encore 16 millions de mètres cubes de pétrole coincés, notamment à Manosque. - C.Roux: Question. - P.Geoffron: Non. Ca ne suffira pas.
Même si ça devait être le cas, et on l'a vu en 2022... Nos amis norvégiens, même en période de crise, ne nous vendent pas le gaz ou le pétrole à prix d'ami. On serait sous tension, tel qu'on a pu l'observer en 2022 ou à l'heure actuelle. - C.Roux: Comment on diversifie les approvisionnements? - P.Geoffron: Il y a 3 grandes zones de production. Il y a les Etats-Unis, la Russie et le Moyen-Orient, qui est en feu. Tout ça, ça pèse deux tiers de la production mondiale. On est au milieu, extraordinairement dépendants. On importe en Europe 80 à 90 % de nos fossiles. La diversification, c'est difficile de l'envisager. Il faut la décarbonation. - P.Dessertine: Il faut regarder comment l'Europe aurait pu être autonome... La Russie, c'est en Europe... - C.Roux: On doit sortir de la dépendance totale en 2027. Question.
- B.Mathieu: Si on est dans un scénario noir, il est possible qu'il y ait des idées, comme ne pas acheter plus de 40 ou 50 l à chaque fois qu'on remplit... - D.Seux: Ce serait une erreur de commencer par le professionnel, en tout cas. - C.Roux: Question. - P.Dessertine: Oui. Notamment pour les pays pauvres. On a l'inflation. Il peut y avoir la famine dans des pays d'Afrique subsaharienne. On en est là. C'est une chose qui a été soulignée avec insistance dans les scénarios du FMI.
- C.Roux: G.Kepel a dit ce matin que l'Afrique et l'Asie risquent "de crever de faim", au sens propre. - D.Seux: Les tankers qui sont sur l'eau se dirigent en fonction du prix offert au débarquement. Ils changent parfois de route en cours de route. - C.Roux: Question. - P.Dessertine: On n'a pas de pétrole chez nous. On n'a pas le choix. - B.Mathieu: C'est l'histoire du "on l'avait vu". On l'avait vu pendant le covid. Les choses se répètent. - C.Roux: Question. - P.Dessertine: Elle le fait déjà. - P.Geoffron: C'est déjà le cas. Elle a duré trop longtemps.
Elle aura des conséquences de trop long terme... Le Qatar va mettre des années à remettre à flot l'intégralité de ses capacités de liquéfaction de gaz. - C.Roux: Il ne faut pas que ça dure trop longtemps. On l'a compris. - P.Dessertine: Ca dure. - C.Roux: Question. - D.Seux: Oui. Avec moins, mais ça fait longtemps que c'est le cas. - C.Roux: C'est la fin de cette émission. On se retrouve demain dès 17h30.