Masterclass philosophie : Qu'est-ce que la liberté ? par François-Xavier Bellamy
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:39Invité politiqueFait
« La liberté, c'est le fait d'avoir le choix. »
- 3:23Invité politiqueFait
« La liberté ce serait le fait de ne pas être déterminé. »
- 4:52Invité politiqueFait
« La liberté, c'est le fait d'avoir le choix. Et plus on a de choix devant soi et plus on est libre. »
- 7:45Invité politiqueFait
« Le but de l'école c'était d'arracher l'enfant au déterminisme familial. »
- 8:28Invité politiqueFait
« La langue est fasciste. »
- 10:39Invité politiqueFait
« La liberté a pour premier ennemi le passé qui nous précède cet héritage, la culture qui nous a été transmise. »
- 11:21Invité politiqueFait
« La liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres. »
- 14:06Invité politiqueFait
« La vie c'est ou bien ou bien. »
- 14:50Invité politiqueFait
« La liberté c'est d'abord un vertige. »
- 16:19Invité politiqueFait
« La liberté ce n'est pas le fait d'avoir le choix. La liberté ce n'est pas quand il n'y a pas de contrainte. »
- 22:03Invité politiqueFait
« La noblesse de la politique c'est d'assumer dans quelle direction on veut s'engager. »
- 55:34Invité politiqueFait
« la liberté a un dernier prix, elle a une dernière condition et sans doute précisément parce que cette condition fait défaut à notre temps et à tant de nos dirigeants que nous avons perdu le goût, le sel, l'aventure de la liberté. »
- 55:34Invité politiqueFait
« Cette condition, c'est le courage. Parce que la liberté, je le disais tout à l'heure, cette liberté dont nous parlons qui consiste à faire un vrai choix, un choix qui nous ressemble, un choix qui exprime la plus haute idée que nous nous faisons de ce qu'est la condition humaine. »
- 57:02Invité politiqueFait
« Se reposer ou être libre ? Se reposer ou être libre ? »
- 57:45Invité politiqueFait
« Nous nous plaignons aujourd'hui que dans le monde qui se dessine sous nos yeux, nous sommes de plus en plus souvent en train de subir ce qui nous arrive. Peut-être parce que la France, peut-être parce que l'Europe ont choisi depuis trop longtemps maintenant de se reposer. »
Temps de parole
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non plus parce que il y a école demain quand même. Et puisque le sujet c'est la liberté, ben commençons par ce travail tout simple qui consiste à définir les termes du sujet. En l'occurrence, il y en a un. Comment est-ce que vous définiriez spontanément, le plus spontanément possible ? Ne vous mettez pas dans la peau du petit la rose. Demandez-vous comment, spontanément, naturellement, presque d'une manière triviale, comment est-ce que vous définiriez la liberté ? Voà, je vois déjà une main qui se lève. L'absence de règles. Génial. Non. Très mauvaise défis. Très bien. Voilà. Et ça râle dans le public. C'est on voit qu'on est un public de droite qui veut des règles. Voilà.
Ici c'est pas la France insoumise hein. On veut des règles, on veut de l'ordre, on veut l'autorité.
[Musique]
C'était très courageux de votre part de vous être fait le porte-parole de l'opinion commune mais il y a ici pour le reste au moins 300 porte-paroles de la place Bovau. On se demande bien pourquoi. L'absence de règle. Mais c'est c'est vrai que c'est une bonne réponse. Alors peut-être une autre réponse possible. Anarchie ça. Il a un lien avec la vie. La vie. Il y a un lien avec la vie. Oui. Mais vous diriez la définition de la liberté c'est la vie. Non. C'est très beau. C'est très beau. On va on va creuser ça. Mais la liberté c'est la vie. OK. On retient l'absence de règle la vie. Oui. Alors c'est le fait de pouvoir connaître les conséquences de ces choix. Oui. Ouais. Non. C'est la joie.
La joie. Oh là là, mais c'est merveilleux. Il y a il y a pas seulement des philosophes ici, il y a des poètes. Donc la liberté c'est la vie, c'est la joie, c'est le fait plus techniquement de connaître les conséquences de ces choix. Je attend une dernière définition un peu plus loin parce que sinon on va donner la parole qu'au premier rond. On est égalitaire, démocratique et inclusif ici. Alors, je vois une main qui se lève là au milieu devant moi. Voiture dans Paris. Circul en voiture dans Paris. Vous voulez en voiture dans Paris ? Ah non, ben si c'est ça.
Si la définition de la liberté c'est de rouler en voiture dans Paris, je crois chère Agnès que nous sommes tous condamnés à l'alliénation au moins jusqu'à l'année prochaine, n'est-ce pas ? Alors, je vous voyez une main qui se lève, c'est l'absence de contrainte. Génial. Alors, on va partir de là. L'absence de contrainte. Je je vous trouve très sophistiqué. C'est là qu'on voit qu'on est devant un public d'élite. C'est du très très haut niveau. Quand vous êtes devant une classe de terminale, ce qui m'est arrivé pendant des années, le bonheur absolu, généralement les élèves vous répondent en premier : "La liberté, c'est effectivement l'absence de contrainte.
La liberté c'est faire ce qu'on veut. La liberté, c'est avoir le choix." Vous êtes d'accord avec cette idée ? Ça va paraît relativement spontané de considérer que la liberté consiste à avoir le choix. cette définition de la liberté qui nous vient à l'esprit naturellement. Vous avez répondu tout de suite que la liberté c'était l'absence de règles. C'était la première réponse, l'absence de contrainte. Cette définition de la liberté, c'est en réalité une définition qui est née assez récemment dans l'histoire de la pensée. Dans l'histoire de la pensée, on peut dire que c'est la définition qui vient avec ce qu'on appelle la modernité.
La modernité en philosophie, elle commence avec la révolution scientifique, elle commence avec la Renaissance, la sortie du Moyen-Âge. La modernité commence à faire émerger une nouvelle définition de la vie et après tout, c'est en effet de cela que nous parlons et une nouvelle définition de la liberté. On la voit cette définition sous la plume d'un philosophe qui est l'un des premiers penseurs de la modernité, un philosophe français qui s'appelle René Descartes. Dans une lettre qu'il écrit à l'un de ses correspondants qui s'appelle le père Mélan, Descart fait l'hypothèse que la liberté, ça pourrait être précisément d'avoir le choix de ne pas subir de contrainte.
Pour le dire autrement, la liberté ce serait le fait de ne pas être déterminé. Ne pas être déterminé. Et effectivement, c'est complètement compréhensible. Si vous êtes déterminé, si vous obéissez à un déterminisme quel qu'il soit, si vous êtes obligé de suivre un ordre de contrainte, vous ne pouvez pas dire que vous êtes libre. Imaginons qu'on vous impose quelque chose contre votre gré, vous n'aurez pas le choix d'y consentir au nom. Et par conséquent, vous devrez bien admettre que ce que vous êtes en train de vivre, en train de faire n'est pas libre. Donc la liberté, la première définition qu'on peut donner de la liberté, c'est la liberté d'indétermination. Le fait de ne pas être déterminé.
Si quand vous étiez lycéen, vos parents vous ont dit voilà les études que tu vas faire et ça ne se discute pas parce que grand-papa était médecin et papa aussi donc tu seras médecin à ton tour. Et ben d'une certaine manière, vous n'avez pas eu le choix. Vous êtes déterminé. Si les circonstances sociales ont fait que les conditions de vie de vos parents ne vous ont pas permis de choisir les études de vos rêves, vous étiez déterminé pour des raisons matérielles. Vous n'étiez donc pas vraiment libre. Donc la liberté, c'est le fait d'avoir le choix. Et plus on a de choix devant soi et plus on est libre. Bien sûr, vous le reconnaîtrez avec moi.
Si la liberté c'est d'avoir le choix, alors le mieux c'est d'avoir le plus de choix possible à votre disposition, d'avoir toutes les options devant vous, de pouvoir ouvrir le catalogue de l'existence en ayant de quoi choisir tout ce qui vous semblera bon. Donc cette liberté d'indétermination, cette liberté d'indifférence qui consiste à pouvoir aller où vous voudrez, à pouvoir faire ce que vous voulez, à pouvoir devenir ce que bon vous semblera. Cette liberté d'indifférence, elle s'augmente à mesure que vous avez devant vous la plus grande palette de choix.
C'est la liberté de de l'individu consommateur, du client de supermarché qui rentre dans un rayon, qui veut un hyper marché pour pouvoir choisir n'importe quoi. C'est la liberté de celui qui veut pouvoir avoir devant lui le catalogue de toutes les options disponibles, la liberté d'indifférence. Et et vous en conviendrez comme moi, plus vous êtes indifférent et plus vous êtes libre aussi.
Peut-être que tout à l'heure quand il était déjà 20h et que vous faisiez la queue depuis trop longtemps maintenant pour avoir une dédicace de Michel Barnier ou bien quand vous étiez en train d'écouter les savants conseils qui vous étaient dispensés pour communiquer avec la presse que vous sentiez votre estomac se rappeler soudain à vous que vous commenciez à avoir faim. Peut-être que quand vous avez été vers le buffet, ça n'était pas complètement libre parce que la fin vous attirait vous n'étiez pas indifférent. dîner ou ne pas dîner, ça ne vous était pas égal. Vous étiez très affamé. Et cette indifférence, elle vous permet au contraire de recouvrir la liberté.
C'est quand ça vous est égal que vous êtes vraiment libre. C'est quand vous pourriez faire ceci ou cela sans y être vraiment incliné. Être libre, c'est faire ce qu'on veut. Être libre, c'est avoir le choix. C'est la définition moderne de la liberté. La liberté d'indifférence, la liberté d'indétermination. C'est la première qui vous est venue à l'esprit et d'une manière très légitime parce que c'est celle qui nous habite. Mais vous remarquerez que cette idée de la liberté, elle a du coup quelques adversaires. Cette liberté là, elle a des ennemis qu'il vous faudra sans doute combattre si vous voulez rester libre.
Si vous voulez avoir le choix, si vous voulez être indéterminé, qu'est-ce qui peut bien peser sur votre liberté d'aujourd'hui ? La première chose qui pèsera sur votre liberté, c'est de manière très logique tout ce qui vous précède, tout ce qui vient avant votre libre arbitre, tout ce qui est venu avant vous. Vous êtes né et vous ne vous ne l'avez pas choisi. Un auteur absolument remarquable qu'il faut pas lire dans les soirs de découragement, un auteur qui s'appelle Suran a écrit de l'inconvénient d'être né. Bon bah, ça c'est quelque chose qui ne dépend pas de vous.
vous êtes né et ne dépend pas de vous non plus le milieu dans lequel vous êtes né, la la famille où vous avez vu le jour, les circonstances dans lesquelles vous avez grandi, le passé qui vous précède. Ce passé là, par définition, la modernité le regarde comme un poids qui entrave votre liberté. Vous vous souvenez peut-être d'un ministre de l'éducation nationale qui s'appelait Vincent Payon et qui disait que le but de l'école c'était d'arracher l'enfant au déterminisme familial parce que précisément la famille c'est l'autre nom de cette espèce de poids qui pèse de tout son passé sur le début de nos vies naissantes, de nos vies commençantes.
La culture, la culture d'une manière générale entrave notre liberté et par exemple la langue dans laquelle nous parlons. Roland Bart qui était professeur au collège de France avait fait son cours inaugural de littérature en affirmant que la langue est fasciste. Pourquoi la langue est fasciste ? C'était grand moment des années 70. Pourquoi la langue est-elle fasciste ? Ben parce que quand vous êtes né, on vous a appris à parler une langue et on vous a pas demandé laquelle. On vous a pas consulté sur ce point.
Et quand vous avez appris à parler cette langue, en l'occurrence la langue française puisque nous la partageons, quand vous avez appris à parler cette règle, vous avez dû vous couler dans ces règles, dans la discipline de cette langue, dans sa syntaxe, sa grammaire. Vous avez dû apprendre qu'il y a des choses qui se disent et des choses qui ne se disent pas. Il y a des choses qu'on vous a obligé à dire et des choses qu'il était interdit de dire. Et puis ensuite, comble de l'épreuve, vous avez été à l'école et là vous avez appris que lire et écrire cette langue, ça suppose à chaque instant d'obéir. Ça suppose de se couler dans les règles infinies du langage.
Et vous avez dû faire des dictés en ayant appris par cœur l'orthographe et la conjugaison. Vous avez fait des dictés et vous avez vu, comme le disait Pierre Bourdieu, vous avez vu couler sur vos copies le rouge sang de la mortalité scolaire. La culture alienne la liberté. Si la liberté c'est d'avoir le choix, mais pourquoi est-ce qu'on vous oblige à parler d'une certaine façon ? Pourquoi est-ce qu'on vous impose ce carcan de la langue ? La langue est fasciste et il faudrait la déconstruire pour retrouver une forme de liberté originaire. N'est-ce pas la langue qui oblige à définir les choses d'une certaine manière, qui vous a obligé à vous définir d'une certaine manière ?
Donc la liberté a pour premier ennemi le passé qui nous précède cet héritage, la culture qui nous a été transmise et ce faisant qui d'une certaine manière nous aura été imposé. Et puis cette liberté d'indétermination, cette liberté d'indifférence, elle rencontre un dernier danger. Elle rencontre un danger majeur qui est un peu tétanisant. Qu'est-ce qui pourrait bien venir brider votre liberté d'indétermination ? Qu'est-ce qui pourrait vous empêcher d'avoir le choix ? L'autre. Alors les autres d'une manière assez générale, oui, les autres sont un problème relativement gênant.
C'est pour ça d'ailleurs que dans cette idée de la liberté d'indifférence, il faut que chacun vive dans sa bulle de liberté en protégeant son propre choix. Et c'est pour ça qu'on dira d'ailleurs vous connaissez tous cette expression si connue qui nous vient de Montesc que la liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres. Vous voyez, si j'étais vraiment tout seul, je pourrais être vraiment libre, je pourrais avoir tous les choix, mais malheureusement il y a des autres et il faut bien vivre avec eux. Donc j'ai j'ai pas tout à fait tous les choix.
Tous les choix ne sont pas devant moi parce qu'il faut bien que je prenne en compte le fait que la vie des autres est là et que aussi, pas de chance, eux aussi veulent être libres. Il y a pas seulement moi. Donc les autres sont un problème. Mais est-ce que seulement les autres sont un problème ? Si je veux avoir le choix, les choix que l'on fait les besoins les besoins primaires. Oui, les besoins primaires. Après, les besoins primaires, on peut on peut on peut considérer qu'ils sont pas un grand lieu d'expression de la liberté. Encore une fois, vous avez faim, vous allez dîner. On peut pas dire que ce soit l'acte libre qui parachève l'affirmation de soi.
C'est simplement effectivement la satisfaction d'une nécessité vitale. L'environnement, le désir, les lois, l'absence, l'absence de règles. Alors, l'anarchie, l'absence de règles le bonheur, la religion, les lois. Les lois, en fait, dire la religion, les lois, tout ça, ça fait partie de la culture que j'évoqué à l'instant. C'est le monde dans lequel nous grandissons et ce monde qui vient à restreindre l'espace de notre liberté. Mais il y a un dernier piège pour la liberté, je vais me permettre de l'ajouter. Si vous voulez avoir le choix, il faut vivre. Exactement. Vous s'appelleance. France. Bah voilà, France. C'est France qui résout tous. C'est c'est toujours le cas.
Bon, on est on est très fier de France. Elle vient de résoudre notre problème. Euh vous avez dit faire un choix. Et effectivement, la condition pour avoir le choix, la condition pour toujours avoir le choix, c'est de ne jamais faire un choix. Parce qu'au moment où vous faites un choix, je veux dire vous faites un vrai choix, au moment où vous faites un choix, bah ça y est, vous n'avez plus le choix, vous avez décidé. Et cette décision implique de renoncer. L'idée de la liberté comme indétermination, l'idée que la liberté, c'est d'avoir le choix, c'est une idée assez tétanisante parce qu'en réalité, c'est une liberté qui ne se possède qu'à ne à la condition de ne jamais l'employer.
Vous pouvez être libre de toujours avoir le choix à condition que vous ne fassiez jamais un choix. La liberté moderne, la liberté d'indétermination, la liberté d'indifférence, c'est la liberté de donjent. Vous pouvez séduire toutes les femmes quand vous êtes donjant, mais la condition pour pouvoir séduire toutes les femmes, c'est de ne jamais en aimer une. Parce que si vous aimez vraiment une femme, vous n'alz pas pouvoir séduire toutes les autres. Il y a bien un moment où le fait d'aimer vous engage, vous détermine. Vous pouvez pas dire à la femme que vous aimez "Je t'aime". Mais en fait ça pourrait être n'importe quel autre à n'importe quel moment, elle va probablement mal le recevoir.
Et elle se demandera si votre amour est très sincère et elle aura bien raison. La vérité, c'est que la liberté d'indifférence, comme son nom l'indique, implique de rester d'une certaine manière à la surface de sa propre vie parce que choisir suppose précisément d'accepter de ne plus avoir le choix. Et c'est la raison d'ailleurs pour laquelle encore une fois cette définition de la liberté a quelque chose de très angoissant, notamment pour l'idée qu'elle donne par exemple du passage du temps. Regardez comme nous idéalisons la jeunesse. La jeunesse, c'est l'âge de tous les possibles, n'est-ce pas ? Quand je suis professeur et que je suis devant mes élèves, je leur parle de la liberté.
Mais si la liberté c'est d'abord le choix, ils sont tous bien plus libres que moi parce que eux ils ont devant eux toutes les options disponibles alors que moi, j'ai déjà choisi. Et sauf à vouloir me mentir, je serais plus médecin ou pilote de chasse. Je suis devenu professeur de philosophie. Ça ne veut pas dire que ma vie a été complètement figée et privée de toute surprise puisqu'il m'est arrivé de vivre quelques autres aventures. Mais le fait est que le temps que j'ai engagé dans une voix plutôt qu'une autre, c'est un temps que j'ai engagé d'une manière définitive.
La liberté d'indifférence, c'est une liberté qui tétanise parce que quand nous disons à la jeune génération qu'être libre c'est avoir le choix, nous leur disons en substance que les années qui viendront devant eux ne peuvent être qu'une longue et lente diminution, une longue et lente décroissance de leur liberté, une longue et lente aliénation piégée par le fait qu'un jour ils seront obligés de choisir. Regardez l'angoisse totale que représente cette question de l'orientation. Pour les plus jeunes ici, vous la vivez, vous la vivez maintenant, vous venez de la vivre, mais certains la vivent comme parents ou comme grands-parents.
Pourquoi est-ce que les élèves choissent toujours au dernier moment ? Pourquoi est-ce que c'est toujours la veille au soir de la clôture de Parcours suponque sur choisir définitivement ? Parce que c'est effectivement terrifiant de se dire qu'on engage sa vie dans une voie plutôt qu'une autre. La vérité, c'est que la liberté c'est d'abord un vertige. Celui qui nous a dit cela, c'est un très grand philosophe danois qui s'appelle Kirkegarde. J'aime beaucoup Kirkegarde. Kirkegard est le fondateur du courant existentialiste. C'estàd un courant qui revient à l'expérience même de la vie, à l'expérience du vivant. Vous en parliez tout à l'heure.
Kirkugard a publié son premier livre quand il n'avait pas encore 30 ans et il lui a donné ce titre énigmatique. Le livre s'appelle Ou bien ou bien et quelques garde dit que c'est ça la vie, que c'est ça le privilège d'être libre, le vertige de la liberté. La vie c'est ou bien ou bien pardon je veux pas sortir de la philosophie ce soir mais pour le dire très spontanément la vie sépare en même temps. La vie c'est ou bien ou bien et vous le savez tous. Voilà, il faut choisir et vous avez choisi d'ailleurs vous avez choisi de venir passer votre temps ce weekend, ce soir au Congrès des Républicain vous auriez pu faire autre chose.
La seule chose qui fasse la valeur de l'existence, la seule chose que vous ne retrouverez jamais le temps, ce temps-là, vous avez choisi de le donner à cet engagement précis. Et ce temps-là, vous ne le retrouverez pas. vous l'avez engagé ici. Vous auriez pu aller ailleurs, vous auriez pu partir en en weekend, vous auriez pu euh faire bien autre chose. Vous avez choisi de venir ici, vous avez choisi d'être là ce soir, vous avez choisi de donner ce temps dont la valeur est infinie à ce moment de retrouvaille. Et de cela nous ne nous pouvons que vous remercier infiniment. Ce temps-là, c'est votre liberté, l'expression de votre liberté que vous avez engagé. La vie c'est ou bien ou bien.
Si on regarde écrit Kirkegard, si on regarde le ou bien ou bien de la vie de cette manière, on n' pas facilement envie de plaisanter avec lui. Imagine un capitaine à bord de son navire à l'instant où il faut faire une manœuvre, il peut dire "Je peux faire ceci ou cela, mais si ce n'est pas un capitaine médiocre, il se rendra compte aussi que le navire pendant ce temps va son train. Et c'est ainsi avec un homme s'il oublie ce mouvement de la vie.
Un instant arrivera à la fin où il n'est plus question d'un ou bien ou bien non pas parce qu'il aura choisi, mais parce qu'il aura négligé de le faire ou si l'on veut parce que pendant ce temps d'autres auront choisi pour lui et qu'il se sera perdu lui-même. On n' pas envie de plaisanter avec ça dit Kegarde. La première chose qu'on éprouve en se disant qu'on est libre, si l'on prend au sérieux ce que c'est que cette liberté, la première chose qu'on éprouve, c'est d'abord un vertige. Kirkegarde écrit "L'angoisse, c'est le vertige de la liberté." Être libre, c'est d'abord angoissant. Vous seriez un caillou, vous n'auriez pas tant de questions à vous poser.
La liberté, c'est un privilège qui se paye. La liberté, ça suppose d'affronter tous les jours le ou bien ou bien. Et c'est la noblesse de la vie. C'est la noblesse de la liberté que précisément on peut pas tout en même temps et qu'il faut déterminer sa vie dans une direction pour une autre. La liberté ce n'est pas le fait d'avoir le choix. La liberté ce n'est pas quand il n'y a pas de contrainte, ça n'est pas quand il n'y a pas de règle. Ça ne suffit pas pour être libre. Vous pouvez vivre dans un univers où il n'y a aucune contrainte et pourtant n'être pas libre. Le moment où vous êtes libre, c'est le moment où vous choisissez. La liberté n'est pas le fait d'avoir le choix.
La liberté, c'est le fait de faire un choix. La liberté, ce n'est pas de faire ce qu'on veut. La liberté, c'est de vouloir ce qu'on fait. de le vouloir vraiment. Alors évidemment, si vous êtes déterminé par quelqu'un d'autre que vous, s'il y a des contraintes partout autour de vous, vous n'êtes pas non plus vraiment libre. Mais il ne suffit pas de ne pas être déterminé par quelqu'un d'autre que vous. Il suffit pas de vivre dans un univers d'indétermination. Il suffit pas d'avoir sous vos yeux le catalogue ouvert de toutes les options possibles dans l'existence. Il suffit pas d'avoir le choix pour être libre. C'est une fiction. C'est une pure représentation abstraite.
Et le grand drame, c'est quand cette représentation abstraite vous empêche de vivre la réalité concrète de la liberté qui est le fait de s'engager, qui est le fait de faire un choix, un choix qui vous ressemble vraiment, un choix qui vous représente, un choix qui vient profondément de tout ce que vous êtes au fond. La liberté, ça consiste à faire un choix. C'est la noblesse de la vie. C'est la noblesse de la vie humaine que précisément nous devons nous déterminer. La liberté n'est pas le fait d'être indéterminé, c'est le fait de se déterminer. Ça n'est pas le fait d'être indifférent, c'est au contraire le fait d'être le plus engagé possible, le moins indifférent possible.
Je suis pas libre quand je peux aimer toutes les femmes, quand je peux aimer tous les hommes. Je suis libre quand je choisis celle que j'aimerais. quand je choisis celui que j'aimerais, cette liberté là, c'est une liberté concrète. Tant que vous avez devant les yeux toutes les option disponible, ça n'est encore qu'une option, ça n'est encore qu'une représentation, ça n'est encore qu'une fiction. C'est le moment où vous en faites l'occasion de choisir vraiment. C'est ce moment qui vous rend libre. Vouloir vraiment ce que l'on fait. C'est la noblesse de la vie.
Et je vais vous dire aussi une chose très simple puisque évidemment ce qui nous réunit ce soir, ça n'est pas seulement la philosophie, c'est aussi la noblesse de la politique. C'est vrai, je le disais en souriant, la France a élu il y a maintenant 8 ans un président de la République qui disait "C'est la fin d'é clivage, maintenant c'est le en même temps.
On va être en même temps de gauche et de droite." Mais n'importe quel élu sait très bien que quand il s'engage dans un mandat, que ce soit dans le conseil municipal de la plus petite commune de France comme dans un Parlement au Parlement européen, cher Christophe, cher Agnès, n'importe quel élu sait que la noblesse de cet engagement, c'est de rendre pour la communauté civique pour un temps de son existence le service de la décision. Qu'est-ce que ça veut dire être élu ? Ça veut dire accepter de prendre sur ses épaules pour un temps de son existence la décision collective.
Et la décision, ça suppose précisément d'être tous les jours confronté à des ou bien ou bien je pense à Kircarde à chaque fois que je descends dans l'hémicycle du Parlement européen. Quand vous êtes devant votre boîtier de vote et qu'on vous propose un amendement, qu'on vous propose un texte à voter, vous pouvez pas dire "Oh là, je vais faire pas pour ni contre, je vais faire pour et contre en même temps." Ça ne marche pas du tout. Faut-il faut-il faut-il voter la confiance lundi ?
Et bien ça n'est pas si simple que ça et on devrait se sentir infiniment reconnaissant envers nos députés lundi parce qu'ils vont affronter cette question et qu'il faudra bien voter oui ou bien voter non ou bien peut-être s'abstenir ce qui est aussi un choix et aussi une manière de dire mais dans tous les cas il faudra bien décider du sens qu'on donnera à son vote.
Et quel que soit nos désaccords, même quand on est en désaccord, on devrait commencer par se sentir reconnaissant envers ceux qui acceptent de se confronter à cet exercice, de prendre sur leurs épaules la responsabilité du service de la décision, de vivre d'une manière spécifique cette noblesse, mais aussi ce poids de la liberté qui consiste à se souvenir que la vie c'est au bien au bien. Et pour nous citoyens qui votons et bien c'est le moment du vote qui représente notre ou bien ou bien en allant aux élections et ben il faut bien dire pour qui on vote et on peut pas dire en même temps.
Et c'est la raison pour laquelle pour ma part je n'ai jamais cru à cette espèce de supercherie de principe parce que je crois que la noblesse de la politique c'est d'assumer dans quelle direction on veut s'engager plutôt que de faire croire qu'on pourra plaire à tout le monde. La liberté d'indifférence, la liberté d'indétermination liberté immédiate. on l'a.
Vous avez devant vous toutes les options disponibles et cette liberté immédiate, vous ne pouvez que la perdre petit à petit avec le temps qui passe et les influences qui s'exerce sur vous, la culture qu'on vous transmet et bien sûr vos propres choix qui viendront petit à petit vous empêcher de garder devant vous toute la palette des options. La liberté d'indifférence, vous l'avez au départ immédiatement et puis vous ne pouvez que la perdre et la voir disparaître peu à peu. La liberté qui consiste au contraire à choisir. la liberté qui consiste à faire un vrai choix, à faire un choix qui vous ressemble. Cette liberté là, elle n'a rien d'immédiat, elle n'a rien de spontané.
Elle doit se gagner, elle doit se cultiver et elle a même pourraiton dire des conditions de possibilité. Vous les avez effleuré en commençant quand on se demandait comment définir la liberté, vous avez dit la liberté c'est connaître les conséquences de ces choix. Et vous aviez raison. Si la liberté c'est de faire un vrai choix, encore une fois pas un choix qui sort de nulle part, pas une manière de s'en remettre à l'aléatoire, la liberté faire un vrai choix, faire un vrai choix, un choix qui vous ressemble.
Et cette liberté là, d'abord elle est rare, arrive pas tous les jours qu'on fasse un vrai choix profond, un choix qui nous exprime, qui nous ressemble d'erson comme l'œuvre ressemble à l'artiste. Alors, quelles sont les conditions de cette liberté ? La première condition de cette liberté, c'est évidemment précisément de pouvoir reconnaître, de pouvoir connaître ce que l'on veut, de pouvoir se connaître, se reconnaître soi-même. La première condition de cette liberté, c'est la culture. La première condition de cette liberté, c'est la connaissance. C'est le savoir. C'est l'héritage construit pour nous, par ceux qui nous ont précédés et qui nous a été transmis par nos parents et par l'école.
La condition de la liberté, c'est de pouvoir connaître et reconnaître dans nos vies l'enjeu de nos propres choix. Bart et le mouvement de 68 et celui qui a suivi 68 et toute la théorie française qui est partie aux États-Unis, qui nous est revenu ensuite depuis les États-Unis et qu'on appelle le wisme. Toute cette conception nous dit que la culture est l'ennemi de la liberté, qu'il faut déconstruire la culture pour pouvoir redevenir libre. Part disait, je vous le rappelais à l'instant, que la langue est fasciste. Et si la langue est fasciste, alors il faut résister à la langue et il faut détruire, il faut défaire la langue pour pouvoir imposer l'exercice de la liberté.
Moi, je crois au contraire que la langue est la condition de la liberté. La question qui est posée, elle est très simple, elle est très incarnée. Est-ce que vous penseriez librement aujourd'hui ? Est-ce que vous penseriez plus librement ? Est-ce que vous seriez plus vous-même sans la langue qui vous a été transmise, sans la langue que vous parlez ? Impossible de penser et vous avez totalement raison de le dire. La vérité, c'est que sans cette langue, nous n'arriverions pas seulement à communiquer avec les autres, mais nous n'arriverions même pas à penser parce que nous pensons dans les mots. Nous pensons avec les mots.
Quand nos parents nous ont appris à parler, ils ne nous ont pas imposé leur manière de penser. Quand nos parents nous ont appris à parler qu'ils ont fait défiler sous nos yeux des livres d'images en nous apprenant à nommer les choses que nous voyons autour de nous, nos parents ne savaient absolument pas ce qu'il feraiit des mots qu'il nous transmettait. C'est ça le mystère de la liberté humaine. Un jour peut-être nous nous sommes disputés avec nos parents. Un jour peut-être nous nous sommes gravement disputés avec eux. Un jour nous avons fait des choses qui les surprenaient. Dit des choses qui les surprenaient.
Un jour, peut-être même, nous avons dit à nos parents que nous voulions prendre nos distances avec ce qu'il nous avait transmis. Et bien cela nous le disions encore avec les mots qu'il nous avait transmis. L'aventure de la liberté commence avec la langue, commence avec la culture, commence avec le savoir qui nous vient des autres et qui en nous venant des autres fait grandir notre liberté. Nous pensons dans les mots et pas seulement nous pensons mais nous voyons le monde à travers les mots. Nous regardons le monde à travers le langage et il nous a fallu les termes que nous employons pour parler avec les autres pour apprendre à regarder le monde qui nous entoure.
D'où la richesse de la langue et d'où le fait que la richesse de la langue est si nécessaire à la richesse de la vie, à la richesse de la vie intérieure, à la richesse de la liberté. D'où l'immense injustice que représente aujourd'hui, je vais me permet de le dire, la crise de notre école. Parce qu'un enfant qui est privé de l'accès à la connaissance, un enfant qui a 300 mots de vocabulaire courant par rapport à un enfant qui a eu la chance de recevoir 3000 10000 mots de vocabulaire courant, c'est pas seulement un enfant qui aura plus de mal à rentrer dans le monde économique demain. C'est pas seulement un enfant qui est privé de l'accès à des professions lucratives.
Non, c'est bien plus grave encore que cela. C'est un enfant qui est privé de l'accès à sa propre vie intérieure. La différence entre celui qui sait dire aimer, affectionner, chérir, estimer, apprécier, adorer, aduler et celui qui sait seulement dire quiffer, c'est pas seulement une différence dans le capital social qui permet de se comporter dans les beaux salons de centre-ville. C'est une différence qui touche à la capacité que nous avons de connaître et de reconnaître notre propre vie intérieure, nos propres aspirations, nos propres désirs de reconnaître ce que nous sommes et donc à la faculté que nous aurons de faire des choix qui soient les nôtres, d'être vraiment libre.
La condition de la liberté, c'est la culture. La condition de la liberté, c'est la langue. Et tout cela nous vient des autres. Tout cela nous vient de ceux qui nous précèdent et qui font venir jusqu'à nous la condition de la liberté. Le passé n'est pas l'ennemi de la liberté. L'héritage n'est pas l'ennemi de la liberté. Au contraire, le passé que nous recevons est la condition, la sève, le milieu dans lequel grandit la liberté nouvelle qui est en train de se déployer. Qu'est-ce que c'est qu'un enfant ? Le miracle de la condition humaine, dit Anna, c'est la natalité. La natalité, c'est ce qui fait que viennent au monde sans cesse de nouvelles libertés. Sans cesse, des enfants naissent.
La grande nouvelle de l'expérience humaine, la grande nouvelle de toute société humaine, c'est celle qui est portée par cette expression si simple, un enfant nous aîné qui est au cœur de ce texte fondateur de notre civilisation. Et c'est Arent qui cite ce texte. Un enfant nous a une liberté nouvelle advient. Mais pour que cette liberté soit possible, dit Arent, il faudra d'abord qu'elle reçoive la culture qui la précède. Toute éducation est nécessairement conservatrice. Dit arrête. Nous disons que nous voulons tout recevoir de l'avenir mais l'avenir est vide, dit Anna Aret. L'avenir ne nous donne rien. C'est nous qui devons lui donner, qui devons tout lui donner.
Mais pour pouvoir lui donner, encore faut-il avoir quelque chose à lui donner. Encore faut-il avoir reçu Encore faut-il avoir reçu la condition de la liberté qui s'appelle la langue, qui s'appelle la culture, la connaissance, tout ce qui nous vient des autres, tout ce qui nous vient de l'altérité, la lecture. Chers amis, je me permets une toute petite incise sur ce mot. Pour être libre, il faut lire. La lecture, le livre sont la source de la liberté, la source indéfectible de la liberté. Au cœur de l'histoire de notre civilisation, au cœur de l'histoire de la civilisation humaine, le livre, la lecture sont la clé pour grandir, pour faire grandir sa liberté.
C'est ce que nous devons à l'altérité de ceux qui nous précèdent. C'est ce que nous devons à l'autorité de ceux qui nous précèdent, l'autorité des auteurs. L'autorité, c'est d'abord la marque de l'auteur. Autorité en latin, ça vient du motoritas, ça vient du verbe aogérer qui veut dire augmenter. Le propre de l'autorité, c'est qu'elle augmente ma liberté, c'est qu'elle fait grandir ma liberté. Et c'est cela qu'on retrouve d'abord chez un auteur, un auteur qui fait autorité. Le livre libère en latin a la même racine étymologique que la liberté et ça n'est pas pour rien. Qu'est-ce que je fais quand j'ouvre un livre ? Et c'est pour ça que le livre ne sera jamais remplacé.
C'est surtout pour ça que le livre ne sera jamais remplacé par ce petit objet que j'ai dans la main et que nous avons tous dans nos poches. Le livre ne sera jamais remplacé par l'écran. Quand je vais sur l'interface d'un moteur de recherche, je tape une question et je vais vers la réponse. Je sais déjà ce que je veux trouver. Je sais déjà ce que je cherche. C'est très utile bien sûr, c'est parfaitement pratique, mais je sais ce que j'attends du moteur de recherche. Quand j'ouvre un livre, je fais l'exact inverse. J'ouvre un livre précisément parce que je ne sais pas ce qui s'y trouve. J'ouvre un livre parce que je suis incapable de savoir où l'auteur va m'emmener.
Et c'est le chemin qui compte. Quand vous allez sur Google, tout internet est fait pour ça. Le but c'est d'aller le plus vite possible de la question à la réponse. Quand vous utilisez un écran, tous nos smartphones sont fait pour ça. Le but est d'aller le plus vite possible du besoin à la solution, du désir à sa satisfaction le plus rapidement possible. Toute l'architecture des réseaux est construite pour aller de plus en plus vite du départ à l'arrivée. On a connu les modème. Pour les plus vieux d'entre nous, pas le modè rapide. On a connu les modèes. Jamais inutile de faire un peu de politique de temps en temps. Ensuite, on a connu la 3G, la 4G, la 5G.
Peut-être demain on aura la 6G, la 10G. Le but c'est que ça aille de plus en plus vite. Le but c'est d'abolir le temps. Mais quand vous ouvrez un livre, c'est l'exact inverse qui compte. Le but n'est pas d'aller le plus rapidement possible. Si vous ouvrez un roman policier et que vous commencez par la dernière pêche parce que vous voulez savoir qui est le criminel, c'est que vous n'avez pas compris ce que c'est que la lecture. L'intérêt du livre, c'est justement la distance. L'intérêt du livre, c'est le chemin que vous allez faire avec l'auteur et c'est ce cheminlà qui fera grandir votre liberté précisément parce que vous ne savez pas où ce livre va vous emmener.
Si vous voulez être libre, lisez. Si nous voulons être libre, nous devons préserver le livre au cœur de l'attention d'une société parce qu'il n'y a pas d'autres sources possibles pour faire grandir la liberté. Et lisez de tout, bien sûr. Lisez tout. Lisez de tout du moment que c'est bon. Lisez de tout. La culture et la condition de la liberté et la culture dans toute sa richesse. Lisez Tocville et Lisez Mart. Non, je sais pas si c'est la première fois qu'à un congrès des républicains, on vous dit lisez Mar mais lisezle et dans la culture française aussi bien sûr. Lisez Pascal et lis Voltaire. Il faut lire P et il faut lire Proudon. Il faut lire Parut lire Aragon.
Celui qui croyait au ciel et celui qui n'y croyait pas, lequel montait à l'échelle et lequel guettait au bas, celui qui croyait au ciel et celui qui n'y croyait pas. Qu'importe comment s'appelle cette clarté sur leur pas. Vous connaissez ce texte d'Aragon ? C'était n'est-ce pas à gauche qu'on aime ? Que l'un fut de la chapelle que l'autre s'y déroba. Tous deux étaient fidèles des mains, du cœur, des bras. Et tous les deux disaient qu'elle vivent et qui vivra verra. Quand les blés sont sous la grê, fou qui fait le délicat, fou qui songe à ses querelles au cœur du commun combat. Celui qui croyait au ciel, celui qui n'y croyait pas.
Ce texte d'Aragon, ce texte d'Aragon qui rappelle la résistance. Je vais pas le le le citer en entier, mais il dit exactement ce que devrait être notre relation à toute résistance, à toute forme de résistance, à tout espoir de liberté. Qu'importe quelle est la source tant qu'elle peut vous faire grandir. Et c'est là que je vois sans doute, je dis en souriant, c'est la gauche qu'on aimait. C'est là qu'on voit le mal terrible que fait à notre temps, que fait à la liberté aujourd'hui l'immense sectarisme qui a regagné la gauche. Est-ce qu'on dirait aujourd'hui dans un congrès du PS lisez Proudon et lisez Varè ? Il faut tout lire.
Il faut lire de tout du moment que c'est bon et que ça vous fait grandir, du moment que ça fait réfléchir, du moment que ça permet de nourrir l'aventure de la liberté. retrouver la jubilation de l'expérience de la rencontre avec la pensée d'un autre qui peut penser contre nous et nous apprendre parfois à penser contre nous-même pour penser plus librement pour penser vraiment par nous-mêmes. Souvent les élèves font cette réflexion quand on fait de la philosophie. Est-ce qu'on pourrait pas plutôt penser par nous-même plutôt que de lire des auteurs ? Mais tout le paradoxe est là. Est-ce que je serais plus libre si je n'avais jamais eu l'occasion de lire Platon, Aristote, Kant, Egel ?
Est-ce que je serais plus libre si je n'avais pas lu Nietzsche et Marx ? Et bien la réponse est non. Nous sommes plus libres en les rencontrant et nous pensons plus par nous-mêmes. Lire Nietzsche ne m'a pas obligé à devenir Nietzscheen. Lire Marx ne vous fera pas devenir marxiste. Mais en lisant Marx et même en débattant avec lui, en discutant avec lui, en polémiquant avec lui au milieu de la lecture, vous pourrez penser plus par vous-même. Vous pourrez mieux fonder vos convictions. Vous pourrez mieux les étayer, les construire. Vous pourrez peut-être parfois les corriger, les ajuster. En tous les cas, vous aurez l'occasion de penser plus librement.
La liberté d'indétermination, elle est immédiate et tout ce que vous lirez vous fera petit à petit perdre cette liberté d'indifférence parce que vous en serez influencé. Vous n'aurez plus tout à fait le choix. Vous verrez peser sur vous tout le poids de ce passé. La liberté dont nous parlons, au contraire, la liberté véritable, celle qui consiste à murir petit à petit en soi les conditions d'un vrai choix. Cette liberté là, elle suppose beaucoup de temps, elle suppose beaucoup de travail, elle suppose beaucoup d'efforts.
Et elle suppose la volonté de rencontrer l'autre, de rencontrer l'auteur, de rencontrer l'autorité, de rencontrer l'altérité, de rencontrer ceux qui ne pensent pas comme nous et qui nous permettront en nous confrontant à eux de penser plus librement, retrouver la joie, comme le disait Montegne, de frotter et limer notre esprit contre celui d'autrui. Est-ce que nous n'avons pas aujourd'hui perdu cette joie ? Est-ce que nous ne la voyons pas menacer ?
sans doute pas nous d'ailleurs, mais la vérité c'est que et je voudrais ici dire mon admiration et ma reconnaissance profonde pour tous les étudiants qui sont ici et qui font vivre la cause de la liberté de pensée de la liberté d'expression sur les campus de France où elle est si menacée. La liberté c'est que nous sommes confrontés si souvent à une gauche qui a oublié Aragon. à une gauche qui croit que tous ceux qui ne pensent pas comme elle sont nécessairement criminels. À une gauche qui croit que ce qui compte c'est de répondre à un argument par une condutre argument.
À une gauche qui voudrait empêcher la discussion et qui pense qu'on ne parle bien que quand on parle avec des gens qui sont totalement d'accord avec soi-même. Nous, nous croyons le contraire. Nous aimons le débat. Nous aimons la discussion, le dialogue, nous aimons la joute. Bien sûr, parfois nous devrions nous rappeler aussi que quand les bless sont sous la grê fou qui songe assez querell, peut-être devons-nous parfois retrouver aussi le sens de l'unité. Mais le fait est que nous aimons cette liberté, nous aimons la vivre vraiment et on devrait retrouver la jubilation de la conversation contradictoire.
Quand je vois des étudiants de sciences poivent n'importe quel désaccord comme une microagression et qui ont besoin d'un safe space pour pouvoir se réfugier parce que oh là là terreur quelqu'un ne pense pas comme eux. J'ai envie de leur dire mais pauvres est-ce qu'on peut pas retrouver un peu cet esprit de grâce que je vois ? La liberté d'expression n'est d'ailleurs pas anecdotique parce que nous le disions à l'instant, nous ne penserions pas nous-mêmes sans les mots qui nous viennent des autres. Nous ne penserions pas par nous-mêmes si nous ne pouvions pas lire, si nous ne pouvions pas rencontrer ceux qui parfois ne pensent pas comme nous.
Et par conséquent, la liberté d'expression n'est pas qu'une liberté d'expression. On pourra vous dire un jour peut-être renoncer à la liberté de dire ce que vous pensez. De toute façon, vous gardez la liberté de penser ce que vous pensez. Sophisme absolu comme si quand on nous interdit de dire ce qu'on pensait, on pouvait encore le penser pour soi-même. Mais c'est faux. Pour pouvoir vraiment penser, nous devons pouvoir parler. Pour pouvoir vraiment dire ce que nous pensons, nous devons pouvoir l'exprimer. C'est ce que dit Emmanuel Kant au début d'un texte magnifique qui s'appelle Qu'est-ce que les lumières ? Bassiste à Clerong.
Au tout début de ce texte, veut précisément établir la nécessité de la liberté d'expression comme absolument consubstantiel avec la liberté de penser. Et il dit exactement ce que nous venons de toucher du doigt. Penserions-nous encore ? criquante. Penserions-nous encore et penserions-nous bien sans la possibilité de partager nos pensées avec les autres, de leur communiquer nos idées et de recevoir les leurs. Aussi bien, la souveraine puissance qui prétend nous interdire la liberté d'exprimer publiquement nos pensées nous retire en même temps la liberté de penser, le seul trésor qui nous reste encore.
Une société à laquelle on dit "Vous pouvez penser ce que vous voulez mais vous n'avez plus le droit de le dire" est une société dans laquelle en réalité on interdit aux gens de penser parce que pour penser vraiment librement, il faut pouvoir dire ce que l'on pense et confronter ce que l'on pense à ce que nous dirons autrui. La condition de la liberté en ce sens, c'est la culture, la connaissance, c'est la lecture dont nous parlions, c'est aussi la discussion, la conversation, le débat. La condition de la liberté, c'est le débat public ouvert qui permet de confronter les idées et ainsi de nous faire grandir et d'augmenter notre liberté.
C'est une société libre qui veut précisément cette ouverture. La société la plus libre est celle qui veut permettre à chacun de produire dans l'espace public ce que sa conscience lui propose. Et je crois que dans cette société libre, celle que nous voulons défendre, dans cette société libre, il y a un pari profond, le pari que précisément dans ces conditions-là, avec un accès à la culture, à la connaissance et donc avec un accès à l'école, avec un accès à la liberté de l'école, avec un accès à l'information, à la liberté, au pluralisme de l'information dans une société comme celle-là, chacun tendra vers le meilleur. Tirugar nous le disait.
Le but est pas seulement de choisir entre le bien et le mal. Le mal c'est de ne pas choisir. Le mal c'est de ne pas pouvoir choisir. Et choisir, bien choisir sera choisir le meilleur parce qu'on ira été porté par cette manière de faire grandir la liberté qui sera venue des circonstances dans lesquelles nous aurons grandi. Ce n'est pas parce qu'on va voter qu'on est en démocratie. Ce n'est pas parce qu'il y a des élections qu'on vit dans un peuple libre. Il y a beaucoup de pays où il y a des élections et qui ne sont pas vraiment libres. Il y a beaucoup de pays où on vote qui ne sont pas des démocraties.
Il y a des élections en Corée du Nord et le dictateur de Corée du Nord est aux surprises régulièrement réélu. Est-ce qu'il suffit que les Nord-Coréens aillent voter pour que ce soit une démocratie ? Certainement pas. Il faut toujours s'en souvenir, chers amis, parce que c'est aussi au cœur de bien des combats que nous aurons à mener, des conditions de la liberté. Elles ne sont pas immédiates, elles ne sont pas évidentes. Les conditions de la liberté, c'est l'accès à la connaissance, à la culture, à la diversité des opinions. C'est donc l'accès à l'éducation et l'accès à l'information.
Et sans cela, il n'y a pas de Et si nous faisons le pari de la liberté, alors vous l'aurez compris, le but n'est plus d'essayer de trouver un compromis. Quelle idée horrible ! Quelle chose horrible que nous ayons tous retenu cette expression de Montesqueux que je vous citais tout à l'heure. La liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres. C'est épouvantable dans l'idée de la liberté d'indétermination. L'autre, vous le disiez très bien, est une menace pour ma liberté. Mais si la liberté est ce que nous venons de dire, alors l'autre est la condition de ma liberté. La liberté d'indifférence, elle postule que je serais le plus libre possible si j'étais le plus seul possible.
Mais moi, je crois l'inverse, chers amis. Je crois qu'une société libre, c'est celle qui sait que la liberté des uns commence par la rencontre avec l'autre, que la liberté des uns commence par ce que l'on reçoit des autres. Il ne s'agit plus d'essayer de trouver un compromis entre l'autorité d'un côté et la liberté de l'autre. L'autorité est la condition de la liberté. L'autorité est ce dans quoi peutir toute liberté. Il n'y a pas de liberté sans autorité. Nous nous sommes laissés piéger par cette espèce de curieuse équation que la pensée que nous décrivions a voulu nous imposer dans la post-modernité.
L'idée que l'autorité, c'est l'ennemi de la liberté et que donc il faut trouver le bon curseur si vous voulez. Et donc certains diront peut-être à gauche il faut plus de liberté et donc moins d'autorité voir détruire l'autorité pour que chacun soit vraiment libre pour que chacun soit émancipé. Et de l'autre côté, peut-être nous à droite, nous nous sommes laissés piéger par cette caricature. Nous avons parfois dit "Non, bah il faut moins de liberté, il faut plus d'ordre, il faut plus de sécurité et donc il faut plus d'autorité et tant pis pour la liberté. Acceptons de renoncer." Mais moi, je crois le contraire.
Je crois que notre mission pour nous qui croyons à cette filiation, qui nous sentons héritiers de cette aventure de la liberté, notre mission c'est de rappeler que l'autorité est la condition de la liberté et qu'il n'y a pas de liberté sans autorité. Sans autorité des auteurs, sans autorité des parents, sans autorité des professeurs, sans autorité de l'État. Il n'y a pas de liberté. Ce qui donne son sens à l'autorité, c'est de faire grandir. La liberté, c'est sa mission et c'est sa finalité. Et c'est comme ça qu'une société libre finit par s'organiser. Alors évidemment ça ça perturbe beaucoup nos amis de gauche, mais une société libre s'organise par la liberté.
C'est ce que montre toute la tradition du libéralisme classique. Vous connaissez peut-être un auteur qui s'appelle AEK. C'est là qu'on voit qu'on est très ambitieux chez LR quand même. Il est 22h30, on est au milieu d'un congrès et on commence à parler de Aek. Alors je vais pas être trop long. Non, parce que on touche presque au but mais je voulais vous en dire un mot parce que je crois que c'est important qu'on se réapproprie ces questions. Aek c'est un penseur, l'un des plus grands penseurs de la philosophie libérale. Aek se demande comment une société s'organise, comment une société s'ordonne, d'où vient l'ordre ? Les Grecs avaient deux mots pour dire ordre.
Les Grecs avaient deux termes pour le dessigner. L'un de ces termes, c'est taxis. Taxis, c'est un mot qu'on retrouve par exemple dans la taxidermie ou la taxonomie européenne. On a suffisamment fait hailler une espèce aè contre la taxonomie européenne. La version de l'ordre que décrit Taxi, c'est l'ordre établi. C'est l'ordre institué. C'est l'ordre par exemple d'une armée qui défile. Je vois le général Gomard devant moi. Une armée qui défile, une armée qui marche au pas, c'est une armée à laquelle on a imposé un certain ordre et la musique est là pour ça. C'est un ordre artificiel et ça se voit d'ailleurs. On voit que ça n'est pas naturellement qu'une armée marche pas.
Il a fallu s'entraîner et s'exercer, répéter. Ça c'est l'ordre institué. C'est l'ordre qui vient d'un esprit organisateur qui a fixé un ordre, qui a donné des ordres et tout le monde s'est mis au pas. Mais la vérité, c'est que ça nous arrive rarement, vous le reconnaîtrez avec moi, ça nous arrive rarement de marcher au pas, n'est-ce pas ? Cet été peut-être vous êtes parti en vacances et vous avez fait des promenades avec des amis, vous êtes allé marcher et quand vous avez commencé une promenade, vous avez pas dit aux amis bon écoutez, vous êtes prêts, une de une de non, vous vous êtes dit tiens, on va marcher.
Vous vous êtes pas dit pour qu'on arrive tous ensemble au point d'arriver en même temps, on va se donner à un rythme et quelqu'un va fixer la cadence. C'était pas nécessaire. de manière miraculeuse, vous avez commencé à marcher et personne n'a donné d'ordre et vous avez marché au même rythme et vous avez marché du même pas et vous êtes arrivé en même temps. C'est l'ordre spontané. L'ordre le plus souvent dit Aek, il naî en réalité de l'intérieur des organisations, de l'intérieur des organismes. Il n de l'intérieur même des interactions qui peuvent associer par exemple des individus, des êtres humains.
Il y a pas eu besoin que quelqu'un fixe la cadence de la marche pour que tout le monde marche du même pas. Et vous l'aurez certainement remarqué, quand vous avez commencé à marcher, vos pas se sont ajustés l'un à l'autre. Vous avez marché en même temps. En même temps, non pas parce qu'il fallait renoncer à ou bien ou bien vous avez marché de manière synchronisée sans que personne ne le décide. Et ben une société libre, ça fonctionne comme ça. Sans que personne ne le décide. Si chacun a mûri les conséquences d'un choix qui soit vraiment éclairé, on n pas besoin de tout décider pour que tout s'organise naturellement, spontanément. Nous sommes ici dans la charmante commune de Port Marli.
Vous pouvez avoir la certitude qu'à moins de 10 minutes d'ici, vous trouverez de mains ouvertes demain matin. En tous les cas, vous trouverez sans doute une boulangerie avec du pain. Mais il y a pas eu besoin qu'un grand dirigeant quelque part dans un bureau à Paris cadr la France avec un plan pour mettre les boulangeries au kilomètre carré en décidant de combien de pain on allait donner par personne. Ça ça s'appelle le communisme soviétique. Et ça a pas trop bien marché. La vérité c'est que la meilleure manière la meilleure manière d' faire en sorte que les choses s'organisent, c'est de laisser advenir cet ordre spontané.
C'est de laisser advenir cet ordre qui émane de chacune de nos libertés. Et si à moins de 10 minutes d'ici, il y a pas un boulanger ouvert demain matin, vous pouvez aussi avoir la certitude que si tout est fait normalement, si tout se passe correctement, si on a laissé les étudiants aller dans les filières qu'ils voulaient, si on les a bien informé sur ce qu'il y avait à faire demain, si on leur a bien appris la diversité des métiers, si on les a bien attiré vers ce qui pouvait les stimuler, vous la certitude que si ici au Port Marli, il y a pas un boulanger ouvert à 10 minutes, un boulanger va s'installer parce que précisément c'est en l'occurrence le libre jeu du marché.
Mais ça ne décrit pas seulement le marché. Regardez comment fonctionne une langue. Et je termine par cet exemple merveilleux. Regardez comment fonctionne une langue. La langue française a dit règles. C'est vrai mais personne n'a fixé les règles. L'Académie française c'est l'institution la plus libérale du monde. C'est une institution magnifique. Elle est pas là pour dire comment on doit parler. Elle est là pour dire comment on parle. Elle est là pour reconnaître et consacrer l'usage. C'est comme ça qu'on parle le français. Le français se parle ainsi. Voilà ce que fait l'académie. Elle consacre l'usage.
Toute tentation totalitaire commence par la volonté de discipliner la langue, d'imposer un ordre à la langue de l'extérieur. Toute tentation totalitaire commence par, prenez par exemple cet exemple tout simple, l'écriture inclusive. Personne ne parle comme ça. Personne n'écrit comme ça spontanément. Voyez, personne n'écrit spontanément. Ça n'existe pas. Mais il y a des gens qui viennent un jour et qui sont des militants et qui disent "C'est comme ça que vous devez faire." Nous nous croyons à la liberté. Nous croyons que la langue vie, et c'est vrai, elle vit, mais elle vit de sa propre vie. Et cette vie, c'est celle précisément de nos libertés.
C'est la manière dont chacune de nos libertés ajoute quelque chose à la langue. Et vous êtes ici aujourd'hui et vous le montrez suffisamment. J'ai parlé avec tant d'entre vous. Chacun vient de partout en France. Chacun vient avec son accent. Chacun vient avec sa manière d'adopter la langue française et d'en révéler la richesse. Laissez la langue vivre. Laissez les gens vivre. Laisser les libertés s'accomplir et laisser en ce sens la liberté à avoir avec la vie. Laisser la vie s'exprimer dans ce que la liberté suscite, dans ce que la liberté peut créer. Notre temps a tellement besoin et notre pays en particulier a tellement besoin de retrouver le goût de la liberté.
De retrouver le goût de la liberté, c'est-à-dire de retrouver le sens de la politique. La politique n'est pas là pour dire aux gens comment parler. La politique n'est pas là pour dire aux gens comment penser. La politique est là seulement pour garantir par l'autorité publique le cadre dans lequel la liberté pourra s'accomplir et s'épanouir pleinement. La liberté comme condition de l'équilibre, condition de toute organisation féconde, condition de tout ordre véritable. L'ordre, condition de la liberté et la liberté condition de l'ordre. Voilà ce que nous devons retrouver, le coût de la liberté.
Mais il y a mais il y a une dernière condition chers amis et je termine par là et vous le savez bien. Si la liberté c'est le vertige qui consiste à reconnaître la nécessité de choisir, la nécessité de dire où bien ou bien, alors la liberté a un dernier prix, elle a une dernière condition et sans doute précisément parce que cette condition fait défaut à notre temps et à tant de nos dirigeants que nous avons perdu le goût, le sel, l'aventure de la liberté. Cette condition, chers amis, cette condition c'est le courage.
Parce que la liberté, je le disais tout à l'heure, cette liberté dont nous parlons qui consiste à faire un vrai choix, un choix qui nous ressemble, un choix qui exprime la plus haute idée que nous nous faisons de ce qu'est la condition humaine. Cette liberté là, elle suppose d'avoir beaucoup travaillé. Elle suppose d'avoir fait effort sur soi. Elle suppose d'avoir fait l'effort de penser parfois contre soi-même. Elle suppose tout ce cheminlà. Et ce chemin, il n'est pas offert. Il n'est pas donné, il n'est pas laissé au paresseux et au lâche. C'est ce que disait encore Kent dans tous dans qu'est-ce que les lumières que je vous citais tout à l'heure. La paresse et la lâcheté.
La paresse et la lâcheté écritante sont les deux causes qui font qu'une grande partie des hommes, après avoir été depuis si longtemps affranchi de la tutelle de la nature, reste pourtant mineur toute leur vie. Il est si commode d'être mineur. Il est si confortable de ne pas être libre. J'ai un directeur qui a de la conscience pour moi, un médecin qui juge pour moi du régime qui me convient, un chef d'état qui décide de ce que je dois penser. Pourquoi me donneraiis-je de la peine ? Je n'ai plus besoin de penser pourvu que je puisse payer. D'autres se chargeront pour moi de cette ennuyeuse occupation.
Ce mot de Kante tout simple, la paresse et la lâcheté montre quels sont les grands obstacles qui menacent la liberté, qui menace toujours la liberté. Pericles avait ce mot magnifique à la source de notre civilisation, le choix que nous avons à faire. Se reposer ou être libre ? Se reposer ou être libre ? Voilà ce qu'il faut choisir. La liberté est une aventure, c'est un privilège, c'est une joie. La liberté, c'est la vie pour reprendre chacun de vos mots. Mais la liberté n'est pas un confort. La liberté n'est pas donnée. La liberté n'a rien d'immédiat. La liberté est un combat et elle le restera toujours.
Et pour chacun d'entre nous, dans chacune de nos vies, comme pour notre pays, dans notre vie collective, revient aujourd'hui cette injonction de péri comme un choix à faire, comme une décision à prendre. Se reposer ou être libre. Nous nous plaignons aujourd'hui que dans le monde qui se dessine sous nos yeux, nous sommes de plus en plus souvent en train de subir ce qui nous arrive. Peut-être parce que la France, peut-être parce que l'Europe ont choisi depuis trop longtemps maintenant de se reposer. À nous de choisir aujourd'hui d'être libre. Nous le devons à ceux dont le courage nous a laissé la liberté que nous recevons aujourd'hui.
À ceux qui, c'est la résistance dont parlait Aragon, ont parfois donné leur vie pour que nous soyons libres, pour que nous ne soyons pas contraints ou déterminés par un pouvoir qui s'imposerait à nous, à ceux qui ont placé leur vie sous le signe de ce choix. Vivre libre ou mourir de cette devise du plateau d'églière, nous le devons à ceux qui ont combattu pour notre liberté. Et c'est la raison pour laquelle nous allons continuer, je n'en doute pas à l'instant ce combat parce que nous sommes les héritiers de cette histoire et que nous voulons en faire l'occasion de tout ce que le monde de demain recevra de vie, recevra de liberté, recevra d'humanité pour construire le monde qui vient.
Merci encore infiniment. la et la vie et la vie et la vie et la vie. Merci beaucoup. Amen.