Manifestations du 18 septembre: l'interview en intégralité de Manuel Bompard
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonsoir, Manuel Bompard. Et merci d'être avec nous en direct ce soir dans cette édition spéciale, coordinateur de la France Insoumise, député, j'allais dire maire, non, député. Merci d'être là. Une question toute simple que je posais tout à l'heure à Fabien Villedieu. Pour vous, ce soir, 20h33, qu'est-ce que vous dites ? Stop ou encore ? On continue la mobilisation ?
Ah oui, je dis on continue la mobilisation, évidemment. Je dis d'abord qu'aujourd'hui a été une journée très importante, très réussie, un grand succès, avec, ça a été dit, mais les plus grandes manifestations depuis le mouvement contre la réforme des retraites, avec plus d'un million de personnes dans la rue selon les organisations syndicales. Et je pense que l'ampleur de cette mobilisation est à l'image de la colère et de l'exaspération qui existe aujourd'hui dans le pays, à l'image aussi de la volonté, de la détermination des Françaises et des Français à obtenir enfin un changement de politique.
Et donc, en effet, je crois que la journée de mobilisation d'aujourd'hui ne peut pas être une journée qui s'arrête comme ça. Et donc, il y aura d'autres mobilisations, j'en suis convaincu, dans les prochains jours et dans les prochaines semaines. Je sais que déjà, par exemple, ce dimanche 21 septembre, il y a un certain nombre d'organisations de jeunesse qui appellent à la mobilisation sur les places de la République. Et moi, je les appuie et je les soutiens totalement.
Donc, vous serez dans la rue dimanche ?
Oui, bien sûr. Et à chaque fois que nécessaire, avec l'objectif d'obtenir enfin ce changement de politique. Je pense que tout le monde a compris que la nomination de M. Lecornu est de la part du président de la République, Emmanuel Macron, une manière de chercher à imposer la continuité d'une même politique, alors que cette politique, elle a été très largement battue dans les urnes, à plusieurs reprises d'ailleurs, mais que le président de la République n'a pas l'intention d'en tenir compte. Et s'il y avait autant de monde dans la rue aujourd'hui, c'est parce que les gens ont compris que pour que ça change, il faut se mobiliser.
Et moi, je salue toutes celles et ceux qui ont fait la grève aujourd'hui. Ce n'est pas facile de faire la grève, surtout dans des moments difficiles en termes de pouvoir d'achat. Je salue toutes celles et ceux qui ont manifesté. qui ont manifesté, ça a été dit, dans des conditions d'un grand calme, de beaucoup de détermination, assez éloignées d'ailleurs, il faut le dire, de l'ambiance anxiogène que M. Retailleau a essayé de semer sur cette journée depuis plusieurs jours, sans doute avec l'objectif de convaincre un certain nombre de personnes de ne pas aller manifester. Eh bien, il a échoué sur ce sujet.
– Je reviendrai à ce point-là sur Bruno Retailleau, mais je reste sur la date. Ce soir, les organisations syndicales qui étaient unies aujourd'hui, se sont retrouvées ce soir, mais ne mettent pas sur la table de nouvelles dates, n'appellent pas de nouvelles manifestations pour l'instant. On attendra ce qu'il va se dire dans les prochaines heures. Est-ce que vous le regrettez ? Est-ce que vous dites qu'il faut tout de suite remobiliser et tout de suite nous donner une nouvelle date ?
– Alors attendez, selon moi, mes informations, mais peut-être que nous n'avons pas les mêmes, je crois qu'il y a des réunions qui sont prévues dans les prochaines heures, et notamment de l'intersyndicale, je crois, demain, si mes informations sont bonnes. Donc l'intersyndicale prendra les décisions que les syndicats ont envie de prendre. Ça, c'est leur responsabilité, ce n'est pas la mienne. Moi, en tout cas, je souhaite qu'on soit appelé de nouveau à nous mobiliser dans les prochains jours et dans les prochaines semaines. Encore une fois, parce que je crois que tout le monde doit comprendre que sans mobilisation populaire, il n'y aura pas de changement de politique.
Et que ça, ça passe par le fait que les gens se mettent en action, se mettent en mouvement, et qu'aujourd'hui, ils ont fait la démonstration qu'ils pouvaient être très nombreuses et très nombreux à le faire.
– Mais Manuel Bompard, vous ne connaissez pas une seule mesure du prochain budget Lecornu. Est-ce que vous n'êtes pas en train de griller vos cartouches à vous mobiliser avant précisément de connaître ce budget ?
– Mais ce n'est pas vrai ce que vous dites. Monsieur Lecornu a dit « je renonce à la suppression des deux jours fériés qui étaient prévus dans le budget de M. Bayrou ». J'en déduis donc que l'ensemble des autres mesures qui étaient prévues dans le budget de M. Bayrou sont toujours sur la table aujourd'hui. Cette fameuse année blanche, en vérité, moi je parle d'année rouge pour le pouvoir d'achat des Françaises et des Français, puisque ça veut donc dire que vous ne revalorisez pas les pensions de retraite, avec l'allocation adulte handicapé, les allocations chômage pour toutes celles et ceux qui y ont droit.
Et donc ça va se traduire par une baisse de pouvoir d'achat, le doublement des franchises médicales, la baisse du remboursement des médicaments et des soins pour les personnes qui sont atteintes de maladies de longue durée. Toutes ces mesures-là, elles étaient dans le budget de M. Bayrou. Et sauf si une information m'a échappé, M. Lecornu n'a pas dit qu'il y renonçait, alors qu'il a dit qu'il allait renoncer à la suppression des deux jours fériés, qui est d'ailleurs déjà une première victoire de la mobilisation populaire. Donc non, on sait très bien ce que M. Lecornu a l'intention de faire.
Il a l'intention, après avoir enlevé ces deux jours fériés, qui étaient une forme d'épouvantail, de nous imposer quand même la potion amère que M. Bayrou voulait nous imposer. Et donc s'il n'y a pas de mobilisation populaire, s'il n'y a pas de mobilisation politique aussi, c'est sans doute le sort qui nous sera réservé. C'est la raison pour laquelle il faut continuer à se mobiliser. Et puis ensuite, cette mobilisation, je pense qu'elle vient en appui, en soutien, elle vient en parallèle avec une mobilisation parlementaire. Et je crois que la perspective, c'est la chute du gouvernement de M. Lecornu. Et si mes informations sont bonnes, M.
Lecornu a l'intention de s'adresser à l'Assemblée nationale par un discours de politique générale au début du mois d'octobre. Il doit demander le vote de confiance, parce que c'est comme ça que doit fonctionner une démocratie. Mais s'il ne demande pas le vote de confiance, il y aura une motion de censure, nous la déposerons.
Mais on a un Premier ministre qui vous dit ce soir aussi, à vous, Manuel Bompard, que ce qui a été dit dans les rues, les revendications portées par les manifestants, sont au cœur des discussions qu'il a précisément avec les différentes organisations politiques et syndicales. Sauf que vous n'y allez pas. Vous ne pouvez même pas discuter avec lui.
– Mais il n'y a manifestement pas besoin de discuter, puisqu'il a entendu, dit-il, les revendications qui étaient dans la rue aujourd'hui. Donc comme M. Lecornu les a entendues, peut-être que demain il va nous annoncer l'abrogation de la réforme des retraites, qui était au cœur de ces cortèges, l'augmentation des salaires, davantage de justice fiscale. Bon, puisqu'il veut les entendre. Parce que vous savez, il ne suffit pas de dire « je les ai entendues, on va en parler, on va en discuter ». Ça, les macronistes nous font à peu près se coupler tous les mois depuis maintenant 7 ans. Donc le sujet, ce n'est pas qu'il les ait entendus.
Le sujet, c'est qu'il accepte enfin une rupture avec la politique d'Emmanuel Macron. Et comme je crois qu'il ne le fera pas, parce que je pense que si M. Lecornu a été nommé, c'est précisément pour la continuité avec la politique d'Emmanuel Macron. C'est la raison pour laquelle je vous dis que, de mon point de vue, la perspective, c'est la chute de ce gouvernement. Et vous le savez, ce que nous pensons, nous, pour débloquer la situation, le départ du Président de la République et l'organisation d'une élection présidentielle anticipée.
Je pense, pour ma part, qu'à la fin, la perspective politique de ces mobilisations, si on veut satisfaire les revendications qui se sont exprimées dans la rue, ça passera par un changement de politique. Et ce changement de politique, il nécessite de ne pas avoir ce Premier ministre et ce Président de la République. Question d'Yves Tréard pour vous ce soir.
Oui, bonsoir, Emmanuel Bonpart. Il y a une interrogation. Pourquoi vous appelez à manifester... Bonsoir, M. Tréard. Pourquoi appelez-vous à manifester le dimanche ? Est-ce que vous vous inspirez des gilets jaunes qui appelaient à manifester le samedi en pensant qu'ils auraient davantage de monde ? Parce que, par définition, le samedi et le dimanche sont des journées souvent où on est en congé.
Mais M. Tréard, pour être très précis, moi j'appuie les initiatives, qu'elles soient syndicales, c'était le cas aujourd'hui, ou qu'elles soient citoyennes, et c'est manifestement le cas de dimanche. Ce n'est pas moi qui appelle à manifester, je soutiens les appels à manifester qui existent. Oui, mais qui viennent de votre parti. Parce que sinon, vous allez répéter à longueur d'antenne sur vos plateaux. Non, ils ne viennent pas de mon parti. Ils ne viennent pas de mon parti. Mme Aubry, M. Mélenchon... Ils appellent à manifester le 21 septembre, comme je l'ai dit tout à l'heure. Non mais on les appuie, M. Tréard, on les soutient.
Elles viennent des organisations de jeunesse, elles viennent du mouvement citoyen qui a posé cette première date de mobilisation la semaine dernière, le 10 septembre. Et on l'appuie, on les soutient. Et je le dis d'autant plus que ça évitera que vous disiez pendant de longues minutes sur vos plateaux de télévision que nous les récupérons. Nous ne les récupérons pas, nous les appuyons, nous les soutenons. Et à chaque fois que des Françaises et des Français veulent manifester pour améliorer leur vie, ils peuvent compter sur notre appui et sur notre soutien.
Manuel Bompard, pendant que vous parlez, il y a des images en direct de Bruno Rotaillot qui est à la préfecture de police de Paris et qui salue ce soir les policiers qui sont intervenus aujourd'hui justement dans le cortège parisien. Jean-Luc Mélenchon expliquait tout à l'heure que Bruno Rotaillot avait besoin des feux de poubelle. Vous imaginez réellement le ministre de l'Intérieur espérer que les choses se passent mal aujourd'hui ?
Ah oui, oui, je pense que M. Rotaillot souhaite en permanence, d'ailleurs il n'a fait que de jeter de l'huile sur le feu ces derniers jours, parce que ce dont rêve M. Rotaillot, c'est de manifestations qui se passent mal. Et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle, vous citez Jean-Luc Mélenchon, c'était son cas hier en particulier, moi-même, nous avons toutes et tous appelé à ce que ces manifestations se déroulent de manière calme et pacifique. Et je vois que ça a été très largement réalisé comme ça par les personnes qui étaient dans la rue aujourd'hui. Mais oui, M.
Rotaillot est un irresponsable qui jette de l'huile sur le feu en permanence, qui a essayé quelques heures avant cette manifestation de créer un climat anxiogène dans le pays, en se disant peut-être qu'il y a des gens qui auront peur d'aller manifester. Et bien je suis content que les tentatives asséminables de M. Rotaillot n'aient pas été suivies d'effet. Et je vois ici aussi!
Manuel Bompard