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interviewBFMTV· 30 novembre 2024 6 min

Colère agricole, simplification: l'interview en intégralité d'Annie Genevard

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Anthony Gennevard, bonjour. Vous êtes à Suissi-sur-Loire, dans le Loiret, en visite d'exploitation. Évidemment, on va vous interroger ici sur ces questions très politiques. Mais d'abord, vous êtes venu voir les agriculteurs ce matin, leur apporter des réponses après des semaines de colère. Qu'est-ce que vous leur annoncez ce matin aux agriculteurs ?

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Annie Genevard

D'abord, chaque semaine, je vais sur le terrain. C'est très important de puiser sur le terrain les attentes du monde agricole. Alors, cette semaine, c'est une semaine qui a été dédiée à la simplification au ministère de l'Agriculture. Et ce matin, j'ai tenu à venir faire ici, dans une exploitation polyculture élevage, les premières annonces de simplification dans un rendez-vous de la simplification que je tiendrai chaque mois, parce qu'il y a en la matière beaucoup de choses à faire et il nous faudra y revenir régulièrement. Donc, ce premier rendez-vous de la simplification, je l'ai conduit hier avec les organisations syndicales. Pourquoi ?

Parce que le métier d'agriculteur est devenu très compliqué. Tout le monde le dit. Et on ne peut plus échapper aujourd'hui aux besoins de réponses en matière de simplification. Parce que si nous n'y prenons garde, à force de complexifier le travail de nos agriculteurs, ils vont perdre le sens de ce pour quoi ils sont faits, c'est-à-dire produire de la nourriture, produire de quoi nourrir la population de notre pays. Et ça interroge directement la question de la souveraineté alimentaire. L'alimentation aujourd'hui, c'est devenu, ça peut être une arme qui se retourne contre les populations. Donc, il est très important de pouvoir que des agriculteurs puissent nourrir la population française.

C'est un travail dur, mais c'est un travail profondément utile pour lequel ils doivent être infiniment respectés. Et quand on leur complexifie la vie, on ne respecte pas le travail qui est le leur. Aujourd'hui, je suis venue leur dire, je veux vous apporter des réponses. Alors, des mesures, oui, des mesures concrètes, précises, je leur en ai apportées aujourd'hui. Je vais vous en donner quelques-unes. Je ne vais pas vous faire la liste complète, ce serait fastidieux. Mais je vais vous donner quelques exemples. Aujourd'hui, un agriculteur qui touche la PAC, donc l'aide agricole de l'Europe, eh bien, il peut être soumis à un contrôle diligenté par l'Europe.

Et ce contrôle bloque pour lui le versement de l'acompte de la PAC. Et c'est quelque chose qui est très angoissant pour lui, parce que cet accompte, il est attendu. Ce sont des sommes qui peuvent être relativement importantes et toujours indispensables, évidemment, à l'équilibre de la trésorerie, de l'exploitation. Et donc, j'ai pris la décision, dans le respect des règles communautaires, de verser l'acompte, y compris aux agriculteurs qui vont être soumis à un contrôle, ce qui ne les exonère pas du contrôle, naturellement, mais qui leur permettra de toucher le raconte, comme tous les autres. Je vais vous donner un autre exemple.

Aujourd'hui, un agriculteur, chaque fois qu'il a affaire à une administration de l'État, doit saisir à chaque fois toutes les données relatives à son exploitation. Et ce sont des heures de saisie informatique. Après une journée de travail qui, généralement, est rude, vous savez que c'est un métier qui est rude, qui est exercé avec passion, mais qui est difficile, est-ce que vous croyez qu'un agriculteur, quand il arrive au terme de sa journée de travail, il a envie de passer encore une heure ou deux devant son ordinateur ? Non, évidemment.

Donc là, nous allons engager une méthode qui devrait aboutir assez rapidement dans l'année 2025 pour permettre que, dès lors que vous avez saisi une fois pour une administration toutes les données relatives à votre exploitation, elle soit saisie en même temps, elle soit mobilisable en même temps par toutes les administrations.

3:56
Présentateur

Madame la Ministre, on entend ces mesures extrêmement concrètes. Juste un mot, je voudrais que vous nous parliez de la loi d'orientation agricole, parce que cette loi, elle est gelée aujourd'hui à l'Assemblée nationale. Si le budget n'est pas voté et si on part dans une crise avec une censure et que le gouvernement tombe, elle ne verra pas le jour. Et ce que vous dites aujourd'hui, vous appelez tout le monde à la responsabilité politique, notamment pour les agriculteurs.

4:18
Annie Genevard

Alors, tout à fait. Je le dis avec beaucoup de gravité et de solennité. Inspirons-nous de ce qui s'est passé en 2024. En 2024, il y a eu les mouvements que l'on connaît en début d'année, qui ont été massifs et qui réclamaient un certain nombre de choses. L'agenda politique a fait qu'il y a eu une suspension du temps politique, en gros depuis les européennes jusqu'au début du mois d'octobre, une suspension politique que les agriculteurs ont très mal vécue. Ils le disent. C'est comme ça. Et ils ont la hantise que cela ne se reproduise. Parce que, soyons très clairs, si le budget n'est pas voté, tout s'arrête.

Toutes les mesures que nous avons mises en place, le fonds d'urgence que j'ai mis en place pour les indemnisations des élevages touchés par les crises sanitaires, le soutien à la trésorerie qui va démarrer là dans quelques jours au mois de décembre, toutes les mesures de simplification qu'ils appellent de leurs vœux, qu'ils exigent des politiques, eh bien, il n'y aura plus de pilotage politique pour les mener. Donc, c'est extrêmement grave. Et leur inquiétude n'est pas feinte. Et moi, je la partage, vraiment. Je pense que tout ce travail que nous faisons avec eux et pour eux risque à nouveau d'être interrompu. Et sur la loi d'orientation agricole, voilà un bon exemple.

Elle est inscrite dans quelques jours au Sénat en commission, dans quelques semaines en séance au Sénat. J'ai pris le premier créneau disponible qui m'était donné par le Sénat. Donc, cette loi, il faut la mener au bout. Elle est fondamentale. On entend ce matin votre appel à la responsabilité. Au bon niveau d'importance dans...

6:07
Présentateur

Oui, je disais, on entend ce matin votre appel.

6:08
Annie Genevard

Donc, j'en appelle à la responsabilité, en effet, pour nos agriculteurs.