Philippe Vigier - Le Barbier du matin du 12/12/24
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Philippe Higier, bonjour et merci d'être avec nous par téléphone. Bonjour. Vous êtes un député modem. Est-ce que l'heure du modem est en train de sonner ? Je veux dire, est-ce que pour vous, Bayrou à Matignon, François Bayrou, Premier ministre, on n'a jamais été aussi proche ?
En tout cas, ça serait une très bonne solution pour la France, parce qu'il a toujours été au centre de l'échiquier, il a toujours parlé à la droite, à la gauche, il a toujours été un homme d'équilibre, un homme qui a toujours expliqué qu'il y avait des bonnes idées partout, et un homme qui, me semble-t-il, est celui qui, dans le moment extrêmement difficile que vit la société française et la politique en particulier, est en capacité, me semble-t-il, d'assumer avec responsabilité et efficacité cette fonction de Premier ministre.
Est-ce que ses avantages, ses qualités, s'incarnerait dans un projet politique précis ? Il arrive avec quelle idée politique dans son bagage, s'il est nommé ?
Quelle idée politique ? Je crois que c'est assez simple d'avoir... Il a toujours expliqué que la lutte, par exemple, contre les déficits publics, vous vous souvenez certainement de la campagne de 2007, c'est le premier qui avait parlé du sujet de la dette. C'est un sujet, donc, qu'il maîtrise, et c'est un sujet sur lequel il a bien compris que c'est la souveraineté du pays qui était engagée, et il sera au rendez-vous, j'en suis persuadé, il a toujours fait des propositions en la matière. Le sujet également de mieux protéger les Français, notamment en matière des pouvoirs d'achat, comment on est capable, demain, de retrouver les marges des manoeuvres.
Le sujet de l'école, il a été mis l'éducation nationale, et sachant que tout démarre à l'école, et que cette école va bien mal. Il s'agit de voir d'ailleurs le dernier classement international, qui montre que là encore, sur les fondamentaux, nous reculons. Et puis, les questions qui sont liées à la sécurité et à l'immigration, ce sont des questions sur lesquelles, eh bien, on se réveilleront sur le rendez-vous, à la fois de la justice, mais à la fois de la fermeté, de l'autorité.
Est-ce qu'il ferait une loi d'immigration, comme Bruno Retailleau s'y est engagé, ou est-ce qu'il considère qu'il ne faut pas remettre un chantier idéologique sur l'établi, qu'il faut gérer ça par pragmatisme ?
Vous le dites dans votre question, si on commence à remettre des sujets idéologiques, on va tout de suite à niveau à l'affrontement. Je vous rappelle, je vais en prendre deux exemples. Sur l'immigration, d'abord, la précédente fois, tous les dégâts de l'immigration ne sont pas sortis. On voit que Bruno Retailleau n'a pas eu une nouvelle loi pour commencer à remettre encore plus d'efficacité qu'il y en avait auparavant. Mais je vais prendre une deuxième question, c'est celle des retraites. Je vous rappelle qu'au commissaire au plan, il a fait beaucoup de propositions expliquant d'ailleurs qu'il y avait un déséquilibre absolument massif.
Il avait fait des préconisations, nous avons fait une clause de revoyant en 2026. Il avait proposé également qu'on soit capable, à une époque, de faire la réforme à point. Mais là, ce n'est plus le sujet. Là, ce qu'il faut, c'est faire une grande conférence sociale, apaiser ce pays et proposer aux partenaires sociaux, parce que le paritarisme, qui a été également une question sur laquelle il s'est positionné depuis longtemps, le paritarisme manque, le dialogue social est insuffisant dans ce pays.
Et vous voyez, à la fois l'expérience qu'il a et à la fois ce chemin d'apaisement en disant qu'il n'y a pas de place pour des solutions radicales qui permettraient, j'en suis persuadé, d'avancer dans la situation hyper compliquée que nous vivons.
C'est-à-dire que s'il était nommé à Matignon, il ne porterait pas l'abrogation de la réforme des retraites pour faire plaisir à la gauche, mais à côté de la loi, une grande conférence sociale pour améliorer dans l'application concrète cette réforme.
Absolument. La question de la pénibilité, elle est actuellement à salle tranchée, chacun le sait bien, qu'on va débarquer des manœuvres considérables. Et puis, ce n'est pas l'histoire de faire plaisir à la gauche ou pas. D'ailleurs, vous avez pu observer qu'Olivier Ford disait lui-même... On va en parler. Oui, mais le problème, c'est que la réforme des retraites, elle n'a pas été faite pour ennuyer les Français. Elle a été faite pour une raison simple. Un chiffre que je vous donne ce matin sur les 380 milliards de retraites qui sont servis, donc qui sont donnés à nos retraités, il n'y a que 280 milliards de cotisations. Donc, il en manque. Il en manque 110 milliards.
Donc, l'espérance de nous grandit. En revanche, il y a des métiers très pénibles pour lesquels on ne peut pas partir à 64 ans. C'est quelque chose qui est partagé par le plus grand nombre.
Alors, que répondez-vous justement à Olivier Ford qui dit François Bayrou, ça ne serait pas le bon choix ? Il ne dit pas qu'il va le censurer s'il est nommé. Il ne dit pas que c'est un ennemi. Mais ce n'est pas le bon choix. Que lui répondre ?
C'est normal. Olivier Ford, depuis la première seconde, il nous raconterait la même chose. Il fasse un musc et ce qui suit les rangs de la gauche. Je respecte leurs souhaits. Mais ils savent bien qu'avec 185 des députés, ils n'ont pas la majorité de sujets non plus. Mais il faut construire. Si je prends l'image d'un bateau, c'est un cataract qui a des flotteurs. Le flotteur droit, c'est des républicains qui sont là.
Le flotteur gauche, c'est des partis socialistes qui, pour une fois, est-ce que les partis socialistes, est-ce que les communistes, dans une mesure aussi, d'ailleurs c'est Fabien Roussel l'a très bien dit, vont être capables de sortir de cette alliance contre nature avec Jean-Luc Mélenchon ou alors ils resteront en boulardie jusqu'au bout ? Et puis il y a une autre question, une question centrale qui n'a jamais été tranchée depuis tant d'années, c'est l'affaire de la proportionnelle. Cette affaire de la proportionnelle permettrait à chacun, justement, de ne plus être dépendant d'alliances qui sont, on voit bien, très invalidantes pour avancer.
On voit bien que la proportionnelle, en effet, libérerait le PS2 et les filles, mais la proportionnelle, ça provoquerait ce qu'on subit aujourd'hui, c'est-à-dire des assemblées quasiment impossibles à gouverner. Vous êtes en train de pérenniser la cause du mal actuel.
Non, parce que vous voyez bien que là, on est dans une impasse, alors que ce n'est pas un scrutin proportionnel, c'est un scrutin majoritaire et ça ne fonctionne pas. Il ne faut pas avoir une proportionnelle par département, un truc râle et qui montre que ça forcerait les partis politiques à s'entendre, mais c'est ce que font les grandes nations européennes qui nous entourent, pour une grande partie d'entre elles. C'est une fois de plus, c'est le seul moyen de sortir d'alliances qui nous conduisent, eh bien, à la domination. Écoutez, la façon dont Jean-Luc Mélenchon se comporte ces temps-ci, mais comme il l'a toujours fait, mais c'est encore plus marqué à l'heure actuelle.
Il est de façon permanente à la fin des nationales, en train de surveiller ce que font les uns et les autres, admonestant les uns et les autres. Non, on se sentia de tout cela.
On peut sortir aussi par une méthode. L'idée de ne pas utiliser le 49-3, de s'y engager en échange d'une non-censure, d'un pacte de non-censure, ça serait au cœur de la méthode Bayrou ?
Ça serait au cœur de la méthode Bayrou, en disant, on va avancer ensemble. Écoutez, le sujet central, c'est quoi ? C'est le compromis. Est-ce qu'on est en capacité les uns et les autres de faire des pas les uns vers les autres ? Là, on a, on va dire les choses très simplement, 2027, c'est dans plus de deux ans. Est-ce que le bateau peut rester à quai, ou alors le bateau doit avancer ? Mais le monde change. Dans une semaine, ce qui vient de se passer, dans la Syrie, on est une illustration au total, mais demain, la Chine, le Taïwan, on ne sait pas ce qui se passera non plus.
Donc, je veux dire, dans ce monde qui change, dans ce retournement économique que l'on vit, où on voit bien qu'on va avoir une année 2025 très difficile, où il y a des questions que le poids à l'achat n'est sur toutes les lèvres. Bref, cette France doit être en capacité de se réunir sur un certain nombre de projets, sur un certain nombre de décisions. Et là, chacun doit, écoutez, la Chine du lèvre, prendre des questions la plus simples possible, et accepter qu'il n'a pas raison tout seul, et accepter que, eh bien, ce n'est pas faire entorse à ce qu'il pense, mais c'est justement être efficace pour redresser la maison France. Et redonner la confiance, on pense.
Alors, il y a aussi le flotteur droit du catamaran. Il y a cet oucas de Nicolas Sarkozy. Alors, il n'est plus chef de son parti, mais il a de l'influence. Il y a le souvenir de 2012. Il y a le souvenir du livre de Bayrou en 2009. Est-ce qu'il est vraiment acceptable pour les Républicains Bayrou ?
Laurent Wauquiez s'est exprimé en la matière. Bruno Retailleau également. Écoutez, Nicolas Sarkozy a été président de la République. On sait très bien qu'il y a eu des échanges un peu compliqués avec François Bayrou, ce qui montre d'ailleurs la force des caractères de François Bayrou. Il est respecté à droite par beaucoup de... Vous savez, il s'entend très bien avec les hommes et les femmes de droite que chacun connaît, qui sont en responsabilité à l'heure actuelle. Vous savez, il avait écrit avec Alain Juppé, à l'époque, les programmes de l'IF et du RPR. Non, il a eu beaucoup de respectabilité. Il y a eu un problème d'hommes entre Nicolas Sarkozy et François Bayrou. Point à la ligne.
Nicolas Sarkozy n'est plus président de la République. Ça n'est rien à ce qu'il a pu faire ou ne pas faire un jour ou l'autre. Mais il y a eu ce courage, je dis bien ce courage, de poser des mots sur des actes que faisait Nicolas Sarkozy ou des décisions qu'il prenait. Donc, il les refusait. C'est tout à son honneur de dire non quand il faut dire non. François Bayrou, celui qui a refusé le parti unique de l'UNP, vous vous en souvenez ?
Tout à fait. En 2004, il avait dit si on pense tous la même chose, on ne pense rien.
On ne pense rien. Et j'étais présent, donc je peux vous en parler très bien.
Voilà, c'était un moment important. S'il est nommé, évidemment, les médias vont tout de suite dire, mais il est en appel dans un procès pour les assistants parlementaires. Est-ce qu'on peut nommer quelqu'un qui est encore dans un processus judiciaire ?
D'accord, mais il a été relaxé. Maintenant, il y a un appel. S'il a fait une condamnation, il n'égard sera plus ses pensions. Enfin, je suis désolé. Il a été relaxé, comme vous savez. Vous avez vu ce qui s'est passé pour l'âme Le Pen. Je pense que ce sont des choses complètement différentes. Et là, pour ça, il est blanchi.
Et si ce n'est pas lui, est-ce que le Modem est prêt quand même à participer à une équipe gouvernementale qui ne serait pas menée par son chef ?
Écoutez, moi, je souhaite que ce soit lui. Le président de la République prendra sa décision. Il choisira. Et nous, nous ne sommes pas là pour casser la maison. Nous avons été une fois plus à niveau de stabilité. Il n'y a pas de raison qu'on ne soutienne pas un gouvernement que l'on appelle de nos voeux de construction. Ne faisons pas aux autres ce qu'on n'aime pas qu'on nous fasse.
Cette stabilité, elle passera par une loi spéciale qui a été adoptée en Conseil des ministres hier. Vous faites partie de ceux qui pensent qu'elle doit juste permettre à l'État de lever l'impôt et payer les fonctionnaires ou bien il faut l'amender, même si le Conseil d'État dit non, non, ce n'est pas très régulier, l'amender pour enlever tous les effets négatifs de la censure ?
Écoutez, il y a une censure. Il faut que les gens qui ont censuré se rendent compte de l'une responsabilité qu'ils nous ont versée. Qu'est-ce qui se passe ? Les aides, par exemple, pour les agriculteurs, on voit bien que la crise de travail se ridiculiser, elles sont dedans. Les 4 milliards pour les EHPAD, c'est dedans. Non, cette loi s'applique comme le prévoit le droit. On n'est pas dans la politique politicienne du chicagia.
Pas plus que le droit. Et on fait un budget 2025 à côté ?
Pas plus que le droit, mais surtout le droit. Il me semble-t-il, c'est le droit qui fait qu'il nous autorise à faire ce qu'on peut faire et pas faire. Le Conseil d'État était clair dans son avis. Le Conseil constitutionnel, lui, ne manquerait pas de censurer. Non, il faudra voter un nouveau budget pour assurer les affaires courantes, assurer les affaires courantes. Mais avec des grandes injustices. Je vais prendre un exemple. François Bayrou, il est très attaché à la notion de justice fiscale. Je vous rappelle que la taxe sur les très hauts revenus qui devait être périndée est supprimée.
Et que 400 000 Français qui étaient modestes et qui sont modestes et qui ne payaient pas d'impôts vont s'en payer. Vous voyez, donc ceux qui appellent au pouvoir d'achat, la protection, comme Mme Le Pen, ceux qui le font comme les insoumis, eh bien, projettent et basculent dans l'impôt 400 000 personnes et 18 millions de Français qui payent en plus d'impôts. Voilà leur notion de la justice fiscale.
Vous évoquiez le changement en Syrie. La France demande à Israël de se retirer de la zone tampon alors qu'Israël a mené plus de 400 frappes en Syrie. Est-ce qu'il ne faut pas laisser Israël se sécuriser face à ce nouveau régime ?
Il faut laisser Israël se sécuriser. Mais il faut aussi que cette zone tampon, évidemment, sur le Golan en particulier, Israël est arrivée immédiatement. Vous savez, je pense que je fais partie de ceux comme tout le monde, de tous les observateurs parce qu'on était heureux de la chute de Bachar avec les exactions folles qu'il a pu commettre pendant toute sa vie et plus de 50 ans d'oreille entre son père et lui. Mais inquiet de la suite. Maintenant, voyons la suite pour voir comment ça va se passer. Les premiers signes sont plutôt encourageants. Je rappelle qu'il y a la moitié des Syriens qui sont partis partout dans le monde. Ils sont appelés d'ailleurs à rentrer chez eux.
C'est un challenge considérable pour la sécurité d'Israël, pour la sécurité de la région et puis quel sera le comportement de la Turquie dont on voit bien qu'une grande passée de la réponse est dans ses mains.
Cette situation diplomatique avec une France qui n'a pas de gouvernement, nous sommes affaiblis quand même.
Oui, on peut s'exprimer quand même. Puis d'abord, je rappelle que la diplomatie, c'est aussi le rôle du président de la République. C'est un pouvoir qui nous a été donné par la Constitution française. Mais bon, écoutez, on est affaibli, mais enfin, le président de la République aujourd'hui est en Pologne pour parler avec les Polonais de l'avenir de l'Ukraine. Il a reçu Trump. Vous n'avez vu, quand même, les choses continuent. Il est président de la République, donc il a cette mission qu'il exerce. Et puis le gouvernement, et là, j'envoie le barreau. Compte-t-il ? Même en affaires courantes.
Et là, je crois présent à chaque fois, même si les missionnaires gèrent les affaires courantes, il peut y avoir des affaires difficiles.
Eh bien, Philippe Vigier, merci infiniment et bonne journée à vous.
Merci beaucoup.
Merci beaucoup. Christophe, on vous retrouvera demain matin. Votre invité sera l'historien Fabrice d'Almeda.
Philippe Vigier