Harcèlement et violence en politique : grand entretien avec Sandrine Rousseau
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Sandrine Rousseau, vous avez 52 ans, vous êtes députée écologiste de Paris avant de vouloir devenir présidente de la République. En 2022, vous étiez prof de fac. A Lille, dans le Nord, après des années dans le parti dans le Nord, vous avez échoué mais d'un cheveu à devenir la candidate des Verts. Et aujourd'hui, vous êtes une élue dans la voix-compte dans la France post-MeToo. Que les choses soient claires, c'est moi qui ai voulu faire cet entretien parce que je m'intéresse au harcèlement dont sont victimes les élus et de nombreuses députées, je dois dire vraiment de tous bords, m'ont dit « Ah, moi ce que je reçois c'est chaud mais c'est rien comparé à Sandrine Rousseau.
» Je vous ai donc appelé il y a quelques jours, vous avez pris une nuit pour réfléchir et vous m'avez dit « Oui, nous y sommes, nous sommes ici dans votre permanence électorale. » Et vous avez ceci. Ceci, c'est le dossier, une partie des horreurs, des menaces de mort, des menaces de viol que vous recevez. Et on va commencer tout simplement pour que les gens se rendent compte de ce que vous vivez par lire, notamment le courrier que vous recevez. Allez-y, je vous en prie. Un jour prochain, on te coincera dans un sous-sol de ton immeuble et on te donnera le plaisir auquel tu aspires. Mais si tu n'es pas d'accord, fais donc appel à la police que tu détestes. À bientôt.
Un autre, je vais t'égorger sale pute, tu ne parles plus jamais du voile en négatif, on a toujours un œil sur toi, où que tu ailles, tu auras toujours un frère devant toi et derrière toi, partout, t'as compris l'européenne. Si vous traversez la route devant moi, je ne sais pas si je n'aurai pas de frein ou si ma voiture ne répondra pas. Pauvre saloperie, ferme ta gueule, pauvre conne, sale merde de la France islamique. Un autre, il finira par t'arriver de sérieux problèmes, va te cacher, salope. Encore, j'espère que tu vas prendre sur ta gueule, sale pute, sale pute. Et encore, va crever, sale chienne. Ce qui est intéressant dans tout le harcèlement dont vous êtes victime, c'est l'éventail.
Il y a des parodies, qui sont parfois drôles, en tout cas, vous verrez si vous les trouvez drôles, des insultes. Une petite dédicace de Michel Cirdo qu'on va voir. Et puis des menaces, des menaces de viol, des menaces physiques, des menaces de mort. Toutes les femmes qui ont une parole trop forte, qui prennent trop de pouvoir, d'espace, qui en fait gênent l'ordre masculin, sont traitées par une partie de ces hommes de sorcières, parfois torturées, parfois brûlées pour les sorcières. Elles sont enfermées et traitées de folles, on leur a fait des lobotomies. Et là, ça renvoie à tout cet imaginaire, tout ce passé de traitement.
Des femmes, et ça renvoie, du coup, ça réveille des espèces d'instincts presque primaires, presque animales de je vais te, c'est moi le dominant, je vais y aller et tout ça. Mais enfin, les amis, on n'en est plus du tout là. Vous voyez, on n'en est plus du tout là. On est en 2024 et maintenant, il va falloir penser une société où il y a une petite égalité entre les femmes et les hommes. Est-ce que vous avez, vous, un peu d'autodérision ? Absolument. Vous êtes capable de vous manquer de vous ? Mais absolument, il y a des marionnettes qui tournent et qui font des émissions politiques. Et j'ai une marionnette et ça me fait beaucoup rire. Enfin, voilà, la caricature de moi me fait beaucoup rire.
Mais Sardine Rousseau, c'est aussi rigolo parfois, non ? Ça ne vous fait jamais rire ? Il y a des petites vannes sur vous qui sont bien senties, non ? Alors, Sardine Rousseau, il y avait quand même des blagues antisémites, des blagues racistes, des blagues sexistes. Et ça, pour moi, c'est la limite. C'est-à-dire qu'on peut rire des choses, mais en fait, on ne peut pas franchir la ligne de la loi. Il y a aussi plein de fake news. Et ça, je voudrais m'y attarder un petit peu. Parce qu'en fait, une partie du cyberharcèlement, c'est de faire des photomontages. Alors, il y en a un qui circule où je fais le salut et il ne te l'est rien. Devant l'Assemblée nationale. Devant l'Assemblée nationale.
Il y a cette camisole de force. Puis, il y en a plein d'autres. Il y en a même qui ont utilisé des titres de journaux. Il y a eu un faux tweet qui a circulé où je disais que je demandais à ce que les écoles maternelles ne s'appellent plus des écoles maternelles, etc. Et en fait, ça, moi, j'ai eu plein de retours de gens. Qui m'ont dit, mais est-ce que vous avez vraiment dit ça ou pas ? Et en fait, ça, ça sème le doute sur ce que je peux véritablement dire. En parcourant cette horrible littérature, je suis très marqué par l'obsession, effectivement, du sexe. Dans ces menaces de viol. Avec un stade anal non dépassé. Oui, absolument. Incroyable. Absolument. Comment vous le vivez, vous ?
Cette obsession que vous incarnez ? Déjà, ça montre une chose. C'est que le viol, ce n'est pas un truc de drague mal compris. C'est que c'est véritablement une arme qui est utilisée pour dominer les femmes, le viol. L'imaginaire du masculinisme, c'est que le viol sert précisément à asservir les femmes et à les dominer. Est-ce que vous pensez aujourd'hui être la femme la plus harcelée ? Ce n'est pas seulement cyber, c'est harcelée. Est-ce que vous pensez être la femme la plus harcelée de France ? Je pense qu'à une époque, je l'étais, oui, ça c'est sûr. Et avec quand même des leaders politiques, je pense à Damien Rieu de Zemmour, qui lançait des raids. Racontez-nous ça.
Un raid, par exemple, il y a un compte. Alors, pendant un temps, le compte Sardine-Horizo a servi de tête de pont, mais sinon, ça peut être un autre compte. Là, en l'occurrence, ça peut être aussi des leaders politiques type Damien Rieu qui lancent un truc, qui font un tweet. Et derrière, on reçoit des dizaines, des centaines de SMS, de réponses, de messages privés, etc. Ça, c'est vraiment le rôle de chef de meute. C'est-à-dire qu'on lance la meute contre la personne. Les insultes. On va commencer par un homme qui vous accueille. Cet homme vous accueille en disant « va faire la soupe, salope ».
« Va faire la soupe, salope », ça, c'est pas possible, en fait.
Parce que ça renvoie au fait que ma place est dans la cuisine et pas dans la sphère politique. Il y a eu plein d'élus aussi, il faut le dire. Il y a eu des élus qui m'ont... J'ai eu un élu LR qui a dit « ta gueule ». Enfin, à des moments... En fait, ça, on ne le dit jamais à des hommes. Et la différence des insultes que reçoivent les hommes politiques et les femmes politiques, parce qu'il y a des hommes politiques qui sont cyber harcelés ou harcelés, mais la différence entre les hommes et les femmes, c'est que nous, on est immédiatement renvoyés au sexe et immédiatement renvoyés aussi à la bêtise.
Ça, manifestement, c'est un monsieur qui a fait un photomontage, voyez, en écrivant des obscénités que je ne peux pas dire. Là, tous ces mots-là, il les a découpés. Et visiblement, dans des... Dans des magazines ou des journaux différents, en plus. Il les a collés. « Salut charogne des coféministes, tu vas avoir le droit à un bel enculage. » Parce que ça, c'est vraiment... C'est vraiment... C'est systématiquement... Enfin, il y a quelques menaces de mort, mais c'est surtout viol, sexuel... Enfin, c'est... Je ne sais pas, il y a vraiment quelque chose de bizarre là-dedans. Et alors ça, là, vous pouvez nous lire de l'enveloppe ?
« Députés du vagin, Sandrine Rousseau, les escrologistes, Assemblée nationale. » Vous en recevez beaucoup, des lettres comme ça, à l'Assemblée ? Oui. Oui. Oui, alors, mais... Moi, je ne peux pas vous répondre sur le nom, parce que mes collabs, qui sont adorables, mes collaborateurs et collaboratrices sont adorables, et ne me les montrent pas. Par exemple, celle-ci, je ne l'avais pas vue. Ah. Je ne les montre pas pour que ça ne m'atteigne pas. Merci à eux. Ça vous atteint, sinon ? Il y a des moments où je suis plus fragile que d'autres, et comme tout le monde, en fait, il y a des jours où c'est comme ça. Et en fait, ces jours-là, c'est un peu plus dur, oui.
Moi, je dénonce la violence contre les femmes. Et en fait, à quel moment, en dénonçant la violence, des gens se sentent inspirés d'envoyer ça, quoi ? C'est-à-dire que, quelque part, ça valide absolument tout ce que je dis, quoi. C'est-à-dire que là, on a un problème, en fait. Enfin, ce n'est pas possible d'envoyer ça. Ce n'est pas possible de l'envoyer. Qu'est-ce que vous répondez à Roselyne Bachelot, par exemple, qui, en 2022, disait « qui sème le vent, récolte la tempête », en parlant de vous ?
C'est Sandrine Rousseau que nous avons reçue une nouvelle fois à la mi-journée. Le ministère de l'Intérieur regarde une potentielle protection policière contre elle, puisqu'elle est aujourd'hui, de par ses prises d'opposition en faveur de l'environnement, sa forme de radicalité.
Qui sème le vent, récolte la tempête ! Ouh là ! Moi, j'ai l'impression que c'est la même chose que ce qu'on disait aux femmes. Vous avez une jupe, vous ne plaignez pas, quoi. Quand elles venaient pour dénoncer des faits de viol. Moi, je tiens un discours politique. On peut aimer mon discours politique, ou on peut ne pas l'aimer. On peut être en opposition, ou on peut être en adhésion. Le débat politique est sain et serein. Mais le débat politique, ça n'est pas des menaces de viol tous les jours. Ça n'est pas des menaces de mort. Ça n'est pas tout ça. Enfin, voilà. Et donc, moi, j'ai été très déçue par cette phrase de Rejusline Bachelot.
Elle n'a pas été la seule femme à prononcer une phrase de cet ordre. Pour en citer une autre, par exemple, Rachida Dati a eu une attitude très différente vis-à-vis de moi. C'est-à-dire qu'elle a manifesté auprès de moi un soutien, ce qui est quand même très différent. Elle a manifesté auprès de moi le fait qu'elle savait ce que je subissais, parce qu'elle en a aussi énormément subi. Et qu'elle était en soutien. Et qu'elle voyait au moins ce que je subissais. Et ça, ça ne peut paraître pas grand-chose.
Ça peut même paraître peut-être à certaines personnes qui nous écouteront, peut-être même hypocrite, puisque Rachida Dati est allée chez les Républicains et nous sommes très opposés politiquement. Et maintenant, elle est ministre de la Culture. Oui, maintenant, elle est ma connaisseuse. Donc, nous sommes très opposés politiquement. Mais ça fait quand même du bien, ces messages-là, en fait. C'est fou de se dire, parce qu'entre son nom, c'est Rachida Dati, vous n'avez pas franchement la même ligne. Pas du tout. Ce qui vous unit, c'est une forme de harcèlement. Oui. Ça dit quoi de la France de 2024, ça ?
Mais ça dit qu'en fait, aujourd'hui, en 2024, nous n'acceptons encore pas que les femmes soient au pouvoir et qu'elles demandent le pouvoir, qu'elles cherchent le pouvoir. C'est ça, en fait, moi, je pense qu'on me reproche à moi. C'est le fait que je n'ai pas de fausse pudeur ou que je ne suis pas dans un rôle de la petite fille sage et gentille qu'on attend. C'est que moi, je dis... Je suis là et je veux bouger les choses. Et ça, c'est inaudible, c'est inacceptable pour une partie de la population. Quand je parle de vos gens, ils disent aussi que vous êtes une femme forte, mais que vous êtes aussi une femme clivante, voire provoquante. Vous jouez avec cette image ?
Non, mais moi, je porte un projet politique, encore une fois. On peut l'aimer, pas l'aimer. Plus qu'un projet, vous avez des punchlines. Mais oui, très bien. Mais déjà, je ne suis pas la seule à avoir des punchlines. Et par ailleurs... Enfin, voilà, ce n'est pas au nom d'une punchline que je dois subir ce que je subis. Donc, oui, j'ai des punchlines. Ben, elles ne vous plaisent pas, ben, vous zappez, puis c'est tout. Enfin, je veux dire, ce n'est quand même pas bien compliqué. Et même, elles ne vous plaisent pas, mes punchlines, eh ben, vous râlez dans votre cuisine, il n'y a pas de problème. Vous avez même le droit de dire... Vraiment, je ne la supporte pas.
Tout ça, vous avez le droit de le dire. Ce que vous n'avez pas le droit de faire, c'est de faire des menaces, d'avoir des propos sexistes, de me poster des photos où je suis présentée folle, où... Voilà. Ça, ça n'est pas possible, parce que ça, c'est interdit par la loi. Michel Sardou. Michel Sardou. Bon, on va écouter une... Je vous fais de l'écœur à Michel Sardou. Nous sommes le samedi 16 mars, et la Défense Arena est comblée.
Un jeune homme qui pose sa main sur la main d'une jeune femme, sans son consentement, garde à vue. Et alors, s'il a l'audace, je dis bien l'audace, d'avoir envie de poser sa main ailleurs, voilà, c'est fleurimérogiste. Alors, si vous chantez cette chose, on ne le verra plus, on n'entendra plus. Sandrine Rousseau.
C'est du harcèlement, ça ? En fait, Michel Sardou, quand il fait ça, quand sur le plateau d'une grande chaîne de télé, il dit, mais le pauvre mec qui vit avec Sandrine Rousseau, il se réveille le matin avec Sandrine Rousseau, ça, en fait, il alimente une haine. Ça participe de la libération de la haine des autres. C'est-à-dire qu'en fait, cette parole-là, elle l'autorise d'autres personnes, d'autres personnes qui étaient dans son public ou qui lisent ça sur les réseaux sociaux, à du coup en rajouter, puisque si Michel Sardou l'a fait, pourquoi moi, je ne le ferais pas ?
Et en fait, c'est là qu'est vraiment, pour moi, la dynamique du cyberharcèlement, c'est qu'il y en a un ou une, enfin, c'est très souvent un, quand même, qui lâche les... Devez-vous des femmes qui vous harcèlent ? Non. C'est que des hommes ? C'est que des hommes. Michel Sardou, qu'est-ce que, sur le fond, il a le droit aussi de... de dire sur scène qu'il n'est pas d'accord avec vous ? Il ne franchit pas les... les bornes républicaines, si ? Dire que... mettre la main sur une cuisse, c'est direct fleurimer au gis, c'est alimenter ce qu'on appelle la culture du viol, c'est-à-dire, c'est alimenter le fait que... D'accord, donc ce n'est pas l'attaque contre vous, c'est le...
ce que ça dit de sa façon de penser. Exactement. D'accord. Exactement. Et en fait, du refus du changement que moi, je porte dans l'espace public. Ok. Sans transition entre Michel Sardou et ma question suivante, mais est-ce que vous avez déjà reçu du caca, physiquement ? Parce qu'il y a une rumeur à l'Assemblée qui dit que vous avez reçu des excréments. Oui, oui. Si. Ben, c'était marron, si. Il n'y a pas eu d'analyse ADN du truc, c'est ça ? Ouais. Enfin, un truc très louche en tous les cas, oui. Vous vous souvenez ou pas ? Ben, de mémoire, il y avait des traces marrons d'une main comme ça, voilà, en relief, ce n'est pas extraordinaire. Quel fil ?
Vous mettez, avant d'aller aux menaces physiques, quel fil vous mettez ? Est-ce que vous avez un téléphone qui vous dit toutes les mentions ? Est-ce que vous lisez un peu vous-même ? Ah, jamais. Non, non. Jamais, jamais, jamais ? Non, non, mon téléphone ne me met aucune mention et je ne reçois aucune mention sur mon téléphone. Et j'ai mis des filtres sur Twitter pour ne pas avoir à lire ou à voir. Parce que, pendant la primaire, c'était deux jeunes qui suivaient mon compte Twitter et qui regardaient, etc. Et les deux ont craqué à un moment, tellement c'était dur de le lire. C'est-à-dire que... Mais ils craquaient gravement, quoi. Donc, je veux dire, moi, maintenant, déjà, j'évite...
Mes collables le regardent, mais quand même pas tout le temps. Et puis, j'ai mis des filtres pour qu'on ne voit pas l'intégralité. Parce que sinon... Enfin, il faut bien comprendre que ces violences-là ne sont pas des sous-violences. Ce n'est pas des petites violences. Ce n'est pas se faire insulter, cracher à la gueule toute la journée. En fait, ce n'est pas sans impact sur notre santé psychique, sur le fait qu'on se sente bien ou pas. J'ai lu dans Libération l'été dernier qu'avec le député LFI Louis Boyard, vous faites de l'humour noir sur votre mort éventuelle. Est-ce que vous pensez qu'un jour, quelqu'un va vraiment tenter de vous tuer ? Est-ce que vous êtes dans cette peur-là ?
Alors, aujourd'hui, là, au moment où je vous parle, non. Par contre, à des moments, j'ai vraiment eu peur, oui. Aujourd'hui, je ne marche plus jamais dans la rue sans être en hyper-vigilance. Je ne prends jamais le métro sans... Par exemple, un des trucs, c'est que je ne me mets jamais au bord du quai. Jamais. C'est-à-dire que je me colle au mur, j'attends que le métro arrive. Mais bien sûr, je reçois tellement... Vous avez peur que quelqu'un vous pousse ? Je reçois tellement de choses, tellement de choses, que je me dis, mais ces gens existent. Tous ceux qui m'envoient ça, ils existent.
Et donc, qui me dit, vu qu'ils sont anonymes, qui me dit qu'un jour, je ne vais pas croiser le chemin de l'un d'entre eux ? Je n'en sais rien, en fait. Mon adresse personnelle, par exemple, a été divulguée sur des sites qui appelaient à la violence, contre moi, par exemple. Et quand ça vient au domicile, quand ça vient au domicile, il faut bien comprendre que là, on touche la sphère intime, on touche la famille, on touche les proches, mais on touche aussi les voisins. Mon père, par exemple, a reçu une lettre anonyme dans sa boîte aux lettres.
Mon père, qui habite à 500 km de chez moi, il a reçu une lettre dans sa boîte aux lettres qui était extrêmement bien écrite et de menaces sur lui, sur moi, parce que ça, le message qu'il y a derrière, c'est on sait où t'habites. Et on sait que ces phrases-là, on sait où t'habites, ce sont des phrases qui ne sont jamais dites à la légère. La maison que j'avais à Lille, elle a été recouverte d'autocollants. En pleine nuit, vers 3h du matin, il y a eu des coups de sonnette très insistants et en sortant, ma fille a vu la façade couverte d'autocollants d'Éric Zemmour. J'ai eu un autre épisode où je mangeais avec mon autre fille, puisque j'ai deux filles, dans un restaurant à Paris.
Un monsieur qui était assis à deux ou trois tables de moi, qui a décidé qu'il fallait que je parte de ce restaurant parce qu'il n'avait pas envie de manger dans le même restaurant que moi. Et il a commencé à m'intimider, à venir physiquement vouloir me sortir du restaurant. Et c'est d'autres clients qui y sont intervenus pour le calmer. Devant ma fille, quoi. Mes enfants, c'est mes enfants, merde. J'ai quand même obtenu des condamnations, y compris jusqu'à un an de prison avec sursis. Un homme de 45 ans qui vit chez sa mère à Aubagne, près de Marseille, déjà connu pour des faits de harcèlement en ligne. C'est rare, les condamnations qui vont jusqu'à la prison comme ça.
Là, j'ai obtenu une condamnation, mais par exemple, il y a deux ans et demi, quand ma maison a été taguée, j'ai pas obtenu... J'ai même pas été reçue par la police. Rien, en fait. Faut aussi comprendre ça, c'est qu'on est très seul face à ça. Vous avez déposé beaucoup de plaintes. Maintenant, j'ai arrêté de le faire. Maintenant, j'ai arrêté de le faire, parce que ça ne sert à rien. Je vais vous dire les choses que je l'ai pensées. Quand il y a eu cette phrase « Va faire la soupe, salope ! », c'est le procureur, c'est la procureure, en l'occurrence, qui s'est saisie elle-même de l'affaire et qui a ouvert une enquête. Et je vais vous dire, ça m'a fait un bien fou.
C'est-à-dire qu'en fait, là, en tant que procureure, en tant que représentante de la justice, elle a dit que ça n'est pas admissible qu'une élue de la République soit traitée comme ça. Et j'aimerais beaucoup que la justice se saisisse en fait de ces cas-là. Parce que oui, moi, je peux déposer plainte et je l'ai déjà fait plusieurs fois. Mais à la fin, c'est quelque chose de tellement systémique, de tellement important. Je vais porter plainte contre un type qui a fait trois SMS ou un autre qui a fait dix mails. Mais en fait, c'est tout ce que je reçois qui mériterait d'aller en justice. Tout ! Donc, je ne peux pas faire ça moi.
Gérald Darmanin, vous avez quand même un petit passif perso avec lui. Vous pensez que c'est un peu sa faute si vous n'avez pas eu le poste que vous avez compté à Lille. Je me souviens de vous, une fois à l'Assemblée nationale, avec un collier Darmanin de démission. Oui, j'ai demandé plusieurs fois sa démission. Bon, je n'ai pas eu une influence si grande que finalement, ça n'a pas marché. Quels sont vos rapports avec le gouvernement ? Est-ce que vous avez... Déjà, quel était votre dernier contact direct avec Gérald Darmanin ? La dernière fois que vous avez parlé, c'était quand ? Je ne saurais pas le dire. Je ne saurais pas le dire. Il y a quelques mois, il m'a envoyé une lettre.
Alors, pourquoi ? C'est vraiment très surprenant. Il m'a envoyé une lettre en me disant « Je suis désolée des menaces que vous subissez » ou un truc comme ça. Ok. Et comment vous avez réagi à cette lettre ? C'est incroyable. Pourquoi incroyable ? Vous pouvez aussi vous dire « Sympa, le ministre de l'Intérieur me prend au sérieux, ça peut être une lettre de soutien. » Non, ce n'est pas le cas ? Oui. Je lui avais demandé une protection à un moment où je me sentais en tous les cas, moi, assez en danger. Je n'ai eu aucun... Je n'ai eu aucun... Je n'ai eu aucun...
Aucun contact, même après ma demande de protection avec des personnes du ministère de l'Intérieur pour discuter avec eux de la menace ou pas, d'ailleurs, réelle face à laquelle j'étais. Et là, je reçois cette lettre qui arrive après que la maison d'un maire avait été brûlée. Donc, c'était un moment où on comprenait quand même que les élus étaient face à des violences réelles et qui n'étaient pas que des violences virtuelles, c'est-à-dire que c'était des violences qui pouvaient s'adresser au domicile des personnes. Bon, là, j'ai reçu ce courrier. Oui, bon, tant mieux. Enfin, je ne vais pas critiquer ce courrier, mais juste, j'aimerais aussi qu'il y ait des actions en fait, derrière.
Et puis, surtout, un discours politique aussi qui nous aide à nous défendre. Vous vous sentez seule ? Mais très, très seule. Vous n'avez pas envie, parfois, non seulement de quitter la région, mais de partir loin ? Parce que sans être méchant, vous êtes député d'opposition aujourd'hui, vous n'avez pas le pouvoir. Ça vaut le coup de vivre... Tout ça. Ça vaut le coup ? Alors, non, il n'y a rien qui vaut le coup de vivre tout ça, je pense que c'est clair. Maintenant, je ne lâcherai pas le combat. Et vraiment, je ne le lâcherai pas. Et en fait, c'est bien mal me connaître que d'imaginer que des menaces vont m'arrêter parce que vraiment, ça devient mes tripales chez moi.
Et je voudrais dire que derrière le combat que je mène, il y a aussi toutes les petites, toutes les jeunes filles, notamment, qui sont beaucoup plus cyber harcelées que les autres. Je veux leur dire, je veux vous dire, non seulement vous n'êtes pas seule, mais si aujourd'hui je parle, c'est pour vous, et vraiment, j'espère de tout mon cœur que cette parole vous aidera vous-même à relever la tête. Vous n'êtes pas responsable des violences que vous subissez. Nous sommes nombreuses, nous sommes en soutien et ensemble, on va y arriver.
Sandrine Rousseau