Jean-Luc Mélenchon face à ses archives dans "adn" , l'émission politique de l'INA | IN
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Mélenchon, Jean-Luc, 70 ans, candidat à la France insoumise à l'élection présidentielle.
C'est votre troisième campagne. Bonjour et bienvenue, Jean-Luc Mélenchon. Bonjour. Nous allons donc voyager avec vous dans les archives de l'INA pour tenter de cerner votre ADN, en commençant par vos premières apparitions médiatiques, rubrique Big Bang. La toute première image de vous date de 1981 et c'est un soir de victoire électorale. Vous n'êtes pas encore dans la lumière mais dans l'ombre d'un candidat dont vous êtes le directeur de cabinet, Claude Germont, le maire socialiste de Massy qui vient de sortir le communiste Pierre Juquin dans la troisième circonscription de l'Essonne. Vous avez 30 ans.
Vers 23h, Claude Germont vient proclamer les voix obtenues dans sa ville.
30 ans, pas encore de mandat mais déjà de l'ambition politique ? Oui, de l'ambition si vous voulez, oui. J'étais un militant très très engagé pour qui le militantisme politique est une raison de vivre. Il se trouve que je militais avec un homme qui était extrêmement motivant. Il était secrétaire confédéral de la CGT et secrétaire national aux entreprises pour l'EPS. Et donc sa manière d'être, son rapport au mouvement ouvrier était pour moi un repère. Il a été un repère immense dans ma vie. C'est tout à fait évident. Et puis nous partageons une certitude qui va peut-être vous surprendre. On pensait réellement qu'on allait faire le socialisme.
Donc si vous voulez, les questions du type carrière, poste, c'était pas vraiment le sujet. Quelques temps après, je suis devenu premier secrétaire de la Fédération Socialiste de l'Essonne. Ce qui a été un grand seuil dans ma vie politique, cette responsabilité si jeune, à 30 ans. Et donc je me suis installé directement en situation de responsabilité politique. C'était très troublant parce que je suis témoin de première ligne, étant à cette époque un cadre intermédiaire, du caractère absolument et radicalement vertical qu'on se faisait de l'idée du socialisme. et dans lequel le parti était en quelque sorte l'avant-garde, la conscience. Et c'était lui qui disait ce qu'il fallait faire.
Si bien que quand il y a eu en quelque sorte un encéphalogramme plat de l'activité du mouvement ouvrier, après une victoire pareille, on s'attendait à une explosion comparable à celle du Front populaire. On avait tout ça dans la tête. Et rien ne se passe. Si bien que les deux premières années du socialisme réel en France sont deux années d'inactivité quasi totale des milieux populaires et d'une ambiance épouvantable puisque nous avons fait trois ou quatre dévaluations, un emprunt forcé. Bon, c'était vraiment un contrôle d'échange. Voilà ce que j'ai oublié. Donc on a été quasi immédiatement mis en impasse. Et cet impasse a été pour moi une brûlure parce que je ne le supportais pas.
Je ne comprenais pas pourquoi rien ne se passait comme prévu. On va continuer de dérouler quelques images de votre vie politique. Politique en 86, vous êtes élu sénateur, votre premier mandat national. Et on vous retrouve l'année d'après, fervent soutien de SOS Racisme et de son leader Arlène Désir. Je crois qu'Arlène Désir a apporté la preuve qu'en parlant le langage des solutions simples et concrètes, mais aussi le langage de la passion, et après tout la politique c'est une affaire de passion, c'est une affaire de cœur, eh bien on peut convaincre. Et peut-être qu'il faut nous mettre à cette école.
Il faut savoir parler à la fois le langage de la passion, et parler le langage des solutions simples et concrètes. La politique une affaire de passion plus que de raison, Jean-Luc Mélenchon ? Les deux, mais je suis très surpris de cet extrait, j'en suis assez enthousiaste.
Parce que si vous voulez, dans la période où j'ai reformulé la quasi-totalité du cadre conceptuel dans lequel j'évoluais, c'est-à-dire autour du livre L'ère du peuple, dans sa dernière version, justement, on introduit le fait que la politique ne peut pas être faite que de raisonnement, avec la prétention un peu arrogante d'être la conscience qu'on va injecter aux autres dans un schéma qui est plus proche de celui du communisme que de la forme de socialisme écologique auquel moi j'appartiens. Mais il y avait toujours, si vous voulez, on ne peut pas se rendre compte aujourd'hui, mais ça surplombait toute la gauche.
Et là, je me trouve assez avancé, puisque je dis, la politique, c'est de la théorie et c'est des affects. Et ça, ensuite, ça a été un grand lien. Mais le mot passion doit être entendu au sens d'une adhésion extrêmement intégrale de l'être dans ce qu'il pense et ce qu'il ressent. Et honnêtement, je trouve ce passage assez brillant, je me reconnais dedans. La passion de la République, elle vous habite et vous l'avez incarnée plusieurs fois dans des moments graves en appelant à l'unité nationale. 27 mars 2018, à l'Assemblée nationale, vous salue ainsi le colonel Arnaud Beltrame, assassiné après avoir pris la place d'un otage lors d'une attaque terroriste.
Le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame a remis le monde humain en ordre. Il a réaffirmé la primauté de la compassion. Il a assumé la primauté d'un altruisme absolu, celui qui prend pour soi la mort possible de l'autre, illustrant ainsi les valeurs de foi et de philosophie auxquelles il était attaché personnellement. En ce sens, le lieutenant-colonel Beltrame est un héros de la condition humaine. Savoir trouver les mots ici pour se hisser à la hauteur du drame, là pour convaincre et rassembler derrière soi. Savoir trouver les mots, c'est ce qu'il y a de plus important ? – Jean-Luc Mélenchon. – Sans doute, ça fait partie de la mission, qui est celle d'un porte-parole.
Moi, je me suis toujours vécu comme ça. Et puis, si vous voulez, je ressens vivement l'honneur d'être député de la République française, ou sénateur, ou les différents mandats que j'ai reçus. Ma famille était, d'abord, comme vous l'imaginez, je suis un pied noir, donc ma famille était très Algérie française, mais il l'était au sens républicain du terme, si bien que mon père, qui était très Algérie française, s'est séparé du camp politique de l'Algérie française quand il a eu le sentiment que c'était contradictoire à l'esprit républicain. Ils m'ont donc élevé dans une ambiance, si vous voulez, peut-être disproportionnée d'amour quasi aveuglé pour la patrie républicaine.
Je vais vous faire sourire, mais à partir du moment, la dernière année où j'ai vécu au Maroc, c'était tous les dimanches, mes parents mettaient la musique militaire, allez savoir pourquoi, mais ça fait que je connais toutes les sonneries de l'armée française. Mais trouver les mots, quand on est un député, oui, c'est une fonction. Et Arnaud Beltrame, en plus, ça me parle. Je ne suis pas un homme indifférent à ce que je vis, ni aux événements. Ce qu'il fait est tellement extraordinaire. Il se propose d'aller mourir à la place des autres. Et il était à la fois chrétien pratiquant et franc-maçon, ce qui a été le cas de beaucoup de gens qui m'ont entouré pendant une partie de ma vie.
Donc j'ai essayé, si vous voulez, de m'emplir de ce que lui avait à cet instant mis en mouvement au service des autres. Alors, si j'ai rendu service, et je crois l'avoir fait parce que j'ai reçu un très beau message de son épouse, eh bien, je suis fier. J'ai fait mon travail. J'ai été un bon député pour la France. Souvent, vos mots sont tranchants, votre merve, et celles d'un combattant, Florilège.
Il monte sur le podium !
Ma manière d'être est un signal. Je suis le bruit et la fureur. Ceci est une insurrection citoyenne. Rien ne fera rentrer dans son lit le fleuve qui est en train de déborder. Ce soir, on va médier atteindre le pouvoir de la droite. Si vous élisez un de ces trois-là, vous allez cracher du sang. Si on va m'empêcher d'entrer dans mon local, on n'est pas des voyous, on n'est pas des bandits. La République, c'est moi ! Encore autre, je suis à risque. I am very dangerous. Les mots sont des armes. Ils peuvent être des pièges. Avez-vous le sentiment, parfois, de vous être laissé grisé par vos paroles ? Non, non, pas grisé, non. D'avoir commis des erreurs, ça, c'est tout à fait évident.
Des fois, des erreurs d'évaluation, parce que je me croyais très bien inspiré de m'être appelé le bruit et la fureur, parce que je pensais que les commentateurs avaient tous lu William Faulkner, des grands romans, et en fait, ça s'est complètement retourné contre moi, parce que les gens se sont dit, mais ce type est complètement énervé. Bon, c'est raté. C'est raté, c'est un ver de Shakespeare. Après, il y a d'autres fois où, c'est pas que j'ai été grisé, c'est que tout d'un coup, j'ai été débordé par ce que je ressentais. Dans la scène qu'on voit où je dis La République, c'est moi, dont on a fait des t-shirts depuis et des plaisanteries, bon, cet homme me menace de son arme.
Il me dit, monsieur, je suis armé. Il me montre son petit truc tricolore. Et à ce moment-là, si vous voulez, comment vous expliquer ? C'est ridicule, je le sais bien. Mais je suis rempli d'une indignation terrible, parce que La République, c'est moi, c'est pas lui. C'est moi qui suis député, qui suis maltraité à ce moment-là, ou qui le ressent comme ça. Bon, voilà. Alors ça, ça a été des moments... Mais vous savez, je suis pas le premier dans l'histoire. Un des modèles politiques qui m'ont souvent fait réfléchir... Je vais en citer un d'Ancien Régime, comme ça, ça va un peu mettre du sel dans l'émission.
J'ai été un lecteur très assidu et très attentif de la biographie de Louis XI par Paul Murray-Kendall, qui a commencé une magnifique collection chez Fayard de biographies. Et le roi Louis XI, qui était un sommet de l'habileté et de l'intelligence politique, dit à un moment donné, ma langue m'aura coûté cher. Eh bien, je peux dire que la mienne aussi m'a coûté cher. Mais d'autres moments, elle a été là à mon service pour, tout d'un coup, mettre plus grand que moi en scène, qui étaient les idées que j'illustrais. Mais non, bien sûr, c'est pas tout des coups au but, loin de là. Je ne vous imaginais pas vous comparant à Louis XI. Mais lisez la biographie, vous verrez pourquoi.
Je l'ai lue, mais il y a un petit moment. Je vous propose à présent, Jean-Luc Mélenchon, de déterrer vos racines. Vous l'avez dit, vos racines sont méditerranéennes, mais de l'autre côté. Vous êtes né en 1951 à Tangier, qui avait alors un statut international, avant de revenir au Maroc indépendant en 1956. Voici Tangier à cette époque dans les actualités françaises.
Tangier, un nom de ville qui trouve des échos dans le monde entier. Situé à la charnière de l'Europe et de l'Afrique, riche d'un passé qui rejoint la mythologie dans l'imagination des hommes, Tangier rassemble au flanc de la montagne ses maisons, ses mosquées, ses ruelles animées et cosmopolites. Autrefois paré du prestige ambigu des villes internationales, Tangier, aujourd'hui, fait partie intégrante du royaume.
Qu'est-ce qu'il vous reste de ces années d'enfance à Tangier ? Un emmerveillement. Pourtant, je ne fais pas partie des gens qui croient à tout ce truc sur les racines. Moi, j'aime le futur, mais je vous le dis juste pour le mentionner, je n'en veux à personne qu'on trouve important de se situer en arrière de soi. Mais de Tangier, d'abord, l'émerveillement de l'enfance. On regrette tous notre enfance, mais si vous voulez, c'est ce monde inouï que c'était. D'abord, d'un côté, la Méditerranée, de l'autre côté, l'Atlantique. Donc le dimanche, quand les parents faisaient pique-nique avec leurs amis, on choisissait si on allait au Cap Spartel ou au Cap Malabata.
Ensuite, il y avait une sorte de mixture de peuples, d'habits, de langues qui étaient extraordinaires. Et à l'école française, d'abord l'école Perrier, puis l'école Bercher, dans ma classe, nous devions être, je ne sais pas moi, sur 30, six petits Français. Et puis les autres étaient des Espagnols, il y avait un ou deux Marocains, pas beaucoup, il faut bien le dire. Et donc on vivait en permanence dans une sorte d'internationalisme actif. C'est comme ça d'ailleurs que j'ai appris à parler l'espagnol, parce que la langue que tout le monde utilisait, la langue commune, c'était l'espagnol. Et mes parents parlaient l'espagnol, l'anglais et l'arabe.
Moi, et là, je ne parle pas l'arabe, mais j'ai appris à parler aussi l'anglais. Si bien que si vous voulez parler plusieurs langues, ce n'était pas une chose bizarre pour moi. On l'avait toujours fait comme ça. Là, vous êtes en train de montrer les grottes d'Hercule, car vous savez que c'est Hercule qui a séparé l'Afrique de l'Europe. Et on va voir la grotte où il a opéré cette opération. Donc pour moi, c'est tout ça. Et naturellement, un attachement, une bonhomie du lien au monde musulman, parce que le royaume du Maroc est ultra majoritairement, la population est de confession musulmane.
Donc si vous voulez, je n'ai jamais souffert des peurs paniques et des angoisses racistes qui accablent les autres, parce que ça ne m'a jamais posé de problème. J'ai compris qu'on n'avait pas la même religion. Les miens étaient catholiques et je l'étais aussi. Il y avait plusieurs petits qui allaient, eux, à la synagogue, là, et puis d'autres, à rien du tout, je suppose. Enfin bon, ce n'était pas un sujet. Ce n'était pas un sujet, la religion. Mais marquée par la douleur de l'exil ? Ah oui, oui. Oui, ça c'est terrible. C'est terrible parce que je ne sais même pas pourquoi on est partis. Nous étions au Maroc. Il n'y avait aucun risque au Maroc.
Mais la population européenne s'est envolée comme une bande des tourneaux affolés du Maghreb à partir du moment où il y a eu l'indépendance de l'Algérie. Et tout ça était totalement disproportionné. Nous n'avions aucune raison de quitter le Maroc. Le Maroc s'est battu pour son indépendance. Il y a eu des luttes meurtrières. Il ne faut pas croire que, où que ce soit, la puissance coloniale était sympathique. Mais, si vous voulez, une fois que le Maroc est devenu indépendant, il y a à récupérer ses frontières, il n'y a plus aucune difficulté.
J'ai même le plaisir amusé de me souvenir que ma première manifestation, j'avais donc 5 ans, c'est parce que j'avais croisé avec mon père et mon oncle une manifestation qui réclamait le retour du roi Mohamed VI. Et alors les gens dans la rue criaient « Yaya Ben Youssef, Grand Val ! » Alors ça voulait dire « Rendez-nous Ben Youssef », s'il dit Mohamed Ben Youssef, M. Grand Val, gouverneur général. Et donc je rentre à la maison, et tout content d'avoir vu ces hommes si braves, si courageux, je me mets à faire le tour de la table en criant « Yaya Ben Youssef, Grand Val !
» Bon, ça n'a pas été très apprécié dans la maison, mais ma première manif, c'est pour l'indépendance du Maroc et le retour du roi du Maroc dans son royaume. C'est comme ça. – En mai 68, vous avez 16 ans, mais ce qui vous marque, c'est moins l'éclosion du printemps de la jeunesse que l'écrasement du printemps de Prague quand, au lendemain de vos 17 ans, le 20 août 68, les chars russes envahissent la Tchécoslovaquie.
– Moi, je suis tchèque, j'habite Prague, et j'étais là en ce matin où les blindés sont arrivés. Vous voyez, il n'y a pas de méchant, des soldats. Et tout de même, pour moi, et pour nous tous, c'était pire que l'occupation allemande. C'était quelque chose de terrible, parce que c'était un amour jeune qui était tué, un amour pour la liberté, et c'est pour ça que vous voyez aussi que les jeunes qui se reposent. C'est partout la question de la jeunesse.
– On peut dire, Jean-Luc Mélenchon, que vous êtes un révolté de 68, mais du printemps de Prague ? – Je me suis en... pas seulement, j'étais enraciné... À ce moment-là, ça m'a enraciné dans une thèse que je vais ensuite développer, qui est le non-alignement. Parce que jusque-là, on était très hostiles aux Américains au Vietnam, aux agents orange, aux bombardements abominables, par lesquels ils essayaient de s'imposer aux Vietnamiens. Mais si vous voulez, bon, l'URSS, c'était un peu l'angle mort, il y avait des copains communistes, on n'allait pas s'engueuler. J'étais jeune, 17 ans, donc je ne rentre pas trop dans les détails. Et l'invasion de la Tchécoslovaquie, c'est un coup terrible.
Pourquoi ? Parce que le peuple tchèque, comment dire ? Le soulèvement, on appelait ça le socialisme à visage humain. Les dirigeants du parti communiste tchèque étaient partisans de cette révolution, de cette deuxième révolution socialiste en Tchécoslovaquie. Il y avait les deux pays à l'époque, hein. Ce n'est pas deux pays séparés. Et donc, vous voulez, c'était une horreur à l'état pur. Et pour des jeunes gens qui se disaient, ah ben c'est formidable, le monde va changer, comment c'était possible ?
Et donc, on découvrait tout d'un coup que non seulement il nous faudrait affronter l'impérialisme américain, je parle avec le vocabulaire de l'époque, mais aussi l'ogre stalinien capable d'envahir des pays juste pour les mater et les contrôler. Si bien que, à partir de là, mon engagement a eu deux faces et j'ai été beaucoup engagé contre le stalinisme toute ma vie jusqu'à à peu près Gorbatchev, où là, le monde a commencé à changer. Moi, j'ai aussi un peu commencé à bouger, mais j'ai participé à toutes les campagnes. C'est cet événement qui vous conduit au trotskisme plutôt qu'au communisme au début. Oui, sinon, je ne sais pas ce que je serais devenu.
Le communisme n'avait pas une grande faveur dans ma famille. Mais bon, comme ils étaient de droite, je n'étais pas concerné par leurs opinions. Mais peut-être que j'aurais été poussé à me tourner vers eux. Surtout que j'étais un admirateur absolument échevelé de la conquête spatiale par les Russes. Pour moi, Gagarin, c'est l'équivalent de Gutenberg. C'est le moment où l'humanité franchit une frontière absolue. Un mot encore sur ce qu'on vient de voir, et 68, la Tchécoslovaquie. Est-ce qu'en voyant Kiev, vous avez pensé à Prague ? Au moins pour un point. Le courage absolument incroyable des gens qui montent sur les chars pour parler avec les gars qui sont dedans.
Parce que, en Tchécoslovaquie aussi, des gens, on ne l'a pas vu sur vos images, mais c'était une image très classique. On voyait des gens monter sur les chars, et souvent, c'était des communistes, qui parlaient aux gens qui avaient dans le char en leur disant, mais qu'est-ce que tu fous là ? Rentre chez toi, tu n'as rien à faire. J'ai retrouvé quelque chose en Ukraine de ce courage incroyable. Parce qu'honnêtement, monter sur un char, il faut le faire. Ce n'est pas à la portée de tout le monde. Et je crois que, oui, j'ai pensé à ça, mais naturellement, je savais que ça n'avait plus rien à voir.
Parce que là, il n'y a ni socialisme, ni communisme qui soient en cause, ni d'un côté ni de l'autre. On parle d'autre chose. C'est le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et avoir leurs frontières qui ne soient pas violées. Tandis que, là, les Russes ont changé l'histoire du monde. Nous le savons tous. L'invasion de l'Ukraine est un grand tournant de l'histoire du monde. Alors, attendez que la poussière retombe. Mais ils ont pris une initiative que personne ne leur pardonnera jamais. C'est d'avoir violé une frontière en pleine Europe et d'avoir bombardé des populations civiles en pleine Europe. Moi, je veux bien qu'on me dise qu'on en a fait autant en Serbie.
Mais non, ce n'est pas de même nature. Parce que la Russie est un pays nucléaire. Et il a donc fait un chantage, là, en ce moment. Il fait un chantage qui est insupportable. Il dit, ben, allez, faites quelque chose pour voir. Ils savent très bien que nous ne déclencherons pas une guerre nucléaire. C'est donc la première fois qu'on voit s'appliquer la stratégie du fou au fort. Il nous met au pied du mur d'une action que personne n'a envie d'avoir, à savoir la guerre nucléaire. C'est d'une gravité qui n'est pas comparable à celle de 68. C'est beaucoup plus grave. 68, bon, après coup, sur le moment, ça me paraissait horrible et je pleurais comme une madeleine.
Mais il y avait, si vous voulez, l'avenir resté ouvert. Là, on a l'impression qu'ils l'ont fermé. Je reviens à vos engagements, Jean-Luc Mélenchon. Vous avez aussi été franc-maçon. C'est un engagement dont vous avez parlé librement. Membre à partir des années 80 du Grand Orient de France, dont voici le grand maître, Roger Leray, à l'occasion des assises de la laïcité qu'il organisait en 1981.
Quand on parle de la laïcité, on évoque toujours des combats d'un autre temps qui se justifiaient. Mais la laïcité, défense des droits de l'homme, la laïcité, obligation pour les hommes de donner à chaque petit dôme les moyens d'être lui-même, de son accomplissement, la laïcité pose toujours problème et doit être défendue avec vigueur. Je répète pour nous, la laïcité, c'est d'abord, évidemment, un enseignement, un enseignement non ségrégatif, mais c'est aussi tout à fait autre chose et notamment la défense absolue des droits de l'homme et le droit pour chacun d'être, comme disait Diderot, propriétaire de soi.
C'est toujours votre vision de la laïcité ? Oui, oui, oui. Et le grand maître, Roger Leray, est un personnage extrêmement attachant qui a joué un rôle dans l'histoire de France qui est peut-être méconnu, c'est de la participation très intense qu'il a eue au dégagement d'une issue pacifique en Nouvelle-Calédonie, donc on doit beaucoup de respect à cet homme. Je suis toujours sur ses bases, j'entends ce qu'il dit, bon, il est grand maître du Grand Orient, il n'est pas responsable politique, hein, quand il dit qu'il y a un lien intime philosophique entre la question de la séparation des Églises et de l'État et l'idée que, tout ça repose sur l'idée que l'être humain est constructeur de lui-même.
Il a cité Diderot, on pourrait citer Épique de la Mirandole, parce que c'est à ce moment-là que ça commence, vers 1400, la fin du 15e siècle. C'est-à-dire l'être humain étant responsable de son histoire, il n'accomplit pas un salut, il n'accomplit pas une destinée, il est l'auteur de son histoire. Ça, c'est l'idée fondamentale.
Mais il me semble que Roger Leray, à ce moment-là, mais il faut le mettre dans le contexte, hein, de 1981, où les idées étaient beaucoup plus simples, plus claires qu'aujourd'hui, il ne faut pas méconnaître que la liberté de conscience en France, c'est-à-dire le droit de penser ce qu'on veut, comme on veut, et de changer d'avis, elle est la fille de la liberté du culte. Souvent, on oublie ça. C'est-à-dire que c'est dans la guerre de religion entre catholiques et protestants, c'est inextricable. Il n'y a qu'un dieu, en plus, c'est le même, il n'y a qu'un représentant, c'est le Christ, et on ne l'honore pas de la même manière. Donc, c'était un casse-tête pour eux.
Ils se sont entretués, beaucoup, et puis à la fin, on finit par dire, bon, ben, chacun fait, pratique le culte comme ils le croient. Ça a mis du temps, hein, entre la période dont on parle, à la fin, il y a eu des épisodes tragiques. Louis XIV, un bourgeon l'édit de Nantes, enfin, tout ça, c'était des horreurs. La France est donc un pays unique en Europe, parce qu'elle n'a pas réglé la querelle religieuse entre catholiques et protestants par des massacres de masse, comme en Espagne ou en Italie, ou en Allemagne, ni par une partition du territoire, comme ça a été fait en Allemagne, où ils disaient « cuius regio et jus religio », c'est-à-dire, tu es de la religion de ton roi.
Si ton roi est protestant, tu es protestant, tu n'es pas content, tu vas dans l'État à côté. Nous, on n'a pas réglé ça comme ça, on l'a réglé d'une manière magnifique et héroïque, mais il faut bien se rappeler que la laïcité n'est pas un athéisme d'État. Quand on parle de l'État, après la philosophie personnelle, c'est autre chose. J'ai quitté le mouvement franc-maçon parce que je n'y faisais plus rien depuis plus de dix ans, donc je trouve que ce n'était pas très respectueux pour ceux qui y travaillaient. Et puis, il y avait des choses qui me dérangeaient comme partout. Rien de grave, mais trop pour que j'en supporte davantage. Allons à présent chercher vos menteurs.
François Mitterrand, évidemment, en septembre 87, à quelques mois de la fin de son premier mandat, vous écrivez, avec d'autres, une lettre à François Mitterrand pour lui demander de se représenter. Nous sommes en pleine cohabitation, quelques mois après les manifestations contre la loi de Vaquet. François Mitterrand, il a apporté la preuve, notamment pendant les événements de novembre et décembre derniers, qu'il avait cette capacité d'écoute, d'attention à ce qui est nouveau dans la société française, à ce qui bouge. Lui, il n'a pas besoin de se mettre un Walkman sur la tête pour avoir un large jeune. D'ailleurs, il n'essaye pas.
Quand on regarde, par exemple, ce que disent les jeunes autour de nous, ou ce que disent les sondages, il y a une confiance, il y a une sympathie à l'égard de François Mitterrand qui est très forte, très profonde. Ce n'est pas pour rien qu'on l'appelle tonton. Qu'est-ce qu'il a été pour vous, Mitterrand ? Un guide, un modèle, une admiration ? D'abord, j'étais un partisan du programme commun et de l'union de la gauche, mais je faisais plus confiance au Parti Socialiste qu'au Parti Communiste, qui étaient deux partis réformistes de manière différente.
Et moi, je vous rappelle que je venais du trotskisme, donc je cherchais un point d'équilibre entre mes convictions révolutionnaires, qui n'ont pas changé, puisque je n'aime pas plus la société capitaliste, ses valeurs et ses fondamentaux, qu'à l'époque. – Et François Mitterrand… – Ah, le chapeau, l'écharpeau… – Non, ça, ça n'a aucun rapport. – L'écharpeau rouge, le par-dessus. – Ah, quand même ! – J'ai toujours aimé l'écharpeau et… Voilà, vous pointez le doigt sur une souffrance terrible. Chaque fois que je mets ce chapeau, on me dit, tu mets le chapeau de François Mitterrand. Mais non, j'aime l'écharpeau, j'aime les cravates aussi, figurez-vous. Bon, bref.
Alors, François Mitterrand était l'homme qui incarnait ça. Et puis, il est arrivé à un moment de ma vie où je l'ai vu exécuter une figure théorico-stratégique extraordinaire, maintenir le cap de l'union de la gauche, alors que plus personne n'en voulait. Ni les communistes qui avaient rompu, ni, en interne, les amis de M. Michel Rocard. Et lui, il tient bon, et c'est ça qu'il fallait faire à ce moment-là, pour unifier le peuple français. Son idée, c'était que l'union au sommet était un moyen de l'union à la base. Mais quand l'union au sommet s'est dérobée, il est allé sur l'union à la base, en leur disant « ben voilà, moi, le programme ».
C'est exactement la méthode que je déploie aujourd'hui, peut-être avec moins de talent que lui, mais à l'époque, les choses se sont passées comme ça. Et puis, voilà, moi, je suis un petit, je viens du rang, mes parents, je ne suis pas né qu'une cuillère d'argent dans la bouche. Le président de la République m'a fait le privilège, la faveur, de s'intéresser à moi, de me recevoir, de parler avec moi. Et donc, petit à petit, une sorte d'affection, je n'étais pas dans ses principaux proches, hein. J'étais, je ne sais pas, peut-être une fenêtre pour lui, un homme qui n'avait pas 40 ans, ensuite a fini par les avoir, et avec qui il parlait.
Et moi, je lui suis reconnaissant de tous ces moments que j'ai trouvés magiques, plus de sa fabuleuse intelligence stratégique. Il y a forcément des aspects de Mitterrand qui devaient moins vous plaire. Mitterrand l'Européen ou Mitterrand l'Atlantiste ? Discours fameux de 83 lors d'un voyage officiel en Belgique.
Je suis, moi aussi, contre les euromissiles. Seulement, je constate des choses tout à fait simples. Dans le débat actuel, le pacifisme et tout ce qu'il retrouve, il est à l'ouest. Et les euromissiles, ils sont à l'est. Et je pense qu'il s'agit là d'un rapport inégal.
Mitterrand l'a aligné sur les positions de l'OTAN, il vous déçoit ? Non, non, je suis toujours d'accord avec lui. Non mais un non-aligné, il ne veut ni de l'un ni de l'autre. Que les soviétiques viennent installer des missiles à nos portes, c'est encore le cas avec les russes. Puisque vous savez que je ne cesse de répéter qu'il faut qu'on mette ça dans la discussion. Les missiles 500, 5000 kilomètres, bon aujourd'hui ça n'intéresse plus grand monde les questions de défense. Mais moi ça m'a toujours passionné, donc on a toujours ce sujet. Non, l'Europe ne doit pas être un théâtre de guerre, donc vous remballez tous votre matériel.
Et quant aux américains, ils ont déployé des batteries antimissiles en Pologne, qui sont une menace directe pour la Russie, ben je suis pour qu'ils remballent aussi. Là je pense qu'Hollande a fait une énorme erreur d'accepter un truc pareil. Alors lui, ce qui est vrai dans ce que vous dites, c'est que François Mitterrand, se sentait spontanément sans doute plus proche des américains que des russes. Mais je suis quand même témoin de première ligne que quand on a parlé de la guerre du Golfe, que je n'ai pas appuyé alors qu'il était président, et j'étais horriblement malheureux à l'idée de me séparer de lui.
Je lui ai écrit, et il m'a dit mais se séparer, mais pourquoi j'admets qu'on pense différemment, venez me voir l'honneur suprême, me voilà donc dans la bibliothèque. Et lui m'a parlé de la tentative qu'avait fait la France jusqu'au bout, pour qu'il n'y ait pas d'intervention militaire. Et lui a dit à ce moment-là, mais Saddam Hussein est un crétin, parce qu'il n'a même pas accepté un calendrier de retrait. Ce qui était à l'époque une évidence. Saddam aurait épargné l'Irak s'il avait eu l'intelligence de comprendre qu'il fallait reculer. Exactement ce que M.
Poutine n'a pas en ce moment comme intelligence de comprendre, qu'il va falloir qu'il recule et que personne ne lui pardonnera ce qu'il a osé faire une fois. Donc non je me reconnais bien en lui, mais c'est vrai qu'il est plus lui, comment dire, compte tenu de sa génération aussi. Atlantiste. Que moi, ça c'est clair, c'est clair. Moi je, pour moi, si vous voulez, pour lui, les Américains font partie du process de la libération de la France, et à quel haut plan ? Pour moi les Russes aussi. Mais bon, voilà, moi la guerre du Vietnam, non quoi. Vous voyez, c'est pas tout à fait la même génération. Bien sûr.
Un autre mentor, celui-là de l'autre côté de l'Atlantique, et pas du tout atlantiste, au Venezuela, c'est Hugo Chavez.
Quand Hugo Chavez vient à la rencontre des femmes d'associations de gauche, des militantes d'organisations caritatives, de ses maires de famille des quartiers populaires, elle l'acclame comme si déjà il venait de remporter l'élection présidentielle. Le 6 décembre, vous les enfants de Simon Bolivar, vous allez briser les chaînes de l'esclavage, ces chaînes qui entravent le Venezuela, et vous allez balayer ces politiciens pourris, toute cette pourriture.
Qu'ils s'en aillent tous ! Pourquoi Chavez sans Luc Mélenchon ? Il arrive, vous savez, j'ai une longue histoire commune avec l'Amérique latine, depuis les années 70, le coup d'État de Pinochet, donc j'ai été très lié à la mouvance politique latino, d'abord très Chili, puis Argentine. Ce sont des pays en plus qui m'ont fait l'honneur de souligner ma participation à cette lutte, puisqu'on a quand même sauvé des gens. Et puis, si vous voulez, à un moment donné, non, ils m'ont saoulé. Je ne comprenais plus rien à ce qu'ils faisaient, on n'avait pas fait tout ça pour se retrouver à la fin dans des combines politiciennes auxquelles je ne comprenais rien, au Chili et ailleurs.
Tant et si bien que, comme pendant ce temps, la gauche s'effondrait dans toute l'Europe, j'étais à l'affût et je n'ai jamais eu une mentalité, si vous voulez, de dominateur. Donc je regarde ce que font les autres. Les Africains, maintenant, beaucoup, et puis à l'époque, les Latinos, beaucoup. Et voilà comment, dans le paysage, au départ, moi, c'était pas Chavez. Et d'ailleurs, ça n'a jamais été que Chavez. C'était Lula, parce qu'il avait constitué un grand parti, le parti des travailleurs. J'ai été très lié à eux. Et puis après, ça a été Raphaël Correa, en Équateur. Et évidemment, Chavez, là, au milieu.
Mais comme Chavez était la tête à claque de la gauche raisonnable française et de toute la droite, bah, bon, ils m'ont assimilé à Chavez. Bon, c'est une méthode de combat politique. Ils ont essayé de me faire pareil avec Poutine, là, ça a été un peu plus compliqué, parce que je n'ai jamais eu d'autres relations que conflictuelles avec le système poutinien. Tandis qu'avec Chavez, non. C'était, j'ai regardé faire, j'ai regardé comment il s'y prenait, qu'est-ce qu'il cherchait à faire. Et surtout, il avait un rôle personnel qui m'a beaucoup appris de choses. Il était tout le temps en contact avec les autres présidents latinaux de gauche. Et lui, qui était le pivot de tout ça.
Alors après, évidemment, il a évolué dans une telle adversité que, bon, là-bas, le ton est monté sans arrêt. Bon, mais en vue d'Europe, vous savez, c'est toujours pareil. Il faut qu'il y ait un méchant et un gentil. Donc, l'Europe a décidé que M. Chavez était le méchant et le gentil, c'est l'autre, le trafiquant de drogue, qui est aux États-Unis d'Amérique. Mais enfin, ça ne compte pas. Pour moi, ça n'a pas d'importance. Ce qui a d'importance, c'est ce que j'ai vu, les leçons que j'ai tirées, ce que j'ai appris en les regardant faire en bien et en mal. Ce que moi, je ne ferais pas si je me trouvais devant la même situation qu'eux.
La rubrique suivante est celle des évolutions ou des revirements 180 degrés. L'extrême droite au second tour de la présidentielle en 2002 comme en 2017. Mais votre réaction n'est pas la même. Le 5 mai, il ne faut pas hésiter, alors mettez des gants si vous voulez, des pinces ou ce que vous voulez, mais votez, abaissez le plus bas possible Le Pen. Chacun, chacune d'entre vous, c'est en conscience qu'elle est son devoir. Qu'est-ce qui a changé en 15 ans ? Le contexte. La première fois, je suis un dirigeant socialiste. Je parle, j'étais ministre en plus, je crois, c'est le oui, c'est ça.
Donc j'étais vraiment très lié à toute la mouvance socialiste avec laquelle j'avais des divergences, mais surtout une adhésion assez profonde. Et puis nous étions absolument sidérés par ce qui venait de se passer, on n'arrivait pas à y croire. On avait une conscience du danger, mais qui dépassait la raison. Moi, j'ai fait une tribune pour dire qu'il fallait aller voter Chirac. J'ai fait beaucoup de choses de cette nature. Quand on arrive à la dernière fois, la situation est complètement différente. La gauche est explosée. Je suis à la tête d'un ensemble politique qui, en gros, se situe dans la philosophie de gauche, mais n'a pas assez d'histoire. Il existe depuis à peine deux ans.
Il n'a pas assez d'histoire pour qu'il se sente lié à une option que proclame le responsable, en l'occurrence moi. Donc je me suis dit comment je me sors de ça pour ne pas faire de bêtises. C'est-à-dire que si j'étais arrivé en disant, « Ah ben écoutez, maintenant, c'est clair, on fait comme la dernière fois, on vote pour Macron contre Le Pen. » Je provoquais une déflagration, parce que plein de gens n'étaient pas prêts à entendre un discours pareil. Donc j'ai dit, vous savez ce que vous avez à faire. Et la ruse, c'est qu'on a ouvert, comme on le ferait sans doute dans d'autres occasions comparables, un vote parmi les gens qui parrainaient ma candidature.
Et on n'a mis que deux options, hein, voter Macron ou s'abstenir. Et on l'a dit, ben voilà, la réponse elle est là, c'est vous tous qui décidez quelle est la consigne que l'on donne. Et je crois que c'est une méthode qui a assez bien fonctionné. Après, je dois à la loyauté de ne pas vous dire ce que moi-même j'ai fait. Mais la loyauté à l'égard de ceux qui ont voté pour moi et qui attendaient que j'ai cette façon de parler. Mes adversaires en ont profité pour dire que je mettais jeu égal, signe égal entre Macron et Le Pen. Bon, c'est de la basse polémique d'ailleurs. Vous auriez pu montrer l'extrait où je dis, il ne doit pas y avoir une seule voix pour Le Pen.
Écoutez, quand il y a deux candidats et que vous dites qu'il ne faut pas qu'il y ait une seule voix pour un des deux, bon, tout le monde comprend. Mais je ne pouvais pas, compte tenu de ce qu'était mon rapport à ceux qui m'avaient mandaté, 7 millions de voix. C'était la première fois qu'une chose paraît y arriver, qu'un candidat, comme ils disent, de la gauche radicale, incarne à ce point un mouvement populaire aussi profond. Donc je pense que j'ai réagi correctement parce que si j'avais agi autrement, j'aurais plutôt brutalisé ou indigné ce qui n'était pas le but de l'opération. Le but de l'opération, c'était que Mme Le Pen perde. Rubrique suivante.
Zéro pointé, c'est la séquence des rapages ou des sorties de route. Celle-ci date de juin dernier sur France Inter à propos de la campagne présidentielle à venir. Vous verrez que dans la dernière semaine de la campagne présidentielle, nous aurons un grave incident. Alors ça a été un meurtre, ça a été Mera en 2012, ça a été l'attentat la dernière semaine sur les Champs-Elysées. Vous vous rappelez de tout ça ? C'était la dernière semaine. Avant, on avait eu Papy Voise. Tout ça, c'est écrit d'avance. Qu'avez-vous voulu dire ce jour-là ? J'en me souviens plus. Il y avait très peu de temps.
Alors j'ai essayé de dire, je suppose, j'ai essayé de dire, écoutez, il y a une manière de mettre en scène les élections qui peuvent être terribles. Le véritable souvenir le plus traumatisant pour moi, c'était Papy Voise, parce qu'on a eu droit à cet homme dans la maison où il était incendié, et puis ensuite on a découvert que tout ça était beaucoup plus compliqué que ce qu'on croyait, pendant tout le week-end où Lionel Jospin a été éliminé, puisqu'il nous a manqué deux voix dans chaque bureau de vote pour qu'il soit au deuxième tour. Vous savez, pour moi, l'élimination de Lionel Jospin, c'est en tournant dans l'histoire de France.
Parce que, voilà, le futur, à partir de là, a été dessiné par ce deuxième tour. Et il a obsédé les Français pendant, je ne sais combien d'années, puisqu'en 2017, ça continue, on a un deuxième tour avec l'extrême droite, et ensuite on ne parle que de ça. Immigration, sécurité et le reste. Alors, j'ai voulu dire qu'il y avait une manière d'utiliser les circonstances, mais ça a été fait d'une manière tellement malhabile, et tellement... le trait est tellement... de votre part. Ça ne fonctionne pas, quoi, on ne comprend pas ce que je veux dire. Vous-même, vous me dites, mais qu'est-ce que vous avez voulu dire au juste ? Et puis après, il s'est produit, si vous voulez, que...
les journalistes qui étaient sur le plateau, personne n'a vu malice dans ça, sur le moment. Personne m'a dit, mais qu'est-ce que vous êtes en train de raconter ? Bon, voilà, on a fini l'émission. Et ce sont des militants politiques qui ont relevé ce bout pour en faire une histoire. Mais, moi, j'ai mis du temps à réagir. Pourquoi ?
Parce que, le lundi, on découvre une vidéo dans laquelle un membre d'extrême droite se proposait de me tuer, ainsi quelques amis, et on le voyait avec un fusil et tout, donc nous étions absolument atterrés par cette violence, et donc j'étais à 100% en train de me préoccuper de ça, tandis que le dimanche soir de cette émission, j'étais dans le résultat d'une élection partielle. Voilà, si vous voulez, ça fait un enchaînement qui fait que ce truc-là m'a glissé entre les doigts, quoi. Ni j'ai vu l'événement, ni j'ai été là à temps pour le reprendre, dire, écoutez, stop, on rembobine le film, je vais vous expliquer ça autrement.
Mais là, honnêtement, je ne me rappelle même plus ce que je voulais dire. – Une grande figure de l'histoire de France dont l'ombre plane sur cette campagne, il a été souvent cité, nous allons vous mettre face à De Gaulle. De Gaulle, père d'une cinquième république que vous voulez liquider, est promoteur en 62 d'une élection qui structure depuis notre vie politique. Français, Français, le projet que je vous soumets propose que le président de la république, votre président, soit élu dorénavant par vous-même. Rien n'est plus républicain, rien n'est plus démocratique, j'ajoute que rien n'est plus français, tant cela est clair, simple et droit.
– Rien de plus républicain, de plus démocratique, de plus français. Que lui auriez-vous répondu, Jean-Luc Mélenchon ? – À l'époque ? – Oui ? – Mes prédécesseurs se sont chargés de dire des bêtises, donc ça m'est difficile de revenir dessus. Bon, ils l'ont décrit comme un fasciste, comme, bon, tout ça n'est pas vrai, ça a été stupide de l'accuser de ça. Moi, ce que je vois, c'est un homme qui a une intelligence stratégique et tactique absolument immense, que rien n'arrête, aucune audace ne retient. Car lorsqu'il dit, il n'y a rien de plus républicain que d'élire le président de la république au suffrage universel, il sollicite un peu l'histoire.
La république peut prendre bien des formes, disons ça aussi, on ne va pas faire de lui un anti-républicain. Mais le plébiscite personnel, l'histoire de France en est remplie, et la gauche n'a jamais approuvé ça. C'est Napoléon III, bon, c'est le général Boulanger. Chaque fois qu'on personnalise, Boulanger était candidat à des législatives. Mais bref, en France, il y a toujours eu une grosse méfiance à l'égard du personnage solitaire qui incarne le pouvoir maintenant. Mais aujourd'hui, c'est rentré dans nos mœurs politiques. Complètement, et puis ça ruisselle sur la société. Absolument.
C'est-à-dire qu'il y a le grand chef au sommet des institutions politiques, les moyens chefs, les petits chefs, et puis tout le monde est chef. Et vous êtes conscient qu'il serait difficile de convaincre les Français de leur ôter ce droit ? Alors, je ne pense pas qu'on y arriverait. Par contre, je crois qu'on pourrait trouver un assez ample consensus pour dire que les pouvoirs de cet homme que vous avez désigné sont beaucoup trop importants. Et la Constitution contient trop peu de cliquets qui donnent du pouvoir à l'Assemblée pour peser de son poids. Regardez, pour prendre un exemple contemporain, nous sommes entrés en guerre au Mali à l'appel du gouvernement malien.
On a voté une fois pour y aller. Après, pendant neuf ans, le chef de l'État décide qu'on reste, puis qu'on s'en va, puis qu'on reste. On n'en parle jamais nulle part. Donc, si vous voulez, il y a des pouvoirs qui sont considérables. Là, je prends l'exemple de la guerre. Il réunit le Conseil de Défense pour prendre des mesures dans la crise sanitaire. Donc, je pense qu'on pourrait avoir un président élu au suffrage universel, mais dont la fonction serait plus clairement délimitée. Bon, alors, pour régler d'un mot, je suis partisan d'une constituante. Et donc, cette constituante, c'est à elle, avec des gens élus pour ça, de définir la nouvelle règle du jeu.
Mais dans mon esprit, si vous voulez, le fond de l'affaire est institutionnel, bien sûr, mais pas seulement. Dans mon esprit, il s'agit de refonder le peuple français tel qu'il est devenu. Bigarré, urbain, féminisé, et ce peuple-là, il vit avec des institutions d'un autre temps, d'un autre âge, et sur lequel on ne m'a jamais demandé son avis. Donc, ce serait l'occasion, en écrivant la Constitution, de se constituer comme peuple. Voilà mon idée. Et par conséquent, j'hésite à vous dire, le prochain régime, la Sixième République, sera plutôt ceci ou plutôt cela, puisque c'est le rôle de la constituante de le dire.
Parmi les millions d'archives de l'INA, nous avons choisi pour vous une madeleine. Dans votre panthéon personnel, Gutenberg, occasion de vous montrer un très beau reportage télévisé de 63 sur le travail des imprimeries de presse.
L'envers du décor, le voilà. Le chef d'atelier ressemble à la copie venu de la rédaction. Il la cote, c'est-à-dire qu'il indique les caractères dans lesquels elle doit être composée, et les remet à un linotypiste. Le linotypiste va composer le plomb. Voyez ça, ce plomb qu'ils font, c'est un peu l'opinion à l'état brut.
Ha, ha, ha, ha, ha, pas mal.
Le plomb est apporté dans la forme. Il y sera serré avec les titres et les clichés.
Alors, les morasses, ils s'appellent ça.
Mais cette forme, vous le constatez, est plate. Or, les grands journaux utilisent des rotatives. Il faut donc trouver un moyen d'arrondir cette forme. On prend donc une empreinte, un flanc, sur une espèce de carton qui reproduit complètement la forme. Et dans cette forme arrondie, on coule ce que vous voyez là, c'est-à-dire un moule. Les deux moules seront présentés sur un cylindre de rotative, laquelle sera alimentée avec ces bobines de papier que vous voyez.
C'est beau, hein ? Ben, j'ai fait ce boulot. À Besançon, oui. Quand j'étais étudiant, pour gagner ma vie, je travaillais à l'entreprise Néotypo, et j'étais à côté du linotypiste, et moi, j'étais censé corriger. Je n'ai pas été un correcteur fameux, mais je faisais le travail. Vous avez vu la forme plate, là, on appelait ça une morasse, avec de la ficelle autour. C'est pour ça qu'on parle de texte bien ficelé. C'est parce qu'en effet, on mettait de la ficelle. Oui, et là, ce qui me frappe, c'est que dans des ateliers comme celui qu'on a vu tout à l'heure, vous pouviez avoir jusqu'à 100 gars, hein, pour faire tout ce qu'il y avait à faire. Aujourd'hui, ils sont 5.
Ça passe directement de l'ordinateur sur le bobineau. C'est extraordinaire à voir, le progrès, l'inventivité technique. Alors évidemment, ça a massacré plein de métiers. Mais bon, ça nous montre quand même quelle est l'ingéniosité des êtres humains. Donc je compte dessus pour la suite. Une archive que nous soumettons à tous les candidats, celle de l'Alerte verte. Extrait de la campagne officielle de 1974, votre première présidentielle en tant que citoyen, avec, à la télévision, un candidat en pullover rouge.
Et vous savez ce qui va se passer ? Eh bien, nous allons bientôt manquer de l'eau. Et c'est pourquoi je bois devant vous un verre d'eau précieuse, puisque avant la fin du siècle, si nous continuons un tel débordement, elle manquera. À lundi, je vous dis au revoir et j'espère vous revoir pour vous expliquer notre projet global d'avenir. Merci mes amis.
René Dumont, premier candidat écolo, qui prend un peu de son temps d'antenne pour boire ce verre d'eau. Pile-poil, regardez, nous sommes en 2022, on en parle. Il a eu raison, mais avant tout le monde. Mais on ne l'entendait pas il y a 50 ans. Non, non, non, pas du tout. Pourquoi ? Moi je sais que j'ai repris cette bataille de l'eau, parce que je pense que c'est le prochain, ça vient là. Ça va être la grosse question. Vous pouvez vous passer tous au dos. Donc je ne vais pas vous faire mes arguments sur le sujet. Mais à l'époque, non, on ne l'entendait pas. La gauche était dominée par le productivisme et l'idéologie qui allaient avec.
Si vous voulez, on allait développer les forces productives et on allait les développer tellement bien qu'il y aurait pour tout le monde, et donc tout irait bien et tout irait mieux. Et on était tous là-dedans, et on ne l'écoutait pas. Et quand François Mitterrand, par exemple, fait un éditorial dans le journal du PS, à l'époque je crois que ça s'appelait l'Unité, alors il avait fait un truc, l'oiseau qui s'étouffe dans l'air, le poisson qui se noie dans la rivière, mais tout le monde éclatait de rire. Les gens autour de moi disaient, mais qu'est-ce qu'il raconte ? Qu'est-ce que c'est que ce truc, les oiseaux qui s'asphyxient dans l'air, mais puis quoi encore ?
Non, il y avait zéro tolérance, zéro écoute, et quand il y a eu le club de Rome, alors quand il y a eu un club qui s'est fait, et en réaction des intellectuels comme GB et autres, ont fait l'an zéro, bon, ils proposaient de réduire justement le niveau du productivisme. Alors il faut voir ce qu'on disait à leur sujet, quoi. La gueule verte. Ça c'est des suppôts du capitalisme, ils veulent augmenter le chômage et faire peur aux travailleurs, enfin le discours était complètement stéréotypé, bloqué et paralysé.
Et il a fallu que je me trouve, moi, confronté à l'absurdité de ce qu'on racontait, que je me rende compte que, au fond, l'écologie politique présentait la question du collectivisme sous l'angle qui m'intéressait, c'est-à-dire les biens communs, l'humanité comme une seule espèce animale, bon, et que tout d'un coup je fasse le lien entre ça et mon fondamental, qui est la philosophie humaniste et révolutionnaire 89 droits de l'homme, pour que je comprenne que tout ça se tenait, et que c'est ce qu'on racontait qui ne tenait pas avec. Bon, cette vision absolument, c'est du mauvais prométhée, hein, c'est prométhée exaltée, parce qu'on va tout régler en produisant, produisant et en prélevant.
Et Karl Marx, on ne l'avait lu que comme ça, pourtant, Marx est le premier à dire le capitalisme épuise l'homme et la nature. Mais ça ne nous intéressait pas à l'époque, on ne voulait pas voir ça. Pour finir, Jean-Luc Mélenchon, une rencontre. Dans la malle au trésor de l'INA, nous y avons trouvé pour vous la voix de Jean Dormesson, c'est l'émission Présence protestante en 2002, qui lui demande s'il a la foi.
Alors, il y a une formule suisse que j'aime beaucoup, ni oui, ni non, bien au contraire. Si vous voulez que je vous résume ça en un mot, je dirais que... D'abord, je vous dirais que je ne sais pas. Vous avez sûrement beaucoup de... D'abord, je suis extraordinairement respectueux de toute religion. Je pense que la religion est ce qu'il y a de plus important. Il y a une formule qui n'est ni catholique, ni protestante, que j'aime infiniment, c'est la formule d'un rabbin. Ce qu'il y a de plus important, c'est Dieu, qu'il existe ou qu'il n'existe pas. Ça, je le crois profondément.
Donc, je crois que plus que toute politique, évidemment, que toute littérature, évidemment, mais plus même que l'art, probablement, ce qui élève l'homme, c'est ce qu'il croit.
Votre commentaire. Je dois faire un commentaire ? À votre guise. Moi, j'ai connu Jean Dormesson à un moment particulier de sa vie. Donc, je n'ai pas connu l'éditorialiste réactionnaire qu'il a été pendant des années. Je l'ai connu à une époque où il s'était détaché de beaucoup de choses et il s'est créé entre nous un petit lien de sympathie amusé de sa part. Et pour être franc, oui, j'ai conçu tout de suite beaucoup d'affection pour lui. Mais je crois qu'il y a plein de gens comme moi. Et puis, il avait un tel humour. Bon, mais c'est la question. Vous verrez que je parle de Dieu. Je ne préfère pas. Je suis entouré de gens croyants. Je comprends quelle fonction joue la foi.
La foi n'a pas besoin de raisonnement. C'est une forme de certitude à laquelle accèdent les gens par des canaux affectifs et pensés qui sont très spécifiques. Si vous voulez que je me fasse comprendre plus simplement, quand vous écoutez de la musique, dites-moi de quoi parle la musique. Vous ne le savez pas, mais vous avez la certitude que ça parle, hein. Ça dit quelque chose à propos d'une réalité que seule la musique va exprimer. De la même manière, si vous regardez un tableau abstrait, le tableau abstrait vous parle, alors qu'il ne représente rien.
Mais il vous suggère une harmonie, un jeu, des couleurs, des formes, et votre cerveau l'interprète dans un registre que d'habitude il n'utilise pas. Les mots ne sont pas tout. Les mots sont beaucoup. Il n'y a pas de pensée sans les mots. Mais il y a d'autres aspects de la réalité à laquelle on accède par d'autres fonctions intellectuelles et mentales. Ceux qui accèdent à la foi n'ont pas besoin de nos raisonnements. Étant entouré de gens qui croient, que j'aime et que je respecte, je ne ferai plus les mauvaises blagues de ma jeunesse où nous étions assez grossièrement anticléricaux au point d'être offensants pour ceux qui croyaient. Non, ça je ne le ferai plus.
Et j'ai adoré tout ce que vient de dire Jean-Luc Mélenchon pour essayer de se sortir de l'impasse dans laquelle vous voyez bien que moi aussi je suis enfermé. Est-ce que ça s'apparente un peu ce que vous venez de dessiner Jean-Luc Mélenchon aux forces de l'esprit évoquées par François Mitterrand lors de ses derniers voeux aux Français ? Oui, ça ne m'a pas choqué. On m'a dit, ah vous croyez aux forces de l'esprit, oui. De toute façon, vous savez, bon, j'admets que j'ai eu un côté un peu, et j'ai toujours un côté un peu inconditionnel à l'égard de François Mitterrand. Je m'en amuse parce que, si vous voulez, dans le monde politique, les gens sont extrêmement frivoles.
Ils passent d'une mode à l'autre, ils brûlent ce qu'ils ont adoré, ils adorent ce qu'ils ont brûlé. Donc, si vous voulez, quand vous tenez tête sur la mémoire de François Mitterrand, il y a toujours des moments agréables. C'est que parmi une poignée de lâches qui ne disaient rien, tout d'un coup, il y en a un qui dit moi aussi. Bon, bref. Alors, quand il a parlé des forces de l'esprit, je me suis reconnu dans ce qu'il disait. Je suis incapable de vous dire ce que ça peut bien vouloir dire, mais je pense comme lui. Jean-Luc Mélenchon, au terme de cette émission et de ce voyage dans les archives de l'INA, y a-t-il un morceau essentiel de votre ADN que nous avons manqué ?
Je ne sais pas vous dire. D'abord, je commence par vous dire que je ne me regarde pas vivre. Donc, je ne raconte pas mon histoire, je ne fais pas une fresque, même si je considère que construire sa vie, on doit le faire comme on construit en la pensant comme une œuvre d'art. Comme dit le sociologue que vous connaissez, la construction de soi se fait pour ce qui me concerne, avec la chance que j'ai eue dans la vie, de rencontrer la possibilité d'exercer des responsabilités. Bon, voilà, c'est une histoire qui me lie à la plus petite poussière de l'humanité. Donc, oui, voilà, c'est spécial. Mais vous voyez, bon, non, je ne me regarde pas vivre. Ce que je regrette peut-être, après avoir...
Vous direz que c'est de la coquetterie, vous, Cohen, parce que vous êtes taquin, mais j'aurais aimé montrer mon évolution théorique entre un marxisme extrêmement étroit. Enfin, la vérité, c'était Teilhard de Chardin en départ, le marxisme ensuite, quand même comme ça. Et puis, toute cette évolution où je faisais rentrer des choses jusqu'à la théorie de l'ère du peuple et de la révolution citoyenne. Mais, j'admets que ce n'est pas décisif pour ceux qui nous écoutent, mais je veux qu'ils sachent que je suis comme ça. Hein, je suis un héritier de Kant. On n'agit pas clairement si on ne pense pas clairement. Merci Jean-Luc Mélenchon.
Merci. Merci.
Jean-Luc Mélenchon