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Podcast / conversationFrance Culture — L'Esprit public (sur Site radio)· 18 février 2024 31 minContradictoireActualité / polémiqueInstitutions & électionsImmigration & asileEurope & internationalSolidarités & famille

Le Panthéon, un miroir tendu à la France ?

Au micro : Hervé GardetteSource d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 50 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 2:22OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous avez été surpris par la rapidité de la panthéonisation de Robert Badinter ?

  • 6:52RelanceRéponse directe

    Faites-vous l'avocat du diable sur la panthéonisation de Missak Manouchian ?

  • 9:15OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce qu'un grand homme aujourd'hui ?

  • 13:41OuverteRéponse directe

    Cette idée d'un hiatus entre les cérémonies et la société actuelle ?

  • 19:47RelanceRéponse directe

    Une panthéonisation est-elle encore un rituel efficace aujourd'hui ?

  • 25:50OuverteRéponse directe

    Comment analysez-vous la mort d'Alexei Navalny ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:00InvitéFait
    « Résistant communiste arménien, figure de la fiche rouge, 80 ans après son exécution. »
  • 2:47InvitéFait
    « Sauf que l'Église prend quand même un peu plus de temps pour canoniser. »
  • 3:55InvitéFait
    « On pourrait dire que dans l'histoire que vous avez retracée vite des panthéonisations, on a deux grands blocs. »
  • 5:32InvitéFait
    « Manouchian est exemplaire de cette reconnaissance du service rendu à la République. »
  • 7:44InvitéFait
    « Est-ce que ce qu'on adore dans le passé, on l'aime encore autant dans le présent ? »
  • 26:10InvitéFait
    « Navalny était revenu d'entre les morts. »

Temps de parole

  • Invité29 %
  • Invité 223 %
  • Présentateur16 %
  • Invité 316 %
  • Invité 415 %

0,6 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

France Culture, l'esprit public, Hervé Gardette.

0:09
Invité

Je fais le serment d'être fidèle à votre enseignement et votre engagement. Aussi votre nom devra s'inscrire aux côtés de ceux qui ont tant fait pour le progrès humain et pour la France et vous attendent au Panthéon. Miroir, mon beau miroir, dis-moi qui tu panthéonises, je te dirai quel message politique tu envoies et dans quelle lignée tu t'inscris. Ainsi fonctionne le Panthéon, chaque cérémonie en dit autant sur celui qui y entre que sur celui qui l'y fait entrer. Depuis son accession à l'Elysée, Emmanuel Macron a sacrifié à trois reprises à ce rituel républicain, Simone Veil, Maurice Genevoix et Joséphine Becker.

Un score qui va encore augmenter d'ici la fin de son mandat, puisque mercredi aura lieu le transfert des cendres de Misek Manouchian. Résistant communiste arménien, figure de la fiche rouge, 80 ans après son exécution. A ses côtés, son épouse Mélinée, elle aussi résistante. Et prochain sur la liste, vous venez de l'entendre, Robert Baninter, le chef de l'État, en a exprimé le souhait, moins d'une semaine après la disparition de l'ancien garde des Sceaux. Ils sont 81 aujourd'hui, 83 à partir de mercredi, à avoir les honneurs de la patrie reconnaissante. Comme pour les règles grammaticales, le masculin l'emporte sur le féminin. Sept femmes seulement, en comptant Méline et Manouchian.

La plupart d'entre elles y sont entrées il y a moins de 30 ans. Le Panthéon, un projet d'église reconverti en mausolée laïque sous la Révolution. On panthéonise à tour de bras sous l'Empire et sous la Troisième République. La cinquième semble presque y renoncer. Un seul sous De Gaulle, Jean Moulin. Personne sous Pompidou, ni sous Giscard. Le culte des grands hommes serait-il devenu désuet ? Eh bien, il faut croire que non, puisque depuis François Mitterrand, coup d'accélérateur, 19 nouveaux entrants au parcours exemplaire. François Mitterrand y fait entrer Marie Curie. Nicolas Sarkozy rend hommage à Aimé Césaire. Jacques Chirac panthéonise Alexandre Dumas.

Emmanuel Macron choisit donc Joséphine Becker. Une façon de reconnaître la diversité de ce que sont les Français. Mais aussi peut-être de compenser par le symbole les écueils de l'intégration à la française. C'est ce que nous allons voir. Commençons peut-être, Christophe Prochasson, par cette annonce très rapide du projet de faire entrer au Panthéon Robert Badinter. Est-ce que vous avez été surpris par cette rapidité ? Peut-être même peut-on parler de précipitation ? Oui, surpris sans doute. Il y a un côté sancto-subito, mais dans un cadre laïque bien sûr, qui s'est affiché à ce moment-là. On a déjà eu des cas. Sauf que l'Église prend quand même un peu plus de temps pour canoniser.

C'était une petite facétie, excusez-moi. Mais vous savez qu'il y a des demandes, des pressions aussi pour fabriquer des seins, comme pour fabriquer des seins républicains en quelque sorte. Et on a eu un peu ce sentiment-là dans le cas de Robert Badinter. Il y a déjà eu, je le disais, des cas un peu analogues où on va directement, en quelque sorte, ou presque directement au Panthéon, dans le cas célébrissime de Victor Hugo et puis aussi du président de la République assassiné en 1894, Sadi Carnot, qui a été aussi panthéonisé peu de temps après sa mort. Mais il est vrai que là, on est allé très vite.

Et on a fait de Robert Badinter le premier sur la liste, assez longue d'ailleurs, de panthéonisables. Et ça, de ce point de vue-là, c'est tout à fait remarquable. Alors, peut-être que ça traduit une chose qui me traverse l'esprit. Au fond, on pourrait dire que dans l'histoire que vous avez retracée vite des panthéonisations, on a deux grands blocs, en gros. On a le bloc, il faut le rappeler, plus de la moitié des panthéonisés l'ont été sous la Révolution et l'Empire, qui sont pour beaucoup des militaires. C'est-à-dire que c'est un type de gloire tout à fait particulier, de la gloire militaire, le grand homme qui acquiert ses lettres de noblesse, si j'ose dire, sur le champ de bataille.

Et puis, la Troisième République a un peu fait évoluer, même beaucoup fait évoluer, le système de reconnaissance, la fabrique de la gloire, en quelque sorte, en faisant plutôt appel à des intellectuels, dirions-nous, de grands esprits qui illustrent la République, ou quelques hommes politiques. Alors, le cas, évidemment, mais un peu particulier de Gambetta, en 1920, où on a panthéonisé uniquement son cœur. D'ailleurs, il faut le rappeler, le jour même, d'ailleurs, de l'inhumation du soldat inconnu. Une cérémonie républicaine parallèle qu'il est intéressant de noter. Donc, un troisième moment où on reconnaît les services rendus par des grands hommes.

Et là, la gloire, elle est plutôt, en effet, politique et intellectuelle. Et de ce point de vue-là, les savants ont été reconnus. Et aujourd'hui, alors ? Alors, voilà, on en vient aujourd'hui. Et mon sentiment est le suivant, c'est qu'on a un peu le sentiment qu'on cherche un nouveau modèle. Alors, on a des vieux modèles qui perdurent. Alors, je pense que Manouchian est exemplaire de cette reconnaissance du service rendu à la République. Mais il y a aussi, et peut-être que c'est ça qui me paraît le plus frappant, un nouveau système de fabrique de la gloire qui est, je dirais, l'individu qui est représentant de quelque chose.

En l'occurrence, là, on nous l'a dit clairement, Manouchian, c'est certes un témoin de la guerre et un héros du combat contre le naïf, mais c'est aussi quelqu'un qui représente les travailleurs immigrés. De même que, on pourrait dire, Joséphine Baker a représenté aussi les femmes, mais aussi les Noirs. Enfin, bref, il y a cette idée de représentation qui me paraît une idée assez nouvelle dans la longue histoire de la panthéonisation. C'est peut-être lié à l'époque, ça justement, c'est-à-dire à un moment donné où on met beaucoup en avant un certain nombre d'identités particulières.

La panthéonisation, on la pense aussi aujourd'hui, Thierry Pêche, en essayant de cocher un maximum de cases pour ceux qui vont y entrer. Oui, alors vous savez, on a évoqué les procédures de canonisation. Je crois que dans les procédures de canonisation, il y a ce qu'on appelle un avocat du diable. C'est de là que vient l'expression, me semble-t-il. Je vais faire un peu l'avocat du diable, si vous me le permettez. Mais d'abord, je voudrais saluer en effet la mémoire de Missac Manouchian, qui est une figure importante. C'est à la fois, vous l'avez dit, la main-d'œuvre immigrée, c'est la résistance, c'est le sacrifice, c'est aussi l'Arménie. Il faut le rappeler.

Jean-François Colossimo, je le dis pour les auditeurs, fait un bémol. Il va en exprimer la raison tout de suite. Mais c'est aussi l'Arménie, c'est quelqu'un qui, après le génocide, a un passeport d'Hansen en poche, est venu en France et a trouvé en France, comme beaucoup d'autres Arméniens, un espoir de salut. Et je crois que c'est vraiment, ce signal-là mérite d'être entendu aujourd'hui. La question que je me pose, et c'est là que je deviens un peu avocat du diable, c'est, est-ce que ce qu'on adore dans le passé, on l'aime encore autant dans le présent ?

Est-ce que vraiment, et là je pense à Manou Chiant, mais je pense même à Joséphine Becker, même à Simone Veil, est-ce qu'on est encore capable, au moment où on fait sonner les grandes orgues de cette sorte de religion civile, en tout cas de grand remue-ménage symbolique, est-ce qu'on est encore capable de vivre ces valeurs et ces idées dans notre communauté politique, dans notre cité ? Je me pose la question, je suis frappé, si vous voulez. On vient d'avoir un débat sur le droit du sol, sur la migration, l'accès à la nationalité, qu'auraient dit tous ces gens-là, dans un tel débat.

Mais peut-être que ça n'est pas contradictoire, peut-être que c'est lié, que c'est une façon de compenser, d'une certaine manière. Je ne suis pas en train de répondre catégoriquement à ces questions. Je me dis simplement, c'est surprenant, que dans cette époque où tout se referme, où les conservatismes prennent le dessus, et parfois les nationalismes, qu'on célèbre la mémoire de gens qui ont incarné des valeurs quasiment orthogonales à tout ça. Donc, est-ce qu'on est capable d'aimer dans le présent ce qu'on adore dans le passé ? Ou est-ce que l'exercice symbolique consiste juste à faire, je dirais, des formes d'actes de grâce à l'égard d'un monde qui dépérit ?

On va voir comment Jean-François Colosimo et Anne-Norraine Bujon répondront à cette question. Jean-François Colosimo. Un problème sur le Panthéon, c'est qu'il fonctionne véritablement à partir de 1885 sur notre même république. Jusque-là, entre 1791 et 1885, il ne cesse, en fait, de passer de temple républicain à redevenir église et on met les panthéonisés dans la crypte puisqu'il y a les restaurations, enfin, etc., le second empire, etc.

La volonté de la troisième république, c'est de fonder une religion civile, un catéchisme républicain, un corps sacerdotal habillé de soutane, non, pardon, de blouse, de missionnaires qui vont au fin fond de la France pour porter la parole de la laïcité, etc., etc. Il y a même, à un moment, je crois, le cœur, c'est le cœur de Jaurès qui est embaumé, qui, le jour même où Jeanne d'Arc était levée sur les hôtels canonisés en 1925, c'est à ce moment-là que, aussi, la république montre ses dévotions, ce sont de véritables dévotions.

Bon, Mouna Ouzouf considérait, dans les années 1980, que ce type de culte était révolu, en quelque sorte, et on peut dire que l'âge d'or du Panthéon, ça a été entre Victor Hugo et Jean Moulin, 1885-1964, à peu près. Voilà, l'accélération depuis, elle montre, effectivement, quelque chose d'assez différent du projet originel, c'est, en fait, d'imprimer, c'est pas d'honorer l'histoire de France à travers ses grandes figures, même si les femmes y sont arrivées tardivement, et restent ultra minoritaires, ça aussi, c'est très Troisième République, c'est, aujourd'hui, d'imprimer une conception, vous l'avez dit, Christophe Prochasson, une représentation de la France.

Alors, le sacrifice de Manouchian est indiscutable. Il est arménien, mais il est surtout internationaliste. Dans son groupe, il y a beaucoup de juifs dont les mémoires ont été éradiquées sciemment par le Parti communiste, par Aragon, en premier lieu, lors du complot des blouses blanches. Certains historiens, d'ailleurs, regrettent, aujourd'hui, que Manouchian ne soit pas panthéonisé au même titre que tous ceux qui ont été exécutés le même jour.

Il y a un peu un véritable problème là-dessus, qui est, en fait, le fait que le PCF, en France, qui s'intitule encore communiste, n'a pas purgé sa mémoire, et que, généralement, n'a pas purgé, non plus, les manipulations et les trucages du Parti communiste sous ordre de Moscou, puisque cette élimination des juifs dans le groupe Manouchian, officiellement, dans les textes publiés par Aragon, dans les lettres françaises, dans les livres publiés, etc., on préfère, en quelque sorte, Manouchian, parce qu'il n'est pas juif, parce qu'à ce moment-là, il y a Staline, le complot des blouses blanches et le regain de l'antisémitisme en URSS.

Mais ça n'enlève rien au sacrifice de Manouchian, encore une fois, je veux dire par là que ça pose quand même un petit problème sur la manière dont on raconte cette histoire. Et ensuite... Ce n'est pas le PCF qui a décidé de pantéoniser seul M. Manouchian ? Non, mais en faisant la seule figure, en quelque sorte, de cette DFTP main-d'oeuvre immigrée, des Moïs, c'est qu'on a quand même zappé complètement les autres, parce qu'ils ne cadraient pas dans cette représentation communiste, puisque Manouchian était de surcroît un fervent partisan de la République soviétique d'Arménie.

Mais il n'empêche qu'aujourd'hui, alors que nous savons combien de nos compatriotes sont de racines arméniennes, combien l'Arménie est menacée, et combien nous faisons assez peu pour la soutenir, je dirais qu'il y a aussi une espèce, là aussi, je ne suis pas si naïf, il y a aussi une espèce de, je dirais, un peu de compensation symbolique, mais cette compensation symbolique, elle ne rend pas totalement hommage à la diversité de cette main-d'oeuvre immigrée qui s'est engagée dans la résistance.

Et non seulement on ne lui rend pas hommage, mais en quelque sorte, ça c'est un autre problème, comme dans le récit communiste, on a en quelque sorte écarté les juifs, on les a effacés, aujourd'hui, ça serait véritablement un combat eu égard à la montée de l'antisémitisme que de remettre aussi Manouchian dans son contexte et pas simplement le panthéoniser. Donc on pourrait presque dire Anne-Laurene Bujon, dis-moi qui te panthéonise et je te dirais quels sont tes manquements peut-être aux valeurs qui sont défendues par ceux qui sont panthéonisés.

13:40
Présentateur

Oui, c'est intéressant cette idée qu'il y a un hiatus, donc il y a quelque chose d'un peu désuet dans toutes ces cérémonies et il y a un paradoxe, effectivement, en choisissant de célébrer certaines grandes figures du passé, on souligne ce qui nous manque aujourd'hui.

Je suis tout à fait d'accord avec ça, donc c'est vrai dans le cas de Manouchian, c'est éminemment vrai dans le cas de Robert Badinter pour moi, c'est-à-dire qu'on a beau parler de sa panthéonisation très vite après sa mort, oui, oui, on en parle, on en parle, mais alors qu'il est mort il y a une semaine à peine, et moi, l'effet que ça me fait, c'est effectivement de mesurer que la France dans laquelle Robert Badinter a permis la pollution de la peine de mort me semble effectivement très très loin de la France dans laquelle on vit aujourd'hui, c'est-à-dire qu'on a un rapport un peu contrarié au droit et à la justice, donc la foi de Robert Badinter dans les vertus civilisatrice du droit et de la justice, je pense que, et des droits de l'homme en particulier, on en aurait vraiment besoin à l'heure où on essaye de nous faire croire qu'il faut choisir entre souveraineté nationale et droit de l'homme.

Mais ce mécanisme de compensation symbolique, moi, je pense qu'on en a besoin, c'est-à-dire, je pense qu'on a effectivement besoin de rituels, de cérémonies, de symboles, et il me semble pour le coup que c'est quelque chose que le président Macron a très bien compris depuis son premier mandat et qu'Emmanuel Macron est un président mémoriel en quelque sorte. Il a beaucoup fait dans ce domaine et dans sa manière d'être un président mémoriel, il y a toujours cette double envie de célébrer une fierté nationale, le frisson de la grandeur dont parlait Malraux, mais aussi de chercher à réconcilier des mémoires, possiblement des mémoires divisées.

D'où ces figures, effectivement, Joséphine Baker, Manou Chian, de gens qui ont épousé la France et de gens dont l'histoire, même si elle a commencé ailleurs et autrement, devient l'histoire de France, se confond avec l'histoire de France. Et ce geste qu'on fait de se dire comment est-ce que je me représente la France, dans quelle France est-ce que je voudrais vivre ou qu'est-ce que je voudrais que les gens se représentent de la France, moi, il me semble très important.

Alors, vous avez parlé des nouveaux mécanismes de fabrique de la gloire, Christophe Prochasson, et ça me semble très juste, effectivement, dans le cas de Joséphine Baker ou dans le cas de Manou Chian, il y a une chose qui me frappe. Alors, c'est que quand on se demande qu'est-ce qu'un grand homme aujourd'hui ? Alors, Mona Ouzouf dit un grand homme, c'est pas tout à fait un héros, c'est pas la même chose et que dans le grand homme, il y a un mix de grandeur mais aussi de bienfaisance. C'est quelqu'un de bien et c'est quelqu'un qui a œuvré dans la durée, c'est quelqu'un qui tient du bon père de famille.

Et alors, aujourd'hui, évidemment, les grands hommes, ça peut aussi être des femmes, donc ça, c'est quand même une révolution. Et puis, on entre au Panthéon à deux en couple. On n'arrête pas de dire la Missac Manouchian, mais c'est Missac et Méliné Manouchian qui ont été un couple de résistants très importants. Il me semble que Simone Veil est entrée au Panthéon également avec son mari.

16:43
Invité

Et Marcelin Berthelot avant avec Sophie Berthelot qui était chimiste aussi et qui est entrée en tant qu'épouse de...

16:49
Présentateur

Sur l'idée de ce qu'on se fait de ce qu'est un grand homme ou une grande femme, l'idée aussi que leur vie de famille, leur manière de s'intégrer dans la communauté, ça fait partie de leur qualité. Moi, je trouve ça intéressant.

17:04
Invité

Est-ce que tout ça, quand on regarde la liste des Panthéonisés, Christophe Prochasson, ça fait un joli livre qui raconte l'histoire de France. Est-ce qu'on est dans l'histoire en Panthéonisé ? Alors, Jean-François Colissimou s'interrogeait... Colosimou. A juste titre sur l'efficacité symbolique du Panthéon et citait aussi le travail de Mona Ouzouf dans son article dans les lieux de mémoire disant qu'effectivement, au fond, qui saurait dire aujourd'hui qui se trouve au Panthéon ? La mémoire de nos concitoyens fait que, à mon avis, personne, peut-être quelques noms ici et là pourraient surgir les plus récents et je n'en suis même pas sûr.

Peut-être qu'on dirait que Molière y est, que Versailles j'ai trouvé que c'est y est. Jean-Marc, ce n'est pas le cas. D'abord, ça ne restitue pas l'histoire puisque ce sont des... c'est la fabrication d'une mémoire et les mémoires sont toujours un peu injustes. C'est-à-dire qu'elles laissent naturellement dans l'oubli tout un ensemble de personnalités qui auraient pu figurer à l'intérieur de ce temple républicain. Monazoui veut dire temple vide d'ailleurs. Temple vide en termes de signification. Vous partagez cette... Oui, je pense que Anne-Laurene Vigeon disait à l'instant qu'Emmanuel Macron était un président mémoriel.

Ce qui me frappe beaucoup chez lui et ce n'est pas seulement à ce niveau qu'on l'observe, c'est que certes il affiche une modernité voire une post-modernité troublante mais en même temps il a recours à des moyens extrêmement vieillis et qui de mon point de vue ne fonctionnent pas. Cette rhétorique ronflante qui habite ces discours on l'entendait tout à l'heure encore et qui à mon avis ne fonctionne plus et s'il faut des rituels à la République évidemment qu'il en faut il faudrait peut-être travailler à adapter quelque chose qui soit plus en résonance avec la société.

Donc je pense que ça a pu fonctionner effectivement Victor Hugo 2 millions de personnes panthéonisation de Jaurès d'ailleurs dont on va célébrer le centenaire cette année 1924 aussi des centaines de milliers de personnes à des moments où ce genre de gestes est politisé et a une signification forte mais je ne suis pas persuadé même que dans le cas de Robert Badinter on obtienne ce type d'adhésion à la panthéonisation. Aujourd'hui au fond une panthéonisation c'est d'abord un spectacle télévisuel qui permet de remplir une espèce de vide politique qui aujourd'hui évidemment est de plus en plus troublant.

Un spectacle télévisuel ça fait penser évidemment à l'investiture de François Mitterrand alors ce n'était pas une panthéonisation mais au jour de son investiture il se rend au panthéon pour déposer une rose sur les tombes de Schultz de Jaurès et Jean Moulin. Beaucoup pour réactiver cette actualité du panthéon qui était un peu endormi et je pense que ce geste-là a été une tentative intéressante ça a bien marché d'ailleurs le jour de son investiture mais je crois que ça n'a marché que ce jour-là ou peut-être lors du bicentenaire aussi avec le spectacle et qu'il accompagnait.

Jean-François à Colosimo Oui le question Corif c'est 1924 1924 Jaurès parce que cette année-là le Vatican qui a largement tâché de ménager pendant la guerre la France et l'Allemagne parce qu'il y a beaucoup de catholiques en Allemagne n'est-ce pas canonise Jeanne d'Arc encore une fois qui avait été béatifié au Moyen-Âge et qui était redevenu un symbole du nationalisme alors c'est une compétition ce jour-là moi je trouve que le panthéon ça fait partie de l'histoire des deux Frances c'est-à-dire lorsqu'il y avait une république qui voulait en quelque sorte devenir une église et que l'église regrettait encore de ne plus être l'état et qu'il y a eu une espèce d'imitation du rituel catholique pour dire les choses comme elles sont avec même l'emploi de lieux catholiques Sainte Geneviève c'est le panthéon n'est-ce pas c'était une église en activité pendant à peu près 70 ans etc.

et que cette histoire-là elle est en quelque sorte révolue et que donc le recours à ce type de rituel il faudrait encore que les gens aient une mémoire catholique pour comprendre comment la mémoire républicaine fonctionne moi je crois que tout ça est largement aujourd'hui out c'est ce que permettait cet anglicisme et tout simplement parce que ces deux Frances sont aujourd'hui réduites à la portion congrue Peut-être que pour relancer le panthéon il faudrait y mettre des figures véritablement populaires on vous a demandé un petit exercice avant le début de cette émission qui est-ce que vous verriez entrer au panthéon moi je pense par exemple il y a eu une cérémonie dans ces dernières années qui a été extrêmement suivie et populaire c'était suite à la mort de Johnny Hallyday la véritable voilà je ne vais pas dire que c'était l'équivalent de Victor Hugo mais pourquoi pas est-ce qu'il faudrait aussi penser la panthéonisation en ouvrant un peu plus largement les portes à ce genre de personnages Thierry Pech vous pensez quoi de cette idée je pense après ce débat finalement je m'étais fait l'avocat du diable le diable est un peu acquitté je vous écoute bien et donc la canonisation vous ne faites pas entrer le diable quand même non non mais franchement je suis assez d'accord avec ce qu'a dit Jean-François Christophe voilà bon donc je voulais relever ce point alors si le truc est un peu cassé est un peu mort si la magie attendue de cette religion civile de la troisième république qui est la dernière en date l'idée du Panthéon est un peu différente sous la révolution me semble-t-il mais on n'a pas le temps de dire ça n'a pas fonctionné mais si ça ne fonctionne plus autant s'amuser si vous voulez mon avis alors à besoin d'où une fois qu'on aura coché la case Robert Banater qui le mérite bien d'ailleurs biographe de Condorcet qui s'y trouve aussi allons-y pas Johnny Hallyday mais René Gossini René Gossini c'est sans doute un de ceux qui a le mieux compris la France et ce qu'est la France alors Anne Bujon

23:20
Présentateur

moi je vois que je suis beaucoup plus classique dans cette discussion et donc moi quand même j'ai assez besoin de héros et je me demandais donc c'est une colle votre question mais dans des héros républicains moi j'ai découvert récemment grâce à l'excellent podcast sur France Inter Léon Blum moi je veux bien Léon Blum dans mon panthéon de gens qui m'ont rendu des services à la République amoureux et amants homme de lettres homme d'état serviteur de la République voilà Léon Blum

23:47
Invité

Jean-François Colosimo comme c'est une prérogative du président de la République vous attendrez que je sois à l'Elysée pour que je vous dise ce que j'en pense moi j'ai noté un mot chez Anne Lorraine elle disait Badater avait la foi c'est le mot que vous avez employé donc je pense qu'on n'en sort pas malgré tout du désir de transcendance et d'incarnation de la transcendance en quelque sorte de gens qui transcendent effectivement les idées reçues ce que je note rapidement c'est que après les attentats terribles contre le Bataclan on a vu des jeunes gens qui se réunissaient là où il y avait eu des morts sur les terrasses etc ils déposaient des fleurs ils allumaient des bougies et ils s'efforçaient de chanter il y a un besoin de ritualisation dans n'importe quelle société n'est-ce pas mais je dirais voilà je vais faire hurler mais bon je dirais la religion c'est un peu comme la plomberie il vaut mieux s'adresser à des professionnels alors on va terminer avec vous Christophe Prochasson enfin sur cette opportunité René Guiaussini Léon Blum bon passons peut-être en dehors de ce bâtiment oui alors écoutez Hervé Gardet vous conclurez sans doute de ce que j'ai dit précédemment que je n'en vois pas et pour une raison structurelle d'une certaine façon puisque je me demande comment on peut fabriquer c'est un problème que je mets sur la table de la grandeur de la gloire en démocratie c'est-à-dire comment peut-on concilier la gloire et l'égalité en quelque sorte c'est un vrai problème je ne dis pas qu'on ne peut pas trouver de solution donc je terminerai par une pirouette je crois que c'est une chanson de 1972 de Georges Brassens la supplique pour être enterré sur la place de Chède et qui dit pauvre grand disparu gisant au panthéon pauvre cendre de conséquence vous en virez un peu l'éternel estivant qui passe sa mort en vacances il nous reste quelques toutes petites minutes dans cette émission je voudrais qu'on les consacre à parler d'un autre héros grand disparu là aussi c'était avant-hier vendredi qu'on l'a appris c'est la mort d'Alexei Navalny opposant russe qui est mort dans sa prison en Arctique il purgeait une peine de 19 ans Jean-François Colosimo c'est peut-être pas une nouvelle mais l'impunité c'est vraiment ce qui caractérise le régime de Poutine d'abord silence face à ce courage extraordinaire puisque Navalny était revenu d'entre les morts ça compte beaucoup pour les russes parce qu'il y a une dimension de mystique russe propre à la Russie là-dedans il est retourné dans son pays en sachant parfaitement ce qu'il attendait sans connaître l'échéance il a fait ça parce qu'il considérait qu'il ne pouvait pas dire aux gens de résister si lui-même n'était pas au milieu d'eux c'est une leçon pour les démocrates qui s'engagent maintenant la chose est assez simple tous les poutinolâtres que la France abrite n'ont plus aucune excuse pour ne pas voir le système mafieux meurtrier criminel le système de haine la barbarie élevée en tant que politique quant aux russophobes que la France aussi abrite en grande quantité y compris dans dans des cercles de pensée éminents et bien voilà ils voient la différence que c'est Navalny et Russe Poutine ne l'est pas Thierry Pêche bah oui Navalny est vraiment le martyre d'une cause importante et je voudrais vous relayer la proposition qu'a faite une petite association qui s'appelle Initiative Citoyens en Europe que je trouve excellente ils disent qu'il serait bon de rebaptiser le boulevard sur lequel se trouve l'ambassade de Russie boulevard Alexandre Navalny

27:31
Présentateur

Alexei Navalny

27:33
Invité

Alexei Navalny de sorte que les prochains agents du FSB les clients achetés par la Russie ou quiconque se rendra à l'ambassade traversent le boulevard Alexei Navalny et cette idée pouvons la relayer auprès de la mairie de Paris il me semble qu'après le printemps de Budapest en 1956 on avait renommé la place du parti communiste français place Kossout la mairie de Paris à l'époque n'avait pas tremblé donc demandons-lui tous de rebaptiser le petit segment du boulevard Lannes sur lequel se trouve l'ambassade de Russie boulevard Alexei Navalny et donnons cette idée à d'autres capitales en Europe et l'ambassade sera obligée de porter cette adresse sur tous les en-têtes je crois qu'à Londres on projette sur l'ambassade russe le portrait d'Alexandre d'Alexei décidément Navalny Anne-Laurene Bujon cette mort j'allais dire c'est peut-être la mort de trop c'est-à-dire celle aussi qui peut vraiment faire davantage réagir et les Européens mais aussi peut-être la population russe même si alors ils ont été fermement appelés à ne surtout pas manifester suite à sa mort

28:47
Présentateur

elle était prévisible elle était redoutée cette mort je pense que ça reste quand même un choc et en fait c'est un choc sinistre parce que ça montre que ce pouvoir criminel mafieux a encore franchi un cran le pouvoir de Poutine broie toutes les figures toutes les idées qui lui semblent être une menace pour lui et il a encore franchi une étape c'est-à-dire que la Russie dans laquelle Navalny avait choisi de retourner après son empoisonnement en 2020 ça n'est pas la Russie d'aujourd'hui dans laquelle la répression enfin je veux dire maintenant les parallèles avec la terreur de Staline me semblent tout à fait justifiés alors moi je voudrais juste signaler parce que c'est vraiment intéressant que sur le site de Descrussie on trouve une série de correspondances que Navalny a envoyées depuis sa prison entre 2021 et 2023 et en fait c'est vraiment tout à fait remarquable d'entendre la voix de cet opposant qui a continué y compris en prison dans des conditions terribles à faire preuve d'humour d'ironie de clairvoyance c'est vraiment très inspirant

29:59
Invité

Christophe Prochasson je vous laisse conclure en quelques secondes en quelques secondes juste pour rebondir sur le courage je pense que en effet lorsque aujourd'hui certains s'approprient la notion de courage lorsqu'on abuse de ce terme de courage on voit dans le cas de Navalny ce qu'est être courageux et dans le même temps ce qui me frappe puisqu'on a parlé de grandes figures d'héroïsation c'est comment aussi cette héroïsation tout à fait justifiée et méritée mais dissimule d'une certaine façon la vie même du personnage c'est à dire que aussi Navalny c'est une histoire c'est quelqu'un qui a eu des positions politiques qui a évolué et ça aussi il faut savoir le rappeler merci beaucoup Christophe Prochasson Jean-François Colosimo Thierry Pêche et Anne-Lauren Bujon merci à Anne-Claire Bazin qui a préparé cette émission à Luc Jean-Rénaud qui l'a réalisé à la prise de son Jean-Guinamège de la direction

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Locuteur

à Luc Jean-Claire

Le Panthéon, un miroir tendu à la France ? · Pourquijevote