Nicolas Dupont-Aignan invité de France Culture
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 55 %Défensif 15 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 94 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:11OuverteRéponse directe
Que préconisez-vous face aux drames migratoires en Europe ?
- 2:30RelanceRéponse directe
La France a-t-elle un devoir de solidarité envers les migrants ?
- 3:09OuverteRéponse directe
Il est question de structurer l'islam de France. Comment ?
- 4:30RelanceRéponse directe
Les phénomènes que vous décrivez sont-ils surdimensionnés ?
- 8:03OuverteRéponse directe
Avez-vous réfléchi votre action politique à l'aide des sciences sociales ?
- 8:50RelanceRéponse partielle
Pourquoi préciser que votre offre politique n'est pas Front National ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:20Invité politiqueFait
« Oh, c'est le résultat de beaucoup de lâcheté. D'abord, il faut sauver les malheureux qui se noient. »
- 0:37Invité politiqueFait
« On peut déjà les raccompagner pour la grande partie qui viennent de Libye, en Libye, pays de départ. »
- 0:43Invité politiqueFait
« Et il faut absolument détruire les barques des passeurs. »
- 0:57Invité politiqueFait
« Qui appartiennent à des mafieux, des esclavagistes modernes. »
- 1:04Invité politiqueFait
« On voit que, ça y est, le système de Schengen est en train de disparaître sous nos yeux parce qu'il ne peut pas résister à l'évidence. »
- 2:32Invité politiqueFait
« La France ne peut pas être solidaire du monde entier. C'est Michel Rocard qui l'a dit avant moi. »
- 2:43Invité politiqueFait
« C'est toujours l'Europe et la France qui doivent accueillir. Mais il y a beaucoup de pays qui sont très riches. »
- 3:41Invité politiqueFait
« C'est-à-dire que quand des imams prêchent la haine, ils soient expulsés. »
- 4:04Invité politiqueFait
« C'est par exemple ces femmes voilées qui accompagnent les enfants pendant les sorties d'école, c'est-à-dire l'abandon de la laïcité à l'école publique. »
- 4:18Invité politiqueFait
« La plupart des Français musulmans n'ont aucun problème avec la République. »
- 4:36Invité politiqueFait
« C'est au contraire sous-évalué. Je suis élu de banlieue, je sais de quoi je parle. »
- 9:10Invité politiqueFait
« Soit vous continuez avec les incompétents qui nous dirigent depuis 20 ans et qui, en vérité, ont abandonné le pays. »
- 9:21Invité politiqueFait
« Malgré le vote des Français en 2005, il y a eu voté non, je vous le rappelle. »
- 12:19Invité politiqueFait
« La seule solution, c'est d'organiser en douceur et avec une négociation, une sortie de la Grèce de l'euro pour l'aider à retrouver de la compétitivité économique. »
- 12:39Invité politiqueFait
« En 2010 ou 2011, j'étais un des rares à refuser que les banques nous refilent la dette grecque. »
Temps de parole
- Nicolas Dupont-Aignan56 %
- Présentateur14 %
- Invité13 %
- Invité 28 %
- ?6 %
- Invité 33 %
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Bonjour Nicolas Dupont-Aignan.
Bonjour monsieur.
Merci d'avoir accepté notre invitation. Député, maire de Yer dans l'Essonne, président de Debout la République, vous n'êtes pas avare de commentaires. Debout
la
France. Debout la France, mais c'est la
même chose.
Pardonnez-moi bien. Très bien, on peut en discourir un peu plus tard. Vous n'êtes pas avare de commentaires sur ces drames qui se nouent au sud et à l'est de l'Europe. Que préconisez-vous
?
Oh, c'est le résultat de beaucoup de lâcheté. D'abord, il faut sauver les malheureux qui se noient. C'est la première des choses à faire. Mais il faut bien évidemment faire preuve, après l'humanité, de faire meter et les raccompagner dans leur pays d'origine. Y
compris l'Erythrée
? On peut déjà les raccompagner pour la grande partie qui viennent de Libye, en Libye, pays de départ. Et il faut absolument détruire les barques des passeurs.
Je
suis quand même surpris qu'avec tant de militaires, de budget militaire, on ne soit pas capable de détruire une centaine de barques, de bateaux. Qui appartiennent à des mafieux, des esclavagistes modernes. Il faut bien sûr rétablir nos frontières nationales. On voit que, ça y est, le système de Schengen est en train de disparaître sous nos yeux parce qu'il ne peut pas résister à l'évidence. Et puis, il faut développer l'Afrique
et
le nord de la Méditerranée parce que si on ne développe pas ces pays, il est évident que nous aurons toujours des problèmes migratoires. Ça
fait beaucoup de choses. C'est pas facile. Mais
je vais revenir à un
de
vos premiers points. C'est les ramener à la mort que de les ramener à
l'Erythrée. Ah bon ? Vous savez qui dirige l
'Erythrée ? Écoutez, je le sais très bien. Je suis membre de la commission des affaires étrangères et je crois savoir. Vous savez,
l
'Australie
a
envoyé un message clair aux réfugiés qui veulent aborder sur ces côtes.
Il
les raccompagne systématiquement. Si l'Europe n'est pas capable de dire un moment stop,
vous
aurez des millions de réfugiés qui traverseront la Méditerranée et vous aurez une crise sans précédent dans nos pays. Donc il
y a
un moment où un homme d'État, c'est une personnalité qui, au-delà des cas difficiles, doit prendre ses responsabilités. Et comme nous n'avons pas des chefs d'État, nous avons des communicants qui ne gouvernent plus depuis 20 ans, qui font semblant de gouverner, on a le chaos.
Et
le chaos, c'est cet appel d'air. Vous savez, ceux qui en bénéficient le plus, ce sont ces passeurs, ces bandits,
qui
font monter dans des bateaux
en
pleine tempête, avec des mitraillettes, des pauvres malheureux. Et qui se disent, l'Europe, de toute façon, va les accueillir et nous on fait du fric là-dessus. On
n'a pas accepté ça. La France, la République, a un devoir de
solidarité ou pas ?
La France ne peut pas être solidaire du monde entier. C'est Michel Rocard qui l'a dit avant moi. C'est impossible. J'ajoute qu'il
y a
beaucoup de pays qui peuvent accueillir ces réfugiés. C'est curieux. C'est toujours l'Europe et la France qui doivent accueillir. Mais il y a beaucoup de pays qui sont très riches. Ils ont même parfois des coupes du monde de football. Ils ne peuvent pas accueillir. C'est beaucoup plus près de l'Erythrée que je sache. Donc qu'on arrête de culpabiliser les Français, qu'on arrête de culpabiliser les Européens, ça suffit. Il y a assez de richesses au Moyen-Orient pour accueillir ceux qui fuient d'Erythrée. Et il n'y a pas à culpabiliser, encore une fois, nos concitoyens.
Vous restez bien sûr avec nous. Vous êtes l'invité de ce journal de la mi-journée. Nicolas Dupont-Aignan, justement, il est question, on est bien d'accord, de structurer l'islam de France. Et donc de dégonfler les fantasmes, d'en finir avec ces lectures phobiques qu'on a avec la deuxième religion de ce pays.
Ce ne sont pas des lectures
phobiques.
C
'est important d'organiser l'islam de France. Ou plutôt de permettre aux Français,
qui
sont de confession musulmane, d'être représentés comme le sont les catholiques, ou les juifs, ou les protestants. Ça, j'ai toujours été favorable. En revanche, pour ça, il faudrait qu'il
y ait
une République, un État, qui soit un État. C'est-à-dire que quand des imams prêchent la haine, ils soient expulsés.
J
'ai été reçu récemment par Delibou Baker, le recteur
d'Argent de Mosquée, qui me disait,
les gouvernements passent et nous signalons des prêcheurs de haine, et le gouvernement ne fait rien. Donc, le problème, ce n
'est
pas l'islam de France. Le problème, c'est la faiblesse, la lâcheté des autorités françaises, quels que soient les gouvernements. C'est par exemple ces femmes voilées qui accompagnent les enfants pendant les sorties d'école, c'est-à-dire l'abandon de la laïcité à l'école publique. C'est ces médecins qui acceptent de ne pas soigner une femme parce que le mari ne veut pas. Vous savez, la plupart des Français musulmans n'ont aucun problème avec la République. Mais la République a une faiblesse vis-à-vis des fanatiques qui cherchent à diviser les Français, quelle que soit leur religion.
Encore faut-il dimensionner les phénomènes que vous venez de
gagner ? Parce que c'est un peu fond de l'assentiment que c'est un peu surdimensionnement ou pas ? Non,
c'est au contraire sous-évalué. Je suis élu de banlieue, je sais de quoi je parle, j'ai des salles de prière. Dans ma ville, j'en ai une, j'ai une mosquée dans la ville d'à côté dont je suis l'élue députée. Ça se passe très bien avec la majorité. Mais il y a une petite minorité qui teste la République. Et à chaque fois que la République est testée, elle est lâche. Et les autorités, qu'elles soient du ministère d'éducation nationale, du ministère de l'Intérieur, cèdent. Et je n'accuse pas ce gouvernement. C'est depuis tous les gouvernements. Donc la République doit être ferme. Et il n'y
a
aucun souci avec une grande majorité des Français musulmans. Mais il y a un vrai souci avec une petite minorité qui nous teste. Et si on cède avec cette minorité, on déconsidère les autres. Et c'est pourquoi il faut des instances représentatives. Et ça c'est bien
si on arrive à avoir des
instances plus représentatives.
Nicolas Dupont-Aignan, Catherine Dutu a sollicité le chercheur. Franck Frégozy, professeur à
l
'IEP d'Aix-en-Provence. Il évoque d'abord les failles de l'instance imaginée par Nicolas Sarkozy de CFCM, le Conseil français du culte musulman. Franck Frégozy.
Force
est de constater que par rapport à la grande masse des musulmans de France, avec toutes les nuances qu'on doit apporter, la plupart ne savent pas à quoi ça se
fait
au CFCM et n'ont pas droit au vote puisque les élections au CFCM s'effectuent par les mosquées, par les associations et non pas par les fidèles. Autant d'éléments qui ont sans doute amené le ministre de l'Intérieur à constater qu'il y a manifestement un défaut de légitimité, de représentativité de cette instance qui l'a amené à essayer d'associer dans une instance de dialogue d'autres personnes, d'autres sensibilités, d'autres courants qui pourraient aussi faire valoir en des droits légitimes à exprimer leur point de vue sur ce qu'est ou ce que devrait être l'islam en France aujourd'hui. Notamment la fédération de l'UEF qui a quitté le CFCM depuis plusieurs mandats.
Quoi qu'on puisse penser de l'UEF, l'UEF est une des composantes historiques de l'islam organisé en France. Je vois mal comment on peut continuer à travailler autour de la question du culte ou de l'organisation voire même de la lutte contre la radicalisation
si
cette composante importante historiquement de l'islam de France n'est pas associée à cette mouvance. Les autorités veillent aussi à ce que d'autres courants moins structurés peut-être,
je
pense notamment à ceux qui représentent plutôt la sensibilité de l'islam dits soufis, voire des intellectuels musulmans vont être associés dans un grand débat, une grande discussion autour des axes prioritaires sur lesquels l'État souhaiterait, avec les composantes musulmanes, pouvoir avancer. Ce qui veut dire en même temps que quelque part cette instance, j'allais dire même si elle n'est pas dirigée contre le CFCM, s'efforce de tirer les conclusions d'un CFCM qui n'a pas réussi finalement à inscrire son action dans la longue durée.
Parfois on assiste à des querelles d'égo, ces querelles sont instrumentalisées par certaines chancelleries étrangères, mais qui sont en décalage par rapport à la réalité d'un islam enraciné en France. Raison pour laquelle le ministère essaye je dirais de trouver une sphère de dégagement en associant d'autres personnalités sur des thématiques sur lesquelles historiquement le CFCM devait se prononcer. Mais les questions sur les homomères, par exemple, la question aussi des pratiques rituelles, il aurait été tout à fait logique que le CFCM soit en mesure d'apporter des réponses précises.
Voilà,
Franck Frégosi, auteur de l'Islam, ça va être à vous dans un instant, Dupont-Aignan, M. Nicolas Dupont-Aignan, l'Islam dans la laïcité parue aux éditions plurielles. Un mot ?
Juste un mot. Quand j'entends musulmans de France, ça me choque, parce que pour moi, on est français de confession catholique, de confession juive, de confession protestante, de confession musulmane. Et j'aimerais que dans les vocabulaires, on rappelle que ceux qui sont de religion musulmane sont français avant tout, et il
y
a une dérive des vocabulaires.
Alors, l'on questionne cette semaine, comme le disait Caroline Brouet, à l'ouverture de cette émission, donc sur France Culture, le rapport à la connaissance.
Vous
avez beaucoup de relevés de terrain, vous dites je connais la France, mais l'avez-vous réfléchi ? Est-ce que les sciences sociales ont le droit de citer, dans votre vie
?
Écoutez, j'espère qu'un homme politique réfléchit à son pays. Au
moyen des sciences sociales ?
Au moyen de tout ce qu'il peut y avoir, des sciences sociales. Mais je crois qu'il serait bon que tous ceux qui réfléchissent beaucoup à la France, des bureaux parisiens, aillent voir un jour les Français, ils verront que les Français sont des êtres de chair et de sang, qui souffrent beaucoup, et qui en ont assez de leur regard d'ethnologue.
Alors justement, vous avez lancé, depuis le terrain, ce matin, les transports franciliens, même, votre campagne, offre politique, je vous cite, de rupture radicale, patriote, sereine et rassembleuse, qui ne soit pas Front National. Pourquoi cette précaution, cette négation finale ? Vous avez peur que l'on vous confonde
? Non, je n'ai pas
dit, ce
n'est pas de moi, enfin, c
'est peut-être une déclaration, mais ce n
'est
pas de moi. C'est sûrement une
déclaration. C'est dans le Parisien, mais
ça a été tourné, comme toujours, c'est souvent comprimé. Ce que j'ai simplement dit, c'est que les Français n'en peuvent plus de ce piège dans lequel on les enferme. Soit vous continuez avec les incompétents qui nous dirigent depuis 20 ans et qui, en vérité, ont abandonné le pays. Ils sont soumis à Bruxelles, Mme Merkel et les autres. Malgré le vote des Français en 2005, il y
a
eu voté non, je vous le rappelle.
Soit
vous
allez au Front National.
Soit vous allez au Front National. Et en fait, il n
'y a
pas de chemin entre les deux. Le résultat de tout ça, c'est quoi ? 50% d'abstention, 8% de vote blanc au second tour des départementales, des millions de Français qui ne
sont
pas inscrits sur les listes. Donc moi, je revendique simplement le droit d'être gaulliste, un gaulliste social, patriote, de vouloir une autre politique pour mon pays sans pour autant être toujours accusé d'être Front National. J'en ai ras-le-bol que dès que je prends la parole, on me dit « Ah, vous n'aimez pas cette Europe-là, donc vous êtes suspect d'un grand... » Je dis maintenant, ça suffit. Est-ce qu'il ne serait pas temps que les Français aient un autre choix ? C'est ce que j'essaye modestement d'incarner avec ceux qui m'accompagnent.
Et votre gouvernement idéal alors, ce serait lequel
?
Oh ben mon gouvernement idéal,
c
'est un gouvernement avec un je-pierre-chevénement aux affaires étrangères,
par exemple. Ah, il vous parle, il vous
parle
dans le Parisien. Tout à fait, avec
un Henri Guénaud sur un autre ministère, avec un Laurent Wauquiez sur un troisième, avec des Français patriotes... Florian Philippe ou non ? Qui volent qu'on libère la France de cette politique mortifère qui est en train de créer un chômage de masse, une misère, des déséquilibres sociaux, des communautarismes qui mènent à l'explosion. Un Montebourg, par exemple, qui a écrit une très belle tribune dans le JDD, qui disait que le gouvernement menait au désastre. Mais en vérité, vous savez, on a des dirigeants qui ne sont plus dirigeants. Ils sont les petites marionnettes de Mme Merkel et de Bruxelles. Ça ne peut pas durer.
La France est un pays qui a mille ans d'histoire, qui est libre dans sa tête. Les Français sont résignés, mais
il
y
a un moment...
Ils méconnaissent
? Ah, je pense que...
Écoutez, s'ils respectaient les Français,
ils
n'auraient pas bafoué le vote de 2005 et ils ne continueraient pas une politique qui mène l'Europe dans le mur. Moi, j'aime l'Europe, mais pas celle-là.
Alors, l'Europe, c'est encore avec la Grèce.
Oui, j'espère. Et pourtant, l
'on parle beaucoup de Grexit. Or, notre Grexit vous propose d'écouter la dernière déclaration en date de M. François Hollande, président de la République française, ce matin. Il parle évidemment des derniers développements du week-end.
Ce
message, c'est celui de la responsabilité.
Et
donc, de la reprise aussi vite que possible de la négociation.
Et
nous avons des délais maintenant extrêmement courts.
Je
l'ai souvent dit. Attention, nous arrivons dans une période qui peut être celle de turbulence s'il n'y a pas un accord qui est trouvé. Ce message s'adresse à la Grèce parce que la Grèce ne doit pas attendre. Elle doit aller de nouveau vers la discussion avec les institutions.
Appel
à la négociation de François Hollande. Alors, M. Dupont-Aignan, il faut négocier, prendre en compte les urgences des Grecs. Ils ne peuvent pas payer, avez-vous déclaré ?
Mais vous savez, c'est le pyromane.
François Hollande, c
'est
le pyromane qui se prend pour un pompier. C'est toujours le même discours verbeux, qui est complètement dehors des réalités. Il y a un peuple
qui
a suivi une politique qui l'a tuée à petit feu et qui ne peut plus rembourser parce que c'est notre politique européenne qui l'a tuée. Leur faiblesse aussi, ils ont leur propre part de responsabilité. Ce peuple, il ne supporte pas une monnaie trop chère pour son économie.
Il
n
'y a
qu'une solution que tout le monde sait. Même Giscard d'Esta, même les prix Nobel américains, tout le monde le sait. La seule solution, c'est d'organiser en douceur et avec une négociation, une sortie de la Grèce de l'euro pour l'aider à retrouver de la compétitivité économique. Et je l'espère un jour rembourser une partie de sa dette parce que moi, je souhaite qu'il
y ait
un remboursement parce que ce sont les pauvres Français qui vont encore payer. Parce que souvenez-vous, en 2010 ou 2011, j'étais un des rares à refuser que les banques nous refilent la dette grecque. M. Sarkozy et M. Hollande, main dans la main, nous ont fait ce cadeau. Maintenant, c'est les Français qui vont trinquer.
M.
Dupoyant,
merci d'avoir accepté notre invitation. Julia Cagé, bonjour.
Bonjour.
Vous êtes assistant professeur d'économie à Sciences Po Paris. Julia Cagé, est-ce qu'il est question d'idéologie dans ces négociations grecques pour les appeler comme telles ? Ou est-ce que vraiment il y a un mécanisme à trouver qui conviendrait aux deux
?
Actuellement, ce n'est que de l'idéologie sur à quoi il faut rajouter l'amnésie. C'est-à-dire qu'on est dans l'idéologie, on veut faire croire aux Français, on veut faire croire aux citoyens européens qu'il n'y a d'autre choix pour la Grèce que de repayer ses dettes et que de ne pas repayer ses dettes, c'est mal. Sauf que si on fait un tout petit peu d'histoire et si on regarde l'histoire de l'Europe, on s'aperçoit que ce soit la France, que ce soit l'Allemagne. On avait des pays qui avaient des niveaux de dette égales à 200% de leur PIB en 1945 et à moins de 30% de leur PIB au début des années 50. Qu'est-ce qu'avaient fait ces pays, la France comme l'Allemagne ?
Ils n'ont pas repayé leurs dettes.
Ils
ont fait de l'inflation, ils l'ont restructurée. Donc pourquoi nous, aujourd'hui, on allait dire aux Grecs, vous, vous devez repayer, parce que c'est ça qui est bien, plutôt que de prendre en compte le fait qu'il faut restructurer la dette grecque, il faut en annuler une partie, il faudrait refaire un peu d'inflation en Europe et surtout ce qu'il faut éviter à tout prix,
c
'est une sortie de la Grèce de la zone euro.
Alors,
M. Dupont-Aignan, vous êtes encore là, vous semblez en désaccord
avec tout
ce que vient de dire Madame sur la première partie, mais je suis en désaccord avec la seconde, puisque bien évidemment la Grèce n'a pas la même structure compétitive, la même économie que l'Allemagne et ne peut pas avoir la même monnaie. Et ça, c'est de l'idéologie. Et vous ne pourrez pas changer le peuple grec, il a ses forces et ses faiblesses. D'ailleurs,
c
'est marrant, la Turquie,
c
'est marrant, enfin c'est triste, mais la Turquie a dévalué sa monnaie de 40% et les activités qui sont en Grèce sont parties en Turquie. Si la Grèce avait sa propre monnaie, il y aurait eu une stabilisation automatique et la Grèce en sortirait beaucoup mieux. Mais ça, c'est l'idéologie qui veut qu'on impose quelque chose qu'ils ne peuvent pas supporter. Alors, Julia Cagé.
Moi, je pense que si M. Dupont-Aignan faisait un tout petit peu plus de sciences sociales, il ne parlerait pas aussi facilement de peuple grec qui aurait comme caractéristique d'être moins productif que le peuple allemand, par exemple. Mais il regarderait les faits. Et les faits, c'est que la Grèce, si on acceptait de mutualiser les dettes au niveau européen, ce qui devrait accompagner, ce qui aurait dû accompagner la création d'une monnaie unique, s'en sortirait totalement bien.
Ce
qu'il faut, c'est regarder les
chiffres, regarder la réalité des statistiques et ne pas parler à chaque
fois des
millions de
peuples grecs pour faire peur aux peuples européens.
Mais
vous avez tout à fait raison de dire
que l'euro exige la mutualisation, mais ce n
'est
pas de chance, l'Allemagne ne veut pas. Alors, sauf à voir que la Grèce envahisse l'Allemagne, ce qui va être raté, moi,
je
parle qu'il faut partir des réalités, vous parlez de sciences sociales, les sciences sociales, elles sont fondées sur des réalités. La réalité, c'est que la Grèce ne peut pas supporter l'euro tel qu'il est et que l'Allemagne ne veut pas payer pour les grecs. Mais l
'Allemagne ne veut pas que la
Grèce sorte.
Mais c'est là où l'Allemagne est incroyable. Merkel
est très proche de M. Tsipras.
Lisez les échos, on parle. Tout ça,
c'est du grand cinéma. Il faut arrêter. La réalité, c'est que tout le monde sait que la Grèce devra sortir de l'euro, c'est que tout le monde sait que l'euro ne marche pas et qu'il faut coopérer parce qu'il ne s'agit pas de laisser tomber la Grèce, qu'il y aura une restructuration et que cette monnaie unique est en train de s'effilocher mais qu'il faut garder un système européen parce que moi, je préfère garder la paix en Europe, la prospérité plutôt qu'une monnaie qui est devenue un totem et quelque chose, un mythe. Voilà.
Merci
beaucoup. Merci
à vous
Nicolas Dupont-Aignan.
Nicolas Dupont-Aignan