L'interview : Philippe Juvin - 16/08
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Vous écoutez RMC, RMC, l'interview Rémi Barré. Mon invité du jour, Philippe Juvin. Bonjour Philippe Juvin. Bonjour. Vous êtes chef des urgences de l'hôpital Pompidou, maire Les Républicains de la Garenne-Colombe, dans les Hauts-de-Seine. Candidat à la primaire à droite pour la présidentielle de 2022. Philippe Juvin, pour le cinquième week-end consécutif, plusieurs milliers de personnes sont descendues dans les rues samedi pour protester notamment contre le pass sanitaire. Il y avait 217 000 manifestants à travers tout le pays. L'ampleur de cette contestation, au cœur de l'été et en plein mois d'août, est-ce qu'elle vous étonne ?
Elle est surprenante, bien entendu, mais elle témoigne de quoi ? Elle témoigne d'une perte importante de confiance vis-à-vis du pouvoir politique. Est-ce qu'il faut s'en étonner ? Il ne fallait pas mettre de masque, il a fallu mettre un masque. Il n'y aurait jamais de pass sanitaire, il y a un pass sanitaire. L'AstraZeneca, c'était formidable, puis il ne fallait pas le prendre. Les gens ne comprennent rien, je comprends leurs désappointements. Et même si je ne partage évidemment pas ce pour quoi ils manifestent, et on pourra en parler, j'espère, je comprends leurs désappointements, bien sûr.
Bien sûr qu'on va en parler, parlons du pass sanitaire tout de suite. Je sais que dès la fin du mois de mai dernier, vous militiez pour la mise en place au plus vite d'un pass sanitaire. Est-ce que ce qui est mis en place aujourd'hui, est-ce que c'est suffisant ?
Oui, absolument. Depuis même le mois de janvier, je dis que si on veut rouvrir, par exemple, les salles de spectacle, qui étaient fermées à l'époque, il valait mieux des salles de spectacle ouvertes avec un pass sanitaire que des salles de spectacle fermées. Je continue à dire la même chose. Le pass sanitaire, c'est un très mauvais système qui auberge les libertés. Ce serait idiot de prétendre le contraire. Mais moi, je préfère un restaurant ouvert avec le pass sanitaire qu'un restaurant fermé.
Est-ce qu'il faudrait qu'on commence à le faire ? On le voit petit à petit. C'est-à-dire qu'il y a quelques semaines, le pass sanitaire, c'était les cinémas, etc. Ensuite, depuis lundi dernier, les cafés, les restaurants. Là, aujourd'hui, à partir de ce matin, une centaine de grands centres commerciaux, de grands magasins à travers le pays. Est-ce qu'il faudrait aller plus loin ? Est-ce qu'il faudrait systématiser le pass sanitaire ?
Une des difficultés du pass sanitaire, c'est la logistique. On voit bien que c'est parfois complexe. Et peut-être un des reproches qu'on peut faire à ceux qui nous gouvernent, c'est l'incapacité de prévoir les choses. Le pass sanitaire, comme je vous l'ai dit, on en parle depuis le début de l'année. Et il a fallu qu'en plein juillet, on se pose des questions logistiques importantes, bien sûr, parce qu'on n'avait rien préparé. C'est toujours pareil, on est dans la précipitation. Faut-il l'étendre ? Moi, je ne sais pas. Encore une fois, si c'est la condition pour laisser ouvert des activités, oui.
Si ces activités peuvent être ouvertes sans le pass sanitaire, autant se passer du pass sanitaire.
Il y a une autre question, celle du déremboursement des tests. On le sait, à partir de la mi-octobre, les tests PCR ne seront plus remboursés, sauf prescription médicale. On sait qu'aujourd'hui, qu'un certain nombre de personnes, alors il y a celles qui n'ont pas eu le temps, qui ont pris du retard dans leur vaccination, etc. Mais il y a quand même un certain nombre de personnes qui ne veulent pas se faire vacciner et qui profitent du remboursement de la gratuité des tests pour ne pas aller se faire vacciner. Est-ce qu'il faudrait, dès aujourd'hui, en tout cas plus rapidement, dérembourser ces tests ?
Non, je pense que le déremboursement des tests, pour les Français, est une très mauvaise idée. Parce que le test, il faut le considérer comme un investissement. Moi, je préfère un test à 50 euros. Parce que si ce test à 50 euros permet d'éviter une hospitalisation à 5 000 euros, c'est le coût moyen d'une hospitalisation en France, et bien c'est rentable. Le test, c'est un investissement, à condition, bien sûr, qu'on en tire les leçons. Un des sujets en France, c'est qu'on ne met pas suffisamment à profit les résultats des tests. Je vous l'illustrais. En France, quand vous testez quelqu'un positif, vous remontez des chaînes de contamination, on remonte en moyenne 2,5 personnes cas contacts.
C'est très peu. Dans les pays beaucoup plus performants, je pense à l'Inde par exemple, on a remonté jusqu'à 37 cas contacts par individu testé. Donc le sujet, ce n'est pas le coût du test, c'est le fait qu'on ne le rentabilise pas suffisamment.
Et comment on fait-on pour remonter la chaîne des cas contacts ?
Eh bien, on fait ce que d'autres pays font, et qu'on prétend faire depuis un an et demi en France et qu'on ne fait toujours pas. On se dote d'une armée de gens qui vont voir ceux qui sont positifs, qui leur posent des questions. Bref, on fait de l'enquête épidémiologique. Ça, c'est quelque chose sur lequel nous n'avons pas été bons depuis un an et demi. Pourquoi on ne le fait pas ? Probablement par insuffisance, par nonchalance, par désorganisation. Beaucoup de pays, ceux qui ont en tout cas utilisé la méthode dite du zéro Covid, c'est-à-dire l'éradication du virus, ont ce type de stratégie. Et nous, nous n'arrivons pas à le faire.
Donc pour répondre à votre question, le test, il ne faut pas qu'il soit payant. Il faut au contraire qu'il soit facilité. Avec une exception toutefois, ce sont ceux qui entrent sur le territoire national. C'était absurde de ne pas leur demander de payer. Notre générosité devait avoir des limites. Mais pour les Français, au contraire, moi je crois qu'il faut généraliser le test. Vous savez, les écoliers, les écoliers, lycéens, collégiens en Grande-Bretagne ont le droit à un autotest deux fois par semaine. Les autotestes, les écoliers, les collégiens et les lycéens britanniques ont été testés cent fois plus que les Français. Si vous ne testez pas, comment voulez-vous juguler l'affection ?
On n'y arrivera pas.
On devait le faire, si je me souviens bien. Bien sûr. Au mois de mai, juin. Mais non, exactement. Mais ça n'a pas fonctionné.
Ça n'a pas fonctionné. C'est comme tout depuis un an et demi, où on prétend qu'on va faire. D'accord. Et on ne fait pas. On vous a dit qu'on allait, il y a un an et demi, ouvrir des hôtels pour isoler les gens. Est-ce qu'on l'a fait ? Non. On vous a dit qu'on allait contrôler les frontières. Est-ce qu'on le fait ? Non. On a dit qu'on allait tester les enfants. Est-ce qu'on l'a fait ? Un peu. Est-ce qu'on a dit qu'on allait remonter les chaînes de contamination ? Est-ce qu'on ne le fait ? Toujours pas. Moi, j'en ai assez, si vous voulez, de cette politique qui fait que commenter et promettre de faire. Moi, j'attends qu'un homme politique, ça fasse.
Une autre question. On parlait à l'instant des écoliers, des lycéens. Je voudrais parler des plus jeunes. Est-ce qu'il faut vacciner les moins de 12 ans ?
Les essais cliniques qui sont en cours ne sont pas encore concluants. Donc, on n'a pas de réponse scientifique à vous donner. Tout ça est une affaire très sérieuse et ça s'étudie. Donc, aujourd'hui, il n'y a pas de réponse scientifique.
D'accord. Alors, entrer une troisième dose pour les personnes les plus fragiles ?
Probablement. Il semble que les gens les plus âgés en particulier qui ont reçu leur vaccination au début de la campagne, en janvier ou février, ont probablement un taux d'anticorps qui a beaucoup baissé, beaucoup plus qu'on ne croyait. C'est une des raisons pour lesquelles on envisage de faire une troisième dose à une population particulière. Ensuite, la question se posera pour la population générale. Faudra-t-il faire une troisième dose à quelqu'un qui est en bonne santé, qui n'a pas de comorbidité ? Ça, on le saura dans quelques mois.
J'insiste sur le fait que l'Organisation Mondiale de la Santé a déclaré aux pays occidentaux, c'est-à-dire les pays riches tels que les nôtres, mesdames et messieurs les pays riches, avant de faire une troisième dose à la population qui se porte bien, veillez peut-être à ce que nous, les pays sous-développés, nous ayons, ou en voie de développement, suffisamment de doses, au moins pour vacciner notre personnel soignant.
J'allais y venir, parce que je sais que ça vous tient à cœur cette question, c'est la question de la pandémie, épidémie mondiale. Or, le traitement que l'on fait de cette pandémie en Occident, et notamment en France, c'est un traitement local. Oui, ça ne peut pas fonctionner.
Je crois qu'à la fin de l'année, sur les 11 milliards de doses qui ont été produites par les différents fabricants de vaccins, les pays développés en auront acheté presque 10. Donc la quasi-totalité des doses, aujourd'hui, vont aux pays développés. Soyons clairs, si nous laissons une partie du monde non vacciné, ce qui est le cas aujourd'hui, nous nous exposons à quoi ? avoir émergé des variants potentiellement résistants aux vaccins que nous, nous aurions utilisé. Et donc, c'est à la fois une question éthique de vacciner le monde entier, mais c'est surtout un illogisme scientifique de ne pas vacciner le monde entier. Il faut qu'il y ait une stratégie mondiale de vaccination.
Alors là, c'est comme tout le reste, on prétend qu'on le fait, mais on ne le fait pas. Sur les 77 millions de doses de vaccins qui avaient été prévues, livrées selon le mécanisme COVAC, qui est un mécanisme de fraternité mondiale, de distribution de vaccins aux pays en voie de développement simplement, sur les 77 millions, seulement 15 avaient été distribués au mois de mai. On voit bien que la solidarité mondiale ne fonctionne pas, or, elle est dans l'intérêt de tous. On doit tous être vaccinés. Pandémie égale vaccination mondiale.
Une dernière question sur la crise sanitaire. Philippe Juvin, la semaine dernière, pas plus tard que la semaine dernière, Emmanuel Macron disait, mettant en garde les Français, cette épidémie n'est pas derrière nous. On en a encore pour de longs mois. Mais il a raison.
Non seulement il a raison, mais je pense que d'abord, l'épidémie, tant qu'on n'aura pas vacciné la totalité du monde, est devant nous. Ça signifie que ce n'est pas quelques mois devant nous. Si nous n'avons pas de stratégie, et nous n'avons pas de stratégie, que ce soit en France ou au plan mondial, l'épidémie est devant nous pour peut-être même quelques années.
Philippe Juvin, vous êtes également maire LR, les Républicains de la Guerre de Colombes dans les Hauts-de-Seine, je le disais, et vous êtes en lice pour la primaire de la droite. Vous avez officialisé dans le Figaro il y a trois semaines, c'est ça, votre candidature à la primaire de la droite. On vit l'élection présidentielle d'avril 2022. Et vous dites avoir, parce que vous restez dans vos compétences, que j'allais dire particulières, en tant que chef des urgences de l'hôpital Pompidou, vous dites avoir pour objectif de faire avancer la cause des services publics, y compris évidemment les services de santé, lors de cette primaire. Ça veut dire quoi ?
Ça veut dire que la crise nous a montré quoi ? Elle nous a montré que l'hôpital, pour prendre celui-ci, n'a pas tenu, contrairement à ce qu'on a raconté partout, l'hôpital a improvisé. C'est comme ça que nous avons tenu, en improvisant. Moi, j'ai observé une grande paupérisation des services publics, pas seulement l'hôpital, mais regardez les services postaux, la police. Il y a une paupérisation des services, non seulement publics, mais des services au public. Essayez de trouver un médecin libéral. Essayez de trouver un spécialiste, rapidement, quand vous en avez besoin.
On voit bien que la France tombe, et les hommes politiques la regardent tomber en faisant du commentaire, et en faisant des promesses qu'ils ne réalisent jamais. Moi, je n'en peux plus de cette France qui tombe, et c'est pour ça que cette France qui tombe, elle s'exprime aussi par les services publics qui tombent. La droite doit être une droite des services publics.
Les services publics qui ne fonctionnent plus en France, ou qui fonctionnent mal, c'est quoi ? Manque de moyens, manque d'effectifs,
ou mauvaise gestion ? C'est plein de choses. C'est clairement des manques de moyens. Vous savez qu'il y a, par exemple, un quasi-écroulement de nos infrastructures. Après la chute du pont à Gênes, en 2018, un audit a été demandé sur l'état des ponts en France. Eh bien, 10% de nos ponts ne sont pas entretenus et menacent de tomber. Et si on ne fait rien, dans 10 ans, 10% supplémentaires menaceront de tomber. C'est pareil pour les gares, c'est pareil pour l'équipement des policiers. Regardez dans quelle voiture ils circulent. Enfin, tout ça est absolument fou. Nous avons un pays qui est en pleine décadence, parce que c'est un pays qui s'est ruiné.
Donc, c'est à la fois une question de moyens, c'est aussi une question de contenu. Moi, je suis frappé de voir qu'il y a beaucoup d'argent qui est mis dans le système de santé, mais il y a peu d'argent, parmi cet argent, qui va aux soins. Vous savez qu'il y a quasiment autant d'équivalent temps plein administratif que d'équivalent temps plein de médecins dans la fonction publique hospitalière. Est-ce qu'on ne marche pas sur la tête ?
Tout comme dans la police, où de très nombreux policiers disent passer les deux tiers de leur temps à faire de l'administratif. Mais bien entendu,
moi, je fais la proposition que désormais, quand on embauchera un policier, on prévoira évidemment les sommes nécessaires pour le payer, mais aussi les sommes nécessaires pour qu'il fasse correctement son travail, c'est-à-dire qu'on financera un bout de voiture, un bout d'ordinateur, un bout de bureau, etc. La paupérisation des services publics, c'est aussi la paupérisation des moyens mis à disposition des fonctionnaires qui sont là pour nous servir.
Il nous reste peu de temps, Philippe Juvin, mais je voulais également parler avec vous de l'Afghanistan. Pourquoi ? Parce qu'après-demain, nous serons le 18 août, nous allons commémorer le 13e anniversaire, c'était en 2008, de la mort de 10 soldats français dans la terrible embuscade d'Ousbine, dans la vallée de la Capissa. On s'en souvient tous de ces terribles images. Vous étiez, vous, à l'époque, en 2008, en Afghanistan, médecin militaire réserviste dans l'armée, c'est ça ?
Absolument, j'étais parti quelques mois en opération extérieure, j'avais mis de côté ma vie politique, j'étais maire à l'époque et hospitalière pour servir mon pays sous l'uniforme, j'étais commandant de l'armée française.
Qu'est-ce que ces années plus tard ?
Qu'est-ce que j'ai observé là-bas ? J'ai observé d'abord que quand on disait nous avons aidé les petites filles à aller à l'école, c'était vrai. Moi, je les ai vus, les petites filles, elles allaient à l'école grâce à nous. Et puis, j'ai observé aussi que la troisième nuit où j'étais là-bas, notre camp a été attaqué par les talibans. Nous n'avons eu qu'un blessé léger, mais les talibans se sont échappés. Et durant les mois que j'ai passé là-bas, j'ai observé que l'ennemi était insaisissable. Et nous nous disions déjà en 2008, au fond, comment s'en sortir, où est le but de guerre ? Et voyez-vous, c'est un des sujets de ces opérations extérieures. C'est très facile de partir en guerre.
C'est beaucoup plus difficile d'en revenir et d'arrêter la guerre. Et donc, ça doit nous servir de leçon. Quand nous partons en guerre, il faut que nous nous fixions des buts de guerre et que nous les tenions. Sinon, les guerres n'en finissent pas et finissent en débandade comme ce que nous voyons. Troisième point, pardon, et je veux absolument le dire. Quand j'étais médecin militaire là-bas, j'avais des interprètes afghans qui nous aidaient. Et quand on partait en patrouille, on arrivait même parfois jusqu'à les armer parce qu'on ne savait pas ce qui allait arriver, alors que c'était interdit, mais on le faisait.
Nous avions des médecins afghans que nous formions et qui nous aidaient à soigner ou la population ou même parfois les talibans qui étaient blessés au combat. Et bien tous ces gens qui ont servi la France, qui ont servi l'armée française, j'espère qu'ils vont tous trouver refuge en France. D'après les témoignages que nous avons, ce n'est pas le cas. Alors moi j'appelle le gouvernement français à très largement accueillir tous ceux qui ont aimé et aidé la France là-bas ainsi que leur famille et d'en faire des citoyens français.
Après tout, chaque année, nous nous tapons des dizaines de milliers de gens qui demandent faussement le droit d'asile à la France pour bénéficier de ses avantages sociaux. Ceux-là, ils ont aimé la France et ils méritent la France.
Merci beaucoup, Philippe Joubert. Merci. Vous avez été avec nous ce matin sur RMC, chef des urgences de l'hôpital Pompidou et maire LR de la Garenne-Colombe.