Débat sur l'Ukraine à l'Assemblée, autonomie de la Corse... le 8h30 d'Olivier Faure
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Olivier Faure, vous avez rendez-vous cet après-midi à l'Assemblée Nationale pour vous prononcer sur l'accord bilatéral de sécurité conclu entre Emmanuel Macron et le président ukrainien Volodymyr Zelensky. On parle de coopération militaire, de soutien de la France jusqu'à 3 milliards d'euros cette année. Est-ce que vous allez voter pour ?
Depuis le 24 février 2022, nous n'avons jamais, jamais varié. Et donc là où le président d'ailleurs lui-même avait dans un premier temps cherché à s'accommoder avec Vladimir Poutine, je vous rappelle qu'à l'époque il ne voulait pas humilier la Russie, nous n'avons jamais varié. Et donc nous avons toujours considéré qu'il y avait une forme d'évidence au soutien à la résistance ukrainienne face à un adversaire, la Russie, qui n'a jamais été un partenaire fiable et je vous rappelle que s'il fallait en convaincre nos auditeurs, que la Russie avait en réalité signé un accord, les mémorandums de Budapest en 1994, au moment du démantèlement de l'Union soviétique.
Il y avait un accord qui démilitarisait, et notamment sur le plan nucléaire, l'Ukraine, qui était à l'époque la troisième puissance nucléaire du monde, qui a remis ses ogives nucléaires à la Russie, en échange de quoi elle devait obtenir la sécurité sur ses frontières et donc son intérité territoriale. Et la guerre en Ukraine n'a pas commencé en réalité il y a deux ans, mais il y a dix ans avec l'annexion de la Crimée déjà par la Russie, et la Russie ne s'est jamais arrêtée.
Et donc si on laisse gagner la Russie, et bien le risque que nous courons toutes et tous, et surtout d'abord les pays qui sont les pays limitrophes, c'est de se retrouver dans une situation où la Russie ne s'arrêtera pas, et la Russie ne veut pas négocier.
On va parler justement de cette guerre en Ukraine. Le RN a annoncé qu'il allait s'abstenir cet après-midi. Si la France Insoumise vote contre ou fait pareil, la même chose que le RN, comment vous interprétez leur position ?
Je n'interprète rien. Je vois simplement qu'il y a des gens dans ce pays, dans notre pays, qui ont en réalité plus d'attention pour la Russie qu'ils en ont pour l'Ukraine. Il y a une réalité qui est très simple, c'est qu'il y a un pays agresseur et il y a un pays agressé.
On rappelle que Manuel Bompard, le coordinateur de la France Insoumise, dit qu'il faut pouvoir donner des garanties de sécurité à la Russie.
Mais je viens en réalité de vous répondre en vous rappelant les mémendômes de Budapest signés par la Russie. La garantie de sécurité, c'était non pas de l'Ukraine vers la Russie, mais de la Russie vers l'Ukraine. L'Ukraine à l'époque a remis toutes ses armes nucléaires à la Russie, en échange de quoi elle devait obtenir la sécurité et l'intégrité territoriale. Donc quand on parle de garantie mutuelle, la demande de Manuel Bompard, elle est très anachronique. La trahison en fait sur les garanties données sur la sécurité, la trahison, elle est russe, elle n'est nulle part ailleurs. Et en réalité, vous voyez bien que Poutine n'en est pas à son coup d'essai.
Il y a eu bien sûr la Crimée, mais il y a eu la Tchétchénie, il y a eu la Géorgie, il y a eu la Syrie, il y a Wagner dans la bande saïe.
Je vous pose la question pour vous, la demande de Manuel Bompard sur la sécurité de la Russie, elle est anachronique ?
Elle est anachronique, elle ne correspond à rien. La réalité c'est qu'aujourd'hui, qui est-ce que vous avez entendu à un moment quelconque, l'Ukraine avec la volonté d'agresser la Russie ? Ça n'est pas arrivé à ma connaissance, c'est arrivé déjà à deux reprises depuis 2014.
Il faut quand même expliquer aux téléspectateurs et aux auditeurs qui nous écoutent, dans ce texte qui va être voté cet après-midi, il est question d'un soutien financier et d'armes aux Ukrainiens. Mais il y a aussi un volet politique et dans ce volet politique, il y a l'objectif affiché de faire adhérer l'Ukraine dans l'Union Européenne et aussi l'objectif de faire entrer l'Ukraine dans l'OTAN. Et c'est là où les insoumitiques, ils disent, on ne peut pas dire qu'on ne veut pas la guerre alors qu'on va faire entrer l'Ukraine dans l'OTAN et là, en fait, les Russes peuvent se sentir dans une certaine insécurité.
Vous croyez vraiment que, en fait, l'OTAN est un agresseur potentiel de la Russie ? Vous pensez vraiment que, jusqu'ici, où est-ce que vous avez vu les forces de l'OTAN rentrer en conflit direct ?
C'était l'argument évoqué par Vladimir Poutine au début de la guerre ?
C'est un argument de Vladimir Poutine. C'est aussi, en l'occurrence, l'argument de la France insoumise. Moi, ce que je vous dis, c'est que la perspective de l'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN doit exister. Elle fera sans doute partie d'une négociation le jour où les Russes voudront négocier parce qu'à l'heure où nous nous parlons, la réalité, c'est que c'est toujours la même histoire. Les pacifistes sont à l'ouest, mais les missiles sont à l'est. Et la réalité, c'est qu'on a, en fait, une volonté très nette des Russes de ne pas s'arrêter. Mais quelle est la réalité ?
C'est que vous avez Medvedev la semaine dernière qui explique qu'il veut bien négocier sur des bases qui sont quand même complètement folles. Il explique « je veux bien négocier, c'est 60% du territoire ukrainien pour la Russie, 40% pour l'Ukraine ». Vous voyez bien que ce n'est pas...
Les annexions, en fait, garder les annexions qui ont déjà été faites par la Russie.
Et donc, la réalité, c'est qu'il n'y a aucune volonté de négocier de la part des Russes qui cherchent à jouer la montre, qui attendent, en fait, la victoire de Trump éventuelle aux Etats-Unis pour pouvoir se trouver dans une situation où les Etats-Unis pourraient éventuellement baisser l'aide qu'ils accordent aujourd'hui à l'Ukraine.
Mais nous, Français, on soutient les Ukrainiens jusqu'où ? Quand le Président de la République a évoqué la possibilité d'envoyer des troupes occidentales en Ukraine, vous vous avez dit « Emmanuel Macron joue avec le feu ». Depuis, il a tempéré ses propos. Mais est-ce qu'il était allé trop loin ?
Mais ce qu'on peut... Enfin, je comprends bien que, dans une guerre, il faut de la dissuasion. Mais ce qu'a fait le Président français, quand il a commencé à évoquer l'envoi de troupes au sol, il a divisé les Alliés. Il a réussi cet exploit, non pas de créer une ambiguïté stratégique, ce qui aurait pu se justifier... C'est ce qu'il revendique. C'est ce qu'il revendique. Mais enfin, c'est pas ce qu'il a fait. Le résultat, c'est qu'après un sommet qu'il avait réuni, où les Alliés s'étaient mis d'accord, il part sur autre chose. Et le résultat des courses, c'est que Vladimir Poutine a maintenant sous les yeux une Europe qui est complètement divisée sur la question de l'envoi de troupes au sol.
Donc ça n'avait aucun sens. Et c'est une faute, en réalité, stratégique. Quand on est face à un adversaire, on doit, au contraire, lui faire passer un message. C'est qu'il n'y a effectivement aucune limite, pour reprendre l'expression qu'a depuis utilisée le Président de la République, mais ça doit rester absolument flou et abstrait. C'est même le principe de base de la dissuasion. Dès lors que vous commencez à évoquer des sujets de manière claire, et que vous savez que vous allez diviser votre propre camp, c'est une absurdité, c'est même une erreur et une faute.
Mais il y a un autre propos d'un autre dirigeant sur un autre sujet qui divise potentiellement les Européens. C'est ce que dit Olaf Scholz à propos des missiles longue portée, qu'il refuse absolument le social-démocrate Olaf Scholz.
Oui, mais je ne partage pas l'avis d'Olaf Scholz sur cette question. Je pense qu'il y a aujourd'hui une difficulté avec les armes que nous fournissons à l'Ukraine qui ne lui permettent pas, en réalité, de reprendre du terrain. Parce que, pour expliquer les choses de manière très rapide, parce que nous ne sommes pas ici sur un plateau d'experts militaires, mais la réalité, c'est que les armes de longue portée dont disposent les Russes permettent d'envoyer des bombes sur le front ukrainien en étant eux-mêmes très en arrière.
Et donc, à partir du moment où les obus ukrainiens ne peuvent pas atteindre ceux qui leur tirent dessus, il y a forcément une inégalité de fait sur le terrain qui se joue au détriment des Ukrainiens.
Au niveau européen, un fonds commun est en construction pour acheter des armes en commun. 100 milliards d'euros, c'est l'objectif. Il faut qu'on avance sur l'idée d'une armée européenne. C'est ce que dit aussi la candidate Renaissance aux européennes, Valérie Ayet. Est-ce que, sur le principe, vous êtes d'accord ?
La question de la défense européenne, elle est posée, et elle est encore plus posée par l'éventualité d'une nouvelle victoire de Trump, qui a déjà annoncé la couleur, qui a déjà dit, « Moi, les Européens, ce n'est pas mon sujet. »
Donc, il faut une armée européenne ?
Et donc, il faut une défense européenne. Je ne sais pas s'il faut une armée européenne. Ce qu'il faut, au moins, c'est arriver à ce qu'on appelle l'interopérabilité entre les différentes armées européennes, permettre qu'elle puisse se constituer en un ensemble intégré dans l'hypothèse d'un conflit. Et évidemment, ce qu'il faut, c'est que l'Europe avance sur sa propre sécurité. Jusqu'ici, le parapluie américain a été, d'une certaine façon, une sécurité qui nous était accordée sans réaliser beaucoup d'efforts. Mais maintenant, je crois que chacun a compris que nous sommes dans une situation où nous ne pouvons pas faire l'économie d'une réflexion sur le sujet.
Un mot juste avant le fil info. Le Sénat a voté le financement des entreprises de défense par le Livret A et le Livret Développement Durable, l'épargne des Français. Ça doit arriver à l'Assemblée Nationale. Vous voterez pour ou contre ?
Je n'en ai pas encore décidé, mais moi, je pense que ce n'est pas le bon moyen. Le Livret A a d'autres vocations. C'est le logement social. Donc, en fait, ne privons pas le logement en siphonnant ces fonds. Il y a d'autres manières d'alimenter le budget de la défense.
Le 8.30 France Info, Jérôme Chapuis, Salia Brachia.
Et avec le premier secrétaire du Parti Socialiste, Olivier Faure, on en parlait dans le fil info, cette marche vers l'autonomie de la Corse qui s'accélère avec ce texte, cet accord hier soir entre Gérald Darmanin et des élus corse qui prévoit l'inscription du statut spécifique de Lille dans la Constitution. Vous avez des lignes rouges ou vous êtes d'accord sur le principe ?
D'abord, c'était assez tout frais. Et je n'ai pas lu, je n'ai pas vu. En fait, le texte de l'accord, je vais devoir à la fois Gilles Simeone et puis... Président de la société. Exactement. Et puis, je veux aussi pouvoir lire et voir quelles sont les conséquences parce que ce précédent aura certainement des conséquences ailleurs sur nos territoires, notamment ultramarins, etc. Et donc, il faut qu'on puisse s'accorder sur des principes, sur des principes clairs. Alors, si vous me demandez sur les grands principes, je suis plutôt favorable, effectivement, à une forme d'autonomie.
Je souhaite qu'en fait, nous puissions aller plus loin dans l'exercice qui permet à des entités qui ont une identité très forte de pouvoir l'exprimer et de ne pas agir comme si nous étions tous métropolitains, comme si nous étions, même si la Corse fait partie de la métropole, mais comme si nous étions tous à l'identique. Il y a des territoires avec des spécificités dont il faut tenir compte.
Et là, il est quand même question, Olivier Faure, de nouvelles compétences réglementaires et législatives pour la Corse à détailler, évidemment, à voir avec les différentes assemblées. Sur le principe, vous dites, bon, c'est possible pour la Corse. Le problème, c'est que ça peut donner des nouvelles à d'autres.
Je veux voir. Je veux comprendre quel est le champ d'application, ce que cela vise. Et sur le fond, vous dire aussi que ça ne résoudra pas tous les problèmes de la Corse et qu'il y a là aussi les problèmes économiques, sociaux de la Corse. Ils ne se régleront pas simplement avec des institutions révisées.
Le mois prochain, le gouvernement va présenter un texte sur une aide active à mourir sous conditions strictes. Ce sera réservé aux personnes majeures, capables d'un discernement plein et entier, des malades incurables dont le pronostic vital est engagé à court ou moyen terme. Est-ce que ce texte va dans le bon sens ?
Bon, d'abord, enfin. Enfin, parce que ça fait tellement longtemps que les Français sont mûrs pour que nous puissions légiférer sur le sujet. C'est un sujet difficile et c'est un sujet douloureux. Toutes les expériences que nous pouvons avoir eues les uns ou les autres sur ces questions-là nous rappellent que quand on parle de la vie et de la mort, évidemment, ça touche à ce que nous avons de plus intime. Et en même temps, si je peux reprendre cette expression maintenant consacrée, il était temps d'intervenir sur le sujet et de permettre la liberté jusqu'au bout. Permettre à chacun de choisir sa fin de vie. Moi, je ne demande à personne de partager des convictions.
Je demande simplement à ce que chacun accepte l'idée que nous avons tous un rapport différent à la vie et à la mort et que nous devons toutes et tous pouvoir être libres jusqu'au dernier moment.
Olivier Faure, ce texte, vous allez l'examiner comme député à partir du mois de mai. Il va être présenté le mois prochain d'abord en Conseil des ministres. Les associations, les militants, notamment pour le droit à mourir, disent qu'il y a trop de restrictions. Ce texte, pour vous, c'est un point de départ de la discussion parlementaire. Vous pouvez souhaiter aller plus loin par le biais d'amendements notamment ?
Oui, c'est un point de départ. C'est un point de départ et maintenant, il y aura un débat riche, nourri, parce qu'il y a encore des ambiguïtés dans le texte qui sont à lever. Lesquelles ? Je prends l'exemple de cette notion de moyen terme. On se voit bien ce que c'est d'être un malade incurable et avec une fin de vie qui est à court terme. C'est l'affaire de quelques jours, de quelques semaines. À moyen terme, ça veut dire quoi ? Ça veut dire quelques mois, quelques années ? Quelles sont les maladies qui sont envisagées ? Comment est-ce qu'on appréhende ce sujet de manière très concrète ? Voilà une des ambiguïtés. De la même façon, qui en décide ? Les médecins ? La famille ?
Le patient lui-même ? Le projet, c'est que ce soit collégial. Oui, mais avec un recours possible, s'il n'y a pas d'accord. Et puis ensuite, le patient. On est sur différentes couches. Alors je comprends qu'on prenne des précautions, qu'on vérifie que celui qui demande à mourir soit dans un état notamment psychologique qui le permette de faire un choix qui est un choix raisonné, lucide, éclairé. Mais je souhaite aussi qu'on fasse attention à toujours respecter la parole de celui qui le demande. J'ai le souvenir de Paulette Winchard-Kunzler, qui a été ministre socialiste, députée socialiste il y a quelques années, et qui était très opposée au droit à mourir.
Et qui a été atteinte par une maladie incurable, et qui a fait le choix de partir à l'étranger pour se donner la mort. Et dans cette lettre testamentaire qu'elle nous a laissée, déchirante, elle explique pourquoi. Et elle dit pourquoi elle a changé d'avis aussi. Et donc moi je demande à toutes celles et ceux qui ont des convictions, et souvent qui sont dictées par une foi religieuse, de ne pas chercher à dicter à qui que ce soit sa volonté. Mais de faire en sorte que chacun puisse avoir le droit de regarder la mort en face, et de choisir sa fin de vie.
Alors il n'y a pas que la foi religieuse qui intervient, il y a parfois des arguments philosophiques et politiques qui s'adressent notamment à la gauche. Parce qu'il faut entendre ici ce que disent certaines associations de soignants qui sont opposées. Mais il y a notamment cette crainte que de manière insidieuse, les personnes vulnérables, auxquelles la gauche est évidemment attentive, sentent qu'ils sont finalement devenus un poids pour leurs proches. D'une certaine manière qu'on leur dit qu'il est temps de laisser la place. Est-ce que vous l'entendez cet argument ?
Oui, bien sûr. Je l'entends. Je l'entends d'autant mieux que ma mère était infirmière dans un service, on l'appelle de long séjour, parfois pour des très courts séjours, mais qui, et elle m'a souvent raconté, les gens qui étaient en fin de vie, et l'importance de l'entourage des proches. Et des gens qui souffraient beaucoup, qui voulaient rester en vie parce qu'ils avaient encore le soutien de leur famille, et d'autres qui souffraient peut-être moins, mais qui demandaient à l'époque, sans l'obtenir, à partir. Et donc, oui, bien sûr qu'il faut faire attention à ces questions-là. Ce n'est pas une question légère.
Et la vérité, c'est qu'il faut aussi faire en sorte que les soins palliatifs, qui est l'alternative au suicide assisté, soient présents partout. Et quand on sait qu'il y a 21 départements en France où il n'y a même pas de services de soins palliatifs...
Là, il y a un engagement du Président de la République. Oui, et c'est un engagement nécessaire.
Et j'espère qu'il sera suivi des faits, parce que ça fait longtemps qu'on en parle, mais pour autant, rien ne se passe. Et donc, il faut... Moi, ce que je plaide, c'est le libre choix. Je plaide pour que chacun soit complètement libre de faire soit le choix des soins palliatifs, soit le choix du suicide assisté, mais que chacun ait cette possibilité et que nous soyons dans un pays qui va jusqu'au bout de ce qu'il a toujours énoncé. Nous sommes libres du début à la fin.
Toujours avec le premier secrétaire du Parti Socialiste, Olivier Faure, dans un entretien au magazine Têtu, le patron des députés PS, Boris Vallaud, se dit à titre personnel, favorable à une GPA éthique. Il y a des GPA qui se produisent dans des conditions de marchandisation du corps et le meilleur rempart contre cela, c'est de légiférer, dit-il. Qu'est-ce que vous en pensez ?
Écoutez, je ne veux pas lancer un débat ce matin sur la GPA éthique. C'est ce qu'il fait, lui. Oui, enfin, donc, il a exprimé un titre personnel, il l'a dit, et je vois bien les polémiques qui vont naître si je commence à me prononcer pour contre ou abstenir. Donc, je vais vous laisser le soin de proposer cette question dans quelques mois ou dans quelques années. Mais pourquoi ? Mais tout simplement parce que je vois bien, enfin, je connais le système médiatique tel qu'il fonctionne et je sais que vouloir se lancer là-dessus, c'est venir, en fait, sur un sujet qui n'est absolument évoqué par personne et nulle part à ce stade.
Non, mais vous avez bien une position en tant que... Il y a eu des personnalités qui viennent...
C'est une question qui n'a pas été tranchée par le Parti Socialiste et donc, pour l'instant, il n'y a pas de position... Qui n'a pas été tranchée ? Non, il n'y a pas de position sur la GPA éthique. Nous sommes contre la GPA parce que c'est effectivement une marchandisation du corps des femmes. J'entends ce que dit Boris et j'entends aussi les expériences qui se sont menées à travers le monde, notamment chez nos voisins britanniques.
C'est quoi la GPA éthique, déjà ?
C'est une GPA qui ne correspond pas à une GPA marchande. En fait, c'est-à-dire qu'il y a quelqu'un dans votre entourage familial qui... amical, plutôt, qui accepte de porter un enfant pour vous et qui le fait dans des conditions où on est indemnisé parce qu'une grossesse, ça coûte, mais où ça n'est pas une indemnisation qui relève d'un salaire qui serait celui d'une mère porteuse. Voilà ce que ça correspond.
C'est ce que proposait, par exemple, Yannick Jadot, candidat écologiste à la présidentielle en 2022. Vous, là-dessus, sur le principe, vous êtes OK.
Non, on n'est pas dans la présidentielle. Donc, pour l'instant, je ne veux pas... Je connais trop le système. Non, mais c'est pas un peu bizarre
de mettre sur le tapis un débat qui, justement, a été relevé
par le patron des députés PS ? Personne ne met le débat sur le tapis. C'est une position que Boris évoque à titre personnel. C'est une question qui est une question importante, mais ne mêlons pas tous les sujets. On a déjà des sujets qui sont importants sur la table. On est en plein débat sur les européennes. On a un débat, maintenant, sur la fin de vie. Ne rajoutons pas, en fait, un débat sur la GPA, alors qu'il n'est pas à l'ordre du jour.
Alors, la campagne des européennes, justement, elle commence. Les macronistes disent qu'il faut débusquer le RN, notamment à l'occasion du débat de cet après-midi sur l'Ukraine, montrer ses accointances avec la Russie. Quand Clément Beaune, par exemple, affirme que Jordan Bardella parle français, mais vote russe, vous êtes d'accord, au moins sur le fond ?
Je suis d'accord avec le fait que le RN a une tendresse toute particulière pour les régimes autocratiques et notamment pour le régime russe. Et donc, il y a une internationale d'extrême droite qui va de Trump à Bolsonaro à Jair. En fait, on est dans un système où, malheureusement, il y a aujourd'hui des connexions qui s'établissent entre toutes les extrêmes droites et qu'elles sont, en réalité, au moins conformes à l'idée qu'elles se font du monde les unes avec les autres.
Ces accointances, selon vous, elles n'empêchent pas le RN d'être à 10 points d'avance devant les macronistes et très, très largement devant les autres listes comme la liste de place publique de la partie socialiste ?
Oui, ce n'est pas un phénomène qui est totalement seulement national, mais c'est vrai qu'en France... Mais ça vous surprend ? Ça vous étonne ? Ça m'étonne ? Non, ça ne m'étonne plus parce que malheureusement nous nous sommes habitués. Hélas, ce que je vois c'est qu'en en faisant l'alternative comme le fait aujourd'hui le Premier ministre, comme le fait sa candidate, ils ont donné en réalité un statut à l'extrême droite qui est un statut de sparring partner. Ils ont considéré que jusqu'ici ils avaient toujours gagné les élections grâce au barrage républicain et donc les voilà qui en décembre reprennent, donnent une victoire idéologique à l'extrême droite et maintenant...
Avec la loi immigration ? Avec la loi immigration. Et maintenant en mars, les voilà qui se revêtissent à nouveau des habits du barrage républicain pour nous expliquer que c'est ou l'extrême droite ou eux.
C'est une stratégie qui est risquée ?
C'est une stratégie qui est en fait perdante. Et la réalité, c'est que si on cherche aujourd'hui un véritable barrage aux idées de l'extrême droite, la seule façon d'y parvenir c'est de voter à gauche et en l'occurrence de voter pour Raphaël Glucksmann. Parce qu'il faut de la cohérence, avoir des gens qui ne jouent pas en permanence avec les allumettes et qui... au-dessus du bilan d'essence. Il joue avec les allumettes, Emmanuel Macron ? Comment ? Il joue avec les allumettes, Emmanuel Macron ? Bien sûr. Mais comment... Vous n'avez pas encore remarqué à quel point en fait il est...
Enfin, quand vous êtes celui qui a été élu à deux reprises, à deux reprises, grâce au barrage républicain, j'ai appelé à voter à deux reprises pour Emmanuel Macron au deuxième tour de l'élection présidentielle pour empêcher l'extrême droite de parvenir au pouvoir. Quand le même arrive à consacrer dans un vote à l'Assemblée, un vote solennel, le principe qui est le principe défendu non pas seulement par Marine Le Pen mais même par Jean-Marie Le Pen des années avant elle, de préférence nationale. Et qu'ensuite on se présente comme le barrage, forcément, il y a un moment où le barrage il craque parce que les gens n'y croient plus.
Et donc on a une situation dans laquelle en fait, quand vous avez validé les principes portés par l'extrême droite, et que vous dites attention, ils sont trop dangereux. Qui vous croit ? Personne. Et donc oui, ils ont banalisé, ils ont notabilisé, ils ont relativisé le danger de l'extrême droite et oui, aujourd'hui, ils ne sont plus crédibles à un seul instant pour porter ce combat-là. Et donc, c'est la raison pour laquelle il faut prendre des gens qui, sincèrement, ont toujours eu cette cohérence, se sont toujours battus de la même façon contre l'extrême droite dans ce qu'elle dit, dans ce qu'elle fait, dans les engagements qu'elle prend, notamment par exemple... Votre candidat,
Raphaël Glucksmann, lui, souffre de plusieurs critiques venant de différents camps. Il souffre d'un procès en élitisme, en déconnexion. Quand il est venu chez nous, il a dit qu'il ferait campagne dans les campagnes, justement, dans les usines. C'est de manière ça à changer son image ?
Écoutez, moi, ce que je vois, c'est qu'il est celui qui a tenu tête aux puissants au Parlement européen. Il est celui qui a tenu tête aux plateformes. Il est celui qui a tenu tête à la Chine, qui a tenu tête à la Russie. Il est celui qui a tenu tête à chaque fois parce qu'il avait le courage d'être celui qui s'oppose parce qu'il porte des convictions et qu'il est sincère. Moi, si, en 2019, j'ai choisi Raphaël Glucksmann, c'est parce que je sentais qu'avec lui, nous pouvions avoir quelqu'un qui permettrait de changer le regard que les gens portent sur la vie politique.
Ne pas avoir quelqu'un qui est juste là pour faire carrière, mais quelqu'un qui porte des convictions, qui a la capacité à s'engager et à permettre à d'autres de s'engager avec lui. Ce qu'il a fait, je pense notamment aux Ouïghours et qui a été le moment de son éclosion médiatique, c'est simplement le fait d'avoir réussi à dire à chaque jeune de ce pays vous pouvez avoir aussi une action. Vous pouvez aussi en boycottant certaines marques faire en sorte que le monde change. Et donc, voilà ce que moi j'espère de cette élection européenne.
Non pas simplement qu'on reste dans les postures, mais qu'on ait des gens qui puissent conquérir, qui puissent faire en sorte que de nouveaux droits puissent advenir, que nous puissions être enfin conformes à ce que nous portons.
Olivier Faure, vous étiez un invité de France Info ce matin. Merci d'avoir été avec nous.
Olivier Faure