Marine Le Pen : sa réaction au jugement en appel
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
C'est difficile de leur faire entendre que c'est leur argent, l'argent des Français. C'est toujours la même théorie populiste de dire que c'est le système. - A.-E.Lemoine: Elle est face à un dilemme: revenir sur sa parole ou la respecter et laisser J.Bardella être candidat.
C'est une décision très subtile de la part des juges, qui lui laissent la responsabilité de cette décision. - B.Teinturier: Comme on dit en management, ils ont remis le singe sur l'épaule de M.Le Pen.
Ce qui était annoncé comme étant une décision des juges qui pouvait potentiellement empêcher une candidate de se présenter, ça n'est plus le cas. C'est à elle de décider. Je voudrais insister sur un point.
C'est une décision extraordinairement difficile mais importante. Si elle n'y va pas...
Notre vie politique a été structurée par le nom des Le Pen depuis 40 ans, par J.-M.Le Pen, par son accessibilité au 2d tour depuis les années 2000 et par M.Le Pen ensuite.
C'est une page de notre histoire politique qui bascule. Si elle y va, ça sera la 1re campagne présidentielle d'une candidate avec un bracelet électronique au corps. - A.-E.Lemoine: Cette décision de justice, c'est le scénario qui arrangeait le moins le RN? - L.Clément: On peut le dire.
Certains cadres du parti redoutaient cette hypothèse. Je les ai pas mal questionnés pour savoir ce qu'ils feraient sur ce scénario. Beaucoup veulent que M.Le Pen se présente, qu'elle ait un bracelet ou non.
Ils la poussent à ça. - A.-E.Lemoine: C'est ce qui s'est passé cet après-midi au siège du parti? - L.Clément: Ca a été verrouillé, mais ce que j'ai vu dans la parole des élus avant le 7 juillet, c'est qu'ils poussaient à ce qu'elle se présente si elle était éligible et si elle avait un bracelet. "On s'en accommodera." Est-ce qu'elle va suivre ça?
Elle va décider in fine. - A.-E.Lemoine: Vous étiez au palais de justice, à quelques mètres de M.Le Pen.
Vous avez acquis ce droit chèrement... - L.Clément: Merci de le dire! - A.-E.Lemoine: Vous étiez très tôt au palais de justice.
Il fallait être parmi les 75 premiers journalistes à se présenter. - L.Clément: Il y avait une queue pas possible dès 6h devant la cour d'appel. - A.-E.Lemoine: Il faisait très chaud au moment de la décision. - L.Clément: On a fait une 1re queue et on a fait une 2e queue quand on avait le badge pour être bien positionnés et pour voir la réaction de M.Le Pen.
Elle est restée impassible. C'est ça qui est étrange par rapport à la décision de première instance. Elle ne s'attendait pas à avoir l'exécution provisoire.
Une poignée de secondes après la décision, elle est partie sans un mot. C'était vraiment frappant. C'était avant la fin du jugement.
Là, elle s'était préparée à toutes les hypothèses, donc elle est restée impassible, bras croisés. - A.-E.Lemoine: Tous les scenarii avaient été étudiés par le RN? - L.Clément: J'imagine que oui. - P.Cohen: Bon... - L.Clément: J'imagine que si.
C'était une possibilité qu'elle ait une peine réduite d'inéligibilité et qu'elle ait ce bracelet. - P.Cohen: Je ne sais pas...
Je ne sais pas si tout a été étudié. Il y a une hypothèse que j'ai évoquée: un éventuel pourvoi en cassation. L.Aliot, qui faisait partie des prévenus et des condamnés, a dit qu'il voulait former un pourvoi en cassation.
Evidemment, c'est assez tentant. Dans l'immédiat, ça vous donne un sursis. Tout est suspendu.
La peine est renvoyée à un arrêt de la Cour de cassation, qui a fait savoir, dès le début, qu'elle jugerait à une vitesse record. Normalement, la Cour de cassation ne se prononce jamais en 6 mois, mais là, ça sera en janvier. Ce serait un risque pris considérable, qui la libérerait dans un premier temps, qui l'autoriserait à se présenter, mais qui, dans un 2e temps... - A.-E.Lemoine: C'est l'autre suspense: pourvoi ou pas pourvoi. - P.Cohen: Ca serait une épée de Damoclès au-dessus de sa tête. - B.Teinturier: Si elle n'obtenait pas gain de cause en cassation, ça devient difficile.
Ca serait un énorme risque qu'elle prendrait. Si on regarde un peu scolairement nos données, on dit tous que c'est pareil et que Bardella est un peu au-dessus de Le Pen, parce qu'il capterait un électorat LR. Elle a un avantage clair sur la présidentialité et sur tout ce qui relève de l'international.
C'est 4 à 11 points, y compris chez les sympathisants LR. Souvent, on dit que c'est là où J.Bardella pourrait faire mieux.
Non. Les sympathisants LR sont alignés comme les autres sur ces points. C'est M.Le Pen qui a le plus de présidentialité. - P.Cohen: Dans l'ensemble de l'électorat? - B.Teinturier: Oui.
Ensuite, on peut distinguer chez les LR. Chez les sympathisants RN, pareil. La présidentialité et la capacité à affronter des crises graves et des enjeux internationaux, c'est le point faible de J.Bardella.
C'est ce qu'elle a acquis au fil de ses campagnes présidentielles en étant qualifiée pour le 2d tour, en débattant avec l'autre candidat. En 2007, humiliation, en 2022, non. Ca, J.Bardella ne l'a pas.
On se dit que Bardella rafle le gros de la marque et peut-être un peu plus...
Si on regarde bien ces éléments, ça n'est pas du tout acquis. - A.-E.Lemoine: Quel est l'état d'esprit de J.Bardella?
Lui s'est préparé. - L.Clément: Bien malin qui sait ce qui se passe dans sa tête!
En privé, il nous a dit qu'il était prêt à y aller si M.Le Pen lui donnait cette chance. Il affiche toujours cette loyauté et cette fidélité.
Après, est-ce que ça ne serait pas mieux pour lui...
Est-ce qu'il se dit que 2032, ça lui laisserait le temps d'asseoir sa légitimité? Il pourrait contrer le procès en inexpérience qui lui est fait. Si elle lui laisse le champ libre, il y va. - B.Teinturier: Je pense qu'il en rêve.
C'est une opportunité extraordinaire. - A.-E.Lemoine: Il en rêve pour 2027? - B.Teinturier: Oui.
On peut parler de 2032, mais un tien vaut mieux que deux tu l'auras. Jamais il n'a été aussi proche d'une éventuelle désignation pour une présidentielle, avec des enquêtes qui montrent une vraie dynamique pour le RN. C'est très tentant.
Plus la petite musique qui consiste à dire "il fait aussi bien qu'elle, voire un peu plus". - L.Clément: Son entourage veut qu'il y aille. - A.-E.Lemoine: Il y a 2 entourages qui s'opposent. - L.Clément: Le clan Bardella pousse... - P.Cohen: Ils se sont affrontés de plus en plus durement ces dernières semaines. - P.Lescure: Cet après-midi, à l'Assemblée nationale, pas de réaction des élus RN.
Pas plus de réaction des élus LR. A gauche, des députés ont accepté de réagir. - B.Lucas: Elle a trahi la confiance des électeurs en volant dans la caisse.
Elle ne mérite plus d'être députée, et encore moins présidente de la République. - P.Thevenot: On ne commente pas une décision de justice, on la respecte.
On passe à la question suivante. Qui pourrait représenter le RN, qui sera sur la ligne de départ pour les présidentielles? Que ce soit M.Le Pen ou J.Bardella, ça sera la même tragédie pour les Français. - E.Coquerel: Ca regarde le RN de considérer qu'avec cette peine, il se présente ou pas.
Quel que soit le candidat, on le battra. - P.Lescure: Pour LFI, le plus important est d'installer l'idée d'un 2e tour entre LFI et le RN. - B.Teinturier: Oui.
C'est comme ça qu'ils espèrent...
C'est ce que dit J.-L.Mélenchon depuis longtemps.
Ils veulent qu'à la fin, ça se termine par un duel et que beaucoup de Français votent pour Mélenchon. Je n'en crois rien, ni sur la 1re hypothèse ni sur la seconde. Je ne suis pas sûr qu'il soit évident que J.-L.Mélenchon soit qualifié pour le 2d tour face à un candidat du RN et encore moins qu'il l'emporte, même s'il faut se méfier des sondages du 2d tour qui sont faits actuellement.
Ils sont fait beaucoup trop tôt. Ils donnent des rapports de force politiques qui évolueront et qui seraient plus resserrés en cas de duel Mélenchon-Le Pen ou Mélenchon-Bardella que ce qu'on a aujourd'hui. L'idée qu'il y aurait une mécanique qui devrait nous amener à Mélenchon-RN, ça n'est pas si évident.
C'est une présidentielle à 1er tour ouvert et à 2d tour ouvert. C'est ça qui est nouveau. D'habitude, on a des présidentielles à 2d tour fermé.
En 95, très ouvert, Chirac-Balladur, mais on sait que celui qui l'emporte sera président de la République. La gauche est trop faible. - A.-E.Lemoine: Cette campagne va passionner les Français, qui ne sont pas paresseux et qui n'abusent pas du système de santé.
Marine Le Pen