🔴 DIRECT - L'intégrale de l'interview de Mathilde Panot sur RMC
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d'examiner rapidement la proposition de loi, de faire qu'il ne soit pas dans les possibilités d'exercer ce droit dans des conditions où les usagers sont pris en otage.
La proposition de loi qu'évoque Gérard Larcher s'est sanctuarisée quelques jours dans l'année en dehors de la grève. Franchement, quelques jours dans l'année, Mathilde Panot, sans grève, c'est pas la mer à boire.
Eh bien si, c'est la mer à boire, parce que le droit de grève, c'est la démocratie sociale. Le droit de grève d'abord est constitutionnel, et j'observe avec attention que même le président du Sénat ne souhaite pas respecter la Constitution. Donc ça, c'est la première des choses. Deuxième des choses, rappelez-vous, il y a quelques semaines seulement, lors de la colère des paysans, qui d'ailleurs recommence jusqu'au salon de l'agriculture, eh bien tous ces gens, notamment les Républicains, disaient le blocage des routes, il n'y a pas de problème, parce qu'ils disaient à la fois, M. Attal, face à... Mais ils n'ont pas fait pas dans les vacances, les agriculteurs.
Oui, non mais d'accord, mais bloquer les routes, ça empêche aussi des gens. Et ils disaient à ce moment-là, il n'y a pas d'ordre, s'il n'y a pas d'ordre juste économiquement, eh bien ils devraient dire la même chose lorsque la SNCF se met en grève, les contrôleurs en l'occurrence. Mais ce n'est pas interdire la grève, c'est quelques jours, les départs en vacances, les départs, les retours en vacances. Mais vous vous rendez compte de ce que ça veut dire ? Ça veut dire qu'il y a certains jours où vous ne pourriez pas revendiquer. Pourquoi les gens font-ils grève ?
Ils font grève parce qu'on a un océan de malheur dans la septième puissance économique au monde, notamment avec un nombre de gens qui se retrouvent sous le seuil de pauvreté, qui est effrayant, et notamment du nombre de travailleurs pauvres.
C'est vraisemblablement pas le cas des cheminots, si je puis me permettre,
ce n'est pas les plus mal lotis dans les travailleurs que vous évoquez. Justement, pourquoi est-ce que c'est important de garder des conditions de travail qui soient dignes pour les travailleurs ? D'abord parce que c'est la sécurité des usagers et des passagers. Ça, c'est la première des choses. Mais deuxième chose qui est extrêmement importante, c'est qu'ensuite, quand les métiers ne sont plus attrayants, ce qui se passe notamment à l'hôpital public, ce qui se passe dans l'école publique, vous avez des effondrements. Et après, on se dit « Ah, on a un problème d'attractivité ». Oui, parce que tous les métiers du service public sont détruits méthodiquement.
Et donc, moi, je soutiens cette grève. Et c'est aussi l'occasion pour tout le monde de se rendre compte que ce sont les travailleurs essentiels et que ce sont eux qui font fonctionner le pays.
Il y a aussi des travailleurs essentiels qui prévoyaient de prendre le train, Mathilde Panot, certains qui peut-être allaient voir leurs parents ou qui allaient accompagner leurs enfants ou leurs grands-parents.
Vous savez, le droit de grève dans notre histoire a été conquis de haute lutte, y compris des gens qui sont morts pour conquérir le droit de grève. Et c'est grâce au droit de grève, à un moment où peut-être aussi des gens voulaient partir faire d'autres choses, c'est grâce au droit de grève qu'on a des congés payés dans ce pays, qu'on a eu des augmentations de salaires, qu'on a eu tout un tas d'avancées sociales et de droits sociaux.
Mais le débat n'est pas sur la grève, Mathilde Panot.
Il est sûr qu'on empêche les Français de se déplacer quand ils le peuvent. Mais c'est la définition du mot grève. Quand vous faites grève, forcément, il y a des difficultés pour des gens. C'est normal, vous arrêtez votre travail. Et pourquoi est-ce que vous arrêtez votre travail ? C'est ce que vous dites aux voyageurs qui nous écoutent, qui nous regardent. Bah tant pis, c'est comme ça, c'est la règle du jeu. Mais bien sûr. Et bien, s'ils ne veulent pas de grève, la SNCF n'a qu'à répondre aux revendications légitimes qui sont portées par les syndicats, notamment, et par les travailleurs qui se mettent en grève massivement. Pourquoi se mettent-ils en grève ?
C'est pas tous les syndicats et tous les travailleurs. Je précise, c'est quand même les contrôleurs, les chefs de bord. Alors, pourquoi est-ce qu'ils se mettent en grève, les contrôleurs ? Parce que, lors, il y a déjà eu une précédente grève à Noël, et qu'on leur a dit, il y aurait des négociations salariales, et notamment des négociations sur la fin de carrière, qui est le problème, et un autre problème, qui est que 40% de leurs salaires, ce sont des primes, donc qui ne comptent pas dans la retraite.
Et comme les promesses qui avaient été faites à ce moment-là n'ont pas été respectées, eh bien, ils se voient dans l'obligation, de nouveau, de jouer le rapport de force, parce que c'est la seule chose que les patrons comprennent dans ce pays. S'il y avait une vraie démocratie sociale dans les entreprises, à ce moment-là, peut-être que les travailleurs ne seraient pas obligés d'arrêter purement et simplement le travail. Personne ne fait grève par plaisir, vous savez qu'ils perdent le salaire aussi.
Mathilde Panot, deux chiffres, puisqu'on parle de salaire. Plus 17% d'augmentation à la SNCF sur les trois dernières années, chiffre avancé par la direction de l'entreprise. Calcul de nos collègues de BFM Business, un cheminot est en moyenne dix fois plus en grève que n'importe quel salarié français. Plus 17% d'augmentation en trois ans, dix fois plus en grève que n'importe quel salarié français.
Je viens de vous expliquer le problème sur les augmentations. Alors déjà, c'est un grand classique de présenter les grévistes comme des privilégiés. Alors, je viens de vous expliquer le problème qu'il y avait sur les 17% d'augmentation. Si ce chiffre est vrai, je ne l'ai pas regardé, mais ce n'est pas grave. Ça compte à peu près pour un salaire prime. Oui, mais du coup, ça compte les primes. Et justement, ce que demandent les travailleurs, c'est d'avoir des augmentations de salaire. Pourquoi ? Parce que les augmentations de salaire sont celles qui comptent pour le calcul de votre retraite. Et vous savez à quel âge partait un contrôleur avant ? À 55 ans. Aujourd'hui, c'est 60 ans.
Maintenant, on leur dit que c'est 64 ans. Donc non seulement on a volé deux ans de retraite à tous les Français, mais en plus, on leur dit « maintenant, vous ne pouvez plus revendiquer ». Ça, c'est la première chose. La deuxième chose, moi, je salue celles et ceux qui combattent dans la société pour les droits de tous. Parce qu'en 2019, quand on a fait reculer la retraite à point, que voulait nous imposer Emmanuel Macron, ce sont les cheminots qui étaient en première ligne avec la RATP et d'autres. Et c'est grâce à eux que cette retraite à point n'a pas été mise en place. Les Français doivent leur dire merci. Je crois, oui.
Les cheminots dans l'histoire ont conquis beaucoup, beaucoup de nos droits sociaux.
A-t-il de panneaux ? La SNCF dit aussi, bon, il y a les augmentations de salaire, il faut aussi recruter. La SNCF recrute de nouveau. Il y a les investissements dans le rail. Est-ce qu'il faut choisir entre augmenter d'un côté les contrôleurs et de l'autre faire les 900 recrutements prévus cette année, 900 recrutements qui étaient prévus aussi l'an dernier,
les 100 milliards qu'il faut investir dans le ferroviaire ? Alors non, et il faut d'ailleurs investir massivement dans nos services publics, ce que nous demandons depuis des années, ce que ne permet pas notamment l'Union européenne. Je vais vous dire pourquoi la France a un train de retard. Regardez, là j'ai les dépenses des pays européens dans leur infrastructure ferroviaire en euros par habitant. La Suisse, je ne prends pas le Luxembourg, c'est 607 euros, mais je ne prends pas le Luxembourg, je le mets de côté. Allez, la Suisse, 413 euros. L'Autriche, 271 euros. L'Allemagne, 124 euros. La France, 45 euros. Voilà le problème que nous avons.
Nous avons une destruction méthodique du service public ferroviaire.
Donc ce que vous êtes en train de me dire, c'est les bénéfices de la SNCF, il faut les réinvestir dans l'entreprise, dans les infrastructures, dans les rames, dans les recrutements. Là pour l'instant, les contrôleurs, encore une fois, c'est une catégorie des travailleurs de la SNCF, ce n'est pas l'ensemble des salariés de la SNCF qui font grève aujourd'hui.
Oui, et bien ce que je dis, c'est qu'il faut investir massivement, à la fois pour que les gens puissent avoir des conditions de travail qui soient dignes, et payer les gens correctement, et avec du salaire et pas des primes, ça c'est un combat qu'on mène depuis longtemps. Et la deuxième chose, c'est qu'il faut investir massivement, parce que sinon, vous avez un effondrement. Regardez ce qui se passe dans l'hôpital public, regardez ce qui se passe dans l'école publique, et regardez ce qui se passe avec le fret ferroviaire notamment, que la France est en train de démanteler sur demande de la Commission européenne.
Vous savez ce que disent une partie de ceux qui nous écoutent et qui nous regardent ?
Ça ressemble quand même aussi un peu à un chantage avant les Jeux olympiques. C'est ça l'idée, c'est de multiplier les grèves d'ici au mois de juillet prochain.
Non. Mais vous comprenez bien que le nombre de grèves qu'il y a eu dans ce pays qui n'ont eu aucune réponse politique. La dernière grande grève de notre pays et la plus grande mobilisation sociale depuis 50 ans, c'était contre la retraite à 64 ans, sur lequel l'Assemblée nationale allait voter contre la retraite à 64 ans. Là, qu'est-ce que vous dites ? C'est le moment où vous invitez les gens à faire grève avant les Jeux ? Mais je vais vous dire, si le rapport de force leur est plus favorable, oui, parce que nous sommes face à un gouvernement qui n'écoute rien ni personne. Vous dites que c'est le moment de faire grève, que je comprenne bien. Mais bien sûr.
Mais vous croyez que moi je suis du côté de ceux qui vont dire aux gens « Ne réclamez pas vos droits ». Vous croyez que moi je suis d'accord avec le fait que, par exemple, on n'ait pas augmenté les salaires de ce pays, on ne les ait pas indexés sur l'inflation alors que les produits alimentaires ont augmenté de 23% en deux ans ?
Il y avait un mot d'ordre l'an dernier pendant les retraites, c'était « bloquer l'économie ». C'est ce qu'il faut faire avant les Jeux olympiques, si je vous suis.
Mais écoutez, quand le gouvernement n'entend rien d'autre, ni le vote de l'Assemblée, ni un plus grand mouvement social depuis 50 ans, ni toutes les grèves qui se multiplient pour l'augmentation des salaires, pour dire que les gens veulent vivre de leur travail, c'est exactement la même chose que ce qu'ont dit les paysans, que je soutenais aussi. Eh bien oui, je crois que quand vous avez des rapports de force à faire, parce qu'un gouvernement n'écoute que le rapport de force, eh bien il faut utiliser le rapport de force au maximum. Y compris pendant les Jeux olympiques ? Pas de trêve pour la grève ? Ben non, mais je ne sais pas si vous comprenez ce qui est en train de se passer.
Nous sommes dans la septième puissance économique au monde, et il y a un Français sur trois qui dit ne pas ranger à sa fin. Donc des grèves pendant les Jeux ? Vous dites oui. Ben oui. Soit ils répondent aux revendications, qui sont des revendications que nous ne portons pas d'hier. Je veux dire, ils auraient très bien pu faire en sorte d'augmenter les salaires, de faire en sorte d'avoir des meilleures conditions de travail. Ils ont fait tout le contraire, ils ont détruit le code du travail, ils ont supprimé les CHSCT. Bon, ils vont dans l'inverse de tout ce qui est le progrès social qu'il y a eu dans notre pays depuis des années, qui là aussi a été conquis par la grève.
Mathilde Panot, j'en viens à l'agriculture.
Une note de renseignement que BFM TV a pu consulter s'attend à ce que le salon de l'agriculture puisse être pour le moins houleux, et que notamment des personnalités de gauche y soient mal accueillies. Comment expliquez-vous que vous ne soyez pas perçus comme les alliés des paysans alors que vous défendez les prix planchers, alors que vous défendez la sortie des accords de libre-échange ?
Alors déjà, on a... Pourquoi est-ce qu'ils vous en veulent ? Alors non, non, ça c'est une généralisation qui en est faite. Nous avons des paysans qui sont avec nous, et même beaucoup. Mais la question de la colère des paysans qui continuent, excusez-moi, mais elle n'est pas orientée vers les personnalités de gauche. Elle est orientée notamment vers un gouvernement qui a menti. C'est ce que dit la note du renseignement, qu'il peut y avoir des personnalités de gauche mal accueillies au salon. Oui, nous on a été sur pratiquement tous les ronds-points. On est un des groupes parlementaires qui a été le plus devant les agriculteurs lorsqu'ils étaient en mouvement.
Donc pourquoi est-ce que la colère continue ? Parce qu'ils n'ont pas répondu aux revendications qui étaient celles de pouvoir vivre de son travail, et notamment, ça c'était la loi que nous avions portée, nous groupes parlementaires de la France Insoumise, au moment de la niche parlementaire du 30 novembre 2023, où nous proposions des prix minimum garantis pour assurer un revenu digne à l'ensemble des paysans, ce que la Macronie a refusé. Ça c'est la première des choses. Deuxième des choses, ils ont menti, notamment sur les négociations sur le Mercosur, sur lesquelles ils ont dit, nous ne voulons plus de l'accord du Mercosur.
Or la France n'a pas retiré son mandat, et la Commission européenne vient de confirmer que les négociations continuent avec le Mercosur.
Négocier et signer, ce n'est pas la même chose ?
Oui, non mais vous comprenez bien que si vous ne voulez pas de l'accord, vous enlevez votre mandat, c'est normal. Et par exemple, la France a été d'accord pour ratifier celui avec la Nouvelle-Zélande en novembre, qui fait que par exemple, vous allez manger des pommes, qui ont fait 42 jours dans des conteneurs, 20 000 kilomètres, juste pour manger une pomme. C'est une absurdité, c'est des politiques du 19e siècle, et les paysans ont raison de dire qu'ils veulent être protégés contre la concurrence déloyale.
Est-ce que par esprit de solidarité, il faut malgré tout continuer à importer du poulet ukrainien ? C'est aussi l'une des questions qui se posaient dans les échanges et dans les clauses de concurrence déloyale qui peuvent exister pour les agriculteurs français.
Je crois que la solidarité, elle ne va pas passer par, par exemple, importer du poulet ukrainien. Je vais vous expliquer pourquoi. C'est impossible d'être compétitif avec des endroits où vous avez, pour l'Ukraine, une surface agricole qui est trois fois supérieure à celle de la France et un prix du travail qui est quatre à cinq fois inférieur. Qu'est-ce que ça crée ? C'est un des moyens de soutenir l'Ukraine dans les formes de guerre. Je vais donner un exemple sur les apiculteurs, par exemple. Les apiculteurs, vous avez un miel de montagne en France qui est à peu près à 6 euros, quand le miel ukrainien est à 1,35 euros.
Donc, moi, je pense que le soutien à l'Ukraine, il ne passe pas par le fait de mettre à mal l'agriculture familiale que nous avons en France. Et nous, nous demandons une forme de clause de la nation la plus favorisée avec le fait que, par exemple, quand on interdit un pesticide en France, on condonne des normes en France, eh bien, il ne soit pas en concurrence avec d'autres qui n'ont pas les mêmes normes et pas les mêmes droits sociaux.
Vous voyez pourquoi je vous pose la question de la solidarité avec l'Ukraine ? Parce que, précisément, Vladimir Zelensky est aujourd'hui à Paris, reçu par Emmanuel Macron. Un accord bilatéral de sécurité va être signé qui va permettre, au fond, à Paris, de fournir notamment à Kiev du matériel militaire moderne, interopérable avec les systèmes de l'OTAN. Ça fera deux ans, la semaine prochaine, que la Russie a envahi l'Ukraine. Est-ce qu'il faut, coûte que coûte, est-ce que la France insoumise souhaite que Paris, coûte que coûte, aide l'Ukraine à gagner sa guerre ?
Alors, nous, nous sommes tout à fait favorables à continuer une solidarité avec le peuple ukrainien qui est victime d'une violation du droit international qui est insupportable et inacceptable. Vous dites pas l'agriculture, mais ça veut dire militaire, financière, humanitaire ? Les aides qu'on peut apporter, oui, évidemment, humanitaire, y compris sur le militaire. Nous avons dit qu'il faut garder la ligne de ne pas être co-belligérant, mais oui, nous sommes d'accord pour aider militairement l'Ukraine. Mais juste, je pense que la France, et notamment M. Macron pourrait profiter de la visite de M.
Zelensky pour apporter cette aide, la France a un rôle à jouer, notamment sur la question des centrales nucléaires. Nous avons alerté à de maintes reprises sur la centrale de Zaporizhia qui se trouve au cœur des combats et dont on dit aujourd'hui que la Russie aurait miné autour de Zaporizhia. Par exemple, la France pourrait proposer que d'aider à déminer autour de Zaporizhia, ce qui serait, s'il y avait une catastrophe nucléaire, une catastrophe dans la catastrophe. Je le dis d'autant plus que nous, nous sommes les partisans de dire que la solution doit être politique et donc que la France doit jouer un rôle diplomatique.
Et nous avions demandé notamment la réunion de l'OSCE qui est justement l'organisme qui a été créé pour cela, dans lequel siège à la fois la Russie et l'Ukraine pour trouver une solution diplomatique.
Pour être sûre d'avoir bien compris et pour résumer Mathilde Panot, vous dites que la France doit continuer à soutenir l'Ukraine
autant de temps qu'il le faudra. Bien sûr, mais moi... C'est un point important. Oui, autant de temps qu'il le faudra. Mais je crains malheureusement que la solution ne soit pas militaire. La solution, elle est politique et diplomatique. Et c'est à ça que doit œuvrer la France.
Mathilde Panot, avant de recevoir Vladimir Zelensky, le président Macron déjeune avec le roi Abdallah II de Jordanie, avec évidemment au menu la question de la riposte israélienne à Gaza. Mercredi, Emmanuel Macron a haussé le ton envers Benyamin Netanyahou, l'invitant à conclure sans plus de délai un accord sur un cessez-le-feu. La France s'oppose fermement à une offensive israélienne à Rafa. Le bilan humain et la situation humanitaire sont intolérables. Les opérations israéliennes doivent cesser. Je cite le communiqué de l'Élysée. Est-ce que vous dites « enfin » ?
Alors oui, je dis « enfin », mais il est trop tard pour juste demander. C'est ça que je dis au président de la République. C'est-à-dire ? Qu'est-ce qu'il faut faire ? Nous sommes dans un moment où la Cour internationale de justice, plus grande Cour internationale, a d'ores et déjà dit qu'il y avait un risque génocidaire. Entre-temps, vous avez… La Cour appelle Israël à éviter tout ce qui pourrait ressembler… Oui, mais à confirmer un risque génocidaire. C'est les termes qui sont employés.
Je cite « empêcher la commission de tout acte entrant dans le champ d'application de la Convention sur le génocide ».
Qui oblige la France, qui a ratifié la Convention de 1948 sur la prévention et l'interdiction des génocides. Entre-temps, l'extrême droite israélienne de M. Netanyahou a annoncé effectivement une offensive sur Rafa. Il faut que tout le monde comprenne, Rafa, c'est l'endroit où se sont entassés 1,5 million de Palestiniens à qui on a demandé d'aller vers le sud au fur et à mesure, et qui maintenant se retrouvent en manque d'eau, en manque de médicaments, en manque de nourriture, en manque d'électricité, en manque de tout. Israël affirme que des leaders du Hamas se sont cachés parmi ses réfugiés. Oui, et donc il n'y a pas de problème avec le fait que... Enfin, il faut arrêter en fait.
Là, c'est un franchissement de seuil dans l'horreur qui est inacceptable. Mardi, à l'Assemblée nationale, nous avons reçu des soignants qui revenaient de Gaza. La situation qu'ils décrivent est abominable. Et notamment sur les soignants, je veux redire à tout le monde que quand on est soignant, on choisit d'être soignant parce qu'on veut prendre soin des gens, parce qu'on veut sauver des gens. Eh bien, que nous racontait une infirmière qui en revenait ? Elle nous racontait un médecin palestinien qu'elle a trouvé en pleurs. Pourquoi ? Parce qu'il venait de sauver la vie à une petite fille de 8 mois.
Et après avoir sauvé la vie de cette petite fille, il s'est dit « Mais pourquoi lui ai-je sauvé la vie ? » Elle a été amputée des deux bras à cause d'une explosion dans laquelle toute sa famille est morte. Elle est seule, amputée à vie et dans l'enfer de Gaza. Il dit « Peut-être que j'aurais dû laisser cette petite fille mourir. » Je ne sais pas si vous vous rendez compte de l'horreur de ce que ça veut dire quand des soignants, on arrive à dire ça. Quand on est responsable politique et quand on est président de la République, qu'est-ce qu'on doit faire ? Qu'est-ce qu'on doit faire ? Qu'est-ce qu'on doit faire ? Par exemple, la France, en janvier, nous avons demandé tellement de choses.
La France présidait, par exemple, en janvier le Conseil de sécurité de l'ONU. Là, nous avons redéposé une résolution qui dit, conformément au vote de l'Assemblée de 2014, la France pourrait d'ores et déjà reconnaître l'État de Palestine et agir pour qu'il soit intégré au sein de l'ONU. Comme l'ont fait 138 pays. Eh bien, ce serait, je crois, un signal fort pour la paix pour dire que la France continue. d'oeuvrer et d'acter pour le cesser le feu.
Les États-Unis et la France demandent à ce que les opérations cessent. Bon, pour l'instant, Benjamin Netanyahou ne les écoute pas. Ça changerait quoi le vote de l'ONU ?
Demander, ça ne suffit pas. Je veux dire, par exemple, des sanctions. J'ai demandé, par exemple, à M. Séjourné, est-ce que la France continuait de livrer des armes à M. Netanyahou ? Qu'est-ce qu'il vous a répondu ? Il m'a dit qu'il n'avait pas ces informations avec lui et donc qu'il me donnerait un document. Ce que je trouve absolument incroyable. Donc vous demandez à la France, par exemple, de cesser de livrer de Nathalie Milita. Bien sûr, il faut décréter un embargo sur les armes. Je veux dire, De Gaulle l'avait fait. Pourquoi est-ce qu'Emmanuel Macron ne prend pas des sanctions vis-à-vis de Netanyahou ? Notamment parce que ce serait ça.
Il y a des sanctions qui ont été prises contre les colons extrémistes, je précise. Oui, mais c'est insuffisant.
Mathilde Panot, pourquoi vous voulez effacer le drapeau israélien des Jeux olympiques ? J'ai vu cette proposition de vos collègues insoumis, Israël sous bannière neutre dans les Jeux.
C'est une proposition qui a fait le parallèle entre la Russie, qui est députée de mon groupe, des propositions que je soutiens. Alors, d'habitude, nous ne sommes pas d'accord avec le fait qu'on aille sanctionner des athlètes, des artistes pour ce qui est fait dans leur pays. Moi, en règle générale, nous ne sommes pas d'accord avec ça et on continue d'être en désaccord avec ça. Mais il se trouve que c'est ce qui se passe avec les athlètes russes. Et donc, lorsque cela se passe avec les athlètes...
Mais ça ne veut rien avoir ce qui se passe de la Russie d'un côté qui revendique un territoire et qui l'attaque. Israël a subi l'une des pires attaques terroristes de son histoire et réplique en allant chercher, c'est le but de guerre, affirmé.
Non, il y a des violations du droit international des deux côtés.
Mais Israël ne revendique pas de récupérer Gaza ?
Ah bon ? Ben oui. Vous n'avez pas entendu ce que disent certains des ministres d'extrême droite ? Certains des ministres ? Oui, mais vous ne trouvez pas qu'avec la décision de la Cour internationale de justice qui a été rendue sur risque génocidaire, et le fait qu'on essaie d'évacuer...
Non, mais Israël n'a pas décidé de bombarder Gaza de son propre chef un matin en se réveillant. Il y a eu une attaque du 7 octobre auparavant. Vous en souvenez ?
Donc vous trouvez qu'un crime de guerre justifie d'autres crimes de guerre ? Ça n'existe pas en droit international, ça. Et vous savez même que le droit à la défense, ce qui a été dit sur Israël a le droit de se défendre, n'existe pas lorsque l'on parle de territoire occupé et de colonisation dans le droit international. Vous le savez.
Pardon, pour bien comprendre, le 7 octobre pour vous c'est un crime de guerre ?
Parce que vous dites crime de guerre pour répondre à un crime de guerre, c'est pas une attaque terroriste ? On peut dire attaque terroriste, juste je n'ai jamais voulu... Si on peut dire que c'est un acte terroriste, je n'ai pas de problème avec ça. Ce sur quoi nous avons tenu, c'est de dire que nous refusions, que parce qu'on appelle le Hamas organisation terroriste, alors nous refusions que derrière on se lance dans quelque chose qui serait perçu comme une guerre du bien contre le mal, dans lequel le droit international ne comptait pas. Et dont nous savions déjà ce que ça allait créer derrière. Pourquoi nous avons dit cessez le feu dès le 7 octobre ?
Parce que nous savions ce qui allait se passer. Et ce qui est en train de se passer est un risque génocidaire avéré par la Cour internationale de justice. Donc vous ne pouvez pas dire que vous ne saviez pas. Mais c'est pas la question de... Si, si, c'est la question qui est posée.
C'est qu'il y a eu une attaque terroriste le 7 octobre et que vous faites le parallèle.
Et alors lorsqu'il y a eu une attaque terroriste en France, est-ce que la France a été commettre un génocide à quelque part ? Non, la France n'a pas fait ça.
Mais on n'est pas en train de dire qu'Israël commet un génocide. Vous dites risque génocidaire. C'est un point qui est soulevé par la Cour de justice internationale. Oui, et d'ailleurs l'Afrique du Sud a de nouveau saisi la Cour internationale de justice, ce que je salue, face au franchissement de seuils. Vous avez l'air de faire un parallèle entre l'attaque russe contre le sol ukrainien et la riposte israélienne. Avec, je vous l'accorde, et c'est la position de la France, de dire qu'il y a peut-être des frappes et un nombre de morts démesurés. Mais enfin, c'est pas la même chose.
De dire, puisque les athlètes russes ont été mis sous bannière russe, alors les athlètes israéliens, selon la même jurisprudence, doivent être bannière russe.
Vous êtes d'accord que la Russie commet des crimes de guerre et des violations du droit international ? Oui ou non ? La Russie ? Oui. Alors, êtes-vous d'accord sur le fait qu'Israël commet en ce moment des crimes de guerre qui ont été actés par la Cour internationale de justice et des violations du droit international ? Oui ou non ? Donc, qu'est-ce qui est différent entre les deux ? Non, mais j'entends votre parole, Mathilde Panot, mais ce n'est pas la position de la Cour internationale. C'est juste une position de cohérence qui est portée. La question de cohérence. Et je vais vous dire, nous ne pouvons pas fermer les yeux sur ce qui est en train de se passer.
Y compris, ce que disait l'Afrique du Sud, c'est que nous sommes peut-être en train de voir le premier génocide du XXIe siècle directement sur nos portables.
Nous ne nous terrons pas. Si Mathilde Panot, présidente du groupe La France Insoumise à l'Assemblée Nationale, 8h53 sur RMC et BFM TV, bonne journée.
Mathilde Panot