Interview de Raphaël Glucksmann - L’instant Politique
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 85 %Attaque 10 %Défensif 5 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:38OuverteRéponse directe
Pourquoi avoir choisi un titre qui tranche avec l’ambiance actuelle de déclin et de colère ?
- 1:37OuverteRéponse directe
Vous regrettez la disparition d’un horizon collectif en politique. Le problème n’est-il pas l’absence de récits ?
- 3:53FerméeRéponse directe
Vous aviez évoqué l’interdiction de TikTok. Est-ce toujours d’actualité ?
- 5:28OuverteRéponse directe
Quel moment vous a fait basculer du témoignage à l’action politique ?
- 7:17OuverteRéponse directe
La gauche a-t-elle perdu les classes populaires ?
- 9:00OuverteRéponse directe
Votre livre annonce-t-il le début d’une campagne pour 2027 ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 4:14Invité politiqueFait
« TikTok ne respecte pas les règles que l'Union européenne a créées. »
- 5:56Invité politiqueFait
« C'était en Géorgie, pendant l'invasion russe, au mois d'août 2008. »
- 7:42Invité politiqueFait
« Les classes populaires des grandes métropoles votent largement pour la France insoumise. »
- 10:35Invité politiqueFait
« Je veux reprendre la flamme tricolore des mains de l'extrême droite. »
Temps de parole
- Raphaël Glucksmann68 %
- Présentateur17 %
- ?15 %
≈ 146,6 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Bonjour à toutes et
à
tous, vous écoutez l'Instant Politique. Aujourd'hui, je suis à la librairie Mola à Bordeaux
pour
une rencontre que j'avais particulièrement envie de réaliser. Tout d'abord, je tiens à remercier la librairie Mola pour son accueil et pour avoir rendu cet échange possible.
Et M.
Guxman, je vous remercie aussi d'avoir accepté que je vous passe quelques questions.
Merci à vous pour l'invitation.
Alors, évidemment, on va parler de votre livre. Donc, quand on regarde l'ambiance générale du débat public aujourd'hui, on entend souvent parler de déclin, de colère, de peur ou encore de fatigue politique. Alors, vous, vous avez choisi un titre qui tranche complètement avec cette atmosphère. Pourquoi ?
Je
pense qu'on doit aller chercher au fond de soi de l'espoir, de l'envie, l'envie
de
renouer avec le grand destin de la France, l'envie de retrouver le sens de la justice, l'envie d'une vie digne, l'envie d'égalité, de liberté, de fraternité, l'envie de république.
Et
qu'on ne peut pas simplement faire de la politique en misant sur des émotions négatives.
On
doit réveiller une flamme.
On
ne
peut
pas proposer juste un avenir fondé sur la peur ou sur la colère ou sur le ressentiment.
On
doit essayer de retrouver en nous
la
force d'avoir envie. Et c'est Johnny Hildebeck qui disait l'envie d'avoir envie.
Très
bien, merci beaucoup.
A
plusieurs reprises dans votre livre, on sent que vous regrettez la disparition d'un horizon collectif. On a parfois l'impression que la politique gère les crises les unes après les autres, sans raconter où l'on veut aller. Est-ce que le principal problème dans la politique aujourd'hui n'est pas finalement l'absence de récits
? C
'est exactement ça. Et les hommes politiques lisent de moins en moins de romans.
Et
il ferait bien d'en dire plus
pour
être capables de mettre en récit leur vision du pays. La politique, ce n
'est
pas juste une réponse à des problèmes concrets. Il faut répondre aux problèmes concrets.
Mais
il faut être capables de montrer en quoi un problème,
qui
est un problème du quotidien,
s
'inscrit dans un récit global, s'inscrit dans une vision du monde, s'inscrit dans une vision de la France et de l'Europe.
On prend
un exemple. On prend un exemple,
par
exemple,
les
réseaux sociaux.
On
a un problème de santé mentale, d'addiction.
On
a un problème d'écoute en classe. On a un problème à la table familiale, quand on fait un dîner. Et
une
mère de famille, par exemple, qui peut trouver que son enfant est absorbé par l'écran.
Ou
d'ailleurs, l'inverse, il faut aussi être l'enfant qui est troublé par l'addiction des parents à l'écran.
Et
bien ça, c'est connecté
à
un poème plus général,
qui
met en cause la démocratie, le règne de ces algorithmes qui détruit le débat public et qui fait l'inverse de ce que voudrait faire la République, c'est-à
-dire
réunir des gens, faire qu
'ils
se croisent, faire qu
'ils
sortent de leur but cognitive.
Et
c'est lié à un problème géopolitique, la domination des Américains et des Chinois sur ces grandes plateformes numériques qui privent
les
sociétés européennes, en particulier la France, donc, d'une souveraineté,
d
'une capacité à maîtriser son débat public, voire à maîtriser ses élections.
Donc, c
'est des problèmes qui sont à la fois quotidiens
et
généraux. Et donc, il faut raconter une histoire qui
parte
de son expérience personnelle, de l'expérience de chacun et de chacune,
et
qui donne une vision du monde. Et c'est ça un récit.
Très
bien, merci beaucoup. Il me semble que vous aviez parlé d'interdire la plateforme chinoise TikTok. C'est toujours d'actualité.
TikTok
ne respecte pas les règles
que
l'Union européenne a créées. Il faut interdire TikTok.
Et
de la même manière pour toutes les autres grandes plateformes.
On
a fait des lois.
Pourquoi
? Parce que vous êtes puissant, vous ne respectez pas nos lois.
Il
y a, par exemple, une élection en Roumanie, une élection présidentielle en Roumanie,
où
TikTok
a
faussé l'élection
en
favorisant un candidat qui était inconnu,
qui
est un candidat d'extrême droite.
Il
a commencé à 1%.
En
trois semaines, il est passé à 25%. Il est devenu une traîne mondiale sur TikTok parce que TikTok a décidé d'en faire son candidat.
C
'était le candidat soutenu par les Russes et par les Chinois.
Et il
a gagné le premier tour. Et la Cour constitutionnelle a dû annuler une élection.
Donc
TikTok a faussé une élection présidentielle en Europe.
Où
est la sanction ?
Il
n
'y
a aucune sanction. En fait, on se fait marcher dessus.
On
se fait traiter comme des serpillères par ces grands groupes américains ou chinois.
Et
à aucun moment,
on
prend la moindre sanction. Eh bien, ça veut dire qu'en fait, on fait quoi ? On se résigne à ne pas être libre
? À
être des colonies numériques
? Non. Il
faut qu'on se reprenne en main et qu'on impose nos règles.
Très
bien. Merci beaucoup. Avant d'être député européen, vous avez été journaliste, documentariste, essayiste.
Avec
le recul, quel a été le moment où vous vous êtes dit que témoigner ne suffisait plus et qu'il fallait agir politiquement ?
Je
peux même vous donner l'heure exacte où il y
a
eu ça. C'était
en
Géorgie,
pendant
l'invasion russe,
au
mois d'août 2008.
Une
nuit au sud de Gori, une ville qui est au centre de la Géorgie.
Et
j'étais bloqué à un barrage de l'armée russe.
Et
là, je me souviens, j'étais venu avec ma caméra. J'étais coincé avec
un
photographe de Libération, Lionel Charrier, un journaliste de Radio France, Omar Waman.
Et
on était coincé à ce barrage. Et il
y
a le général russe qui est arrivé, le général Borisov.
Et
il y a des soldats russes qui pliaient tous les villages aux alentours. Et le général Borisov, il est venu nous voir. Il nous a expliqué en gros que la routière allait entrer en guerre avec l'Europe. Et que nous, nous n'étions pas prêts à résister.
Et
je me souviens qu'à ce moment-là,
j
'ai regardé ma caméra.
Et
je me suis dit,
tu
vas faire quoi ? Tu vas faire encore un film.
Ça
ne
va
servir à rien. Les dirigeants européens ne vont pas écouter le message.
Et
donc, la chose qu'il faut faire, c'est de la politique. Et
à
ce moment-là,
c
'est d'abord d'aider les Géorgiens
à
résister à la Russie de Poutine. Et j'ai arrêté ma caméra.
Et
je suis rentré dans la capitale georgienne et je me suis installé en Georgie. Et donc, c'est le moment où j'ai fait la bascule depuis
le
témoignage
vers
l'action.
Merci
beaucoup. La gauche, elle a longtemps été associée à la défense des classes populaires. Aujourd'hui, beaucoup estiment qu'elle a perdu une partie de cet électorat. Partagez-vous ce constat
? C
'est gentil encore.
En
réalité, la gauche, elle a perdu des classes populaires.
Aujourd
'hui, les classes populaires des grandes métropoles votent largement pour
la
France insoumise. Et donc, c
'est
pas la gauche démocratique et sociale-démocrate que nous on défend.
Et
surtout, les classes populaires votent massivement et les classes moyennes pour le Rassemblement national.
Et
donc, ça doit interroger profondément
toutes
les sous-préfectures, toutes les villes petites et moyennes.
Les
classes moyennes et les classes populaires sont en train de basculer vers le Rassemblement national ou ont déjà basculé.
Et
si les dirigeants de gauche ne s'interrogent pas
sur
leur discours, sur ce qu'ils proposent, sur ce qu'ils oublient d'aborder comme thème,
sur
leur relation à la France, sur leur relation à ce qu
'est
la politique et sur leur relation justement aux classes populaires qui sont censées se défendre, ils finiront par disparaître.
Et
moi, je suis convaincu que
c
'est la survie même de la gauche qui est en jeu. Et
j'ai
répété toujours la même chose, avoir une attitude qui est
condescendante,
méprisante, et bien en fait, ça condamne la gauche à mort.
Moi,
je crois que c
'est
la clé
même
des changements politiques à venir.
J'ai une dernière question, juste pour finir.
Donc, il
y a énormément de votre nom depuis plusieurs mois qui revient lorsqu'on évoque l'élection présidentielle de 2027. Comprenez-vous ce qu'ils voient dans votre livre, le début d'une campagne
? Alors
déjà,
puisque
c'est la dernière question, je vais me permettre de dire une chose. Je suis admiratif
du
travail effectué et de l'instant politique que tu as créé.
Vraiment,
à cet âge,
la
maturité, son discours, son professionnalisme, les questions posées, c'est ultra impressionnant. Mais ce n
'est
quand même pas
là,
tout de suite, que je vais lancer une campagne présidentielle.
Oui,
bien sûr. Par contre, ce livre, ça vient de mes tripes déjà.
Et
je pense que c'est un moment important pour un dirigeant politique
de
se demander qu'est-ce qui compte vraiment pour lui
?
Quelle vision il veut présenter aux Françaises et aux Français ? Et c'est ça, ce que je fais dans ce livre. Et ce que je propose, c'est un nouveau contrat patriotique.
Parce
que je suis convaincu
que
si la gauche démocratique ne renoue pas avec le patriotisme, avec la nation française, eh bien,
elle
n'a aucune chance de remporter l'élection. Et en un sens, elle aura offert
le
pays
au
Rassemblement National. Moi, je veux reprendre
la
flamme tricolore
des
mains
de
l'extrême droite. Je veux
que
nous prenions le drapeau et que nous racontions à nouveau ce que veut dire être Français. Et c'est donc une préparation au grand combat qui va venir,
qui
va nous occuper pendant 10 mois,
les
10 prochains mois,
et
qui va déterminer l'avenir du pays.
Moi,
je ne veux pas
que
la France bascule dans le camp
de
Trump et de Poutine, dans le camp de la démagogie, de la fermeture.
Je
veux que notre pays renoue avec son destin européen et international.
Je
veux qu'on ait
un
pays qui est fidèle
à
ce qu'il a toujours été, c'est-à
-dire
une nation ouverte, solidaire, guidée par l'esprit de liberté, l'esprit de fraternité, l'esprit d'égalité. Et donc, ce livre, c'est
l
'esquise d'un chemin.
Et
on va l'emprunter ensemble.
Très
bien. Je vous remercie d'avoir répondu à l'ensemble de mes questions.
C'était un immense plaisir. Et encore une fois, bravo.
Merci beaucoup.
Raphaël Glucksmann