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interviewRMC· 25 septembre 2023 21 min

L'interview politique de Manuel Bompard sur RMC

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Invité

En modeste, maximum 100 euros par an par voiture. Vous devriez être satisfait, non ?

0:04
Manuel Bompard

D'abord, je veux dire qu'on est face à un bricolage total et un amateurisme complet sur cette question du pouvoir d'achat. Ce n'est pas parce que le Rassemblement national dit que le ciel est bleu que je vais dire qu'il est rouge. Vous voyez ? Donc, on est face à un amateurisme total. Le président de la République vient une semaine après la Première ministre pour dire que ce qu'a proposé la Première ministre il y a une semaine, finalement, n'aura pas lieu. Il dit que ce serait une menace pour les industriels. Honnêtement, je n'ai pas compris en quoi c'est une menace de dire aux gens « Attention, si vous ne baissez pas vos prix, vous allez avoir le droit de vendre à perte.

» Tout ça est ridicule. La réalité, c'est que le gouvernement et le président de la République brassent de l'air sur cette question du pouvoir d'achat et dans une impuissance totale pour une raison simple. C'est qu'il refuse de sortir de son aveuglement et de ce sentiment que c'est finalement le marché qui va tout seul organiser des réponses aux problèmes très concrets auxquels sont confrontés les Français aujourd'hui. Si on veut apporter enfin une réponse concrète à cette question de pouvoir d'achat, il faut des mesures de blocage des prix, il faut des mesures de blocage des marges. Voilà ce qu'il faut faire.

1:15
Invité

On va venir dans un instant à vos propositions. Mais simplement, cette indemnité pour les travailleurs modestes, les 100 euros par an par voiture, vous pouvez dire que ce n'est pas assez. Mais à minima, reconnaissez que c'est un geste pour ceux qui utilisent leur voiture et qui ont des difficultés à faire le plein.

1:33
Manuel Bompard

Ce n'est pas rien. Mais ce n'est pas rien, c'est 100 euros par an. Bon, écoutez, franchement, tout le monde sait, toutes les personnes qui utilisent leur voiture pour aller travailler, pour amener les enfants à l'école, pour aller faire leurs courses, savent que les 100 euros pour certaines personnes par an...

1:49
Invité

Les cinq premiers décides, c'est-à-dire la moitié des travailleurs.

1:52
Manuel Bompard

Et ceux qui ont des voitures, et ceux qui utilisent la voiture pour aller travailler. Et je veux dire qu'hier, c'était extrêmement choquant d'entendre le président de la République dire que ceux qui n'utilisent pas leur voiture pour aller travailler, c'était déplacement de confort. Quand vous êtes obligé d'utiliser votre voiture pour emmener vos enfants à l'école, pour aller vous soigner ou pour aller faire les courses, ce n'est pas du confort. C'est la vie quotidienne.

2:11
Invité

C'est une façon de cibler simplement, Manuel Bonpart. Non, mais attendez, je vais répondre à votre question. Juste vous dites, 100 euros par an, en gros, c'est rien.

2:16
Manuel Bompard

Je veux dire, c'est à la fin du mois, c'est fini.

2:18
Invité

Non, mais d'accord, mais quand vous protestiez au début du premier quinquennat d'Emmanuel Macron contre la baisse de 5 euros des APL, là, 5 euros, c'était énorme. Baisse de 5 euros, 100 euros par an. Si c'est 5 euros, c'est épouvantable, mais par contre, 100 euros, c'est ça par perte des profits. C'est génial, vous avez raison. Non, je vous pose la question.

2:34
Manuel Bompard

Je pense qu'il y a des gens qui vont défiler dans la rue pour remercier le président de la République de leur accorder l'aumône de 100 euros sur des prix du carburant, alors que le prix du carburant a augmenté quasiment d'un tiers depuis maintenant deux ans. Écoutez, moi, je ne suis pas en train de vous dire que la personne qui va avoir 100 euros, elle va les refuser. Bien évidemment qu'elle va les prendre. La question, le président de la République, il n'est pas chef de rayon dans un supermarché et il n'est pas en charge des opérations commerciales, des distributeurs de carburant. Il est chef de l'État. Et on est face à une situation qui est une situation d'injustice totale.

C'est-à-dire qu'il y a des gens qui tirent la langue, qui n'arrivent plus à faire le plein, qui n'arrivent plus à manger, qui n'arrivent plus à se soigner. Et de l'autre côté, vous avez des grandes entreprises qui s'en mettent plein les poches. On a atteint cette année un record en France par rapport au reste de l'Union européenne dans la progression des dividendes. Elles ont augmenté de 13% sur un an. Comprenez qu'il y a une injustice totale et que la responsabilité du président de la République, c'est par la loi d'organiser de la justice.

3:31
Invité

Lui appelle les distributeurs notamment à vendre à prix coûtant l'essence. Est-ce que vous relayez cet appel en demandant à Total ?

3:38
Manuel Bompard

Non mais attendez, moi je ne suis pas l'avocat ou le relais des annonces gouvernementales. Je dis au président de la République et à la minorité présidentielle, il faut arrêter les logiques d'appel, les logiques de demande, les logiques d'incantation. Il faut des lois, il faut des règles et on a la possibilité de le faire. Il existe dans de nombreux pays dans le monde, ça existe aussi en Nouvelle-Calédonie, des mesures de blocage des marges des prix agroalimentaires. Et bien alors justement Manuel Gompars, si vous me permettez... Laissez-moi terminer juste sur ça et je vous laisse.

Les prix sur l'agroalimentaire ont augmenté de 21% en deux ans, dans le même temps les marges de l'industrie agroalimentaire ont augmenté de 70%. Il y a une injustice et c'est à ça qu'il faut apporter une réponse.

4:21
Invité

Vous défendez le blocage des prix, le président de la République vous a répondu hier soir. Écoutez Emmanuel Macron.

4:28
Présentateur

Modérer les marges, pardon. Modérer les marges, ça veut dire quoi ? Blocage des prix, ça veut dire quoi ? Non, on n'est pas dans des prix administrés, ça veut dire que tous ceux qui font des excès... De l'opposition souhaitent un blocage des prix, soit une baisse de la TVA. Ça, je vais vous dire, ça ne marche pas le blocage des prix. Pourquoi ça ne marche pas ? Parce que les prix sont plus administrés dans notre pays.

4:42
Manuel Bompard

Ça ne marche pas. Non mais ce n'est pas un argument. Ça ne marche pas parce que ce n'est pas le cas. Bon, d'accord, mais moi j'attendais des arguments. Là, je n'ai pas un argument. En plus, c'est faux, puisque je vous le disais, dans l'essentiel, par exemple, des départements et des territoires d'outre-mer, il y a des mesures de blocage des prix.

4:57
Invité

Avec des situations très spécifiques qui sont liées à l'insularité, à la distance avec la métropole.

5:02
Manuel Bompard

Je ne suis pas d'accord avec vous, mais imaginons que c'est vrai. Quand il y a eu la crise sanitaire, on a décidé de bloquer le prix du gel hydroalcoolique. Pendant la guerre du Golfe en France, le gouvernement de Michel Rocard, à l'époque, a décidé de bloquer le prix des carburants, de manière exceptionnelle, de manière temporaire, comme le permet le Code du commerce. Le président de la République ne répond pas à cette proposition, il dit juste que ça n'existe pas. D'abord, c'est faux, ça existe, et ce n'est pas un argument. Donc oui, il faut des mesures de blocage des prix. Comprenez, vraiment, il faut que les gens qui nous écoutent comprennent.

5:32
Invité

Donc la seule réponse, la réponse absolue à tout ça, c'est blocage des prix. Tout le reste, c'est soit de la demande, soit des choses qui n'auront qu'une efficacité.

5:43
Manuel Bompard

Ce n'est pas la seule réponse, mais écoutez, franchement, vous voyez bien que ce n'est pas la crise pour tout le monde. Vous voyez bien qu'il y a des gens qui s'enrichissent, qu'il y a des gens qui s'en mettent plein les poches, et vous comprenez qu'il y a quelque chose de complètement insupportable de voir des gens qui sont obligés de sauter des repas, des gens qui renoncent aux soins. Il y a près de 40% des gens qui disent qu'ils renoncent aux soins pour des raisons financières, et dans le même temps, vous avez des grandes entreprises qui s'en mettent plein les poches. Comprenez que c'est tout simplement insupportable pour les Français. Donc il faut des mesures de répartition.

Une mesure de blocage des prix, c'est une mesure de répartition, c'est-à-dire que l'inflation, elle doit être prise en charge par ceux qui en sont responsables. À l'échelle mondiale, le FMI dit que 50% de l'augmentation des prix est due à l'augmentation des profits des grands autres prix. Et c'est la TVA comme le Rassemblement national le propose ? Mais moi, je vous dis que si nous bloquons les prix du carburant, par exemple autour d'1,50€, il y a une part qui va être prise par l'État puisque sur le prix du carburant, il y a à peu près 50% qui sont des taxes. Donc tout le monde va comprendre. À 2€, il y a à peu près 1€ qui correspond à des taxes.

Si vous êtes à 1,50€, il n'y a plus que 75 centimes qui sont par des taxes. Donc bien sûr, l'État doit faire sa part du chemin. Mais les industriels, les distributeurs, les producteurs de carburant doivent faire aussi leur part du chemin.

6:57
Invité

Rapidement, Manuel Bompard, c'est lié à la question du pouvoir d'achat. Emmanuel Macron a affirmé que les chaudières à gaz ne seraient pas interdites, je cite, pour ne pas laisser nos compatriotes en zone rurale sans solution. C'est du bon sens ou il aurait fallu les interdire pour lutter contre le réchauffement climatique ?

7:10
Manuel Bompard

Mais le problème, c'est qu'ils n'organisent rien pour faire en sorte que les gens aient des alternatives. Donc ensuite, quand vous êtes confronté à une situation... Mais sur la question spécifique des chaudières au gaz. Je comprends, mais moi, si vous voulez, je ne suis pas comptable du bilan du président de la République depuis 7 ans. Je vais vous donner un exemple pour être très concret. Les efforts en faveur de la rénovation thermique des logements. Bon, si depuis 7 ans, les efforts financiers avaient été faits pour faire en sorte qu'on rénove effectivement le nombre de logements nécessaires pour tenir nos objectifs climatiques. Mais j'entends ce que vous dites, Emmanuel Macron.

7:47
Invité

Mais simplement sur ce sujet précis, est-ce qu'il a raison de ne pas interdire les chaudières à gaz pour précisément ceux qui ne peuvent pas se passer de cette façon de se louper ?

7:56
Manuel Bompard

Je ne suis pas pour interdire dans l'état actuel demain les chaudières à gaz pour une raison simple. Pour une raison simple, c'est qu'il faut d'abord organiser les efforts nécessaires dans la rénovation thermique des logements pour faire en sorte que les gens fassent des économies et qu'ensuite, on puisse leur proposer des alternatives. Mais vous ne pouvez pas me demander à chaque fois de venir commenter la décision du président de la République alors qu'il ne fait rien depuis 7 ans sur le sujet ? Enfin, écoutez, sur la question climatique, hier soir, c'était à pleurer.

8:22
Invité

Donc plus 7 milliards d'euros, la planification écologique, ça, c'est rien ?

8:27
Manuel Bompard

Écoutez, franchement... Je vous pose la question. D'accord, je vous dis, le problème, ce n'est pas que c'est rien. Le problème, c'est que depuis 7 ans, il n'a rien fait. Écoutez, il vient hier sur un plateau de télévision nous dire la bouche en cœur, je vais interdire et on va sortir des centrales à charbon à 2027. Vous savez quand même que c'était son engagement pour 2022. Ça ne vous a pas échappé ? Bon, donc c'est lui qui reporte ses engagements. Il vient nous dire, c'est génial, regardez l'avancée qu'on va faire. Les salariés de la centrale de Cordemais dans le 44, qui est une centrale à charbon, proposent depuis des années un projet de transition vers la biomasse.

Depuis des années, ils sont en attente des autorisations, ils le demandent. Et le président de la République nous dit, ah, en 2027, on va faire les choses. Non, franchement, ce n'est pas sérieux.

9:05
Invité

Deux sujets encore évoqués par le président de la République. L'immigration d'abord. Emmanuel Macron a expliqué, je cite, que la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde. Une phrase de Michel Rocard, l'ancien Premier ministre socialiste de François Mitterrand. Vous devriez applaudir.

9:17
Manuel Bompard

Mais personne, oui, sauf que Michel Rocard disait aussi, mais la France doit en prendre sa part. Ça ne vous a pas échappé. Deuxièmement, personne, je crois, ne propose que la France accueille toute la misère du monde. D'ailleurs, ce n'est pas la France aujourd'hui qui accueille toute la misère du monde. L'essentiel des phénomènes migratoires aujourd'hui dans le monde se font à l'intérieur des continents, c'est-à-dire avec les pays voisins. Donc, le président de la République, sur ce sujet, a multiplié les contre-vérités. Je vous donne un exemple. Il nous a dit, la France respecte ses obligations en matière d'aide publique au développement. C'est totalement faux.

Dans les années 70, les pays se sont engagés à consacrer 0,7% de leur PIB à l'aide publique au développement. Non, mais le président de la République l'a dit.

9:53
Invité

Il y avait ce message-là de... Vous, juste pour que les auditeurs et les téléspectateurs comprennent, vous, à l'inverse, vous dites, il faut des régularisations massives. C'est ça, le projet de la France insoumise ?

10:02
Manuel Bompard

Non, ne caricaturez pas le projet de la France insoumise. Ne caricaturez pas. C'est Jean-Luc Mélenchon qui me l'a dit il y a une semaine. Non, Jean-Luc Mélenchon, il y a une semaine, vous a dit qu'il était favorable à la régularisation des travailleuses et des travailleurs sans papier, c'est-à-dire de l'ensemble des personnes qui ont un contrat de travail.

10:14
Invité

Pas que, aussi pour ceux qui n'en ont pas ?

10:16
Manuel Bompard

Non, pas pour tous ceux qui n'en ont pas. Ah, donc c'est seulement pour ceux qui ont un contrat de travail ? Non, pour ceux qui ont un contrat de travail, ceux qui ont des enfants à l'école, parce que je pense que tout le monde peut comprendre que quand vous avez un gamin qui est scolarisé, quand vous avez les policiers qui viennent chercher les parents à la maison pour les renvoyer chez eux, alors que le gamin est à l'école, c'est un problème. Donc il faut des mesures de régularisation, mais ne caricaturez pas notre position. Alors qui n'est pas concerné par ces mesures de régularisation ? Et qui décidez d'expulser s'ils ne doivent pas être sur le territoire français ?

Laissez-moi, si vous voulez bien vous présenter, quelle est notre vision des choses sur ce sujet. Depuis 30 ans, on a fait 22 lois sur l'immigration. 22 lois. 22 lois qui sont toujours dans la même logique, c'est-à-dire empêcher les gens d'arriver. Manifestement, ça ne fonctionne pas. Donc il faut changer de logique. Changer de logique, ça veut dire d'abord poser la question des migrations à l'échelle internationale. Mais Manuel Bupin, Manuel Bupin. Non mais j'essaie de comprendre. Je ne peux pas répondre à vos questions par tranche. Donc moi j'ai un projet d'ensemble.

11:12
Invité

J'essaie juste de comprendre la position de la France insoumise. Est-ce que quand un sans-papier est sur le territoire, donc de façon illégale, à quel moment vous décidez qu'il faut le renvoyer dans son pays ? Est-ce que c'est encore une perspective ou est-ce que vous dites au contraire, tous ceux qui sont sur le territoire,

11:26
Manuel Bompard

qu'ils aient des papiers ou pas, ont vocation à rester ? Il faut des procédures de régularisation. Ces procédures de régularisation, elles doivent s'appliquer sur des critères. Les critères, c'est par exemple le fait que l'on travaille. Les critères, c'est par exemple le fait qu'on a un enfant à l'école et qu'on est un parent d'élève scolarisé. Donc il faut un certain nombre de critères. Et pour les autres ? On respecte la loi, bien évidemment. Qui ne respecte pas la loi ? Mais la question qui est posée ensuite, c'est comment on fait en sorte que les gens n'aient pas besoin de partir de chez eux ? Parce que sinon, on ne réglera jamais le problème. Pourquoi les gens partent ?

Les gens partent parce qu'ils fuient la guerre. Les gens partent parce qu'ils fuient la crise climatique. Et tout le monde sait que les migrations, elles vont aller croissantes dans les années et les mois qui viennent si on n'apporte pas des réponses de régulation à l'échelle internationale. Et écoutez au moins sur ce sujet, parce que j'entends beaucoup de gens nous dire qu'on va inscrire les racines chrétiennes de la France dans la Constitution. Je ne suis pas d'accord avec ça. Mais écoutez au moins le parole du pape sur ce sujet. Écoutez ce qu'il a à nous dire. Il nous dit qu'il faut faire davantage. Il nous dit qu'il faut faire preuve d'humanité.

Je ne suis pas toujours d'accord avec le pape. Mais quand il dit quelque chose comme ça, au moins je pense que les Françaises et les Français peuvent l'entendre.

12:33
Invité

Manuel Bompard, vous étiez présent dans les rues de Marseille samedi pour manifester, je cite, contre les violences policières et le racisme systémique. Pendant ce temps-là, dans le cortège parisien, une voiture de police a été attaquée à coups de barres de fer par des manifestants cagoulés. On voit les images qui vont apparaître. Voilà, on voit cette voiture de police attaquée et ce policier qui sort son arme de service. Quand on explique que la police est violente et qu'elle est raciste, est-ce qu'au fond vous n'avez pas désinhibé ceux qui veulent s'en prendre aux policiers ?

13:00
Manuel Bompard

Pas du tout. Ces gens-là ne sont pas des manifestants. Les personnes qui se sont pris à cette voiture... Ah bon ? Qu'est-ce qu'ils font là ? Je ne sais pas. C'est peut-être au ministre de l'Intérieur qu'il faut poser la question. Qu'est-ce qu'ils font là ? Moi, ce que je veux vous dire, si vous voulez, j'ai bien compris que votre volonté, c'est de retenir l'action stupide de 10 personnes qui s'en sont prises à une voiture de police. C'est seulement stupide de s'en prendre avec des barres de fer ? C'est pas mal, mais c'est plus que stupide. C'est inacceptable et intolérable. Si vous voulez que je vous le dise, je n'ai pas de problème sur ce sujet.

Mais moi, je préfère retenir la mobilisation large, calme, déterminée, pacifique de 80 000 personnes qui, partout en France, samedi, ont dit qu'il y a un problème dans le rapport aujourd'hui entre la police et une partie de la population. Et il faut des réponses politiques sur ce sujet. Il y avait un appel à participer à cette manifestation. C'était très clair du point de vue de ses revendications. Ses revendications, c'est la réforme de l'IGPN pour en faire une autorité de contrôle réellement indépendante. C'est revenir sur la loi de 2017 sur l'utilisation des armes suite à des refus d'Octobéret.

13:53
Invité

Quand on voit cette scène à Paris, quand on voit aussi cette pancarte à Besançon où un manifestant brandit, donc une pancarte où il est écrit « un flic, une balle ». Est-ce que vous ne vous dites pas qu'avec vos mots d'ordre, considérant que la police est violente par nature, raciste par nature, vous libérez ? Non, non. Quand vous dites les violences policières et le racisme systémique dans la police, ça veut donc dire que c'est quelque chose de structurel.

14:17
Manuel Bompard

Ça ne veut pas dire par nature. Ne mettez pas vos mots dans ma bouche, s'il vous plaît. Parce que moi, je n'ai jamais dit que ça veut dire qu'il y a des effets de système. Si ça vous embête, je vais vous dire que vous avez un problème. Parce que l'ONU dit… Moi, je n'ai aucun problème, je vous pose des questions. Si, vous allez avoir un problème parce que l'ONU dit qu'il y a un problème structurel de racisme dans la police en France. C'est un comité de l'ONU. Non, c'est le rapporteur de l'ONU en charge des questions des droits de l'homme. Ah, donc celui-là, il n'est pas important, c'est ça ? Non, pas du tout. Mais pour préciser,

14:42
Invité

quand vous dites l'ONU, on a l'impression que c'est l'ONU en assemblée générale.

14:44
Manuel Bompard

Quand le défenseur des droits dit qu'une personne noire ou arabe dans ce pays a 20 fois plus de chances d'être contrôlée qu'une personne blanche, ces chiffres-là, vous ne les contestez pas, Benjamin Duhamel ? Est-ce que vous ne les contestez, ces chiffres-là ? Donc, c'est un problème systémique. Est-ce que vous n'avez pas… Et systémique, ça ne veut pas dire par nature. Est-ce que vous n'avez pas… Ça ne veut pas dire que l'ensemble des policiers sont violents ou l'ensemble des policiers sont racistes.

15:05
Invité

Ce n'est pas ce que j'ai dit, donc ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. On voit une pancarte avec écrit « un flic, une balle » et que c'est un manifestant qui… Est-ce que vous n'avez pas une part de responsabilité dans les mots d'ordre qu'il y a dans ce genre de manifestation ?

15:17
Manuel Bompard

Moi, la part de responsabilité que j'assume totalement, c'est les mots d'ordre de l'appel sur lequel nous avons appelé à manifester. Et cet appel ne dit pas cette chose-là. Donc, vous n'allez pas me faire porter, si vous voulez, l'ensemble des pancartes ou des slogans qui sont portés ici ou là en France. Moi, je manifeste sur des mots d'ordre, sur des revendications. Ces revendications, c'est des réformes concrètes. Ces revendications, c'est faire en sorte que le meurtre du jeune Naël au mois de juin ne reste pas sans solution politique, qu'on ne considère pas qu'il ne s'est rien passé et qu'il ne faut rien faire sur ce sujet.

Le nombre de personnes qui sont mortes suite à des refus d'obtempérer en France, c'est plus d'une personne par mois l'année dernière. Il y en a eu un en dix ans en Allemagne. Vous pouvez faire comme si ça n'existait pas. Vous pouvez considérer que ce n'est pas un problème comme le fait le président de la République parce que quand j'interroge le président de la République sur ce sujet, il efface cette question-là du compte-rendu. Pour lui, ce sujet est tabou. On ne peut pas en parler. Et donc, il faut une mobilisation populaire et citoyenne.

Et encore une fois, moi, je rends hommage aux 80 000 personnes qui ont manifesté avec calme, avec dignité pour faire en sorte que ces solutions, ces situations-là ne restent pas sans réponse politique. Voilà ce que nous demandons.

16:19
Invité

Une dernière question sur ce sujet. Est-ce que vous pourriez participer à une manifestation en soutien aux policiers attaqués, par exemple victimes de refus d'obtempérer comme ce qu'on a vu à Sochaux jeudi dernier ? Est-ce que ça, c'est imaginable ?

16:28
Manuel Bompard

Mais moi, quand un policier meurt dans l'exercice de fonction, il a bien évidemment toute ma solidarité. En l'espèce, il n'est pas mort. Non, mais d'accord. Mais ici, c'est attaqué, il est blessé. Excusez-moi, bien évidemment qu'il a toute ma solidarité. Qu'est-ce que vous croyez ? Vous croyez que je ne suis pas sensible au fait qu'un policier qui se fait attaquer, qu'il soit blessé, qu'un policier parfois soit tué ? Je ne suis pas insensible. Je suis insensible à ça.

16:52
Invité

Je suis peut-être aveugle ou sourd, mais j'ai regardé un petit peu hier, que ce soit les réseaux sociaux de Jean-Luc Mélenchon ou de vous-même, je n'ai pas vu de message condamnant avec la plus grande fermeté cette voiture de police qui avait été attaquée dans les cortèges à Paris samedi.

17:04
Manuel Bompard

Je crois que mes mots étaient assez clairs ce matin, Benjamin Duell. S'il vous plaît, comprenez l'idée qu'on peut à la fois être solidaires de policiers quand ils sont attaqués dans l'exercice de leur fonction et en même temps considérer que la manière avec laquelle est organisée la police aujourd'hui en France dysfonctionne et qu'il faut des réponses sur ce sujet. Tout simplement parce qu'on est attaché à avoir un rapport entre la police et la population qui soit plus apaisé qu'aujourd'hui. Moi, je suis favorable à un rétablissement de la police de proximité. Je suis favorable au fait qu'on embauche davantage de policiers. Je ne crois pas que ce soit un discours anti-police.

17:34
Invité

Il nous reste peu de temps, Manuel Bompard. Je voudrais revenir avec vous sur une comparaison qui a été faite par votre collègue député insoumise Sophie Chiquérou. Si, si, si, si, relayée par Jean-Luc Mélenchon. Je cite, il y a du Doriot dans Roussel pour ceux qui nous écoutent et nous regardent. Jacques Doriot, c'était un maire communiste devenu collaborationniste, antisémite qui a fini par combattre sur le front de l'Est dans l'uniforme nazi pendant la Seconde Guerre mondiale. Sérieusement, Manuel Bompard, on en est là de comparer un élu de gauche à sans doute un des pires collabos qui a été pendant la Seconde Guerre mondiale.

18:00
Manuel Bompard

D'abord, il n'y a pas de comparaison. Ah bon ? Il y a du Doriot dans Roussel, ce n'est pas une comparaison. Je pense que personne n'a dit Doriot égale Roussel, ce qui, ça est une comparaison, personne ne l'a dit.

18:09
Invité

L'histoire se répète et il y a du Doriot dans Roussel. Je vais vous dire... Sophia Chikirou, partagée par Jean-Luc Mélenchon.

18:14
Manuel Bompard

Non, pas du tout, elle relaie un article, une prise d'opposition de M. Schneiderman du site Arrêt sur image qui dit que dans les prises d'opposition de Fabien Roussel ces derniers mois, il y a un certain nombre de motifs d'inquiétude. Maintenant, je vais vous dire, Benjamin Duhamel, vous êtes un hypocrite.

18:27
Invité

Ah, pourquoi ?

18:28
Manuel Bompard

Parce que quand votre collègue M. Enthoven disait il y a deux ans que le parcours de Jean-Luc Mélenchon a entendu condamner cette comparaison. Je ne voulais pas entendu condamner cette comparaison. Là, je vous pose

18:42
Invité

la question d'une députée qui, dans la même famille politique au sein de la NUPES, parle de Fabien Roussel comme d'un collabo pendant la Seconde Guerre mondiale qui a combattu dans l'uniforme nazi. Est-ce que cette comparaison vous la condamnez comme d'ailleurs beaucoup au sein de la NUPES, des socialistes, des écologistes et même certaines personnes au sein de la France.

19:02
Manuel Bompard

Alors, je vais vous dire, je confirme, vous êtes un hypocrite. Parce que quand un député du Rassemblement national a dit que Jean-Luc Mélenchon était un nazi, vous n'avez jamais posé la question à Mme Le Pen de savoir si elle allait condamner cette prise d'opposition. Donc, maintenant, pour le reste, je vais venir sur le fond. C'est une façon de renvoyer ça à d'autres. Moi, je vous pose la question sur vous.

19:17
Invité

Est-ce que vous pouvez encore participer à un même ensemble politique la NUPES quand vous avez des députés insoumis qui ne comptent pas Fabien Roussel

19:25
Manuel Bompard

à Jacques Doriot ? Je vous ai pris deux fois la main dans le sac. Parce que je vois vos indignations. Mais si ! Mais vous inquiétez pas, mais je voulais juste montrer aux yeux de tout le monde votre hypocrisie sur ce sujet. Il n'y a aucune hypocrisie. Si, si, totalement. Maintenant, je vais vous répondre. Non, Fabien Roussel n'est pas Doriot. C'est clair. Donc, vous condamnez cette comparaison ? Non, je ne condamne rien puisque personne n'a fait de comparaison.

Puisque ce que nous avons dit et ce que nous avons dit, je ne l'ai pas fait, mais ce qui a été dit par une de mes collègues, c'est le fait que dans les prises d'opposition de Fabien Roussel depuis plusieurs mois, il y a un certain nombre de motifs qui sont des motifs d'inquiétude. Juste pour terminer,

19:58
Invité

mais interrogé sur ce sujet, Emmanuel Macron dit vouloir lutter contre toutes les violences. Elle commence en étant verbale, elle finit dans la rue. Interrogé sur cette comparaison.

20:06
Manuel Bompard

Je ne sais même pas pourquoi le président de la République est coutumier des phrases qui ne veulent rien dire. Je ne sais même pas ce que ça veut dire. Vous croyez qu'il y a un lien entre de la polémique politique et des violences dans la rue ? Il faut être un petit peu raisonnable et un peu sérieux. Donc, on va sortir un peu de cette situation parce que quand Mme Borne dit que nous sommes en dehors de l'arc républicain, ça aussi, ça peut produire des violences. Quand le maire de Grabels dans l'Hérault est agressé par un militant de l'extrême droite, je n'ai entendu personne de la majorité lui exprimer sa solidarité et donc, je profite de ce plateau pour le faire.

20:38
Invité

Merci beaucoup, Manuel Bompard. Il est 8h53 sur AMC et BFM TV.

L'interview politique de Manuel Bompard sur RMC — Manuel Bompard · Pourquijevote