Conférence François-Xavier Bellamy : Espérer et transmettre dans un monde qui doute.
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 78 %Attaque 17 %Défensif 5 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 36:29OuverteRéponse directe
Comment faire l'union de la droite au plan pratique ?
- 48:28OuverteRéponse directe
Comment transmettre le bien et le mal aux enfants après le 7 octobre ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 56:18Invité politiqueFait
« Quand un élève ne sait pas lire, quand un jeune a du mal à lire sa propre langue, la langue du pays dans lequel il est né, dans lequel il a grandi sa propre langue. »
- 57:01Invité politiqueChiffre
« les professeurs, ils sont aujourd'hui en France plus de la moitié d'entre eux à dire dans les enquêtes qui sont faites qu'ils s'autocensurent »
- 57:41Invité politiqueFait
« j'ai été à l'IUFM. J'ai fait partie de la dernière génération à aller à l'IUFM avant qu'il disparaisse puis réapparaisse sous le nom desp »
- 58:25Invité politiqueFait
« vous n'avez rien à transmettre. Vous ne devez surtout pas transmettre des connaissances. Parce que si vous transmettez des connaissances, ça veut dire que vous savez des choses que vos élèves ne savent pas. »
- 59:47Invité politiqueFait
« la question du comment, c'est celle que chaque parent vit dans l'expérience quotidienne d'une relation avec l'enfant qui est toujours infiniment complexe, infiniment singulière, infiniment difficile parfois »
- 1:02:59Invité politiqueFait
« je suis là pour ça, pour faire passer vers vous quelque chose que j'ai reçu et qui m'a fait m'engager pour le partager avec vous aujourd'hui. »
- 1:04:22Invité politiqueFait
« On a élu un président qui nous disait que nous n'avions pas de culture alors que le monde entier sait qu'il y a une culture française. »
- 1:06:19Invité politiqueFait
« j'ai empêché inextrémiste qu'elle ne soit élue vice-présidente de la commission des droits de l'homme »
- 1:10:59Invité politiqueFait
« les seuls auxquels nous devons rendre des comptes sont les électeurs. »
- 1:13:44Invité politiqueFait
« il y a une ligne rouge. C'est trop dangereux. Et c'est trop dangereux parce que si elle devait prendre cette position, imaginez ce qu'elle en aurait fait. »
- 1:15:44Invité politiqueChiffre
« il y a eu au moins une dizaine de plaintes dont des signalements du parquet pour des faits très graves d'apologie du terrorisme. »
- 1:16:29Invité politiqueFait
« les policiers, on leur a confié une enquête, ils ont fini leur enquête et ils l'ont donné à la justice et il ne s'est rien passé. »
- 1:19:04Invité politiqueFait
« le pardon est structurellement un don, vous pouvez faire un cadeau à quelqu'un qui ne vous l'a pas demandé. Vous pouvez pardonner à quelqu'un qui ne vous a pas demandé pardon. »
- 1:25:23Invité politiqueFait
« vos sociétés sont marqué par le déclin du courage »
- 1:28:17Invité politiqueChiffre
« En France, on est autour de 7 %. Euh et on connaît tous le problème des Qutf. Dans les 10 dernières années, il y a eu plus de 1 million d'OQTF émises qui n'ont donné lieu à aucune exécution. »
- 1:28:59Invité politiqueFait
« si vous arrivez à rentrer illégalement en Europe, vous avez toutes les chances d'y rester pour toujours. »
- 1:29:38Invité politiqueFait
« la règle c'est le départ volontaire et seulement s'il est pas parti, vous pourrez l'expulser. »
- 1:30:59Invité politiquePromesse
« la durée de rétention maximale, elle sera de 2 ans. »
- 1:32:17Invité politiquePromesse
« la possibilité d'expulser une personne pas seulement dans son pays d'origine mais dans n'importe quel pays tiers qui accepte de le reprendre »
- 1:34:53Invité politiqueFait
« délivrer une interdiction d'entrée, c'est scandaleux, c'est contraire aux droits humain. »
Temps de parole
- François-Xavier Bellamy100 %
≈ 0,2 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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Bonsoir à toutes. Bonsoir à tous. Bienvenue au centre culturel A Simon Dra. Bienvenue à l'axile. Nous recevons ce soir. Il nous fait le grand honneur d'être là. François Xavier Benam. Vous pouvez l'applaudir [rires] en la présence précieuse de de notre précieuse de notre ami Roger Caroci, de Sophie des chiens et de David qui [applaudissements] était qui était là avant qui vous a fait plaisir d'être là et vous tous auquel je souhaite la bienvenue. Monsieur Béami, merci infiniment d'avoir accepté notre invitation comme nous en parlions tout à l'heure.
On vous suit régulièrement aux prises de position, les tribunes que vous que vous rédigez et également tous les débats que vous pouvez mener au Parlement européen. Vous avez deux casquettes philosophe, homme politique. Comme je vous le disais tout à l'heure, cette double casquette est très intéressante et on sera très intéressé de savoir comment vous liez les deux. Comment la philosophie peut aider l'homme politique à exercer sa fonction ? Est-ce que vous utilisez justement ces principes philosophiques de manière concrète dans un monde politique fait de violence, d'échange re et et et naturellement de de sujets qui nous touchent tous ?
Alors, on a choisi un thème ce soir autour de votre livre avec des mots forts. Espérer, transmettre. Tout ça c'est de l'éducation aussi dans un monde euh plein de doute. C'est la violence de ce monde. Donc vous nous expliquerez comment notamment vous prenez dans ce livre que j'ai eu le plaisir de lire euh tout ce qui concerne la quête du bonheur. Cette quête du bonheur, comment vous la mettez en œuvre dans un monde politique si violent ? Comment vous liez ces deux choses ? Ce sera très intéressant.
Et puis évidemment sur un autre plan toute l'actualité qui nous intéresse, qui vous intéresse avec les tribunes que vous avez pu écrire notamment sur l'usage du droit international par des gens qui s'en prévalent vis-à-vis de d'autres qui ne le respectent pas. Plus récemment encore hier euh le règlement en retour. J'aimerais bien qu'on en parle également, ça viendra dans les questions euh et puis naturellement les euh joutes que vous avez pu avoir avec notre ami Rima euh au Parlement européen. Euh ce sera extrêmement intéressant d'avoir votre point de vue et savoir un peu comment vous menez ces ces discussions. Merci infiniment encore d'être là. Vous êtes le bienvenu.
Je vais laisser la parole à notre ami Roger Carocci qui va vous dire tout le mal qu'il pense de vous et ensuite [rires] nous pourrons échanger. Je vous laisse la parole. Voilà. Il paraît que il paraît que le milieu politique est un milieu violent. Je confirme. Euh non, moi je voulais dire le plaisir que nous avons à Levalois d'accueillir euh l'inestimable Benami qui préside la délégation française au sein du PPE, c'est-à-dire le Parti populaire européen qui est la formation de droite et du centre dominante dans ce Parlement et au niveau de l'Europe.
Je veux lui dire surtout que si nous sommes amis et liés politiquement parce qu'on peut être les deux, je sais bien que dans ce milieu on croit que non, mais si si ça c'est possible. C'est possible à condition de partager des valeurs, c'est possible à condition de partager des combats. Et je dois dire que chacun le sait ici en des combats que je conduis depuis des années des années contre l'antisémitisme ou en soutien à Israël, j'ai toujours trouvé le camarade Bami à nos côtés.
toujours quand il s'est agit de polémique avec Rima Hassan, avec l'inestimable Mélenchon, avec Caron ou les autres, il est là, il est là et il a beau être philosophe ou peut-être parce qu'il est philosophe, il est courageux. Il est courageux parce qu'il n'hésite pas. Il n'a pas peur de dire la vérité. Il n'a pas peur de dire un certain nombre de choses, sachant parfaitement que de l'autre côté, ça va vouloir dire hystérie menace, injure. Lui jamais, c'est la courtoisie incarnée. un esprit fin, courtois, intelligent, malin et en même temps qui rend ses ennemis ou ses adversaires fou furieux parce qu'ils n'ont pas sa classe. [raclement de gorge] pu répondre après une telle introduction.
Je suis accueilli par tant de bienveillance que après une description aussi louangeuse, je ne peux maintenant que vous décevoir. Donc je vais essayer de vous décevoir le le moins mal possible. Mais je voulais d'abord vous dire un immense merci de votre accueil. Euh vous remercier de de l'immense honneur que vous me faites de me recevoir ici ce soir et de votre invitation. Euh merci de de la confiance que vous me témoignez aussi. en en venant me proposer de partager avec vous ces ces réflexions de ce soir et vous dire que c'est un grand bonheur de se retrouver entre amis.
Euh nous ne nous connaissons pas tous mais nous savons que nous partageons ces combats communs auquels vous avez fait référence et que Roger tu as si bien décrit. Euh pour tout vous dire, j'ai passé ma soirée d'hier avec Rima euh littéralement. C'était pas pour le plaisir, c'était dans l'hémicycle du Parlement européen, donc c'était plutôt pour le combat. Nous avions réussi à organiser un débat euh sur la violence politique de l'extrême gauche après la mort de Quentin de Rank.
Et à la différence de l'Assemblée nationale où toutes les forces politiques ont été quand même heureusement obligées de partager une minute de silence au Parlement européen, tous les groupes sur notre gauche euh tous se sont opposés à la tenue de ce débat et c'est parce que nous sommes le premier groupe au parlement que nous avons réussi à l'inscrire à l'ordre du jour. Euh mais c'est vous dire [raclement de gorge] le climat dans lequel nous sommes et la délégation des élus de la France insoumise qui était dans l'hémicycle pendant toute la soirée euh a jugé bon alors que nous parlions de la mort d'un jeune homme de 23 ans, quoi qu'on pense de de ces idées.
Un jeune homme est mort et la délégation des élus de LFI faisait des des selfies en en en levant le point ou en faisant le signe de la victoire, ce qui est quand même le le l'indice. On en parlait à l'instant cher Roger, mais de ce climat politique dans lequel nous vivons aujourd'hui qui en effet, vous l'évoquiez à l'instant, est un climat de de haine et de brutalisation extrêmement préoccupant. Euh donc ça fait du bien de se retrouver entre amis et on a besoin de moments pour se réconforter et pour et pour s'encourager aussi.
et et c'est l'occasion pour moi de de témoigner ma ma reconnaissance à un très grand ami euh qui est qui est Rogé qui est ici euh et je je crois que je pourrais lui rendre les mots si généreux qu'il a eu à mon endroit, mais vous connaissez son courage à lui aussi et ce courage, je l'ai observé y compris parfois, il faut bien le reconnaître au sein de notre propre famille politique quand tu as eu euh le euh la force de défendre ce que je crois moi aussi nécessaire et je partage cette conviction qu'aujourd'hui notre devoir c'est de tout faire pour désormais faire barrage à cette extrême gauche qui de toute évidence représente la menace existentielle la plus dangereuse pour notre démocratie.
Certains aujourd'hui cherchent encore peut-être même parfois au sein de notre propre famille à à maintenir des illusions qui n'ont plus court. L'urgence aujourd'hui, le danger absolu, il est là et tu l'as dit avec avec beaucoup de de force et j'ai été très heureux de te soutenir comme je serai toujours très heureux de te soutenir dans dans l'avenir, dans les combats que tu mèneras et que nous partageons ensemble. Alors ce soir, j'ai accepté avec d'autant plus de bonheur votre invitation que vous ne m'avez pas invité pour parler politique. Euh vous avez choisi de donner à cette réflexion en effet un sujet de philosophie.
Et donc peut-être ce que je vous propose, c'est je vais consacrer mon mon proposiminaire à vous parler de philosophie et de ce beau thème que vous avez choisi de de fixer pour notre rencontre. Et puis ensuite, on aura tout le temps de questions et et d'échanges et vous pourrez euh évidemment interroger sur tout ce que vous souhaiterez, y compris des sujets beaucoup plus concret et plus politique comme ce règlement sur les retours que vous évoquez à l'instant ou tous les sujets que vous souhaiterez aborder.
Mais pour l'instant, je voudrais, si vous me le permettez, c'est pas pour fuir la politique, peut-être c'est une autre manière de l'aborder, mais je voudrais venir à cette cette question que vous avez évoqué à l'instant dans ce climat de brutalisation, dans cette montée de la violence que nous voyons, pas seulement de la violence dans le monde politique, mais de la violence dans le monde tout court, parce que nous vivons dans un monde où la violence semble avoir repris son cours et presque tenté d'imposer de nouveau son droit. Dans ce monde-là, comment peut-on encore espérer ? Et c'est le le sujet que que vous avez que vous avez choisi et que je voudrais évoquer avec vous.
Est-ce que l'espérance est possible ? Que nous est-il permis d'espérer ? C'est la l'une des grandes questions qu'Emmanuel Kant assigne à la philosophie. Euh que m'est-il permis d'espérer ? Les les des trois questions de la philosophie pour Cand sont que puis-je savoir ? Que dois-je faire ? Et que m'est-il permis d'espérer ? Et si on répond à ces trois questions, on a trouvé dans la philosophie le secours dont on a besoin pour son existence. Que nous est-il permis d'espérer ? Et a-t-on même encore le droit d'espérer ? C'est la question qu'on peut se poser aujourd'hui comme euh dans d'autres périodes de notre histoire, dans des périodes souvent bien noires.
Que nous est-il permis d'espérer après le 7 octobre ? Peut-on encore espérer en la nature humaine quand on vit le spectacle d'une telle atrocité et que nous sommes d'une certaine manière condamné à la vivre par le fait que l'information aujourd'hui circule, que les images sont partout, que que l'expérience nous en revient par tous les moyens que nous avons de de de savoir ce qui a pu se passer. Le le le le mal absolu d'une certaine manière, cette expérience, cette évidence de la réalité du mal autorise-elle encore l'espoir ? permet-elle encore l'espoir ?
J'ai voulu réfléchir sur la question de l'espoir et et c'est c'est ce petit livre que vous évoquez qui qui me vaut l'occasion de de cette invitation ce soir. J'ai voulu réfléchir à cette question de l'espoir parce que je pense qu'aujourd'hui nous vivons une époque de de désespérance assez profonde et je pense qu'il faut affronter cette question de l'espoir et l'affronter de manière solide et sérieuse. L'espoir est possible mais à condition qu'on ne confonde pas l'espoir avec ce qu'il n'est pas. Et le grand danger serait de confondre l'espoir avec son sonat comme le disait George Bernanos. Je pourrais même dire d'une certaine manière avec son contraire.
Le contraire absolu de l'espoir pour moi, c'est l'optimisme. L'espoir et l'optimisme ne sont pas du tout identiques. Ils n'ont même d'une certaine manière rien à voir. L'optimisme, c'est le fait de se dire que quoi qu'il arrive, tout finira par bien se terminer, que tout ira bien. L'optimisme, c'est la certitude qu'à la fin, quoi qu'on fasse, l'histoire trouvera la meilleure fin. Et d'une certaine façon, l'optimisme est une manière de se déresponsabiliser. Parce que si vous êtes optimiste, vous avez la certitude que tout va bien finir. Alors, pourquoi faudrait-il agir ? Pourquoi faudrait-il s'engager ?
l'optimisme et dit George Bernanos dans un moment qui lui aussi était marqué par les tumultes évidents de de de l'histoire humaine. En 1942, Bernanos publie un petit texte qui parle justement de cette question de l'optimisme et de l'espérance et et il dit que l'optimisme est par excellence la vertu du contribuable parce que quand le fisque l'a dépouillé de tout même sa chemise, le contribuable optimiste s'abonne à une revue nudiste et déclare qu'il ne sait jamais mieux porter. C'est une vertu qui touche au dénis de réalité, qui consiste à ne voir dans le réel que ce qu'on a choisi d'y regarder par avance.
On veut ne voir que des indices que tout va bien et on se rassure à bon compte en se disant que tout va bien, même quand de toute évidence tout va mal. L'optimisme est surtout une manière de se défaire de sa responsabilité parce que si vous pouvez affirmer que quoi qu'il arrive, l'histoire va bien se finir, encore une fois, pourquoi faudrait-il s'efforcer, se fatiguer ? Pourquoi faudrait-il se risquer à agir ? Pourquoi faudrait-il combattre ? Finalement, l'optimisme c'est dit Bernano, c'est la même chose que le pessimisme. Ce sont les deux phases d'une même forme de déni, les deux phases d'une même forme d'indifférence.
L'optimiste est un imbécile heureux, le pessimiste est un imbécile malheureux dit Bernanos. Mais dans les deux cas, les deux se rassurent à bon compte sur le fait qu'il est inutile d'agir. Voyez, d'ailleurs, vous vous en conviendrez comme moi. Euh euh dans nos conversations d'amis, de famille, euh il y a deux manières de se dire que de toute façon, c'est plié. Voilà. Il y a d'un côté ceux qui diront que vous inquiétez pas, tout se finira bien à la fin. Et puis il y a aussi le réflexe qui consiste à dire que tout est déjà foutu. Et si tout est foutu, si tout est perdu, si tout va mal se terminer, quoi qu'il arrive et quoi qu'on fasse, alors pourquoi faudrait-il agir ?
Euh j'ai j'ai un éditeur pour lequel j'ai une très grande affection, Jean-Paulentoven, avec qui je parlais un jour de l'engagement politique et qui me disait "Mais pourquoi est-ce que vous vous fatiguez à faire de la politique ?" Alors, je lui dis mais Jean-Paul quand même, faut bien essayer de reconstruire tout ce qu'on peut. Mais c'est déjà fini, c'est terminé. Vous ne comprenez pas, c'est fini. Alors, je dis mais qu'est-ce que vous voulez faire ? Alors, Jean-Paul et bien c'est très simple, aller à Venise et boire du bon vin en bonne compagnie. [rires] Et après tout, pourquoi pas ?
Voyez, je comprends l'attitude et qui consiste à se dire que de toute façon, si tout est perdu, pourquoi faudrait-il s'épuiser ? Pourquoi faudrait-il s'engager ? Je pense que l'optimisme et le pessimisme sont dans les deux cas une manière de se rassurer sur le fait qu'il n'est pas nécessaire d'agir. Marc Orel, immense empereur, vous demandiez comment on peut conjuguer la philosophie et la politique. Marc Orel, c'est notre notre maître à tous en la matière, immense empereur de Rome, immense philosophe. Marc Aurel, c'est c'est une figure d'ailleurs absolument bouleversante de l'histoire de la philosophie.
C'est l'un des disciples de la tradition stoïenne dont les deux grands auteurs sont Épictè l'un des fondateurs du stoïisme qui était un esclave affranchi et Marc Orel empereur de Rome qui se met à l'école de cette ancienne esclave pour apprendre la sagesse. Et Marc Orel tous les jours pendant ses campagnes, il a passé l'essentiel de sa vie à son corps défendant loin de Rome parce qu'il fallait défendre l'Empire et il était constamment en guerre. Marcurel tous les jours se retient dans sa tente pour écrire quelques quelques lignes qui lui étaient destinées à lui seul. Il n'avait jamais imaginé qu'un jour elle serait édité et que nous les lirions et donc il s'exhorte lui-même à la sagesse.
Et un jour il écrit cette phrase qui m'a toujours paru bouleversante. Il écrit "Les batailles que je n'ai pas livré, je me console trop facilement dans la certitude qu'elles étaient perdues d'avance." Et fondamentalement ce faisant, Marc Orel dénonce peut-être dans notre pessimisme parfois ce qu'il peut y avoir d'une espèce de facilité qui qui se qui se lave trop vite les mains de de la responsabilité d'un d'un travail qui pourtant attendait d'être fait. Donc l'optimisme et le pessimisme sont les deux phases d'une même forme d'indifférence en fait en réalité. Et ne disons pas cela pour accuser qui que ce soit.
Reconnaissons qu'il nous arrive à tous d'être parfois exposé à l'une ou l'autre de ces tentations qui consiste soit à se dire qu'il y a pas besoin d'agir puisque de toute façon ça finira bien, soit au contraire à se reposer de notre paresse d'aujourd'hui sur l'idée que quoi qu'on fasse de toute façon c'est déjà perdu d'avance. Et je crois que l'espérance ne se confond en rien de ce point de vue-là avec l'optimisme. L'espérance en réalité c'est ce dont on a besoin justement. quand on a aucune raison d'être optimiste. L'espérance, la plus haute forme de l'espérance d' Bernanos dans ce texte de 1942, la plus haute forme de l'espérance, c'est le désespoir surmonté.
Pour connaître l'espérance, il faut être aller au bout de la nuit. C'est quand on va au bout de la nuit qu'on rencontre une autre aurore. La plus haute forme de l'espérance, c'est le désespoir surmandé. Et et dans une formule difficile à comprendre d'ailleurs, Bernano s'écrit "L'espérance est la plus grande et la plus difficile victoire qu'un homme puisse remporter sur son âme. La plus grande et la plus difficile victoire qu'un homme puisse remporter sur son âme. Vous voyez que ça n'a rien d'une facilité. L'optimisme est une consolation facile. L'espérance est une victoire contre soi-même. Pourquoi une victoire contre soi-même ?
Pourquoi faudrait-il que l'espérance trouve son lieu précisément quand elle est difficile ? quand elle est difficile, on a besoin d'espérance et cela vous le reconnaîtrez tous, on a besoin d'espérance précisément quand on a le moins de raison d'être optimiste. Ça n'est pas quand vous allez bien, que votre famille se porte bien, que vos affaires prospèrent et que vous avez toutes les raisons de penser que tout va continuer ainsi, que vous avez besoin d'espérance. C'est quand vous traversez les preuves, quand vous traversez le doute que vous évoquez à l'instant, c'est quand vous vivez la maladie, la souffrance, quand vous avez le sentiment que le sort vous tombe dessus.
C'est dans ces moments-là qu'on a besoin d'espérance. C'est quand on vit l'épreuve du deuil, de l'absence, l'épreuve du manque. C'est dans ces moments-là que l'espérance est nécessaire. Pour le dire autrement, c'est quand on a peu de raison d'être optimiste, qu'on a besoin d'espérance. Et de ce point de vue-là, je me permets de dire que l'époque que nous vivons est un très bon moment pour l'espérance. Et je voudrais et comment c'est la question que vous posiez, comment fonder l'espérance ? Précisément, le paradoxe que je voudrais soulever avec vous, le paradoxe fait partie de l'exercice de la pensée.
Le paradoxe que je voudrais soulever avec vous, c'est que précisément l'espérance trouve le plus son sens quand elle a le moins de raison de se justifier. Et de ce point de vue, je voudrais la comparer avec une autre vertu parce que l'espérance est une vertu, avec une autre victoire contre soi-même que vous connaissez tous dans notre expérience ordinaire et qui s'appelle le pardon. Et je voudrais vous proposer de faire une petite digression en parlant du pardon avec un très grand philosophe qui s'appelle Vladimir Jean Kelvit, un auteur magnifique pour lequel j'ai une grande estime, une grande affection et auquel je dois beaucoup.
Jean Kelvit est un philosophe extraordinaire parce que et c'est pour ça que on peut lui porter une grande estime, il fait partie de cette très très rare catégorie non seulement de philosophes mais d'êtres humains en général qui a assumé dans son histoire intellectuelle de s'être trompé et qui s'est corrigé lui-même. Ça arrive rarement en politique, mon cher Roger, n'est-ce pas ? Euh ça arrive rarement aussi en en philosophie comme dans la vie ordinaire. Jean Kilevic a été obsédé pendant une grande partie de sa vie intellectuelle par cette question du pardon et son premier texte sur le sujet date de 1946 et s'appelle le pardon impossible.
Jean Kevic publie un texte sur le pardon au lendemain de la seconde guerre mondiale, au lendemain de la choa. Et dans ce texte, Jean Kelvit dit "Désormais, il y a de l'imponnable." La choa, c'est la figure de l'imponnable, ce qui ne sera jamais pardonné. l'impardonnable parce que la choix c'est le crime absolu, c'est le mal absolu. Ce mal absolu dont nous parlions tout à l'heure, on pourrait Jean Kevit parle de la choix, on pourrait penser au 7 octobre, c'est le mal absolu. C'est le mal qui s'abasse sur l'innocence absolue.
C'est c'est d'une certaine manière la révélation de cette puissance de mort qui est au cœur de la condition humaine et qui se déverse sur l'innocence, sur la figure de de la victime innocente et et dans la choa il y a quelque chose qui ne sera jamais pardonné et qui ne sera jamais pardonné pour plusieurs raisons. La première, c'est qu'il n'y a pas de circonstan attignante. Aucune raison ne peut justifier la choix. Aucune excuse ne peut être donné. Aucune forme de contexte qui permettrait d'expliquer ou d'excuser. Rien n'excusera jamais la choix. [grognement] La deuxième raison, c'est que les victimes ne sont plus là pour donner leur pardon.
[raclement de gorge] Et la troisième raison, c'est que les bourreaux ne demandent pas pardon. Les bourreaux n'ont pas demandé pardon. Comment pourrait-on pardonner celui qui ne demande pas pardon ? Donc la choa, c'est l'impardonnable. C'est la figure de l'irréversible. Il y a de l'imponnable et la choa le démontre. Et encore une fois, la choa c'est cette expérience limite dit Jean Kilevit, mais qu'on pourrait trouver dans d'autres expériences de la vie. Il y a de l'imponnable.
La choix l'a démontré mais nous avons le 7 octobre et peut-être certains d'entre nous ont-ils vécu un jour dans leur vie une expérience de ce mal absolu qu'un homme peut infliger à un autre et et qui ne peut pas être pardonné qui relève de l'imponnable. C'est ce texte de 1946 bouleversant qui constitue le point de départ de la réflexion de Jean Kelvit sur le pardon. 20 ans plus tard Jean Kelvic publie un deuxième texte. cette fois-ci, un petit livre sur le pardon qui s'appelle sobrement le pardon.
Et dans [raclement de gorge] ce texte, il contredit cet article de 1946 d'une manière assez radicale et il assume d'ailleurs cette contradiction, il assume qu'il avait le sentiment de s'être trompé et de devoir rectifier sa première intention. Non pas bien sûr que la choix ne soit pas le mal absolu que le mal qui a été commis puisse être relativisé en aucun cas. Non pas que la choix puisse être excusée de quelque manière que ce soit, mais justement dit Jean Kevic, le pardon n'est pas l'excuse. Le pardon n'est pas l'excuse qui un moment ce ce travail profond sur le mal radical et et considérons le mal la faute, le défaut dans notre vie de tous les jours.
Imaginons par exemple que j'arrive en retard et je suis en retard et je manquais le rendez-vous et je me présente devant ceux qui m'attendaient et que j'ai fait attendre et je leur dis je suis absolument désolé, je suis en retard, je vous demande pardon. Mon train était en retard. J'ai une bonne excuse. Je je n'y [raclement de gorge] suis pour rien. Mon train était en retard. Ça n'est pas de ma faute. Je suis excusable quand j'étais collégien. Si j'arrivais en retard et que je pouvais présenter un billet de retard, c'était un mot d'excuse. Et j'étais donc d'une certaine manière excusable. Et ce faisant, ayant une bonne excuse, j'étais déjà excusé.
Et le on n' pas besoin de pardonner à celui qui est excusable. On va pas pardonner celui qui a été en défaut sans sans que ce soit de sa faute. On n' pas besoin de lui pardonner. Il est c'est d'ailleurs ce qu'on dit à quelqu'un qui a une bonne excuse. Il est tout excusé. Ce qui est excusable est déjà excusé. Et ce serait d'ailleurs d'une certaine façon injuste de refuser d'excuser ce qui est excusable. Mais si je me présente, je suis en retard, j'ai j'ai je suis en défaut parce que je vous ai fait attendre, mais j'ai une bonne excuse et que vous me disiez que vous ne voulez pas m'excuser, mais ce serait en réalité injuste.
Ce serait voler quelque chose à quelqu'un que de refuser d'excuser celui qui est excusable. Si j'ai commis une erreur sans le savoir, sans le vouloir, sans en avoir l'intention, sans pouvoir faire autrement, mais alors d'une certaine manière, je suis déjà tout excusé si si vous m'avez dit un mot blessant mais que vous ne le saviez pas parce que vous ne compreniez pas en quoi cela pouvait me blesser, que c'est un pur hasard que vous m'ayez fait ce trait d'esprit qui en fait m'a beaucoup touché, mais je ne peux pas vous en vouloir au fond. Je n'ai pas de raison légitime de vous en vouloir. Vous ne le saviez pas. Vous ne pouviez pas le savoir.
Vous êtes tout excusé et c'est moi qui serait d'une certaine manière inexcusable de ne pas vous excuser. Donc l'excuse ce qui n'appelle pas de pardon. Quand on a une bonne excuse, on n' pas besoin d'être pardonné. Le pardon, dit Jean Kelevic, le pardon trouve son lieu pour ce qui n'a pas d'excuse. Et plus un acte est inexcusable, plus il [raclement de gorge] a besoin du pardon. Et c'est ce qui fait que le pardon d'une certaine manière a un caractère de déraison, un caractère irrationnel, un caractère même scandaleux. Parce que précisément, on ne peut pardonner qu'à ce qui est inexcusable.
C'est quand quelqu'un vous a fait du mal volontairement, quand quelqu'un vous a blessé, non pas sur le savoir et par hasard, par accident, quand quelqu'un vous a blessé volontairement, c'est précisément dans ce moment-là que le pardon trouve sa possibilité. Ça ne veut pas dire que vous avez le devoir de le donner. L'excuse, vous avez le devoir de la donner. Vous avez le devoir d'excuser ce qui était excusable. Mais le pardon, on n' jamais le devoir de donner le pardon. Le pardon n'est jamais un. Le pardon est toujours un don. Le pardon vient à quelqu'un qui ne l'a pas mérité. Et le pardon, nous en avons parfois besoin.
Quand il nous est arrivé de faire du mal, de blesser, nous avons l'occasion de demander pardon, c'est-à-dire de demander un don. Et et le pardon n'est jamais quelque chose que l'on peut exiger. Personne ne peut exiger votre pardon. Et si vous avez un jour l'occasion de blesser quelqu'un, ça nous est tous arrivé malheureusement parfois de sentir en nous la possibilité de faire le mal. Et bien dans ce moment-là, nous n'avons jamais la possibilité d'exiger le pardon de qui que ce soit. Le pardon trouve son lieu précisément quand il n'a pas de raison de se fonder. Et si je viens vers quelqu'un en disant "Je pense que tu devrais me pardonner parce que X Y et Z raison".
En fait, c'est pas de pardon qu'on parle, c'est d'excuses. Si mon train était en retard et je vous ai fait attendre, je vais pas vous demander pardon. Vous n'avez pas à me pardonner. Je suis excusable, je suis tout excusé. Voilà. Mais en revanche, si j'ai été négligeant, que j'ai manqué de regarder l'heure, que j'ai été inconséquent et que je vous ai fait attendre longtemps, là pour le coup, je moi mo qu'on puisse dire, c'est que je dois vous demander pardon et peut-être aurez-vous la générosité de pardonner ce qui n'est pas excusable, ce qui est inexcusable. Donc rien n'est [raclement de gorge] en soi impardonnable dit Jean Kevic.
Ce qui est absolument inexcusable, c'est ce qui rend le pardon le plus difficile bien sûr, mais en même temps, d'une certaine façon, ce qui lui fait trouver son lieu le plus propre. C'est justement devant l'inexcusable absolu que le pardon est absolument possible. Pas obligatoire, pas impératif, jamais un devoir, mais une possibilité et la possibilité d'autant plus absolue que l'excuse n'existe absolument pas. Et c'est ce qui fait que le pardon est encore une fois irrationnel, déraisonnable et précisément parce qu'il n'y a pas de raison de le donner. Il n'y en a aucune et c'est pour ça qu'il est pardon. C'est pour ça qu'il est un don.
Et c'est pour ça que le pardon a même quelque chose de scandaleux d'une certaine façon. Et Jean Kevic avec sa sa propre histoire, avec la la toute la tradition derrière lui dans laquelle il s'inscrit, Jean Kilevit, on vient à dire 20 ans après son premier article que rien n'est impardonnable, pas même la choa. Ça veut pas dire qu'on puisse exiger des victimes qu'elle pardonnent. justement, on ne peut jamais l'exiger. Mais ça n'est pas impardonnable en soi parce que précisément le mal absolu à mesure qu'il est absolument inexcusable appelle peut appeler le pardon comme un don, jamais comme un du. Pourquoi cette digression par le pardon ?
Parce que je pense que l'espérance a tout à voir avec le pardon tel que Jean Kevic le décrit. L'optimisme ressemblerait à l'excuse. De ce point de vue-là, l'optimisme peut correspondre à des moments où nous avons des raisons. Je ne parlais pas avec Bernanos tout à l'heure de l'optimisme en général, mais de cet optimisme de circonstan qui fait que quand on a fait la liste de tout ce qui va très mal dans le monde, on termine la convention disant "Ah mais non, vous inquiétez pas, ça se terminera bien." Bah non, bah rien ne fait que ça va absolument bien se terminer d'une manière certaine.
[grognement] Il y a un optimisme rationnel, celui de l'étudiant qui a bien préparé ses examens et qui pense qu'il a de bonnes chances de réussir le concours qu'il prépare. Il y a un optimisme rationnel, celui du sénateur qui convaince ses grands électeurs depuis des décennies et qui se dit que ça va durer longtemps et bien sûr, il a de bonnes chances de voir ses espoirs se concrétiser.
Il y a il y a beaucoup de raisons parfois que nous avons d'être optimiste quand nous regardons telle ou telle perspective qui est offerte à notre analyse et que nous nous disons ce ce le centre où nous sommes est si florissant et et si vivant si si actif que il y a de bonnes raisons d'être optimiste sur l'avenir de ce lieu magnifique où vous nous accueillez aujourd'hui. Non, je je parlais de cette espèce d'optimisme un peu un peu général qui lui pour le coup est peut-être le signe d'une forme d'irresponsabilité. Mais je le disais à l'instant, c'est justement quand il y a peu de raison d'être optimiste que l'espérance trouve son lieu.
C'est quand il il y a peu de raison d'excuser un acte que le pardon trouve son lieu. Et c'est précisément au moment où il y a le moindre raison d'être optimiste que nous pouvons faire de l'espérance l'occasion d'un paris. En quoi l'espérance est-elle alors une vertu ? En quoi l'espérance est-elle une vertu ? Parce que l'espérance c'est une vertu, c'est-à-dire quelque chose qui doit transformer notre être. L'espérance est la plus grande et la plus difficile victoire qu'un homme puisse remporter sur son âme d'hieranos. Et cette phrase que je vous citais à l'instant, nous pouvons la mettre en perspective de ce que nous venons de dire du pardon. Le pardon aussi est une victoire contre soi-même.
Pardonner celui qui a fait du mal, c'est c'est une victoire contre soi-même. C'est un combat intérieur. Et l'espérance, de la même manière, n'a rien d'une facilité et n'a rien d'une espèce de consolation trop simpliste. L'espérance est une victoire contre soi-même. C'est une vertu en ce sens qu'elle dispose à agir alors que l'optimisme de principes que nous évoquions à l'instant, au contraire justifie de ne pas agir. Tout se terminera bien. Pourquoi faudrait-il se fatiguer ? Pourquoi faudrait-il soi-même s'impliquer ? L'espérance, au contraire, nous dispose à nous engager. Et elle nous dispose à nous engager comme si une victoire était possible.
C'est peut-être comme ça qu'on pourrait la définir. Comme si une victoire était possible, même quand à vue humaine aujourd'hui avec nos petites raisons, elle semble absolument impossible. Elle nous dispose à nous engager pour ne jamais pouvoir dire avec Marc Orel que nous ne nous consolons des batailles que nous ne menons pas comme si elles étaient perdues d'avance. Elle nous dispose à agir comme si le bien que nous espérons alors même qu'il semble si loin de pouvoir advenir allait pouvoir trouver son chemin à travers notre propre action. Je pense que l'histoire de notre pays, que l'histoire de notre civilisation a été marquée par des actes d'espérance comme celui-ci.
Et l'histoire, si je me permets de le dire ainsi, la philosophie s'arrête au seuil de au seuil de de la théologie bien sûr, mais malgré tout, nous avons le droit d'y faire aussi référence. l'histoire de de euh de de de toute la tradition hébraïque est faite de ces paris de l'espérance, de ces départs, de ces moments où il faut tout quitter pour le pays que l'on va trouver parce que la terre promise est devant soi, quand bien même on ne la voit pas, quand bien même cette promesse est encore apparemment si loin de se réaliser, il faut passer 40 ans dans le désert pour que la terre promise finisse par advenir devant nos yeux.
Et bien cette ce paris de l'espérance d'un point de vue purement politique, notre pays l'a traversé bien souvent. Un des paris de l'espérance serait par exemple l'appel du 18 juin. Nous en connaissons tous la référence historique, c'est-à-dire le fait de dire au moment où tout semble perdu, cela vaut encore la peine de risquer notre vie sur une victoire qui semble aujourd'hui absolument impossible, mais dont nous nous disons que peut-être par le chemin de notre action, de notre engagement, du don que nous ferons de nous-mêmes, elle pourra se réaliser. et pensons à tous ceux qui à travers cet appel ont risqué et parfois donné leur vie justement pour cette victoire qui paraissait impossible.
C'est le mot magnifique de Ditrich Bonofer que vous connaissez certainement, ce pasteur protestant déporté en 1942 à qui on demande au moment où il va être exécuté quel est le dernier mot qu'il veut faire passer à sa famille. Je je je je n'imagine même pas l'intensité d'un moment comme celui-là et la difficulté de trouver le mot qui pourrait exprimer ce que l'on voudrait pouvoir dire. Et Bonofer en 1942, alors qu'il n'a à vue humaine aucune raison de penser que les forces du mal qu'il a affronté seront défaites un jour, Bonfer demande qu'on transmette ces quelques mots la victoire est certaine. Il nous s'appelle le pari de l'espérance.
Ça ça n'est pas ça n'est pas encore une fois l'optimisme BA qui consiste à se dire mettons-nous à l'abri le temps que l'orage passe et ça finira bien par passer. Bonfer va mourir. Il va donner sa vie comme tant d'autres autour de lui pour faire face au mal absolu qui est le nazisme. Mais au moment de de sa propre mort euh il il transmet ce simple message que le pari de la victoire est celui qui donne un sens à cette vie donnée. Et je je crois qu'aujourd'hui nous sommes d'une certaine manière sans vouloir nous exagérer la difficulté des temps que nous traversons. Parce que si nous les mettons en regard de l'adversité qu'on connu nos aînés avant nous, euh nous ne sommes pas aujourd'hui.
Parfois il arrive qu'on me dise "Oh là là, mais vous êtes très courageux et je vous partage ce ce ce ce message parce qu'il nous concerne tous dans les combats que nous menons. Quand quand nous nous mettons en regard de ceux qui sont venus avant nous et qui parfois ont donné leur vie pour pour préserver la liberté que nous recevons de de leur don.
Je me dis que nous avons encore peu fait la démonstration du courage qu'ils ont qu'ils ont montré, mais le fait est que malgré tout, il nous arrive parfois de de trouver dans leur exemple de quoi inspirer nos engagements d'aujourd'hui et que dans ce paris de l'espérance qui n'a je crois rien à voir ni avec un optimisme facile, ni avec un pessimisme trop aisément résigné, dans ce paris de l'espérance, il y a quelque chose qui peut orienter nos nos actions aujourd'hui, orienter nos engagements et le le chemin que nous avons ont tracé dans ce monde marqué en effet par tant de violence, tant de doute, tant d'inquiétude.
Un paris de l'espérance qui, j'en suis sûr, peut nous permettre d'affirmer à notre tour nous aussi que la victoire est certaine. Merci encore.
[applaudissements]
Merci pour ces mots. Passionnant. Nous allons passer aux questions. [grognement] Oui. Euh merci pour votre introduction philosophique. Euh personnellement je suis mes connaissances philo sont minces très minces. Étant vous êtes parti de progresser vous êtes vous êtes parti de Kant. Moi, j'aurais tendance à moins de mal le connaître de partir de ce et d'être plutôt pessimiste.
pessimiste sur des questions vraiment d'actualité parce que qui est l'Union de la droite euh vous avez réussi au PPE enfin au Parlement européen à à fusionner enfin avoir une bonne unité de la droite mais que ce soit pour ce qui va se passer à Paris dans quelques jours ou dans un an en France tout le monde de la France France d'après les sondages serait majoritairement à droite mais on voit mal que ce soit par la bataille sur Paris et l'obstination de certains de ne pas s'allier avec d'autres et puis dans un an ce qui va passer tout le monde veut l'union des droites des premiers tours et cetera mais on a vraiment l'impression que c'est l'inverse qui va se produire et que c'est la gauche qui va passer.
[raclement de gorge] Vous avez une question précise ou il faut une réaction ? Vous avez une question précise ou une réaction ? C'est une interpellation. Non. Comment faire la la l'union de la au plan pratique ? L'union de la droite comment faire l'union de la droite au plan pratique 4 he [rires] si j'ai droit au joker, j'appelle un ami. Je peux demander à Roger ou à David. Euh en fait euh la première question à se poser, c'est euh c'est pas je je je vais répondre à votre question, mais c'est c'est pas c'est pas une manière de détourner le sujet, mais la première question à se poser, c'est euh que signifie la droite ?
Et vous vous le savez, aujourd'hui, il y a plus rien d'une évidence dans le débat démocratique. La confusion est partout et parfaitement généralisée. Moi, il y a une chose qui fait que je n'ai je suis désolé, on rentre là vraiment dans la politique partisane et peut-être d'ailleurs certains ici ne peut-être y a-t-il des gens de gauche, hein. Et et donc je l'idée n'est pas que tout le monde soit contraint de de d'adhérer à ce que je vais défendre maintenant. Mais euh un des une des raisons qui fait que je n'ai jamais cru au macronisme, c'est que pour ma part, je n'ai jamais cru en même temps. Je je je crois pas je crois pas au en même temps. Je pense que la vie politique, c'est du pluralisme.
La vie politique c'est du clivage. Et pour tout dire, la vie en général d'ailleurs, ça n'est pas en même temps. Vous le savez tous dans vos vies c'est on pourrait citer Kirkegard, un autre auteur magnifique. Kirkegard a fait son consacré son premier livre. Il avait 27 ans à la question de la liberté et ce magnifique livre du Kircugard a pour titre ou bien ou bien mais la vie c'est ou bien ou bien. Voilà et la vie politique c'est aussi ou bien ou bien. Et la noblesse de la vie politique c'est de s'engager en 10ant à ceux qui vous font confiance ce que vous porterez en leur nom et vous pourrez pas faire en même temps.
Je reviens de Strasbourg, j'étais au Parlement européen aujourd'hui comme rejet au Sénat, comme un conseiller municipal dans la plus petite commune de France, nous vivons tous les jours cette expérience que la politique s'est s'engager pour assumer des décisions. Et quand je suis au Parlement européen aujourd'hui et tout à l'heure, je je je vote et bien j'ai fait des dizaines de votes, mais j'ai devant moi un petit boîtier. Je peux voter en appuyant sur le bouton vert pour dire que je suis pour, en appuyant sur le bouton rouge pour dire que je suis contre et je veux pas appuyer sur les deux en même temps. Voilà, c'est pas possible.
Donc la vie politique ça consiste à faire des choix, beaucoup de choix très souvent, certains peu importants, d'autres très importants, mais à faire des choix. Et de ce point de vue, la vie démocratique suppose d'organiser le clivage, d'organiser la la contradiction. C'est normal la contradiction. Donc je crois pas au en même temps et je pense que dans toutes les grandes démocraties occidentales, on a vu émerger petit à petit deux grandes tendances qui sont en fait deux grands tempéraments politiques qui sont d'un côté la droite et de l'autre côté la gauche. La gauche, qu'est-ce que c'est la gauche ? Je dirais que la gauche c'est d'abord une colère. La gauche c'est un ressentiment.
Et je dis pas ça sans sans je dis ça sans aucune espèce de jugement. Je pense c'est un tempérament politique qui existe et qui consiste à regarder dans le monde d'abord ce qui doit être transformé. C'est la volonté de changer le monde et donc presque la volonté de remplacer le monde tel qu'il est. Et c'est pour ça qu'au fond de la gauche, il y a cette ce tropisme révolutionnaire qui est qui est intrinsèquement imérent lié à la définition même de la gauche. La gauche et la droite ça a commencé en France au moment de la Révolution française. Et la droite, qu'est-ce que c'est ? La droite c'est peut-être plus modeste, c'est plus c'est plus plus hble peut-être.
La droite, c'est c'est d'abord pour moi, c'est d'abord une inquiétude. C'est le regard porté sur le monde qui voit d'abord non ce qui doit être transformé, mais ce qui doit être transmis. C'est le désir de faire passer à ceux qui nous suivront quelque chose de plus grand que nous qui nous précède et qui nous dépasse. Quelque chose qui constitue les conditions de la vie et de la vie humaine et de la vie bonne comme auraient dit les anciens.
la vie bonne et et qui sait que la liberté que la dignité de l'homme que la la tout ce qui fait les conditions de la vie à laquelle nous tenons temps, la vie civilisée, la vie authentiquement humaine, que tout ça n'est jamais gagné d'avance, que ces conditions sont infiniment fragiles et que ce qu'il y a de plus beau dans ce monde est aussi ce qu'il y a de plus vulnérable et que par conséquent notre première responsabilité c'est pas d'abord de transformer le monde mais c'est d'abord de sauver en lui ce qui mérite d'être offert à ceux qui viendront après nous. Ça pour moi c'est ça la droite. Et de ce point de vue-là, moi je me sens assez profondément de droite depuis toujours.
Donc je je crois que la droite et la gauche ça existe. Et ce que je vois en France, c'est qu'il y a une gauche qui s'assume parfaitement et qui assume parfaitement d'être de gauche et qui le revendique. Et je pense qu'il faut qu'à cette gauche réponde une droite qui assume d'être de droite. Alors pourquoi est-ce que je fais ce long développement ? Parce que vous dites l'union des droites. Mais en fait l'union des droites, ça veut dire quoi exactement ? Parce que quand j'écoute Marine Le Pen par exemple, je dis ça là encore sans aucun jugement moral, juste en écoutant ce qu'elle dit. Marine Le Pen dit de ce point de vue là, de ce point de vue-là, la même chose qu'Emmanuel Macron.
Elle dit la gauche et la droite c'est fini. Maintenant ça n'est ça n'est plus le débat politique, c'est plus entre la gauche et la droite. Et d'ailleurs, elle le dit, le Rassemblement national n'est pas un parti de droite, ne l'a jamais été et ne le sera jamais. Bon, moi je suis un électeur de droite, je je regarde quelle est l'offre politique disponible, mais je ne peux qu'écouter ce que dit la présidente de cette formation politique. J'ai pas de raison d'en douter. Elle l'a toujours répété. Elle est très constante sur ce point. Elle a jamais changé d'avis.
Et donc moi je crois que profondément, voyez, ce clivage qu'on a voulu nous imposer entre les patriotes et les mondialistes, entre les urbains et la France périphérique, le clivage entre les progressistes et les les les je sais pas comment se définir, les populistes entre les progressistes et les populistes, ce clivage là, il mène à [raclement de gorge] l'impasse dans laquelle nous sommes aujourd'hui parce qu'il y a pas de vrai choix. Ça consiste à dire tous ceux qui ne pensent pas comme moi sont forcément des abrutis ou des salots. Je je pense pas ça. Moi je je crois qu'il y a une droite qui doit se reconstruire pour faire émerger un projet politique digne de ce nom.
Et j'espère qu'une gauche, je vais vous dire ça, ça va peut-être vous surprendre. J'espère qu'une gauche se reconstruira qui s'émancipera de cette extrême gauche épouvantable et qui arrivera à refaire une Moi, je je suis de droite mais j'ai de l'estime pour une tradition intellectuelle qui vient de la social-démocratie et qui a quelque chose à dire aujourd'hui sur la question du travail, sur la question de la justice, sur la question de et pourquoi est-ce que la gauche a abandonné tous ces combats ? Pourquoi est-ce que maintenant la gauche semble être obligée de courir derrière un extrémisme délirant ?
Et j'espère j'espère vraiment qu'une gauche courageuse assumera enfin de rompre définitivement avec cet extrémisme horrible. Et je crois que notre devoir c'est de reconstruire une droite qui soit elle aussi à la hauteur des enjeux. Voilà, je dis ça parce que ma ma conviction c'est que notre devoir c'est de réussir à faire ce travail qui permettra de réunir tous les électeurs de droite et de les réunir sans ambiguïté, sans faux semblant, sans incohérence, sans toutes les les ambivalences d'une promesse qui ne peut que décevoir ensuite. Et je pense que c'est possible.
Il y a il y a quelques années avec Roger, on on défendait un candidat qui en 2017 avec tout ce qui lui est arrivé de péripétie dans sa campagne a réuni 20 % des Français. Bon ben ces 20 % de Français, ils étaient de droite, ils avaient une vision cohérente non seulement de la nécessité de reconstruire l'autorité de l'État, de retrouver des frontières, de préserver les conditions de cette culture commune que nous devons transmettre. Mais ils avaient aussi les idées claires sur ce qui me paraît être absolument nécessaire dans la cohérence de cette vision.
Le besoin de de sortir d'une dépense publique devenue complètement folle, de mettre fin à la spirale de la sistana et d'arrêter d'endetter les générations qui viennent parce que transmettre à ceux qui viendront après nous, c'est se préoccuper de ne pas leur transmettre que nos dettes d'aujourd'hui. Et il a fait 20 % des voix. Bon, ces 20 % n'ont pas disparu. Et donc moi, ma conviction, c'est que dans un an, on peut les retrouver ces 20 % de Français si on arrive justement à être à la hauteur des enjeux. Et si on arrive à retrouver ces 20 % de Français, on n pas besoin de courir derrière qui que ce soit.
Si on arrive à les retrouver, si on est à la hauteur du moment, et bien on peut gagner cette élection présidentielle. C'est ma conviction profonde. Réunir tous les électeurs de droite. Je crois pas que ça se fasse par des petites alliances d'appareil. Et vous savez d'ailleurs la chose qui me frappe le plus c'est que généralement ceux qui parlent le plus d'Union des droites, je l'ai vécu pendant la campagne des européennes, ceux qui parlent le plus d'union des droites, c'est c'est ceux qui qui créent des chapelles supplémentaires en disant ensuite faisons l'union, alliez-vous à moi. Bah oui, fallait peut-être commencer par éviter de diviser si vous voulez.
C'est peut-être de là qu'on devrait partir. Moi, je suis pas rentré chez LR parce que je trouvais que chez LR, tout s'était toujours bien passé. Roger et peut-être d'autres ici si vous êtes dans cette formation politique, on a beaucoup de raisons de penser que il y a du travail à faire pour reconstruire ce parti pour qu'il puisse être à la hauteur de la promesse qu'il devrait faire. Et je suis rentré chez LR justement pour ça parce que comme un électeur de droite humblement modestement je me suis dit je peux pas être parfois critique sur ce parti politique et ne pas essayer d'apporter ma pierre à sa reconstruction.
Fondamentalement je pense que si on n'est pas content la meilleure des choses à faire c'est pas de commencer par créer son propre parti en parlant ensuite d'union. J'étais candidat à l'élection européenne et je voyais les les les candidats de reconquête qui disaient partout Union des droites, Union des droites, Union des droites. Bah oui, vas-y, vous vous sentez de droite, venez dans le parti qui a pour mission historique de représenter la droite et aidez-nous à le reconstruire. Et c'était tellement des grands professionnels de l'Union des droites que moins de 24 heures après l'élection européenne, ils étaient déjà partis exploser en plein vol, ils s'étaient divisés comme jamais.
Et maintenant, ils siègent même pas dans le même groupe au Parlement européen. Vous avez madame Maréchal d'un côté, madame Knafo de l'autre, elle se parle pas, elle s'entendent pas. Bon, je veux bien prendre des leçons d'union, mais enfin peut-être pas de gens qui sont des professionnels de la division au point qu'ils sont même pas capables de s'entendre plus de 24 heures après leur propre élection. Bon, donc l'union des électeurs de droite, commençons par faire en sorte que tous les électeurs reviennent dans le parti qui devrait être leur maison. Et c'est ce qu'on essaie de faire tous les jours et j'espère qu'on sera à la hauteur de l'enjeu.
Et je suis d'accord avec vous que le spectacle actuel des divisions est parfois bien décourageant. On vient de parler d'espérance, c'est le moment de la vivre dans des conditions réelles.
[applaudissements]
Bonsoir, [raclement de gorge] merci pour tout ce que vous venez de nous dire. Moi, je voudrais rebondir sur la transmission. Euh depuis le 7 octobre, on a beaucoup vu euh l'inversion des valeurs, c'est-à-dire où on a mis sur le même plan euh le Hamas et Israël qui est pourtant la seule démocratie de la région euh ou euh euh sur sur le même plan. Vous êtes très généreuse hein. [rires] Et en fait aujourd'hui, comment on fait quand on a des enfants pour leur transmettre le bien, le mal ?
Quand aujourd'hui en fait certains ne voient plus le mal quand on tue quelqu'un dans la rue, quand Lola meurt, quand Philippine meurt, comment aujourd'hui on fait pour inculquer à nos enfants le bien et comment on va faire, comment on va y arriver en fait ? Merci. Merci pour votre question. En fait, je pense que c'est c'est c'est le seul travail qui vaille, c'est le seul défi qui compte pour la France aujourd'hui. Et moi, je je suis engagé en politique maintenant. Je je je suis au Parlement européen depuis 2019 et donc j'ai j'ai dû euh quitter mon travail à ce moment-là parce que on peut pas être fonctionnaire et parlementaire. en France.
De toute façon, j'aurais eu du mal à faire les deux à la fois, mais je suis surtout professeur. J'ai enseigné la philosophie pendant 11 ans et c'est un métier qui a fait mon bonheur et qui le fera à nouveau, j'espère euh à l'avenir euh si j'ai l'occasion de le de le retrouver, quand j'aurai l'occasion de le retrouver.
Je me suis engagé en politique d'abord parce que comme professeur, j'ai vécu l'effondrement de l'éducation dans notre pays et c'est la question qui devrait tous nous empêcher de dormir aujourd'hui parce que vous avez totalement raison de le dire aujourd'hui, ce relativisme généralisé, cette brutalisation de la société, cette désensibilisation devant le mal, cette capacité à justifier l'innommable, tout cela ça commence par la crise de l'éducation, par l'effondrement de l'éducation. [raclement de gorge] J'ai j'ai commencé à enseigner dans un lycée euh dans une zone sensible comme on dit dans le vocabulaire consacré dans une zone urbaine sensible. C'était la deuxième pirus de France.
Les élèves étaient très fiers, ils espéraient devenir premiers mais il ils ont pas encore réussi. J'étais dans dans le nord dans le nord d'ère dans dans la grande cité du lut. Vous êtes dans le 92, vous connaissez bien il y a un peu deux anni hein. Donc euh moi j'étais euh à Renoir. Ah monsieur c'est chaud renoir hein, sérieux. Et donc j'ai mais j'ai j'ai ça a été une expérience magnifique pour moi. Je veux pas du tout en dire du mal. C'était vraiment une expérience bénie [grognement] mais qui m'a permis de toucher du doigt la relation évidente entre l'effondrement de l'école et la montée de la violence.
15 jours après ma première rentrée, un élève a été tué devant la porte du lycée à coup de tournevis pour rien parce qu'il avait franchi une ligne imaginaire entre les deux barres de la cité et donc il était puni et cette espèce de violence anomique gratuite et la violence a toujours existé bien sûr et le mal existera toujours et et précisément on parlait de la choa tout à l'heure et et la choa est là pour nous rappeler que la culture que le savoir que la connaissance n'empêche pas à l'homme d'être inhumain euh et que les peuples les plus cultivés du monde comme les individus les plus cultivés du monde sont capable parfois d'être barbare. C'est certain.
Ce qui est certain n'empêche pas l'homme d'être inhumain. Mais ce qui est tout aussi certain, c'est que l'inculture absolue empêche toujours l'homme d'être complètement humain, d'accomplir complètement son humanité. Et cette montée de la violence qui qui se qui se lie dans la pauvreté du langage, dans la pauvreté des mots, dans la pauvreté de la possibilité même du dialogue, dans l'impossibilité de la conversation. On parlait tout à l'heure, pas du tout le moment de parler de la campagne municipale, mais c'est un fait et je pense qu'il est consensuel.
On n' pas besoin d'être partisan pour le dire que cette campagne municipale révèle une nouvelle fois à quel point la vie politique est devenue même au niveau local de plus en plus violente. Mais pourquoi aussi parce que on on vit déjà les conséquences de cet enauvagement de la société que j'avais tenté de de décrire. Je sais que le mot a suscité bien des débats et bien des pudeurs jusqu'à récemment encore, mais euh c'est en 2014 que j'avais que j'avais publié un un livre sur le sujet pour dire la la gravité de de ce mal qui qui montait. Euh c'est c'est cette cet ensauvagement n'est pas de la faute de de ces de ces jeunes. Il est le signe de notre propre faillite collective.
l'effondrement de l'école qu'on qu'on lit encore une fois dans des dans des statistiques tout simples et que tout le monde connaît hein. Chaque année par exemple, il y a une étude qui est publiée par la direction de l'évaluation de la prospective et de la performance du ministère de l'éducation nationale. Oui, parce qu'il y a une direction de la performance au ministère de l'éducation nationale, même si ça ne se voit pas tous les jours. La DEPP et qui fait le le l'évaluation des capacités de lecture des des jeunes de 18 ans. Quand vous faites votre journée de défense et de citoyenneté, on vous fait faire un test de lecture. C'est vraiment de la lecture.
On vous montre un programme de cinéma et on vous demande à quelle heure passe tel ou tel film et quel acteur joue dans telle production. C'est un QCM chaque année. C'est la statistique officielle. Cet exercice représente maintenant un exercice insurmontable pour entre 18 et 21 % des jeunes interrogés. Vous avez un jeune français sur 5 qui ne sait pas lire le français en France. Euh et ça c'est la statistique qu'on connaît, on sait tout. C'est ça qui est extraordinaire. Les historiens demain pourront compter sur le fait que l'administration française est actuellement d'une efficacité redoutable pour faire la chronique de sa propre défaillance. C'est c'est absolument magique.
Euh on sait que nos élèves sont les derniers de l'OCDE en mathématiques. Les derniers. Et parfois en politique, faut apprendre des statistiques compliquées, des chiffres difficiles. C'est facile. Voyez les derniers. Il y a pas un pays qui fait moins bien que nous. Les derniers, on est un très grand pays de mathématiques. On est un pays qui a une histoire incroyable depuis Descart, Pascal, Ferma. On est le 2e pays au monde en nombre de médaille fields par habitant, mais on est maintenant les derniers de toute l'Europe et de l'OC2 en mathématiques.
Alors alors même, je vais me permet de le dire au passage, que si vous ajoutez ce critère, la France est le pays de l'OCDE où les prélèvements obligatoires sont les plus lourds, où la dépense publique est la plus importante et la l'éducation nationale et jusqu'à aujourd'hui ça va pas durer longtemps, la dette va passer devant mais l'éducation nationale est le premier poste de dépense de l'État. Et mettez-vous même du point de vue du contribuable, nous sommes le pays qui met le plus d'argent pour son éducation et nos élèves sont les derniers. Bon, il y a un moment où ça devrait pas pouvoir marcher.
Mais cette situation-là, elle n'est pas seulement dramatique du point de vue des savoirs, de la connaissance, de la culture. Elle est dramatique du point de vue de ce mal intérieur qui va avec cet effondrement de la transmission. Parce que quand un élève ne sait pas lire, quand un jeune a du mal à lire sa propre langue, la langue du pays dans lequel il est né, dans lequel il a grandi sa propre langue. Quand un élève a du mal à compter quand il ne connaît que très peu des rudiments même de la culture scientifique, c'est qu'en fait il est privé des moyens de sa propre rationalité et encore une fois par notre faute, pas par la sienne.
Et et donc quand vous laissez grandir une telle dérraison commune, comment s'étonner ensuite de devoir affronter la violence ? Quand on a refusé de transmettre la culture, comment s'étonner que prospère le contraire de la culture, c'est-à-dire la barbarie ? Et c'est ce qu'on est en train de vivre aujourd'hui. Et ça touche en particulier bien sûr des domaines fondamentaux de la transmission, de la culture et de la mémoire.
quand vous avez aujourd'hui en France des classes entières qui n'auront jamais ou quasiment jamais entendu parler de la choix parce que les professeurs, ils sont aujourd'hui en France plus de la moitié d'entre eux à dire dans les enquêtes qui sont faites qu'ils s'autocensurent et comment après la mort de Samuel Patti comment comment ne pas comprendre et le terrorisme a pour but de terroriser il a parfaitement réussi parce que la terreur elle est là et de fait aujourd'hui Vous savez que la doctrine de l'éducation nationale en réalité n'a pas changé.
Il a un professeur qui dérange parce que il suscite la contradiction parmi ses élèves quand il tente de leur transmettre ce que son devoir est de leur enseigner. C'est le professeur qu'on dégage, pas les élèves, c'est le professeur qui est muté dans le meilleur des cas d'ailleurs. Donc la vérité, c'est que cette situation, ce pas de vague, cette inquiétude qui s'est installée, ce cette culpabilisation de la transmission, elle elle produit ses effets aujourd'hui. Et c'était ce ce cette culpabilisation de la transmission, c'était un projet. Quand j'étais jeune professeur, j'ai j'ai vécu une expérience passionnante et traumatique. J'ai été à l'IUFM.
J'ai fait partie de la dernière génération à aller à l'IUFM avant qu'il disparaisse puis réapparaisse sous le nom desp puis démontrant la magnifique capacité de l'éducation nationale à mettre des acronymes toujours plus compliqués sur des réalités qui ne changent en fait jamais. [grognement] Et euh à l'IUFM, la devise qui a structuré notre formation pendant 1 an, c'est celle qui nous a été répétée à de très nombreuses reprises par l'inspecteur général qui nous accueillait le premier jour. On rentrait dans le métier, c'était l'inspecteur général Dieu sur terre, celui qui pouvait décider de notre vie et de notre mort professionnelle, celui qui incarnait l'institution.
Et l'inspecteur général qui nous reçoit nous a répété à de très nombreuses reprises dans ce cours inaugural. On était 300 jeunes profs en face de lui. Il nous a répété vous n'avez rien à transmettre. Vous ne devez surtout pas transmettre des connaissances. Parce que si vous transmettez des connaissances, ça veut dire que vous savez des choses que vos élèves ne savent pas. Donc vous les méprisez, vous les placez dans la posture de récepteur passif, vous les enfermez dans une situation d'infériorité douloureuse. Il faut pas qu'il y ait, nous disait-on à l'UFM pendant toute l'année, hein. Il faut pas qu'il y ait dans la classe un sachant et désaprenant.
Il faut pas qu'il y ait un monopole de la parole autoritaire qui descend sur les élèves. Pour tout dire, d'ailleurs, la situation que l'UFM voulait éviter absolument, c'est exactement celle que nous sommes en train de vivre. Ça veut dire que je je vous parle, vous écoutez, j'ai un micro et vous n'en avez pas. Et en plus, chose épouvantable, on m'a placé sur cet objet barbare que heureusement l'éducation nationale a retiré des salles de classe. On m'a mis sur une estrade. Donc je vous regarde d'en haut et c'est l'occasion d'ailleurs de vous demander pardon pour toute cette violence symbolique que je suis en train de vous imposer et dont j'espère que vous ne sortirez pas traumatisé.
Et [grognement] je plaisante mais c'était exactement ça. Ne faut pas s'étonner du résultat et ce qui nous arrive n'est pas un accident. Et la question que vous posez, c'est la question la plus importante de toutes. Et je crois qu'en fait à cette question, pardon, j'ai déjà été beaucoup trop long, mais c'est la question tellement essentielle qu'on pourrait en parler longtemps. En fait, je crois que je peux pas répondre à votre question parce que la question du comment, c'est celle que chaque parent vit dans l'expérience quotidienne d'une relation avec l'enfant qui est toujours infiniment complexe, infiniment singulière, infiniment difficile parfois et en même temps tellement belle.
Comment transmettre ? Et c'est c'est vous êtes la seule à avoir la réponse à cette question et et elle appellerait cette question du comment une réponse à chaque fois différente selon l'âge de l'enfant que vous avez en face de vous, selon son tempérament, son caractère, sa sensibilité, ses talents, ses difficultés, cette question du comment, elle est infinie. Mais le plus important, la seule chose qui compte, c'est qu'on puisse se la reposer à nouveau. La la seule vraie question qui compte, c'est voulons-nous vraiment transmettre ? Est-ce que nous voulons vraiment transmettre ?
ce que notre pays veut encore vraiment transmettre parce que ma conviction profonde et je termine par là et peut-être c'est le pari de l'espérance mais mais je l'ai vécu et c'est mon expérience aussi c'est que c'est pas nos enfants qui nous ont demandé qu'on arrête de transmettre c'est c'est pas nos élèves qui nous ont demandé ça. Moi ma première année de professeur j'ai été inspecté 13 fois parce que justement je faisais exactement ce que l'UFM ne voulaient pas. C'està dire que je je pas de chance, j'avais fait 50 kg, j'avais passé la Greg, c'était pas pour pas transmettre en fait.
Donc je voulais pas faire des clips de rap, des fresques murales, coller des postites sur les murs, arriver en cours en demandant à mes élèves qu'est-ce que vous pensez du sens de la vie. Non et d'ailleurs les élèves veulent pas qu'on leur demande leur avis. En fait c'est terriblement ennuyeux l'école quand vous allez à l'école pour qu'on vous demande ce que vous pensez. Enfoui vous le pensez déjà donc vous auriez pu rester sous la couette, c'était quand même plus agréable. Non, vous allez à l'école justement pour apprendre quelque chose que vous ne savez pas encore.
Et j'ai fait cette expérience étonnante que je venais en cours en disant à mes élèves, "Aujourd'hui, je vais vous parler de Platon." Et évidemment, c'est difficile parce que l'éducation, c'est toujours difficile et tous les parents le savent et tous les professeurs aussi. C'est rugueux, c'est compliqué, c'est compliqué de monopoliser ou d'arriver à attirer l'attention des élèves. C'est c'est compliqué de les convaincre, de les entraîner avec soi et deux cours sur trois, on sort en se disant qu'on sert à rien. Mais quand même quand même, j'ai vécu cette chose incroyable que les élèves voulaient ça. Ils aspiraient profondément à ça.
Et et ceux qui m'ont sauvé de de la menace qu'on faisait peser sur moi de ne pas me titulariser dans le métier, c'est mes élèves. J'étais la deuxième pierzus de France mais les élèves voulaient que je leur parle de Kirkegard et quand l'inspecteur venait, il reposait des questions sur Jean Kilevic et ça se passait tellement bien que c'était impossible de de considérer que je manquais à ma mission. C'est mes élèves qui m'ont sauvé hein, sinon j'étais fichu. Et la vérité c'est que j'ai vécu cette expérience là.
Encore une fois, c'est difficile et je veux pas faire semblant que c'était toujours évident, mais j'ai vécu cette expérience que les que les quand vous venez devant des élèves, quand vous venez de devant des enfants en leur disant implicitement, "J'ai quelque chose de magnifique à vous transmettre qui vaut la peine que vous écoutiez, qui vaut la peine que vous vous taisiez un instant. pas parce que je suis génial, mais parce que j'ai eu la chance de recevoir ça avant vous et je sais que ça vaut la peine. Et donc, je suis là pour ça, pour faire passer vers vous quelque chose que j'ai reçu et qui m'a fait m'engager pour le partager avec vous aujourd'hui.
Quand vous venez devant des élèves avec le désir de transmettre, vous trouvez toujours toujours en eux la soif infinie d'apprendre. toujours et c'est pas voyez c'est pas mes élèves, c'est c'est pas mes élèves qui m'ont dit que la que la culture française était euh sexiste, que la géographie était ethnocentrée, que l'histoire était post-coloniale. C'est pas mes élèves qui m'ont dit qu'il fallait déconstruire les stéréotypes grammaticaux. C'est pas mes élèves qui m'ont dit que il n'y avait il n'y a pas de culture française. C'est pas mes élèves même issus de l'immigration qui m'ont dit il n'y a pas de culture française. C'est un candidat à la présidence de la République qui a été élu.
On a élu. Regardez le symptôme et se faisant Emmanuel Macron n'était pas le problème, il était le symptôme. Est-ce qu'on imagine un instant dire nous il y a pas de culture marocaine ? Est-ce que nous on dirait il y a pas de civilisation chinoise ? Pourquoi est-ce qu'on dit ça de nous-même ? C'est incroyable quand on y pense. Qu'est-ce qu'on dirait d'ailleurs si on apprenait que le premier ministre japonais allait à la télévision en disant il n'y a pas de culture japonaise ? Très bizarre quand même. On a élu un président qui nous disait que nous n'avions pas de culture alors que le monde entier sait qu'il y a une culture française. C'est la destination touristique la plus prisée au monde.
Le monde entier sait qu'il y a une culture française et traverse la planète pour venir la savourer. Et nous nous avons élu un candidat qui nous disait que la culture française ça n'existe pas. C'est c'est ça le la question n'est pas comment transmettre parce que c'est une question infiniment difficile seul seul vous pouvez y répondre mais la question qui est posée à notre pays aujourd'hui c'est voulons-nous encore transmettre ?
Et moi, je suis convaincu que si nous savons dire à nos élèves, même issu de l'immigration, non pas que la France est coupable de crime contre l'humanité et que c'est ce qu'il a défini, mais que la que la France a un héritage magnifique qui mérite d'être transmis, je suis absolument certain que le miracle que cette culture peut réaliser continuera de se répéter et que c'est seulement à travers ça qu'on luttera contre la montée de la violence.
Parce qu'à la fin, si on veut lutter contre la violence, si on veut lutter contre le mal, si on veut lutter contre la montée de l'antisémitisme, bien sûr, il faudra des policiers, des gendarmme, bien sûr, il faudra des caméras de vidéos surveillance, bien sûr, il faudra des magistrats qui fassent le boulot et une justice qui sanctionne. Mais à la fin, si on veut lutter contre la montée de la violence, contre le mal qui gangraine les cœurs et les esprits, si on veut lutter même contre le fléo de l'antisémitisme, il faudra d'abord retrouver l'exigence de la transmission. à la fin, c'est seulement le combat de la culture qui nous évitera d'être de nouveau piégé par la barbarie. Merci.
Une autre question ? [rires] Oui, je suis très sensible à votre parcours d'enseignant qui à mon avis détermine euh sur la transmission notamment du savoir qui est une notion fondamentale et que euh finalement devenant parlementaire européen, ça vous a permis peut-être de le traduire sur un plan juridique au niveau de de disposition internationale.
Alors le premier point c'était sur aujourd'hui sur l'état de l'université de l'école, je crois que vous êtes manifesté très courageusement à Sciencepo face à Lfine qui souhaitait et et j'apprécie votre courage d'avoir été face à des militants politiques qui n'avaient rien à faire à Sciencep si ce n'est mobilisé un certain nombre de leurs troupes [raclement de gorge] sur Gaza sur en plus comme vous le savez très bien ces ces militants sont d'un niveau relativement médiocre pour pas dire autre chose parce que ils ne connaissent rien au droit international si vous leur parlez du procès de Nurenberg qui est le premier procès en droit international et qui après la choa avec un tribunal international et tous les dignitaires nazis qui sont euh condamnés par ce tribunal et c'est le début de c'est le début du droit international, le fondement du droit international.
D'autre part, sur le préomule de la Constitution de 46, ils reviennent pas sur le principe de l'écité. C'est un principe qui est fondamental. Alors oui, alors j'ai interven sur l'école. Euh je sais que vous êtes euh très actif en tant que parlementaire européen et c'est surtout finalement le l'aspect du droit comparé finalement parce que vous vous trouvez avec des parlementaires qui ont une culture complètement différente de la culture française beaucoup plus pragmatique et qui à mon avis euh il serait intéressant que les Français s'intéressent davantage à d'autres cultures que la leure pour évoluer justement dans le cadre du Parlement européen. Merci. On va parler de Rima à un moment donné.
[grognement] [rires] Je je partage votre avis. C'est une grande chance au Parlement européen de pouvoir rencontrer une diversité de culture juridique mais aussi de culture politique et je pense que c'est en effet un un exercice que la France peut faire malheureusement. Et sur la question de science P, vous disiez que ces militants sont très médiocres. Moi, je les trouve quand même extrêmement organisé euh et précisément, ils savent exactement où il faut aller. Euh et ils savent très bien que c'est dans les amphis que l'avenir se prépare et ils en on fait leur terrain de bataille déterminant.
Et c'est pas seulement Paris qui heureusement grâce à son directeur actuel a connu un relèvement absolument spectaculaire et vraiment j'ai une immense admiration pour lui. Mais c'est aussi tous les IEP de province, c'est tant d'université. Euh il y a il y a quelques semaines, je recevais les étudiants de de l'UEJF Strasbourg au Parlement européen et l'une d'entre elles me dit, elle est étudiante israélienne en échange universitaire, elle me dit "Voilà, c'est difficile quand même, c'est compliqué l'ambiance, la science pot et cetera c'est".
Puis elle répétait ça plusieurs fois et à un moment je dis "Mais ça se manifeste comment ?" Elle me dit par exemple là ce matin devant la sur la porte de science pour à l'entrée ce matin et attagué en énorme gloire auas. Voilà c'était le jour même. Donc mon s a fait qu'un tour, je suis allé à Science Strasbourg. J'ai vécu la même scène, il y avait pas de caméra mais il y avait aussi des étudiants qui m'ont expliqué que tout ça était [raclement de gorge] bien normal en face d'un génocide. C'était glaçant. Euh et et je crois qu'en effet aujourd'hui notre devoir c'est de reprendre ce terrainlà. Et c'est pour ça que j'avais été à Science Paris.
parce que j'avais le sentiment même symboliquement et même si c'était peu de choses mais qu'on avait le devoir désormais d'arrêter de reculer, de céder du terrain, de baisser la tête et que il fallait montrer queon serait là et qu'on lâcherait pas un centimètre et il faudra continuer de le faire parce que le combat est toujours devant nous bien sûr. Une autre question. Alors, c'est l'ordre. Je vais en laisser pour les autres parce qu'il y a plein de questions. Moi, j'ai une question simple, j'imagine.
En tant que député européen, n'est-on pas supposé, n'y a-t-il pas une charte ou un engagement à valeur contraignante qui impose de s'occuper au moins de temps en temps ou à minima dans le cadre de ses fonctions et de sa charge, un peu de l'Europe ? Euh alors en fait euh comme comme élu au Parlement européen, comme tous les élus, euh il il les seuls auxquels nous devons rendre des comptes sont les électeurs. Euh [grognement] et de fait euh on a connu des élus courageux, dévoués, engagés qui se donnaient à fond dans leur mandat. Je j'espère que je je suivrai leur voix.
On a aussi connu des élus qui ne faisaient strictement rien et et donc bon, d'une certaine manière, à la fin, les seuls qui peuvent juger sont les électeurs s'ils sont bien informés. Et c'est ça la chose importante. Donc non, il y a pas d'obligation quand on est élu au Parlement européen de montrer qu'on se préoccupe des sujets européens. [grognement] Euh et de fait, on touche aussi un peu le problème de la situation actuelle, c'est qu'on touche au à une forme de de vulnérabilité de nos institutions.
Euh j'ai connu euh fais référence à à Rima Hassan, j'ai connu au début de ce mandat une confrontation extrêmement extrêmement rude avec elle parce que j'ai empêché inextrémiste qu'elle ne soit élue vice-présidente de la commission des droits de l'homme. C'est c'est une règle dans le Parlement que toutes les commissions ont une structure qui doit refléter le pluralisme des des différents groupes politiques.
Et donc on veille à ce que et c'est tout à fait normal et ça fait partie de la culture politique notamment dans les pays nordiques ou en Allemagne, on veille à ce que pour le l'équilibre de l'institution, il y ait depuis le bureau du Parlement jusqu'au bureau de chaque commission une pluralité de de de représentation. Et donc on fait une sorte de pas de tirage au sort, mais il y a il y a une sorte de règle qui s'applique et chaque groupe demande les positions qu'il veut et le groupe auquel appartient LFI avait demandé cette vice-présidence de la commission des droits de l'homme. Et ensuite, il y a une élection et cette élection est purement formelle.
Il aujourd'hui, j'ai été élu ce matin président de la délégation en relation avec les pays du Masrek, donc le Liban, la Jordanie, l'Égypte parce que c'est une position qui dépend de mon groupe et que mon groupe m'a m'a proposé pour être dans cette fonction. Donc des élus qui sont de tous les groupes politiques ont voté pour moi. C'est toujours ça se fait toujours à l'unanimité. C'est la règle, c'est la politesse et pour que je sois élu président.
Mais il y a toujours une élection formellement et j'apprends la veille de l'élection pour la construction de ce bureau de la commission des droits de l'homme que la personne proposée par le groupe The Left auquel appartient LFI pour cette position, c'est Rima Hassan. Donc là, j'ai alerté mon groupe en disant ça c'est pas possible. Alors mon groupe m'a dit "Tu exagères, évidemment que tu as pas les mêmes idées qu'elle, mais c'est la règle, c'est normal, il faut bien que tout le monde soit représenté." Donc j'ai dit à mon groupe non, c'est vraiment pas possible et je vais vous montrer pourquoi.
Et donc j'ai produit la liste des déclarations, des expressions, des tweets publiés par madame Hassan en leur disant "Là, vous voyez, il y a quelque chose qui fait que c'est impossible. Il y a une ligne rouge. C'est trop dangereux. Et c'est trop dangereux parce que si elle devait prendre cette position, imaginez ce qu'elle en aurait fait. On a vécu ensuite les mois qui ont suivi, on a vécu le 7 octobre. Ça aurait pas été Rima Hassan au Parlement européen, ça aurait été la vice-présidente de la Commission des droits de l'homme du Parlement européen. [grognement] Et heureusement, mon groupe m'a suivi et ça a été compliqué.
C'est la seule he il y a eu des dizaines d'élections dans des dizaines de fonctions de ce type. C'est la seule fois que une personne a été bloquée. Donc c'était effectivement pas tout à fait dans les usagers et elle m'en a un peu voulu et je comprends. Mais ça s'est traduit par des menaces de mort absolument explicites, répétées à plusieurs reprises.
Et en fait, on touche là une vulnérabilité de nos institutions parce que la présidente du Parlement m'a appelé immédiatement en témoignant son soutien, mais elle m'a dit en fait, on a regardé le règlement, impossible de sanctionner parce que dans le règlement du parlement, on peut sanctionner des propos qui sont tenus dans l'enceinte du parlement, dans le débat parlementaire et on peut pas sanctionner ce que font les gens dehors et c'est tout à fait normal. Donc on est sur une espèce de du point de vue de l'institution elle-même, une espèce de de chez non manquant, voyez.
Et et c'est et c'est c'est là le le la difficulté à laquelle on est confronté aujourd'hui devant des gens qui ne sont pas venus pour être parlementaires et travailler au sein de ce parlement pour défendre des idées, mais qui sont venus pour utiliser le parlement pour donner une caisse de résonance à des combats qui n'ont rien à voir avec lui. parce que le fait, vous avez raison de le dire, je n'ai jamais entendu, je crois, Rima Hassan parler d'autre chose que de Gaza et de euh donc c'est c'est c'est vraiment euh c'est vraiment très particulier pour nous. Et moi, mon sujet d'étonnement profond que je partage avec vous, c'est euh parce que pour le coup, je je suis pas le seul.
Donc au moment où vous avez la police qui vous appelle en disant "Vous savez, il faut que vous soyez prudent parce que en fait ce qui vous arrive est dangereux." Euh moi ça me faisait sourire au départ et ça me fait toujours sourire. Je me sens pas très courageux d'avoir fait ce que j'ai fait. C'était mon devoir. Mais au moment où vous avez la police qui vous appelle, vous vous dites "Non, il y a quand même quelque chose qui qui est pas normal." Et donc la la les la police antiterroriste elle-même m'a dit "Vous devriez porter plantes pour mettre une ligne rouge." Donc je l'ai fait. Je suis pas le seul.
Il y a eu au moins une dizaine de plaintes dont des signalements du parquet pour des faits très graves d'apologie du terrorisme. J'ai été entendu par la police longuement. Je sais que madame Hassan a été entendu par la police également. La question que je me pose maintenant, ça fait plus d'un an que ça que que se passe-t-il ? C'est pas qu'il y a pas de jugement, c'est qu'il c'est même pas qu'il y a pas de jugement, c'est qu'il n'y a même pas d'étapes judiciaire. les les policiers, on leur a confié une enquête, ils ont fini leur enquête et ils l'ont donné à la justice et il ne s'est rien passé. Il n'y a aucun acte judiciaire. On parlait tout à l'heure de François Fillon.
François Fillion, ça a mis 15 jours pour qu'il soit mis en examen. On connaît la justice parfois rude quand il faut juger des politiques et elle a raison de le faire parfois quand il faut montrer que on ne négocie pas sur l'exemplarité. Mais pourquoi est-ce que l'histoire de Madame Hassan, les différentes les différentes plaintes portées contre elles n'ont toujours abouti à rien ? Pourquoi même Chikirou, il y a une histoire qui dure depuis 2017 maintenant pour des malversations très graves pour enfin on dit que se passe-t-il ? Espérons que la justice avance de manière impartiale et sans aucun biais et qu'elle fasse bientôt son travail.
On nous dit parfois pourquoi vous avez pas voté la levée d'immunité de Malamassan ? En fait, on peut pas la voter. Il faut que la justice la demande et tant que la justice n'a pas euh n'a pas n'a pas n'a pas engager aucun acte, on peut pas nous on peut pas on peut pas lever une humilité dans le vide. Donc une autre question. Oui, bonsoir. Vous avez fait la la différence entre l'excuse et le pardon. Alors l'excuse effectivement il y a un élément qui rentre en compte c'est c'est un un un facteur qui est indépendant de votre volonté. Effectivement vous pouvez arriver en retard et avoir une excuse valable. Donc les personnes peuvent vous excuser facilement.
La [grognement] question que je voulais vous poser, c'est est-ce que vous pouvez pardonner à quelqu'un qui ne vous a pas demandé pardon ? Ça c'est une chose. Et est-ce [grognement] que vous pouvez aussi vous-même vous dire si je demande pardon à quelqu'un, si la personne ne vous donne pas son pardon, est-ce que vous êtes pardonné ? Alors je je je ne me fais ici que très modestement l'interprète de Jean Kevic. ce que je développais devant vous, ça n'était pas ma propre pensée, mais c'est le travail de Jean Kevich dans ce livre magnifique sur le sur le pardon.
Jean Kevic dit et encore une fois, je conscience que c'est presque choquant de le dire, mais ce que je disais tout à l'heure, le le fait est que le paris de l'espérance comme le paris du pardon ont peut-être quelque chose de scandaleux d'un certain point de vue et Jean Kevin je dis que il n'y a rien qui soit de fait du coup sa conclusion 20 ans après son premier texte, c'est qu'il n'y a rien d' impardonnable. personne n'est imponnable et on peut pardonner même à celui qui n'a pas demandé pardon. Ça ça de même que quand vous encore une fois que le pardon est structurellement un don, vous pouvez faire un cadeau à quelqu'un qui ne vous l'a pas demandé.
Vous pouvez pardonner à quelqu'un qui ne vous a pas demandé pardon. En revanche, si vous demandez pardon, encore une fois, le pardon n'est jamais un dû. Précisément, c'est un don. Et donc vous pouvez demander pardon sans le recevoir. Et vous pouvez jamais et je crois que ce serait terrifiant d'ailleurs d'imaginer un monde celui qui est excusable peut exiger d'être excusé. Encore une fois, c'est injuste de ne pas excuser l'excusable. En revanche, celui qui demande pardon ne peut jamais exiger d'être pardonné.
Et euh on ne peut jamais, et je pense c'est très important de le dire, le pardon est peut-être toujours possible euh mais le pardon n'est jamais exigible et on ne peut jamais reprocher à une victime de ne pas pouvoir pardonner. Euh et même pas seulement le coupable, mais le tiers. Voyez euh celui qui qui qui contemple la situation ne peut jamais reprocher à celui qui a été blessé, à celle qui a été blessé de ne pas pouvoir pardonner. Que que le pardon soit soit soit trop difficile euh c'est c'est c'est nécessairement entendable. Ça n'est jamais indu en soi. Bonsoir.
Dans le domaine de l'espérance, est-ce qu'on peut espérer qu'avec la loi de Caroniader voter au mois d'avril, Rimaassa ne passe plus entre les mailles du filet ? Mais oui et non parce qu'on revient à ce qu'on disait de la justice. Euh ce que dit Carolinead, c'est qu'une personne qui a été condamnée pour antisémitisme devrait être inéligible. Bah la qui va pas Oui, mais c'est ce que vous évoquiez. Apologie du terrorisme. Exactement. Une personne qui a été condamné pour antisémitisme, pour apologie du terrorisme et cetera, ne devrait plus être éligible. Mais Rimaassan n'a jamais été condamné.
Donc voyez, c'est et pour il y a il y a il y a 10 12 15 plantes qui sont portées contre elle et elle n'a jamais été condamnée. Et donc et donc est-ce qu'on peut l'espérer ? Oui. Après, je vais vous dire une chose qui va peut-être vous surprendre. Je suis convaincu que cette proposition de loi est inspirée par les meilleures intentions possibles, mais je crois qu'il faut surtout se garder d'une illusion qui consisterait à penser qu'on peut lutter par le droit qu'on peut livrer par le droit un combat politique.
à la fin, on le le combat contre la France insoumise et ce que la France insoumise porte aujourd'hui, c'est un combat politique dont on doit avoir la certitude qu'il va falloir maintenant le mener avec détermination, qu'il sera long, qu'il sera difficile et bien sûr les outils du droit doivent pouvoir être utiles pour le mener quand c'est nécessaire, mais ça n'empêchera jamais que la réalité du combat politique restera toujours devant nous.
parce que on fera pas reculer seulement par le droit un combat qui est [raclement de gorge] essentiellement et presque existentiellement politique et qui est même, si je peux me permettre de le dire ainsi, parce que parfois il le faut, qui est même d'une certaine façon aussi morale et spirituelle en un sens. Y a-t-il d'autres questions ? Bonsoir [raclement de gorge] et merci beaucoup d'être là et pour tout ce que vous dites et ce soir et en général.
Euh à propos de condamnation euh comment se fait-il que certaines manifestations [raclement de gorge] soient euh normalement légitimé par le préfet et que quand elles sont interdites, certains élus arborent fièrement leur leur écharpe tricolore et manifeste quand même. Est-ce que est-ce que [raclement de gorge] dans ce cas-là, c'est l'immunité qui fait que ils ne sont pas je sais pas condamnable ou arrêté même puisque une manifestation ça doit être validé. On a vu des manifestations interdites avec des élus. Euh non, l'immunité euh parlementaire ne ne protège personne de la nécessité de répondre de ces actes.
Et encore une fois, euh chaque année euh régulièrement au Parlement européen, nous votons pour lever l'immunité de collègues qui se sont rendus coupables de fait qu'ils sont condamnables, qui doivent être condamnés. Le principe de l'immunité parlementaire, c'est pas de considérer qu'il y a une catégorie de citoyens qui seraient protégés par un mandat de l'application de la loi. C'est seulement de faire en sorte qu'on évite que euh dans des circonstances qui deviendraient préoccupantes, le pouvoir exécutif ou le pouvoir judiciaire n'abuse de leur prérogative pour contraindre un parlementaire.
Et ça c'est pour ça que le parlement du coup est conduit à se prononcer sur la levée de l'immunité de l'un des siens pour reconnaître que c'est légitime que cette personne soit euh considérée dans un processus judiciaire normal. Donc non, l'immunité protège personne. La vraie raison qui fait que sur le sujet que vous évoquez, comme sur tant d'autres, le droit est parfois foulé au pied, c'est c'est bien plutôt euh bien souvent euh la lâcheté qui qui euh explique beaucoup d'actions et plus encore d'inaction de la part de responsable public. Et vous savez, on vit profondément.
Je pense que le moment qu'on traverse aujourd'hui est une manière de vérifier la triste analyse que partageait Sol Génitine dans le discours de Harvard. Vous connaissez peut-être ce discours magnifique. Sol Génitin vient de de quitter le le l'Union soviétique. Ce dissident incroyable passe à l'ouest. Il arrive aux États-Unis et il va prononcer un discours à Harvard. Et tout le monde pense qu'il va faire l'éloge du modèle occidental contre l'horrible dictature soviétique. Et Sul Génicine évidemment dénonce l'horrible totalitarisme soviétique.
et il regarde ses interlocuteurs et il leur dit "Vous savez, depuis que je suis maintenant dans votre monde, je m'inquiète beaucoup pour l'avenir de vos libertés parce que vos sociétés sont marqué par le déclin du courage et je crois que ce que nous sommes en train de vivre aujourd'hui, moi je je le sentiment de le toucher du doigt bien souvent et et je le dis pas encore une fois pour juger les autres, mais d'abord pour m'inquiéter de moi-même. Il faut toujours se battre contre la tentation qu'on peut avoir parfois de de euh d'un d'un silence trop facile, d'une d'une fuite un peu complice.
Euh je je ne regarde ce travers chez les autres que pour m'alerter moi-même sur le devoir d'y résister, mais on vit profondément aujourd'hui le déclin du courage. Ce qui est dramatique dans la situation de la France, c'est la distance habissale entre ce que certains élus ou dirigeants vous disent quand les micros sont éteint et quand les micros sont allumés. C'est la distance terrifiante entre ce qu'on sait devoir faire et ce qu'on finit par décider.
C'est c'est sur la question de l'école qu'on évoquait tout à l'heure comme sur tant d'autres sujets, c'est ce déclin du courage qui est malheureusement au cœur de bien des tragédies française et et en particulier bien sûr de la montée de l'antisémitisme aujourd'hui. Le déclin du courage est je crois directement lié au mal que que nous sommes en train de vivre et qui progresse partout. Vous savez Anna Arent a ce mot magnifique. Elle dit le le mal ne triomphe jamais par ceux qui le font mais par ceux qui le laissent faire. Une dernière question pour terminer, [raclement de gorge] je voulais parler un peu du règlement retour que vous avez largement soutenu voir porté.
Est-ce que vous pouvez nous expliquer en quoi ce règlement retour va pouvoir sécuriser les l'Europe et la France ? Moi, j'ai déjà fait des réponses beaucoup trop longues. Alors, il va falloir que j'essaie d'être synthétique parce que c'est un grand sujet. Mais comme souvent, malheureusement euh ce ce cet événement suscite une attention médiatique inversement proportionnel à son importance.
Quand vous allez dans dans dans une chaîne de télévision en France, on passera la moitié du temps à vous interroger sur le dernier tweet absurde d'un d'un responsable politique et et des des basculements comme celui-là, eux ne suscitent aucune espèce d'attention alors qu' il s'est vraiment passé à un événement incroyable et qui pour moi est un grand signe d'espérance. Aujourd'hui, l'Europe est évidemment l'une des grandes fragilités européennes, c'est son impuissance sur le sujet migratoire. Et je pense que tout le monde l'a à l'esprit, c'est impossible de ne pas le voir.
Et cette impuissance, elle se caractérise en parté dans la lutte contre l'immigration irrégulière qui est en fait la clé de tout le reste. Aujourd'hui, dans toute l'Europe, sur toutes les décisions de retour qui sont émises, seul 20 % sont réellement exécutés. décision de retour, c'est en France un EQTF. Vous décidez qu'une personne doit quitter votre territoire sur toutes ces décisions. Dans toute l'Europe, 20 % seulement sont exécutés. A des gens, c'est pas même pas 80 % des migrants illégaux, c'est 80 % des gens à qui on a donné l'ordre de partir et qui finiront par effectivement retourner dans leur pays d'origine. Donc c'est une faille totale. Tu en France c'est encore plus faible.
En France, on est autour de 7 %. Euh et on connaît tous le problème des Qutf. Dans les 10 dernières années, il y a eu plus de 1 million d'OQTF émises qui n'ont donné lieu à aucune exécution. Vous avez 1 million de personnes sur le sol français potentiellement qui ont reçu une obligation de quitter le territoire et qui sont là. Ah, c'est évidemment une faillite totale. C'estàd que imaginez que le code de la route soit appliqué seulement par 20 % des conducteurs, ça donnerait une situation probablement chaotique.
Bah, c'est la même chose sur le plan migratoire et ça détruit tout le reste parce que en fait, ça sert à quoi d'avoir un droit d'asile si vous avez de toute façon 90 % des gens à qui vous refusez l'asile qui ne vont jamais partir ? Comment vous faites la différence entre ceux qui ont reçu et ceux qui ne l'ont pas reçu ? À quoi ça sert d'avoir un droit sur le sujet migratoire s'il n'est jamais appliqué ? Donc le le message qui est aujourd'hui parfaitement connu dans le monde entier, c'est que si vous arrivez à rentrer illégalement en Europe, vous avez toutes les chances d'y rester pour toujours. Et c'est ça qui fait le business sordide des organisations de passeur.
Et c'est ça qui fait qu'il y a des gens qui malheureusement meurent sur les routes de l'Europe parce que ils ont le sentiment que s'ils arrivent à poser le pied euh sur un pays européen et bien ils sont ils sont en Europe pour toujours. Donc il faut renverser ça. Et alors, ça fait maintenant 1 an qu'on travaille sur la transformation du droit européen en la matière parce que le droit européen est totalement responsable de cette situation.
Dans la directive actuelle qui concerne les expulsions qui s'appelle la directive retour, la règle c'est que si vous identifiez quelqu'un en situation irrégulière sur votre sol, vous avez le devoir d'abord de lui donner un délai pour partir de son plein gré. La règle, c'est le départ volontaire et seulement s'il est pas parti, vous pourrez l'expulser. Évidemment, quand vous donnez un délai aux gens pour partir de leur plein grré, ils partent pas. Ils en profitent pour se mettre à l'abri de l'application de la loi. Donc ça ne fonctionne pas du tout. Donc dans le règlement tel qu'on le proposait, on renverse cette logique.
Maintenant la règle c'est le départ forcé et seulement si quelqu'un veut coopérer et bien il peut partir librement. Et on imagine qu'il y aura d'autant plus de gens qui partiront de leur plein gré que l'expulsion sera toujours possible parce que c'est peu agréable d'être expulsé. Et donc il vaut mieux si on sait que de toute façon on va finir expulser, il vaut mieux partir librement. [souffle coupé] Ensuite, on a tout le problème du traitement de la procédure. En France, on a connu cette situation terrible que aujourd'hui dans dans l'Union européenne, la durée maximale de de rétention, c'est de 6 mois. En France, on a fixé la durée maximale de rétention à 90 jours.
Au bout de 90 jours, vous êtes obligé de libérer la personne que vous retenez si vous n'avez pas réussi à l'expulser. Et comme ça prend bien souvent plus de temps, ben vous êtes obligé de libérer des gens que par conséquent vous n'expulserez jamais, même si ils sont dangereux parce qu'ils ont commis des crimes et qu'ils peuvent récidiver. Vous avez tous en mémoire l'histoire de terrible de de Philippines, cette jeune fille qui a été violée et tuée par une personne qui sortait tout juste de rétention. Un homme qui avait déjà violé, qui était considéré comme dangereux parce qu'il était possible qu'il récidive. Et bien, on le libère quand même, on le lâche dans la nature et voilà.
Évidemment, se produit euh ce dans quoi l'État a une responsabilité immense, le droit a une responsabilité immense et donc euh nous on a on a on a considéré que maintenant il fallait sortir de cette impuissance. Maintenant la règle c'est que la durée de rétention maximale, elle sera de 2 ans. Euh si vous avez pas réussi à expulser quelqu'un en 2 ans, c'est que vous allez avoir du mal à le faire. Et pour les cas, en revanche de sécurité, quand quelqu'un par exemple a commis un crime, bien la durée peut être prolongée indéfiniment autant que l'État le jugera nécessaire.
[souffle coupé] Euh il y a beaucoup de choses comme ça qui vont qui vont changer et le plus important c'est aujourd'hui la difficulté qu'on a à expulser. Elle tient beaucoup au fait que des gens viennent de pays qui ne coopèrent pas sur le plan migratoire. On pense à l'Algérie pour la France par exemple. Aujourd'hui vous êtes un Algérien en situation irrégulière en France. Vous êtes absolument certain que vous ne serez jamais expulsé puisque l'Algérie ne reprend pas ses ressortissants. Et et puis si vous voulez ne pas être expulsé, ben vous détruisez vos papiers et vous prétendez que vous savez plus d'où vous venez ou bien que vous êtes algérien et donc vous vous serez jamais recondu.
On va créer avec ce règlement un changement déterminant qui était demandé depuis longtemps par beaucoup d'États en Europe. la possibilité d'expulser une personne pas seulement dans son pays d'origine mais dans n'importe quel pays tiers qui accepte de le reprendre notamment en faisant des accords avec des pays qui deviendront partenaires dans lesquels on créera des centres de retour. Le [grognement] but c'est pas d'expulser des milliers de personnes dans ces centres de retour. Le but c'est que cette possibilité existe. Parce que aujourd'hui si vous êtes un Algérien en situation irrégulière, pourquoi est-ce que vous partiriez ? De toute façon, vous savez que vous serez jamais expulsé.
Mais si maintenant on vous dit que si vous ne partez pas de vous-même pour rentrer dans votre pays après que vous ayez reçu l'obligation de le faire, vous allez être expulsé dans un pays où vous ne connaissez personne et qui n'est pas le vôtre, mais il y a plus de chance que vous y réfléchissiez sérieusement. Et donc on on a on a une perspective de renverser complètement la donne sur le sujet de la lutte contre l'immigration irrégulière avec par ailleurs beaucoup d'autres éléments qui sont déterminants.
Par exemple, la perspective que vous puissiez demain non seulement expulser quelqu'un quand il a euh décidé de venir illégalement en Europe ou d'y rester illégalement, mais que vous puissiez aussi lui délivrer une interdiction d'entrée euh s'il a refusé de coopérer dans son expulsion par exemple. interdiserit pour 5 ans de demander quel que visa que ce soit dans aucun pays européen et puis même vous pouvez donner une interdiction d'entrée définitive.
quelqu'un qui a commis des actes terroristes, qui a tué ou qui a violé ou qui a été engagé dans des activités liées, par exemple, on peut penser aux organisations de de de l'islam politique en Europe, alors qu'il était illégalement présent sur votre sol, ben vous avez tout à fait le droit de lui dire que vous ne voulez jamais le revoir en Europe de sa vie. C'est la moindre des choses. Et la grande difficulté qu'on a eu, c'est que à mon grand étonnement, parce que peut-être je suis un peu naïf, mais je continue de m'étonner, le propre du philosophe est de s'étonner, dit Aristote. Donc il faut s'étonner.
Mais à à mon grand étonnement, et je le dis sincèrement, je ne comprends pas, la gauche est refusée de soutenir cette agenda et on était dans des réunions de négociation, c'est comme ça que ça se passe au Parlement européen. On négocia, on essaie de trouver des compromis et j'avais des collègues socialistes, des collègues macronistes macronistes qui me disaient délivrer une interdiction d'entrée, c'est scandaleux, c'est contraire aux droits humain. Enfin, on parle de gens qui sont rentrés illégalement en Europe et qui ont commis des crimes et on se considérerait coupable de leur dire jamais, plus jamais, nous ne voulons vous revoir ici. Et c'est la moindre des choses.
Et je me disais souvent mais si les Français, si les électeurs, si les citoyens pouvaient voir les discussions qu'on a, voyez, moi je suis pour défendre les droits fondamentaux, mais défendre les droits fondamentaux, ça veut pas dire défendre le droit d'être illégalement chez nous et d'y commettre des crimes et ensuite de revenir. Mais c'est complètement fou.
Et donc à la fin, mais voilà, vous parliez tout à l'heure de la question de l'Union des droites, monsieur, à la fin, puisqu'on arrivait pas du tout à trouver un terrain d'entente avec nos collègues socialistes et nos collègues macronistes, bien j'étais le rapporteur de mon groupe sur ce sujet et le le texte du du rapporteur qui était macroniste ne me convenait pas du tout et il essayait d'avoir toujours les socialistes avec lui et ça donnait un résultat qui était très ena de ce qu'on avait besoin d'atteindre pour pouvoir avoir des résultats efficaces. Donc, je me suis tourné vers tous les groupes sur notre droite et on a fait un texte ensemble.
Je leur ai proposé un texte alternatif que j'ai écrit et qu'ils ont tous soutenu et on l'a voté ensemble et on l'a fait adopter mardi euh lundi dernier au Parlement européen avec une très claire majorité. Alors évidemment, ça suscite des indignations partout. Quelle catastrophe ! François Xavier Bami c'est allié avec l'extrême droite mais moi j'aurais bien voulu m'allier avec les socialistes. J'aurais bien voulu m'allier avec tout le monde en fait. J'ai fait pas d'exclusive sur un sujet comme celui-là. C'est un sujet vital pour l'avenir de nos pays. Et donc qui vote qui veut vote enfin qui qui qui et qui vote soutient je crois ce qui va dans la bonne direction.
Et encore une fois, je le redis, au tout début de ce travail, les socialistes avaient voulu faire venir devant tous les responsable des groupes. Moi, j'étais pour mon groupe et il y a un responsable par groupe politique. Ils avaient voulu faire venir devant nous l'agence des Nations- Unies pour les réfugiés, disant bon [raclement de gorge] au moins on va on va avoir un concours de respect des droits fondamentaux et et on va nous expliquer à quel point c'est très dangereux de soutenir cet agenda que nous horrible groupe de droite nous proposions déjà à ce moment-là de notre travail.
Et les représentants de l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés sont venus et ils ont dit "En fait ce texte, il est très utile pour nous parce que nous on travaille pour les réfugiés et si on veut pouvoir aider les réfugiés, il faut que les nonréfugiés repartent." Et je me suis dit, voyez, de la part des Nations- Unies dont on attend pas toujours que du bien, ça fait plaisir à entendre et c'était peut-être la preuve que l'espérance existe vraiment. Merci encore à Merci. Nousons cette conférence. Merci encore monsieur Bam chaleureusement pour cette cet échange riche très intéressant. Merci.
François-Xavier Bellamy