Éric Coquerel : « Olivier Faure essaie de se tirer comme il peut d’une ligne catastrophique »
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Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Eric Coquerel, merci d'être notre invité députée de la France Insoumise de la Seine-Saint-Denis. Vous présidez la Commission des finances de l'Assemblée Nationale. Et on est ensemble pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la presse régionale, représentée par Christelle Bertrand du groupe La Dépêche. Bonjour Christelle. Bonjour Ariane, bonjour Eric Coquerel. On va évidemment revenir sur les enseignements de ces municipales et cet entre-deux-tours, Eric Coquerel. Premier enseignement de ces municipales, c'est la percée de la France Insoumise dans nos territoires. La stratégie de conflictualisation à payer ?
C'est d'abord, alors c'est la percée aux municipales, parce qu'aux nationales, il y a longtemps que c'est une percée. Plus qu'une percée, puisqu'on est majoritaire à gauche très largement. Donc là, pour la première fois…
Mais vous ne laissez pas au point local.
Oui, attendez, je veux répondre. Pour la première fois, on a décidé que les municipales, on allait s'y préparer très sérieusement et considérer que c'était un rendez-vous important. Voilà, parce que ce n'était pas le cas en 2020. En plus, il y avait le Covid. Donc là, c'était le premier test pour nous. Et oui, manifestement, ça montre qu'on est capable de gagner des vies de plus de 100 000 habitants. Ça montre qu'on ne peut pas faire sans nous, à gauche en tout cas. Et ça montre qu'on peut changer la vie des gens. Donc ça, c'est une vraie satisfaction. Ce que vous appelez le conflictuel, je ne sais pas, moi, j'appelle ça la politique. C'est-à-dire que c'est une confrontation d'idées.
La politique, ce n'est pas juste trouver les consensus mous qui correspondent…
Mais c'est une campagne qui a été très mouvementée. D'abord, que vous avez menée nationalement. Et avec pas mal de polémiques autour de la prononciation des noms d'Epstein, Gluckstein. Ça a participé, vous pensez, à la dynamique de campagne, ça ?
Globalement, on est, de toute façon, dans une période mouvementée. Nationalement, internationalement. Donc, elle s'est reflétée dans la campagne. Par exemple, nous, on avait dit que cette campagne, elle devait… Alors, il y a les enjeux locaux, on ne va pas… Mais elle devait, par exemple, servir à faire une censure populaire du macronisme. Mon confusage, c'est que c'est réussi. Ils sont effacés du paysage. Eh bien, on avait dit que…
Ils avaient peu investi sur cette campagne, aussi.
Oui, enfin, ça, c'est ce qu'ils disent après. C'est accord défendant. En réalité, ils sont… Aujourd'hui, on peut considérer que le macronisme, c'est fini et que c'est une nouvelle défaite électorale sanglante. Et à mon avis, ils ne s'en mettront pas. Deuxième élément, on avait dit qu'on était dans une montée, un peu en France et internationalement, de l'extrême droite, avec ce que ça véhicule de racisme et autres. Et qu'il fallait considérer que, pour nous, le vote et les filles étaient vraiment le vote le plus anti-extrême droite et le plus anti-raciste qui existait.
Et puis, à la fin, la question internationale, en plus, avec la guerre qui se déclenche de Trump et Netanyahou en dehors du droit international. Donc, tout ça, évidemment, fait que la campagne ne pouvait être que mouvementée au nez dans une période mouvementée. Et dans une période mouvementée, si on veut que la gauche non seulement survive, mais reste une alternative face à l'extrême droite, eh bien, j'allais dire, il faut être capable de muscler son discours, de muscler ses arguments, et c'est ce que nous avons fait.
– Est-ce que vous avez fait déjà une analyse de ce premier tour de scrutin ? Ou est-ce que vous avez remporté des voix, plutôt dans les centres-villes, plutôt dans les quartiers ?
– Un peu partout, un peu partout, étonnamment. Enfin, pas étonnamment, mais parce qu'on pouvait penser que si vous voulez, je reprends les centres-villes, je vois bien toute la campagne qui a eu lieu contre nous, extrême-gauche, antisémitisme, enfin…
– Pas justifié ?
– Non, évidemment, c'est un justifié total. On va en parler après, si vous voulez. Je pense que le résultat des électeurs montre qu'entre ce qui est véhiculé par, on va dire, ce que j'appelle le système politico-médiatique, vous ne voyez pas une vision complotiste, mais enfin, en gros, ce qu'on entend en permanence sur les plateaux de la part des dirigeants politiques, y compris maintenant du PS, heureusement, ça ne se traduit pas chez les électeurs, fort heureusement, qui sont plus intelligents que ça.
Mais dans cette campagne-là, je pensais, par exemple, pour tout vous dire, que ça allait être plus compliqué dans les centres-villes, et ça n'a pas été le cap, tout simplement parce que les gens, je pense, s'informent, s'informent aussi sur les réseaux sociaux, nous entendent, nous écoutent, et qu'eux ne font pas une équivalence, par exemple, comme on veut le faire croire, entre l'extrême droite et France insoumise. Ça, c'est le fameux nini-macroniste qui a totalement échoué, et quand il a été repris par le Parti socialiste, à mon avis, c'est une erreur historique, comme est la direction du Parti socialiste, là non plus, ça n'a pas marché. Donc, c'est une vraie satisfaction.
Il n'a pas été vraiment repris. Le PS n'a pas mis un signe égal entre le RN et la France.
Mais implicitement, si. Quand vous dites, quand vous avez le Parti socialiste qui dit, nous n'aurons plus d'alliance nationale avec France insoumise... Mais Olivier Faure n'a jamais dit le RN et la FI, c'est la même chose. D'accord, d'accord. Non, non, il ne va pas jusqu'à là. Mais ça commence à ressembler à la manière dont, chez les macronistes, le nini a commencé à évoluer. Je vous rappelle qu'on est, pour moi, dans un moment quand même assez grave. Pourquoi ? Parce qu'en juillet 2024, le Front républicain, ça a fonctionné. Plus qu'on l'imaginait. Y compris, des fois, à corps défendant, parce que LR ne le voulait pas.
Et n'empêche, on a quand même été volés, nous, pour des députés LR, au deuxième tour, face à l'extrême droite. Ça a fonctionné. Et qu'est-ce qui se passe, patatras, au bout de quelques semaines ? Vous avez les mêmes qui, finalement, on l'a accepté, du côté macronisme, je pense à M. Attal et autres, qui commencent à nous taper dessus à bras raccourcis et qui lancent le nini. Alors donc, ça a cassé le Front républicain. On voit bien aujourd'hui, vous voyez, par exemple à Nice, vous voyez bien que le Front républicain, qui consiste à se dire qu'il y a un barrage entre l'extrême droite et tout le reste de l'arc républicain, ça ne fonctionne plus et ça n'a plus fonctionné parce qu'il y a eu nini.
– Mais vous regrettez que la candidate de la gauche ne se retire pas à Nice ?
– Il y a eu nini, comment ?
– Vous regrettez que la candidate de la gauche se maintienne à Nice ?
– Ah non, non, je ne regrette pas, je pense que le Front républicain est terminé du fait même de la position de la droite, de la droite, y compris des macronistes qui ont banalisé l'ERN, qui ont même repris. J'entendais le sénateur juste avant moi, c'était extraordinaire, il nous fait tout à l'ayus là-dessus, sur les deux extrêmes. Puis il cite à la fin M. Retailleau, enfin M. Retailleau, c'est le ministre de l'Intérieur qui nous a recyclé.
Les Français de papier, qui est une expression de Vichy, pour caractériser tous ceux qui ne sont pas nés dans le pays, confèrent le droit du sang auquel ils se réfèrent, qui nous a parlé en tant que ministre de l'Atari de Abba-le-Voile, qui est une façon de traduire la laïcité en racistes anti-musulmans. Donc en fait, ces gens-là sont en train de banaliser l'extrême droite et ils ont cassé le Front républicain.
Et donc, je termine juste à partir de là, ceux qui en plus de ça commettent l'erreur de casser ce qui peut être, on va dire, ce que nous on appelle le Front antifasciste, appelez-le comme vous l'aimez, qui permet de résister à la montée de l'extrême droite à gauche, alors là, ils font une erreur historique. Et c'est ce que fait par exemple M. Payan. M. Payan fait une erreur historique. Il est irresponsable. Ça s'est vu dans le passé, c'est une irresponsabilité.
Face à cette irresponsabilité totale, est-ce que vous, vous ne devez pas être le parti responsable et donc demander à Sébastien de Logu de se retirer ?
Écoutez, ça, c'est pas être responsable. Enfin, je ne sais pas ce qui se passera à Marseille dans les horaires.
Il peut encore se retirer d'ici 18h ?
Tout est possible, mais ce n'est pas notre choix.
Vous souhaitez qu'il se maintienne ?
Bien sûr, pour l'instant, bien sûr.
Au risque de faire basculer la vie au Rassemblement national ?
Ce que je souhaite, c'est que M. Payan revienne à la raison. Voilà, j'en appelle à M. Payan. J'ai fait un tweet hier, je lui ai conseillé de lire les irresponsables de Chapoutot, l'historien, pour proumonter ce qui s'est passé en les années 30 en Allemagne. C'est-à-dire la manière dont, progressivement, le bloc, ce qu'on appelle nous le bloc central, appelez-le comme vous voulez, l'hypersancle, les néolibéraux, puis la gauche, a fini par considérer que leur principal adversaire était à gauche et non pas l'extrême droite. C'est exactement ce que fait M. Payan. Donc, c'est à lui que j'entends raison. Pourquoi ? Parce que, non seulement, le désistement, excusez-moi, municipal n'existe pas.
Ça, c'est une invention qu'on met les socialistes pour essayer de se dépatouiller avec la stratégie stupide qui a été la leur de dire plus d'alliance avec LFI, même quand il y a danger de droite extérieure.
Il y a des villes où il y a des désistements. À Toulon, le candidat de droite, arrivé second de Toulon, s'est retiré. Pourquoi à Marseille, Sébastien Delogu, qui est 25 points derrière Benoît Payan, ne se retire pas ?
Mais parce qu'à gauche, à gauche, la logique, depuis toutes les élections municipales, ce n'est pas comme législative, ce n'est pas un scrutin uninominal sur une personne, ce n'est pas comme des élections de ce type, c'est une élection de liste, d'accord ? Et pour que les électeurs se mobilisent, pour que nos électeurs se mobilisent, par exemple à Marseille, prenons le cas concret, il faut qu'ils puissent se sentir représentés au deuxième tour et non pas méprisés. M.
Payan, qu'est-ce qu'il envoie comme message en disant « je demande à Sébastien Delogu de se désister parce que nous ne serions pas républicains ou je ne sais quoi, parce que nous aurions toutes les calomnies qu'on peut nous sortir ? » Mais il envoie un message terrible. Il envoie le message à nos électeurs qu'en fait, on peut rejeter France Insoumise, on peut rejeter les dirigeants, mais qu'eux sont invités à venir voter et à dire merci en plus. Mais ça, ça ne fonctionne pas. Donc la meilleure manière d'empêcher l'extrême droite à Marseille qui est vraiment marquée, on a toujours pris nos responsabilités nous, c'est le fait que M.
Payan revienne à la raison et considère qu'il y a peut-être un objectif plus important
– Il a déposé sa liste, Benoît.
– Alors on peut toujours essayer de revenir dans une situation où moi j'en appelle encore à lui aujourd'hui. Vous me demandez ce qu'on va faire, moi j'en appelle à ce qu'il soit responsable.
– Ce que vous dites, Éric Coquerel, c'est que si vos électeurs ne se sentent pas représentés à Marseille, ils préféreront ne pas aller voter et prendre le risque de voir la ville basculer.
– C'est le risque… – Dans les mains du Réunion national. – Je ne suis pas électeur, imaginez, vous avez des gens, vous votez pour une force parce que vous y croyez, vous pensez que c'est la ligne qui doit être incarnée à gauche, c'est la ligne de rupture. Et vous avez quelqu'un qui vous dit, ah mais il n'y a pas de problème, venez voter pour nous, mais alors le mouvement dans lequel vous vous incarnez, on n'en a rien à faire et même on le calomnie. – Vous considérez que les électeurs à un moment donné…
– Vous dites que l'un des piliers de la France insoumise, c'est l'antifascisme. J'imagine que vos électeurs adhèrent à cette théorie. – On a toujours pris notre responsabilité. – C'est-à-dire que plutôt que de ne pas être représentés sur les listes de Benoît Payan, ils vont préférer faire basculer la ville dans les mains du Réunion national. – On verra bien ce qui se passe à Marseille,
mais pour l'instant, là, au moment où on se parle, excusez-moi, il ne faut pas inverser les responsabilités, au moment où on se parle, c'est M. Payan qui a la responsabilité d'essayer de faire en sorte que sa liste soit la plus performante possible face à l'extrême droite.
– Et à un moment, ça deviendra votre responsabilité aussi.
– Non, pour l'instant, c'est lui qui a la responsabilité.
– Oui, mais ça peut être aussi la vôtre. Il y a 25 points d'écart, Sébastien Delogu à moins de 15%.
– Je vous ai dit le sujet qui est maintenant, y compris le même question hier. – Chacun peut se renvoyer la balle, et chacun se renvoie la balle entre Sébastien Delogu et Benoît Payan. – Non, excusez-moi, chacun ne se renvoie pas la balle, ça, ce n'est pas vrai. Il y a d'un côté un parti socialiste qui, nationalement, dit pas d'alliance. Alors, heureusement, localement, les électeurs, etc., et même les militants, etc., on entend autrement, ils prennent des bonnes décisions. Parce que s'ils suivaient la consigne, je ne vous dis pas le nombre de villes qui passeraient à droite, voire à l'extrême droite, du fait de cette condition irresponsable.
Donc, il y a des gens, il n'y a pas une autre responsabilité. Nous, par exemple, on est en désaccord avec ce qu'a fait le parti socialiste, qui n'a pas voté censure sur censure et permis aux macronistes de continuer. Bon, malgré tout, on a la responsabilité de penser que ça, ça passe derrière, le fait que des villes gagnent, passent à droite ou à l'extrême droite.
Mais vous comprenez un peu les interrogations, voire l'inconvrité, c'est-à-dire...
La responsabilité, elle n'est pas de notre côté.
Vous parlez d'un risque de fascisme à Nantes. Le candidat de la droite, c'est un LR. À Toulouse, Jean-Luc Moudin, c'est centre droit. On n'est quand même pas sur une grosse extrême droite. Là, il y a des alliances. Et en revanche, dans une ville où, effectivement, il y a un risque RN,
là, il n'y a pas de retrait. Justement, il y a des alliances parce qu'il y a eu fusion. Parce que, soit nous, soit le PS, on a accepté de fusionner. Alors, nous, on a toujours proposé des fusions programmatiques. C'est ce qui est le cas. Que ce soit à Toulouse, Limoges, Argenteuil, etc. C'est des fusions programmatiques. Comme on savait que le Parti d'Alice ne voulait pas faire de fusion, essayer de trouver un programme, j'allais dire, commun qui nous unisse, on a proposé des fusions proportionnelles. Puis après, c'est la vie qui verra dans la gestion de la ville. Et pardon, il y a aussi des accords techniques,
des fusions techniques. C'est quoi, des fusions techniques ?
C'est des fusions proportionnelles. C'est-à-dire que vous dites, voilà, on a deux listes maintenant. Il y a une liste qui est un adversaire. Et puis, face à cet adversaire pour qu'il ne prenne pas la ville, eh bien, la gauche décide de se représenter proportionnellement à leur résultat du premier tour. Sans programme, comment ? Ça a déjà été fait. Mais il y a un programme. Le programme, c'est celui de la liste qui est arrivée en tête, d'accord ? Et donc, on verra bien si après, dans la gestion des villes, il y a une capacité, j'allais dire, à faire en sorte que tout le monde y adhère, que ça bouge, que ça évolue. Ça, c'est de la politique. Ça veut dire que vous pourriez après
être dans l'opposition aux maires socialistes élus ?
Ça dépend quel est le programme. Imaginons par exemple un maire socialiste qui, une fois maire, prend des politiques finalement d'austérité, de casse des services publics. Je prends un exemple, je le dis, parce que par exemple, c'est ce qui s'est passé à Saint-Denis, que nous avons gagné, deuxième ville de France. Le maire à Notin, il a cassé les services publics de proximité, les services pour la jeunesse, etc. Vous imaginez bien que si on avait été dans sa majorité, heureusement que ce n'est pas le cas, la preuve, c'est que nous gouvernons maintenant cette ville, eh bien, nous n'aurions pas été d'accord. Donc ça, après, c'est la vie politique.
Vous prenez le risque de le mettre en minorité.
Oui, mais pour l'instant, on se comprend. De toute façon, là, on l'a mis en minorité, bien avec les électeurs. Mais c'est juste pour vous dire que ça, après, c'est... Mais pour l'instant, le risque, parce que ça, là, en l'occurrence, je fais la différence, je sais faire la différence a priori, mais la plupart du temps, des fois, c'est un peu différent, mais la plupart du temps, je fais la différence entre une ville gérée à droite, surtout une droite qui a tendance à s'extrémiser. Vous me parliez du... Vous disiez, mais est-ce qu'il y a un risque fasciste à Nantes ?
Je ne dis pas qu'à Nantes, il y a un risque fasciste, et encore, il est très, très à droite, le candidat à Nantes pour la droite. Après, le communiqué du candidat insoumis,
c'est antifasciste.
Oui, mais c'est globalement ce qui est en train de se passer dans le pays. Ce qui est en train de se passer dans le pays, on l'a vu avec M. Rotaille ou Prédo, c'est que vous voyez bien que le barrage républicain qui fonctionnait pendant des années de la droite vis-à-vis de l'extrême droite, il est de plus en plus poreux. On a M. Rotailleau qui envisage les alliances avec reconquête. Pour l'instant, ce n'est pas avec le RN parce qu'il se dit sinon il est mort électoralement, mais vous voyez bien que M. Rotailleau, dans un deuxième tour, qui oppose France insoumise ou même une force de gauche au RN, j'attends de voir quelles seront ses consignes, par exemple.
Et donc, par rapport à ça, oui, il y a un glissement vers l'extrême droite, ce glissement vers l'extrême droite, y compris la droite républicaine. Pour nous, ça s'entend sous le vocable antifasciste parce que ça monte un peu partout, en Europe, en Italie, aux Etats-Unis. C'est ça le fond, malheureusement, de notre crainte et de notre pensée.
Est-ce que vous comprenez ce qu'a dit Olivier Faure hier soir au 20h, j'imagine que vous l'avez écouté, pour justifier les alliances qu'il y a eu à Dante, à Toulouse, à Avignon, à Clermont, entre PS et LFI ? Il dit que tous les insoumis ne sont pas des clones de Jean-Luc Mélenchon. Il y a des insoumis, il n'a pas employé ce mot, mais en gros, il y a des insoumis fréquentables et il y a les autres. Vous comprenez ça ?
Non, je comprends qu'il essaie de se tirer comme il peut d'une ligne qui est une catastrophe parce que qu'est-ce qu'il a fait, M. Faure ? Il a repris, finalement, la ligne de M. Hollande, c'est-à-dire la ligne de droite du PS qui avait amené le PS à moins de 2% au présidentiel. C'est sa responsabilité. Je pense qu'il fait une erreur absolument historique. Mais donc, comme il est là-dessus, il faut bien qu'il explique pourquoi, sur le terrain, ça ne suit pas. Et ça ne suit pas. Je vais vous dire pourquoi ça ne suit pas, sur le terrain. C'est que tout ça, c'est un récit. Et les filles, par exemple, n'est pas d'extrême-gauche. Moi, je n'ai rien contre l'extrême-gauche.
L'extrême-gauche existe dans ce pays. M. Poutou fait 5% à Bordeaux. Révolution permanente, on gagne Saint-Ni, ils font 7%. Il y a une extrême-gauche, et je ne la mets pas du tout en parallèle sur la question avec l'extrême-droite, la respecte et autres, mais nous, nous ne sommes pas d'extrême-gauche.
Donc, l'antisémitisme,
à partir de ce qu'a dit Jean-Luc Mélenchon sur Epstein, pour qu'il ne, quelque part, on ne le russifie pas, ou des problématiques de prononciation qu'il a sur différents noms, et là, on en tire quelque chose qui est absolument calumne. Je vais vous dire une chose, ça ne correspond.
C'était très opportun.
Il a dit lui-même que ce n'était pas opportun, figurez-vous. Il a pris lui-même des distances avec ce qu'il avait dit, en l'expliquant qu'il avait, ce jour-là, eu plusieurs prononciations. Mais il y a dire ça, et il y a ceux qui l'utilisent pour essayer de faire ce qui a été fait par rapport à la gauche radicale un peu partout en Europe, y compris que M. Corbyn, c'est-à-dire, à partir de là, nous assimiler à l'antisémitisme et essayer de nous mettre de côté comme il se fait. Eh bien, ça ne fonctionne pas, parce que dans la réalité, les gens voient bien que ce n'est pas ça, ce n'est pas ça, France Insoumise. Et le résultat de ces électorales, c'est…
Olivier Faure a dit qu'il ne voulait pas d'accord national avec la France Insoumise. Là, je vois que vous avez sous les yeux la liste des nombreux accords que vous êtes en train de passer. Pas toutes. J'ai noté, il y en a plein qui s'ajoutent. Avec le Parti Socialiste, est-ce que vous considérez qu'aujourd'hui, il y a finalement un accord national, à quelques exceptions près, par Sey ? Je considère, si vous voulez… Mais est-ce que pour vous, c'est un accord national et on en revient à quelque chose qui pourrait ressembler au nouveau Front Populaire qui s'est organisé
à la suite de la dissolution ? Je considère heureusement que… Vous avez raison d'évoquer le Front Populaire, parce que ça s'est passé à la base, si vous le savez. Il y a deux manifestations qui se sont réunies et qu'on contraint les dirigeants à l'unité. Ce que je considère, c'est que cette ligne, complètement suicidaire à gauche, qui vise finalement à dire qu'il y a une force avec laquelle, qui est la principale force à gauche nationalement, a priori, France Insoumise, avec laquelle on ne peut plus entendre, et qui d'où ouvre la route à l'extrême droite, même seulement mathématiquement, cette ligne-là est battue à ces municipales et c'est heureux.
Alors, je ne sais pas si la direction du Parti Socialiste va maintenant l'enregistrer et entendre raison, mais manifestement, le constat, c'est qu'elle ne marche pas à la base et évidemment, ça nous satisfait. Pourquoi ça nous satisfait ? C'est que si nous sommes au deuxième tour des prochaines présidentielles, eh bien, nous ne souhaitons pas que cette ligne qui consisterait à faire ce que propose M. Glucksmann, qui ne représente rien, c'est quand même incroyable, M. Glucksmann, combien il a de conseils municipaux, combien il a de gens qui sont sur la liste, très peu. La place publique est vraiment, je veux dire, c'est un espèce de champignon médiatique autour de M. Glucksmann.
Il donne des leçons et il prétend que quelque part, c'est pas très grave. Les villes peuvent passer à droite, à l'extrême droite, et que le plus important, c'est de combattre les filles. Cette ligne-là, si elle était appliquée aux présidentielles, nous sommes au deuxième tour, elle serait catastrophique pour le pays. Et je suis content qu'elle soit battue.
Vous considérez que les accords locaux peuvent avoir un...
Il a été clair sur le barrage à l'extrême droite.
Raphaël Glucksmann, il est clair sur le barrage à l'extrême droite.
Alors là, excusez-moi, je l'ai écouté sur les plateaux. Il a passé son temps d'abord à taper France Insoumise et à dire, nous préférons perdre des villes, alors j'aime bien le nous parce qu'il n'a pas beaucoup d'incidence, nous préférons perdre des villes plutôt que faire alliance avec France Insoumise. Bah moi, excusez-moi, je le transpose aux présidentielles. Je ne suis pas du tout sûr de ce qu'il ferait pour un deuxième tour. J'ai même cru comprendre qu'il irait plutôt à la pêche.
Est-ce que vous considérez que ces accords locaux peuvent demain avoir une traduction nationale et ressouder un peu
la gauche qui était... En tout cas, pour des deuxièmes tours. On est dans... On comprend bien, la plupart de ces accords pour l'instant, en tout cas, ne sont pas programmatiques sauf quand nous, on les a proposés. Ce qui d'ailleurs montre que c'est mieux qu'on soit en tête. Parce que du coup, on peut unir la gauche, ce qui s'est passé avec le nouveau Front populaire législatif, sur un programme de rupture. Quand on ne l'est pas, c'est plus compliqué. Donc ça, c'est une bonne leçon, y compris pour les électeurs. C'est que votez France Insoumise, vous avez plus de chances de faire l'unité, vous avez plus de chances de la faire sur un programme de rupture. Ça, c'est la première leçon.
Et quoi qu'il en soit, dans la plupart des accords qui sont là, c'est-à-dire qu'ils accords, on va dire, de défensives par rapport à la droite et extrême droite. Oui, j'espère que nationalement, ça marchera pour les présidentielles et que si nous arrivons en tête, comme c'est à gauche, a priori, si la gauche est au deuxième tour, c'est nous. Pour l'instant, au moment où on se parle, au instant T, et ces municipales le confortent, j'espère bien que ce sera la même stratégie de la part de le reste de la gauche.
Un mot sur Paris. Sophia Chikirou se maintient, pas d'accord trouvé avec Emmanuel Grégoire, au risque de favoriser la victoire de Rachida.
C'est M. Grégoire qui pourrait nous répondre. Enfin, excusez-moi, là encore. Alors d'abord, le danger n'est pas le même qu'à Marseille, d'accord ? Ce que je fais. Alors là, pour le coup, absolument pas un parallèle entre Mme Dati et le Ration nationale. Mais par contre, moi, j'ai pas envie que Paris passe à droite, mais ça, c'est M. Grégoire qui prend une responsabilité terrible. Nous, nous avons dit que nous étions prêts à le faire. Nous avons des scores très importants et là encore, il envoie un message où il nous balaie tout ça. C'est irresponsable. C'est irresponsable pour quelqu'un qui ne veut pas que Paris passe à droite.
Un mot sur Toulouse. Oui, un mot sur Toulouse quand même. Est-ce que c'est votre principal objectif aujourd'hui ? Emporter la ville de Toulouse lors du second tour qui aura lieu dimanche ?
Oui, oui. Toulouse fait partie de nos principaux objectifs. On va gagner sûrement, j'espère, la Courneuve. Pourquoi pas Argenteuil ? Je dis la Courneuve...
Mais pour vous, Toulouse, c'est plié ? C'est gagné ?
Non, non, non. Pas du tout. Non, c'est pas gagné. Il va falloir une bataille. Je pense qu'il n'y a en capacité de le gagner, surtout que François-Briand
soit un excellent maire
et que je sais qu'à Toulouse, si vous voulez, Toulouse est à gauche toutes les élections nationales. Donc il suffit que le lectorat de gauche qui vote aux élections nationales et majoritairement d'ailleurs France Insoumise fasse le même vote au niveau des élections locales et du coup, ça sera un message d'espoir pour Toulouse et je ne doute pas que c'est ce qui va se passer.
Un mot sur... Parce qu'il y a la présidentielle, mais avant, il y a les sénatoriales. Est-ce qu'avec les premiers résultats des municipales, vous espérez avoir des sénateurs à la France Insoumise ? Vous n'en avez pas ? Dès 2026 ? Oui. Ou il faudra attendre 2029 où l'Île-de-France est renouvelable ?
En Seine-Saint-Denis, ça sera vraisemblable.
Donc 2029 ? Parce que là, l'Île-de-France n'est pas renouvelable. 2026 ou il faudra attendre 2029 ?
Écoutez, on va attendre le résultat des municipales, mais si ce qui se traduit, c'est-à-dire là, on va avoir des centaines et centaines d'élus dans les municipalités, on va avoir des maires, donc je pense que ça devient quelque chose de réel. Et chez vous,
en Seine-Saint-Denis, vous croyez un sénateur de non-troisers ?
Écoutez, vu les résultats, oui, je pense que... Vous savez qu'en Seine-Saint-Denis, maintenant, ce qui se passe, c'est peut-être la question que, par exemple, on gagne Pleine-Commune, qui est quand même une des principales agglomérations. C'est juste pour dire que je ne suis pas sûr que l'extrême-gauche dirige Pleine-Commune. Ça montre un peu la stupidité de ce classement. Mais bon.
Merci beaucoup. Merci Éric Coquerel d'avoir été notre invité. Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat.
Éric Coquerel