Une faute contre la science, l'écologie, la France.
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 3:19Invité politiqueChiffre
« ce sont pour les années qui viendront des dizaines de milliards d'euros de fonds publics et privés qui vont être orientés par cette taxonomie. »
- 5:51Invité politiqueFait
« nous sommes déficitaires commercialement depuis très longtemps, ce qui veut dire que nous importons beaucoup plus que nous n'exportons »
Temps de parole
- François-Xavier Bellamy100 %
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Bonjour à tous, très heureux de vous retrouver depuis Bruxelles. Aujourd'hui, je voudrais vous parler d'un sujet assez technique et pourtant très important... Alors accrochez-vous un peu, je vais essayer de bien vous expliquer. Aujourd'hui ont été annoncées deux décisions très importantes. La première : après une longue nuit de négociations, les institutions européennes se sont mises d'accord pour diminuer leurs émissions de carbone de 55 % d'ici 2030. Pour ma part, je dois dire que c'est, toujours un processus de négociation qui me paraît un peu étrange, parce que je crois que la politique commence quand on s'attaque à la question des moyens.
C'est un peu comme si un ministre de la Justice commençait son mandat en disant qu'il s'engage à faire diminuer le nombre de crimes de 50% en cinq ans... On sera tous d'accord sur l'objectif ! La question est : comment s'y prendre ? Et c'est à ce moment-là que le débat politique commence. Et de ce point de vue-là, nous avons une deuxième nouvelle qui va radicalement contre cet objectif clairement affiché. Cette deuxième décision c'est – attentions, mots compliqués – l'annnonce de la "taxonomie européenne" ou plus exactement du premier "acte délégué" de cette réglementation. Une taxonomie, c'est une classification.
Et en l'occurrence, la taxonomie européenne, c'est la taxonomie qui va classer les sources d'énergie en Europe pour pouvoir déterminer lesquelles sont vertes, et lesquelles ne le sont pas ; lesquelles vont contribuer à la politique énergétique, vertueuses du point de vue du climat que l'Europe veut se donner, et lesquelles au contraire ne méritent pas d'être soutenues en Europe. Il y a des règles qui sont assez strictes, pour définir ce que les États ont le droit de soutenir budgétairement, financièrement, de manière directe, de manière indirecte...
Par exemple à travers des baisses de prélèvements obligatoires, des baisses d'impôts, un État n'a pas le droit de subventionner son économie parce que, sinon, c'est une concurrence déloyale à l'intérieur du marché européen, mais nous savons très bien qu'il y a besoin d'investir dans des sources d'énergie qui nous permettront de décarboner notre économie et de pouvoir préserver les équilibres de l'environnement. C'est la raison pour laquelle l'Europe a décidé de se donner une sorte de grammaire commune, une classification partagée d'énergies que les États auront le droit de soutenir directement ou indirectement, par des investissements publics, ou bien en fléchant l'investissement privé.
Et là, surprise : la taxonomie européenne qui a été annoncée – "malheureusement", plutôt, car ce n'est pas une surprise – a retenu des sources d'énergie comme les énergies renouvelables, l'éolien, le solaire, mais n'a pas retenu l'énergie nucléaire. Or, l'énergie nucléaire est une énergie décarbonée qui, tout récemment, vient de faire l'objet d'un examen par un comité d'experts, réunis par la Commission européenne elle-même, qui a déduit que cette source d'énergie ne causerait pas de dommage à l'environnement et qu'il fallait donc la compter parmi ses énergies qui ne sont pas dangereuses pour notre écosystème, et qu'il faut pouvoir soutenir.
La Commission n'a pas retenu cet avis qui lui a été rendu parce qu'elle avait elle-même mandaté pour analyser cette question, et elle vient de rendre son dossier. Elle vient de prendre sa décision, avec cette première version de la taxonomie : le nucléaire est sorti des investissements que les États ont le droit de choisir, et vers lesquelles ils ont la possibilité de flécher des fonds privés. L'enjeu est gigantesque, ce sont pour les années qui viendront des dizaines de milliards d'euros de fonds publics et privés qui vont être orientés par cette taxonomie.
Derrière cette décision, il y a, je le crois, une triple faute, que je dénonce aujourd'hui avec Damien Abad, le président du groupe LR à l'Assemblée nationale, Bruno Retailleau, le président du groupe LR au Sénat, et bien sûr Christian jacob, le président de notre famille politique. Nous avons publié un texte [dans L'Opinion] pour dire que cette taxonomie est inacceptable pour trois raisons. La première raison, c'est qu'elle commet évidemment une faute contre la science, contre la rationalité scientifique. Nous n'avons pas le droit de céder à la déraison commune.
Il y a, nous le savons très bien, une idéologie aujourd'hui antinucléaire qui se développe dans certains pays européens, c'est le cas notamment en France avec monsieur Canfin, qui est le président de la Commission de l'environnement ici au Parlement européen, qui est un parlementaire macroniste, mais qui vient du monde de l'écologie, et les écologistes français se caractérisent par le fait qu'ils sont résolument anti-nucléaire, ce qui est une aberration parce qu'encore une fois le nucléaire – nous dit le GIEC lui-même – est nécessaire pour préserver le climat du réchauffement que nous observons aujourd'hui. C'est donc une faute contre l'environnement.
C'est une faute contre la cause climatique, que nous prétendons défendre, et c'est une contradiction énorme au cœur de la stratégie européenne que nous décidions que nous allons réduire nos émissions de carbone et qu'en même temps nous nous retirions, le même jour, les moyens d'y parvenir. Enfin, c'est une faute contre la France, et le gouvernement français a commis l'immense erreur de ne pas défendre ce qui constitue, pour notre pays, un des derniers atouts industriels qu'il nous reste encore à faire valoir en Europe et dans le monde.
Le nucléaire en effet nous permet d'obtenir une énergie qui est décarbonée mais aussi une énergie qui est pilotable et qui est peu chère parce que le parc nucléaire français a été très largement amorti. Cette énergie est beaucoup moins chère que par exemple les énergies renouvelables, l'éolien, ou le solaire. Elle est beaucoup plus accessible et de ce point de vue là évidemment elle permet de préserver à la fois notre modèle social – puisque le consommateur paye son électricité moins chère que dans d'autres pays européens, mais elle est aussi un atout fondamental pour que des entreprises industrielles puissent s'implanter et se développer en France.
Quand un industriel cherche à s'installer quelque part, le premier facteur qu'il regarde c'est le prix de l'énergie et la disponibilité de l'énergie, parce que c'est ce dont on a besoin pour produire. Et la France a besoin de recommencer à produire. Nous sommes déficitaires commercialement depuis très longtemps, ce qui veut dire que nous importons beaucoup plus que nous n'exportons, que nous sommes devenus dépendants des autres pays européens, et du reste du monde, et c'est un immense problème.
C'est un problème pour notre économie, c'est un problème pour notre souveraineté, et c'est de nouveau un problème pour l'écologie, parce que faire venir de l'autre bout du monde des biens que nous ne savons plus produire, c'est desservir de manière évidente la cause du climat et les équilibres environnementaux qu'il nous faut pouvoir reconstituer. Bref, vous le voyez, le gouvernement, en ayant été aux abonnés absents sur cette question pourtant cruciale, a laissé menacer une politique qui, depuis le général de Gaulle, distingue la France dans cette capacité stratégique qu'elle avait d'assurer son autonomie énergétique, et d'ailleurs de fournir aussi ses voisins.
Je vous l'avais déjà raconté, nous sommes, il y a quelques mois, passés tout près du black-out : dans quelques années malheureusement, si nous continuons de fermer en France des centrales nucléaires comme nous l'avons fait à Fessenheim, eh bien nous ne pourrons plus assurer la stabilité de l'ensemble de la plaque énergétique européenne. Il y a là un danger majeur et un signe nouveau du décrochage de la France et de l'Europe dans le monde.
Lorsque nous ne serons plus capables de faire face à nos besoins énergétiques immédiats, eh bien c'est que nous ne serons plus capables d'assurer réellement la maîtrise de notre destin; Voilà pourquoi cette "taxonomie européenne" – le mot était compliqué – méritait un peu d'explications.
Le sujet est fondamental, la Commission nous promet maintenant une deuxième version de la taxonomie, parce qu'elle sent bien que cette décision est trop scandaleuse pour pouvoir être tenue – je crois malheureusement que cette deuxième version va être très difficile à défendre, parce que trop de pays ont intérêt, et peut-être malheureusement ont cédé à cette idéologie anti-nucléaire, trop de pays ont intérêt à fragiliser l'outil nucléaire, et de fait il est probable que ce sera très difficile de défendre cette nouvelle étape. Mais nous le ferons malgré tout et vous pouvez compter sur nous pour cela parce que l'enjeu est trop important pour être abandonné en cours de route.
Le nucléaire ne sera peut-être pas pour toujours l'énergie de notre avenir, il faut bien sûr continuer la recherche vers de nouvelles technologies, vers de nouvelles énergies. Mais aujourd'hui, dans l'urgence écologique à laquelle il nous faut faire face, et dans la nécessité de reconstruire notre base industrielle en France et en Europe, nous ne pouvons pas nous passer de cet outil indispensable, qui est actuellement dans nos mains... à un moment où, d'ailleurs, la Chine les États-Unis investissent massivement dans cet outil fondamental. C'est le signe que, encore une fois, nous n'avons pas le droit de commettre ce contresens historique.
Je ne manquerai pas de vous en dire plus lorsque nous y reviendrons. Merci encore de nous suivre, et à très bientôt.
François-Xavier Bellamy