Barnier à Matignon : les réactions à sa nomination - 05/09/2024
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
à son installation à Matignon. - M.Le Pen: M.Barnier semble répondre au moins aux premiers critères que nous avions réclamés, c'est-à-dire un homme respectueux des différentes forces politiques et capable de pouvoir s'adresser au RN. - A.-E.Lemoine: Bonsoir, J.-P.Tanguy.
Vous êtes député RN de la Somme. O.Faure, vous êtes premier secrétaire du PS, député de la 11e circonscription de Seine-et-Marne.
Merci de votre présence. Vous avez déjà réagi sur X en parlant de déni de démocratie. Vous faites le même constat que J.-L.Mélenchon ce soir? - O.Faure: Toutes celles et ceux qui sont des observateurs attentifs ne peuvent pas faire un autre diagnostic.
C'est une trahison démocratique. Aujourd'hui, vous avez quelqu'un qui n'appartient pas au NFP, qui est arrivé en tête de l'élection, et qui n'a même pas participé au front républicain du 2d tour. C'est un parti qui a fait 5 % de l'élection législative qui va maintenant diriger la France.
Comment voulez-vous qu'on le prenne autrement? C'est un déni démocratique. Imaginez ces Français qui sont venus au secours de la République, à qui on a dit de venir voter, y compris des élus de droite voire de droite dure.
On leur a dit d'aller voter car il fallait battre le RN. La réalité, c'est que ces gens-là, on leur dit que quoi qu'ils votent, quoi qu'ils fassent, en réalité rien ne change. - A.-E.Lemoine: Même quand une personnalité socialiste émergeait, on voyait l'opposition immédiate du NFP. - O.Faure: On a simplement posé des exigences.
On a dit qu'il fallait qu'il y ait un certain nombre de points. - A.-E.Lemoine: Vous parliez d'anomalies. - O.Faure: B.Cazeneuve était le seul homme de gauche qui n'a pas soutenu le NFP.
Il y avait une forme d'anomalie. Ca ne veut pas dire que nous l'aurions censuré. Nous avions des exigences par rapport à celui qui pouvait rentrer à Matignon.
Que personne ne s'y trompe, même X.Bertrand était considéré comme trop à gauche. - P.Cohen: Qui a dit ça? - O.Faure: Les 2 finalistes présumés de cette campagne pour Matignon... - P.Cohen: Trop à gauche pour le RN. - O.Faure: Pour le président.
Il aurait pu choisir X.Bertrand. - P.Cohen: Non, la censure du RN. - O.Faure: Donc c'est mon voisin qui décide qui peut être Premier ministre? - P.Cohen: Face à un bloc de gauche qui n'accepte aucun autre candidat, vous donniez la main au RN. - O.Faure: Est-ce que ce serait logique que le bloc de gauche, qui est arrivé en tête, accepte que l'on nomme quelqu'un d'autre qui n'est pas issu du bloc de gauche?
C'est la raison pour laquelle nous sommes aujourd'hui dans une vraie crise de régime. Le vote ne permet plus de choisir ceux qui nous gouvernent. - P.Duhamel: Vous n'avez pas voulu un Premier ministre: B.Cazeneuve, un homme de gauche sincère, un social-démocrate.
Vous avez refusé, il y a eu un vote dans vos instances. Après ça, vous vous retrouvez avec quelqu'un qui représente la droite républicaine. Ce n'est pas un triomphe tactique. - O.Faure: Relisez ce que nous avons adopté.
Nous avons dit que nous étions favorables à un certain nombre de points, et que nous jugerions le Premier ministre en fonction des points. - P.Cohen: Vos opposants voulaient vous faire dire que vous ne censureriez pas B.Cazeneuve s'il était nommé. - O.Faure: Comment peut-on...
Arrêtez avec cette fable, ce n'est pas le cas. Comment pouvez-vous penser un seul instant que c'est la décision des socialistes qui aurait guidé le choix du président de la République? La réalité, le vrai choix appartenait au président de la République et à lui seul.
Il a fait un choix simple: se placer sous la tutelle du RN. En choisissant M.Barnier, il a choisi quelqu'un qui est au barycentre des droites et de l'extrême droite. - A.-E.Lemoine: Il a inspiré ces mots à J.-P.Tanguy: "On fait du "Jurassic Park" en ajoutant M.Barnier, un fossile." Maintenant qu'il est Premier ministre, il a entendu M.Le Pen dire qu'il était respectueux des forces politiques. - J.-P.Tanguy: Ce n'est pas parce qu'il est Premier ministre que je vais lui porter du respect.
Mais c'est vrai, ce matin, je me suis exprimé de manière incorrecte. Je m'en excuse. - P.Duhamel: Vous avez été rappelé à l'ordre par M.Le Pen. - O.Faure: Non. - J.-P.Tanguy: Je m'y suis pris de manière incorrecte.
Néanmoins, je suis élu d'une terre, la Somme, d'une région, les Hauts-de-France, qui a souffert de la politique de M.Barnier. Je n'aurais pas dû m'exprimer comme ça. - A.-E.Lemoine: C'est un nom que le RN n'a pas récusé.
C'est une sorte de "oui, mais". - J.-P.Tanguy: Non.
C'est un point de départ. X.Bertrand avait dit qu'il avait cassé la mâchoire du RN. - P.Cohen: Il a gagné les élections 2 fois... - J.-P.Tanguy: Vous pouvez gagner des élections sans utiliser ce genre de métaphores.
Il ne s'est pas excusé. C'est la réalité, c'est un point de départ. Il y avait une chambre introuvable.
La gauche n'a pas gagné les élections, contrairement à ce qu'elle dit. Nous les avons gagnées en suffrages, nous ne les avons pas gagnées en sièges. C'est un point de départ.
Qu'est-ce que monsieur Barnier va proposer aux Françaises et aux Français? - A.-E.Lemoine: En fonction de ce que monsieur Barnier propose, comment allez-vous réagir?
Allez-vous censurer son gouvernement, O.Faure? - O.Faure: Bien sûr. - A.-E.Lemoine: Sans même savoir ce qu'il va vous proposer? - O.Faure: On le lit.
Il ne vient pas de nulle part. Il a une vie politique suffisamment longue pour qu'on puisse la juger. Il s'est exprimé en 2022 de manière très forte sur un certain nombre de questions.
Je ne suis pas pour la suppression de l'aide médicale d'Etat, je ne suis pas pour un moratoire sur le regroupement familial, je ne suis pas pour les mesures qu'il propose, qu'il a suggérées. Ce sont des clins d'oeil à monsieur Tanguy et madame Le Pen. J'ai été de ceux qui ont appelé au front républicain.
Vous n'imaginez pas un seul instant que, maintenant, je vais me retrouver à dire que le front républicain, c'était juste pour rire et que je vais accepter une politique... - A.-E.Lemoine: Dont on ne sait encore rien. - O.Faure: Qui sera sous la houlette de l'extrême droite.
C'est l'extrême droite qui décide qui peut être Premier ministre ou pas. Bien évidemment, nous allons censurer. - A.-E.Lemoine: Que va faire le RN?
Vous attendez de voir? - J.-P.Tanguy: Bien évidemment.
La France est à la croisée des chemins. Nous avons la plus grave crise budgétaire. Il y a 110 milliards d'euros à trouver pour combler les failles que monsieur Macron laisse béantes.
Les Français et les Françaises s'étaient exprimés sur la politique européenne, c'était avant les élections législati pour un changement total. Monsieur Barnier, s'il veut être à la hauteur du moment historique, il va devoir changer son logiciel. Toutes les vertus que j'ai entendues avant de venir sur ce plateau n'ont pas satisfait les Français.
Le comportement qu'il a eu avec les électeurs qui ont voté pour le Brexit, considérer que des gens votent mal ou bien...
Les Anglais se sont exprimés souverainement pour une autre politique européenne. Va-t-il être capable, avec son expérience, de prendre de la hauteur et de dire que tout ce qu'ils ont fait jusqu'à présent, ça n'a pas marché, que le RN est le seul qui propose des choses qui font avancer. - R.Bachelot: M.Barnier n'a pas dit que les électeurs anglais avaient mal voté.
Il a mené les négociations de sortie du Brexit. Visiblement, ce dossier n'avait pas été préparé par le gouvernement anglais de l'époque, le gouvernement qui avait gagné ce référendum. M.Barnier a mis les personnes devant leurs responsabilités.
Il a mené des négociations qui ont permis au Royaume-Uni d'affronter le Brexit. La 2e question que j'ai à poser...
J'entendais hier une responsable de votre mouvement, le RN, dire que bien entendu, si le cartel des gauches présentait une motion de censure, vous la voteriez. Est-ce qu'aujourd'hui, vous maintenez cette position qui était défendue par madame Diaz hier soir sur un plateau de télévision? - J.-P.Tanguy: Je n'ai pas vu cet extrait.
Nous, on va juger ce que va annoncer monsieur Barnier. S'il annonce des réformes qui vont dans notre sens, y compris les mesures sur l'immigration...
Les mesures que monsieur Barnier propose, ce sont des mesures issues du programme de madame Le Pen. S'il n'y a pas une défense du pouvoir d'achat, une défense sur la justice fiscale, un redressement de la perspective européenne, la défense de nos agriculteurs...
Nous avons des agriculteurs qui ont eu une chute de leurs récoltes dramatique. S'il n'y a pas de propositions... - E.Tran Nguyen: S'il ne propose pas tout le programme du RN? - J.-P.Tanguy: Non.
Le tout ou rien, c'est le NFP. - O.Faure: C'est un gouvernement très à droite, mais qui est sous la contrainte du RN.
Vous voyez bien ce qu'il se passe, ils vont faire danser M.Barnier. Il va être obligé de se plier ou il sera censuré.
Ils vont faire pression en permanence... - A.-E.Lemoine: A moins de pouvoir se tourner vers la gauche, trouver des compromis avec certains des députés du NFP. - O.Faure: Ce n'est pas le choix qui a été envisagé. - A.-E.Lemoine: Vous êtes dogmatique. - O.Faure: Non.
Je dis que dans le moment que nous traversons, il y a une vraie crise de régime. Nous avons aujourd'hui des Français qui peuvent se demander légitimement quelles sont les raisons pour lesquelles on les appelle à voter? Ce n'est pas moi qui a dissous l'Assemblée, c'est le président.
Il a demandé une clarification. Certes, personne n'a obtenu une majorité absolue, mais dans toutes les démocraties européennes, on commence par appeler le groupe qui est arrivé en tête quitte à ce que ce groupe se fasse censurer. Quitte a ce que ce groupe ne trouve pas de majorité. - A.-E.Lemoine: Cela aurait rajouté de la crise à la crise. - O.Faure: Vous pensez que ce n'est pas la crise, là?
On a perdu 2 mois et on se retrouve avec M.Barnier à Matignon. - R.Bachelot: Dans tous les pays, il y a une recherche de majorité.
On met un certain temps à constituer quelque chose qui tienne debout au niveau du Parlement. espagnols, est arrivé en tête de l'élection espagnole. Que s'est-il passé?
Le roi a appelé le PPE...
Parce que le PPE n'arrivait pas à constituer de majorité, ils ont ensuite appelé P.Sanchez. Les choses se sont passées dans l'ordre.
Il aurait fallu que les choses se passent dans l'ordre en France. On aurait réussi à faire autrement. L.Castets, pendant plusieurs semaines, a dit qu'elle était prête à des compromis texte par texte. - R.Bachelot: Elle se faisait ramasser par monsieur Mélenchon dès qu'elle ouvrait la bouche.
Et par madame Panot... - O.Faure: Monsieur Mélenchon a admis qu'il ne serait pas au gouvernement.
Il y avait des volontés de trouver des compromis. - P.Duhamel: Qu'il y ait une crise politique, tout le monde est d'accord.
Une crise de régime, c'est un régime qui ne peut plus fonctionner. Ca voudrait dire que dès qu'un Premier ministre est nommé, il est censuré, que le suivant est censuré, etc. C'est ça, une crise de régime.
En 58, il y a eu une crise de régime. C'est une crise grave, politique, mais ce n'est pas une crise de régime. - O.Faure: La confiance dans les institutions est déjà rompue. - J.-P.Tanguy: Elle était rompue avant, monsieur Faure.
En permanence, vous votez pour des gens avec qui vous n'êtes pas d'accord. Je suis sur un territoire de gauche. Je pense aux classes populaires qui ont sincèrement voté pour le NFP en pensant avoir le Smic à 1600 euros.
Ils ne vont pas avoir d'avancées sociales. - A.-E.Lemoine: Nous avons d'autres questions...
Gabriel Attal