Mayada Boulos : L'Heure des Livres (Émission du 26/10/2026)
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 80 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 1:33OuverteRéponse directe
Vous passez les 40 ans en pleine crise du Covid, en chimiothérapie. Comment avez-vous vécu cette période ?
- 1:56OuverteRéponse directe
François Sureau a répondu à une question bouleversante sur Apollinaire. Qu'est-ce que cette phrase a déclenché en vous ?
- 3:00OuverteRéponse directe
Que signifie pour vous être 'de bonne famille' en Égypte ?
- 4:50OuverteRéponse directe
Vous quittez l'Égypte à 22 ans avec 300 euros. Qu'est-ce qui vous a poussé à ce choix ?
- 6:19OuverteRéponse directe
Vous avez été agressée et traitée de 'sale arabe'. Comment avez-vous réagi ?
- 8:15OuverteRéponse directe
Vous annoncez un cancer à Jean Castex à Matignon. Quelle a été sa réaction ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:42Invité politiqueFait
« J'étais en chimiothérapie. »
- 4:58Invité politiqueFait
« J'ai perdu mon frère lorsque j'avais 15 ans. »
- 5:05Invité politiqueFait
« Je perds mon père quelques années plus tard. »
- 5:24Invité politiqueFait
« J'arrive en France à l'âge de 22 ans avec 300 euros en poche. »
Temps de parole
- Invité politique60 %
- Invité38 %
- ?3 %
≈ 13,2 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Bienvenue
à l'heure des livres, Mayada Boulos. Bonjour Anne Huildar. Alors on est ravis de vous recevoir.
Merci de m'accueillir.
C'est une première pour vous, en tout cas un premier roman, parce que vos fonctions actuelles, vous êtes PDG de Avas Paris, grande agence de communication. Vous avez aussi été en charge, parmi les multiples fonctions que vous avez occupées, de la communication de Jean Castex, lorsqu'il était à Matignon, Premier ministre. Et vous publiez donc aujourd'hui De Bonne Famille, un livre qui est paru chez Grasset. Et c'est donc, comme je le disais à l'instant, un premier roman. C'est un peu comme un cri du cœur.
C
'est écrit d'une jolie plume vive. Et surtout, c'est un livre qui est très sincère et qui retrace à grands traits votre itinéraire d'un enfant né au Caire et qui est arrivé quand même assez haut dans les rouages de l'État, puisque vous êtes arrivé à travailler avec le Premier ministre. Alors évidemment, ce qu'on se dit,
c
'est étant donné vos états de service, on aurait pu s'attendre à ce que vous écriviez, un précis de communication, puisque vous avez occupé d'autres fonctions dans la communication auparavant. Mais non, vous avez écrit ce premier roman, qui est un roman vraiment écrit avec le cœur,
un
roman autobiographique dans lequel vous ne cachez pas grand-chose, vos plaies et vos bosses, aussi vos joies. Et alors, vous le racontez, c'est d'une certaine manière grâce à François Sureau,
en
l'entendant un jour à
la radio.
Oui, c'est vrai. Là, je passais les 40 ans, on était en plein Covid, je travaillais à Matignon, donc c'est un travail très exigeant, et j'étais en chimiothérapie. Autant vous dire qu'il y avait beaucoup de choses qui se superposaient. Et ce matin-là, j'écoute François Sureau, qui a écrit un livre sur Apollinaire,
«
Ma vie avec Apollinaire
». Et
à la fin de l'interview, le journaliste lui demande, « Mais au fond, François Sureau, de quoi Apollinaire vous a-t-il sauvé ? » Question qui est quand même bouleversante, à laquelle il répond du tac au tac,
« Il
m'a sauvé de la recherche panique, de l'assentiment de l'autre. » Et ça, je trouve ça magnifique, parce qu'au fond, ça parle à beaucoup de gens, mais ça parle à beaucoup de femmes en particulier. Je crois que nous sommes, et en particulier en Orient, si je puis dire, parce que les jeunes filles, les petites filles sont éduquées plutôt dans l'idée qu'il faut plaire, qu'il faut cocher les gaz, plaire à ses parents d'abord, à ses profs ensuite, à son conjoint encore après, voire à ses enfants. C'est un cercle sans fin.
Et
il m'a semblé que cette phrase racontait tout et qu'il fallait casser ce cercle et enfin être libre.
Et
puis plaire aussi au regard des autres, enfin qu'on plaire aux autres, d'où ce titre de bonne famille, parce que votre mère, c'était quelque chose qui revenait, c
'est
dans la conversation de bonne famille. Quand on est quelqu'un de bonne famille,
c
'est-à
-dire
que
vous
n'êtes pas, vous disiez la traduction littérale en égyptien, vous n'êtes pas la fille de personne.
Exactement. En la traduction, ça serait ça. C'est comme si lorsqu'on n'était pas de bonne famille, et je mets des guillemets, on était l'enfant de personne, pas l'enfant de quelqu'un en tout cas. Ça traduit effectivement un univers. Moi, j'ai grandi dans une famille de coptes, chrétiens d'Orient, égyptiens, télo, bourgeois. Les premiers chrétiens. Les premiers chrétiens. Même, on saurait que la mettre les descendants directs des égyptiens de l'Antiquité. Et ma mère me répétait en permanence, attention, tu ne peux pas faire ça, nous sommes de bonne famille. Il y avait deux phrases, celle-ci et puis l'autre,
c
'était quand diront les voisins. Et c'est vrai que ça m'a donné envie de faire exactement le contraire, comme beaucoup de gens, j'imagine. Et ce contraire, je n'ai pas pu le faire tout de suite. Je n'ai pu le faire qu'à mon arrivée en France, à 20 ans passés.
Alors, vous racontez votre famille, justement. Votre mère, qui est un personnage, on y reviendra, qui
noie
son... Excentrique. Excentrique, mais qui noie aussi son mal-être à l'époque dans l'alcool. Vous le découvrez un jour, comme ça, subrepticement. Votre père, qui est un intellectuel, un journaliste intellectuel, qui reçoit Saddam Hussein, tonton Saddam. Alors, effectivement, vous le dites. En Égypte, en Orient, souvent, on dit tonton pour une personnalité... Néanmoins, il vient converser dans le salon. Alors, à une époque où ce n'est pas encore le Saddam Hussein...
En tout cas, je ne le savais pas.
Voilà, oui. Bien sûr. Alors, cet équilibre précaire se brise lorsque vous perdez votre frère. C'est vraiment un tournant.
Et
cette vie qui était quand même assez douce, et tout d'un coup, devient extrêmement difficile. Les huissiers arrivent à la maison. Et puis, à 20 ans, vous décidez de tout quitter, d'aller à Paris.
Oui,
ça, c'est une décision assez fondatrice.
Oui, c'est vrai. Et en fait, beaucoup de choses, des incidents, des accidents, des deuils majeurs
se
sont accumulés. J'ai perdu mon frère lorsque j'avais 15 ans. Mon frère adoré, dont j'étais très proche, dans des circonstances très brutales. Je perds mon père quelques années plus tard. Et puis, un revers de fortune majeur, des huissiers qui défilent les uns après les autres. Au fond, toute une vie qui s'écroule. J'aurais pu faire le choix de rester. Mon idée était quand même plutôt de tourner la page et d'aller à la recherche de la liberté, d'être libre de vivre comme je l'entendais.
Et
donc, effectivement, je n'avais pas grand-chose. On était complètement ruinés. Donc, j'arrive en France à l'âge de 22 ans avec 300 euros en poche. Alors, j'avais fait des études, l'école française en fait, le lycée français du Caire en l'occurrence. Et au fond, je maîtrisais la langue. Je n'avais pas les codes. Et c'est ça que je découvre en arrivant en France. Je porte un regard intérieur, mais aussi beaucoup extérieur sur ce que je découvre sur la société française en arrivant.
Et
je crois que ce livre est aussi un regard critique sur mon propre parcours, sur l'intégration. Je pense que je ne
suis
pas la seule dans ce cas-là. Mais lorsque je suis arrivée, je voulais tout faire comme les autres, davantage dans une idée d'assimilation. D'ailleurs, je voulais marcher, parler, réfléchir comme les Françaises. Ce qui n'empêche pas que vous
vous êtes confrontée au racisme pur et dur. Tout à fait.
Parce
qu'à un moment, vous gagnez votre vie en étant caissière. Et c'est d'une brutalité inouïe, ça, j'imagine.
Oui,
je me fais agresser. On traite de sale arabe, en l'occurrence. Je n'ai pas le choix.
À
ce moment-là, je ne peux plus reculer. Donc, à aucun moment, je ne pense à rentrer. Mais quand même, je ne me dis pas que la France est un pays raciste. Et je ne le dis toujours pas. Et vous ne
le
dites pas. Non, je ne le dis toujours pas. Au contraire, évidemment qu'il y
a
des actes de racisme, d'antisémitisme, de discrimination vis-à
-vis
des femmes qui existent toujours et voire qui sont un peu croissants sur certains aspects.
Mais
moi, c'est la France qui m'a donné ma liberté. Ce livre est aussi une déclaration d'amour à la France. Et dans ce qu'elle peut offrir de meilleure aussi, l'émancipation, en particulier pour les femmes.
Alors, vous évoquez aussi vos amours, notamment trois thomas majuscules qui chacun ont leurs névroses. Et chacun représente un segment particulier de la société française aussi.
Oui,
c'est vrai que si on regarde ce livre et ses personnes,
et ses
personnages même, à travers ce regard sociologique, effectivement, le premier est un haut fonctionnaire extrêmement droit, très respectueux des règles. très loyal et totalement tourné vers l'intérêt général. Le deuxième est un journaliste plus médiatique, plus people, plus dans l'image. Et le troisième était un politique de terrain, très dans la France des territoires. Et c'est vrai que cette accumulation de thomas est un hasard total. Alors évidemment, les psys vous diront le contraire. Moi, je maintiens que c'est une question de hasard et de génération.
Alors, il y a vos amours, il y a vos emmerdes aussi, notamment, pour parler comme Aznavour, la fameuse chanson, notamment ce cancer dont vous parlez très librement, dont vous parlez d'ailleurs à Jean Castex,
qui
aura un comportement assez exemplaire. Parce que vous venez d'arriver à Matignon et vous lui annoncez,
«
Voilà, j'ai un cancer ». Et lui a une réaction absolument... Oui,
c
'est vrai, quatre mois après mon arrivée, je découvre que je fais une récidive. C'était une récidive, en l'occurrence, d'un cancer du sein et que je vais avoir vraiment le grand tout, opération, reconstruction, chimio, perte de cheveux, la totale. Et évidemment, à ce niveau de responsabilité, je présente ma démission à Jean Castex. En tout cas, je lui propose de démissionner. Il me répondait hors de question. Je préfère avoir une demi-mayada que pas de mayada du tout. Et je lui raconte, moi, comment, au fond, le fait de travailler... Et c'était une période particulière. C'était le Covid, la crise économique, le plan de relance, etc. Moi,
chacun
fait comme il peut, encore une fois. Mais moi, ça m'a vraiment aidée à surmonter cette période très difficile parce que j'avais un objectif qui me dépassait et qui dépassait ma personne. J'essaye dans le livre de raconter cette période avec ce que j'en retiens aussi. Il y a des moments joyeux et voire drôles. J'espère emmener le lecteur à la recherche, par exemple, de la perruque où c'est extrêmement compliqué de trouver une perruque frisée.
Oui, donc on en prend une lisse
pour la transformer.
Effectivement, pour la transformer avec une permanente, en fait. Et donc, je commence ma chimio avec une perruque parfaitement bouclée, brune, etc. Je termine ma chimio avec une perruque extrêmement lisse, comme des spaghettis pas cuit et blond vénitien. C'est totalement surréaliste.
Alors
évidemment, il y a votre travail et puis votre goût pour tout ce qui touche à la société, au bien commun finalement. Parce que c'est ça votre carrière,
le fil
conducteur. C'est ça, vous avez travaillé à la HALDE, vous avez travaillé à la Fondation Terra
Nova. Terra Nova, oui, j'étais bénévole.
Vous avez commencé à la Fondation Terra Nova, puis à la HALDE, puis avec Marisol Touraine, la campagne de François Hollande, Jean Castex. Puis bon, aujourd'hui, vous êtes dans une agence de communication. Évidemment, tout le monde doit vous demander, mais la politique, ça ne vous manque pas ? Est-ce que, comment vous regardez cette campagne électorale qui s'annonce et qui s'annonce assez
agitée,
assez étonnante ?
Vous savez, moi, ce qui m'intéresse, c'est effectivement le bien public, mais aussi le débat public. Et je pense que là où je travaille aujourd'hui, on est à un carrefour. Et c'est ça qui est beau aussi dans le métier que j'exerce aujourd'hui, c'est de faire se rencontrer des gens très différents, des patrons, des DRH, des sondeurs, des journalistes, des politiques, et de transformer quelque part la dispute en conversation. Est-ce que la politique me manque ? Franchement, aujourd'hui, non. D'abord parce qu'il faut s'aérer l'esprit, se nourrir intellectuellement d'autres choses et pouvoir avoir un peu plus de temps pour ma famille, aussi pour mes enfants. Peut-être demain, on ne sait jamais.
Mais je pense qu'au fond, en France en particulier, tout est politique. Les entreprises sont politiques et interviennent dans la cité avec un grand C. Et lorsqu'elles prennent des décisions, elles les prennent sur le long terme et donc elles engagent, d'une certaine manière, la France pour 10-20 ans.
En
tout cas, je vous conseille vraiment la lecture de ce livre parce qu'on se laisse emporter par votre vie extrêmement romanesque. Je ne sais pas quels seront les prochains épisodes. Merci Maïa Daboulos. Donc votre livre s'appelle « Deux bonnes familles
»
et puis il est paru chez Grasset.
Merci à vous. Merci beaucoup.
Merci
beaucoup.