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interviewC dans l'air (sur YouTube)· 17 octobre 2025 63 min

La rue lance le bras de fer... - C dans l’air - 18.09.2025

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

For every you. ... - C.Roux: Bonsoir.

Bienvenue. Cet après-midi, dans les cortèges partout en France, pas de mot d'ordre unique, mais une addition de rancoeurs. Les retraites, les pistes d'économies budgétaires, les injustices, la gouvernance...

Des manifestations en forme de revanche pour des syndicats qui ont eu bien du mal à peser ces derniers mois. La gauche espère que ce nouveau rapport de force dans la rue leur servira de levier pour obtenir des concessions politiques du Premier ministre. LFI accuse déjà E.Macron d'être responsable du chaos.

Tous les moyens de police ont été déployés pour éviter le plus possible les images de violence. A cette heure-ci, je vous livre les derniers chiffres du bilan. 284 000 manifestants en région, 1 million au total, selon la CGT. 434 mobilisations dans toute la France, 8 policiers blessés et 140 interpellations.

Avec nous, C.Barbier, éditorialiste politique et conseiller de la rédaction de "Franc-Tireur". F.Guinochet, vous êtes éditorialiste économique à franceinfo.

A.Goutard, grand reporter à France Télévisions, spécialiste des faits de société. G.Dansart, vous êtes rédacteur en chef de "Mobilettre".

Je renvoie à votre édito en ligne. Merci à tous les 4 de participer à cette émission en direct. C'est assez difficile à cette heure-ci de faire un 1er bilan.

Je me tourne vers vous, G.Dansart, sur la mobilisation, sur le fait que la journée de grève a été plus ou moins suivie. Quelle lecture faites-vous? - G.Dansart: On peut prendre 3 indicateurs.

Le nombre de gens dans la rue pour une manifestation qui n'est pas contre un sujet défini...

C'est souvent la raison qui pousse un certain nombre de gens à manifester. Il y a quand même beaucoup de monde dans la rue. Ce sont des rancoeurs contre un certain nombre de situations et de problèmes.

Cet indicateur est positif. Le 2e, ce sont les pourcentages de grévistes. Là, c'est assez inégal.

Dans les entreprises, dans les secteurs où il y a des problèmes particuliers, c'est plus élevé que dans d'autres où ça va mieux. La moyenne reste plutôt correcte. Ce ne sont pas des taux de grévistes partout très élevés. 3e indicateur: les violences.

Il n'y en a quasiment pas. C'est très calme. C'est un motif de satisfaction. - C.Roux: A ce stade, on n'a pas d'images de violences.

On se disait avant de commencer l'émission qu'il y avait un énorme dispositif de sécurité déployé, notamment à Paris. Ca a vraisemblablement fonctionné? - A.Goutard: La peur du gendarme, certainement.

Après, est-ce qu'il y avait finalement peu de violence prévues? On le voyait sur les réseaux sociaux, par rapport au 10 septembre, il y avait moins de boucles Telegram pour appeler à l'ultraviolence. Par ailleurs, B.Retailleau a demandé aux policiers d'aller au contact.

A chaque moment où une opération se présentait, les policiers sont intervenus. On l'a vu très tôt à Marseille, ou bien devant des établissements scolaires, devant certaines gares. Les policiers y sont allés tout de suite et ils ont tout de suite dispersé.

Ca n'a pas toujours été le cas dans des manifestations précédentes. Ca avait fait l'objet de vidéos catastrophiques pour l'opinion publique. On voyait des policiers attentistes face à des casseurs.

Là, la consigne a été différente. Est-ce que B.Retailleau a outré le trait pour créer une tension?

Ou bien finalement, est-ce qu'il y avait peu de casseurs volontaires cette fois? L'histoire nous le dira. - C.Roux: J.-L.Mélenchon a sa lecture.

Il explique que B.Retailleau a besoin de la violence des poubelles qui brûlent pour assurer son rôle de sauveur. - C.Barbier: Les feux de poubelles et les agressions de policiers ont commencé bien avant l'arrivée de B.Retailleau au ministère de l'Intérieur.

Un ministre de l'Intérieur qui ne prévoit rien serait considéré comme un amateur. Par ailleurs, J.-L.Mélenchon a lui-même sa propre logomachine dans ce genre de cas.

Il appelle aux manifestations. Il dit toujours: "Pas de débordements, ça ferait plaisir à la police." Chacun est dans son rôle politique avec une forme de manipulation.

Pour le ministre de l'Intérieur, ça fait 2 manifestations de suite où il surdimensionne son dispositif de sécurité. Il va au maximum de ce qui est possible. Il s'est préparé au pire.

Est-ce que c'est son métier, quitte à surdimensionner? Ou bien est-ce qu'il fait de la politique, parce qu'il veut s'adresser à S.Lecornu qui pourrait le garder comme ministre de l'Intérieur?

Il peut aussi s'adresser à l'opinion publique et à ses futurs électeurs, s'il est candidat à la présidentielle. - C.Roux: Question. - F.Guinochet: Ce n'est pas un fiasco, c'est plutôt une victoire.

Pour les syndicats, ce n'est pas déshonorant. Ce n'est peut-être pas le grand soir. Il faudra voir les chiffres affinés.

Il y a toujours un écart entre les chiffres de la CGT, qui parlent d'un million de manifestants, et ceux des autorités. Ca se situe certainement entre les 2. Ce mouvement, c'est la revanche des syndicats.

C'est la 1re journée d'action depuis la réforme des retraites où ils sont tous ensemble. Ce n'était pas gagné. On a vu des dissensions durant le conclave des retraites, au printemps.

CGT et CFDT ont joué 2 partitions très différentes. Là, ces deux syndicats sont côte à côte. C'est aussi un avertissement à l'actuel Premier ministre et au prochain gouvernement sur le débat budgétaire qui va avoir lieu.

Le fait qu'il n'y ait pas de violence tend à laisser entendre que, quand une journée d'action est encadrée par ces vieux corps intermédiaires, ça se passe mieux que quand ça part dans tous les sens, que c'est organisé sur les réseaux sociaux, qu'il n'y a pas de leader, pas d'encadrement. Pour les syndicats, c'est plutôt positif. - C.Roux: Le fait qu'il n'y ait pas de mot d'ordre précis change quelque chose?

Une dépêche relève aujourd'hui quelques slogans dans la manifestation. "Un énième Premier ministre, mais toujours les mêmes idées." On a eu aussi des slogans contre les inégalités, pour réclamer des moyens pour la santé et l'éducation.

C'est une espèce de condensé de toutes les raisons de la colère de ces dernières semaines. - F.Guinochet: Justement, ça a dû limiter le nombre de manifestants.

Il n'y avait pas un mot d'ordre. On l'a vu sur la réforme des retraites, où il y avait plus d'un million de manifestants parfois dans la rue...

Il y avait un mot d'ordre et on s'adressait à un interlocuteur. Là, on a S.Lecornu, E.Macron, mais on ne sait pas qui sera ministre de l'Economie, si c'est contre le budget, qui sera ministre du Travail, avec la réforme de l'assurance-chômage...

Certains manifestaient pour qu'on revienne sur la réforme de la retraite. Certains veulent sa suspension, d'autres veulent qu'on revienne carrément à 62 ans. Il y avait plein d'autres mots d'ordre.

Ca fait une espèce de patchwork. C'était une manifestation de rentrée qui signifie un malaise, un ras-le-bol des Français, une colère qui s'exprime. Mais il n'y avait pas un but affiché. - C.Roux: Il faut une étincelle pour faire partir un mouvement social?

C'est la question qu'on va poser ce soir. Est-ce que c'est une revanche des syndicats qui n'appellera pas forcément une rentrée difficile sur le terrain social pour le gouvernement? - G.Dansart: Il semble certain que c'est une mobilisation syndicale avec un sens politique.

Le mouvement du 10 septembre était clairement politique, au sens large du terme. - C.Roux: "Bloquons tout". - G.Dansart: Oui.

Ca n'a pas eu vraiment de conséquences politiques claires. L'ampleur de la mobilisation aujourd'hui a un sens politique, vu le contexte. On ne se bat pas contre un projet déterminé, mais contre un ensemble de choses.

Ca doit être un point d'alerte pour la suite. Mais c'est difficile à lire. On entre dans un décryptage politique qui n'est pas évident de la part de l'exécutif.

Il y a une agglomération de reproches qui sont faits. - C.Roux: Quelles leçons en tirer? - G.Dansart: Ce n'est pas simple à interpréter.

Pour les syndicats, à la mi-journée, la mobilisation était considérée comme un succès. A cette heure, pas encore de bilan définitif. Quelques heurts à Rennes, à Lyon, alors que la manifestation se poursuit dans la capitale, où le ministre de l'Intérieur a déployé une forte présence policière.

C'est dans la rue désormais que va se faire le prochain budget. - Aux aurores ce matin, dans le nord de Paris, résonne le son de la contestation. Eclairés à la lueur des fumigènes, une centaine de grévistes bloquent ce dépôt de bus. - On voudrait un peu plus de reconnaissance de notre travail, de ce qu'on fait tous les jours.

Au lieu de ça, on doit toujours se sacrifier, payer, payer, payer un peu plus... - C'est de notre faute, le trou de la sécu, la retraite...

Le gouvernement méprise les jeunes, les travailleurs, les plus précaires, le service public. Il méprise tout! - A peine 10 minutes après le début du blocage, les forces de l'ordre interviennent.

Les manifestants sont délogés rapidement. Même scène à Marseille, sans aucun ménagement. - Casse-toi!

Casse-toi d'ici! - A Lyon, les affrontements musclés en tête de cortège ont fait 3 blessés. Une journée sous haute tension pour le ministre de l'Intérieur. - B.Retailleau: On a déjà débloqué un certain nombre de blocages.

D'autres tentatives sont en cours. Elles subiront le même sort. Nous débloquerons les dépôts.

Partout en France, il y aura la même règle. La consigne est d'être très réactifs, mobiles, d'aller au contact. - 80 000 policiers et gendarmes, appuyés par des drones, des engins blindés et des canons à eau ont été déployés pour encadrer les 260 manifestations sur tout le territoire.

Un dispositif jugé démesuré par la patronne des Verts. - M.Tondelier: B.Retailleau est un motif de censure à lui tout seul. - Un jeudi au ralenti dans tout le pays.

Grève dans les pharmacies, le secteur de l'énergie et dans les écoles. A Valenciennes, les grilles resteront fermées toute la journée. - J'ai pu déplacer des rendez-vous pour venir chercher ma fille.

L'information est tombée hier à 17h. Pour s'organiser pour le lendemain, c'est compliqué. - A Paris, c'est un jeudi noir.

Presque impossible de se déplacer en transports en commun. 3 lignes de métro sur 16 seulement sont ouvertes, en dehors des heures de pointe. Un casse-tête pour les usagers. - J'ai déjà une bonne heure de retard. - Dans la capitale, des dizaines de milliers de manifestants mobilisés à l'appel des 9 syndicats unis sous la même bannière.

Les concessions faites par S.Lecornu sur les 2 jours fériés ou la fin des avantages pour les anciens Premiers ministres restent insuffisantes, à leurs yeux. - M.Léon: C'est un premier bon signal.

On en attend beaucoup d'autres, notamment sur la taxation des hauts revenus, sur l'assurance-chômage. - S.Binet: Nous voulons l'enterrement de l'ensemble du projet de budget et l'abrogation de la réforme des retraites.

On ne se laissera pas enfumer par des changements de façade. Nous voulons enfin arrêter cette politique au service des plus riches. - Dans le cortège, des représentants des partis de gauche, dont LFI. - A.Trouvé: Il y a un mot d'ordre général que tout le monde partage, c'est en finir avec la politique d'E.Macron, avec le bloc et la politique macronistes. - Sur les réseaux sociaux, des appels sont déjà lancés pour suivre la mobilisation au-delà des syndicats, dans plusieurs villes, ce dimanche. - C.Roux: Question. - C.Barbier: C'est un début de quelque chose.

Les syndicats ont repris la main, avec une unité. Je ne suis pas sûr que ce soit le début d'un grand cycle de mouvements de plus en plus massifs, comme en 95 lors de la dernière réforme des retraites. C'est un succès, mais il y a un côté presque pétard mouillé.

Pourquoi? Faire tomber un budget qui n'existe plus, un gouvernement qui n'existe pas encore... - C.Roux: Pour peser sur la négociation? - C.Barbier: Les partis politiques sont englués dans leur absence de majorité à l'Assemblée nationale.

Ce sont M.Léon et S.Binet qui font le programme que la gauche n'est pas capable de mettre en place parce qu'elle n'a pas assez de députés. - C.Roux: Pardon de vous avoir coupé, mais c'était pour redire cette phrase de S.Binet: "Le budget va se faire dans la rue.

C'est nous qui allons peser sur les compromis." - C.Barbier: Sauf que ce n'est pas le fonctionnement de la République, ni même de la démocratie.

Le Parlement a le monopole du budget. En France comme en Angleterre, c'est son rôle de décider de l'argent public. Ce n'est pas aux syndicats de le faire.

La Sécurité sociale, c'est l'affaire du paritarisme. On aurait pu leur rendre plus les clés qu'on ne l'a fait. Mais ce n'est pas aux syndicats de dire si on investit dans le militaire ou pas, ce qu'on fait dans la politique fiscale.

On voit l'ampleur du malaise démocratique. Les syndicats ne font que s'engouffrer dans une brèche qui est l'absence de majorité. Après, il y a aussi la ruse du Premier ministre S.Lecornu, qui a pris entre le 10 et le 18 septembre pour écouter, recevoir, ne rien dire ou presque.

Qu'a-t-il envoyé comme message? Le mot "rupture", l'expression "renverser la table", ce qui donne de l'espoir à ceux qui veulent renverser le macronisme...

Et hier, il fait une lettre à tous les maires. Il invente le petit débat par lettres, comme E.Macron avait inventé le grand débat au moment des "gilets jaunes". - C.Roux: Un sondage est plutôt favorable aux premiers pas de S.Lecornu. - C.Barbier: Il vient de la grande muette, l'armée.

Il a été muet et ça lui a servi. Il récolte les bénéfices de ce silence et de sa capacité d'écoute. Il franchit les 50 % de bonnes opinions.

Depuis le début du 2e mandat de Macron, c'est la première fois que ça arrive. Donc sa méthode est approuvée. Et dans tous les partis! - C.Roux: Y compris chez les socialistes? - C.Barbier: Y compris chez les socialistes, LFI et le RN.

Maintenant, va-t-il réussir à rompre avec le macronisme, à faire un budget, à tenir sans être renversé? Les Français sont sceptiques. - C.Roux: Est-ce que ce rapport de force qui débute dans la rue, ça peut peser sur les débats en cours?

C'est-à-dire le partage de l'effort, la justice fiscale...

C'est une caisse de résonance? - F.Guinochet: Il y a surtout un acteur qui va peser, c'est la CFDT.

Avec les liens qu'elle a, plus ou moins distants, avec le PS, elle sera un interlocuteur dont la voix va compter. D'ailleurs, S.Lecornu va probablement multiplier les échanges.

C'est pour ça que je ne crois pas beaucoup à une multitude de mobilisations. L'unité affichée...

Très vite, la CFDT va avoir intérêt à discuter avec le gouvernement. C'est son ADN, pour essayer d'arracher des améliorations sur la réforme des retraites, sur la taxation des riches. Côté CGT, la méthode sera beaucoup plus radicale.

S.Binet veut jouer la carte de la rue. Par ailleurs, cette manifestation a été prise par les syndicats parce qu'ils avaient peur de se laisser déborder par le 10 septembre.

Cette mobilisation du 18 septembre était une façon de dire: "Cette fois-ci, on ne va pas voir le train passer, comme lors des 'gilets jaunes', et rester à quai." De toute façon, tous les leaders qui ont défilé cet après-midi vont se réunir dans les heures qui suivent pour essayer de trouver une action prochaine. Poser une journée de grève, ce n'est pas simple pour un certain nombre de salariés qui ont des difficultés de fin de mois.

Ca m'étonnerait qu'on ait dès la semaine prochaine une autre mobilisation. Il y en aura peut-être une autour de la mi-octobre, au moment du budget. Pour l'instant, les divergences de stratégie feront que la CFDT et la CGT auront intérêt à ne pas faire cause commune. - A.Goutard: Ce qui est intéressant, c'est la physionomie de cette manifestation.

Nos reporters sur le terrain le remontent: il y a énormément de trentenaires, de quadras. Beaucoup de gens viennent en couple. Il y a un côté bon enfant.

Quand on leur demande s'ils ont adhéré au mouvement du 10 septembre, ils disent que non, qu'ils voulaient manifester sous une bannière syndicale parce qu'ils se sentaient plus protégés et que ça avait plus de sens pour eux. Le mot le plus évoqué dans les interviews, c'était "contre les inégalités". - C.Roux: A la veille de cette mobilisation, on disait que ce serait Macron face à la rue.

Ce n'est pas ça qui se passe? - C.Barbier: C'est plus complexe.

LFI disait: "Le 8, on fait tomber Bayrou. Le 18, on fait tomber Macron." Ce n'est pas ce qui s'est passé.

Le match B.Retailleau-manifestants, c'est plutôt B.Retailleau qui l'a gagné.

Les socialistes qui voient cette manifestation, ce soir, ils ne se disent pas qu'ils ont derrière eux une foule immense qui leur permettra de tordre le bras de S.Lecornu. C'est une foule qui veut plus d'égalité, qui voudrait une taxation sur les riches, qui veut qu'on ne fasse pas souffrir ceux qui ont déjà peu.

Mais ça ne leur permet pas d'aller trop loin dans le chantage avec S.Lecornu. - C.Roux: Depuis le début, on dit que cette manifestation avait pour objectif d'obtenir un effet de levier, pour négocier un compromis avec S.Lecornu. - G.Dansart: D'une certaine façon, les réformistes ont plutôt gagné aujourd'hui avec le succès de la mobilisation syndicale par rapport à des mouvements de terrain plus incontrôlables.

Mais ils sont aujourd'hui sous pression. C'est le cas du PS. Est-ce qu'on joue le jeu d'un accord avec le pouvoir macroniste et le Premier ministre?

Ca met la pression sur le Premier ministre qui, pour l'instant, tire les bénéfices d'une approche raisonnable et assez silencieuse. Il ne se répand pas de façon très désordonnée, comme F.Bayrou a pu le faire.

Mais s'il aboutit dans 10 jours à un gouvernement qui ressemblera au précédent, là, cette manifestation ressortira d'une manière ou d'une autre. Le PS et le Premier ministre, avec son équipe, et on ne sait pas ce que le président en pense...

En tout cas, les 2 sont sous pression du fait du succès de cette manifestation. - C.Roux: Est-ce que le président doit s'exprimer?

D.de Villepin avait tendance à dire tout à l'heure qu'il fallait laisser faire S.Lecornu.

Il a plutôt des raisons d'être discret? - C.Barbier: Plus que discret, il est même absent.

Il a une séquence internationale qui l'occupe, avec ce rendez-vous à l'ONU lundi. Mais l'annonce de la proportionnelle à marche forcée, on ne l'a pas vue. E.Macron est absent de ce qui se joue en ce moment et c'est le meilleur service qu'il peut rendre à son Premier ministre.

Est-ce que tout ça peut aboutir à un budget qui n'a pas de majorité contre lui et à un gouvernement qui peut passer l'automne? Ca reste précaire. - C.Roux: E.Macron sera néanmoins à Notre-Dame, demain.

Son entourage lui a demandé de ne pas prendre la parole autrement que pour parler du patrimoine et des belles tours de Notre-Dame. Le risque est néanmoins qu'il ne puisse pas s'en empêcher. Notre-Dame, ça a été un mouvement où tout le monde a travaillé ensemble et ça a marché.

Ce qui se passe dans la rue est différent. Aura-t-il l'irrésistible tentation de s'exprimer malgré tout? - C.Roux: Question. - F.Guinochet: Une mobilisation plus forte, les débordements, ça aurait accrédité la thèse que la rue pousse.

Ce n'est pas E.Macron qui est visé spécifiquement, alors que le but de J.-L.Mélenchon et d'en faire une cible.

Idem du côté du RN. C'est un public d'actifs, ce ne sont pas les milieux populaires qui se sont le plus mobilisés. Quant au PS, C'est le groupe sur lequel reposera la possibilité d'adopter un budget sans motion de censure. - C.Roux: Où est cette France en colère, qui dit sondage après sondage sa résignation parfois, sa colère, sa rancoeur, son besoin de justice fiscale? - A.Goutard: On l'a entendu dans la manifestation du 10 septembre.

C'était un autre public qui manifestait, par rapport à aujourd'hui. Le 10, un peu plus de 4 % de la fonction publique s'est mise en grève, essentiellement les professeurs. Là, je pense que le pourcentage de grévistes sera plus important.

On a entendu cette France en colère le 10 septembre, mais pas aujourd'hui. C'est troublant. - G.Dansart: Il y a peut-être différentes façons de signifier sa colère.

On peut considérer aujourd'hui que c'est une colère raisonnée, qui passe par des slogans, des défilés classiques. Il y a des colères plus violentes, plus radicales. Ca a été le cas le 10.

Il y a aussi des gens qui sont encore chez eux mais qui sont pleins de colère. - C.Roux: Et qui s'exprimeront peut-être dans le vote aux prochaines municipales... - G.Dansart: Peut-être dans les urnes ou dans des mouvements qu'on ne connaît pas. - C.Roux: On surveille toujours ce chaudron que peut être la France, en se disant que tout ce qu'on a vécu au moment des "gilets jaunes", lors de ces poussées de fièvre, cela pourrait s'exprimer de nouveau.

Ou bien est-ce que les gens dont nous parlons ce soir, au fond, ont une forme de résignation? - A.Goutard: Ces gens en colère, on les entend sur les réseaux sociaux.

Ils s'expriment beaucoup. Cette colère est brutale. On ne les retrouve pas dans les manifestations classiques mais sur les réseaux sociaux. - F.Guinochet: Souvent, il y a quand même une étincelle et les "gilets jaunes", c'était la hausse des carburants. - C.Barbier: Et le CPE... - F.Guinochet: Aujourd'hui, il n'y a pas un élément.

Il y avait les jours fériés et S.Lecornu est revenu très vite dessus. Ca a été son 1er geste en arrivant à Matignon.

Aujourd'hui, il n'y a pas une mesure sur laquelle il y aurait moyen d'embrayer. - C.Roux: Vous avez commencé par là, en disant que c'est la coagulation de différentes colères.

Je voudrais votre réaction à ce que disait S.Binet à la une de "Libération". "Les patrons sont en train de perdre la bataille des idées." Dans les cortèges, on disait qu'il y avait cette idée de justice fiscale et sociale qui était très présente dans le débat.

Est-ce que c'est le cas? Est-ce que la gauche, les syndicats, contre les patrons, ont gagné la bataille idéologique sur ce sujet? - F.Guinochet: Du côté du patronat, l'idée de la taxation sur les plus riches, ils ne pourront pas y couper.

Je ne vois pas comment, dans le prochain budget, il n'y aura pas un effort demandé aux grandes entreprises. Quand on parle des patrons, cette assez hétéroclite. Ce qui est visé en France, ce sont les grands patrons.

Il y a tout ce débat autour de la taxe Zucman. Ca se joue à coups de communication dans les médias, à celui qui parlera le plus. Il y a des débats d'économistes.

Quoi qu'il en soit, les Français veulent plus de justice. Ils ne supporteront plus les dividendes à tout-va, les grandes entreprises...

Mais du côté des petits patrons, la demande qui est faite, c'est: "pas plus de charges, continuez à augmenter les salaires." Les Français le comprennent bien. Du côté du patronat, ce qui est nouveau, c'est qu'on a quand même un président du Medef qui dit: "S'il y a trop de fiscalité pour les entreprises dans le prochain budget, on ira manifester." La dernière grande manifestation des patrons, c'était contre les 35 heures en 1999.

C'était contre l'arrivée de F.Mitterrand en 1981. Ca n'a pas changé grand-chose, mais c'est nouveau et ça marque une rupture dans le monde patronal, une dissension par rapport à E.Macron.

Aujourd'hui, le patronat essaie aussi de faire entendre sa voix. - C.Roux: Une remarque. ... - C.Barbier: Malgré l'excès des formules, je ne pense pas que la gauche et les syndicats aient gagné la bataille des idées sur l'économie.

La taxe Zucman ne tient pas la route et les économistes de gauche le disent. L'idée qu'on va poursuivre les patrimoines qui partent à l'étranger, pour qu'ils payent leurs impôts, ça ne tient pas. De la même manière, même si les Français adoreraient partir à la retraite à 60 ou 62 ans, ils sont assez lucides pour voir que ça ne sera pas possible.

Le reste de l'Europe nous en donne une illustration. Je ne pense pas que la gauche a gagné la bataille des idées, mais ce ne sont pas les patrons qui ont perdu la bataille, c'est le Medef. Sur cette idée de manifestation des patrons, des patrons ont dit que c'était une idée folle.

Le Medef a perdu cette bataille au conclave des retraites alors qu'ils étaient près d'aboutir. C'était pour une énième revendication sur la pénibilité que le Medef a fait capoter ce conclave. Et ça leur retombe sur le nez.

Avec l'échec de Bayrou, maintenant, ils ont des comptes à rendre. - F.Guinochet: 8 milliards d'euros de contribution l'année dernière, normalement, c'était exceptionnel.

Il est possible maintenant que ça dure plus longtemps. - C.Barbier: Voire jusqu'en 2029! - C.Roux: Un autre débat est en train d'émerger, c'est la question des aides aux entreprises, avec les 211 milliards aujourd'hui remis en question, selon un rapport sénatorial, par le patronat. - G.Dansart: S'il y a une bataille qui a été gagnée, c'est la bataille des constats.

Quel est l'état de la France aujourd'hui? Une France inégalitaire, avec un certain nombre de concitoyens dans un état de pauvreté important. Beaucoup de choses ont été publiées de ce point de vue.

Aussi sur l'absence de conditionnalité des aides...

Ce sont ces constats qui sont venus sur le devant de la scène et ça modifie les choses. C'est plutôt rassurant, car ça nourrit de la réflexion. - C.Roux: Ca nourrit du débat.

La question que pose aussi cette mobilisation dans la rue, c'est aussi si ça fait bouger le curseur à l'Elysée. Le Premier ministre a parlé de rupture. On sait bien qu'il y a cette question de la fiscalité.

Est-ce que cette démonstration de force aujourd'hui, plus l'état du débat public sur les questions qu'on vient d'évoquer, ça peut faire en sorte qu'E.Macron lâche sur un sujet aussi symbolique? - C.Barbier: Pour qu'E.Macron aille au bout de son mandat, il faut que le macronisme n'y aille pas.

Il faut qu'il cède le terrain à autre chose. Le macronisme a rapporté des bénéfices sur l'emploi, l'attractivité de la France, mais ça s'épuise un peu. Il a commis d'autres erreurs qui font que, sur la réforme de l'Etat et les finances publiques, ça n'a pas fonctionné.

Il faut l'accompagner dans cet essoufflement en faisant des concessions. Après, un autre président reprendra peut-être des éléments du macronisme, que ce soit le "en même temps" ou la politique de l'offre. - C.Roux: Vous demandez à enterrer le macronisme? - C.Barbier: Non, à l'éteindre tout doucement.

Il faut continuer ce qui marche encore dans de nombreux domaines. On ne va pas supprimer demain la politique de l'offre, le crédit impôt recherche, chasser les investisseurs...

Mais il faut faire des concessions. Le macronisme n'a pas tout réussi. Ce qui a été raté doit être réparé avec une autre politique.

Il a nommé S.Lecornu, ce n'est pas un artiste! C'est un macroniste de droite qui doit pouvoir faire cette correction de tir.

Nous sommes dans une fin de décennie Macron, une fin de mandat. Un président qui ne peut pas se représenter est affaibli. Il faut faire avec. - C.Roux: Mais que va-t-il dire aux LR, qui ne veulent pas d'augmentation d'impôts?

Que va-t-il dire au patronat, qui demande des réformes avant une augmentation des impôts? - F.Guinochet: Ne serait-ce que pour le patronat, ce qui est aujourd'hui inacceptable, demain, s'il n'y a pas un geste, qu'est-ce qui leur pend au nez?

Encore une instabilité politique délétère pour le milieu des affaires. Le patronat peut aussi se dire qu'on peut accepter un moindre mal, là où on refusait, il y a quelques mois, l'idée d'une contribution. Dans les rangs des macronistes, les députés changent aussi de ton sur la taxation des entreprises ou des plus riches.

Mais il y a un point qu'E.Macron veut absolument sauver, c'est la réforme des retraites. Il semble donc difficile d'imaginer une suspension, car c'est un coût économique important.

Ce serait un très mauvais signal adressé aux marchés alors que notre note a été dégradée. Ca a eu un coût politique. Un certain nombre de députés du socle commun ont été houspillés durant cette réforme.

Je plaiderais plutôt sur une inflexion du budget du côté de la taxation des plus riches. - G.Dansart: Il s'inspire juste de ses prédécesseurs!

Giscard d'Estaing, avec la réforme Barre sur la monnaie, le tournant de la rigueur de Mitterrand en 83, Chirac aussi...

Tous, à un moment, sous la pression des crises économiques et sociales ou de l'alternance, ont changé. Le seul qui n'a pas changé de politique ou de majorité sous la pression des urnes, c'est E.Macron.

Il est encore temps. - C.Roux: Certains députés anticipent un retour aux urnes et reprennent le chemin du terrain, avec parfois juste la volonté de prendre le pouls du pays.

Nous avons suivi un député Liot, un centriste, qui devant les caméras adopte un discours assez amer sur la classe politique. - Prendre le pouls des Français, au lendemain de la nomination d'un nouveau Premier ministre... - Tu as vu l'actualité? - Il faut essayer d'élargir. - Tu penses qu'il va s'en sortir? - Tournée des commerces pour H.Huwart, député d'Eure-et-Loir. - Bonjour.

Que disent les clients? - Les gens n'attendent plus rien. Beaucoup veulent que Macron parte.

On verra bien, mais je ne suis pas sûr que ce soit la bonne solution. Pourquoi ils ne se mettent pas tous ensemble? - H.Huwart appartient au groupe Liot, une petite formation au centre de l'échiquier politique.

Quelques jours plus tôt, à l'Assemblée nationale, il a refusé la confiance à F.Bayrou. *-Le Premier ministre doit remettre au président de la République la démission du gouvernement.

La séance est levée. - Il est conscient pourtant de l'image que renvoie cette séquence politique aux Français. - C'est un spectacle humiliant.

Des gars comme nous, qui se sont engagés dans la rue politique, qui ont sacrifié leurs soirées, week-ends et leurs familles à s'occuper des autres, avec les associations, les collectivités locales et les mairies à gérer, c'est pour assister à l'humiliation de toute la démocratie parlementaire, ce n'est pas le projet de vie dans lequel on s'est engagés. - C'est peut-être justement un appel à l'urgence de travailler ensemble. - La IVe République, c'est l'inverse de ce qu'on vit là.

C'était des institutions défaillantes, qui ont usé une classe politique brillante issue de la Résistance. Là, c'est l'inverse. - Alors même que le Parlement vient de renverser le gouvernement, le député ne s'attend pas vraiment à une révolution. - Changement de ministère, je ne suis pas sûr.

Quand vous regardez à Matignon le cabinet du Premier ministre, la moitié des conseillers étaient déjà là sous M.Barnier, sous E.Borne, sous G.Attal...

Ca fait 2 ans qu'ils sont là. On peut voter ce qu'on veut, ça ne change rien à la réalité de ceux qui nous gouvernent. On a l'impression de voir une stabilité totale dans le personnel administratif et politique.

Ce sont toujours les mêmes. C'est le problème. - Quelle conséquence aura cette crise politique?

Pour lui, les parlementaires pourraient le payer dans les urnes en cas de nouvelle dissolution. - Là, ce serait une boucherie. Revenir aux élections sans avoir eu ne serait-ce que 2 mois de suite un gouvernement qui a l'air sérieux et qui a l'air de prendre le taureau par les cornes, ce serait un rejet total des électeurs. - Mais il y a plus grave: la paralysie des pouvoirs publics a un effet direct sur le monde économique.

Exemple très concret dans cette entreprise de sa circonscription qui exporte des pièces de porc vers la Chine. - Les Chinois ont décrété 60 % de taxes vendredi dernier. Et on n'a pas de gouvernement pour réagir. - Là, ça se décide dans les 15 jours.

Quand vous avez, pendant ce temps-là, une instabilité politique, c'est compliqué. - Il y a une situation économique à résoudre et tout le monde est plutôt sur sa campagne 2027. - Les extrêmes ont flairé le sang.

Ils ont senti qu'il n'y avait plus grand-chose à faire pour faire basculer le système. Ils veulent revenir aux urnes. Il faut faire des vraies concessions et penser à la France.

Sinon, on va vers une forme de chaos et ça nous dépassera. - Si la situation à l'Assemblée nationale devait être bloquée, il le dit franchement: il redeviendra maire. Un mandat plus utile, selon lui. - C.Roux: C'est intéressant de voir le regard qu'il porte sur l'instabilité politique. - C.Barbier: Il est jeune.

A 43 ans, il est fils d'un homme politique qui a été maire et député à sa place. C'est une désillusion dynastique. Au-delà de la crise politique, il y a une crise des institutions.

La République est un peu à bout de souffle. Il y a aussi une crise de la démocratie représentative. Les représentants, quand ils prennent des décisions, se rendent compte que la Chine, d'un claquement de doigts, peut tout mettre par terre. - C.Roux: S.Lecornu a sans doute conscience des états d'âme des élus.

Il a écrit aux maires. "Les Françaises et les Français attendent beaucoup de leurs élus. Ces attentes se transforment parfois en colère.

Je veux vous remercier d'y faire face." Il veut créer une loi de statut de l'élu local. - C.Barbier: Une loi a été adoptée en 2024.

Une première partie de cette loi sur le statut de l'élu est passée à l'Assemblée nationale le 10 juillet et va au Sénat mardi prochain. Il y a quelque chose d'assez avancé. Il s'adresse aussi à des gens qui vont entrer en campagne électorale, qui n'ont pas envie que leur campagne municipale soit troublée par des législatives.

Les maires vont commencer à dire à leurs députés: "Faites ce que vous voulez, mais on ne veut pas de dissolution parce qu'on a des municipales." Ils s'appuient sur eux pour recréer l'esprit grand débat. Ce sont les maires qui ont sauvé E.Macron en 2019.

Comme ça, il n'y aura peut-être pas de dissolution. - C.Roux: C'est peut-être un enjeu des syndicats, retrouver le lien avec les Français.

La crise de confiance...

La popularité des principales institutions et responsables politiques est en forte baisse, tous bords confondus. Ca comprend les journalistes, mais aussi les représentants syndicaux. - F.Guinochet: Tous les corps intermédiaires ont eu une sorte de défiance.

Les maires sont un peu protégés. Ce sont les élus que les Français apprécient le plus, qui protègent le plus. A la fin du reportage qu'on vient de voir, même le député dit que son mandat de maire lui semble plus utile.

Ca pose question. Les députés sont quand même là pour faire la loi. Ce n'est pas rien dans notre pays.

Ce n'est pas propre à la France...

Dans toutes les grandes démocraties, vous avez une perte des corps intermédiaires et des élus qui se manifeste. La question va être de se réinventer. Avec S.Lecornu, il y a le sentiment de privilège de ceux qui nous représentent.

On dit qu'ils sont hors sol, déconnectés, qu'ils ont des privilèges. Un des premiers gestes de S.Lecornu aura été d'enlever certains avantages aux Premiers ministres.

Il l'a fait à moitié. Vous gardez quand même votre chauffeur pendant 10 ans. Il ménage la chèvre et le chou. - C.Roux: Des chiffres viennent de tomber sur la mobilisation. 500 000 manifestants dans toute la France selon le gouvernement, avec des mobilisations en région aussi. 1 million selon la CGT.

On parlait de la revanche des syndicats et de leur image dans le pays. Ils peuvent revenir devant les personnels syndiqués en disant qu'ils ont fait leur job. - G.Dansart: Il y a eu beaucoup de cortèges en province.

Ce n'est pas une manifestation parisienne qui fait venir toutes les troupes de provinces. C'est très éclaté. Entre 500 000 et 1 million, c'est considérable.

Il n'y a pas une raison particulière, un projet. - A.Goutard: Une manifestation de semaine...

Tout le monde n'a pas pu manifester. 56 % des Français soutiennent ces manifestations, selon un sondage. 500 000 manifestants, c'est énorme.

C'est plus que le 10 septembre, surtout. Ca veut dire que les Français ont adhéré à la proposition des syndicats. - C.Roux: Question. - C.Barbier: Pour l'instant, oui, dans cette mécanique de négociation avec les partis, mais le président de la République mettra ses lignes rouges sur les réformes qu'il ne sacrifiera pas, les acquis qu'il ne sacrifiera pas pour sauver le gouvernement. - C.Roux: Vous parliez de la réforme des retraites.

Il y a la mobilisation syndicale et, quand les citoyens ont l'impression de ne pas être entendus, ils se tournent parfois vers d'autres types d'action: les pétitions. Celle sur la loi Duplomb a réuni 2,1 millions de signatures. P.de Villiers souhaite mobiliser les Français pour obtenir un référendum sur l'immigration. - Il fait la une de nombreux médias ces derniers jours. - "Sauvons la France, exigeons un référendum sur l'immigration." - P.de Villiers a lancé une pétition en ligne pour un référendum sur l'immigration. - Le texte déroule l'argumentaire de la théorie complotiste du Grand remplacement, dénonçant rien de moins que la fin de la France. ... - En une dizaine de jours, P.de Villiers revendique plus de 1,5 million de signataires.

Un chiffre invérifiable. Aucun contrôle de l'identité des internautes. Il est même possible de signer de nombreuses fois en changeant d'adresse mail.

Mais cela suffit à faire monter le sujet Dans le débat public et à obliger les partis politiques à se positionner. Chez LR, L.Wauquiez annonce l'avoir signée, mais pas le président des Républicains B.Retailleau. - B.Retailleau: Je ne signerai pas.

Je n'ai jamais signé de pétition. - Mais vous voulez un référendum sur l'immigration. - B.Retailleau: Nous avions proposé avec F.Fillon, en 2016, un référendum pour modifier la Constitution, pour que ce soit le peuple qui tranche. - D'accord sur le fond à la lettre sur la forme, M.Le Pen non plus n'a pas voulu signer.

Son programme présidentiel comporte pourtant une proposition similaire. Son entourage parle d'une opération de communication montée par ses concurrents à l'extrême droite. - M.Le Pen: Tout le monde sait ce que je pense de l'immigration.

Je n'ai pas besoin de signer une pétition. Je n'ai rien contre monsieur de Villiers. N'essayez pas de créer une division. - P.de Villiers, ouvertement inspiré par une autre pétition au succès récent. ... - Mais à la différence de son initiative, la pétition contre la loi Duplomb a suivi une procédure officielle.

Plus de 2 millions de signatures authentifiées sur le site de l'Assemblée pour dénoncer notamment le retour prévu d'un insecticide, l'acétamipride. La loi Duplomb avait été votée sans débat dans l'Hémicycle et les Ecologistes ont fait du succès de la pétition un levier pour l'imposer dans le débat public, criant victoire quand le Conseil constitutionnel censure en outre l'introduction de l'acétamipride pour les raisons en réalité juridiques. - Ca montre que le rapport de force fonctionne, que l'élan populaire a fonctionné.

La colère des citoyens et citoyennes a marché. - C'est une opportunité d'écouter la démocratie participative vivante. C'est une étudiante de 23 ans qui a fait la pétition. 2 millions de Français se sont reconnus dans un texte plein de singularité, spontané. - Ces 2 millions de signatures officielles permettront bientôt un débat à l'Assemblée.

C'est une première, mais ça ne donnera lieu à aucun vote. - C.Roux: Arrêtons-nous sur cette façon de faire vivre la démocratie.

Il y a des manifestations. Si on veut être entendu, on peut signer une pétition. - C.Barbier: C'est une forme nouvelle et très intéressante de participation au débat public.

Les Français veulent plus de démocratie directe. Ce genre de pétition en est une. Il y a cette pétition officielle, juridiquement encadrée, à l'Assemblée nationale, qui ne permet pas d'obtenir l'annulation d'une loi...

Le Conseil constitutionnel a fait des réserves juridiques. Le Conseil constitutionnel aurait censuré à cause de problèmes juridiques concernant le pesticide. Mais ça peut ouvrir un débat à l'Assemblée.

C'est entré dans l'Hémicycle, dans la vie de la représentation nationale officiellement. Mais pour annuler la loi Duplomb, il faudra déposer une autre loi qui fera tout le parcours. La pétition de P.de Villiers, outre le fait qu'on peut voter plusieurs fois, n'a pas de fondement juridique.

Il y avait une autre possibilité, le référendum d'initiative partagée. Il faut réunir 10 % de l'électorat, 4,9 millions de signataires. On se souvient de la privatisation des aéroports de Paris.

E.Ciotti a tenté un référendum sur l'immigration, plus précisément l'accès aux aides sociales pour les immigrés. Ca avait été retoqué.

B.Retailleau veut changer un article de la Constitution pour élargir le champ du référendum. Ca ne peut pas être l'immigration. - C.Roux: On ne peut pas organiser un référendum sur l'immigration? - C.Barbier: Non. - C.Roux: Question. - C.Barbier: Non.

Quand bien même il y aurait une grosse majorité des électeurs pour dire qu'ils veulent un référendum sur l'immigration, il faudrait d'abord changer la Constitution avec un premier référendum. Ensuite, référendum sur quoi? Vous devez faire un projet de loi immigration et le faire ratifier par référendum.

Le texte de P.de Villiers ne dit rien. C'est un texte idéologique, pas juridique.

Quelle loi serait proposée aux Français? - C.Roux: C'est une manière de reposer un sujet dans le débat public. - G.Dansart: Encore faut-il que ce soit organisé et que ça obéisse à des règles.

Le mérite de la pétition de cet été contre la loi Duplomb, c'est qu'elle était cadrée. Elle correspondait à la mobilisation d'une certaine part de l'électorat. C'est plutôt intéressant parce que ça complète la démocratie représentative, qui est considérée par un certain nombre de nos concitoyens comme insuffisamment à l'écoute de la complexité et de la multiplicité des constats. - C.Roux: On a vu des grandes manifestations sur les retraites.

Ca n'a pas payé. On parle de pétitions...

Il faut des conditions très difficiles à réunir pour que ça aboutisse concrètement à un changement des règles du jeu. - G.Dansart: Le collectif, la démocratie, c'est un effort.

C'est s'informer pour aller voter, aller manifester, peut-être perdre une journée de salaire, prendre du temps, participer à des associations...

L'effervescence démocratique est indissociable de la réussite. Si on veut être optimiste...

On peut être pessimiste...

On peut être optimiste et considérer qu'il y a une sorte de réveil citoyen qui prend des formes diverses. Il y a des personnes qui sont dégoûtées...

Globalement, cette effervescence peut être considérée comme positive au sens où tout le monde se préoccupe de l'avenir de notre pays. - C.Roux: Les manifestations, les pétitions et l'expression sur les réseaux sociaux. - G.Dansart: Il faut que ce soit relayé par l'exécutif à la hauteur. - C.Barbier: 2 millions pour la loi Duplomb, c'est énorme, mais c'est 4 % de l'électorat.

Ca relativise. - A.Goutard: C'est une pétition proposée par une jeune étudiante.

On dit que la jeunesse ne s'y intéresse pas. Ca interroge sur la façon dont on gère notre démarche démocratique. Est-ce qu'on n'est pas un peu ringards, sans pour autant être antidémocratiques...

Les instruments sont là et doivent être contrôlés, mais il y a peut-être un moyen plus souple à trouver, à envisager pour donner la parole aux citoyens. On a longtemps pensé à la façon de faire voter les jeunes, notamment à distance. - C.Roux: Le vote électronique. - A.Goutard: Pourquoi le vote électronique ne revient pas sur le tapis?

Les pétitions pourraient permettre plus facilement d'obtenir des votes à l'Assemblée nationale. - C.Barbier: Le vote blanc reconnu comme exprimé. - A.Goutard: Il y a une volonté, un souhait des Français de circuits courts. - C.Roux: Et de se faire entendre. - A.Goutard: Et de se faire respecter. - C.Roux: Et de peser sur les décisions politiques. - A.Goutard: Peut-être que les instruments qui existent aujourd'hui sont trop anciens à l'ère du numérique. - G.Dansart: On en revient aux votations suisses sur plein de sujets, et même aux Etats-Unis...

Il y a plein d'enjeux locaux qui sont soumis à un vote. Plein de pays ont inventé ces retours vers l'électorat pour plein de sujets. On reste crispés sur l'élection présidentielle... - C.Roux: Et le reste du temps, les manifestations pour exprimer son mécontentement. - F.Guinochet: Ce mécontentement a été nourri par un certain nombre de citoyens qui ont voulu jouer le jeu...

Après les "gilets jaunes", souvenez-vous des grands débats, des cahiers de doléances. On n'en a rien fait. - A.Goutard: Et S.Lecornu en était l'animateur. - C.Roux: Ils ont beaucoup obtenu. 11 milliards d'euros d'aides... - F.Guinochet: Ils ont obtenu parce qu'il y avait des violences.

A la rigueur, c'était la prime à la violence, parce qu'il y avait un climat de peur, un trauma du côté d'E.Macron et de l'exécutif. Les choses plus constructives, les réflexions qu'il y a eu dans ces grands débats...

Vous avez des pages et des pages qui n'ont pas été exploitées. Ca a nourri une forme de rancoeur et d'éloignement de la chose publique. - C.Barbier: Le grand débat et les cahiers de doléances, c'était pour éteindre la colère des "gilets jaunes" et écrire la suite.

La première partie a marché et la 2e a été oubliée. - C.Roux: Nous revenons à vos questions.

Question. - C.Barbier: Que de commun entre un pharmacien qui proteste contre la réforme des génériques, un ancien "gilet jaune", un sidérurgiste qui vient de perdre son boulot et un étudiant propalestinien.

On a l'impression que dans le chaudron français, il y avait une sorte de pot-au-feu étrange. La convergence des luttes. La convergence Des luttes me semble illusoire.

Ce n'est pas déshonorant, mais ce n'est pas non plus une grande mécanique d'uniformisation révolutionnaire. - C.Roux: Question. - F.Guinochet: C'est intéressant parce que c'est une manifestation de travailleurs.

C'est ce que représentent les syndicats, à la base. Sur les actifs pèsent un certain nombre de contraintes, notamment la contrainte du travail qui pèse de moins en moins et le sentiment qu'on ne s'en sort plus, ne peut plus avoir une trajectoire grâce à son travail. Les politiques l'entendent, mais c'est une lame de fond qui revient très souvent.

Ce travail ne payant plus, on supporte encore moins les inégalités de ceux qui ne travaillent pas ou très peu, qui vivent de rente, d'héritage, donc les ultrariches. - C.Roux: Question.

Sondage après sondage, les gens s'expriment. - G.Dansart: Celui ou celle qui n'entend pas ça est vraiment sourd.

C'est omniprésent depuis quelques semaines dans le débat public. Cette question constitue le point de déblocage préalable. - C.Barbier: Il n'est pas sourd, mais il est muet, pour l'instant. - C.Roux: Il est peut-être empêché ou contraint.

C'est compliqué de répondre à cette volonté de justice fiscale et de contenter la partie la plus à droite du bloc central, les patrons. - C.Barbier: Il faut trouver un équilibre.

S'il lâche trop sur sa gauche, il perdra le soutien des LR. - C.Roux: Les chefs d'entreprises l'entendent et se disent qu'il faut accompagner ce mouvement. - F.Guinochet: Un certain nombre de chefs d'entreprises disent qu'ils aimeraient pouvoir augmenter leurs salariés.

Ils demandent des avances sur salaire en début de mois, en milieu de mois. Mais le poids des cotisations, le financement de notre protection sociale repose essentiellement sur les actifs. Ca pose un vrai débat de société.

Un certain nombre de patrons et de salariés disent qu'il faut trouver un système différent, sauf que pour l'instant, F.Bayrou a essayé d'aller sur ce terrain, M.Barnier aussi, en demandant un effort aux retraités les plus aisés...

La classe politique a mis son veto, y compris au RN. Ce n'est pas simple, comme débat. - C.Roux: Question. - C.Barbier: Oui.

J.-L.Mélenchon tente des coups et ça marche ou ça ne marche pas.

Ce n'est pas la première fois qu'il annonce une sorte de grand soir et ça fait flop. Il s'en remettra très bien. Il profite aussi de la séquence pour continuer à disloquer la gauche, à discréditer le PS qui voudrait collaborer avec les macronistes.

Ce soir, ce n'est pas le grand mouvement de masse qu'il attendait, mais il ne sera pas désespéré. - C.Roux: En termes de mobilisation, c'est plutôt réussi. 500 000 manifestants sur l'ensemble du territoire selon le gouvernement et 1 million selon la CGT. - C.Barbier: Chaque fois qu'on a fait des mesures indépendantes par des organismes indépendants, c'est la police qui avait le bon chiffre. - C.Roux: Question.

C'est préventif. - G.Dansart: C'est tout le paradoxe de la situation.

Les gens manifestent aussi par rapport à une certaine impuissance d'Etat. Ils ont l'impression que de gouvernement en gouvernement, on ne sort pas d'un certain nombre de problèmes, que les solutions ne sont pas engagées. Comment leur donner tort à la lecture d'un certain nombre de problèmes persistants?

Le blocage de la machine exécutive, avec les cabinets qui changent de titulaire plusieurs fois par an, avec un manque de compétences d'un certain nombre d'entre eux...

E.Macron avait décidé en 2017 que les cabinets et les ministres avaient la haute main sur l'administration. L'administration attend des ordres et il n'y en a pas à cause d'une grande instabilité. - C.Roux: On a entendu ce député un peu amer dire qu'on voyait toujours les mêmes conseillers dans les cabinets ministériels, que rien n'a changé et que la machine était grippée. - A.Goutard: On entend des gens qui demandent des comptes et qui se retournent vers l'Etat. "On est salarié, fonctionnaire, on paye des impôts.

Où va notre argent?" Je me souviens d'un reportage qu'on a fait avec la patronne d'un salon de coiffure. Elle disait qu'elle gérait son budget, qu'elle dépensait, qu'elle gérait sa tirelire. "Pourquoi ils ne font pas pareil?" Les gens se retournent vers l'Etat et posent des questions.

J'écoutais tout ce qui se disait. Beaucoup de questions sont posées dans cette manifestation. Il y a un grand sentiment d'inégalité. - F.Guinochet: Les Français ont compris que les prochains budgets, il y aura des efforts à fournir.

Où se situe la marche? Ils ont tous compris qu'il allait y avoir des efforts à faire. C'est ça qui s'exprimait aussi dans la rue. - C.Barbier: Le vrai défi de S.Lecornu, ce n'est pas de faire un budget, mais d'en faire deux.

Ca donnerait de la stabilité au monde économique et politique. Le prochain rendez-vous de tension, ce sera pour la prochaine majorité. - C.Roux: Question. - G.Dansart: Commençons par prendre notre part, Nous, journalistes.

A chaque fois qu'il y a un projet de loi, on est toujours dans la quantification ++. Prenons aussi notre part. La culture de la croissance, des dépenses a pris le pas. - C.Roux: Question. - C.Barbier: Je ne pense pas.

Il faut que les réponses viennent du Premier ministre. Le silence de Macron évite de mettre de l'huile sur le feu. - C.Roux: Question. - C.Barbier: Tant qu'il n'a pas d'équipe et de certitude de pouvoir défendre une ligne à l'Assemblée sans être censuré, il serait bien imprudent de venir à la télévision.