Donald Trump à Versailles : "Je ne suis pas sûre que plus on se courbe, plus il nous respecte", lance Nathalie Loiseau
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France Inter, Benjamin Duhamel, Florence Paracuelos, la grande matinale. On ne devrait pas parce que le grand entretien ce matin se consacre à la diplomatie. Regards croisés sur cette semaine chargée, le G7 qui s'achève à Evian. Donald Trump reçu ce soir à Versailles, deux jours avant la signature de l'accord entre l'Iran et les Etats-Unis. On en parle avec nos deux invités, Benjamin.
Bonjour Nathalie Loiseau. Bonjour Benjamin Duhamel. Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter. Vous êtes députée européenne Horizon, je rappelle votre livre « Aux armes européennes ». C'est aux éditions de l'Observatoire et c'est sorti en avril dernier. A vos côtés Frédéric Ancel, bonjour. Bonjour. Géopolitologue enseignant à Sciences Po. Autre livre cette fois chez Odile Jacob. « La guerre mondiale n'aura pas lieu ».
Alors d'abord une première question à tous les deux. Fallait-il inviter Donald Trump à dîner ce soir au château de Versailles pour célébrer les 250 ans de l'indépendance des Etats-Unis ? Comment faut-il voir cette invitation d'Emmanuel Macron dans ce décor traditionnellement choisi pour flatter ceux qu'on y invite ?
Nathalie Loiseau.
Je ne reprendrai pas les mots de Patrick Cohen, mais je crois… Il dit juste par les dîner de con. Merci de le faire à ma place. Je ne suis pas sûre parce que d'autres ont essayé avant Emmanuel Macron. Si vous vous souvenez du sommet de l'OTAN l'année dernière à l'AE, les Néerlandais avaient sorti le grand jeu, la famille royale, etc. Tout ça pour un sommet qui est un sommet d'humiliation et tout ça pour qu'un an après, Donald Trump dise des horreurs sur l'OTAN en permanence. Cette conviction que plus on flatte, plus Donald Trump est agréable ou moins il est désagréable ne résiste pas à l'épreuve des faits. Ce n'est pas pour autant qu'il faut être odieux avec quelqu'un qu'on reçoit.
Il ne faut pas en rajouter. Là, c'est trop le faste de Versailles.
Il sera sans doute très content pendant quelques heures et puis il aura oublié demain et ça ne l'empêchera pas d'être désagréable. On est quand même dans un contexte où le même Donald Trump menace d'imposer les vins et spiritueux français à 100% parce qu'il y a une taxe sur les entreprises numériques en France. Ce n'est pas quelqu'un de facile, c'est vrai, mais je ne suis pas sûre que plus on se courbe, plus il nous respecte. Ce n'est pas ce que l'histoire a montré.
Frédéric Ancel, c'est de la courtoisie ou de la soumission ? Non, moi je pense que c'est de la courtoisie non pas nécessaire. Je rejoins ce qu'a dit Nathalie Loiseau. Ça ne servira à rien fondamentalement. D'ailleurs, je me permets de vous rappeler, mais vous vous en souvenez sans doute, qu'Emmanuel Macron avait tenté dès son arrivée au pouvoir et dès l'arrivée au pouvoir, à peu près concomitant de Trump, un jour de 14 juillet, de l'amadouer en quelque sorte. Évidemment, ça n'a jamais fonctionné avec personne. Sauf que si vous ne le faites pas, si vous lui faites ostensiblement la tête, eh bien ça ne sert à rien non plus.
Et c'est la raison pour laquelle, me semble-t-il, face au président d'un pays qui officiellement est toujours un État allié, statutairement, toujours un État allié, même si c'est sans doute le plus mauvais président des États-Unis, et surtout pour nous autres, Européens, le moins sympathique, c'est le moins qu'on puisse dire, « Je pense qu'il n'y avait pas réellement le choix ».
Quel est le pari, au fond, Nathalie Loiseau, et on comprend votre désaccord, mais le pari du président, c'est quoi ? C'est de se dire qu'au-delà du lien qu'il peut tisser et qu'il a tissé avec Donald Trump, de pousser les arguments des Européens pour organiser ce type de réception ?
C'est donner envie à Donald Trump d'écouter les Européens. C'est la même chose avec le G7 à Evian, c'est se dire que c'est une occasion pour les Européens et le Canada de parler à Donald Trump. Ça lui fait, en général, assez peu d'effets. Juste un mot pour revenir sur Versailles très vite. Souvenez-vous aussi qu'au début de son premier mandat, Emmanuel Macron avait reçu à Versailles Vladimir Poutine, avec le succès que l'on sait. Donc tout ça est à manier avec prudence. Les sommets aussi. J'ai été diplomate très longtemps. Cette espèce de religion du sommet qui consiste à penser que parce que le sommet se tient, on a réussi. Et quelque chose dont je voudrais qu'on arrive à sortir.
Non pas qu'il ne fallait pas se voir, bien sûr, mais quand on s'est vu, ça n'est que le petit commencement de quelque chose qu'il faut poursuivre après et surtout avec des actes. La parole performative, ça n'existe pas. Les communiqués sur lesquels on passe des mois et qu'on est satisfait parce qu'on a publié, même si ceux qui l'ont signé n'y croient pas une seconde, ça n'est pas de la mythomatie, ça n'est pas de la politique étrangère. C'est du temps. On n'en a pas perdu, mais c'est les prémices de quelque chose. Il faut passer à autre chose derrière. Frédéric Ancel.
Oui, ce qui illustre et remet en cause parfaitement le fameux soft power, dans lequel je n'ai jamais cru. En tout cas, il existe, mais il est secondaire par rapport au hard power. Et si ce n'était pas le cas, la Suisse et le Qatar seraient des mégas et des superpuissances, notamment la ville de Genève. En réalité, effectivement, je rejoins ce qu'a dit là aussi Nathaniel Loiseau, ce n'est pas dans les sommets et surtout à travers des sommets et une scénographie spectaculaire qu'on parvient à d'excellents résultats. En revanche, si on les prépare correctement et si, effectivement, il en sort ce sur quoi on a travaillé des semaines ou des mois auparavant, alors là, ça peut être utile.
Alors, il s'est quand même passé quelque chose d'assez intéressant hier au sommet du G7 puisqu'on a vu Trump sembler se réintéresser à l'Ukraine, maintenant que les Etats-Unis ne sont plus moins focalisés sur l'Iran. Il a rencontré Zelensky. On sent un rapprochement au moment où l'armée ukrainienne a l'avantage, où elle frappe le territoire russe en profondeur. Est-ce que Zelensky est en train d'entrer dans la catégorie des hommes forts que respecte Donald Trump ? Est-ce qu'il a les cartes en main, comme dit Donald Trump ?
Alors là, pour le coup, je salue les efforts d'Emmanuel Macron et des Européens en général. Sans les Européens, Donald Trump ne verrait pas Zelensky. L'Ukraine l'embarrasse, l'Ukraine le dérange. Il voudrait se débarrasser du problème ukrainien pour faire ce dont il a envie depuis le début, se réconcilier avec la Russie et faire du business avec la Russie. Il se trouve que parce que les Européens financent aujourd'hui, quasiment seuls, l'aide militaire à l'Ukraine et parce que les Ukrainiens sont incroyablement valeureux et que leur industrie de défense décolle. Moi, j'étais hier à Eurosatory avec Edouard Philippe. Il y avait 60 entreprises de défense ukrainienne. C'est spectaculaire.
Donc il se trouve que les Ukrainiens résistent, que le front tient. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle c'est l'arrière qui trinque et la Russie tape plus l'arrière et les civils que le front. Donc Trump est obligé de se dire que ça n'est pas si simple de demander à Volodymyr Zelensky de capituler. Qu'est-ce qu'il en fera ? Il n'est jamais allé en Ukraine. Ses négociateurs, Witkoff et Kushner, ne sont jamais allés en Ukraine. Et il a téléphoné à Vladimir Poutine dimanche dernier. Faire évoluer la lecture du conflit par Trump, c'est quand même très difficile et très long.
Oui, cette lecture du conflit qui a changé maintes et maintes fois. Si on regarde dans le détail, Frédéric Ancel, Donald Trump a dit deux choses. Il a dit, un, la Russie devrait conclure un accord avec l'Ukraine, donc semblant mettre la responsabilité sur Vladimir Poutine. Et il a dit aussi qu'il était prêt à rétablir des sanctions sur le pétrole russe, puisque, dit-il maintenant, le pétrole coule à flot dans le détroit d'Hormuz, c'est son expression. Est-ce que, là encore, on peut croire à une bonne volonté du président américain en soutien à Volodymyr Zelensky ?
Alors, une bonne volonté, oui, mais certainement pas d'ordre éthique, moral ou humaniste. D'intérêt. En réalité, d'intérêt pur, mais au-delà de ça, et je crois que vous l'avez dit il y a un instant, c'est quelqu'un qui, je parle là de président américain, qui ne respecte que très strictement les purs rapports de force. Tout à l'heure, on disait qu'il était relativement méprisant vis-à-vis d'un certain nombre de chefs d'État et de gouvernement. Bah, pas face à Poutine et pas face à Xi Jinping. Bah, tiens donc. Évidemment. Parce que là, on a affaire à des gens qui, d'abord, eux aussi, dirigent des pouvoirs extrêmement brutaux et disposent d'un véritable rapport de force.
Et c'est la raison pour laquelle le simple fait que l'armée ukrainienne, et que la population ukrainienne est tenue, et avec autant de résilience et autant de force, et aujourd'hui, c'est parce que les soldats ukrainiens tiennent ce front, que de toute façon, ce président américain ne peut pas faire autrement que de reproposer ce qu'il avait déjà proposé il y a quelques mois. Et j'ajoute un dernier point. Pour Trump, il est assez humiliant quand même, lui qui a un égo surdimensionné, mais pas de surmoi, de constater qu'après plusieurs mois de refus ostensible du président russe d'aller vers la promesse de paix, qu'il est obligé, ce président américain, d'y revenir.
Je rappelle que lorsqu'il revient au pouvoir, il dit qu'il va régler. En 24 heures. En 24 heures. Et évidemment, ça n'a jamais été fait dans un cynisme poutinien total. Est-ce qu'on peut imaginer que Trump mette enfin la pression à Vladimir Poutine ? Alors, peut-être, mais que signifie mettre la pression ? Des sanctions supplémentaires ? Oui, mais sauf qu'on a affaire à un Trump dont le nord de la boussole, dont la variable principale de prise de décision, relève toujours de l'économie, et notamment du mercantilisme.
Autrement dit, il fait la politique étrangère, non pas dans une dimension politique, diplomatique ou militaire, sur laquelle on voit bien qu'il est manifestement incompétent, et l'Iran l'a prouvé une fois de plus, mais il l'a fait quasiment au jour le jour, de façon à savoir s'il peut, oui ou non, rapidement, ramener ou rapporter, pardon, je le dis de manière extrêmement forte, du cash à l'État américain, et, entre parenthèses, éventuellement, le cas échéant, à lui-même et à sa propre famille et à ses amis. Donc, s'il faut remettre, réimposer des sanctions à la Russie qui ne vont pas permettre de gagner de l'argent, ben non, je pense que, du coup, Trump ne le fera pas.
Il y a le dossier ukrainien Frédéric Ancel-Nathalie Loiseau, et il y a, bien évidemment, la situation en Iran. On a vu Donald Trump arriver au G7 en plastronant, après la conclusion d'un accord avec l'Iran, dont on m'attend la signature après-demain en Suisse. Ça fait des semaines qu'on dit que les États-Unis ont été mis en échec face au régime iranien, que la position iranienne est aujourd'hui, au fond, plus favorable qu'elle ne l'était avant le déclenchement de la guerre. Est-ce que vous êtes d'accord avec ça, ce que Bruno Le Maire appelait une mascarade Nathalie Loiseau, ou est-ce que c'est un peu plus complexe que cela ? Il y a évidemment un soulagement.
Si le détroit d'Hormuz, qui était ouvert avant que Donald Trump d'entrer en guerre, rouvre, c'est un soulagement pour tout le monde, et notamment pour les Européens. Mais en effet, quand on dit que Donald Trump aime mettre la pression, sur qui ? Parce que sur les Iraniens, ça n'a pas marché. La plus grande puissance militaire du monde, sans vision stratégique, n'arrive pas à mettre la pression sur l'Iran. N'arrive pas non plus à mettre la pression sur Xi Jinping. Et la Chine, on se souvient du voyage à Pékin, qui n'était pas un voyage très glorieux, ne met pas la pression sur Poutine.
Donc oui, soulagement que le détroit d'Hormuz peut-être rouvre, y compris dans des conditions pas tout à fait propres, au sens où si les Iraniens touchent une forme de droit de péage, c'est quand même moins bien qu'avant. Désespoir pour les Iraniens, qui se retrouvent aujourd'hui avec un régime encore pire que celui qui les avait massacrés en janvier. C'est difficilement possible. Aujourd'hui, le régime en place à Téhéran s'est encore durci. Ils ont cru, à Donald Trump, ils ont cru que l'aide arrivée, comme l'avait dit le président américain, en fait, ça n'est plus le sujet.
Et puis, énorme interrogation sur ce qui va se passer pendant les 60 jours, à partir de vendredi, où on réglerait en 60 jours une question nucléaire, pour laquelle il a fallu des années pour arriver à l'accord de Vienne, ce qu'on appelle le JCPOA, des années, j'étais au tout début, en 2003. L'accord a été conclu en 2015. Et les Iraniens ont des négociateurs qui ne font que ça depuis des décennies. En face, vous avez un promoteur immobilier et le gendre de Donald Trump. Autant vous dire que personne n'est rassuré.
Frédéric Ancel, est-ce qu'il y a malgré tout quelque chose à mettre au crédit de Donald Trump dans cette guerre ? Oh là ! Alors, je vous dirais non. Et en même temps, l'Iran n'a pas gagné. L'Iran a démontré qu'il était diplomatiquement absolument seul. Les BRICS n'existent pas sur le plan géopolitique. Il faut être sérieux, je le dis et je l'écris, depuis de très nombreuses années, absolument. D'ailleurs, pas davantage que le sud global. Trois, les États de la région ont presque tous été frappés par l'Iran. Et je pense évidemment aux pétro-monarchies du Golfe qui, du coup, vont chercher maintenant des solutions alternatives sur le plan à la fois militaire et énergétique.
Et d'ailleurs, entre parenthèses, la France, elle, je crois qu'on peut la saluer pour le coup, a été extrêmement digne vis-à-vis de son allié militaire que sont les Émirats arabes uniques. Quatre, on a constaté de manière absolument flagrante que la Russie et la Chine, qu'on présentait depuis des années comme les alliés de l'Iran, n'ont absolument pas bougé. Mais ils n'avaient pas non plus bougé le 2 janvier lorsque le président vénézuélien, qu'on présentait aussi comme leur allié, a été littéralement capturé par l'Iran. Oui, mais malgré tout, l'Iran n'en a pas eu besoin, manifestement.
Alors, oui, non, parce que moi, je vous dirais que le régime a remporté une grande victoire qui est la suivante. Il est toujours là, il est toujours au pouvoir. Mais l'Iran en soi, aujourd'hui, sur le plan infrastructurel, diplomatique et militaire, est beaucoup plus faible.
Donc, tout le narratif et le récit selon lequel l'Iran serait sorti en position de force absolue, vous ne le souscrivez pas tout à fait à cette idée-là ?
Sur le plan géopolitique, ça ne tient pas, sauf que ce régime, hélas, et hélas notamment pour la population iranienne et sans doute pour toute la région, lui, il est toujours au pouvoir. Et c'était quand même son objectif fondamental, rester au pouvoir.
Vous avez détaillé Nathalie Loiseau, et on va s'arrêter un instant là-dessus, sur les deux points principaux de ces discussions. Le Détroit d'Hormuz est la question du nucléaire. D'abord, sur le Détroit d'Hormuz, se doutent effectivement sur le rétablissement de la liberté de circulation, avec la possibilité qu'il y ait ce que les Iraniens appellent des frais de service pour faire fonctionner le Détroit d'Hormuz. Personne n'est tout à fait dupe. On a vu, et c'est notamment ce qui est sorti du G7, cette proposition d'Emmanuel Macron d'une mission de sécurisation.
On a vu un Donald Trump pas franchement enthousiaste, expliquant, oui, pourquoi pas, mais je ne suis pas sûr d'en avoir tout à fait besoin, qu'est-ce qui va en ressortir de cette proposition de mission de sécurisation du Détroit d'Hormuz ?
Alors, il faut qu'on sache si, oui ou non, ce Détroit d'Hormuz est miné et à quel niveau, à quel point. Et puis, il faut encourager les navires de commerce, parce que c'est de ça dont on parle, à reprendre le passage par le Détroit d'Hormuz. Et je peux vous dire qu'ils ne vont pas le faire de décès de cœur. Il y a des équipages qui se posent des questions, il y a des compagnies d'assurance qui ont monté leurs tarifs de manière exponentielle.
Donc, oui, accompagner des navires pour reprendre un commerce beaucoup plus fluide, c'est ce qui avait été fait en mer Rouge avec une mission de l'Union Européenne qui s'appelle Aspides, à cause des tirs de outils, c'est ce qui peut être fait, et ce qui devrait être fait, dans le Détroit d'Hormuz. Je pense que c'est utile, et là-dessus, la France et le Royaume-Uni se sont concertés depuis longtemps, parce qu'ils sont capables de le faire. Évidemment, Donald Trump préfère dire tout est grâce à moi, tout est... Et je n'ai pas besoin de vous. C'est le même qui nous disait, il y a trois semaines, pourquoi est-ce que l'OTAN ne vient pas m'aider ? Il n'y a pas une contradiction près.
Là où je ne suis pas d'accord avec Frédéric Hantel, et ça va mettre un peu de piment dans notre national, quand même, c'est que je pense que la question nucléaire n'étant absolument pas réglée, on ne sait toujours pas ce que va devenir l'uranium enrichi iranien, qui est enrichi à un niveau que personne n'enrichit, sauf pour faire une arme atomique. La question des missiles dont on nous avait dit en 2025, dans l'opération précédente, les Américains et les Israéliens qui sont face à la même impasse, puissants militairement et impuissants stratégiquement, on nous avait dit en 2025,
l'Iran est extrêmement affaiblie. La menace balistique n'existe plus.
On a vu des missiles sortir de partout, frapper dans tous les sens, rien de tout ça n'a disparu. Et en effet, l'Iran est appauvri encore plus et la population iranienne souffre encore davantage d'un régime épouvantable. Mais ce régime, ça ne le dérange pas du tout de faire souffrir la population et de mettre le maximum, soit dans sa poche, soit dans l'armée.
Alors, pour revenir au nucléaire iranien, donc 60 jours pour négocier l'avenir du programme iranien contre 12 ans pour aboutir à l'accord de Vienne en 2015. Il va falloir gérer cette affaire de 400 kilos d'uranium enrichi caché dans les profondeurs du sous-sol iranien. Ça paraît être une opération extrêmement délicate. Et la question, par-delà de tout ça, c'est quel intérêt auraient les Iraniens à renoncer à un programme nucléaire qui est relativement abouti, enfin, qui est avancé ? Quel intérêt ?
Moi, j'ai toujours été relativement optimiste par un faux paradoxe sur la possibilité de ce régime, tout à fait ignoble et assassin par ailleurs, mais pragmatique, mais pas du tout stupide, de lâcher ce qu'il n'a pas. C'est-à-dire quoi ? La bombe ? C'est-à-dire, pour l'instant, la bombe contre ce qu'il souhaite obtenir pour rester au pouvoir, c'est-à-dire des fonds, c'est-à-dire du cash, c'est-à-dire de l'argent pour injecter, à minima en tout cas, à une population qui en a cruellement besoin et qui se révolte pour des raisons au moins aussi socio-économiques que politiques depuis un peu plus de 20 ans.
Mais en même temps, Frédéric, la réflexion, si j'ose dire, des mollas et de la tête du régime iranien, c'est de dire que la bombe nucléaire est une assurance vie contre d'éventuelles agressions. Donc est-ce que dans cette perspective-là, on peut vraiment imaginer qu'ils y renoncent ?
Mais le problème, c'est que leur espace aérien est nu. Vous avez dit il y a un instant, et c'est vrai qu'on a vu des missiles partout, oui, mais les missiles qui sont propulsés sur Israël, pour l'essentiel, ils sont interceptés. Tandis que lorsque les Israéliens frappent l'Iran, l'Iran est totalement nu face aux Israéliens, qui ont démontré par ailleurs depuis un peu plus de 25 ans leur volonté d'une part, leur capacité d'autre part, à endiguer, c'est le moins qu'on puisse dire, ce programme. C'est la raison pour laquelle je crois que sur les missiles, c'était perdu et c'est perdu parce que les Iraniens les ont, les possèdent déjà. Donc ils ne vont pas y renoncer.
Sur la proximité, enfin sur les fameux proxys, donc le Hezbollah et puis quelques autres, franchement il ne leur reste plus grand chose, mais admettons, ils ne vont pas lâcher le Hezbollah. Mais la bombe, ils ne l'ont pas, ils ne l'auront pas, j'en suis convaincu, je suis convaincu qu'eux-mêmes en sont persuadés. C'est la raison pour laquelle, moyennant, attention, moyennant la levée de l'intégralité des sanctions, dont le premier train de sanctions est intervenu le 1er janvier 2007, c'est des sous Obama, si ma mémoire est bonne, et qui leur coûte chaque année plusieurs dizaines de milliards, il y aurait peut-être une possibilité, je dis bien peut-être, une possibilité d'y parvenir.
Mais j'ajoute d'un seul mot, ça c'est à condition que Trump, pour revenir à votre question, et la communauté internationale, ce qu'il en reste, mais en tout cas, Trump exerce suffisamment de pression pendant ces fameux 60 jours et qu'il s'intéresse à autre chose qu'à son golfe et à des futilités. Il faut qu'on dise un mot du Liban, évidemment, qui est censé être inclus dans ce cessez-le-feu contre la vie de Netanyahou, hier et ce matin encore des frappes israéliennes contre le sud du pays. Israël n'a pas l'intention de se retirer ni de laisser les mains libres au Hezbollah et l'Iran menace déjà de répliquer. Est-ce que ça, c'est de nature à faire capoter cet accord ?
Comment est-ce qu'on peut imaginer la suite au Liban ?
Je regarderai les choses un peu différemment. Il y a une priorité pour nous, enfin pour les Libanais, pour nous Français, c'est que le Liban arrête de servir de champ de bataille aux autres. À l'Iran, via le Hezbollah et à Israël qui, une fois de plus, se croit chez lui au sud du Liban et cette formule un peu magique qui est répétée, qui consiste à dire il faut aider l'armée libanaise à désarmer le Hezbollah, c'est quelqu'un qui n'est jamais allé au Liban. On voit bien qu'on n'y est pas du tout. On n'y est pas du tout.
Mais il est impératif puisque Donald Trump veut passer pour un homme fort qui fasse vraiment pression sur Benyamin Netanyahou à un moment où la société israélienne elle-même est en réflexion et n'en peut plus de cette logique de Netanyahou qui consiste à entretenir des guerres.
Mais c'est le principal point de fragilité de cet accord. C'est-à-dire que Frédéric Ancel, compte tenu de la stratégie du ministre israélien, imaginez qu'il puisse, notamment compte tenu de son équation politique interne, se retenir, se retirer du sud Liban, ce qui n'est absolument pas dans les plans ?
Non, il ne se retiendra pas pendant les trois prochains mois parce qu'au bout de trois mois, trois mois et demi, il y a des législatives et que toutes les enquêtes d'opinion, contrairement à ce qui se passait ces dernières années, le donnent dorénavant perdant non plus seulement cette coalition dont j'affirme d'ailleurs depuis trois ans, depuis le massacre du 7 octobre, qu'elle ne sera pas reconduite, cette coalition ultra-nationaliste. J'en suis convaincu. Mais là, pour le coup, c'est Netanyahou lui-même qui maintenant est contesté, y compris d'ailleurs au centre et à la droite de l'échiquier politique.
Donc il a besoin du victoire militaire et ça ne peut être aujourd'hui du coup qu'au Liban. Et moi, je pense qu'il n'obtiendra pas. Et c'est la raison pour laquelle, à court, moyen terme, là encore, peut-être que je fais assaut de trop d'optimisme, mais je pense qu'on a une conjonction de facteurs qui seraient plus favorables sur le Liban et notamment parce que, et j'insiste là-dessus, les Iraniens ne vont pas sacrifier un accord qui leur serait peut-être favorable sur le plan économique et financier pour aider, en tout cas jusqu'au bout, le Hezbollah parce qu'ils ne l'ont pas toujours fait. C'est très optimiste. Ils ont soutenu le Hezbollah c'est l'un des mois.
Et là, on arrive à des désaccords. C'est très très optimiste. C'est la fin du grand entretien. Mais l'Iran n'avait pas soutenu le Hezbollah en 2006 au moment où il était en proie à une guerre de haute intensité face à Israël. Donc rien n'est totalement... Le Hezbollah n'a jamais disparu. Et il n'a jamais disparu, notamment sur le plan militaire, malheureusement. En tout cas, on note votre optimisme, Frédéric Ancel. Merci et merci Nathalie Loiseau d'avoir été au micro de France Inter.
Nathalie Loiseau