L'appel des Restos du cœur, l'expulsion des émeutiers de leur HLM... Le "8h30 franceinfo" de Christophe Robert
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Christophe Robert, on va parler avec vous de la crise du logement qui touche de plus en plus de Français. Mais d'abord, cette alerte lancée par le président des Restos du Coeur, Patrice Douré, en direct dans le JT de TF1 hier.
L'an dernier, les Restos du Coeur ont distribué 142 millions de repas. Et là, nous en sommes à plus de 170 millions de repas distribués par les Restos du Coeur. Très clairement, aujourd'hui, ce n'est plus tenable. A ce rythme-là, si l'on n'y fait rien, même les Restos du Coeur pourraient mettre la clé sous la porte d'ici trois ans.
C'est ce qu'il dit hier à 13h. Et à 20h, la ministre des Solidarités, Aurore Berger, annonce une enveloppe d'aide de 15 millions d'euros. Est-ce que vous saluez l'efficacité du gouvernement ?
Écoutez, c'est bien qu'il y ait une réaction. L'alerte des Restos, elle recoupe l'alerte de beaucoup d'associations. Face à l'augmentation des prix alimentaires qui pénalisent des ménages, des personnes qui vont devoir aller solliciter de l'alimentaire parce que ça ne passe plus. Mais pour les associations qui distribuent, il y a aussi des coûts augmentés dans l'achat. Parce qu'une partie est achetée, pas tout ce qui est distribué par les distributions alimentaires. Il y a aussi des dons des distributeurs. Mais aussi parce qu'il y a l'augmentation de l'électricité, parce qu'il y a l'augmentation de l'énergie. Et ça pèse aussi sur les associations.
Alors oui, c'est bien que la nouvelle ministre des Solidarités, Aurore Berger, réagisse en disant « On vous a entendu ». Mais enfin, ça fait un moment que les Restos tirent la sonne d'alarme. On sait que la distribution des banques alimentaires ont été multipliées par 3 en 10 ans. Donc on n'est pas face à un problème à un moment donné, dans une rentrée 2023. C'est un glissement. Il se passe quelque chose face à la fragilité de ceux qui étaient déjà pauvres, qui s'enfoncent un peu plus, et face à d'autres qui ont peur de basculer, ou qui ont commencé à basculer face à ces coûts élevés de bien de première nécessité. C'est du colmatage, on n'a pas assez anticipé ?
Oui, bien sûr que c'est du colmatage. Il est nécessaire, comme toutes les situations d'urgence, les personnes à la rue, il faut trouver des solutions immédiates. Il y a des personnes qui ne peuvent pas s'alimenter. Il faut leur donner à manger, il faut leur tendre la main, il faut les protéger. Mais à un moment, il faut regarder, qu'est-ce qu'on fait ? On passe de crise en crise ? La crise sanitaire, l'inflation sur les biens de première nécessité, et puis on met des pansements comme ça.
On voit très bien, et les restos l'ont redit ce matin, il faut des mesures d'urgence, mais il faut aussi des mesures structurelles qui puissent aider durablement les ménages les plus pauvres et les plus modestes dans notre pays.
Est-ce que vous faites partie de ceux qui disent que l'État s'appuie trop sur les associations pour des missions qui lui incombent, en fait ? Nourrir les Français.
Alors, ça dépend de quoi on parle, parce que si vous voulez, si les ménages les plus modestes, si les ménages les plus pauvres, avaient un bouclier social, et moi j'appelle ce matin un bouclier social, sur les APL, sur le RSA qu'on doit faire augmenter, sur la multiplication du chèque énergie par trois, si on avait ces mesures structurantes qui sont des décisions du gouvernement, il y aurait moins de personnes qu'il faudrait aider via les associations. Donc, ça ne s'oppose pas. Tout est lié.
Par contre, laisser se dégrader la situation de centaines de milliers de ménages au fil des années, sur le plan du logement, sur le plan du pouvoir d'achat, sur le plan des minimas sociaux, et puis ensuite se dire, non mais les associations vont se débrouiller, ça, ce ne serait pas acceptable.
Vous avez parlé de glissement tout à l'heure, vous voyez dans tout ce dont on parle depuis hier, un signe que la population française s'appauvrit.
Alors, si on prend le taux de pauvreté, pas particulièrement, mais vous savez que c'est un indicateur monétaire, parce qu'on dit, il y en a tant qui sont en dessous de ce taux, tant qui sont au-dessus. Mais en fait, cet indicateur de la pauvreté, qui nous amène à peu près entre 9 et 10 millions de ménages, selon comment on calcule, il ne tient pas compte des dépenses.
Ce que nous, nous voyons à la Fondation Abbé Pierre, c'est que quand on regarde les budgets des ménages que l'on aide, ou que les restos aident, c'est qu'en réalité, les dépenses des besoins des biens de première nécessité ont tellement augmenté pour se chauffer, pour se déplacer, pour s'alimenter, qu'au fond, avec des petites ressources, votre reste à vivre a diminué considérablement depuis la crise Covid. Donc, il y a deux phénomènes majeurs. Les plus pauvres s'enfoncent, parce qu'eux, il faut bien continuer à manger, il faut bien continuer à se chauffer, même si beaucoup se privent déjà.
Et l'autre phénomène, c'est qu'à côté des plus pauvres qui s'enfoncent, c'est que ceux qui étaient sur le fil, eh bien, se retrouvent dans des situations de privation, d'inquiétude énorme, qui vraiment suscitent beaucoup, beaucoup de peur au sein des familles. Et je pense notamment aux femmes seules avec enfants, je pense aux jeunes, je pense aux étudiants, qui particulièrement sont confrontés à ces difficultés.
Les Restos du Coeur tirent la sonnette d'alarme, comme plusieurs autres associations, vous l'avez dit, la Croix-Rouge, le Secours Populaire, l'Armée du Salut. Comment ça se passe de votre côté ? Est-ce que vous aussi, vous êtes débordé par les demandes d'aide ?
Alors, c'est un petit peu différent, parce que toutes n'agissent pas de la même manière. Par exemple, si on prend l'exemple des Restos, il y a des dons, des Restos, mais il y a aussi des aides publiques, des aides européennes, il y a des dons de nourriture. Nous, ce ne sont que des dons, c'est-à-dire qu'il n'y a pas de financement public, c'est 3% du budget de la Fondation. Donc, ce sont des donateurs qui soutiennent l'action de la Fondation Abbé Pierre. De ce point de vue-là, moi, et je tiens vraiment à les remercier, la solidarité est au rendez-vous. C'est-à-dire que ça n'augmente pas fortement, mais ça ne baisse pas, malgré ces difficultés.
Et vous savez que beaucoup de petites gens donnent. C'est-à-dire que c'est 200 000, 300 000 donateurs par an et beaucoup de gens qui ont des petites ressources, qui nous disent, là, je peux faire un peu moins, ce ne sera pas 7 ou 10 euros par mois, ce sera 5 euros, 7 euros. C'est une force, c'est une indépendance. En revanche, ce que l'on voit, c'est que nous, ce que nous avons à faire, c'est d'aider les mal logés. Là, ils sont plus nombreux, ils souffrent plus. Et les associations que l'on soutient qui aident les mal logés, puisqu'on finance à peu près 800 projets par an emportés par 400, 500 associations, elles sont en difficulté.
Parce qu'il y a plus de demandes, de besoins, de gens qui souffrent, en difficulté, qui ont besoin d'être aidés, et parce qu'elles ont des dépenses aussi. Et la réalité, c'est qu'on n'arrive pas à aider tout le monde. Bien sûr. Bien sûr qu'on n'arrive pas à aider tout le monde. Et les publics ont changé aussi. Tout le monde ne vit pas convenablement dans ce pays, notamment les plus pauvres. Et je veux vraiment qu'on ait en tête ces deux dimensions. Quand vous, vous voyez votre caddie augmenter, comme vous en parlez sur vos ondes, tous les jours, imaginez quand vous aviez déjà très peu un RSA à 600 euros quand vous êtes seul.
Ou quand vous avez 1400 euros parce que vous êtes au SMIC et que vous avez deux enfants. Vous voyez bien ce que ça fait. Donc vous avez ceux qui sont déjà pauvres qui s'enfoncent et les autres qui ont peur de basse.
Vous avez vu des nouveaux publics venir taper à votre porte ?
Alors, ce qu'on a vu, notamment depuis la crise Covid, la crise sanitaire, effectivement, ce sont des personnes, par exemple, qui n'arrivaient plus à payer leur loyer. Donc ils se retrouvaient menacés d'expulsion à court ou moyen terme. Et là, ce sont des petits entrepreneurs, des auto-entrepreneurs, des artisans, des commerçants. Alors, il y a eu le bouclier qui a été mis en place pendant la crise Covid, mais vous voyez bien que ça a fait que pour certains, différés, parce qu'il faut rembourser le prêt garanti par l'État, parce que ceci, parce que cela. Et là, on a vu tout un pan de ce public-là se fragiliser.
Et ce n'était pas un habitué de l'aide publique, des associations, des aides, si vous voulez, et qui nous ont dit « Ben nous, ça ne passe pas. » Et je le dis sur vos ondes, il ne faut pas avoir honte. Enfin, je veux dire, on a des protections sociales, on contribue aussi.
Ils arrivent en ayant honte.
Il faut se faire aider. Oui, parce que c'est des gens qui découvrent la pauvreté. Moi, je vais vous dire ce qui me fait le plus de douleur aujourd'hui quand je parle de ce que nous discutons ce matin, c'est que j'entends beaucoup de familles que nous croisons qui ont honte. Honte des conditions de vie qu'ils offrent à leurs enfants. Honte de devoir demander l'aide sociale. Honte. Il ne faut pas avoir honte. Ça nous dépasse ce qui est en train de se passer. Une crise sanitaire, ça nous dépasse ce qui est en train de se passer. Enfin, avec l'inflation, ça ne nous dépasse pas, mais il faut se faire aider à un moment. Ça évite de basculer dans quelque chose de plus difficile.
Christophe Robert, déléguée générale de la Fondation Abbé Pierre, vous êtes l'invité de France Info ce matin. On vous retrouve juste après le fil Info. Maureen Suignard. Ils sont 12. 12 millions à retourner en classe à partir de ce matin. La rentrée se déroule de nouveau sous tension en raison d'une crise de recrutement des enseignants. Plus de 3 000 postes non pourvus au concours cette année. L'inflation est toujours là en France, mais les prix se stabilisent entre juillet et août. C'est le résultat de notre dixième panier France Info. On suit pour vous les prix d'une quarantaine de produits avec le cabinet Nielsen IQ.
Les tarifs du sucre, des steaks hachés surgelés ou encore du lait continuent cependant d'augmenter en France. Kev affirme ce matin avoir abattu 17 drones russes dans la région d'Odessa. Des bâtiments sont endommagés. Moscou, de son côté, affirme avoir détruit 4 bateaux militaires ukrainiens en mer Noire. Aujourd'hui, le président turc veut convaincre son homologue russe de reprendre l'accord sur l'exportation des céréales ukrainiennes. Le PSG cartonne à Lyon. Victoire 4 buts à 1 des parisiens face aux Lyonnais. L'OL désormais dernier du championnat après les 4 premières journées. France Info.
Le 8.30 France Info. Jérôme Chapuis. Saliabraclia.
Toujours avec le délégué général de la fondation Abbé Pierre, Christophe Robert, le logement, c'est le premier poste de dépense des Français et le secteur est en crise depuis plusieurs mois. On le sait, à l'allocation comme à l'achat, il est difficile de se loger aujourd'hui. Est-ce que c'est que le début ?
Oui, alors là, on est face à une situation extrêmement difficile. Vous avez dit, premier poste de dépense des ménages, de notre point de vue, ça devrait être le premier objet de préoccupation puisque c'est là où on peut jouer. Si on peut faire diminuer les coûts ou aider par les APL, par exemple, les ménages. Donc, c'est ce qui ampute le plus le budget des ménages. Qu'est-ce qui se passe ? Depuis les années 2000, il y a eu une augmentation très importante des prix de l'immobilier, très importante des loyers. ça a arrêté d'augmenter sur ces niveaux-là. Néanmoins, ça reste un niveau très haut, beaucoup plus haut que l'évolution des ressources depuis 15 ans des ménages.
Donc, il y a vraiment un gap qui s'est créé, qui rend difficile la possibilité soit de trouver un logement, soit de pouvoir en changer, soit de pouvoir le payer convenablement. Et est venue se surajouter l'augmentation des prix de l'énergie. Et là, c'est des augmentations considérables. Il y a deux ans, c'était 28%. Là, on a encore eu 10% sur le gaz. Après, 15% en décembre dernier sur le gaz.
Mais le gouvernement dit qu'on a contenu la hausse, contrairement à d'autres pays européens ou d'autres pays sur le gaz.
Oui, c'est vrai. Il y a eu un bouclier qui commence à se réduire. Mais vous savez, il y a une question. Ce bouclier qui a coûté 40 milliards, mais plutôt 25 milliards net, mais en gros, des énormes sommes. Ça a permis de limiter la hausse. Mais il est pour tout le monde. Les très riches, comme pour les plus pauvres. Et donc, ce que je voudrais dire, c'est que le poids de l'augmentation de l'énergie, il est beaucoup plus important pour les plus pauvres. Donc, il ne faudrait pas que la baisse du bouclier ne se fasse en pénalisant davantage les plus pauvres. Ce que je veux dire par là, c'est qu'il faut des aides beaucoup plus ciblées pour ceux qui ont besoin d'être aidés.
Donc, il faudrait maintenir, par exemple, ce bouclier pour les ménages les plus pauvres ou tripler le chèque énergie pour les aider.
Christophe Robert, parmi ceux qui appellent le 115 pour un hébergement d'urgence, il y a beaucoup de refoulés, notamment des familles avec des enfants. Il manque combien de place en France ?
Alors, s'il y a une partie des personnes qui sont dans l'hébergement, c'est qu'elles ne trouvent pas chaussures à leurs pieds, c'est-à-dire dans le logement. Donc, elles restent dans l'hébergement et puis parce qu'il y a des personnes qui sont expulsées. On atteint, par exemple, des niveaux records chaque année d'expulsions locatives dans notre pays, qui est un signal de fragilité aussi. La moitié des bailleurs sociaux l'été dernier ont vu augmenter les impayés de loyers de plus de 10%. C'est des indicateurs qui devraient attirer notre attention. C'est beaucoup. C'est beaucoup. Évidemment, pour toutes les raisons que l'on vient d'évoquer.
Alors, sur la question d'hébergement, qu'est-ce qui s'est passé ? 40 000 places de plus pendant la crise Covid. Donc, ça a été un effort très important du gouvernement. Ça avait permis de détendre un peu l'atmosphère, de faire baisser le nombre de personnes qui appellent le 115 et qui n'ont pas de solution le soir venu. Là, toute l'année, on a été à peu près à 6 000 personnes qui appellent chaque soir et qui n'ont pas de solution. Et là, il y a des chiffres qui sont sortis de l'observatoire de la phase de l'UNICEF qui montraient que c'était 2 000 enfants à la rue qui restent à la rue quand ils appellent. Il y en a plein qui n'appellent pas.
Mais là, on est uniquement sur un thermomètre qui mesure ceux qui appellent. 2 000 enfants qui restent à la rue quand ils appellent le 115 en France à la fin du mois d'août 2023. Là encore, c'est quoi ça ? Défaut d'anticipation ? Il y a même des places qui ont fermé parce qu'il y a eu une volonté de réduire un peu le budget. Le nouveau ministre du Logement dit je pense qu'il ne va pas avoir augmenté le nombre de places. Donc, c'est nécessaire d'augmenter le nombre de places parce qu'il y a des réponses en urgence. Mais la bonne réponse, c'est à moyen terme, court, moyen terme, c'est de trouver des solutions de logement.
Donc, accroître la production de logements sociaux pour pouvoir apporter des solutions dignes et durables aux personnes.
Je vous écoute et là, vous demandez très clairement au gouvernement de remettre la main à la poche. Mais Emmanuel Macron, lui, il n'est pas du tout dans la même ligne que vous. Il a fustigé, je cite, un système de surdépense publique pour de l'inefficacité collective. Il utilise ces mots-là pour parler de la politique de logement. Non.
S'il y a trop d'argent mal dépensé, dépensons-la autrement. Discutons avec le gouvernement. Moi, j'ai copiloté le CNR Logement pendant six mois avec plus de 200 acteurs du logement qui étaient à peu près alignés pour dire qu'il faut qu'on fasse quelque chose. Il y a une baisse de production dans ce pays très importante, baisse de production de logements sociaux. Rendez-vous compte, en 2017, on faisait 125 000 logements sociaux par an. On va finir l'année à 80 000. On perd 40 000 logements sociaux.
Et donc, tout ce que vous avez dit, toutes vos propositions, quelle a été la réponse du gouvernement ?
Alors, il y a eu des réponses sur le logement d'abord, sur Visal, qui est élargi. Il ne faut pas dire que rien n'a été fait. Et aussi, sur la rénovation thermique, il devrait y avoir dans le projet de loi de finances des moyens significatifs plus importants. En revanche, on continue à faire des économies. Pendant le premier quinquennat, on a fait des milliards d'économies sur les appels et le logement social. Maintenant, on va supprimer le dispositif de défiscalisation d'incitation à la production de logements Pinel. On va réduire la voilure sur le prêt à taux zéro. Ce n'est pas comme ça qu'on va relancer la production dans notre pays et répondre aux besoins de nos concitoyens.
La rénovation thermique, vous en parliez, depuis le début de l'année, il y a beaucoup de logements qui sont énergivores, qui ont été retirés du marché de l'allocation et ça pèse ça aussi sur l'offre. Est-ce qu'il ne faudrait pas détendre un tout petit peu et peut-être décaler certaines mesures en faveur de la rénovation
des logements ? Vous savez, en fait, la loi énergie et climat qui a défini ces contraintes-là, elle est justement très progressive. C'est-à-dire qu'elle dit qu'on commence en 2025 par catégorie de logements les pires passoires thermiques, les pires logements énergivores. Ce n'est pas ça qui crée la pénurie. Et après 2034, non, pas du tout. Alors, ça pourrait y contribuer à un moment et il faut y répondre. C'est là où je partage votre analyse. C'est-à-dire qu'il faut y répondre.
Dans le CNR, nous avons par exemple dit qu'il fallait plus d'aide pour ceux qui ne pourraient pas faire ces rénovations, mais aussi qu'on pourrait récupérer ces logements qui seraient mis en vente parce que les personnes disent
pour les transformer
en logements sociaux ou ce qu'on appelle le bail réel solidaire, c'est-à-dire de faire de l'accession sociale à la propriété. Vous savez que les primo axés dans la propriété ont beaucoup de mal aujourd'hui du fait de la cherté des logements. Bref, on a fait des propositions assez importantes avec tous ces acteurs du logement. J'espère et j'ai proposé au ministre du logement que nous nous revoyons sur ce sujet pour qu'il les reprenne à son compte et qu'on puisse retrouver une partie dans le projet de loi de finances qui va être débattue.
2,5 millions de Français sont toujours en attente d'un logement social, Christophe Robert. Le gouvernement, lui, voudrait inciter à louer des logements dits intermédiaires, c'est-à-dire avec des loyers inférieurs de 10 à 15 % au prix du marché. Ça, c'est une bonne réponse aussi pour aider les plus modestes ?
Alors, ce qui est vrai, c'est que dans les villes où c'est très cher, il y a une marge très haute entre le niveau des loyers du logement social et le marché libre. Donc, il manque de logements intermédiaires. En revanche, qui doit faire ces logements intermédiaires ? Est-ce que c'est là que le gouvernement doit mettre le paquet ? Sur le logement social, il doit inciter peut-être sur certaines formes à développer le logement intermédiaire, mais où est-ce qu'il doit privilégier, par exemple, le foncier de l'État ?
Pour produire du logement social, parce que les ménages dont on parle là, je ne vous parle pas que des plus pauvres, je vous parle des catégories modestes, des classes moyennes inférieures, ils ne pourront pas rentrer dans ces logements-là intermédiaires. Donc, il y en a besoin sur la chaîne du logement, mais il faut absolument que l'effort public de la nation sur le logement soit mis, soit ciblé sur ceux qui en ont besoin. C'est comme pour le bouclier énergétique.
Mais alors, du coup, est-ce que ça doit passer par un changement de loi ? Vous savez que la loi oblige les communes à avoir 20 à 25 % de logements sociaux. Toutes les communes ne respectent pas clairement et préfèrent payer des amendes.
Non, mais la loi SRU dont vous parlez, elle a quand même permis de produire la moitié des logements sociaux en France et de les faire dans des endroits où ils n'en voulaient pas. Alors, il faut faire mieux appliquer pour ceux qui se dédouanent de cette loi. Quand il y a un feu rouge, on se prend une prune. Quand on ne met pas la loi SRU, il faut que le préfet agisse. En revanche, si on assiste à cette baisse de construction de logements sociaux, il y a plusieurs facteurs qui sont liés à l'augmentation des taux, du livret A, à des coûts de construction.
Mais, je vous rappelle, 1,3 milliard de baisse de budget de l'État par an dans le premier quinquennat et la première année du deuxième quinquennat d'Emmanuel Macron, à nouveau 1,3 milliard ponctionnés sur les bailleurs sociaux. On ne fera pas plus avec moins. Il faut les remettre. Peut-être qu'il fallait inciter certains bailleurs plus que d'autres. Nous, ce qu'on dit au président de la République, à la première ministre, c'est leur dire écoutez, peut-être que vous nous dites que ce n'était pas efficace à certains égards la politique du logement. Mais là, ce que vous faites, c'est que vous faites juste couper dans le budget. Vous ne faites pas une autre politique.
Et nous proposons une autre politique.
Un mot avant le fil info. Je voudrais avoir votre réaction sur ce que le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, dit au préfet. Il leur donne pour consigne d'accélérer les expulsions de leur HLM et les familles de délinquants qui ont participé aux émeutes. Qu'est-ce que vous dites ?
D'abord, les personnes qui auraient participé aux émeutes, c'est des violences sur les biens où les personnes doivent évidemment être condamnées, jugées. Enfin, jugées, peut-être condamnées. Enfin, en tout cas, on ne peut pas laisser les choses comme ça. En revanche, là, il y a un raccourci qui est incroyable. En fait, ce que dit le ministre de l'Intérieur, c'est parce que vous avez commis tels actes, on va accélérer une procédure d'expulsion locative. En fait, il ne peut pas faire ça. Sauf à élargir sur les troubles de voisinage. Donc, en fait, c'est un peu de la communication.
Ça met à mal la gentilité des voisins.
C'est un contrat. Donc, il y a de l'agitation dans cette histoire-là. Et attention, il y a un autre point. Vous avez quelqu'un dans la famille qui pourrait avoir commis un délit. Eh bien, il doit être jugé et peut-être condamné ou pas. Mais il ne faut pas virer toute la famille. Qu'est-ce que ça veut dire ? Les autres frères et sœurs, les parents, etc. Non, ça n'a pas de sens. Il ne faut pas aller dans ce sens-là. Mais je crois que l'impression qu'on fait quelque chose. Bref, protégeons les personnes. S'il y a des personnes qui ont dérapé, qui ont dérivé, qui ont commis des actes qui ne sont pas acceptables, il faut les juger. Mais ne confondons pas tout, je pense.
Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre. Vous êtes l'invité de France Info. On vous retrouve juste après le Fin Info à 8h51 avec Maureen Suignard. Des records de température pour un mois de septembre pourraient être battus aujourd'hui du côté de la Rochelle, notamment 36 degrés attendus. On n'a jamais mesuré plus de 35 degrés à cette époque de l'année. Vague de chaleur marquée notamment dans les Charentes, le Poitou, la Dordogne et le Lot ce lundi. Ce qui peut rendre encore plus difficile la rentrée pour certains. 12 millions d'élèves de retour en classe à partir d'aujourd'hui.
Et le ministre de l'Éducation nationale annonce qu'il veut lancer rapidement des expérimentations sur l'uniforme à l'école. Les modalités seront annoncées à l'automne. Il faut des mesures d'urgence, mais il faut aussi des mesures structurelles, dit sur France Info. La Fondation Abbé Pierre, réaction à cette aide de l'État pour les Restos du Coeur. Une promesse de 15 millions d'euros d'aide en plus alors que l'association prévoit de réduire son nombre de bénéficiaires faute de moyens. La tenante du titre éliminée dès les 8ème de finale. La joueuse de tennis polonaise Iga Vziatek sortie à l'US Open. Plus aucun Français ne sont sur les cours de ce tournoi américain. France Info
Le 8.30 France Info Jérôme Chapuis Salia Brachia
Nous sommes toujours avec Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre. Beaucoup d'étudiants en cette rentrée n'ont toujours pas de logement. À quelques jours de cette rentrée, la ministre de l'Enseignement supérieur Sylvie Rotaillot dit qu'il n'y a pas de baguette magique. C'est un aveu d'impuissance.
Non, mais il n'y a pas de baguette magique, effectivement. Alors, on peut apporter des aides qui permettent de payer des loyers qui sont bien trop chers pour les étudiants, mais qu'est-ce qu'on voit ? Vous parliez tout à l'heure du premier poste de dépense des ménages, c'est le logement. Si on prend tous les coûts inhérents au logement, autour du logement, c'est à peu près 30%. Mais pour les étudiants, c'est souvent 50-60%. Donc, on est dans le scénario, j'allais dire, assez classique de ceux qui peuvent se faire aider par leurs parents s'en sortent. Ceux qui ne peuvent pas doivent être aidés par la collectivité.
Alors, pas de baguette magique, mais en revanche, c'est la raison pour laquelle il faut commencer très vite à construire plus de logements, du CRUSS pour les étudiants à apporter des réponses structurelles. Parce que, quand on ne dit pas de baguette magique, plus on attend. Mais ça fait des années qu'on dit ça. Mais oui, mais ça fait des années que des gens souffrent et de plus en plus. Alors, qu'est-ce qu'on fait ? Ça veut dire que, parce que ça fait des années qu'on le dit, on ne va plus le dire ? Non, il faut qu'on l'entende. On est sortis de la crise Covid, qu'est-ce qu'on a vu ?
On a vu la fragilité de nos étudiants, des femmes seules, avec enfants, de ceux qui avaient des petits boulots. Alors, le fait de perdre les pourboires, le fait de perdre les heures supplémentaires, même s'il y avait eu des aides de l'État, ils basculaient. Les quartiers populaires, ça fait des années, ça fait des décennies dont on sait qu'il faut mettre le paquet. Donc, bien sûr, qu'il y a des enjeux de sécurité, notamment pour les habitants des quartiers populaires. Mais on voit bien que c'est multifactoriel, les problèmes d'accès aux services publics, d'accès à l'emploi, de discrimination. Oui, ça fait des années et c'est ça dont on a besoin.
De se mettre tous, de retrousser les manches, de travailler avec le gouvernement, avec les collectivités locales, les associations, les habitants, pour dire, on ne laisse pas faire. Et moi, ce que je vois, je vais vous dire, c'est parfois trop d'agitation parce qu'on change de sujet tous les jours. Et tout d'un coup, on oublie tous ces éléments-là. On n'en parle pas beaucoup du logement en cette rentrée. On parle beaucoup d'éducation. On n'a jamais beaucoup parlé de logement. Je ne sais pas pourquoi. Parce que peut-être c'est trop compliqué, parce que ce n'est pas le temps du politique. Quand vous commencez une bonne politique du logement, vous n'en ferez pas forcément.
Vous ne verrez pas forcément les résultats au bout de 4-5 ans. Oui, mais c'est essentiel pour les gens.
Parce qu'Emmanuel Macron, c'est son deuxième mandat. Il n'est pas arrivé hier. Donc, sur cette politique du logement, il n'est pas à la hauteur ?
En fait, c'est compliqué. Par exemple, sur la politique du logement d'abord, il a emboîté le pas de cette logique qui consiste à dire pour les personnes sans domicile, il est meilleur d'apporter un logement avec éventuellement un accompagnement si besoin que de multiplier les chambres d'hébergement d'urgence qui ne sont pas satisfaisantes pour les gens et qui sont coûteuses pour les finances publiques. Il a mis en place un plan quinquennal avec les collectivités pas hyper financées, mais le changement commence à s'opérer. Mais après, qu'est-ce qui s'est passé ?
Ils ont décidé de faire du logement, ce gouvernement, le président de la République, le principal contributeur de la baisse de dépenses publiques de l'État. Alors, comment faire une bonne politique du logement quand on coupe 4 milliards par an et qu'on nous annonce pour le prochain budget à nouveau 2 milliards d'économies en plus sur le logement ? C'est difficile de dire aux gens « Bon, écoutez, on va faire plus tous ensemble. Par contre, j'enlève 6 milliards. »
Puisque vous parlez du budget, le gouvernement est en train de le préparer. Ce budget, on l'aura dans d'ici quelques semaines. Pas de hausse d'impôts, répète Bruno Le Maire. Vous pensez, vous, que ce serait plus juste d'augmenter les impôts ? Au moins pour certaines catégories ?
Bien sûr. À la hauteur des efforts que les uns et les autres peuvent faire.
Vous pensez à quelle catégorie ?
Écoutez, progressivement. C'est-à-dire, il y a déjà la moitié des gens qui ne payent pas d'impôts sur le revenu. Donc, forcément, ceux qui sont au-dessus. On pourrait rajouter une tranche parmi les très aisés, parmi les très riches. On pourrait fiscaliser une partie du patrimoine. On pourrait... Vous voyez ce que je veux dire ? Pourquoi ? Parce que la transition écologique dont nous avons besoin, le modèle de protection sociale, notre protection sociale en France, on a besoin pour la sécurité aussi, pour, bien sûr, les hôpitaux, pour l'école, pour le social, pour aider les personnes. On ne pourra pas faire avec moi.
Donc, il faut le faire à la hauteur des efforts que les uns et les autres peuvent faire. Il ne faut pas que ça soit confiscatoire. Mais le fait de dire pendant 10 ans, on ne va pas jouer avec l'impôt, peut-être il y a des impôts aussi aux entreprises qui pourraient être davantage conditionnés sur des enjeux sociaux, écologiques. Et puis, puisqu'on parle du projet d'oie de finances, on nous annonce le budget le plus vert de l'histoire de France. Eh bien, nous, ce qu'on voudrait, c'est qu'il soit vert et je crois qu'il va l'être. Il y a la planification écologique, j'ai dit tout à l'heure sur la rénovation thermique. Il devrait y avoir des moyens supplémentaires.
Ce serait une très bonne nouvelle. Eh bien, à côté du budget vert, il faut un budget social avec un vrai bouclier social. Et c'est là-dessus qu'on voudrait nous discuter avec les parlementaires et avec le gouvernement pour les semaines qui viennent.
Il y a l'histoire du financement mais il y a aussi une histoire de réglementation. La mode en ce moment, c'est Airbnb. Vous le savez, l'été vient de se terminer et un peu partout en France, des maires partent en croisade contre les locations de type Airbnb. Est-ce qu'elles ont raison ? Et est-ce qu'il faut interdire ces locations dans certains quartiers
Alors, oui, elles ont raison mais attention de quoi on parle ? On ne parle pas de la famille qui met quelques jours ou quelques semaines par an son logement en location. On parle de personnes qui en font un marché économique. C'est une catastrophe dans certaines villes du Pays Basque, dans certaines villes de Bretagne, par exemple. Écoutez, voilà un exemple parfait. Ça ne coûte pas de supprimer la niche fiscale qui est plus favorable pour la location saisonnière que pour la location à l'année. Il y a une proposition de loi transpartisane, Renaissance, Europe Écologie Les Verts, Parti Socialiste, Les Républicains qui est sur la table depuis six mois. Voilà, il faut l'apprendre.
Vous avez aligné le taux d'imposition quand il s'agit de location touristique.
Ne pas favoriser la location touristique par rapport à la location à l'année dont nous avons besoin pour les jeunes, pour les étudiants, pour les catégories modestes. Il faut le faire. Alors, pourquoi ça ne se fait pas ? Moi, je pose la question au gouvernement, pourquoi ça n'est pas pris ? Au Parlement, pourquoi ça n'est pas pris ? Je pense que ça va évoluer dans le bon sens, dans les mois qui viennent. Mais enfin, ça fait quand même deux ans qu'on en parle. Il y a aussi des choses en termes d'encadrement des loyers. On pourrait aller plus loin. Ça ne coûte pas un sou à l'État et ça permet de réduire un peu la voilure.
On peut discuter ensemble de mesures qui pourraient, je pense, changer la donne pour beaucoup de nos concitoyens.
Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre, merci d'avoir été avec nous en ce jour de rentrée. Ça l'est à le programme des informés.
L'appel à l'aide des réseaux du cœur, évidemment, le gouvernement promet 15 millions d'euros à l'association pour passer l'hiver. Mais est-ce suffisant ? L'État se repose-t-il trop sur les associations pour assumer des missions qui lui incombent ? Et puis la rentrée scolaire de 12 millions d'élèves, l'éducation devenue domaine réservé d'Emmanuel Macron. Qu'est-ce que ça veut dire ? À quoi sert alors Gabriel Attal ? On parle de tout ça dans un instant avec Agathe Lambré et les informés. À tout de suite sur France Info. Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada
Christophe Robert