Droits de douane, déficit... L'interview en intégralité d'Amélie de Montchalin
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8h32 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Amélie de Montchalin. Bonjour. Merci de répondre à mes questions ce matin. Vous êtes la ministre chargée des comptes publics, ministre des douanes également. Vous aviez, avant cela, été ministre de la transition écologiste dans le gouvernement d'Elisabeth Borne. Et on va évidemment vous entendre sur toutes ces questions parce qu'il y a aussi les ZFE. Mais d'abord les droits de douane, bien sûr, les droits de douane américains qui sont entrés en vigueur ce matin. Et Donald Trump jubile. Je voudrais qu'on l'écoute.
« Ces pays nous appellent. Ils me lèchent le cul. Ils meurent d'envie de passer un accord. S'il vous plaît, monsieur, passons un accord. Je ferai n'importe quoi. »
Est-ce que nous, Français, on fait partie de ceux qui, pardon de l'expression, lui lèchent le cul ? Nous, Français, on veut d'abord protéger nos entreprises. On veut assurer la résilience, mais aussi la résistance de notre économie face à des mesures qui, je dois le rappeler ici, ont d'abord comme victime les Américains, les entreprises américaines, les citoyens américains. Vous savez, on a fait nos calculs à Bercy. Si ces droits de douane venaient à s'appliquer, c'est deux points de PIB de moins aux États-Unis. Et pour l'Europe, c'est un point de moins de 0,5 points de PIB. Pour la France, c'est même un peu moins. On est à 0,3, 0,5 points. Ça, c'est l'effet direct.
Mais notre objectif, c'est que ces droits de douane ne s'appliquent pas. Est-ce qu'on va être contraint ? Je ne vais pas reprendre les mots à la fois fleuris, à mon avis, pas dans ce qui est le dialogue ni diplomatique ni économique entre nos pays. Nous, on est des Européens. On a un très grand marché. On a des très grandes entreprises. On a 28 000 entreprises françaises qui exportent aux États-Unis. Et donc, notre objectif, c'est quoi ? C'est qu'elles puissent continuer à travailler, que les emplois soient préservés. Comment on fait ça ?
D'abord, on montre aux Américains que nous aussi, et ça sera d'ailleurs voté aujourd'hui à Bruxelles, si on nous taxe notre acier, notre aluminium et nos voitures, nous, on peut taxer des choses américaines. À la fin, est-ce qu'on gagne ? Ni les Américains, ni nous ne gagnons. Donc, ce n'est pas souhaitable. Vous êtes prêts à faire ? On le fait parce qu'on n'est pas des gens faibles. On le fait parce que ça protège quand même nos intérêts. Mais ce qu'on dit, c'est qu'on peut aller beaucoup plus loin. On peut regarder aussi les services numériques que nous vendent les Américains. On peut aussi se dire que la commande publique, peut-être que les entreprises américaines, y auront moins accès.
Parce que ce qu'on veut, c'est montrer qu'on peut être ferme, mais sans aller au contraire des intérêts de nos entreprises et de nos emplois.
Mais est-ce qu'on négocie ? Est-ce qu'on a appelé ? Est-ce que les uns et les autres, je sais que Georgia Meloni, par exemple, a prévu probablement de se rendre elle-même en personne. Elle ne va pas le faire au nom de l'Europe, elle va le faire au nom de l'Italie.
D'abord, nous, on veut rester unis en Européens. C'est toujours bon d'avoir des contacts. Vous avez vu sur l'Ukraine, vous avez vu sur d'autres sujets. Il faut maintenir le contact, mais il faut surtout maintenir la négociation. C'est quoi notre but ? C'est que tout ça, là, ne s'applique pas. C'est que notre meilleur objectif, c'est que nous reprenions une économie mondiale où on ne fait pas de la rétorsion, de la pression, du chantage ou de l'extorsion. Mais il va falloir lâcher des trucs, non ? Et donc, notre but, c'est de négocier. Et de négocier en étant forts, en étant unis. C'est la ligne du président de la République.
C'est d'ailleurs pour ça que les entreprises françaises étaient à l'Elysée la semaine dernière, qu'elles seront à Bercy. Nous les recevons avec Éric Lombard et le ministre de l'Industrie et le ministre des PME, ça, l'après-midi, pour qu'on dise, voilà, qu'est-ce qu'on peut proposer au niveau européen qui est suffisamment fort, mais qui n'est pas pour nous une forme de sabotage. Vous savez, Donald Trump, il est en train de faire un auto-sabotage. Il a décidé de faire peser plus de 4 000 dollars de plus d'inflation par les prix aux Américains à qui il a dit pendant la campagne « Je serai le président qui luttera contre l'inflation ». Mais là, il est en train d'en créer.
Donc tout ça n'a pas beaucoup de sens. Il faut donc qu'on ne soit pas fébrile. Il faut qu'on soit très clair. On doit assurer la résilience et la résistance dans un monde où nous espérons, et nous travaillons, et nous négocions pour que tout ça, le plus vite possible, soit mis sur...
Alors vous espérez qu'on puisse encore y échapper, mais si ça n'est pas le cas, il y aura des conséquences. On a entendu Ursula von der Leyen qui disait « L'économie mondiale va souffrir massivement, l'incertitude va remonter en flèche, l'inflation va repartir ». Vous l'avez même reconnu, dans ce contexte-là, le budget est désormais inconfortable. C'est le mot que vous avez utilisé. Est-ce qu'au moment où l'on se parle, Amélie de Montchalin, vous maintenez la volonté et la promesse de ramener le déficit de 5,4% du PIB en 2025 contre 5,8% l'an dernier ? Et est-ce que vous espérez toujours que l'on puisse atteindre, ou même passer dessous, les 3% d'ici 2029 ?
Alors oui, oui et oui. Pourquoi ? Les Français qui nous écoutent, il faut qu'on puisse bien décrire la situation. On a trois crises devant nous. On a une crise stratégique, une crise de défense, une crise de protection, Poutine, l'Ukraine, les Américains qui ne savent plus trop s'ils nous soutiennent ou pas. Ça, c'est un enjeu stratégique existentiel. On a une crise commerciale et économique, on vient d'en parler, qui est lancée par la première puissance économique mondiale, contre le monde entier et contre nous. Et puis on a une troisième crise qui est une crise budgétaire.
Et cette maladie endémique du déficit, si nous nous reposons, si nous faisons une pause dans ce chemin de désendettement, nous nous privons des moyens de pouvoir répondre aux deux autres crises. Si nous ne réduisons pas nos dépenses, si nous considérons que les crises sont des prétextes à ne pas agir, alors on a un très gros problème. C'est comment on va faire face à cette crise existentielle stratégique ? Comment on va faire face à cette crise ?
J'avais le ministre de l'Économie, Éric Lombard, à ce même micro vendredi, qui laissait entendre qu'il ne jourait ni, qu'il ne baisserait pas le budget tel qu'il était promis aux collectivités, à l'État, et qu'il demanderait certes un effort de dépense conséquent, mais pas davantage que ce qui était le cas. Et donc, la seule chose sur laquelle ça allait jouer, c'était forcément que ça allait creuser le déficit.
Je vais vous répondre en deux temps. Le premier temps, c'est que vous savez, on a connu le quoi qu'il en coûte des crises, parce qu'il a fallu protéger les Français face au Covid, protéger les Français face à l'inflation. Aujourd'hui, moi, ministre du Budget, ma doctrine, qui est partagée évidemment avec Éric Lombard, et que le Premier ministre nous demande de tenir fermement, c'est le quoi qu'il arrive. Ça veut dire quoi, le quoi qu'il arrive ? C'est que quoi qu'il arrive, notre pays puisse faire face ensemble à ses priorités existentielles.
la défense, la santé, l'éducation, et que quoi qu'il arrive, si le monde change, s'il y a des crises, s'il y a des risques, nous restions un pays capable d'être un pays puissant, un pays qui fait des choix. Oui, mais moi, je ne vois pas comment ça marche.
Comment ça marche ?
Les calculs ne sont pas bons, quoi.
Je ne vois pas comment on peut, si on a une croissance qui baisse, je l'avais dit, entre 0,3 et 0,5%,
premier temps, c'est le quoi qu'il arrive, je vous l'ai dit, c'est une doctrine très différente de d'habitude. C'est une doctrine qui nous dit, on se met en alerte, on est prêt à prendre au bon moment les décisions pertinentes, et on est dans l'action. Et donc, je vais vous expliquer très concrètement, maintenant, ça veut dire quoi, aujourd'hui, moi devant vous ? Quelles conséquences ? Quelles conséquences ? Nous avons construit ce budget en mettant de la réserve de côté de l'argent de précaution. La réserve de précaution. Pourquoi ?
Parce qu'on s'est dit, le monde est instable, on ne sait pas comment l'année 2025 va se dérouler, et d'ailleurs, on a bien fait, parce que vous voyez qu'il y a beaucoup d'aléas. Et donc, je vous annonce aujourd'hui, comme quand un ménage met de côté de l'argent pour les jours difficiles, je vous annonce que nous nous sommes donnés les moyens de mettre 5 milliards de dépenses, aujourd'hui, d'efforts supplémentaires, c'est-à-dire des dépenses qui ne vont pas être faites, des dépenses qui vont être repoussées, des dépenses qui vont être réallouées, et ces 5 milliards d'euros que nous allons donc soit annuler, soit repousser, soit réorienter, c'est notre réponse à un monde instable.
C'est la manière de faire face, quoi qu'il arrive, à ce monde instable. Il y a moins de croissance, c'est vrai. Il y a des aléas sur certaines dépenses, plus de dépenses de défense, c'est vrai. Qu'est-ce que je fais, moi, ministre du Budget ? Mais je ne comprends pas.
En fait, vous aviez une pochette secrète
dans laquelle vous aviez mis 5 milliards ? Non, pas du tout. C'est tout à fait transparent. Nous avons, et je l'ai annoncé depuis des semaines, nous avons mis 9 milliards d'euros de réserve de côté. On va en prendre 5. 9 milliards, il y a aujourd'hui 5 milliards qu'on active, pour dire, voilà, comme dans un ménage. Dans un ménage, vous avez des revenus. À un moment donné, vos revenus baissent. Vous allez puiser un peu dans votre épargne. Dans un ménage, je ne sais pas, votre dépense d'automobile augmente. Vous baissez un peu vos dépenses d'une autre, de l'alimentation. Vous vous privez un peu.
Et bien, ce que je vous annonce aujourd'hui, c'est que cette démarche, on identifie d'abord des marges de précaution. Ensuite, on identifie des risques. Si les risques se concrétisent, nous agissons. Et donc, ça veut dire débloquer les 5 milliards ? Ça veut dire qu'il y a 5 milliards d'efforts de plus sur la dépense, que je vous annonce que nous allons faire dans les toutes prochaines semaines, pour que nous puissions tenir la ligne, tenir ce chemin de désendettement, parce que c'est la seule condition pour qu'aujourd'hui, demain et en 2029, un, on arrête d'augmenter la dette, et deux, nous nous redonnions des marges de manœuvre pour financer l'essentiel.
Je veux vraiment comprendre de quoi on parle. Quand vous nous dites « c'est comme les Français », ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'on avait cette épargne d'un côté, on avait cette réserve de précaution qu'on va pouvoir récupérer, ou est-ce que c'est 5 milliards d'efforts supplémentaires sur les dépenses ?
En fait, ça veut dire que c'est des dépenses. On avait mis de l'épargne de côté, il y a une partie qu'on va dire « ça, on ne va pas le dépenser du tout ». Ça, ça n'aura pas lieu dans l'année, parce qu'on n'a pas les moyens, parce qu'en fait, il y a un peu moins de croissance, il y a un peu moins de recettes, c'est comme aménage, il y a un peu moins de revenus. Donc ça, on ne va pas le dépenser. Et puis, vous voyez, j'ai beaucoup travaillé avec Sébastien Lecornu, pour que nous ayons les moyens de soutenir l'Ukraine, pour que nous ayons les moyens de réarmer notre pays.
Et dans ces 5 milliards, il y a une partie qui va aller effectivement à nos dépenses essentielles de défense, et nos dépenses essentielles pour que notre pays soit fort et puissante. Donc on débloque de l'épargne, on débloque 5 milliards. Et il y a une partie qui sont des dépenses qui n'auront pas lieu, et donc ça, ça permet de nous ajuster, parce qu'on a moins de recettes, on a moins de revenus, on a moins de croissance. Et puis, il y a une partie qui permet de réallouer nos choix. En fait, ce que je suis en train de vous dire, c'est que le budget de la France, ce n'est pas une usine à gaz très compliquée, parce qu'il y a des grands milliards et qu'on ne comprend rien.
Les Français doivent pouvoir comprendre. On collecte leurs impôts. Avec cet impôt, on finance des choses essentielles. Et on gère notre pays, en fait, comme le font les familles. Il y a de l'épargne, il y a pour les jours difficiles des mesures qu'on doit prendre. On s'ajuste en temps réel. Et surtout, la grande nouveauté, c'est qu'on le fait en transparence. Le 15 avril, le Premier ministre va installer ce qu'on appelle le premier comité d'alerte. Premier moment où on va réunir les ministres, les collectivités locales, la sécurité sociale. Et on va dire très simplement, comme je vous le dis là, où on en est, quels sont les risques, qu'est-ce qu'on fait.
Et il y aura plein d'autres moments dans l'année où on va le faire. Parce qu'à nouveau, c'est l'argent des Français. Vous savez, il n'y a pas l'argent de l'État, c'est notre argent. C'est nos impôts. Tout comme, voyez-moi, quoi qu'il arrive, je me bats pour qu'on lutte contre la fraude. Quoi qu'il arrive, je me bats pour qu'on puisse faire face aux risques. Il y a beaucoup de choses en ce que vous venez de dire, Amélie de Montchalin. C'est essentiel que les Français comprennent que nous gérons leur argent
avec beaucoup, beaucoup de bon sens et beaucoup, beaucoup de sérieux. J'ai beaucoup, beaucoup de questions, Amélie de Montchalin, notamment sur la croissance, les perspectives de croissance et ce que ça pourrait coûter. Mais puisque vous dites qu'on va le faire en toute transparence, ça me rappelle les mots d'Éric Ciotti. Éric Ciotti qui a dirigé la concertation et les études dans la commission d'enquête sur le déficit et qui dit, je le cite, Emmanuel Macron a dissous l'Assemblée nationale pour masquer l'ampleur du désastre budgétaire. La dissolution en est la conséquence directe.
Et il explique qu'au fur et à mesure des écoutes, des ententes qu'il a eues et qu'il a reçues dans cette commission d'enquête, il parle de l'ampleur, de l'écart entre les promesses et la réalité du déficit. Il parle aussi d'alertes qui ont été faites sur cette dégradation terrible, mais qui ne sont jamais remontées, soit jusqu'à la Cour des comptes, qui dit ne pas avoir été informées, soit vis-à-vis de la représentation nationale et de l'Assemblée. Qu'est-ce que vous répondez à cela ?
Deux choses. D'abord, je réponds à Éric Ciotti que la théorie du complot n'est pas à la hauteur ni de la crise des finances publiques, ni de la crise démocratique. Et je pense qu'on peut s'épargner les théories complotistes et les grands récits où après coup, vous savez, on réinvente l'histoire. Après, sur le fond, d'abord, les parlementaires, ils sont dans leur droit le plus légitime à demander des comptes au nom des Français au gouvernement. Et donc c'est très sain, c'est très sain que dans une démocratie, eh bien, il y a ces échanges. La deuxième chose, c'est qu'avec Éric Lombard, quand on est arrivé, parce que précisément ce budget 2025, il a été construit par les parlementaires.
C'est un budget de compromis. Nous avons, et nous avons écouté les économistes, nous avons écouté les parlementaires, et voyez ce comité d'alerte dont je vous parle. C'est, on a tiré les conclusions de ce qui s'était passé, mais pas qu'en 2024, depuis des années. Ce moment où on présente un peu, où on en est, on le faisait au mois de juin. En 2024, on s'attendait.
En tout cas, officiellement, il était prédit à un déficit de 4,4% du PIB, et à l'arrivée, c'était 5,8%.
Donc, deux choses. Quand même, un truc qui s'est passé. Un, nous, on va aller au devant des demandes des parlementaires. Ce moment dont je vous parle du 15 avril, c'est un moment, d'habitude, ça se passait au mois de juin, au mois de juillet. Quand vous faites, vous voyez, un bilan de ce qu'il faut ajuster au mois de juin, au mois de juillet, vous avez moins de marge de manœuvre que quand vous êtes au mois d'avril. Deuxièmement, on va communiquer, vous le voyez en toute transparence, pas seulement avec les parlementaires, mais aussi avec les collectivités locales, aussi avec ceux qui gèrent la sécurité sociale.
Et vous allez voir, dans les prochaines semaines, avec Éric Lombard, sous l'autorité du Premier ministre, et c'est vraiment une volonté politique et démocratique, toute transparence, pas de soupçons, on ouvre la boîte noire si certains pensent que c'est une boîte noire, et on partage tout ce qu'on sait, pour que ça soit connu. Ensuite, qu'est-ce qui s'est passé en 2024 ? Vous savez, on a commencé l'année, il y avait 3% d'inflation. On a fini l'année, il y avait 1,3% d'inflation. On a commencé l'année, il y avait la croissance. Donc, tant mieux pour les Français, mais tant pis pour les comptes. Et donc, en fait, l'année 2024, c'était une année qui a été très chamboulée économiquement.
Il y a eu, effectivement, de l'incertitude politique. Et effectivement, il y a eu aussi des éléments qui ont été partagés avec d'autres pays. La France, on a eu 5% de recettes de TVA de moins que prévu. L'Allemagne a eu 4% de moins. Le Royaume-Uni a eu 2,5% de moins. Donc, en fait, il y a des choses qui sont liées à ce qu'on ne pouvait pas prévoir. Il y a des choses qui sont liées à l'économie qui a changé. Il y a des choses qui sont liées. On le regarde sur la fraude à la TVA, notamment, qui est assez massive, et les Français le savent, par les colis qui arrivent, notamment, de Chine. Et où, aujourd'hui, on a des pertes massives de TVA. Donc, là-dessus, avec les douaniers, on a un plan...
Mais on s'est depuis si longtemps. Qu'est-ce qu'on s'est depuis si longtemps ? Pourquoi tous ces colis arrivent sans être taxés ? Parce que, précisément, vous savez combien augmentaient les colis en un an ? C'était 400 millions de colis en 2023, pour la France, l'article qui arrive comme ça. 800 millions en 2024.
Oui, mais de ce point de vue-là, on peut dire que Donald Trump a été plus rapide que l'Europe à réaliser
qu'on pouvait faire monter ou descendre les droits de douane. Eh bien, Donald Trump, la mesure de Donald Trump, elle a duré une journée. Elle a été annulée vendredi, la mesure de Donald Trump. Sur la Chine ? Sur la Chine. Parce qu'ils se sont rendus compte que ce n'est pas parce qu'on annonce dans la désorganisation la plus totale que vous pouvez taxer des centaines de millions de colis. Donc, les Américains, cette mesure, que nous aussi, Européens, on va prendre, mais on va la prendre en Européen, de manière organisée, pour qu'effectivement, la fraude à la TVA, la fraude aux droits de douane, que vous soyez qui que ce soit en France, vous n'avez pas le droit de la monnaie.
J'ai des questions sur les aides aux entreprises et sur la croissance, sur les aides aux entreprises. Vous disiez que vous alliez encore les réunir à nouveau, sans doute pour les rassurer. Est-ce que vous demandez toujours aux entreprises françaises d'attendre, de geler leurs investissements aux Etats-Unis ? De jouer français ?
De jouer européen ? Évidemment, évidemment, le Président de la République l'a dit, l'ensemble du gouvernement l'a dit, nous devons être résilients mais nous devons être résistants. C'est-à-dire, on doit se serrer les coudes. Dans la période actuelle, on doit jouer pour notre pays.
Le canard enchaîné révèle ce matin que Bernard Arnault aurait rendu une très discrète visite, ce sont les mots du canard enchaîné, fin mars, à Donald Trump, dans l'espoir, je cite, d'obtenir de meilleurs droits de douane pour son propre business. Peine perdue, le milliardaire serait rentré bredouille à Paris. Voilà les mots du canard enchaîné. Comment vous réagissez ? Je réagis qu'on doit jouer groupé.
Cet après-midi, on réunit toutes les fédérations d'entreprise. Je ne suis pas choquée par le fait que des chefs d'entreprise aillent chercher des marchés, aillent chercher des pistes d'investissement. Il faudrait savoir. Le président leur dit la semaine dernière
que les chefs demandent de tout geler
et ce matin vous dites que je comprends qu'ils aillent chercher leur business. D'accord, c'était avant. Aujourd'hui, dans le monde hostile qui est le nôtre, on doit jouer groupé, on doit jouer français, on doit jouer européen, on doit surtout chercher quelles sont les mesures qui doivent être suffisamment fortes pour faire de la dissuasion mais suffisamment équilibrées pour ne pas nous pénaliser nous-mêmes. Et donc, moi, vous voyez, ministre des douanes, aujourd'hui, on a ouvert 40 points de contact partout dans le pays pour que toutes les entreprises, les 28 000 entreprises dont je vous parle, puissent être accompagnées pour connaître le droit américain.
Je vous ai montré, il y a des mesures, elles existent 24 heures. Si vous êtes une entreprise française, vous êtes déboussolé. Donc les douaniers, ils accompagnent pour pouvoir anticiper, pour pouvoir anticiper, se préparer. Deuxième chose, les douaniers, ils aident les entreprises à trouver des marchés nouveaux, ailleurs dans le monde où leurs produits sont demandés et où il n'y a pas de droit de douane.
Et enfin, on est vraiment à l'écoute de toutes nos autorités et dès que le paquet européen aura été décidé, pour qu'on aille contrôler, on va ouvrir les conteneurs, on va vérifier ce qui nous arrive aux Etats-Unis, et bien on le taxe aux mesures que nous aurons décidé parce que le contrôle, c'est aussi un moyen de montrer aux Américains que nous ne sommes pas faibles et que nous nous protégeons notre économie et nos chefs d'entreprise.
Amélie de Monchalin, vous tabliez lorsque vous avez écrit ce budget, probablement sur une croissance de 0,9. Elle serait déjà aujourd'hui à 0,7. François Bayrou et vous-même ce matin évoquez probablement une perte de croissance de 0,5% ou en tout cas de 0,3 minimum. Il reste quoi et le budget
est-il encore sérieux ? Alors, sur la croissance, Éric Lombard annoncera dans la journée le chiffre que nous retenons. Ça, c'est une chose je crois importante. Il sera à la baisse ? Il ne sera pas à la hausse. Il ne sera pas à la hausse. Vous allez donc annoncer aujourd'hui une baisse de croissance ? Éric Lombard expliquera l'état du monde, l'état de l'économie et ce que nous pensons être désormais la cible de croissance que nous pouvons collectivement avoir. Maintenant, ce que j'ai à vous dire sur les effets des droits de douane. Les chiffres dont je vous parle sont des chiffres mécaniques, des chiffres de calcul. Notre but, c'est que ça ne s'applique pas.
Donc, notre but, c'est que l'incertitude s'arrête le plus vite possible. Et puis, on voit aussi que dans ce moment, pas mal d'entreprises nous disent mais attendez, avec ces droits de douane, avec ces règles complètement incompréhensibles, on va rapprocher la production de la consommation. On va relocaliser. Et on a des entreprises nombreuses, européennes, qui disent dans ces conditions, on va refaire de la production en Europe.
Et donc, si on fait les plus et les moins pour la France, et c'est d'ailleurs pour ça qu'on continue d'avoir une politique très forte d'attractivité, d'accompagnement des entreprises, de soutien à l'industrie, parce qu'on voit bien que c'est aussi un moment où on peut gagner de la souveraineté et refaire de la production en France, en disant, le marché européen, c'est 450 millions de personnes avec zéro droit de loi. Ça veut dire,
Amélie Monchalin, qu'au moment où l'on se parle, et ce sera confirmé dans la journée par le ministre de l'Économie, le budget n'est plus sincère, n'est plus tenable. Non. Je viens de vous dire, je viens de vous dire,
j'ai commencé cette discussion en disant que vous allez débloquer de l'argent. Qu'est-ce qu'on fait ? On observe la croissance. On prend des réserves de précaution. Et on a juste nos décisions. Et donc, ce que je peux vous dire, c'est qu'aujourd'hui, avec la prévision de croissance qui sera annoncée, nous transmettons à la Cour des comptes, au Haut Conseil et aux finances publiques, notre nouvelle vision de l'année 2025 et du futur, pour que la Cour des comptes et le Haut Conseil et aux finances publiques puissent donner leur avis, pour montrer comment nous tenons le 5-4, quelles sont nos décisions. Je vous ai annoncé une décision forte. Donc on tient le 5-4.
On a juste nos 5 milliards de dépenses en moins pour qu'on puisse tenir nos objectifs. Donc on n'est pas du tout en train d'être ni un sincère, ni spectateur. On n'est pas en train de renoncer, on est en train d'agir. D'agir pour les Français, d'agir pour le désendettement. Et donc, ce que je vous dis juste, c'est qu'effectivement, notre but, c'est que cette incertitude massive pour l'économie, soit on la laisse perdurer, et ça peut nous coûter à tous très cher, mais ça coûte d'abord très cher aux Américains, soit on agit pour qu'elle soit la plus courte possible et qu'on reprenne une économie qui fonctionne.
Et dans ce cas-là, on sera très content d'ailleurs de soutenir encore plus les entreprises à produire en France et en Europe.
Merci Amélie de Montchalin d'être venue à mon micro ce matin. Vous qui êtes donc ministre chargé des comptes publics et ministre des douanes. Il est 8h52 sur RMC BFM TV.
Amélie de Montchalin