Altercation à l'Assemblée, censure du gouvernement, AME... L'interview de Manuel Bompard (LFI)
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11h32 sur BFM TV et RMC, mon invité ce matin, le coordinateur de la France Insoumise, Manuel Bompard. Bonjour à vous. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin. Beaucoup de questions à vous poser sur le budget, sur la censure, sur la réforme des retraites ou encore l'aide médicale d'État. Mais je voudrais commencer, Manuel Bompard, par ce recul de Michel Barnier sur l'une des taxes sur l'électricité qui se traduira concrètement par une baisse plus importante des factures pour les Français. Elles devaient baisser de 9%. Elles baisseront de 14%. Et le Rassemblement national revendique ce matin une victoire.
Pour autant, est-ce que pour vous, Manuel Bompard, ça reste une bonne nouvelle pour le portefeuille des Français ?
D'abord, il faut dire la vérité. C'est-à-dire que, contrairement à ce que dit M. Barnier, cette décision n'est pas une annulation des augmentations prévues de la taxe sur l'électricité.
C'est une partie de l'augmentation qui est annulée.
Effectivement. Et donc, ce n'est pas vrai de dire que ça va se traduire pour les Françaises et les Français par une baisse de l'électricité. Ça dépend pour qui, en vérité. C'est-à-dire qu'il y a des gens qui sont aux tarifs réglementés, il y a des gens qui ne le sont pas. Les gens qui ne le sont pas vont voir précisément le prix de l'électricité augmenter.
Donc, ce n'est pas une bonne nouvelle ?
Non, je ne dis pas que ce n'est pas une bonne nouvelle. Je préfère que ça augmente moins que ce qu'il était prévu d'augmenter dans le budget de Michel Barnier. Mais ça fait deux fois que M. Barnier nous fait ça. M. Barnier, c'est un peu de jolons bruit. Il vous fait croire que, finalement, les taxes sur l'électricité ne vont pas augmenter. Mais finalement, elle va augmenter un peu. Puis, il vous fait croire que les pensions de retraite vont être revalorisées. Et puis, vous vous rendez compte, quand vous regardez dans les détails, que ce n'est pas aussi clair que ça. Joe Lambrou, il dit de vous manuellement pas. Oui, bien sûr, parce que je pense qu'il a une manière de présenter des avancées.
Alors que c'est lui-même qui a proposé de dégrader la situation sur un certain nombre de sujets. Il vous fait croire à une grande victoire. Alors qu'en vérité, il continue quand même à impacter le pouvoir d'achat des Françaises et des Français. Maintenant, je vais vous dire les choses. Franchement, dans la discussion budgétaire à l'Assemblée nationale, à notre initiative, nous, les députés insoumis du nouveau Front populaire, nous avions proposé tout simplement de supprimer l'intégralité de l'augmentation des taxes sur l'électricité.
Oui, et vous l'aviez obtenu lors du vote, en première lecture, à l'Assemblée nationale. Donc pourquoi le Rassemblement national dit « c'est grâce à nous, vous pourriez vous aussi revendiquer une victoire ? »
Mais moi, je revendique effectivement une partie de cette victoire. Mais sauf que cette victoire, elle serait vraiment une victoire si M. Barnier renonçait totalement à augmenter le prix de l'électricité. Ce n'est pas ce qu'il fait. De la même manière qu'il ne renonce pas à reporter la revalorisation des pensions de retraite, puisqu'il le fait en deux temps. Donc voilà, moi, je vous dis que ce budget reste en l'état, même après les dernières annonces de M. Barnier, un budget qui va impacter le pouvoir d'achat des Françaises et des Français, un budget qui va se traduire par des coupes dans la dépense publique et donc dans les budgets d'un certain nombre de ministères.
C'est un budget qui va se traduire par, par exemple, 4 000 postes d'enseignants en moins. Ça, ça demeure en l'état et que donc ce budget en l'état est inacceptable. Et que donc, si M. Barnier, sans tête, a essayé de le passer par 49,3, alors effectivement, nous déposerons une motion de censure et nous obtiendrons la censure.
Et je reviendrai, Manuel Bompard, sur la motion de censure. Juste un dernier mot sur la taxe sur l'électricité, la partie de la taxe qui est supprimée. Est-ce que pour vous, Michel Barnier le fait pour vous tendre la main, pour discuter avec vous, est-ce que c'est un signe de bonne volonté à l'égard de l'ensemble des oppositions ? Ou est-ce que vous y voyez un geste plus particulièrement à destination de Marine Le Pen ?
Quand on regarde les autres annonces qu'a faites M. Barnier hier, on voit bien qu'il se tourne vers le Rassemblement national, comme depuis le début, parce qu'il faut quand même rappeler...
Vous évoquez l'aide médicale d'État notamment, dont il a annoncé hier sensiblement baisser le panier de soins pris en charge pour les sans-papiers.
Je veux quand même rappeler que sans le Rassemblement national qui a laissé M. Barnier s'installer, M. Barnier ne serait pas aujourd'hui Premier ministre. Je vois Mme Le Pen critiquer le budget de M. Barnier, mais la vérité c'est que si Mme Le Pen avait été cohérente, c'est-à-dire que si les députés du Rassemblement national avaient voté pour la motion de censure que nous avons déposée au mois de septembre, alors M. Barnier ne serait pas là, et le budget qui est sur la table aujourd'hui n'existerait pas en l'État, c'est un autre budget qui existerait. Quant à la décision sur l'aide médicale d'État, soyons clairs, M. Barnier a choisi le déshonneur pour éviter la censure.
En vérité, il a le déshonneur et il aura demain la censure. C'est une honte de s'attaquer à l'aide médicale d'État. Et moi je m'adresse aux députés...
Attends Emmanuel, juste pour expliquer pour ceux qui nous écoutent, l'aide médicale d'État c'est le mécanisme de prise en charge des soins urgents destinés aux étrangers en situation irrégulière. Marine Le Pen dit qu'il faut drastiquement baisser le budget de cette aide médicale d'État, mais la droite sénatoriale, il y a un an, réclamait la même chose par la voix de Bruno Retailleau, devenu entre-temps ministre de l'Intérieur de ce gouvernement.
Vous avez raison.
Au final, Michel Barnier parle à tous ceux qui la réclament, pas simplement à Marine Le Pen.
Très bien, mais ce n'est pas pour ça que c'est une bonne disposition. Que les choses soient claires, l'aide médicale d'État, aujourd'hui, sa remise en cause, elle est contestée par exemple par à peu près l'ensemble du corps médical. Pour une raison simple que les gens qui nous écoutent doivent comprendre, c'est qu'une personne qui est malade, quand elle a un virus, le virus ignore bien de savoir si la personne à côté a des papiers ou n'en a pas. Et donc c'est un désastre sanitaire de remettre en cause la prise en charge des soins urgents, parce que c'est à ça que sert l'aide médicale d'État aujourd'hui.
Ce n'est pas ce que dit Michel Barnier, il dit qu'il faut revoir le panier de soins. Et au fond, là-dessus, Daniel Bonpart, il n'est pas précis. Je vous l'accorde sur ce point, il est extrêmement flou. Mais revoir le panier de soins, c'était l'une des préconisations du rapport Stéphanini-Evin, avec un homme de droite, Patrick Stéphanini, un homme de gauche, Claude Evin, qui est socialiste, qui disait tous deux qu'il fallait encourager le resserrement des critères d'éligibilité pour cette aide médicale d'État, et élargir les prestations soumises à un accord préalable de l'assurance maladie.
– Écoutez, madame, la vérité, c'est que depuis des mois et des mois, on assiste à une campagne de désinformation sur cette question de l'aide médicale d'État. C'est-à-dire qu'on fait croire qu'il y aurait des soins qui ne sont pas des soins vitaux ou des soins urgents qui seraient pris en charge par l'aide médicale d'État. Est-ce que vous savez, par exemple, que la prise en charge par l'aide médicale d'État pour un certain nombre de prestations et de nécessités médicales, elle n'est que partielle ? Or, on parle de gens qui n'ont pas de mutuel. Donc, évidemment qu'il n'y a pas d'effet d'aubaine sur l'aide médicale d'État.
– Et c'est aussi ce que dit le rapport Évin, le Stéphanie, qu'il n'y a pas d'effet d'aubaine et que ce n'est pas un appel d'air.
– Il n'y a aucun effet d'épée d'aubaine sur ce sujet, y compris d'un point de vue budgétaire et financier. On parle d'une dépense qui est estimée, je crois, à un milliard d'euros. C'est de ça dont on est en train de parler. C'est même pas 1% du budget de la Sécurité sociale. Or, si vous ne soignez pas des gens au début de la maladie, alors à la fin, la maladie va s'aggraver. Et donc la prise en charge à la fin, aussi ce que disait ce rapport, à la fin, elle va coûter plus cher, parce que quand la personne va arriver à l'hôpital aux urgences, sa pathologie se sera aggravée. Donc c'est un non-sens économique, c'est un non-sens sanitaire, et c'est une honte morale.
– Et l'argument du Rassemblement national et de la droite, c'est de dire si des efforts sont demandés à tout le monde, il faut aussi demander des efforts à ceux qui bénéficient de l'aide médicale.
– Curieusement, M. Barnier ne demande pas des efforts à tout le monde, ce n'est pas vrai, puisque dans la discussion budgétaire, quand nous avons réussi à faire voter un amendement pour mettre à contribution les 147 milliardaires, ça je pense qu'on pouvait se dire que 147 personnes qui ont plus d'un milliard d'euros de patrimoine, on peut peut-être les mettre un petit peu à contribution. Cet amendement, il a été refusé, et j'observe que quand Michel Barnier dit qu'il va faire des pas, bizarrement, il ne fait pas ce type de pas. Donc M.
Barnier a choisi, il a choisi que ce budget était un budget qui allait frapper l'ensemble des Françaises et des Français plutôt que de concentrer les efforts sur ceux qui ont les moyens de faire les efforts dans une situation budgétaire difficile.
– Emmanuel Bompard, considérez-vous qu'à l'heure où on se parle, Michel Barnier est l'otage de Marine Le Pen ?
– Je considère que Michel Barnier est surtout en sursis, c'est-à-dire que je pense que Michel Barnier, comme je vous l'ai dit tout à l'heure, essaye de se sauver, et que pour ça, il ne recule devant aucun déshonneur, et qu'en vérité, il aura perdu son honneur, mais il sera quand même censuré la semaine prochaine. M. Barnier va tomber, c'est ça la réalité, tout le monde le sait.
– Vous n'avez aucun doute là-dessus, pour vous, dans une semaine pile, vendredi prochain, il n'est plus que le ministre.
– C'est effectivement ce que je crois. Et d'ailleurs, j'observe qu'il a beau dire qu'il fait des gestes, des pas, en face, Mme Le Pen continue à mettre des lignes rouges. Donc si Mme Le Pen et les députés du Rassemblement national ne censurent pas le gouvernement de Michel Barnier, ils auront à nouveau trahi les Françaises et les Français.
– Emmanuel Bompard, précisément, puisqu'on parle du Rassemblement national, quand vous les voyez s'attribuer des victoires dans le cadre des discussions budgétaires, est-ce que vous avez une forme de regret ? Est-ce que vous vous dites, nous aussi, on aurait peut-être pu obtenir quelque chose, ou est-ce que pour vous, le dialogue avec Michel Barnier était de toute façon impossible ? Et j'anticipe un peu votre réponse, parce que vous l'avez évoqué en parlant de cette taxe sur les milliardaires. Pour vous, il n'y avait aucune possibilité de dialogue, d'inflexion de la part de Michel Barnier envers la gauche.
– Et c'est ce que je constate, M. Barnier ne fait aucun pas, aucun geste, ne reprend aucune des dispositions, alors quand même que je veux préciser, nous sommes dans une démocratie parlementaire, ce que je veux préciser c'est que les amendements dont je suis en train de vous parler, ils ont été votés par une majorité des victimes.
– L'inflexibilité ne vient pas de votre part, vous dites, ça repose sur les épaules de Michel Barnier.
– Évidemment, écoutez, nous on a accepté quand même un exercice, c'est qu'on est parti de la copie budgétaire de Michel Barnier, et y compris des contraintes budgétaires qu'il a mises sur la table. Il a dit, il faut faire 60 milliards d'euros d'économie, qu'est-ce qu'on lui a proposé ? On lui a proposé un budget dans lequel on faisait rentrer 75 milliards d'euros de recettes nouvelles. C'est ça la proposition à la fin du débat budgétaire, 75 milliards d'euros de recettes nouvelles. On avait les 60 milliards d'euros d'économie, et il nous restait 15 milliards d'euros pour faire les investissements dont on a besoin, dans la transition écologique, dans le développement des services publics. M.
Barnier et Mme Le Pen à l'époque quand même, il faut le dire à l'Assemblée nationale, ont balayé tout ça d'un revers de la main et s'entête à faire passer un budget qui fait payer la facture des efforts à faire à tout le monde, à tous les Français, à toutes les Français. C'est eux qui vont payer le prix de ce budget. Et en plus, ce budget est un désastre économique à venir. Il y a un rapport de l'OFCE, qui est l'Observatoire des conjonctures économiques, qui dit que ce budget se traduira par une baisse de la croissance de la moitié, de 0,8 points.
Les conséquences sur l'économie, on les a déjà, Manuel Bompard, avec la CGD qui anticipe 250 plans sociaux en préparation et jusqu'à 200 000 emplois menacés. Est-ce que précisément dans ce contexte, un gouvernement faible, un gouvernement démissionnaire, un gouvernement censuré, pas de budget, est-ce que ça ne fragilise pas encore davantage l'économie française ?
D'abord, vous avez raison de dire qu'on a des annonces et des plans de suppression d'emplois aujourd'hui qui se multiplient et ce sont des milliers, des dizaines d'emplois qui sont menacés. Et qu'à chaque fois, on est à peu près dans les mêmes cas de figure. Ce sont des entreprises qui font des bénéfices, qui versent des dividendes aux actionnaires, qui ont touché de l'argent public et qui licencient des salariés. Maintenant, je voudrais quand même corriger, parce que depuis le début de la semaine, on assiste comme d'habitude à une manière, à des discours catastrophistes. Si le gouvernement de Michel Barnier tombe, son budget tombe aussi.
Mais il y a tout à fait la possibilité d'avoir un nouveau gouvernement avec un nouveau budget.
Un nouveau gouvernement qui parle Lucie Casté ?
Pourquoi pas ? Un gouvernement du nouveau Front populaire.
Vous y croyez encore ? Emmanuel Macron appelant Lucie Casté et lui confiant les clés de Matignon.
Je vois bien que M. Macron est prêt à peu près à tout, sauf à nommer le nouveau Front populaire. Mais je vous dis que le respect du résultat des dernières élections législatives dans lequel le nouveau Front populaire et la coalition qui est arrivée en tête, devrait effectivement conduire à nommer un gouvernement du nouveau Front populaire. Et la candidate que le nouveau Front populaire a choisie pour cela, c'est Mme Casté.
Oui, mais tout le monde n'est plus d'accord sur ce point. Manuel Bompard, vous en convenez. Olivier Faure dit ne pas être sûr que le président appellera Lucie Casté. François Hollande dit que ça n'existe plus. François Hollande, hier, si vous l'avez écouté, il considère même, il va plus loin. François Hollande, il n'y a pas de majorité pour qu'un Premier ministre issu des rangs du nouveau Front populaire puisse être désigné.
J'ai bien vu.
Il est plus lucide que vous, François Hollande ?
Non, je crois que François Hollande a réussi pendant quelques semaines à faire mine qu'il portait le programme du nouveau Front populaire. Et de mon point de vue, il revient et il remet en cause les engagements qu'il a pris devant les électrices et les électeurs. Oui, mais je trouve ça problématique d'un point de vue démocratique. Vous ne pouvez pas défendre pendant une compagnie électorale. En tout cas, je crois que c'est une trahison du mandat que les électrices et les électeurs de sa circonscription lui ont donné. Effectivement.
Maintenant, oui, je vous dis, je pense qu'il y a la place pour un autre gouvernement, un gouvernement du nouveau Front populaire, qui mettra en place une autre politique. Et cette autre politique, on en a fait la démonstration pendant le débat sur le budget à l'Assemblée nationale, qu'elle est sérieuse, qu'elle est crédible, qu'elle est financée et qu'elle nous permettrait enfin de répondre aux grandes priorités qu'on a devant nous. Je voudrais dire un mot là-dessus quand même. Le budget de Michel Barnier, il se traduit aussi par des coupes, par exemple, dans les budgets consacrés à la rénovation thermique des logements, à l'écologie de manière générale.
On a besoin, on devrait être en train de parler de ça. On devrait être en train de parler de savoir comment notre pays fait face à ce qui est le défi majeur du 21e siècle. On ne parle pas de ça. Et à la place, on a un budget qui va encore s'en prendre aux Français et aux Français.
C'est aussi un budget qui prévoit des mesures pour l'installation des agriculteurs, pour les retraites agricoles, qui prévoit l'évolution du barème de l'impôt sur le revenu. Et donc sans ce budget, on sait que plus de personnes modestes vont devoir payer l'impôt sur le revenu. C'est aussi un budget qui prévoit des recrutements de policiers et de magistrats. Il y a aussi cela dans le budget.
Par exemple, est-ce que vous savez que dans le budget, c'est 5 000 postes dans la police judiciaire qui vont être supprimés ? Est-ce que vous le savez ? Donc vous voyez, vous avez M. Retailleau qui dit qu'il y a un problème dans la lutte contre la criminalité organisée. C'est vrai, il y a un problème dans la lutte contre la criminalité organisée. Ceux qui sont en charge de la lutte contre la criminalité organisée, c'est en particulier les policiers et la police judiciaire de manière générale.
Les agriculteurs qui se mobilisent en ce moment, Manuel Bompard, qui rappellent encore à des rassemblements les 9 et 10 décembre.
Parlons des agriculteurs, si vous voulez. Les agriculteurs, ils se mobilisent en particulier sur deux sujets. Faire en sorte qu'ils ne soient pas livrés à une concurrence déloyale. Ça, c'est le Mercosur. Oui, le Mercosur, mais on a de multiples accords de libre-échange qui ont été votés par les macronistes, par la droite, parfois même par l'extrême droite. Et de l'autre côté, ils demandent d'avoir un revenu décent, c'est-à-dire la possibilité de vivre de leur production.
Je vous rappelle que l'année dernière, à l'Assemblée nationale, nous avons réussi à faire adopter une proposition de loi pour instaurer des prix planchers pour les agriculteurs, pour ne pas que la grande distribution vienne acheter en dessous du prix de production. Même Emmanuel Macron avait dit qu'il faudra des prix planchers. Vous avez promis, vous avez raison, ça a l'air de l'agriculture en février dernier. Ça, c'est pas dans le budget, vous êtes d'accord, Naïla Latrousse ? Pourtant, c'était il y a un an. Pourquoi ça n'a pas bougé sur ce sujet ?
C'est peut-être dans la loi agricole en janvier, s'il y a un gouvernement, Emmanuel Bompard, d'ici.
C'est malhonnête de venir nous dire que c'est ce budget qui va répondre à la crise agricole, pas de votre part. Mais j'ai entendu le ministre du Budget venir nous dire « si vous n'acceptez pas ce budget, à la fin, ça va être la catastrophe ». Je pense que si on accepte ce budget, à la fin, ça va être la catastrophe.
Emmanuel Bompard, j'aimerais qu'on revienne sur ce qui s'est passé hier dans les travées de l'Assemblée nationale avec deux députés qui ont failli en venir aux mains. Qu'est-ce qui s'est passé précisément ? On a entendu tout depuis hier, les collègues de ce député dire « oui, mais c'est parce qu'il subit un harcèlement et qu'il reçoit des menaces jusqu'à son propre domicile », vous accusant d'ailleurs aussi un peu d'électriser les débats, de tendre les discussions à l'Assemblée au point que certains craquent.
Écoutez, ce qui s'est passé, je crois que vous êtes en train de le passer à l'antenne, il y a une vidéo qui vous montre les choses précisément. Ce qui s'est passé, c'est qu'un député du Modem, soutien du gouvernement, a essayé de s'en prendre physiquement, d'abord un député socialiste, et puis après un député insoumis. Voilà ce qui s'est passé. Et cette violence physique s'est inscrite dans une journée qui a été marquée effectivement par la violence sociale. On a entendu des propos de la part de députés macronistes disant que quand on a 64 ans, on n'est pas fatigué, qu'on peut continuer à travailler.
C'est une journée où était examiné votre proposition d'abrogé la réforme des retraites.
On a eu des ricanements quand des députés de mon groupe évoquaient des exemples, des gens qu'ils avaient rencontrés, qui arrivent à 60 ans, à 62 ans, alors qu'ils sont fatigués, qu'ils sont malades et qu'ils ont envie de partir à la retraite. On a eu de la violence démocratique, antidémocratique, devrais-je dire, puisque alors qu'il y avait une majorité à l'Assemblée nationale pour abroger la réforme des retraites, on en a fait la démonstration hier, il y a eu un vote, que les macronistes ont essayé de supprimer le premier article de notre proposition de loi. Ils ont été très largement battus. Donc il y avait une majorité pour abroger la réforme des retraites.
Et vous avez des députés macronistes qui ont tout fait pour empêcher le vote, qui ont multiplié les provocations, les incidents, jusqu'à cette tentative d'agression physique que vous avez pu voir sur ces images.
C'est tout simplement scandaleux. Et l'Assemblée a échoué par conséquent à abroger la réforme des retraites. Est-ce que vous considérez avoir perdu une bataille ou une guerre ? En gros, si je pose la question différemment, vous allez continuer à tenter d'abroger cette réforme ?
Évidemment que nous allons continuer à abroger cette réforme. Hier soir, jusqu'à minuit, nous avons cherché à faire retirer les amendements de blocage, d'obstruction qui avaient été déposés par les députés macronistes. Mais hier, nous avons fait, comme je vous le disais, la démonstration que cette réforme est minoritaire à l'Assemblée nationale, comme elle est minoritaire dans le pays. Et ce que je peux vous dire, c'est que tôt ou tard, cette réforme sera abrogée. Et de ce point de vue-là, d'ailleurs, le vote qui va avoir lieu la semaine prochaine sur la censure sera aussi un vote contre la retraite à 64 ans.
Puisque certains disent que nous n'aurions pas pu l'abroger dans ce cadre-là, alors ça veut dire que ce gouvernement s'opposera par tous les moyens à l'abrogation de la réforme des retraites d'Emmanuel Macron. Et donc, il faut le faire tomber.
Si le gouvernement tombe, vous en appelez, vous, les insoumis, et vous, Manuel Bompard, à la démission au départ d'Emmanuel Macron. Vous aviez d'ailleurs même lancé une procédure de destitution à l'été qui est un peu enlisée, je ne vais pas revenir dessus. Ce matin, vous adressez une lettre à Bruno Retailleau, qui est le ministre de l'Intérieur qui organise les élections. Vous lui demandez d'informer les forces politiques des modalités d'organisation d'une présidentielle anticipée. Est-ce que vous ne mettez pas la charrue avant les bœufs, Manuel Bompard ?
Parce que pour l'instant, ôtez-moi d'un doute, mais à aucun moment, Emmanuel Macron n'a esquissé le début de commencement de scénario où il démissionne.
Écoutez, moi j'ai vu cette semaine en particulier se multiplier des prises d'opposition, pas uniquement issues de Méran d'ailleurs. Jean-François Copéadrois, Charles de Courson dire la seule solution pour sortir d'une situation qui est une situation de blocage que le président de la République lui-même a constitué en prenant la décision de dissoudre l'Assemblée nationale. C'est son départ. À partir de ce moment-là, il est normal que les forces politiques qui ont un rôle reconnu dans la Constitution, la Constitution dit les forces politiques concourent à l'expression du suffrage.
Il est normal que les formations politiques soient informées de quels seraient le calendrier, les modalités d'une élection présidentielle anticipée.
Vous demandez à Bruno Retailleau de vous dire comment ça se passe si…
Écoutez, la Constitution, elle dit une chose très simple sur ce sujet. Elle dit qu'une élection présidentielle anticipée doit se tenir si elle se tient dans un délai entre 20 et 35 jours. Je lui demande comment ça se passe, comment ça se passe pour la recherche des 500 parrainages qui sont nécessaires pour présenter des candidats, comment ça se passe pour informer les électrices et les électeurs, est-ce qu'il sera possible dans ce cas-là de s'inscrire sur les listes électorales ? Je lui pose un certain nombre de questions précises. Il me semble normal que… Pourquoi je le fais à M. Retailleau ?
Parce que c'est le ministère de l'Intérieur en France qui est chargé de l'organisation des élections. Il est normal que le ministre de l'Intérieur informe les formations politiques de comment ça se passe dans ce cas-là.
Vous lui demandez au fond de savoir s'il sait organiser une présidentielle anticipée ?
Je lui demande de savoir si ses services travaillent déjà sur cette hypothèse puisque manifestement cette hypothèse monte en puissance, que c'est une hypothèse qui sans doute va encore se renforcer si le gouvernement de Michel Barnier est, comme je le crois, censuré la semaine prochaine. Alors oui, ce sujet va être posé sur la table. Et on ne va pas nous prendre par surprise.
Manuel Bombard, vous, vous êtes prêt s'il y a une présidentielle anticipée ? Oui, bien sûr, nous sommes prêts.
Nous avons effectivement la possibilité très rapidement d'avoir un candidat. Nous avons un programme. Laissez-nous décider. Mais je pense que moi j'ai déjà dit que si l'élection présidentielle anticipée devait se tenir là dans les prochains jours, dans les prochaines semaines, il me semblait évident que Jean-Luc Mélenchon ait la personnalité la mieux placée pour être candidat.
Ce serait le candidat de la France insoumise ou de la gauche ?
Je pense que la France insoumise pourrait proposer que ce soit le candidat de toutes les formations politiques qui veulent porter une candidature commune à l'élection présidentielle. On a un programme commun, le programme qu'on a défendu ensemble, y compris aux dernières élections législatives. Donc on a tout à fait la possibilité de présenter ensemble un même programme. Et Jean-Luc Mélenchon, c'est le mieux placé. C'est lui qui a fait 22% des voix à la dernière élection présidentielle qui était il y a un tout un petit peu plus de deux ans. Donc je pense qu'effectivement, il serait le mieux placé pour cela. Mais oui, bien sûr, nous sommes prêts. En tout cas, nous y travaillons.
Et c'est aussi la raison pour laquelle je demande à M. Retailleau ces précisions.
8h52 sur RMC BFM TV. Merci Manuel Bompard d'être venu à ce micro ce matin. Une prophétie. Michel Barnier ne sera plus Premier ministre la semaine prochaine. Ce que vous nous avez dit il y a quelques instants, et une annonce, ce courrier pour demander au ministre de l'Intérieur comment il prépare une présidentielle anticipée si celle-ci devait avoir lieu. On est pour l'instant dans la politique fiction.
Mais c'est important de se préparer. Une élection présidentielle, c'est un rendez-vous démocratique majeur. Il faut que je ne sache comment ça pourrait se passer.
Manuel Bompard, merci beaucoup. Bonne journée à vous. Merci, bonne journée. Bonne journée à tous.
Manuel Bompard