HEC Débats reçoit Juan Branco
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 22 %Attaque 63 %Défensif 15 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 78 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 23:38OuverteÉludée
Quel événement postérieur à votre début vous a conforté dans votre parcours ?
- 30:25OuverteRéponse partielle
Avez-vous déjà pensé vous être trompé dans votre radicalité ?
- 31:40OuverteRéponse directe
Comment vous situez-vous politiquement ?
- 34:57RelanceRéponse directe
Macron incarne-t-il un pouvoir solitaire et désincarné ?
- 50:17FerméeRéponse directe
Qui désignez-vous comme responsable des attentats en France ?
- 50:19OuverteRéponse directe
Sur votre analyse de l'élection présidentielle de 2022
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 29:04Locuteur 10Chiffre
« Vous êtes à 89% des enfants de classe très favorisés. »
- 44:21Locuteur 10Fait
« On passe de sortir plus de 100 milliards d'euros dans le bouclier énergétique après avoir invoqué la dépense de 100 milliards d'euros dans le cadre des politiques économiques relatives au Covid. »
- 49:58Invité politiqueFait
« c'est une boîte noire comme à chaque fois dans ce cher pays »
- 1:02:56Invité politiqueChiffre
« il y a eu pendant cette période 15 000 morts par an dérivés du chômage en France »
- 1:39:36Locuteur 10Chiffre
« j'ai mis 27-28 ans à comprendre à peu près comment fonctionnait le système politique français »
- 1:43:00Locuteur 8Fait
« un diagnostic de conditionnement social qui façonne les élites de violence qu'elle soit physique ou symbolique »
- 1:43:15Locuteur 8Fait
« un diagnostic d'un imaginaire et d'une souveraineté nationale abîmée face à la mondialisation »
- 1:52:30Locuteur 10Fait
« pour pouvoir rendre effectif un devenir révolutionnaire »
- 1:55:04Locuteur 10Fait
« la question c'est de l'organisation collective »
- 1:56:45Locuteur 10Fait
« franchement rien de significatif a priori c'est-à-dire qu'on essaye de changer cosmétiquement un certain nombre d'éléments »
- 2:00:21Locuteur 10Fait
« assumez l'idée d'un régime autocratique ou dictatorial ou verticalisé »
- 2:00:57Locuteur 10Fait
« la délibération crée de l'intelligence en fait c'est par la délibération par la confrontation des perspectives que vous allez permettre une prise de conscience »
- 2:01:44Locuteur 10Fait
« il fut un temps où les diplomates français étaient plongés au sein des sociétés c'était des personnes qui étaient il y avait des aventuriers il y avait des journalistes il y avait des romanciers »
- 2:04:30Locuteur 10Fait
« c'est pour ça que c'est en grande partie des français qui sont partis en Syrie »
- 2:06:19Locuteur 10Fait
« une construction d'une démocratie directe qui nous permet d'avoir une prise beaucoup plus directe sur ceux qui sont censés nous diriger »
- 2:09:02Locuteur 10Fait
« si demain l'on commence à construire des espaces de savoir qui soient bien plus démocratiques actuellement qui fassent que l'état n'investisse pas trois fois plus dans les grandes écoles que dans les universités »
- 2:09:10Invité politiqueChiffre
« l'état n'investisse pas trois fois plus dans les grandes écoles que dans les universités »
- 2:10:59Invité politiqueFait
« 100% d'une classe va avoir une mention très bien ou 95% il va y en avoir un qui va avoir complètement raté son coup »
- 2:15:19Invité politiquePromesse
« des personnes comme celle-ci devront ou devraient se retrouver en prison »
- 2:15:48Invité politiqueFait
« la corruption c'est un élément fondamental mais l'absence de pensée qui est générée par ces institutions »
Temps de parole
- Locuteur 1084 %
- Juan Branco5 %
- Présentateur3 %
- Locuteur 73 %
≈ 0,2 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-2603 · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Est-ce que ça marche ? Bon, ça fonctionne super. Merci beaucoup. Chapitre 17. Il est impossible qu'il n'arrive pas des scandales. Mais malheur à celui par qui les scandales arrivent. Alors, malheur à vous, Juan Branco. Sur Internet, contre Benjamin Griveaux, sur papier, contre Gabriel Attal, partout contre Macron, vous faites scandale. Vous semblez mû par ce désir que l'on devine être le nid de toute révolution. Ce désir de créer son événement pour enfin devenir politiquement, c'est-à-dire visuellement. Vous êtes de toutes les défenses, polémiques, du côté des partis civils à Nice et presque du côté de la défense au Bataclan.
Entre une analyse du conflit russo-ukrénien à travers votre vision du monde au contour désormais bien huilé et une salve de tweets où vous vous étonnez des pratiques publicitaires du Rassemblement national, vous trouvez le temps de faire condamner l'ancien directeur général de l'APHP, retournant contre lui sa propre plainte, au prix de longues précisions grammaticales et syntaxiques. Toutefois, le scandale arrive surtout par cette petite musique de fond colorant chacune de vos interventions publiques. C'est la musique du petit scalpel avec lequel vous vivisectionnez votre propre monde ou du moins le monde qui fut un temps le vôtre.
Parfois, vos incisions sont si diffuses, si brusques, si scandaleuses que l'on peine à faire la distinction entre critique objective et pur avanie. Parfois, on ne sait plus si vos boucs émissaires favoris sont la maladie même ou uniquement les symptômes d'un mal plus profond comme vous l'avez déjà affirmé. Vous jouez de la frontière entre politique et personnel, public et privé, à tel point que Juan se confond souvent avec Maître Branco, dans un agglomérat autolétique des plus troublants. Mais pour vous, le scandale est ailleurs. Il est à Lampedusa, il est à Bangui, il est à Goma. Le vrai scandale, pour vous, c'est quand on préfère Jeff Koons à Gustave Courbet.
Le scandale, c'est quand on rejette le partagé qu'offre théoriquement le politique en terre démocratique pour lui préférer l'exercice solitaire du pouvoir. Le scandale, c'est le courage désormais virtuel d'élites originellement nées de glorieux et sanglants sacrifices. Le scandale, ce n'est pas le roquet au RSA qui crie au roi Tellet « Viens me chercher ». Non, c'est Jupiter tout-puissant qui méprise les illettrés de Gade, qui soufflète symboliquement ceux qui ne sont rien, dans les gares comme dans les rues. Le scandale authentique, c'est la dimension excluante des espaces bourgeois actuels qui privent la masse de l'accès aux miraculeux. Alors, malheur à eux, nous dites-vous.
De votre copté, vous rompez par d'habiles manœuvres rhétoriques le signifiant même de scandale, de violence. Une fleur qui naît, qui rompt son bourgeon, c'est violent. Être en rupture, c'est violent. Et cette violence, ce scandale, vous les revendiquez sans complexe aucun. Ce qui est sûr avec vous, M. Branco, c'est que vous clivez profondément, selon que l'on soit sur les bancs de l'Alza ou sur ceux d'un lycée prioritaire de Thiers. Selon que l'on se tienne debout sur un char traversant la plus belle avenue de France ou debout sur un rond-point du plus perdu des villages de Navarre.
Alors, John Stuart Mill disait un jour qu'imposer silence à l'expression d'une opinion revenait à voler l'humanité tout entière. Alors, malheur à vous, à eux, à nous. Chacun distribuera en silence les brevets de scandale comme il le souhaite. Pour l'heure, je vous remercie d'être avec nous et je vous souhaite à tous une excellente conférence.
On va peut-être vous laisser un court droit de réponse à ce qui vient d'être dit. Assez brièvement, s'il vous plaît.
Je vous remercie et je vous remercie de m'avoir invité. En quelques mots, d'une part, parce que c'est un endroit que je voudrais voir disparaître et peut-être que j'aurais à m'en expliquer. Et ensuite, parce que cette présentation, elle vous fait honneur, d'une part, parce qu'elle montre un travail de fond sur mes activités et ma production, notamment intellectuelle, tout en subtilité et en référence sous-jacente, ce qui est assez rare. Et d'autre part, parce que ce terme de scandale, il se trouve que je l'ai utilisé hier, la cour d'appel de Paris, dans le cadre du procès de l'attentat de Nice, où j'ai fait, comme vous l'avez rappelé, une partie civile, une victime.
Et j'ai fini ma plaidoirie, et c'est intéressant que vous utilisiez ce terme, en disant ce terme, je veux le scandale. Je veux le scandale car je ne souhaite pas que ce procès, qui pour moi est un procès fantoche, fasse oublier les responsabilités, notamment au sein de l'État, qui ont amené à la mort de 86 personnes. Donc, à moins que vous ayez été dans la salle, ce que je ne pense pas, je trouve que c'est assez sensible de votre part d'avoir considéré que ce terme était celui approprié pour la présente situation.
Très bien. Alors, à présent, nous allons passer à quelques questions introductives auxquelles je vous demanderai de répondre de la manière la plus concise possible, si tant est que cela soit possible. Ce sont des questions qui nous aideront sans doute à vous cerner politiquement dans un premier temps. Alors, on sait que c'est votre campagne avec François Hollande auprès d'Aurélie Filippetti et votre rencontre concomitante avec Julian Assange qui vous ont résigné à vous lancer pleinement dans votre combat actuel. Mais je souhaiterais savoir quel serait l'événement postérieur à votre début qui vous a le plus conforté dans le parcours de vie que vous avez choisi ?
C'est très difficile de penser l'événement. Déjà, la notion d'événement, elle est complexe. J'y ai dévoué, je pense, plusieurs dizaines de pages dans mon texte sur Julian Assange, justement, le livre que j'ai publié aux éditions du CERF qui s'appelle L'Anti-Souverain, où j'essaie de définir ce qu'est un événement et comment est-ce que l'on peut considérer à la différence de l'avènement qu'il va être un moment de production de quelque chose de nouveau et non pas de concrétisation de quelque chose qui était en jachère et qui était en train de naître.
Et la question de savoir quel événement particulier a pu affecter et déterminer une vie, je pense que ça appartient au discours que l'on qualifie dans un anglicisme assez horrible de storytelling, c'est-à-dire de tentatives de reconstruction d'un récit sur soi qui permettent de séduire et ce n'est pas mon objectif aujourd'hui. Donc, je ne me concentrerai pas sur un événement particulier, d'autant plus que la construction dans le rapport au pouvoir, elle est une continuité. Vous naissez dedans comme ça n'a pas été loin d'être mon cas. Vous le fréquentez, vous l'apprivoisez, vous essayez de le séduire et peu à peu, le rapport s'inverse.
Il essaye de vous séduire, de s'approprier vos qualités, les qualités qu'il a en partie fécondées, qu'il a en partie élaborées à travers les institutions auxquelles vous avez appartenu. Et vous trouvez un moment dans une sorte de face à face avec lui à vous interroger sur le fait de vouloir y adhérer, l'épouser ou au contraire le rompre et le dévaster. Et cette ambivalence, elle ne doit pas être mythifiée. Il ne faut pas considérer que chacun serait sur un chemin inaltérable, mu par la naissance ou par un événement fondateur qui ne serait pas possible de contourner.
Je pense que chacun d'entre nous a la possibilité à un moment ou un autre de rompre et par ses ruptures successives d'arriver à des espaces qu'il n'aurait jamais cru explorer. Ça, c'est sur l'événement. J'aimerais quand même, si vous me permettez, justifier mon assertion initiale sur le pourquoi je voudrais que cet espace disparaisse, si vous me le permettez en quelques mots, pour vous montrer que ce n'est pas une provocation. Ce n'est pas une tentative de vous faire rire ou de vous séduire, mais quelque chose de relativement pensé.
Il se trouve que cette institution, elle a été fécondée, vous le savez probablement, à la fin du 19e siècle, pour éduquer les enfants de bourgeois ou plutôt pour les occuper. Ce ne sont pas mes termes, ce sont ceux de la Chambre de commerce qui l'a créée dans son rapport de 1878, donc quelques années avant la création effective d'HEC, où ces termes sont repris, tels quels les fils de bourgeois.
Une institution qui a pour vocation à les entretenir à un moment où la France était en train de s'étendre colonialement, disposait de nouveaux débouchés pour son industrie et commerciaux et avait besoin de cadres qui ne feraient pas que reprendre des activités de leurs parents, d'héritiers qu'ils sont généralement, mais qui auraient vocation, au contraire, à essayer de s'étendre et donc d'être projetés à des âges assez courts, afin de prendre des fonctions d'autorité, de puissance, auxquelles ils n'auraient pas eu accès sur le territoire, sans vider, évidemment, de ces forces vives le pays.
Et ce lien très étroit entre domination bourgeoise et expansion coloniale, il est temps que le discours d'inauguration de votre école a été prononcé par le ministre des colonies. Par le ministre des colonies qui va rendre hommage à cette initiative privée et qui est évidemment voulu et accompagné par l'État et tenter de faire de vos ancêtres les fers de lance de cette politique républicaine, car il ne faut jamais oublier que le colonialisme était un enfant de la République, afin de s'étendre et d'absorber de nouveaux espaces, mais surtout de les dominer. En deux mots, le fondement de votre enseignement, c'est d'apprendre à diriger, c'est-à-dire à dominer, c'est-à-dire à faire violence.
Ce n'est pas quelque chose de naturel au sein des êtres. C'est quelque chose que l'on se voit inculquer, soit au sein de la famille, dans le cadre de structures relativement autoritaires, soit au sein, par la suite, des différentes institutions qui, très subtilement, en vous protégeant et en créant un entre-soi qui fera qu'à aucun moment vous n'aurez à subir un retour de violence, vous ayez cette capacité à faire autorité qui vous apparaîtra rapidement naturelle et à vous imposer aux autres. Un dernier mot, une phrase. Ces origines se reflètent encore aujourd'hui dans vos origines sociales, comme vous le savez.
La dernière étude de l'Institut des politiques publiques sur la période 2016-2021 l'indique. C'est les chiffres, et j'en finirai là. Vous êtes à 89% des enfants de classe très favorisés. C'est la catégorie qui a été explicité par le ministère de l'Éducation nationale et de l'enseignement supérieur. C'est la première des cinq catégories. Vous êtes donc encore aujourd'hui, un siècle et demi plus tard, des enfants de bourgeois.
Et c'est un élément important parce que ce n'est pas votre faute, évidemment, ce n'est pas votre responsabilité, mais vous êtes aujourd'hui au sein d'un espace où quelques-uns vont être les idiots utiles d'un système, ceux qui ne viennent pas de ces classes-là, les 3% qui viennent des classes les plus modestes de la société, qui composent pourtant 50% de la société française. Et ces personnes-là vont vous permettre d'un côté de vous déculpabiliser, et de l'autre de vous aider à constituer un entre-soi qui va vous amener à faire violence volontairement ou non
et à détruire la société. Sinon, on n'aura jamais le temps de dérouler tout.
Je vous en prie, mais c'était un point important. Non, mais nous aurons le temps de le développer ultérieurement. Ne vous inquiétez pas.
Donc, juste petite précision, c'était bien en tant que ministre du Commerce que Maurice Rouvier avait... Et des colonies. Innaugré l'école, qui est une école de commerce. Donc, voilà. Mais donc, pour revenir sur la question d'Aurélien, là, je veux juste vous demander l'inverse, à savoir, donc, si vous ne voulez pas parler d'événements, peut-être une absence d'événements, une pensée politique, quelque chose qui vous aurait fait penser que vous vous êtes, à un moment donné, trompé, vous qui avez tant de fois montré votre radicalité.
On se trompe en permanence. Le nombre d'erreurs que j'ai commises, il est incalculable. Et ça peut être des erreurs aussi subtiles que la façon de se présenter à un événement, au discours que l'on va tenir, en passant par des erreurs beaucoup plus importantes et engageantes concernant des décisions qui vont provoquer des changements au sein de votre vie. Et à mesure que vous gagnez en responsabilité, l'impact de ces erreurs commence à s'étendre. Et alors qu'il vous affectait initialement, il va commencer à affecter d'autres personnes. Et le poids qu'il y a à ressentir et qu'il est important de ressentir, s'accroît dans ces mouvements.
Donc, des erreurs, évidemment, à tous les niveaux, en permanence et de tout ordre, mais elles finissent par former un tout et construire la vie que vous avez brièvement présentée.
Très bien. Juan Branco, vous êtes une personne difficile à cerner. Si sur l'échiquier politique, on vous classe le plus souvent à gauche, on souhaiterait vous voir ici développer à l'aide d'être grand courant ou quelques personnages la position politique qui vous semble être la vôtre.
Moi, je pense qu'il y a un enjeu essentiel aujourd'hui dans notre pays, c'est celui de la souveraineté, c'est-à-dire réussir à construire à la fin pour notre pays et individuellement une capacité à vivre en propre et à ne plus dépendre de toute une série de dépendances, que ce soit à l'échelle nationale vis-à-vis d'autres systèmes de pouvoir qui, en partie, viennent capter nos richesses. Je pense à notre intégration dans le système monde qui a été construit par les entreprises états-uniennes et son pouvoir politique, qui nous amène, par exemple, à chaque fois qu'on prend Uber à envoyer directement 30% de l'argent qui est consommé en Californie avec un taux d'imposition extrêmement faible.
D'ailleurs, là, c'est une fragilité de la gauche, c'est-à-dire qu'elle part toujours de taux d'imposition, c'est-à-dire est-ce qu'il y a des impôts sur les bénéfices qui sont payés, etc. Ce qui est important, ce n'est pas ça, c'est la fuite de capitaux que l'on produit en permanence de mille façons différentes du fait de notre asservissement et de notre incapacité en tant que structure politique à, par exemple, quelque chose qu'on pourrait vous faire faire. Je suis convaincu qu'entre vous, il y a suffisamment de personnes. On prend 15 d'entre vous, on les met dans une salle pendant six mois et vous êtes capables de fabriquer une appli similaire à celle d'Uber.
On interdit toute application étrangère en ce qui concerne les VTC et ainsi de suite. Et on crée un service public qui permet de garder cette part de la valeur ajoutée qui, aujourd'hui, est en train de s'enfuir systématiquement vers un pays étranger, alors qu'on le sait tout aussi bien que nous, tout aussi bien qu'eux, pardon, c'est vraiment technologiquement pas très difficile à élaborer. Et si jamais vos souvenirs de mathématiques et autres commencent à s'effacer, vous prenez quelques camarades de l'X avec vous et vous organisez ça en deux temps, trois mouvements. Donc, vous voyez, ce rapport à la souveraineté, ça me permet, ça vous semble détourner, mais ça ne l'est pas.
C'est un enjeu capital qui me permet de vous répondre en disant je n'ai pas du tout vocation à participer à une écurie, notamment dans le cadre des séances électorales ou autres. Ce n'est pas du tout mon objectif aujourd'hui. Et je pense que ça s'inscrit justement, et c'est pour ça, en fait, qu'il y a eu cette connexion très forte avec les Gilets jaunes, dans cette volonté de reprendre une forme de contrôle sur notre destin, à la fois collectivement et individuellement, ne pas avoir à nous soumettre à des appareils préexistants et rendre quelque part cela à la structure à laquelle nous appartenons et à l'État qui nous dirige, en l'occurrence, celui de France.
Je fais des réponses courtes, mais pas ce que vous me l'exigez, parce qu'à chaque fois, on pourrait partir sur... Je ne sais pas si c'est la meilleure solution.
Oui, c'est très bien. C'était juste une partie introductive.
Très bien.
Donc là, on va commencer la conférence. Justement, on va la couper en deux grandes parties. Au départ, on va d'abord parler d'une partie qu'on a appelée politique, pouvoir, affecte et incarnation en France. Donc c'est un peu une grande partie sur tout ce qui concerne votre vision politique qui est l'avenir de notre pays. Et pour ce qui est de la deuxième partie, on va surtout parler, comme vous venez de le mentionner, de souveraineté et de toutes les formes de prédation qui peuvent y avoir. Voilà, tout simplement.
Le pouvoir politique s'exerce seul. C'est un fait. La décision, elle peut être souvent collégiale, mais in fine, c'est un homme seul qui prend les décisions. Et on peut observer, depuis un temps plus ou moins long, une désincarnation progressive du pouvoir en France, une absence de figure politique qui incarnerait à elle seule la nation. Alors, dès lors, plutôt, Macron, qui exerce selon vous un pouvoir solitaire et désincarné, ne serait-il pas simplement un dirigeant sur lequel se sont imprimées des caractéristiques du pouvoir ? Peut-on réellement l'affirmer, affirmer comme vous l'avez fait, que c'est lui qui a donné ces caractéristiques au pouvoir ?
Je pense que mon discours est parfaitement inverse. C'est-à-dire que pour moi, Macron ne m'intéresse pas. C'est vraiment une banalité assez crasse, à la fois dans son parcours et son incapacité intellectuelle et affective. Donc, ce qui m'intéresse, c'est vraiment comment il est devenu le reflet et le miroitement d'une série d'enliaisements de pouvoir, de réseaux de pouvoir et de personnalité qui ont décidé, à un moment donné, parce qu'il y avait un effondrement de tous les candidats qu'ils avaient l'habitude ou qu'ils espéraient appuyer.
En quelques mots, son élection au départ, il faut quand même se souvenir que le fondement de l'élection d'Emmanuel Macron et de la prise qu'a eu Emmanuel Macron sur le politique, c'est la défaite de Nicolas Sarkozy qui était parfaitement imprévue aux primaires de 2016 des Républicains. Là, il y a quelque chose où une partie du peuple rentre dans les jeux qui, d'habitude, permettent de déterminer quels vont être les candidats qui vont être présentés au suffrage des électeurs.
Quelque chose d'imprévu, cette victoire de François Fillon, qui va faire que tous les réseaux oligarchiques que Nicolas Sarkozy avait nourris patiemment les 30 années précédentes à partir de la mairie de Neuilly qui avait fait que parmi ses témoins de mariage, il y avait des personnes comme Martin Bouygues, Bernard Arnault, qui qualifiait Arnault Lagardère de son frère ou l'inverse. Tous ces éléments-là qui détiennent, comme vous le savez, une grande partie de la presse de ce pays qui ont par ailleurs des pouvoirs en termes d'investissement extraordinaires, des ressources disponibles très importantes qui l'avaient nourri à la fois en termes de visibilité.
Vous êtes beaucoup trop jeune, vous n'étiez probablement pas né, mais il se construit, Nicolas Sarkozy, grâce à un épisode de prise d'otage assez fantastique à décrypter dans la mairie de Neuilly et une visibilité extraordinaire que va commencer à lui donner le 20h de TF1 pendant des mois du fait de sa proximité avec Bouygues. Et en fait, à l'époque, Bouygues et TF1, pardon, TF1, c'était 15 millions de personnes qui regardaient ça chaque soir. Ce n'est pas comme aujourd'hui où vous avez énormément de personnes qui, enfin, pardon, énormément de canaux de diffusion qui vous permettent en gros de diffracter votre accès à l'information.
À l'époque, il y avait une concentration extraordinaire entre quelques chaînes de télévision et l'accès à une plateforme comme celle-ci était un privilège extraordinaire qui a fait que Sarkozy a réussi à s'imposer, je vais être bref, ne vous inquiétez pas, je ne vais pas faire la généalogie du pouvoir, a réussi à se réimposer à Chirac, y compris alors que celui-ci s'était senti trahi par ce dernier en 1995 et va produire in fine la construction de son pouvoir à partir de 2000 au ministère de l'Intérieur, son élection en 2017 et ensuite sa tentative de réémergence dans l'espace politique qui va échouer donc lors de ses primaires républicaines et qui va faire que ces personnes-là qui vivent de l'État, ces personnes très riches dont on ne cesse de vous louer le talent qui vont probablement demain être vos employeurs ou en tout cas vos dominants, sont des personnes qui bénéficient en fait de ressources qui viennent directement que ce soit de dispositions réglementaires en ce qui concerne la téléphonie donc pour Bouygues, pour Xavier Niel, pour Patrick Drahi ou par exemple pour Bouygues en tant que constructeur de l'accès à des marchés publics disons au tribunal judiciaire de Paris et ainsi de suite et en fait ces personnes-là bénéficient de ces ressources extraordinaires qui sont induites par l'intervention de l'État sur le marché en échange de moyens la question ne portait pas tant
sur les ressources et de l'accès au pouvoir mais sur l'incarnation de celles-ci
c'est là où ma réponse va permettre de vous éclairer ces moyens-là une partie de ces moyens-là sont réinvestis au sein d'un certain nombre de dispositifs de communication donc les médias qui vont donner de la visibilité aux hommes politiques qui vont privilégier ce qui va leur permettre d'acquérir de la notoriété et de la sympathie au sein de la population de se faire élire et vous avez un cercle qui leur permet à leur tour à ces politiciens de redistribuer des ressources aux oligarques qu'ils ont appuyés et aux forces économiques qu'ils ont appuyées donc Macron ce n'est que ça ce n'est rien d'intéressant on pourrait on pourrait se fasciner par enfin je veux dire si on se laisse fasciner par un individu qui vient de la bourgeoisie confortable d'Amiens fils de professeur de médecine qui va dans un lycée privé qui grâce à ce lycée privé à sa rencontre et sa romance avec une professeure qui est l'héritière de l'une des plus riches familles industrielles d'Amiens enfin en tout cas des chocolatiers qui à partir de là réussit à s'intégrer dans les réseaux de pouvoir à Paris via la position qui a été donnée à Brigitte Macron à Franklin ce qui lui permet de devenir un professeur des enfants de Bernard Arnault ce qui lui permet de rencontrer toute une série d'autres personnes dont la belle-mère de Bruno Le Maire et ainsi de suite et qu'à partir de là et en parallèle avec les tentatives échouées de notre cher Emmanuel Macron de se faire reconnaître comme étant un brillant surgeon de l'élite républicaine à travers ses passages de concours à l'ENS 3 raté et ensuite son premier passage à l'ENA raté et enfin enfin vous imaginez cinq ans à passer le concours vous qui en avez passé imaginez ce que ça peut dire au sein d'une vie à cet âge là de passer cinq ans à préparer des concours et à enfin intégrer cet édifice extraordinaire qu'elle est nain pour en sortir à l'inspection des finances et à partir de là avec l'aide de jouillet et quelques autres obtenir des postes qui ne lui revenaient pas se faire introduire au sein de réseaux politiques hésiter entre la droite et la gauche et finir par parier sur le bon cheval enfin je veux dire où est la gloire où est l'intérêt où est la source de fascination elle n'existe pas et donc qu'est-ce que Macron est-ce qu'il a produit une oeuvre vous vous souvenez on a essayé de nous le vendre comme philosophe comme joueur de piano comme enfin où est la production d'Emmanuel Macron qui justifie qu'on considère que cet être est exceptionnel et qu'il a produit quelque chose qui permette de le déterminer nulle part ou est-ce qu'elle l'est dans sa gestion politique on pourrait en discuter on en discutera peut-être je n'ai pas l'impression que c'était un brillant succès ou en tout cas quelqu'un qui réussit à consolider le corps social qui constitue notre pays qu'on soit d'accord ou pas avec les décisions qu'il a prises donc est-ce qu'Emmanuel Macron est un sujet de discussion ou est-ce qu'il est simplement une sorte de de point de passage que notre analyse traverse je pense que la réponse est assez évidente c'est pourquoi d'ailleurs je vous invite à lire pour ceux qui sont intéressés par la géopolitique d'un point de vue anthropologique contre Macron qui est un court texte que j'avais écrit avant Crépuscule assez erdu assez compliqué à accéder où j'essayais d'expliquer en fait comment cet homme était probablement quelque chose d'assimilable à ce terme qu'il a essayé d'appliquer à de très nombreux français c'est-à-dire quelqu'un qui n'est rien ou pas grand chose au regard de ce qu'il pense être
mais donc si Macron c'est ce pouvoir et cette politique désincarnée et pourtant vous qualifiez souvent la république qu'on actuellement de quasi monarchique est-ce qu'il n'y a pas un paradoxe comme la monarchie reste quand même un pouvoir des plus incarné qui soit
je ne sais pas si c'est désincarné ou insignifiant moi je plancherais plutôt pour l'insignifiance on l'a vu sur l'incapacité à avoir une pensée l'incapacité à avoir une pensée se matérialise de façon assez assez simple finalement par les choix politiques qui sont faits pendant 5 ans d'orthodoxie budgétaire économique et autres et d'un coup en fait une bascule qui vient de nulle part où l'on décide au contraire de commencer à pratiquer une politique d'endettement de relance par la dépense et ainsi de suite qui avait été jusqu'alors complètement critiquée méprisée sans argument de la même façon que ce changement intervient et que l'on accepte en tant que citoyen qu'il puisse avoir des bascules aussi radicales dans le rapport à la dépense dans le rapport à l'état dans le rapport à l'investissement de la part de nos dirigeants sans qu'à aucun moment quelqu'un dans l'un de ces nombreux forums médiatiques qui sont censés servir de contre-pouvoir les prennent entre quatre yeux et une fois deux fois trois fois leur demande mais comment est-ce que vous justifiez d'avoir éteint l'hôpital public d'avoir éteint l'université d'avoir éteint la recherche d'avoir éteint les services publics sur les territoires au nom d'une rigueur budgétaire sur laquelle du jour au lendemain vous pouvez vous asseoir sans aucune difficulté alors qu'il y a des millions de français qui depuis 30 ans ou même depuis votre mandat souffrent des manques que vous avez créés au nom d'une idéologie qui soudain ne trouve plus à s'appliquer comment est-ce que vous justifiez cette bascule absolue où l'on passe de sortir plus de 100 milliards d'euros dans le bouclier énergétique après avoir invoqué la dépense de 100 milliards d'euros dans le cadre des politiques économiques relatives au Covid comment est-ce que l'on bascule de cela alors que jusqu'ici il faut savoir pour ceux qui sont au service de l'État ceux qui sont vraiment au service de l'État dans l'administration pas ceux qui appartiennent au grand corps et qui n'y pensent que comme une sorte de plateforme pour à un moment ou un autre pantoufler ou accroître leur gloire ces personnes-là elles ont dû gratter dans la moindre dépense qu'elles avaient à mettre en oeuvre dans le moindre déplacement dans le moindre service qu'elles avaient à rendre à des citoyens français pendant des mois et des années elles ont vu leur horizon se rétrécir celui des citoyens se rétrécir la violence croître au sein de la société au nom d'une idéologie à laquelle du jour au lendemain ils ont renoncé sans avoir à aucun moment à s'expliquer et ça me permet d'anticiper une question que vous allez poser probablement comment est-ce que l'on peut considérer que ce système fonctionne d'un point de vue démocratique lorsqu'il n'y a à aucun moment la possibilité d'une discussion à ce sujet je ne dis même pas de contestation de décision collective ce qui me permet aussi de répondre à cette question qu'on pose sur l'individualité de la décision un système démocratique dans un système démocratique la décision passe par le vote pas par l'individu elle passe par la délibération et le vote et l'agglomération collective que ce soit à travers le référendum la démocratie représentative et ce que l'on espérerait de plus en plus une démocratie directe elle ne passe pas par le fait du prince qui en conseil de défense décide de telle ou telle mesure que ce soit la politique sanitaire ou autre en complet détournement des pouvoirs qui lui sont conférés ou pour son prédécesseur c'est une chose que j'ai invoquée lors de l'attentat de Nice décide d'aller bombarder parce que son copain Barak lui a demandé un objectif militaire en Irak avec une lettre fantoche du président tout aussi fantoche iraquin lui demandant d'intervenir pour respecter la légalité internationale puis après décide de prolonger cette opération entre guillemets qui n'est pas une opération qui est un acte de guerre l'opération chamale sur un territoire souverain d'un régime que je méprise qui est le régime de Pachar el-Assad mais sans à aucun moment en référer au peuple ou à ses représentants c'est-à-dire sans à aucun moment avoir un débat politique public et une discussion sur le pourquoi les objectifs de cette opération et ces deux phrases qui commencent le 19 septembre 2014 le 22 septembre 2014 en réaction à ces bombardements à l'Adnani le porte-parole de l'État islamique appelle presque naturellement à attaquer les Français et la France parce que la France vient de frapper l'État islamique peut-être que c'était légitime mais nous n'avons pas eu notre mot à dire le 24 septembre Bernard Cazeneuve ministre de l'Intérieur satisfait et fat dans son costume trois pièces indique à tous la France n'a pas peur la France est habituée déjà au nom de qui ce petit notable de province parle et comment il peut oser parler au nom de la France lui qui a réussi à accéder à son pouvoir par des réseaux de solidarité sur lesquels on reviendra peut-être la France n'a pas peur la France est préparée la France est habituée à ses menaces en mode bravade provocation l'État islamique répète ses menaces on a droit à quoi quelques mois plus tard au Bataclan à l'attentat de Nice on n'a même pas été capable de protéger les français qu'on avait exposé avec notre décision avec nos décisions politiques que l'on n'avait pas consulté et l'on se retrouve avec 86 morts écrasés par un camion de 19 tonnes et avec des politiciens qui ensuite lorsqu'ils sont convoqués à l'audience et à la barre pour s'expliquer décident qu'il n'y a rien à faire et qu'il n'y a pas à demander pardon ni à s'excuser et que tant pis pour ceux qui sont morts tant pis pour les plots qui n'avaient pas été disposés des moyens qui n'avaient pas à Avignon en train d'assister à une pièce de théâtre et que les moyens de sécurité qui devaient être mobilisés sur le 14 juillet sur la promenade des Anglais ne l'ont pas été parce qu'ils devaient lui être protégés
assez rapidement ce que vous êtes en train de nous dire c'est que vous désignez comme premier coupable et premier responsable des attentats qui ont frappé la France les choix des politiques qui la dirigent à ce moment
il y a une responsabilité politique fondamentale dans la situation que vous avez entrepassé ces dernières années et éviter le débat sur cette question c'est favoriser une culture de l'impunité au sein de nos responsables politiques et aussi une culture de la verticalité et du fait du prince donc ça revient à la question que vous posiez qui permet à ces personnes-là de prendre des décisions qui ne les exposent pas qui ne les mettent pas en danger mais qui nous exposent nous parce que pour des raisons X ou Y notamment de soumission à un appareil d'État états-unien qui a une prise assez importante sur notre politique internationale par effet de socialisation mais aussi peut-être tout simplement par conviction idéologique par bêtise en quelque sorte parce qu'ils se disent nous on a des rafales donc on va frapper il ne nous arrivera rien qu'est-ce qu'ils vont faire ces pauvres sauvages comment est-ce qu'ils vont réussir à faire quoi que ce soit face aux nos rafales mais oui coco mais il y a un truc qui s'appelle la mondialisation qui s'appelle les réseaux sociaux qui s'appelle l'islam qui est une religion mondiale et donc évidemment qu'est-ce que fait l'État islamique ils ne vont pas essayer de répliquer aux français en Irak ou aux forces spéciales françaises qui sont déployées en Syrie ils vont tout simplement appeler quiconque voudrait se joindre à leur lutte à frapper et ce danger cette possibilité n'a pas été anticipée visiblement alors soit par nos politiciens parce qu'ils sont assez moyens soit en amont par nos services la DGSI la DGSE les différentes directions du ministère des armées et des affaires étrangères du ministère d'intérieur évidemment qui aurait dû s'ils ne l'ont pas fait je ne sais pas et on ne sait pas parce que c'est une boîte noire comme à chaque fois dans ce cher pays aurait dû avertir la France des conséquences qu'une telle décision pourrait produire des risques qu'il y avait et à minima des mesures systémiques qui devaient être prises pour anticiper une réaction et s'en protéger ou plutôt pour protéger les français
mais alors dans ce cas là je souhaiterais vous interroger sur votre analyse de l'élection présidentielle de 2022 en effet vous imputez la responsabilité à nos responsables politiques et pourtant il ne me semble pas que les français soient aveugles ils nous auront sûrement pu faire le même constat s'il devait avoir lieu d'être et ils ont les urnes ont porté Macron au pouvoir pour un second quinquennat les français sont si peu aveugles qu'ils ne votent plus
c'est là où la désadhésion absolue à ce système politique qui se prononce de plus en plus lors des élections présidentielles avec des taux d'abstention des votes nuls et blancs importants mais qui est devenue massive et délirante lors de toutes les autres élections qu'elles soient législatives ou régionales et compagnie avec des taux d'abstention qui quand même arrivent jusqu'à 70% pour certaines élections intermédiaires je ne sais pas si on se rend compte de l'ampleur et de ce que cela signifie d'en être à un tel point de désengagement et de dégagement vis-à-vis de la politique institutionnelle je pense que c'est la meilleure réponse qui est apportée par le peuple de France face à une comédie pitoyable à laquelle ils ne veulent plus participer
mais du coup ils refusent la seule occasion pour vous de faire rendre des comptes au gouvernement
ils refusent de participer à un jeu dont ils sentent bien que les règles ne sont pas transparentes qu'elles ne sont pas qui ne permettent pas une compétition sincère et qui ne permettent pas une expression réelle des opinions de la population et par ailleurs ça a été l'un des cœurs du mouvement des gilets jaunes ils refusent un système politique de façon plus générale où la parole qu'il leur est donnée le seul instrument qu'il leur est donné pardon c'est tous les cinq ans de décider qui va décider en leur nom c'est à dire un système qui n'a pas assez d'instruments de démocratie directe qui n'offre pas les moyens en cas d'échec de tromperie ou de catastrophe intermédiaire au cours d'un mandat de révoquer le dit mandat qui ne leur permet pas de donner des instructions directes via le mandat impératif et qui enfin de façon un peu un peu plus générale construit construit l'espace représentatif de façon à filtrer les possibilités pour les uns ou les autres d'effectivement être représenté de se présenter à une élection d'effectivement être visible et entendu c'est toujours ce débat sur la liberté d'expression en fait la liberté d'expression c'est une fausse valeur si vous parlez et que personne ne vous entend votre parole n'a aucune valeur et votre capacité à créer du lien à vous construire dans l'autre à participer à l'élaboration de la société est réduite à néant donc quand on vous parle de liberté d'expression on vous parle d'une liberté bourgeoise liberté bourgeoise au sens le plus mébrisable du terme c'est à dire une liberté qui n'a de valeur que pour ceux qui sont déjà installés qui ont déjà en fait une capacité à se faire entendre l'on peut crier dans le désert qu'est-ce que ça va nous apporter de ne pas être puni parce que l'on a décidé de crier et que personne ne nous entendait et encore une fois là les gilets jaunes lorsqu'ils ont décidé de prendre le rond-point de mettre leur leur chasuble d'arborer ce vêtement symbolique qui appelait justement à être entendu à être visible c'est la première chose peut-être qu'ils ont décidé d'attaquer c'est d'ailleurs le fait de pouvoir parler sans à aucun moment n'être entendu ou considéré et d'ailleurs ça a été enfin on l'a vu je pense que l'aspect le plus indécent de toute cette crise il y en a eu beaucoup mais ça a été une sorte de tournée de propagande qu'a mis en place Emmanuel Macron dont vous ne vous souvenez peut-être même pas le grand débat qui consistait à faire le tour de France pendant des heures dans une sorte je ne sais pas j'imagine que c'est sa conception d'héroïsme c'est de montrer qu'il peut parler pendant 8 heures de déblatérer faire une sorte de grande orale pendant 8 heures avec des personnes qui n'ont évidemment pas les mêmes instruments que lui pour s'imposer dans un débat public et au bout de ces 8 heures repartir chez lui tout content les faire remplir des carnets et les mettre à la poubelle les carnets de doléances les cahiers de doléances qui ont été rédigés auxquels des dizaines ou des centaines de milliers de français ont participé n'ont jamais été lus et exploités je trouve ça magnifique en fait on leur a fait écrire dans le vide une parole qui n'avait qu'une seule vocation leur donner l'impression qu'ils étaient entendus qu'ils servaient à quelque chose qu'ils étaient quelque chose au regard du pouvoir pour immédiatement les écraser et pas une évidemment des propositions ou des demandes qui ont été faites pendant cette période n'a été prise en considération
donc là vous remettez totalement en question tout le concept d'élection présidentielle à la française on va dire est-ce que vous trouvez que le problème c'est justement une espèce de dichotomie entre une forme de prise de pouvoir finalement assez symbolique pleine de symboles pleine de discours et peu ancrée dans le réel finalement alors que la prise de pouvoir elle est très concrète et est-ce que vous trouvez que c'est justement ça qui marque le mouvement des gilets jaunes
le symbole est important en politique parce que le politique a plusieurs fonctions l'une d'entre elles c'est évidemment de créer du lien et donc pour créer du lien il faut des symboles c'est-à-dire des points identificatoires qui vont nous permettre de nous reconnaître entre nous comme faisant partie d'une même communauté et dans Contre Macron justement j'essaie de décrire comment Emmanuel Macron n'a rien compris à sa fonction et il a cru en fait que les pouvoirs que théoriquement un président de la République détient au sein de la Ve République ne sont justement que théoriques et que la fonction du président de la République c'est d'être un point de conjonction entre les différentes strates de la société de façon à arbitrer les accompagner et éventuellement décider lorsqu'il faut en tranchant entre des intérêts divergents mais de les agglomérer au sein d'un et Emmanuel Macron arrive avec l'idée qu'en fait il a été consacré Dieu Tout-Puissant qu'il a le bouton nucléaire et qu'il peut en fait qu'il peut trancher dans tout ça de façon extrêmement verticale décider pour tout le monde à tous les niveaux et se désintéresser d'une société que finalement il ne connaît pas parce qu'il a été tellement absorbé par la construction et la constitution d'une position de pouvoir au sein du petit Paris je vous rappelle quand même que c'est quelqu'un qui alors qu'il est ministre de l'économie est donc censé quelque peu s'intéresser à nos destins fait deux petits déjeuners et deux dîners par jour avec des personnes qui sont constitutives du pouvoir économique social et compagnie dans le seul but de les séduire et d'en faire des instruments dans le cadre de sa conquête du pouvoir et de l'élection de 2017 c'est quelqu'un qui était en permanence dans un miroitement avec ses classes sociales les plus aisées qui ne connaît pas le pays qui ne prend pas le temps de le découvrir qui en a une vision un peu fantasmatique et quelque peu rance qui correspond à la culture de sa femme donc c'est à dire en gros les auteurs du 19ème siècle Gide et compagnie sur lesquels qui apparaissent notamment dans sa dans la photographie officielle du premier quinquennat il n'en a pas fait deuxième de seconde pardon et donc il se construit en fait à partir d'une image fantasmée très bourgeoise évidemment très distante et très méprisante d'un peuple qui n'est perçu que comme un instrument ou un obstacle à sa volonté et ça donne la catastrophe que l'on sait ça donne une forme de réactivité extraordinaire de la part du peuple français à son égard extraordinairement violente lorsqu'il le faut lorsqu'il considère que les bornes sont dépassées sans qu'à aucun moment monsieur Macron ne semble comprendre ce qui lui arrive et sans qu'à aucun moment une partie des classes sociales qui l'ont portée au pouvoir ne se rende compte de l'assiègement qu'elles sont en train de construire contre elles-mêmes et de l'isolement dans lequel elles se placent au sein de cette société
et donc selon vous le soufflet que lui a adressé monsieur Tarell est le symptôme de ce détachement du réel
symptôme et purgation purgation surtout en fait le geste n'importe qui peut baffer n'importe qui vous voyez on n'a pas attribué un geste enfin pardon un sens à chaque geste que l'on commet mais lorsque l'on voit la réverbération la répercussion qu'a eu ce geste et la satisfaction avec laquelle il a été accueilli par de très nombreux français là il y a symptômes lorsque une agression physique y compris lorsqu'elle est relativement secondaire qu'elle ne provoque pas de séquelles qu'elle est de l'ordre du soufflet c'est à dire en fait d'un défi symbolique qui consiste à remettre en question l'honorabilité de la personne à laquelle vous faites face lorsqu'un geste de cet ordre produit de façon si massive une forme de satisfaction purgatoire de jouissance au sein des français qui se sentent soulagés d'avoir pu répercuter une partie de la violence qu'ils subissaient au quotidien il y a à s'interroger évidemment à mon sens et c'est d'ailleurs pour ça que j'ai été extrêmement fier de défendre Damien Tarell qui a eu le courage de ce geste parce que c'est un jeune homme d'un village de la Drôme qui voit apparaître un homme politique qui n'en a rien à faire de lui un homme politique qui l'a assumé qui a parlé de lui comme un rien comme quelqu'un qui n'aurait qu'à traverser la rue pour trouver un emploi parce qu'il n'avait pas d'emploi à ce moment-là Damien Tarell et qui tout d'un coup voit débarquer ce gugus avec ses manches retroussées dans son village perdu qui a souffert des politiques qu'il a impulsées et que ses prédécesseurs ont impulsées depuis des décennies qui ont donné d'ailleurs un fruit à un texte magnifique que je vous encourage à lire de quelqu'un qui s'appelle Victor Dédage dont le titre est un peu agressif à votre égard mais qui mérite d'être lu au-delà de cette violence qui s'appelle je pense que c'est L'être au connard de HEC enfin Passer outre l'insulte pour lire en fait parce qu'il décrit à travers ça la dévastation telle qu'elle a été ressentie par des citoyens français des services publics des décisions qui ont été prises par des pseudo-managers à qui on a alimenté parce que ça a été le cas très longtemps j'espère que c'est moins le cas aujourd'hui qu'on a alimenté à une doctrine néolibérale par laquelle l'optimisation de n'importe quel marché ou sous-marché était quelque chose d'opportun sans à aucun moment essayer de regarder quelles conséquences ça avait sur l'espace plus général à la fois marchand mais aussi sociétal donc cette dévastation de la province cette dévastation du service public cette dévastation de l'Etat qui permettait de tenir la société ce Damien Tarell le ressent au quotidien on ressent les conséquences au quotidien et voit l'incarnation de cette arrogance cette suffisance ce mépris et aussi de ces politiques tout d'un coup prétendre s'intéresser à lui et le considérer parce qu'il est en campagne électorale on en revient à cette idée de tous les 5 ans avoir le droit de choisir celui qui va décider en votre nom et ainsi de suite et l'aspect complètement presque insultant en fait de participer à un tel système et il voit arriver devant lui avec un grand sourire en mode tiens donne moi la main t'es un jeune il y a les caméras de quotidien et compagnie je vais t'utiliser et bien lui en fait il a un geste de refus de dépit de rejet et il met ce soufflet à cet individu avec des propos qui leur envoient à l'idéologie qui est la sienne c'est à dire un royaliste qui crie mon joie Saint-Denis à bas la macronie et qui quelque part essaie de réinaugurer avec une autre forme de structure politique qui met l'honneur au centre au centre de la société qui met la valeur au centre de la société et non pas la consommation le pouvoir et l'avidité
mais est-ce que par là par cette défense qui s'appuie sur un ressentiment que ressentirait soit monsieur Tarell soit la population française est-ce qu'on peut légitimer la violence physique
je pense qu'il y a il y a plusieurs questions dans votre question il y en a une qui me semble la plus évidente c'est toute une discussion qu'on ne va pas avoir mais que je déploie un peu dans Abattre l'ennemi c'est sur la définition de la violence la violence comme un signifiant creux qu'est-ce que la violence est-ce que la violence c'est parce que l'on laisse quelqu'un qui est en souffrance sociale massive complètement abandonné ou qu'on le rejette au nom de critères formels en lui disant en gros débrouille-toi avec ta situation qu'on le pousse au suicide comme c'était le cas pour les très nombreux français qui ont souffert des politiques économiques françaises enfin politiques économiques décidées à Paris qui ont été amenées à ce que pendant 30 ans il y a un chômage de masse dans ce pays ce qui a amené rappelez-vous-en à une étude de l'Inserm qui indique de Pierre Menneton qui indique qu'il y a eu pendant cette période 15 000 morts par an dérivés du chômage en France 15 000 personnes chaque année pendant plus de 30 ans sont mortes du fait des conséquences que le chômage avait sur leur santé que ce soit à travers des effets induits ou directs donc la violence elle est là elle n'est pas dans le soufflet geste symbolique que M.
Tarell donne à M.
Macron la violence elle est dans la souffrance quotidienne que beaucoup de personnes ont à supporter dans les humiliations qui subissent de personnes qui sont extrêmement favorisées et non pas dans les coups que Christophe Détanger qui est aussi un de mes clients gilet jaune boxeur professionnel va apporter sur un gendarme parfaitement équipé protégé pour le repousser alors qu'il tentait de l'empêcher d'exercer son droit à manifester et qu'il venait collectivement quelques instants plutôt de frapper de matraquer une dame de près de 80 ans parce qu'elle avait eu le malheur de vouloir faire entendre sa voix elle est évidemment dans les milliers d'arrestations arbitraires qui ont traversé ce quinquennat dans les plus de 20 personnes qui ont perdu un oeil une main et qui avait pour seule responsabilité encore une fois de tenter de se faire entendre pour celle responsabilité pénale et qui pour beaucoup se sont vus poursuivis pour le simple fait d'avoir voulu se faire entendre et faire vivre une part de notre pays qui commençait à s'endormir et à étouffer
alors pour rester sur les gilets jaunes enfin de ce que l'histoire nous enseigne pour qu'un mouvement ne reste pas simple mouvement mais devienne une véritable révolution et un avènement comme vous en parliez tout à l'heure seule l'énergie populaire ne peut pas suffire il faut le soutien d'intellectuels déjà êtes-vous d'accord avec cette analyse ?
Non
pourquoi ?
Parce que je vous renvoie à abattre l'ennemi pour l'analyse détaillée du rôle des intellectuels je ne suis absolument pas d'accord sur la nécessité d'avoir une avant-garde intellectuelle qui serait là pour penser à la place d'eux au contraire moi je pense qu'on est aujourd'hui en France dans une société qui a suffisamment de moyens pour permettre à chacun de déterminer son propre positionnement politique et sa propre élaboration sans avoir à dépendre de tiers qui viendraient les façonner ça a été une des plus grandes surprises que certains ont eues quand je me suis rapproché beaucoup de Maxime Nicolle qui était l'une des figures des Gilets jaunes avec des articles l'ordurier de l'Express qui se demandaient à quoi je jouais comment est-ce que quelqu'un de mon extraction sociale pouvait se mettre à fréquenter un ancien militaire devenu chauffeur et faisant des petits boulots sans avoir jamais fréquenté ces hautes sphères et il ne comprenait pas que et il pensait que quand je disais que Maxime Nicolle était plus intelligent que moi il pensait que c'était une boutade que c'était une provocation que c'était une façon de faire scandale il ne se rendait pas compte que c'était profondément pensé et que l'intelligence à la fois collective et individuelle que les Gilets jaunes ont montré était bien supérieure souvent à la mienne et de bien des personnes qui sont censées nous gouverner et je pense que l'illusion qui consiste à penser que nos dirigeants auraient une forme de talent particulier elle a commencé à éclater notamment grâce aux effets de miroitement encore une fois que les réseaux sociaux ont produit et qui a eu des effets assez fascinants d'une part de rompre un certain nombre d'apparences trompeuses c'est à dire qu'aujourd'hui quand vous voyez Emmanuel Macron s'amuser sur TikTok ça vous permet d'accéder à une partie de sa personnalité que le venteur de TF1 permettait de masquer mais aussi à l'inverse cette centralité des réseaux sociaux a amené le politique à avoir récupéré des personnes qui en provenaient et à s'effondrer avec elles évidemment vous pensez comme moi à une certaine Marlène Schiappa
voilà pour les gilets jaunes je souhaiterais revenir sur la critique que vous avez formulée d'HEC et du système par lequel les élites sont formées en réalité vous répétez assez souvent qu'il n'y a pas de déterminisme quand on fréquente l'élite qu'on peut ne pas se laisser séduire par tout ce qu'elle propose pourtant vous semblez produire une critique assez essentialiste voire performative de ces écoles du pouvoir je précise ma question prenons par exemple un fils d'ouvrier qui se retrouverait à HEC est-ce qu'il n'aurait pas envie de par la description que vous faites du pouvoir d'accéder lui aussi et de basculer de ce que vous considérez sûrement comme le mauvais côté en entendant votre discours
quelqu'un a envie d'accéder au pouvoir après m'avoir entendu c'est qu'il y a une forme de perversion profonde au sein de cet être et qu'il faut absolument s'en méfier enfin je veux dire sur la question que vous me posez en fait je pense que c'est quelqu'un qui a été docteur honoris causa de cette institution ce qui est fort paradoxal et qui a longuement enseigné ici ça faisait partie de ces paradoxes qui est une des personnes les plus importantes du paysage intellectuel français de ces 50 dernières années c'est évidemment Pierre Bourdieu toute la théorie sociologique de Pierre Bourdieu a été systématiquement interrogée contrée remise en question à travers de cette ce qu'il considérait être une fausse dialectique entre système et individualité c'est à dire en gros il y a un déterminisme qui est prouvable statistiquement parlant c'est les 89% d'entre vous qui font partie des PCS+, maintenant on les appelle comme ça avant c'était les CSP ceux-là vous n'avez aucun argument à me renvoyer si ce n'est me dire ah oui mais moi je connais un ouvrier qui ou il y aura un ouvrier dans cette salle qui va dire enfin un fils d'ouvrier moi je suis fils d'ouvrier et je suis très content d'être ici ou j'ai réussi à être ici c'est bien la preuve que ça c'est la dialectique classique que Bourdieu a déconstruite déjà il y a 40 ans et qui m'a amené de façon anticipante à traiter cette question ensuite sur la question du désir par rapport au pouvoir c'est là où je considère j'ai pas du tout un positionnement moraliste malgré le jeu d'arrogance et de suffisance que je vous partage mais c'est un peu le jeu d'être dans une institution comme celle-ci elle est en partie et même complètement feinte chacun a le droit à avoir ce désir de pouvoir chacun a le droit et même quelque part obligé dans une société comme la nôtre de se laisser fasciner par ce que l'on vous propose ou par ce que le pouvoir prétend proposer et ce que le pouvoir produit en termes de communication en termes de propagande en termes de publicité pour donner l'impression que ces mondes seraient extraordinaires emplis de vie de satisfaction de désirs qui soient érotiques économiques puitionnels ou autres évidemment que cela produit un effet en vous évidemment que ça s'infiltre en vous évidemment que ça vous amène à vouloir adhérer à vous accoupler à sa disposition à vouloir pour certains d'entre vous commencer à acheter des vêtements de marque pour d'autres tenter de fréquenter tel ou tel cercle d'autres vouloir vous projeter dans des espaces qui sont occupés par des personnes que l'on vous a appris à admirer c'est naturel et l'individu face à quelque chose d'aussi systémique ne peut pas grand chose et c'est justement par la construction d'une résistance collective c'est à dire d'une part d'abord une sorte de vulgarisation de ce qu'est la réalité de ce pouvoir et c'est pour ça que je prends autant de temps à chaque fois pour décrire mon expérience à travers ceci ce que ça fait de se retrouver dans l'hôtel particulier de Bernard Arnault ce que ça fait déjeuner avec Xavier Niel c'est à dire vraiment ce que ça fait d'avoir été au Quai d'Orsay à 22 ans ou 23 ans d'avoir été à l'Assemblée nationale comme auprès d'une députée et ainsi de suite à la Cour pénétrationale tout ça c'est une sorte de travail de vulgarisation de diffusion que beaucoup prennent pour une démonstration d'égo ou de tentative d'argument d'autorité a pour vocation de déconstruire les mythes et les fantasmes que ces institutions réussissent à créer et tenter de vous partager un morceau du réel et de la tristesse de ce réel qui habite ces espaces-là pour justement tenter de vous détourner de ce désir construit et fabriqué et vous amener en fait à essayer de vous saisir de votre destin de retrouver on revient à ce terme une forme de souveraineté à leur égard la souveraineté c'est pas seulement un concept politique c'est aussi justement par exemple dans le rapport au désir c'est-à-dire réussir à tenir droit face à la tentation que l'on va vous présenter en vous amenant à travers la publicité ou autre ou même dans les relations humaines à vous dire que si vous allez fréquenter tel ou tel cercle vous allez trouver des femmes plus ou moins belles ou des hommes plus ou moins intéressants et qu'à partir de là ça vaut la peine de faire des sacrifices et de fil en aiguille finir par adhérer à un système qui fondamentalement non seulement est mauvais amène aux destructions que l'on sait d'un point de vue écologique et ainsi de suite mais aussi à des violences humaines et à une absence de récompense assez significative et que l'on retrouve de façon intuitive lorsqu'on regarde les gens qui nous gouvernent c'est-à-dire lorsque l'on voit qu'ils sont habités si ce n'est d'une forme de laideur ce qui est souvent le cas d'une forme de fadeur de tristesse et d'absence d'aura qui est révélatrice d'une absence de rapport à la vie d'une absence d'enthousiasme de passion et de tout simplement de vécu et donc en fait essayez de vous déconstruire cela essayez de vous permettre de vous rendre compte que lorsque vous voyez Olivier Véran à la télévision que vous dites qu'il n'a pas l'air bien dans sa peau ce pauvre gamin c'est parce qu'en fait il est lui l'un des épithomes des épithomés pardon de cette adhésion sur adhésion au système dans l'espoir d'y trouver une forme de récompense qu'il est impossible de trouver parce que cette récompense elle est purement fictionnelle elle est purement faite pour créer de l'adhésion au sein des populations que ce soit des populations de consommateurs pour les entreprises privées ou l'adhésion des citoyens pour les appareils politiques qui nous gouvernent et ainsi dans cette position-là évidemment continuer à pouvoir les exploiter à les dominer à en tirer des ressources et alimenter le confort de ceux qui au sommet de la pyramide se trouveront
donc pour vous dans ces cercles que vous décrivez les femmes sont belles et les hommes sont intéressants
pas du tout c'est l'inverse c'est la fiction à laquelle on tente de vous faire croire et ce que j'essaie de partager c'est que la réalité est loin d'être là comment vous dire quand je me rencontre en déjeunant avec tel oligarque donc quelqu'un qui détient des milliards d'euros et ainsi de suite et qu'en fréquentant ses proches en voyant ses enfants je découvre que son existence est traversée soit lui soit ses descendants le plus souvent ses descendants de crises d'anorexie de souffrance profonde d'incapacité à s'ajuster dans un monde dans lequel visiblement ils sont en décalage parce qu'à force d'accumuler du pouvoir des ressources le plus souvent du fait d'une névrose obsessionnelle c'est-à-dire l'accaparement le rapport à l'avidité c'est des choses qui sont quand même très caractéristiques au sommet de la hiérarchie alimentaire de nos sociétés quand je vois qu'eux-mêmes et c'est un élément important à ne pas y croire eux-mêmes en sont réduits à faire ce qu'ils appellent la tournée des grands ducs c'est-à-dire avec des personnes avec des patrons de la Silicon Valley quand ils viennent les visiter à Paris aller tourner de maisons closes parce qu'il y en existe encore dans ce pays contrairement à ce que l'on pourrait penser pour aller coucher avec des prostituées parce qu'ils ne sont plus capables de créer du lien parce qu'ils ne sont plus capables de créer du désir parce qu'ils ne sont plus capables d'être dans un rapport d'égalité vis-à-vis des autres personnes lorsque l'on parcourt en fait tous ces espaces-là et qu'on voit le vide dans lequel ils sont plongés et la violence qui quelque part eux-mêmes non seulement fabriquent pour des autres mais qui les traversent il y a quelque chose de profondément dégoûtant dont la répercussion vis-à-vis des tiers c'est-à-dire de la société qui rompe tous ces artifices que l'on essaie de construire je ne sais pas si vous avez vu la dernière pub Chanel avec Lily Rose Depp qui était diffusée dans les cinémas parce que c'est trop enfin justement on essaye de créer de la distinction c'est une publicité diffusée que dans des cinémas comme si c'était des œuvres où on la voit jouer son propre personnage et jouer à la star hollywoodienne vous voyez dans une sorte d'excitation pleine de gens entourés de gens beaux de choses intéressantes de richesses tout ça pour vous vendre un sac à main et quand vous savez la réalité de la vie de ces individus-là et à quel point elle est pauvre et parfois peu stimulante vous dites il y a quelque chose à déconstruire et le privilège qui m'a été octroyé du fait de ma naissance en tant que fils de producteur de cinéma qui a grandi principalement dans les beaux quartiers dans le 6ème 5ème arrondissement qui par ailleurs ensuite a été dans toutes les grandes écoles et institutions françaises qui fabriquent du pouvoir fabriquent ces personnes-là qui ensuite a eu le surprivilège d'avoir accès ce qui est très rare vous ne pensez pas que Xavier Niel Bernard Arnault et compagnie se laissent approcher comme ça d'être si ce n'est adoubé du moins approché par ces individus de les fréquenter d'être invité à des réceptions à des fêtes et compagnie si j'en tirais un pouvoir en soi et que je commençais à les ressembler il y aurait non seulement une forme de trahison par rapport à ma parole et mon engagement politique mais il y aurait surtout une forme de soumission à un dispositif qui fabrique du malheur y compris en leur sein et qui a fortiori évidemment détruit par ricochet des millions de destins
au delà de cette analyse presque psychiatrique on va pouvoir enchaîner déjà pour conclure cette première partie on aurait une dernière question à vous poser donc vous semblez isolé dans votre combat donc votre combat a fait progressivement de vous une sorte de totem de la dissidence et de la résistance à la Macronie vous êtes contre Macron et on le sait mais en étant combattant seul un peu totem désincarné contre Macron est-ce que vous ne sauriez pas finalement selon vous le négatif de votre ennemi présidentiel donc d'Emmanuel Macron
c'est drôle parce que c'est ce que ma mère me dit en panique elle me dit mais t'es seul enfin vraiment parfois désespérée elle me dit mais t'es complètement seul enfin en gros pourquoi j'ai fait un enfant illuminé enfin complètement enfin à la limite et et pourquoi est-ce qu'elle pense ça elle pense ça parce que parce que quelque part elle est socialisée dans ces sphères là c'est évident que dans ces sphères là ce que je dis ce que je fais coupe les ponts et c'est évident que la seule possibilité pour que ma parole permette de fertiliser quelque chose c'est qu'elle soit intègre c'est à dire qu'il ne s'agisse pas d'attaquer comme le fait la gauche aujourd'hui Bolloré pour sauver Niel et Macron Niel et Arnaud pardon c'est à dire en gros demander non pas à ce qu'il y ait une remise en question de la détention par un certain nombre d'individus de médias et de la capacité d'influence que ça leur donne sur nos politiques publiques mais qu'il y ait une remise en question individuelle pourquoi parce qu'ils veulent juste leur place ils veulent juste en fait leur oligarque qui leur permettent d'avoir leur espace médiatique et donc d'avoir accès à ce système là et donc si moi je rentrais dans des dispositions comme ça et c'est la condition pour avoir des alliés dans ce système c'est la condition c'est de rentrer dans un rapport de compromission c'est de rentrer dans un rapport où on va en fait permettre à d'autres personnes d'accéder à des ressources à des positions évidemment qu'il y aurait une forme de collectivisation de la lutte mais qui se ferait au détriment non seulement de ma capacité à me faire entendre mais tout simplement de la capacité à être entendu parce qu'il n'y aurait plus aucune crédibilité dans ce que je fais donc mon le fondement de ce que je fais requiert un isolement presque absolu c'est à dire une rupture complète de toute forme de dépendance ou d'interdépendance vis-à-vis d'êtres de pouvoir de façon à pouvoir distribuer ce pouvoir et non pas chercher à l'accaparer est-ce que c'est sacrificiel ou pas ça c'est une autre question mais en tout cas il y a vraiment cette dynamique qui est nécessaire de mettre en oeuvre sinon encore une fois on re-rentre dans un système où on essaye de vous faire croire à quelque chose pour vous faire adhérer et non pas pour vous émanciper pour émanciper les personnes à qui l'on s'adresse
très bien nous allons pouvoir passer à la partie suivante quelques jours après votre passage sur le plateau de touche pas à mon poste dans lequel vous défendiez et accompagnez votre client Damien Tarel éclate l'affaire ou l'épisode Louis Boyard qui a mis en lumière de façon directe et encore une fois avec une certaine violence l'influence et la poigne que pouvait exercer Bolloré sur les médias et les canaux de diffusion cela nous emmène donc à poser certaines questions pour préciser votre pensée sur la souveraineté les médias et la prélation à laquelle ils sont sujets
deux mots sur cet épisode c'est drôle vous en avez tous entendu parler j'imagine vous avez précisé que c'était peu après mon passage sur TPMP pour parler de la baffe à Emmanuel Macron le soufflet il se trouve qu'en fait j'avais entre temps c'est quelques jours plus tard mais entre temps je fais une vidéo sur Youtube où je décrypte le fonctionnement de l'intérieur de TPMP je me filme avec mon téléphone derrière mon placard et j'explique en quelques mots comment ça se passe et ainsi de suite et cette vidéo en fait devient virale pour une raison x ou y qui fait des centaines de milliers de vues et donc TPMP ils ont l'intelligence de me réinviter pour parler de la vidéo où je décris le fonctionnement de TPMP c'est-à-dire qu'ils essayent de m'intégrer au spectacle d'intégrer ma critique du spectacle au sein du spectacle et j'en ai beaucoup parlé avec une des personnes qui m'accompagne aujourd'hui sur l'opportunité d'accepter ou non enfin vous voyez c'est une fois que vous avez réussi parce que évidemment c'est assez dévastateur pour eux la façon dont je décrivais le fonctionnement de cet appareil de pouvoir je vous incite à le regarder et il y avait un peu cette idée il y a un grand réalisateur qui est mort il y a quelques semaines qui est probablement l'un des plus grands réalisateurs de cinéma de l'histoire Jean-Luc Godard qui avait tenté qui avait tout un discours de critique de la télévision et il avait tenté en allant à la télévision d'essayer de renverser la chose en se mettant du côté des techniciens c'est à dire en prenant le contrôle des caméras en disant attendez on va cadrer différemment il avait essayé de faire de la télévision différemment et l'idée qu'on avait c'était de se rendre sur ce plateau à cette invitation qui était évidemment intéressé et leur objectif c'était de me détruire c'était évidemment de détruire la critique que je venais d'énoncer et qui commençait à percer et qui donc quelque part les inquiétait pour dire non mais attendez vous racontez n'importe quoi on n'a pas de fiches et compagnie etc et de créer un dispositif où ma parole serait complètement étouffée donc l'idée c'était de leur dire écoutez laissez-moi la place si vraiment vous n'êtes pas un dispositif de pouvoir laissez-moi quelques minutes à la place de monsieur Hanouna donnez-moi votre oreillette donnez-moi votre téléphone et laissez-moi donner des instructions et recevoir des instructions de la régie et on va voir si les missions se déroulent telles qu'elles se déroulaient jusqu'ici et on verra si en effet vous n'êtes pas en train de construire et de fabriquer un discours et donc ils nous invitent pour ce jeudi soir et jusqu'au dernier moment on hésite et à un moment on se dit mais en fait c'est indécent c'est indécent de rajouter du spectacle au spectacle dans une situation qui est particulièrement difficile pour de nombreuses personnes et donc on lui écrit ce message et donc il invite Louis Bayard c'est extraordinaire c'est ce soir même où on devait intervenir pour discuter du fonctionnement de TMP de ce que TMP que en fait pour combler le trou qu'on vient de leur laisser dans leur antenne ils décident d'organiser un débat sur Cheyenne Viking sur les routes migratoires et il demande à Louis Bayard de venir et intervient cette sorte d'esclandre dans laquelle sans qu'on soit évidemment coordonné Bayard décide de lui parler de Bolloré et ça entraîne en fait une sorte d'effet révélateur que l'on sait donc je trouve ça assez je trouve ça presque émouvant parce que vous voyez Bayard a 10 ans de moins que moi il a évidemment entendu parler de Crépuscule et compagnie il avait lu cette critique des médias qu'on avait commencé à mettre en place système oligarchique donc il y avait quelque part un peu un passage de relais aussi par l'anecdote avec cette difficulté encore une fois que la gauche avec son courage habituel n'arrive pas à porter de la critique systémique n'arrive pas à dire la même chose la chose qui a été dite par Boyard à des PMP au monde au Figaro dans ATF1 et ainsi de suite et que non seulement cela Louis Boyard peut se permettre de le faire parce qu'il a 22 ans qu'il vient d'être élu député qu'il a en fait ne doit pas grand chose à qui que ce soit il n'a pas d'ambition présidentielle pour 2027 par contre Jean-Luc Mélenchon et les personnes qui l'entourent sont comme vous l'avez noté beaucoup plus mesurés parce que beaucoup plus inquiets des conséquences que cela pourrait avoir en termes de répercussions sur capacité à être visible dans l'espace public donc de pouvoir gagner des suffrages électoraux et arriver à changer les choses dans ce pays et donc ils ont une position particulièrement en retrait comme il l'avait eu d'ailleurs pour les mêmes raisons au sujet de Crépuscule et de toute la vague médiatique qui s'en était suivie
Ok, merci mais donc on va vous poser surtout quelques questions pour votre vision générale du paysage audiovisuel français donc le PAF quels sont pour vous les trois ou quatre axes pour un peu analyser et comprendre mieux ce système du paysage audiovisuel
Alors moi honnêtement là je pense qu'il vaut mieux parce que c'est quelque chose sur laquelle je me suis enfin j'ai beaucoup écrit je me suis exprimé il vaut mieux vous renvoyer à Crépuscule ou aux nombreuses vidéos que j'ai faites sur le sujet plutôt que de vous refaire une conférence sur les mécanismes qui amènent au contrôle sur ces espaces de visibilité le rôle qu'elles jouent politiquement y compris lorsqu'elles semblent complètement insignifiantes comme des émissions comme quotidien ou autre mais quotidien par exemple c'est très intéressant parce qu'en fait on adore on adore quand on fait partie des classes dominantes critiquer Hanouna c'est une forme de distinction ça nous permet de dire on est au-dessus de tout ça Hanouna c'est vraiment le truc de plouc de pauvre etc par contre c'est beaucoup plus compliqué d'attaquer une émission comme quotidien qui finalement contribue exactement de la même façon juste avec une suible différente et avec la même vanité et la même absence de courage à une sorte d'abêtissement et d'abrutissement des populations et donc on pourrait faire tout un débat sur la télévision en tant que telle spécifiquement mais je pense que j'aurais besoin de temps vraiment de vous déployer je pense pas que ce soit le format idéal
peut-être une précision sur la logique sociale de la télévision comme vous le mentionniez est-ce que vous pensez que la télévision a toujours ce rôle de démocratisation de la culture
parce qu'elle n'a jamais eu la télévision c'est la mort la culture c'est un terme relativement bâtard c'est-à-dire que je pense qu'il faut toujours privilégier le terme art ou création à celui de culture parce qu'il y a quelque chose d'assez généralisant et qui permet justement d'englober des dispositions comme les émissions télévisuelles dans la culture qui ne la favorisent en rien la télévision vient mordre sur des créations artistiques qu'elles soient cinématographiques musicales ou littéraires écrites beaucoup plus élaborées et vient en fait créer une forme de symétrie et d'asservissement à l'égard de ceux qui s'y soumettent Godard pour reprendre son terme disait toujours la même chose quand on voit au cinéma on lève les yeux quand on regarde la télévision on les baisse il y a vraiment cette idée de désactivation de la pensée par la construction d'un flux qui est consubstantiel à la télévision ça a été les politiques de libéralisation de la télévision à partir des années 80 en France a été une des plus grandes catastrophes culturelles un vrai massacre pour des générations entières qui ont créé un abétissement généralisé avec notamment là encore une fois que la droite s'asservisse au divertissement aux oligarques comme Martin Bouygues et compagnie on s'y attend que la gauche ait fait entrer Berlusconi en France avec la 5 là ça commence à devenir plus compliqué parce qu'on se rend compte qu'en fait peut-être qu'il y a un rapport consubstantiel entre le pouvoir et ce dispositif là qui n'a rien à voir avec l'idéologie c'est à dire qu'en fait le pouvoir par nature est accouplé à ce dispositif là
et du coup vous niez tout caractère didactique à la télévision parce que quand même la télévision vous a offert à maintes reprises une plateforme qui vous a permis de vous faire connaître pas uniquement de cette manière là mais la télévision
m'utilise comme j'utilise c'est un pur instrument moi si je vais chez Hanouna vous imaginez bien c'est pas parce que ça m'amuse d'aller chez Hanouna c'est même assez assez désagréable pas seulement par la façon dont il me traite mais même parce que ça implique en termes d'efforts d'abaissement c'est quand même pas donc il y a et c'est relativement similaire pour tout dispositif de communication mais c'est juste qu'à un moment donné si vous arrivez à extraire ne serait-ce qu'un pourcent de l'audience qui est la vôtre chez Hanouna c'est-à-dire sur 2 millions de personnes 20 000 personnes et que 1% de ces gens là s'intéressent à vos écrits ou à ce que vous partagez sur d'autres formes de plateformes et ainsi de suite c'est déjà énorme dans cette recherche de souveraineté c'est un pur dispositif instrumental qui consiste à essayer de sortir quelques personnes de l'espace dans lequel elles sont enfermées et là pour le coup pour x ou y raisons Hanouna continue à avoir à la fois la bêtise et l'intelligence qui consiste à s'ouvrir à d'autres espaces et à se laisser instrumentaliser de la même façon qu'il instrumentalise ceux qui se rendent sur son plateau et donc c'est un équilibre toujours très difficile à trouver la réponse n'était pas évidente quand ils nous ont invité ce soir-là cette deuxième fois par rapport à Louis Boyard parce que ça aurait pu tourner dans un sens ou dans l'autre ça aurait pu permettre de sédimenter une perception au sein de l'espace public qui permettrait ensuite de produire des effets politiques ou à l'inverse de nous détruire définitivement
Est-ce que vous pouvez juste présent préciser ce qu'est la dimension ce que comporte comme dimension d'abaissement le fait de se rendre touche pas mon poste
parce que j'en parle dans cette vidéo dont je vous parlais Hanouna crée un dispositif de pouvoir que j'ai décrit comme un tribunal après le tribunal ou parfois même avant le tribunal qui consiste à se mettre au centre tel un souverain d'une sorte d'hémicycle vous voyez vous allez avoir des chroniqueurs qui sont payés par lui pour proférer des paroles qui lui conviennent et qui vont lui permettre dans le cadre d'un processus faussement délibératif d'amener à imposer un point de vue et ce point de vue va passer l'imposition de ce point de vue va passer par l'écrasement le plus souvent de la personne qui va être invitée comme dans un dîner de cons à donner le change jusqu'au moment où monsieur Hanouna réussira à imposer sa parole et donc monsieur Hanouna va le faire soit en vous flattant soit en vous dénigrant et vous imaginez bien qu'avec mon positionnement politique idéologique et personnel ça ne peut que mal tourner à chaque fois et c'est pour ça que systématiquement ça tourne mal quand j'ai été accusé de viol comme vous le savez il y a un peu plus d'un an et demi Hanouna m'invite dans l'idée de me finir c'est-à-dire que lui il va arriver ça va être l'explosion définitive de quelqu'un qui l'a déjà mis en difficulté plusieurs reprises sur un certain nombre de sujets et ça va être une forme de jouissance de pouvoir se prononcer avant même qu'une quelconque autorité judiciaire se prononce à ce sujet et il crée un dispositif qui peut vous tuer de deux façons soit par l'humiliation soit au contraire par quelque chose qui aurait été encore plus détestable et qui me faisait vraiment peur c'est quelque chose à la PPDA chez Quotidien je ne sais pas si vous avez vu cette émission particulièrement indécente vous avez quelqu'un qui est accusé par une vingtaine de femmes d'un certain nombre d'actes et qui retourne chez son ancien employeur mais de façon discrète c'est-à-dire parce que TMC où est diffusé Quotidien n'est pas TF1 pour le commun des publics les gens ne savent pas que ça appartient au même groupe et qu'en fait c'est les mêmes personnes qui gèrent l'une et l'autre chaîne donc on l'envoie chez TMC dans une émission un peu cool à qui on impose de le recevoir parce que vous imaginez bien que le présentateur et le producteur Laurent Bon n'étaient pas très contents d'avoir en fait à faire du nettoyage de réputation pour cet individu parce que en gros le patron de TF1 avait décidé qu'il fallait le protéger et vous vous retrouvez dans une situation où vous avez pendant 20 minutes ce présentateur qui est censé être l'incarnation de la transgression soft vous voyez de la capacité à créer du décalage à se montrer sans compromis et compagnie qui avait prétendu au moment où il est passé de Canal Plus à TF1 qui évidemment se ferait sans sacrifice quant à sa liberté éditoriale etc obligé de se soumettre pendant 20 minutes à cette ancienne icône de la télévision de ne jamais le mettre en difficulté et de lui permettre de se présenter en victime de ce qu'il était en train de vivre et ça en fait ça me faisait presque encore plus peur que la tentative d'assassinat à laquelle j'ai été soumise médiatiquement
mais ça a été un échec pour TPPA
pour PPDA mais pas pour eux parce qu'en fait pour eux il y a cet aspect où en fait la personne a survécu parce qu'elle a pu se présenter dans cet espace social donc quelque part elle est légitimée et donc quand Nuna m'invite dans cette situation là il veut me détruire il veut finir avec moi et là où il y a une perte de contrôle c'est que évidemment d'une part l'accusation qu'ils essaient de porter sur moi ne tenait pas et d'autre part eux sont en panique sur ces sujets parce que comme je vous le décrivais c'est un des principaux sujets d'engagement en fait qui vont amener à ce détachement par rapport à ce pouvoir j'en ai parlé cette absence de rapport au désir cette instrumentalisation du corps de l'autre cet assèchement cette froideur qui naît dans ces espaces là elle les habite et elle les habite à la fois dans les relations par rapport aux femmes dans un système qui reste largement patriarcal mais aussi dans la recherche de substituts vitaux en ce qui concerne et de stimulants en ce qui concerne justement le creux dans lequel ils vivent c'est à dire la consommation de drogue et ainsi de suite et donc quand ils essayent de me chercher là dessus il me suffit de leur renvoyer en miroir ce que personne n'ose dire mais attendez vous me parlez de drogue vous me parlez de drogue et évidemment qu'est-ce que fait Anouna immédiatement tu dis que moi je prends de la coke il se sent immédiatement concerné par un annoncé qui touche au dispositif parce qu'il sait parfaitement qu'il est concerné individuellement et du coup il s'explose en direct sa force et son défaut c'est que c'est en direct et si vous regardez la vidéo en replay vous voyez qu'à un moment donné il commence à exploser et à m'incendier et à un moment il fait un geste comme ça c'est l'oreillette qui lui dit calme-toi là tu es en train de te perdre et on va couler si tu continues et là il y a un changement subi dans le comportement où il va tout d'un coup essayer d'éteindre la chose il va commencer à essayer de calmer les choses il commence à demander au chronique vous vous avez déjà pris de la coke ils les regardent tous hyper gênés évidemment parce que ils l'ont probablement fait entre eux collectivement enfin bref et et ça crée cette sorte de vous voyez de dérapage en fait de perte de contrôle qui pour Hanouna est insupportable parce que tout repose dans cette émission et tout repose dans le dispositif qu'il a décidé de construire sur la notion de contrôle de pouvoir et de domination sur l'autre
est-ce que vous n'avez pas peur que ce soit pris pour de la diffamation
non parce que d'une part l'individualité ne m'intéresse pas c'est à dire moi j'ai aucun problème ni avec Cyril Hanouna ni avec qui soit d'autre je les vois comme comme expression d'un système et c'est quelque chose qui m'avait où je me trompe probablement d'ailleurs c'est à dire que c'est un désaccord que j'avais eu avec Piotr Pawlenski au moment où il a diffusé vous en avez parlé la vidéo du sexe de Benjamin Griveaux pendant la campagne ce qui a amené à la démission de Benjamin Griveaux je considérais en amont que c'était un geste qui était complètement improductif politiquement je considérais je ne comprenais pas l'utilité ni la valeur de fonctionner de cette façon et vous noterez qu'en fait malgré une parole relativement libre sur tous ces individus depuis trois ans je n'ai eu comme vous l'avez rappelé qu'un seul procès en diffamation qui était celui que m'a attenté Martin Hirsch parce qu'à un moment en effet il y a eu une sorte de tremblement dans la qualification exacte des faits qui pouvaient lui être reprochés où j'ai été pas assez précis par rapport à ce que j'aurais dû être et j'en prends ma responsabilité mais qu'il a perdu parce que en fait par ailleurs c'était extrêmement rigoureux et que ça ne suffisait pas à rendre sanctionnable la parole qui était la mienne et personne d'autre m'a attaqué parce que je pense d'une part tout est très fondé tout est à chaque fois évidemment sourcé et légitime et d'autre part parce que ça s'inscrit dans un cadre systémique et je suis presque convaincu qu'eux-mêmes comprennent qu'ils ne sont que les objets transitifs de ma parole qui ne sont pas le sujet et quand ils font mine de croire qu'ils se sentent personnellement attaqués comme Gabriel Attal l'a fait quand j'ai révélé sa relation avec Stéphane Séjourné en prétendant que c'était une sortie homophobe et ainsi de suite on voit bien que c'est de la comédie que c'est une façon pour eux de prétendre qu'il y aurait là quelque chose d'indignant d'indécent dans ce que je révèle alors qu'en fait ils m'indiffèrent évidemment dans leur individualité donc je n'ai pas peur de ce rapport à la diffamation et j'avais une deuxième partie de la réponse à vous apporter oui sur Piotr Pablenski Piotr a produit un effet politique que l'on peut considérer comme positif ou négatif la quasi-totalité des classes sociales dominantes ont trouvé ça évidemment négatif et une partie de la population française a trouvé ça de la même façon que le geste de Damien Tarell les avait soulagés jouissif de le faire tomber là-dessus et en fait toutes les questions d'atteinte à la dignité et compagnie leur passent complètement au-dessus deux choses moi je pense que c'est une autocritique je pense que je suis trop bourgeois pour trouver de la jouissance dans ce genre de geste et d'autre part j'avais cette théorie qui consistait à dire que la propagande par le fait telle qu'elle a été théorisée par les anarchistes à la fin du 19e siècle qui consistait à l'époque via des attentats non pas des attentats de la pudeur comme aujourd'hui mais en tout cas par des attaques à des individualités à des morceaux du pouvoir on pourrait obtenir des résultats politiques bénéfiques je n'y croyais pas du tout et j'ai encore beaucoup de mal avec cette hypothèse mais les faits me semblent démontrer que j'ai peut-être tort et qu'en fait dans les structures de lutte et de résistance qui sont mises en place en France les effets les plus tangibles et efficaces en termes de rédemption symbolique notamment sont passés par ceux qui à un moment donné sont passés par une attaque directe à l'individualité et ma parole elle-même est largement reçue parce que je mets des corps derrière les idées et c'est une exergue que j'ai mis dans 13 pillards un petit texte où je reprends 13 petits portraits de membres de la Macronie c'est une exergue de Marx qui lui-même appelait en fait à cette corporisation du discours c'est-à-dire de passer par une incarnation du politique et rappeler que derrière les idées des systèmes et ainsi de suite il y a des individus qui le tiennent et qui doivent être notre sujet
très bien pour recentrer le débat sur les médias et leur influence je voudrais vous demander si vous considériez que la collusion médiatico-économique que vous dénoncez était un mal strictement français et s'il est strictement français est-ce qu'il y a un pays qui trouverait grâce à vos yeux en termes de relations aux médias
alors ça il faut vraiment moi j'ai mis 27-28 ans à comprendre à peu près comment fonctionnait le système politique français et je l'ai fait en ayant un accès particulièrement privilégié à ces structures de fonctionnement c'est-à-dire que la critique que j'arrive à mettre en place à partir de crépuscules de façon structurelle c'est parce que j'ai la chance à la fois à un moment donné de ma vie d'interagir avec les oligarques c'est-à-dire les détenteurs des médias à la fois de façon parallèle d'être reçu par exemple à l'époque par la directrice du Monde Nathalie Nougaillret dans son bureau à l'époque à Auguste Blanqui où elle me parle des difficultés qu'elle a avec les actionnaires sans savoir que par ailleurs ils m'ont invité à déjeuner et compagnie évidemment sans que je la trahisse à la fois par des journalistes de ses rédactions et à la fois moi en tant qu'intervenant dans ces processus donc vous voyez il y a une sorte de conjonction qui n'intervient que très rarement c'est-à-dire qu'en fait je voyais bien que Nathalie Nougaillret était aveugle par rapport aux intentions réelles de ses propriétaires elle subissait elle me racontait ses souffrances et ses difficultés à imposer et à tenir une ligne éditoriale dans le monde et je voyais bien que le journaliste du monde et les compromis qu'elle devait faire et je voyais bien que le journaliste du monde était complètement aveugle à la fois face à la direction de la rédaction et à la fois face aux oligarques donc ayant vu cela ayant vu le fonctionnement politique partisan à travers cette expérience notamment avec Aurélie Filippetti ayant vu aussi une partie une partie seulement évidemment du fonctionnement structurel de l'État au ministère des Affaires étrangères à la fois ce qui était le CAPS à l'époque de la direction de la prospective et auprès du conseiller spécial du ministre de l'époque Laurent Fabius ayant vu en fait ayant aggloméré très rapidement et très tôt toute une série de ses expériences et étant suffisamment jeune encore pour avoir la liberté de ne pas dépendre d'un quelconque d'entre eux ayant enfin et c'était évidemment cardinal de travailler avec Julien Assange et Goukili X donc voyant l'envers de ces décors j'ai pu à un moment donné poser un diagnostic d'ensemble sur les fonctionnements structurels qui a mené à ces dérives et à ces failles et c'est en ça franchement que je vous incite à dire crépuscule quoi qu'on vous en ait dit parce que ça permet de connecter des points c'est pas parce que je suis intelligent ou non c'est que très peu de personnes ont eu la chance de voir au niveau horizontal en même temps et donc cette critique là me demandait d'essayer d'avoir des conclusions similaires à partir ou sur d'autres pays ce serait en fait dévaloriser tout l'effort que j'ai fait pour avec grande rigueur essayer d'agglomérer ces connaissances en ce qui concerne la France et ce serait commencer à porter des jugements de surface à l'emporte-pièce qui sont contrairement à l'apparence que l'on pourrait avoir dans mon discours parce que je me permets des facilités de langage et ainsi de suite sont loin d'être le cas quand je vous parle des faits dont il est question dans le cadre de cette conférence
merci beaucoup on va passer à quelques questions du public s'il y en a
oui c'est bon alors j'ai écrit ma question pour que ce soit plus clair parce qu'elle est un petit peu longue d'abord merci d'être là ce soir bon donc on vous a écouté vous posez un diagnostic clair et c'est d'ailleurs là le fond de vos travaux un diagnostic de conditionnement social qui façonne les élites de violence qu'elle soit physique ou symbolique vécu par une grande partie de la population française d'une dégradation radicale des services publics et de leur privatisation un diagnostic d'un imaginaire et d'une souveraineté nationale abîmée face à la mondialisation et d'un gouvernement auto-centré et individualiste ce diagnostic c'est aussi une forme de discours condamnatoire peu importe ce que l'on en pense qu'on soit d'accord avec ou non pourtant vous l'avez dit les élèves de notre école seront pour la plupart amenés à diriger à dominer et vous avez dit à faire violence cette violence dont vous parliez peut-être qu'elle sera exercée par certains consciemment ou non et peut-être que d'autres préféreront ne pas se poser la question mais comme vous et c'est presque votre votre image de marque certains des produits de l'élite ne cherchent pas d'abord à dominer et surtout pas d'abord à faire violence donc ma question c'est quelle serait la deuxième étape de votre discours dans la refondation politique de la société actuelle que vous condamnez quelle serait l'étape qui suit celle du discours condamnatoire celle qui permet de reconstruire d'une manière nouvelle ou est-ce que vous nous condamnez ici à HEC parce qu'on est passé dans cette école que vous qualifiez à ne faire que le mal et à mal faire
merci de cette question encore une fois contrairement à ce qui peut se dégager de l'apparence de mon discours je ne tiens absolument pas à me situer dans une position de supériorité quelconque évidemment à votre égard ni même de façon plus générale à l'égard de quiconque je pense que la désactivité la désactivation de ce rapport de domination est essentielle encore une fois pour que ce discours ait un sens si je me permets le mépris et la violence c'est à l'égard de ceux qui ont les outils pour répandre ce mépris et cette violence et pour les désactiver pour leur montrer qu'il est parfaitement possible en jouant avec leurs armes d'être encore plus violents mais aussi plus pertinents qu'ils ne le sont lorsqu'ils tentent d'en faire usage ça c'est un élément cardinal je ne souhaiterais pas que quiconque ici se semble méprisé ou pris de haut par la forfanterie d'un jeune bourgeois qui après avoir parcouru le monde et fait eu ses quelques aventures viendrait leur donner des leçons sur qui ils sont ou sur ce qu'ils devraient être le deuxième élément qui me semble fondamental dans votre question et qui là encore pourrait et devrait faire l'objet d'une conférence à part entière c'est la direction qu'il faudrait prendre une fois que l'on a décidé de fermer cette institution ce que je compte réussir à obtenir d'une façon ou d'une autre pas moi en tant qu'homme de pouvoir mais en tant que participant d'un mouvement qui permettrait enfin de rompre avec ces espaces d'homogénéisation sociale d'endogamie et donc de construction de structures de domination et par leur fusion évidemment dans des structures universitaires ou autres ce discours j'ai essayé enfin cette construction de l'après j'ai essayé de la mettre en place dans ce long texte qui s'appelle la battre l'ennemi qui est très compliqué à appréhender dans laquelle je propose notamment à la fin un plan illustré de ce que pourrait être le pari de l'après et qui consiste à expliquer comment est-ce que l'on pourrait repenser et refonder une république d'un point de vue institutionnel avec notamment des réformes dans tous les domaines y compris celui de l'éducation la généralisation par exemple du modèle des capacités qui permet à des personnes qui n'ont pas eu le baccalauréat de s'inscrire en études de droit et à travers un programme spécifique de rattraper le retard entre guillemets qu'ils auraient pu avoir du fait disons évidemment parce que lorsque l'on parle de classe sociale on parle de quelque chose d'abstrait c'est quoi la réalité derrière la classe sociale c'est la capacité à vivre en dehors de la précarité c'est à dire en dehors de la vulnérabilité c'est ça qui compte une grande partie de votre succès au concours que vous avez passé passe par la capacité que l'on vous a donné en vous élevant dans un espace particulièrement protégé qui vous est octroyé du fait de votre appartenance à une classe sociale privilégiée à vous concentrer à dégager de l'espace intellectuel et psychique pour sur un objet donné d'études et de pensées au delà des questions de transmission d'habitus de capital culturel et social dont la sociologie a beaucoup traité votre capacité à un moment à avoir une disponibilité mentale qui va vous permettre de mettre en oeuvre un effort extraordinaire au sens littéral du terme par rapport à ceux dont seraient capables des personnes de votre âge qui pour des raisons différentes qui vont de l'ignorance en l'existence de ces écoles qui est quand même généralisée à l'absence de privilèges en termes de qualité éducative qui a pu leur être octroyé du fait de la dégradation du service public de l'enseignement en passant par des conditions psychiques elles-mêmes fruit des conditions dans lesquelles ils ont grandi au sein de la famille et ainsi de suite n'ont pas pu développer à cet âge-là cette capacité ce qui ne veut pas dire qu'ils ne seront pas capables de la déployer plus tard et c'est là l'un des immenses problèmes de ce pays c'est-à-dire le déterminisme absolu qu'il y a non seulement en termes de reproduction sociale mais en termes de capacité à rattraper à un moment donné un moment de votre vie qui parce qu'il y a eu un divorce parce qu'il y a eu des violences au sein de votre famille parce qu'il y a eu une difficulté à s'insérer socialement à ne pas être harcelé à ne pas être violenté à vous conformer au moule social auquel vous adhériez il n'y a pas eu une capacité à vous concentrer sur vos études à déployer tout simplement un intérêt une curiosité pour les questions qui vous étaient présentées et quelque part en conséquence de quoi à avoir un devenir qui soit plus élaboré et plus construit que celui auquel vous auriez pu aspirer on n'imagine pas le nombre de personnes qui s'arrêtent en chemin parce qu'à un moment donné ces violences systémiques dont on parle ces 15 000 morts dont on parle en ce qui concerne le chômage de mâche de masse vont produire des effets dans le réel c'est-à-dire à un moment donné des violences conjugales des violences sexuelles liées à mille choses qui peuvent être la dévalorisation que quelqu'un va subir au sein d'un environnement de travail le fait même pas de se faire licencier c'est-à-dire la dégradation qu'il va y avoir dans les rapports humains à l'échelle verticale ou horizontale qui va faire qu'on va se sentir mal et que cette violence parce qu'on ne peut pas la répercuter dans l'espace du travail parce que l'on est dominé au sein de cet espace du travail parce qu'on est en bas de l'échelle et bien on va les répercuter par exemple dans l'espace intime ça c'est des éléments en fait qui du coup vont affecter l'enfant qui vont affecter la capacité à vous développer et ainsi de suite moi je parle de ça je pourrais parler pour prendre une autre question mais qui est relié tout simplement l'accès à la beauté quand vous grandissez dans des tours ou dans des espaces qui sont complètement dévastés y compris parce qu'on parle souvent des banlieues mais y compris dans des villes secondaires de province où vous avez aujourd'hui des actes qui sont construites où tous les commerces sont concentrés en dehors de la ville où le centre-ville sont complètement éteints et vous allez grandir soit dans un pavillon soit dans un espace qui va être complètement chloroformé sans activité mort socialement et vous n'allez pas avoir la stimulation nécessaire et vous n'allez pas avoir des professeurs des médecins qui vont vouloir s'installer dans ce territoire pour vous accompagner et vous allez créer des boucles comme ça qui vont vous rétrograder rétrograder au sein de nos cités vont vous écarter définitivement d'espaces de stimulation qui pour d'autres sont préservés parce que les politiciens dont on parle ils ne s'attaquent pas à leur service public et lorsqu'ils s'attaquent au service public de façon tellement violente que ça finit nécessairement par se répercuter y compris dans les beaux quartiers ils vont partir dans le privé ils vont partir dans le privé ils vont s'organiser pour s'évincer de la société et se protéger des conséquences que leurs décisions produisent sur le reste des français et c'est là un des aspects fondamentaux pour le coup de la critique de l'endogamie c'est qu'il y a une perte de conscience et d'adhésion au système collectif une perte d'adhésion au rapport à la communauté une indifférence à l'autre qui croit dans des dispositions comme ça et qu'il est extrêmement dangereux de laisser perdurer donc pour vous répondre vous dire les solutions moi j'ai essayé en fait de créer un ensemble de propositions comme ça qui permettraient de réfléchir à partir de ces problématiques très particulières à des changements structurels et ce qui manque et ça sera l'objet j'espère de mon prochain ouvrage c'est le comment c'est à dire une fois qu'on a indiqué vers où on va proposition évidemment je ne suis pas en train d'essayer de vous dire on fera comme ci comme ça sur tout ce que à part sur la suppression de l'HEC je ne suis pas en train d'essayer de vous imposer des choses mais à partir de ce dispositif là il reste la question de comment est-ce qu'on arrive à ce que le prochain mouvement proto-révolutionnaire comme le gilet jaune permette en effet de déboucher et que les personnes qui se sont retrouvées au pied de l'Elysée qui avaient la possibilité d'y rentrer parce que je peux vous assurer que lors des premiers actes si les gilets jaunes ne sont pas rentrés à l'Elysée ce n'est pas parce qu'ils n'en avaient pas la capacité c'est parce qu'ils n'en avaient pas la volonté pourquoi ils n'en avaient pas la volonté parce qu'ils ne savaient pas pourquoi ils voulaient rentrer à l'Elysée ils savaient contre quoi ils se battaient ils savaient les raisons qu'ils avaient amené à se déplacer à des centaines de kilomètres de chez eux pour la plupart pour se retrouver sur les champs pour la première fois de leur vie mais il leur manquait cette idée de se dire si on rentre à l'Elysée il se passera ça et répondre à ça alors que les policiers reculaient et qu'ils auraient laissé passer ces jours-là parce qu'ils n'avaient pas les moyens de s'opposer ça me semble essentiel pour pouvoir rendre effectif un devenir révolutionnaire ça c'est sur la volonté donc sur abattre l'ennemi et après le comment révolutionnaire ce sera ce texte qui j'espère sera bientôt publié
Bonjour merci d'être revenu jusqu'ici j'aurais une question face à un pouvoir politique de plus en plus autoritaire est-ce que selon vous il existe des moyens pour s'extirper finalement du joug du pouvoir et si oui lesquels si ce n'est la révolution avant d'arriver à ce stade
si vous êtes bourgeois vous pouvez aller vous acheter quelques hectares quelques bars et planter des arbres bio et prétendre que vous êtes en train d'apporter une contribution extraordinaire au monde et vous sentir valorisé éthiquement un peu comme l'ont fait les indignés pendant Nuit debout je pense que c'était en 2016 un an avant l'élection d'Emmanuel Macron où c'était magnifique parce qu'ils se contentaient donc c'est en gros la bourgeoisie des villes qui est aussi atteinte par cette dégradation générale des services publics de la capacité à vivre en communauté mais qui n'a pas envie de prendre de risques quand même parce qu'elle ne va pas s'exposer à se faire tirer dessus par des policiers y compris si c'est juste au LBD ou des gaz lacrymo elle ne va pas se mettre en danger alors que bon quand même elle peut aller de temps en temps bruncher dans le 11e arrondissement cette bourgeoisie qui voyait par ailleurs son capital symbolique s'est filochée disparaître parce que c'est la fille de la révolution de ce glorieux pays la France qui a toujours fait l'histoire et qui voyait que cette histoire se basculait du côté des révolutions arabes de peuples qui se soulevaient s'est dit oui nous aussi on va faire ça et comme ça on va retrouver un peu notre place mais bon on ne va pas trop le faire donc on va occuper une place qui est faite pour être occupé enfin c'est le principe d'une place et on va vraiment rester on va laisser les axes de circulation autour on va vraiment rester dans la place et on va discuter voilà donc ça en fait c'est réajustement pourquoi je vous parle de ce réajustement éthique évidemment complètement improductif politiquement et parfaitement hypocrite c'est parce que c'est exactement le même de ceux qui aujourd'hui se disent bon ben je me barre pour faire mon potager quelque part et comme ça au moins je ne ferai pas du mal au monde il y a toujours en fait cette logique qui consiste à dire que plus vous êtes en haut de la société plus l'individualité va primer en fait y compris dans votre implication politique et plus vous êtes en bas de la société plus vous allez dépendre de la collectivité de votre capacité à vous organiser collectivement et à mettre en oeuvre en fait des dispositions qui le jour où cette agglomération deviendra possible vous sera en mesure de faire contrepoids au pouvoir et de lui faire tellement peur qu'éventuellement il fuira donc la question c'est de l'organisation collective pas au sens on va se structurer on va créer des groupes et compagnie au sens de comment est-ce qu'on commence à repérer d'une part les individus qui autour de nous auraient une sensibilité similaire à un autre et ensuite ça c'est le plus important et peut-être a fortiori pour vous quel rôle je souhaiterais jouer demain au sein d'une société qui serait reconfigurée en termes d'optimum de Pareto quelle serait ma position qu'est-ce qui pourrait et qu'est-ce que je peux faire pour décaler cet optimum parce que dans une société idéale tout ce que j'ai fait jusqu'ici va nécessairement me permettre de faire des choses mais va m'empêcher de faire peut-être ce que j'aurais adoré faire c'est-à-dire être artisan ou par exemple et donc réajuster réfléchir au changement que doit connaître la société pour que mon optimum soit atteint et pour que l'optimum de la majorité soit atteinte je pense que c'est pour des personnes comme vous qui ont des outils pour conceptualiser de cette façon votre rapport au monde je pense que c'est la première étape de quoi est-ce que vous rêveriez dans un monde idéal et de quoi est-ce que vous pensez que les personnes autour de vous rêveraient et qu'est-ce qui a fait qu'on leur a empêché de jouer ce rôle-là
merci nous prendrons deux dernières questions avant de conclure il y a beaucoup de questions encore
bonsoir monsieur vous avez vous avez évoqué très rapidement l'ENA lorsque vous avez parlé du parcours d'Emmanuel Macron j'aimerais savoir ce que vous pensez de cette école et de la réforme qui a été décidée
de l'INSP c'est compliqué parce qu'il n'y a pas eu encore d'effet produit par la réforme à ce stade franchement rien de significatif a priori c'est à dire qu'on essaye de changer cosmétiquement un certain nombre d'éléments on a cette idéologie sous-jacente qui consiste à faciliter c'est toujours l'idéologie du mouvement vous voyez en gros Emmanuel Macron vraiment s'il y a quelque chose de caractéristique chez lui c'est qu'on sent qu'il n'a jamais été exposé à la violence la violence sociale la violence symbolique et donc en fait pour lui tout est fluide vous voyez c'est facile et en fait il faut faciliter les choses il ne voit pas que les corps par exemple en ce qui concerne le corps diplomatique qui le finit par dissoudre ont aussi une fonction de protection que ce qui lui apparaît comme à beaucoup de néolibéraux qui sont systématiquement issus des classes les plus favorisées comme des rigidités sont en fait des cadres qui permettent de protéger les personnes qui à cet intérieur sont trop vulnérables ou seraient trop vulnérables si on les exposait au vent d'une façon ou d'une autre et donc l'INSP sans s'inscrire complètement dans cette il ne faut pas faire de démagogie ça ne s'inscrit pas dans une idéologie néolibérale ce n'est pas une destruction complète des corps a quand même cette idée que le problème de la fonction publique ce serait la question du mouvement mais de toute façon dès le moment que vous essayez de réformer la haute fonction publique sans toucher au grand corps et à l'existence des grands corps à l'IGF à la Cour des comptes au corps des mines et autres en ce qui concerne les corps de Polytechnique vous vous retrouvez dans une situation où vous êtes en train de faire de l'artifice c'est-à-dire considérer que vous allez faire attendre quelques années seulement les étudiants avant de pouvoir accéder à ces grands corps au lieu de leur faire accéder après le classement de sortie c'est quand même pas révolutionnaire comme mesure et ça ne changerait rien fondamentalement d'autant plus que pourquoi est-ce que je vous renvoie la continuité de l'homogénéité sociale de votre école depuis l'origine jusqu'à aujourd'hui c'est aussi pour déconstruire cette fiction qu'il pourrait en aller autrement votre école est faite pour construire cette homogénéité et si vous avez choisi d'aller à cette école après vos études c'est consciemment ou inconsciemment pour bénéficier des effets de cette homogénéité en termes d'apprentissage de comportement en termes de relations sociales bien plus que comme vous le savez tout aussi bien que moi pour la qualité des enseignements qui vont vous être délivrés et donc si vous ne traitez pas cette question-là si vous n'allez pas en amont sur le principe même de l'existence de ces structures et bien vous pouvez changer le mode de fonctionnement à ce moment de telle ou telle façon vous ne changerez rien au fond à leur finalité et à la façon dont elles fonctionnent et aux effets qu'elles produisent évidemment pas une dernière question du coup malheureusement il n'y a pas de cocktail après donc on peut bonjour monsieur on m'avait proposé un cocktail
et j'ai dit que je ne suis pas que je n'ai pas que le goût merci d'être venu ce soir j'avais une question pour vous vous avez parlé plutôt en début de conférence du fait qu'il aurait fallu c'était l'exemple que vous avez traité c'était les frappes contre le régime de Bachar el-Assad il aurait fallu avant de faire ces frappes ou en tout cas avant de dire que la France était sûre de ce qu'elle faisait consulter les Français mais pensez-vous que consulter les Français aurait permis en quelque sorte de faire de meilleurs choix sachant que les Français et je parle de tous les Français ne sont pas en général en tout cas habilités et n'ont pas eu la formation de pouvoir répondre à cette question ou même de comprendre des questions aussi importantes que celle-là
mais ne soyez pas hypocrite alors ne croyez pas en la démocratie et ne vous prétendez pas démocrate si vous considérez que le peuple n'est pas habilité à peser sur ces questions assumez l'idée d'un régime autocratique ou dictatorial ou verticalisé ça c'est la première question sur la forme enfin vous je ne vous prends pas à témoin vous individuellement mais quelqu'un qui pense comme ça
en démocratie presque je dirais naïvement mais 90% des choix qui sont faits par nos dirigeants le sont par eux sans nous interroger directement puisque nous les avons élus et on les a en quelque sorte élus pour ça même sans savoir les choix qu'ils allaient faire
donc pour répondre enfin ma deuxième partie de la réponse à votre première question avant de réagir à ça la délibération crée de l'intelligence en fait c'est par la délibération par la confrontation des perspectives que vous allez permettre une prise de conscience et un accroissement des connaissances qui va amener à une prise de décision qui va être plus juste que ce que l'on aurait pu autrement si on en amont on pense que du fait de cette formation de cette isole pourquoi est-ce que pourquoi est-ce que Hollande a pris cette décision c'est parce qu'il reçoit quatre jours avant le premier ministre irakien et que en fait dans ces petits cercles de gens très bien informés ou qui se croient très bien informés qui sont en fait des diplomates qui depuis 40 ans parce qu'il fut un temps où les diplomates français étaient plongés au sein des sociétés c'était des personnes qui étaient il y avait des aventuriers il y avait des journalistes il y avait des romanciers c'est pour ça qu'on a des gens extraordinaires qui ont traversé le corps diplomatique qui sont devenus certains des plus grands écrivains de ce pays ils étaient nourris parce que c'est une partie des élites de notre pays et nées de la résistance et donc à la fois d'un rapport à l'engagement et à la vie mais aussi un rapport à la construction d'un terreau où les classes sociales se mêlaient où on partait d'expériences individuelles qui nous permettaient d'évaluer le mérite de façon autrement plus pertinente qu'à travers les concours que vous et moi avons passés ces personnes-là avaient la capacité de réfléchir le monde et quand ils allaient discuter avec d'autres diplomates qui éventuellement avaient une expérience similaire il y avait quelque chose qui pouvait s'en extraire lorsque vous regardez ce que sont devenus nos diplomates aujourd'hui c'est-à-dire des personnes parfaitement conformées isolées au sein d'un milieu social favorisé et qui de bout en bout en fait n'auront construit qu'un rapport abstrait au monde un rapport qui est fait un de leurs liens de connivence avec leur père au sein des chancelleries au sein des événements qui sont organisés par les différentes ambassades et consulats et les institutions des pays dans lesquels ils exercent et évidemment au sein de leur classe sociale dans leur pays ces individus-là ne sont plus en capacité de penser le monde ils ne savent du réel que ce qu'on leur rapporte et donc à aucun moment il y a ce retour au réel à la fois par rapport à la situation dont ils ont à traiter en l'occurrence en Irak et à la fois sur les conséquences qu'ils pourraient avoir sur le territoire dont ils sont issus et qu'ils sont censés gouverner et diriger parce qu'ils ne le connaissent plus parce qu'ils ne savent pas qu'à dire comme l'avait fait mon ministre et c'est pour ça que j'ai été recruté au Quai d'Orsay parce que j'avais une expérience au préal à la Cour pénétrationale il faudrait poursuivre Bachar el-Assad en justice et qu'ils commençaient à porter des discours accumulatifs sur le fait que c'était le diable absolu et que c'était pas possible etc.
qu'est-ce qui suscitait chez une partie de notre population qui se sentait directement concernée par ces massacres la volonté tout simplement d'y aller pour régler la situation pour participer pour sortir de l'impuissance que le discours moraliste que portait notre ministre produisait parce qu'il n'était incapable d'affecter le réel parce qu'évidemment la France n'avait pas la capacité de peser sur le devenir du destin syrien et donc ce qui s'est passé c'est qu'évidemment se sont engouffrés dans la brèche des prédicateurs islamistes qui en ont appelé à ce peuple de France qui voyait sur le 20h de TF1 sur 20h de France 2 sur réseaux sociaux à quel point le régime de Bachar el-Assad était horrible qui sentaient une impuissance terrible parce que c'était des gens auxquels ils s'identifiaient notamment du fait de questions religieuses et qui à un moment donné se sont dit bon ben là il y a quelqu'un d'autre qui m'appelle et qui me propose quelque chose à faire contrairement à ce ministre contrairement à ce...
évidemment c'est pas Laurent Fabius en question en particulier c'est le gouvernement en s'ensemble et ils ont créé cette faille ils ont créé cette faille dans laquelle se sont gouffrés des gens et c'est pour ça que c'est en grande partie des français qui sont partis en Syrie vous voyez il y a eu une ampleur de départ de la part de France vers la Syrie beaucoup plus importante que dans d'autres pays européens donc ce genre d'élément vous ne vous en rendez compte que si vous avez un lien un embranchement avec le réel si vous êtes quelque part connecté avec les réalités de votre population pas si vous avez passé votre vie entre le 16e arrondissement et l'ambassade de Washington il y a un moment donné où les conséquences de vos décisions vous échappent par votre ignorance du réel et donc ce système diplomatique tel qu'il existe aujourd'hui n'est pas du tout plus informé contrairement à ce que vous pensez que les populations françaises les populations françaises qui ont pour le meilleur et pour le pire évidemment comme intérêt principal le leur mais le leur pas en tant qu'individu le leur en tant que communauté qu'il a fallu des siècles pour s'y monter ils ont conscience eux des sacrifices qu'il a fallu pour faire la France des sacrifices qu'a impliqué la construction des palais dans lesquels nos dirigeants se vautrent et dont ils jouissent en toute impunité parce que c'est eux qui l'ont fabriqué c'est leur sang c'est leur sueur c'est eux qui ont sorti l'énergie de nos mines de charbon c'est eux qui ont fabriqué ces espaces-là qui les ont construits qui ont été asservis pendant des décennies et des décennies pour nous permettre de bénéficier d'installations comme celles où vous êtes aujourd'hui installés et donc ils savent à quel point c'est précaire et fragile et à quel point il est essentiel avant tout de préserver cet espace-là je peux vous assurer que François Hollande toute habité à sa soif de reconnaissance par ses alter-égaux étrangers par le petit Paris qu'il avait adopté n'en a non seulement pas connaissance mais il a à cet égard une profonde indifférence et donc ce rééquilibrage ce rappel à la terre des dirigeants ne peut passer que par une démocratisation et une démocratisation fondamentale pas une démocratie représentative telle qu'elle existe aujourd'hui mais une construction d'une démocratie directe qui nous permet d'avoir une prise beaucoup plus directe sur ceux qui sont censés nous diriger et évidemment par ailleurs un renouvellement extrêmement large de nos soi-disant élites c'est-à-dire de nos classes dominantes en leur injectant beaucoup plus de personnes qui provenant de toutes les strates de la société pourront leur dire là je suis désolé Coco mais quand tu fermes une poste ou quand tu fermes un hôpital ou quand tu fermes une caserne de pompiers ça va produire des effets bien au-delà de la ligne comptable que tu es en train d'étudier parce que tu es devenu ministre des comptes publics à 31 ans après avoir vécu toute ta vie comme un grand privilégié
mais dans la théorie évidemment la démocratie directe ça peut paraître bien beau mais en pratique il faudra forcément à un moment soit essayer de centraliser en certaines personnes l'opinion de chacun des 70 millions de personnes 70 millions de français ou alors d'une autre manière comment si imaginons qu'en pratique on arrive à mettre en place la démocratie directe et à demander leur avis aux français directement comment faire en sorte à ce que la sociologie l'a prouvé les populations et puis elles sont nombreuses plus et simples sont aussi facilement manipulables sur des sujets qu'elles connaissent aussi peu que les diplomates comment s'assurer que cette démocratie directe ne sera pas même accaparée par certaines personnes qui auront connaissance de cette possibilité de manipuler les populations
c'est là où je vous le dis sans agressivité mais en fait tout votre discours se fonde sur la présomption de la bêtise des personnes qui appartiennent à d'autres classes sociales que la vôtre et ça en soi c'est la preuve de l'efficacité des dispositifs auxquels l'on vous a fait adhérer je vous incite encore une fois non pas individuellement mais à faire un effort de modestie et d'humilité et d'aller voir les productions des gilets jaunes en termes de propositions institutionnelles pour mettre en oeuvre effectivement ces démocraties directes des propositions qui ont été élaborées sur des ronds-points par des personnes qui ne sont rien ou qui ont été présentées comme telles et qui vous montreront un degré de pertinence et de compréhension de la situation du pays bien plus profond que celui de ceux des personnes qui nous dirigent et nous gouvernent aujourd'hui est-ce que cela implique un discours populiste qui consiste à dire la parole au peuple on s'en tient là non mais une remise en question fondamentale et ça me permet de répondre à votre deuxième question des dispositifs de concentration de la visibilité de la décision de l'accès au savoir et aux connaissances elle est essentielle pour justement éviter qu'il y ait ces effets d'accaparement d'instrumentalisation et de manipulation si demain l'on commence à construire des espaces de savoir qui soient bien plus démocratiques actuellement qui fassent que l'état n'investisse pas trois fois plus dans les grandes écoles que dans les universités commencez par là que les moyens qui sont octroyés en amont dans les collèges dans les lycées dans les primaires dans les maternelles soit dans les services publics de façon générale soit bien mieux redistribué vous allez voir comment très simplement le niveau d'intelligence collective et de capacité de délibération et de résistance à la manipulation va s'accroître de façon extraordinaire et va vous démentir dans ce discours qui quelque part au contraire perpétue et ne pourra donner qu'une perpétuation des dérives que vous pensez dénoncer au sein de cette population et de sa capacité à être manipulée
on va faire très vite pour prendre une toute dernière question
bonsoir monsieur Branco vous avez commencé à répondre à ma question en expliquant qu'il fallait plus investir dans les universités et moins les grandes écoles moi je voulais vous demander vous avez beaucoup critiqué le système éducatif actuel qui a l'air d'être fagosté par les élites que nous serions et donc j'aimerais savoir quel est selon vous un modèle éducatif qui permettrait de former des gens à savoir penser comme vous l'avez dit sans qu'ils soient aspirés ensuite par finalement le pouvoir et une forme d'excellence qui serait induite par leur système d'éducation
là on rentre sur encore une autre conférence à part entière parce qu'il faudrait en fait il faudrait que je revienne je vous ai donné les exemples en ce qui concerne le supérieur mais évidemment si on ne touche qu'au supérieur on ne touche qu'au strat déjà infime je pense que je vous invite je ne vais pas vous donner la réponse mais en rentrant pour ceux que ça intéresse à rechercher le pourcentage d'une génération qui a un baccalauréat général vous allez halluciner là je ne vous parle pas parce que je sais que certains d'entre vous viennent par exemple d'Henri IV où on en est arrivé à un tel niveau de dérive que 100% d'une classe va avoir une mention très bien ou 95% il va y en avoir un qui va avoir complètement raté son coup il va avoir la mention bien et donc ça vous donne en fait une perspective biaisée de façon particulièrement alarmante par rapport à la réalité d'une société que j'ai rencontrée notamment quand j'étais enseignant à Thiers et à Saint-Ouen dans des lycées généraux donc déjà en fait dans ce qui est une élite par rapport entre guillemets par rapport aux populations initiales que l'on pouvait rencontrer au sein de ces mêmes collèges c'est à dire des personnes qui étaient sur sélectionnées déjà qui avaient réussi à esquiver un certain nombre de déterminismes sociaux qui auraient dû les empêcher d'arriver là où ils étaient et où le niveau d'aspiration potentielle à une scolarisation dans le supérieur était infime par rapport au niveau d'espérance de réussite simplement au bac dans d'autres dispositifs comme le vôtre donc on rentre par ce biais-là par le haut parce que j'ai un biais parce que moi-même je viens de ces espaces-là parce que je les connais bien parce que je n'ai pas été HEC mais j'étais normal à Sciences Po et donc j'ai des amis qui étaient HEC et donc on finit en fait par cartographier ces espaces par effet d'acquantance sociaux et compagnie mais évidemment qu'il faut reprendre bien en amont l'éducation et ensuite interroger un élément fondamental qui est de savoir est-ce qu'il y a eu un jour un espace politique où l'éducation a permis de subvertir les mécanismes de reproduction sociale et de domination et je ne suis pas sûr que la réponse soit évidente je ne suis pas sûr qu'en fait l'éducation ce mythe républicain que l'on a construit encore une fois à un moment d'expansion de la société française où l'expansion économique notamment permis par la colonisation mais notamment permise aussi par l'industrialisation massive liée à l'entrée et j'aurais beaucoup parlé avec vous d'économie justement de ces questions de la civilisation techno-industrielle a amené toute une partie toute une série de couches de la société à s'urbaniser à devenir à passer d'un travail des champs à un travail de ville et donc à donner l'illusion qu'il y avait du mouvement au sens de progrès au sein de la société et qu'en fait on pouvait passer d'agriculteur à instituteur en une ou deux générations et qu'il y avait là quelque chose qui servait à autre chose qu'à simplement assurer à la société la capacité à reproduire ces mécanismes de pouvoir de contrôle sur les populations et de les rendre utiles à la production de ressources qui in fine seraient très largement captées par des couches spécifiques et très privilégiées au sein de cet espace et donc je vois que vous voulez m'interrompre mais pour finir il y a aussi peut-être une déconstruction à mettre en oeuvre pour le coup chez moi dans la gauche et de façon générale sur la possibilité pour l'école d'être un instrument d'émancipation au sens d'ascension sociale et ainsi de suite et ne pas simplement admettre qu'elle a été une source de mouvement à un moment parce que la société elle-même était en mouvement et qu'en fait elle a accompagné ce mouvement et qu'elle ne l'a d'aucune façon généré et à partir de là toute une libération de cet espace là où finalement l'éducation ne devient qu'un instrument parmi bien d'autres et où la révolution apparaît comme devant être bien plus générale qu'elle devrait l'être je voudrais finir un mot peut-être sur la question des prisons et de l'avocature on en a assez peu parlé finalement j'ai une position extrêmement privilégiée au sein de la société en tant qu'avocat parce qu'elle me permet de voir dans les tréfonds de ce pays et de voir les interactions entre les tréfonds de ce pays et les appareils de pouvoir le moment où vous vous retrouvez dans une procédure pénale c'est que vous avez été en friction d'une façon ou d'une autre avec un appareil de pouvoir et ou que vous allez le devenir à travers cette procédure là et de là est née une pensée de la répression qui consiste à dire on va retourner cet outil contre les dominants et on va s'assurer que des personnes comme monsieur Trichet gouverneur à la banque centrale européenne qui a adopté par ses politiques austéritaires enfin par des politiques monétaires restrictives dans la suite de la crise de 2008 à recréer une crise au sein de l'Union européenne et à amener à dévaster toute une génération en l'immobilisant et en produisant des effets que l'on est encore en train de payer des personnes comme celle-ci devront ou devraient se retrouver en prison pas seulement pour des faits de corruption comme Anne Lauvergeon ou d'autres mais il faudrait créer des instances spécifiques chargées de créer un sentiment de responsabilité chez des personnes qui autrement se contenteront toujours de suivre l'ère du temps dominant pourront se satisfaire de ne pas penser et de servir in fine des intérêts par absence de pensée par absence de pensée et non pas nécessairement par intérêt donc la corruption c'est un élément fondamental mais l'absence de pensée qui est générée par ces institutions comme celle-ci parce que vous êtes au début d'un parcours un parcours qui va vous amener à aller de confort en confort et qui va faire de vous les soldats si ce n'est serviles du moins quelque peu endormis d'un système qui par ailleurs fera violence déconstruire par l'exemple pénal cette impunité produira à mon sens un effet de ruissellement qui fera que dès votre âge vous vous direz oula est-ce que j'ai vraiment envie de m'asseoir confortablement sur mes convictions qui par ailleurs par pur hasard correspondent exactement à celles aux intérêts de ma classe et se dire non non si j'y rentre je vais rentrer peu à peu et en ayant fait l'effort de bien réfléchir à ces questions et quand je dirais qu'il faut absolument resserrer la politique monétaire à un moment avec des effets contracycliques terrifiants peut-être que j'y réfléchirai deux fois et j'éviterai de commettre cette erreur et de détruire les vides millions de français tout ensuite en pouvant ensuite continuer à aller de mondanité en mondanité en continuant ma vie comme si de rien n'était cet élément qui est fondamental dans ma pensée qui est évidemment fondamentalement opposé idéologiquement à ce que ce qui m'a formé ce qui m'a formé c'est à dire une lutte contre la répression en tant qu'outil de domination des classes bourgeoises il me semblait important aussi de vous la partager parce qu'il y a un moment donné où sinon tout ça reste de l'ordre de la pure virtualité on est d'accord on n'est pas d'accord mais finalement c'est pas grave parce que le monde continue on n'en subit pas les conséquences et peut-être qu'on aurait été du bon côté ou du mauvais côté peut-être qu'on aura des points moraux ou une bonne forme de satisfaction morale à l'idée d'avoir été un peu éloigné ou non des injustices que l'on avait suscité et il n'y aura pas cette prise de conscience qui pour le coup chez les classes populaires je peux vous l'assurer est très existante c'est à dire qu'à la moindre dérive par rapport à l'ordre existant le moindre dérapage qu'ils commettraient y compris lorsqu'il s'agit de voler quelques denrées dans un supermarché alors qu'ils sont en difficulté ils savent qu'ils le payeront immédiatement et c'est pour cela qu'à ce stade ils se montrent à ce point à servir un ordre qui ne fait en grande partie que les exploités et les pillés
la conférence touche donc à sa fin merci beaucoup Juan Branco pour cet échange merci à tous d'être venus n'hésitez pas à repasser demain pour une table ronde justement sur le milieu carcéral voilà
Juan Branco