Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewC à vous· 8 juillet 2026 14 min

Pourvoi en cassation : le pari de Marine Le Pen - L’édito de Patrick Cohen

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

saumon fumé et de l'aneth. J'ai hésité à rajouter une salade d'amandes fraîches pour faire une référence au RN qui s'est pris une belle amende, mais je me suis dit...

Rires. - B.Chameroy: Bonne émission, Babeth. - A.-E.Lemoine: Tout de suite, l'Edito de Patrick.

Désormais candidate, M.Le Pen a lancé sa campagne. - P.Cohen: Dans l'ambiance houleuse de manifestations d'opposants qui la traitent de délinquante.

On vient de voir les images. Les contestataires n'étaient pas très nombreux, mais ils ont obligé M.Le Pen et J.Bardella à écourter leur déambulation sur le marché de La Flèche, dans la Sarthe, l'une des rares mairies de l'Ouest gagnées par le RN en mars.

Ce genre de démonstration est appelé à se reproduire, à l'instar des concerts de casseroles qui accompagnaient les meetings de F.Fillon après la révélation de l'affaire Penelope, alors que l'intéressé n'était pas 2 fois condamné, mais tout juste mis en examen. Une 1re affiche vient d'être diffusée par les Jeunes en marche, groupe de soutien de G.Attal, sur le modèle de l'affiche de recrutement pour l'armée américaine en 1916. "J'ai volé votre argent", avec le visage de M.Le Pen...

M.Le Pen connaissait les risques d'une campagne perturbée par sa double condamnation pour détournement de fonds. Elle avait anticipé un passage de témoin hier avec J.Bardella en cas de nouvelle condamnation.

L'arrêt de la cour d'appel n'a pas été celui attendu. - A.-E.Lemoine: A cause de sa mansuétude? - P.Cohen: L'arrêt est très sévère dans ses motivations.

Il parle de faits graves, d'accaparement de fonds publics au profit d'un parti et d'une instigatrice, nommée M.Le Pen. La candidate est la seule parmi les prévenus à se voir infliger de la prison ferme.

Les magistrats de la cour d'appel ont eu la main légère en matière de privation de droits civiques. Les magistrates n'ont pas voulu prolonger l'inéligibilité de M.Le Pen au-delà de ce qui a été accompli.

Elles ont prononcé une peine: 45 mois d'inéligibilité dont 30 avec sursis. Ca fait 15 mois ferme. Un avocat disait que c'est la 1re fois qu'il voyait une peine prononcée en nombre impair.

Les 15 mois ferme tombaient exactement 7 mois jour pour jour avant le délibéré. Un certain nombre d'observateurs font remarquer que pour une atteinte à la probité de la part d'un élu, c'est pas cher payé. La jurisprudence en témoigne.

F.Fillon, pour l'affaire Penelope, ou Robert Falco, qui a détourné 60 000 euros, ont pris chacun 5 ans d'inéligibilité. - A.-E.Lemoine: Ces 15 mois ont permis à M.Le Pen d'être candidate. - P.Cohen: Tout en faisant dépendre sa candidature d'une autre décision de justice, celle de la Cour de cassation.

Le pourvoi qu'elle va former suspend la peine décidée par la cour d'appel. Son choix repose sur une stratégie qui consiste à gagner du temps en affichant sa conviction que la justice ne pourra pas l'obliger à porter un bracelet électronique d'ici à la présidentielle. Ca s'appelle jouer la montre, même si ce matin, elle a récusé l'expression. - M.Le Pen: Je ne joue pas la montre.

Je suis une citoyenne qui use de ses droits, que l'Etat de droit, que mes adversaires ont souvent à la bouche, offre à tout justiciable. J'effectue un pourvoi car je suis innocente des faits qui me sont reprochés. La cour d'appel m'a rendu mon éligibilité.

Je suis donc éligible. - P.Cohen: A ses côtés, un homme qui vient de passer un an à se forger un statut, qui pensait pouvoir jouer les premiers rôles, et qui ne sera que le numéro 2.

Il va former un bilan presque inédit dans une présidentielle française. - J.Bardella: On va ensemble entrer en campagne pour offrir au pays l'alternance que le pays mérite et que les Français attendent. - P.Cohen: Un J.Bardella moins souriant qu'à l'ordinaire.

Ca nous a valu cette délicieuse réplique de S.Chenu. - A.-E.Lemoine: Est-ce que nos téléspectateurs ont le son? - S.Chenu: J.Bardella ne fait pas la gueule, il se prépare à être Premier ministre. - P.Cohen: Une décision sur laquelle la cour d'appel pourrait statuer au plus tard début avril 2027, sachant que le premier tour de la présidentielle est fixé au 18 avril.

Ca ne nous dit pas grand-chose et ça n'annonce rien d'autre qu'un feuilleton judiciaire qui risque d'écraser la campagne pour les prochains mois. - A.-E.Lemoine: Vous prenez ce risque d'un feuilleton judiciaire?

C'est ce que provoque cette décision de ce pourvoi en cassation qui écrase la campagne présidentielle, et de voir les manifestations comme celles de ce matin se reproduire? - J.-P.Tanguy: Je ne pense pas que ça va écraser la présidentielle.

On va avoir des débats de fond. Ce sera intéressant sur les enjeux du pays. Le fait que quelques énergumènes de gauche radicale viennent perturber nos manifestations, c'est tout le temps depuis 25 ans.

Même à Debout la France, on avait moins d'influence politique et on était perturbés. Ils ont craché sur des policiers et ont usé de violence. Beaucoup étaient des insoumis.

Il y a un candidat définitivement condamné aujourd'hui, monsieur Mélenchon, pour révolte et outrage, quand il avait hurlé "la République, c'est moi". Ils sont à géométrie variable. Ca m'étonne pas vraiment de ces gens. - A.-E.Lemoine: Il y a quand même un sondage pour BFMTV qui explique que 59 % des Français désapprouvent la décision de M.Le Pen. - J.-P.Tanguy: Et un autre dit strictement l'inverse. - P.Cohen: Non.

Il est à 51 %. - J.-P.Tanguy: C'est l'inverse. - A.-E.Lemoine: Non.

C'est juste moins élevé. - P.Cohen: Ca fait 10 points d'écart.

Ca veut dire que l'opinion est très partagée sur la décision de M.Le Pen. - A.-E.Lemoine: Y compris au sein de votre base. - J.-P.Tanguy: Non.

Elle est très favorable à M.Le Pen. Ca fait 65 % qui approuvent.

Pourquoi vous n'avez pas montré les 2 sondages? - A.-E.Lemoine: C'est pas une malhonnêteté de ma part. - J.-P.Tanguy: Il y a surtout un autre sondage, celui sur l'intention de vote, qui va sortir ce soir.

Embargo 19h, je peux en parler. "Le Figaro", l'Ifop et Harris. Les deux voient une montée de M.Le Pen de 4 points, à 36 % au premier tour et qui gagne tous les deuxièmes tours avec des ampleurs très différentes.

Ca prouve que notre électorat est mobilisé derrière M.Le Pen. Elle n'a jamais été aussi haute. - A.-E.Lemoine: Le risque valait le coup d'être pris? - J.-P.Tanguy: Bien sûr. "De l'audace et la France sera sauvée." Ca correspond à celle qui pourrait devenir la 1re présidente de la République.

Il avait aussi des gens très heureux, le maire de La Flèche qui l'a accueillie, notamment. On n'a pas écourté la visite à cause de la gauche...

Il y avait un verre à la mairie de La Flèche. - P.Cohen: Les journalistes sur place ont vu que le déplacement sur le marché a été écourté.

M.Le Pen a dit que ça n'a pas été écourté? - J.-P.Tanguy: Non.

Les journalistes étaient au courant qu'il y avait un pot, puisqu'ils étaient devant les grilles de la mairie. - A.-E.Lemoine: La Cour de cassation a indiqué qu'elle pourrait se prononcer au plus tard début avril 2027.

C'est trop tard ou trop tôt? - J.-P.Tanguy: C'est la procédure judiciaire.

Les magistrats font ce qu'ils veulent. Ils sont libres. J'ai croisé monsieur Attal dans une chaîne du service public qui parlait de "guérilla judiciaire".

Si utiliser la Cour de cassation pour un justiciable, c'est faire une guérilla, c'est un problème. - P.Cohen: C'est plutôt le fait que d'autres porte-paroles et avocats de M.Le Pen, ici même, disaient qu'il fallait que la Cour de cassation ralentissent le rythme qu'elle avait prévu pour rendre sa décision. - J.-P.Tanguy: En quoi c'est une guérilla? - P.Cohen: C'est une manière de faire pression sur les juges et l'institution judiciaire, en particulier sur des magistrats de la Cour de cassation. - J.-P.Tanguy: Heureusement pour vous et pour nous tous que vous n'avez pas fait la guérilla.

Si c'est ça, la guérilla... - A.-E.Lemoine: On peut discuter des termes... - J.-P.Tanguy: La guérilla, c'est ce qu'a fait monsieur Trump au Capitole en ne soutenant pas une élection, en laissant faire des gens violents.

Il y a eu des morts. Dire que c'est trumpien d'utiliser la Cour de cassation...

Je vois pas le rapport. Il faut que tout le monde accepte M.Le Pen...

C'était pas le plan de certains opposants qui ont l'air très désolés. Hier, à l'Assemblée nationale, j'ai vu un certain nombre de députés insoumis, et favorables à monsieur Attal, pleurnicher sur le fait qu'ils étaient déçus que M.Le Pen soit candidate.

Ca me renforce dans ma conviction. - P.Cohen: Hier soir, quand G.Bouleau demande à M.Le Pen ce qu'elle fera si la Cour de cassation valide l'arrêt de la cour d'appel et si elle fera campagne sous bracelet électronique, et qu'elle répond "les Français seront juges", c'est une façon de dire que les Français et la souveraineté populaire est plus forte que l'institution judiciaire. - A.-E.Lemoine: Les Français sont de meilleurs juges que les juges? - P.Cohen: N.Farage a utilisé la même expression pour justifier sa candidature alors qu'il est cerné par un scandale financier en Angleterre.

Il démissionne du Parlement britannique et provoque une élection anticipée. "Les électeurs sont juges." - J.-P.Tanguy: Quel est le problème? - P.Cohen: Ils seront pas juges à la place des juges... - J.-P.Tanguy: Etre juge ne veut pas dire... - A.-E.Lemoine: Ce n'est pas à eux de décider si M.Le Pen est coupable ou non.

Vous dites que les mots ont une importance. - J.-P.Tanguy: Les Français seront juges par leur vote pour savoir si M.Le Pen peut être présidente de la République ou pas.

Elle n'a pas dit que les Français remplaceront les juges. On cherche une mauvaise querelle. M.Le Pen, si elle a envie de dire quelque chose, elle le dit.

Si elle avait envie de dire que les Français savent mieux que les juges, elle l'aurait dit. - P.Cohen: On se souvient de ce qu'elle a dit après le jugement en première instance, lors d'un rassemblement, et où l'institution judiciaire a été plus que vivement critiquée et vilipendée. - J.-P.Tanguy: Si M.Le Pen a voulu dire ce que vous pensez qu'elle a voulu dire, elle l'aurait dit.

Ce n'est pas ce que vous pensez qu'elle pense. - P.Cohen: Elle n'a pas changé de point de vue?

Elle pense toujours qu'il y a un système qui veut l'abattre et l'empêcher de se présenter? - J.-P.Tanguy: Ca ne s'est pas passé de la même façon.

C'est pas le même jugement. Ca lui a rendu son éligibilité. - P.Cohen: Il n'y a pas de système contre le RN? - J.-P.Tanguy: Il en avait un avant, mais il n'y en a plus. - A.-E.Lemoine: M.Le Pen pourrait faire campagne sous bracelet électronique? - J.-P.Tanguy: Si la procédure suit ce chemin, peut-être. - P.Cohen: Des documents montrent que ce n'est pas que des énergumènes de La Flèche...

Ce ne sont pas seulement des énergumènes qui protestent contre la candidature de M.Le Pen et qui pensent qu'elle n'est pas légitime à se présenter devant les électeurs. - G.Attal: On a une responsable politique condamnée 2 fois pour détournement de fonds publics qui engage une forme de guérilla judiciaire et juridique pour se présenter, qui prend en otage toute la campagne présidentielle. - M.Bompard: Elle avait indiqué qu'elle ne miserait pas sur la cassation.

Ca en dit long sur le fait qu'il ne faut pas croire ce que dit M.Le Pen. Elle dit des choses et fait l'inverse. - J.-F.Copé: En 10 minutes à la télé hier, M.Le Pen, très lourdement condamnée, est allée s'asseoir et s'essuyer les pieds sur 40 ans de leçons de morale qu'elle a donné à absolument tout le monde sur le fait que la classe politique était malhonnête et qu'elle incarnerait les mains propres et la tête haute. - P.Cohen: Il n'y a pas une contradiction, pour reprendre ce que dit J.-F.Copé?