L'invité politique du 28/12/2023 : Bruno Fuchs
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Notre invité aujourd'hui, Bruno Fuchs, bonjour à vous. Bonjour. Vous êtes député modem du Haut-Rhin. Alors un premier mot, si vous le voulez bien, sur la disparition de Jacques Delors, ancien président de la Commission européenne, également ministre de l'Économie sous François Mitterrand.
Alors moi j'ai toujours un détail qui m'a toujours bouleversé dans le contexte actuel, c'est que même ministre de l'Économie, le premier journal qu'il lisait le matin, c'était l'équipe. Et quelqu'un qui lit l'équipe quand il a ses responsabilités, c'est quelqu'un qui est vrai, c'est quelqu'un qui est resté les pieds sur terre. Puis au-delà de ça, c'était quelqu'un, on le dit, de rigoureux, d'engagé. Et je me demande toujours ce que la France serait aujourd'hui, si Jacques Delors avait dit oui, s'il avait été élu en 95, quand on connaît son engagement et sa volonté de rénover la démocratie, du lien social, de la cohésion sociale des sujets qui aujourd'hui sont les nôtres.
Je pense que la France aurait été bien différente. En tout cas, il va nous manquer et j'espère qu'il va nous inspirer encore longtemps.
Justement, on s'interroge beaucoup, c'est vrai, depuis hier, sur la personne qui pourrait éventuellement être son successeur. En tout cas, idéologiquement, vous voyez qui, vous ? Pas forcément une personne, mais un mouvement qui a repris ses idées.
J'entendais tout à l'heure encore un extrait où il disait le social avant tout, mais pour faire du social, pour distribuer, pour l'égalité sociale, il faut produire ces richesses. On est dans la social-démocratie. Et moi, je vois des gens qui sont au gouvernement, qui dirigent ce pays, qui sont très proches des idées de Jacques Delors et qui les mettent en œuvre depuis 2017.
Est-ce que c'est vrai qu'on lui avait reproché à un moment d'être trop à droite, disait Mitterrand ? Donc, quelque part, à droite de la gauche, c'est un peu au centre, c'est un peu le modem ?
Oui, bien sûr, tout à fait. Moi, je me vois très bien dans ce qu'était Jacques Delors.
On va également parler un petit peu de la loi immigration, parce que, c'est vrai, on l'a dit, elle a beaucoup penché du côté du RN. Non, pas du tout.
Je vous ai expliqué pourquoi.
Le RN parle quand même d'une victoire idéologique. Donc, comment est-ce qu'on fait quand on est centriste, justement pour gérer ça, d'avoir finalement aidé à construire une loi qui est quelque part très à l'extrême droite ?
Moi, j'ai voté pour, parce que je combats justement les idées du RN. C'est une mystification, une escroquerie médiatique, brillante de la part du RN, bien sûr. Mais le RN, d'abord, il vote contre le texte du Sénat qui est un texte purement de droite, LR. Ensuite, il vote contre la capacité à débattre pour la motion de rejet avec la NUPES et avec les LR. Et en fin de compte, il vote le texte. Et il vote pourquoi ? Il vote pour la régularisation de travailleurs sans papier qui travaillent sur le sol français. Il vote pour le titre d'étranger malade. Il vote pour le maintien de l'hébergement d'urgence, etc. Que des mesures pour lesquelles ils ont combattu.
En réalité, quand on parle de débats idéologiques, c'est le RN qui est venu plutôt sur notre espace idéologique. Ceci étant dit, ce n'est pas l'analyse qu'on a fait du texte, parce qu'on est plutôt resté sur la mousse médiatique et le coup de com' avoué brillant du RN. Mais sur le fond, ce n'est pas d'abord. Il y a une incohérence totale. Ils votent pour, ils votent contre. On ne sait pas. Et finalement, ils votent sur un texte pour lesquels ils ont été en opposition radicale, puisqu'ils ont voté contre encore quelques jours avant. Donc, on voit qu'il y a une incohérence totale de la part du RN et du cosmétique, de la médiatisation. Moi, je préfère analyser le texte sur le fond.
Et je ne veux pas laisser au RN de traiter la question de l'immigration. C'est une question qui se pose en France de façon très sérieuse. Mais nous avons, nous, au mouvement démocrate, une vision beaucoup plus humaniste. Il faut traiter la question de l'immigration. Il faut réguler les flux. Mais il faut aussi beaucoup mieux insérer les personnes qui ont le droit d'être en France, sur le territoire, en leur donnant de la formation. Les gens qui traversent le désert et qui viennent ici, c'est pour réussir. Et donc, donnons-leur cette chance de réussir. Et on le voit dans l'économie, dans le sport. Voilà, toutes les équipes de France sont multiculturelles.
Donc, c'est une chance pour la France si on donne le moyen à ces populations de s'insérer en France et de réussir.
Il y avait quand même initialement 5 députés modem qui ont voté contre le projet de l'immigration. Pourquoi ? Je pense que c'est un texte,
ce n'est pas un texte du gouvernement uniquement. Il y a 26 des 27 articles du texte de départ. Mais il faut bien des majorités en France. Et donc, on va chercher une majorité avec les LR. Et donc, il y a une grande partie du texte qui provient de l'idéologie des LR, en tout cas des articles proposés par les LR. Et donc, certains, en majorité, ont considéré qu'il fallait traiter l'immigration, qu'il fallait un texte, malgré ces ajouts. Et d'autres ont considéré qu'avec ces ajouts, le texte n'était pas votable. Donc, voilà, ça fait partie du débat.
Je pense qu'à la fin, ça va renforcer le mouvement démocrate d'avoir eu cette capacité de débat et d'avoir eu aussi la capacité d'admettre et de respecter la décision d'autres parlementaires.
Il y a quelques mois, vous disiez, vous, personnellement, ne pas avoir été assez écouté sur la réforme des retraites. Est-ce que vous l'avez été davantage sur cette question de la loi immigration ?
Oui, je pense qu'on l'a été davantage, même s'il a fallu aller chercher une majorité du côté des LR. Oui, bien sûr.
Et ça veut dire qu'aujourd'hui, vous ne regrettez rien sur ce projet de loi ?
Bien sûr, je regrette. Bien sûr, je regrette. D'abord, j'en veux beaucoup à la gauche. La gauche qui a, pour une partie importante de la gauche, été lâche en la matière, irresponsable. Quand vous êtes élu député, c'est pour améliorer un texte au service des Français. Vous ne pouvez pas décider de ne pas voter un texte de cette importance, en tout cas de l'amender. Et avec la gauche, on aurait certainement, sûrement, éliminé une certaine partie des mesures qui font débat, pour lesquelles moi, que je ne veux pas, des mesures que je ne veux pas. J'espère que le Conseil constitutionnel décidera de les annuler.
Mais quand vous êtes député, vous avez deux boutons, un pour, un contre, il faut choisir. Et dans cette loi, il y a plus d'avantages que d'inconvénients, même s'il y a des inconvénients. Et j'espère qu'on arrivera à les réduire ou à les annuler.
Alors, comme un petit cadeau de Noël, François Bayeroux a déclaré ceci. Le 24 décembre, une nouvelle page s'ouvre. Il faut un élan nouveau, un renouvellement. Mais, pose-t-il la question, avec quelle personnalité, quelle architecture gouvernementale, semblable ou différente, la même ou plus resserrée, comme je le souhaite, précise-t-il, c'est au président de le décider. C'est au président de le décider, mais on fasse quand même un petit peu la main.
Oui, mais c'est au président de le décider. Moi, je note d'abord qu'il y a une première ministre qui fait passer les textes, qui a la majorité et qui a la confiance de la majorité. Et donc, pour l'instant, ça fonctionne. Après, s'il faut changer, c'est au président de le décider.
Mais un remaniement, vous pensez, vous, que c'est nécessaire aujourd'hui ?
Je pense que c'est nécessaire. Il faut un autre souffle, bien évidemment. Et après, la dimension de ce remaniement est au président de la mission.
Mais c'est quoi le problème ? C'est Gérald Darmanin ? C'est Elisabeth Borne ?
Non, ce n'est pas une question de personne. C'est que le pays vient de subir quatre grandes crises. Depuis les Gilets jaunes, le Covid, ensuite la guerre d'Ukraine et maintenant la guerre israélo-palestinienne. Et donc, on a du mal aujourd'hui, avec l'effet de ces crises, de voir la cohérence de l'action politique. On n'a fait que résoudre des problèmes de crise majeure. Je ne pense pas qu'un gouvernement, depuis la guerre, ait vécu autant de crises en si peu de temps.
Mais avec le risque, en en changeant encore, justement, que ça paraisse encore moins stable.
Il faut trouver les bonnes personnes, bien évidemment. Il faut trouver la personne, un peu la Jacques Delors, qui va assurer la cohésion du pays. Il faut beaucoup plus de concordes, beaucoup plus de cohésion après ces quatre grandes crises. Et il faut quelqu'un également qui développe l'économie. C'était le point de départ dû en même temps. On développe l'économie, on crée des richesses, et puis ensuite, on les répartit et on crée de la cohésion. Ces grandes crises, je pense, ont empêché aujourd'hui de voir la cohérence, ce grand dessin, la cohérence. Et c'est vers ça qu'il faut revenir.
Et ces déclarations de François Bayrou, est-ce que, selon vous, elles servaient à préparer un peu le terrain, à une envie de sa part d'être Premier ministre ?
Je vous l'ai dit, dans chaque situation, et celle-ci en particulier, il y a des hommes providentiels. Donc, oui, ici, beaucoup de plaisir, bien sûr. Je pense que ce serait un signal positif et extrêmement rassurant pour le pays de voir un homme providentiel. François Bayrou, c'est quelqu'un qui a une vision. Il faut de la vision. Il est capable de créer des majorités à l'Assemblée nationale. Qu'est-ce qu'il le veut, simplement ? Après, il faut lui demander à lui. En tout cas, nous, mouvement démocrate. Oui, mais quand vous pensez que vous êtes l'homme providentiel, vous ne pouvez pas refuser une situation de cette nature, une proposition, si elle était faite.
Pour cela, vous savez qu'il faut attendre le 5 ou le 6 février, puisqu'il y a une échéance depuis plusieurs années, très longue d'ailleurs, qui le met en suspens, en tout cas, de l'avis exécutif. Mais il a une vision, il a une capacité à faire de la concorde. Donc, effectivement, ce serait un signal rassurant et positif pour le pays.
Mais le fait qu'il soit justement au centre de l'échiquier politique, est-ce que ça n'est pas un peu périlleux pour Emmanuel Macron, qui, on l'a vu avec la loi immigration, a peut-être besoin de se redessiner un petit peu plus vers la droite ? Non, je ne pense pas.
Je ne raisonne plus en termes de droite et de gauche. On le voit bien.
Peut-être que le public, oui. Peut-être que les Français, oui, encore, ont besoin de ça. Oui, mais il faut définir ce que c'est.
Quand vous êtes de droite, il faut faire de l'écologie, il faut faire du social, il faut faire du régalien. Quand vous êtes de gauche, il faut faire de l'économie, il faut faire du social. Donc, voilà, on le voit bien entre la social-démocratie, les gens de gauche, des socialistes progressistes, et puis les LR. On voit bien qu'aujourd'hui, les limites sont floues. Il faut plutôt penser à la France, penser aux capacités de régler les problèmes des Français. Et pour cela, droite-gauche, moi, je n'ai vu ça avant de m'engager en politique. Il y a beaucoup de déconvenus quand on ne pense que droite, que gauche. On est souvent miplégiques. Et donc, il faut réunir ces deux forces.
Justement, face à ce clivage, Emmanuel Macron a annoncé un rendez-vous avec la nation en janvier 2024 pour, je cite, « tenir l'unité du pays ». Qu'est-ce que vous avez envie qu'ils disent ? À quoi vous vous attendez ?
On vient d'en parler, on a dans ce pays beaucoup de gens qui se lèvent le matin et qui veulent l'affaiblir, qui cherchent à le critiquer, à l'affaiblir. Jacques Delors parlait de vivre de façon joyeuse, de bien vivre, de vivre de façon heureuse. Je pense que c'est le moment de recréer une dynamique positive. On a les Jeux Olympiques en 2024. On a des fondamentaux qui sont bons. Il y a des gens ronchons, il y a des gens qui vont très mal dans le pays. Il faut s'en occuper. Je pense qu'on le fait.
Mais c'est ça qu'il faut, je pense, redonner au plan politique une cohérence au grand dessin du président de la République qui a été élu en 2017 et pour lequel nous avons été élus également en grande majorité pour soutenir ce dessin. Donc, recréer la cohérence de ce dessin-là. Et puis, redonner de l'envie de vivre, de la joie de vivre. Voilà ce que disait Jacques Delors, c'est de la joie de vivre. Il faut redonner cette vie-là. On a les chances des Olympiques. Je pense qu'il faut repartir. Moi, je voyage beaucoup. Et bien, quand on vient en France, on sait que c'est un beau pays. Mais il faut plus de confiance. Il faut plus de supporters de la France qu'on a aujourd'hui.
Ça veut dire aussi qu'on manque de pédagogie. C'était en substance ce que disait aussi hier Antoine Armand qui était à votre place pour cette interview et qui disait qu'effectivement, il y a peut-être eu quelques ratés du point de vue de la majorité là-dessus et que c'est pour ça qu'on n'arrive pas toujours à rassembler autant.
Oui, bien sûr qu'il y a eu des ratés. S'il n'y a pas eu de ratés, la vie serait bien plus belle. Il n'y aura pas de personnes qui critiquent. Donc oui, il est raté. Mais je pense que quand on regarde l'action, il y a eu beaucoup plus de réussite que de rater. Par exemple, sur le plan social, on a investi beaucoup, beaucoup plus que le gouvernement de François Hollande sur le thème social. Ça n'est pas mis à notre crédit. Personne ne le voit ou en tout cas le reconnaît suffisamment. Donc effectivement, il faut plus de pédagogie. Il faut mieux expliquer notre dessin.
Et les quatre grandes crises, je pense, nous ont empêché et ont empêché les Français de voir ce grand dessin qui est celui de Jacques Delors, de développer l'économie, de rajouter la souveraineté et ensuite, bien sûr, de redistribuer ces richesses. Voilà un joli programme que tout le monde connaît, qu'il faut mettre en œuvre et en musique.
Merci beaucoup Bruno Fuchs d'avoir été notre invité politique ce matin.
Bruno Fuchs