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interviewFrance Inter — L'invité du week-end· 14 juin 2026 24 min

Édouard Geffray : comment l'École entend renforcer ses mesures contre les violences sexuelles

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Et dans le grand entretien ce matin, nous recevons le ministre de l'éducation nationale. De nombreux sujets à aborder avec lui sur la protection de l'enfance avec une loi qu'il porte. Le bac dont la première épreuve de maths est tenue vendredi. Et plus généralement, un état des lieux de l'éducation nécessaire de l'éducation nationale. Bonjour Edouard Geffray. Bonjour. Bonjour. Nos auditeurs pourront vous interroger, réagir au 0145 24 7000 et sur l'application Radio France. Mais commençons, monsieur le ministre, par ce drame qui a ému la France. Il s'agit évidemment de l'affaire Liana. Il a été beaucoup question cette semaine des éventuels dysfonctionnements de la justice.

Une faute des services de la justice, pour reprendre les mots de Sébastien Lecornu. Ce n'est pas une responsabilité systémique, Edouard Geffray. Vous excluez toute défaillance au niveau de l'éducation nationale ?

1:02
Édouard Geffray

Alors moi, par définition, je n'exclus rien du tout. Et d'ailleurs, c'est pour ça que l'éducation nationale, enfin l'inspection éducation nationale, est associée à l'enquête sur ce drame. Mais à ce stade des premiers éléments qu'on a, effectivement, on n'a pas repéré de défaillance.

1:17
Présentateur

Je vous pose la question parce qu'en 2021, il y a eu une première alerte administrative concernant les agissements de Jérôme Barrella, l'auteur présumé, alors qu'il exerçait comme agent d'entretien au lycée de Lecoutre, dans le Gers. Il a fait l'objet d'une procédure disciplinaire pour comportement inapproprié. L'établissement le licencie, ne signale pas au parquet Doche ce licenciement. Et plus généralement, est-ce qu'il devrait y avoir une communication systématique entre la justice et les services de l'école dans des cas comme cela ?

1:45
Édouard Geffray

Alors, une fois encore, je suis très prudent sur l'enchaînement des faits de l'époque. C'est pour ça qu'il y a cette enquête. Parce qu'on a d'abord un devoir d'objectivité vis-à-vis de la famille de l'IANA, et vis-à-vis des Français d'ailleurs, et ensuite un devoir d'action. Pour ce qui est d'objectiviser les faits, ce n'est pas l'établissement qui est licencié parce qu'il n'était pas personnel de l'éducation nationale. C'est un personnel de la région, qui a justement été signalé immédiatement par l'approviseur, dès qu'elle a appris qu'il avait une relation par messagerie avec une élève.

Manifestement, à l'époque, compte tenu de l'objet même de ces discussions, ça n'a pas été considéré comme pénalement répréhensible. Mais en revanche, elle l'a signé précisément pour qu'il soit écarté.

2:25
Présentateur

Mais alors, quelle est cette précaution maximale que vous annoncez pour l'école, et plus largement, pour tout ce qui dépend de l'éducation nationale ?

2:32
Édouard Geffray

Alors justement, il y a un enjeu, si vous voulez, pour moi, que je porte depuis plusieurs mois, qui n'est pas lié au drame qui nous réunit, qui est de faire ce que j'appelle un fichier d'interdit d'école. Une liste noire des intérêts d'école, et pas que d'école. Je vous prends un exemple. Aujourd'hui, pour empêcher quelqu'un d'entrer dans le système scolaire, ou en périscolaire, ou en sport, il faut qu'il ait été condamné ou mis en cause pénalement.

Moi, ce que je souhaite, c'est qu'à partir du moment où l'administration d'éducation nationale, ou un centre périscolaire, etc., ou une commune, écarte un agent, donc c'est une procédure disciplinaire, elle licencie un agent en raison de son comportement avec les mineurs, il ne peut pas remettre les pieds dans les murs de l'école, dans les murs du périscolaire, à quelque titre que ce soit.

3:14
Présentateur

Mais comment est-ce que ça va fonctionner, cette liste noire ? Parce que la mesure, elle répond au scandale du périscolaire, on va y revenir, mais ça ne dépend pas de vous directement. Et où commencera le comportement inapproprié ?

3:22
Édouard Geffray

Alors, l'idée d'abord, c'est que c'est bien un fichier interconnecté entre les trois univers. Autrement dit, quand je vous chasse par la porte, vous ne pouvez pas re-rentrer par la fenêtre. Ça, c'est le principe de base. Donc, c'est un fichier, très courtement, c'est une liste, que tous les employeurs du périscolaire, du scolaire, etc., pourront consulter chaque fois qu'ils emploieront quelqu'un. Voilà. Ça, c'est la première chose. Et puis, ensuite, l'idée, c'est que... Enfin, ce n'est pas l'idée, c'est l'objectif. C'est que c'est bien des personnes qui ont été licenciées, donc à l'issue d'une procédure disciplinaire. Ce n'est pas sans garantie.

Mais par contre, quand on constate qu'il y a un problème et qu'on vous licencie, en raison de votre comportement avec les mineurs, vous ne remettez pas les pieds, ni par concours, ni comme intervenant, ni comme bénévole d'une association, dans les murs de l'école.

3:59
Invité

Mais alors, ça, ça fait partie d'une loi qui doit être discutée à partir du 15 juillet prochain, cette loi pour la protection de l'enfance. Est-ce que, dans la mesure où ces personnes ne sont pas, telles que vous l'imaginez, condamnées pénalement, mises en cause pénalement, on ne porte pas atteinte, avec ce genre de liste, à la présomption d'innocence ?

4:15
Édouard Geffray

Non, parce qu'on est exactement dans l'hypothèse, justement, de la révocation administrative classique d'un agent qui peut avoir un comportement, justement, dont on considère qu'il n'est pas conforme à ce qu'on attend de lui vis-à-vis des mineurs, sans forcément que ce soit pénal. Mais moi, si vous voulez, tout parent qui dépose son enfant à la porte de l'école a normalement ce petit réflexe de soulagement quand il passe la grille de se dire « c'est bon, il est en sécurité ». Et la protection doit être absolue. On ne peut pas se permettre que quelqu'un re-rentre, de quelque manière que ce soit, à partir du moment où on l'a écarté.

Aujourd'hui, ça reste malheureusement possible entre les trois univers que je mentionnais. Demain, ça ne le sera plus.

4:51
Présentateur

Donc, plus de possibilité de réemploi au sein de l'école, quand bien même cette personne n'aurait pas été condamnée. Le projet de loi, il prévoit également de renforcer le contrôle dit « d'honorabilité » des personnels. Aujourd'hui, il est réalisé uniquement au moment du recrutement, via la consultation du casier judiciaire de ceux qui se destinent au métier de l'enseignement, notamment des fichiers qui recensent les auteurs d'infractions sexuelles ou terroristes. Il va devenir continu, continu, ça veut dire quoi ? Hebdomadaire, mensuel ?

5:18
Édouard Geffray

Alors, aujourd'hui, d'abord, ce qu'il faut savoir, c'est qu'effectivement, à l'entrée, il y a une barrière absolue à l'entrée éducation nationale, à quelque titre que ce soit. Bon. Ensuite, il y a une relation, il y a des correspondants éducation auprès des procureurs et justice auprès des recteurs qui fait que, quand une personne est mise en cause au niveau pénal, en principe, on a immédiatement l'information. Je dis en principe parce que c'est une information qui circule entre deux administrations. Et donc, pour être sûr de ne pas laisser le moindre individu passer à travers les mailles du filet, effectivement, l'objectif, c'est qu'on ait régulièrement des contrôles.

Donc, régulièrement, ça sera... Alors, on fera... De toute façon, tout le monde passera au fichier. Alors, peut-être que ça prendra un an, deux ans, trois ans, je ne sais pas encore. On est en train de définir techniquement les choses. Mais c'est l'idée qu'en fait, en flux continu, on regarde si des agents n'ont pas été sanctionnés. Mais, pardonnez-moi, je me permets quand même un point. C'est que ça marche dans les deux sens. C'est-à-dire que l'école, c'est aujourd'hui le premier lieu de confiance. Et donc, moi, je fais en sorte que plus personne ne puisse y entrer avec quelqu'un que ce soit, y compris d'ailleurs les intervenants, associatifs, etc., etc., quand ils ont une condamnation.

Je rappelle quand même, et il faut quand même l'avoir à l'esprit, que l'école est le premier signaleur de France.

6:29
Invité

80 000 par an.

6:30
Édouard Geffray

On émet 80 000 informations préoccupantes ou signalement à la justice par an. Pour vous donner une idée, c'était 50 000 il y a moins de 5 ans.

6:38
Invité

Donc ça, ça concerne tous les sujets, pas seulement les violences sexistes et sexuelles ?

6:40
Édouard Geffray

Non, mais ça veut dire aussi que l'école est un lieu de détection où les enfants parlent de ce qui se passe notamment à la maison et où ils peuvent dénoncer des faits qui leur sont arrivés dans un cadre personnel pour que derrière on puisse agir. Donc c'est aussi ça la confiance qu'il faut savoir restaurer.

6:53
Invité

Mais Edouard Geffray, ce sujet de l'affaire Liana, c'est devenu, on l'a vu, un sujet politique qui a donné lieu à un certain nombre de propositions. Il y a notamment cette idée de loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles qui est portée par des associations, qui est portée par une partie de la gauche et aussi par la présidente de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet. Ce matin, le Premier ministre s'exprime dans Le Parisien. Il estime que la réponse doit être intégrale effectivement mais que ça dépasse le cadre d'une loi unique. Vous, vous êtes opposé ou favorable à une loi unique, une loi intégrale ?

7:25
Édouard Geffray

Je crois que ce que dit le Premier ministre et je suis entièrement d'accord, c'est que la réponse n'est pas que législative. Il y a une loi effectivement intégrale, le Conseil a été saisi, elle va être examinée.

7:39
Invité

Et vous, vous y êtes favorable ou pas ?

7:41
Édouard Geffray

Oui, je crois qu'on est tous d'accord pour dire que globalement l'idée d'une loi qui couvre l'ensemble du spectre est plutôt une idée intéressante. Mais simplement, il faut avoir à l'esprit que la réponse, elle va quand même très au-delà du législatif. Pardon, juste un chiffre.

7:53
Présentateur

Non, parce que Yaël Braun-Pivet sera l'invité tout à l'heure de questions politiques sur France Inter, ça veut dire que le gouvernement ne soutiendra pas nécessairement cette proposition de loi intégrale sur les violences sexistes et sexuelles

8:04
Édouard Geffray

que nous avons à l'encontre... Si, si. Non, mais ça, après ça, il y aura une discussion article par article, etc. Mais ça, sur le principe, évidemment qu'on est tous d'accord. Mais pardon, ce que nous disons, enfin, ce que je crois en tout cas à titre personnel... Non, mais ce que vous dites, c'est que la loi suffit mais qu'elle ne suffit pas... Non, non, justement, c'est que ce n'est pas qu'une question de loi. C'est évidemment une question de loi. Je suis favorable à titre personnel complètement.

8:25
Invité

Notamment parce qu'il y a une mesure qui vous concerne, par exemple, l'instauration d'un entretien annuel à l'école pour déceler les situations de violences.

8:31
Édouard Geffray

Ça, typiquement, ça est quand même des choses qu'il faut qu'on regarde parce que 12 millions d'entretiens annuels de 1,5 heure ou 1 heure... Oui, et puis il faut réussir à les faire en fait avec un enfant. Ce n'est pas forcément évident d'aborder les choses sous cet angle. Mais pardon de revenir là-dessus. Moi, je ne conteste en aucun cas l'idée de loi intégrale. Mais je crois, et je crois que c'est ce que le Premier ministre a dit, qu'il faut une réponse intégrale, c'est-à-dire qu'il y a des enjeux qui vont au-delà du seul législatif.

Aujourd'hui, quand vous entrez dans une salle de classe, il y a entre 1 et 2 enfants en moyenne qui ont été victimes de violences sexuelles à 80% dans le cercle familial.

9:02
Invité

Oui, on sait que c'est 160 000 parents...

9:04
Édouard Geffray

Quand même, quoi. Vous rentrez dans une classe, vous vous dites qu'il y a 1 ou 2 enfants dans ma classe qui ont déjà été agressés ou violés parce qu'ils sont à 80% dans le cercle familial. Donc, les lois, oui. J'allais dire avec ordre et méthode parce qu'il faut apporter des réponses et des réponses à la hauteur, à la fois en termes de vitesse et en termes de sévérité. C'est très clair. Mais je crois quand même, et moi, en tout cas, je suis bien placé pour le service en termes de communication nationale qu'il y a un enjeu derrière, qu'il y a un enjeu culturel. Moi, je ne comprends pas comment on arrive à une situation.

Enfin, si, je le comprends, mais quand même, c'est une vraie question collective.

9:33
Présentateur

Pas seulement culturelle parce qu'il faut, par exemple, souvent plusieurs signalements concernant un élève pour qu'un procureur puisse se saisir du dossier. Idem pour les commissariats. En attendant, l'élève, il reste dans son milieu. Il continue de vivre dans un environnement violent, à savoir sa famille. Il y a plusieurs cas qu'on a pu voir ces derniers temps. Trois signalements qui ont été faits et des parents qui sont reçus au commissariat pour violences intrafamiliales. L'enquête sociale a démarre fin mai. Les parents sont toujours avec leurs enfants. C'est normal ?

10:04
Édouard Geffray

Enfin, réponse, non. Mais c'est pour ça précisément qu'il y a un double enjeu. À la fois de réactivité de cadre juridique, ça, c'est le sens de la loi qui va être travaillé. Et puis, une fois encore, pardon, il y a un enjeu culturel à travailler sur le fait qu'il y a des tabous. La violence sexuelle sur enfants, je suis désolé, c'est un tabou.

10:22
Invité

Justement, il y a des propositions aussi comme celle de Marine Tondelier, la patronne du Parti écologiste, qui propose des cours d'éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle dès la maternelle.

10:33
Édouard Geffray

C'est le cas actuellement, d'ailleurs, avec le programme Évare-Evars où on commence effectivement très tôt.

10:36
Invité

Sauf que Santé publique France a alerté sur le fait que ces cours, ils étaient très concentrés au collège, qui en avaient relativement peu aux primaires et quasiment pas avant.

10:44
Édouard Geffray

Alors ça, ça date un tout petit peu parce que depuis cette année, on a un programme obligatoire des Vars et des Vars depuis la rentrée de CP.

10:50
Invité

L'alerte de Santé publique France date d'il y a deux semaines.

10:52
Édouard Geffray

Non, mais je me permets simplement de signaler qu'on a juste un programme qui est désormais obligatoire. Alors, vous dire que c'est parfait parce que c'est la première année. Voilà, ce qui est bien mis en oeuvre,

11:00
Invité

c'est ça la question.

11:01
Édouard Geffray

C'est en train de se mettre en place. Quand on a regardé la dernière enquête, c'était au 31 décembre, on avait 66% des écoles qui avaient déjà organisé au moins une séance des Vars au 31 décembre. Sachant que ça a commencé en septembre. Donc, c'est en train de se mettre en place, trois séances par an. Il faut probablement travailler encore plus finement le contenu parce que notamment chez les petits, c'est un enjeu en termes de respect du corps. Ce qu'on apprend justement, c'est le respect du corps. Savoir réagir justement à des agressions pour qu'ils comprennent que c'est une agression, que c'est quelque chose d'anormal parce qu'un petit, en fait, il ne sait pas. Il est innocent.

Donc, tout ce travail-là est en cours. Non, mais l'éducation nationale

11:35
Présentateur

est le premier signaleur de France. Ce sont vos mots cette semaine, monsieur le ministre. Vous donniez ce chiffre sidérant. Elle signale 80 000 informations préoccupantes par an. Ça veut dire qu'elle est en état à l'institution de constater les violences mais pas de les empêcher.

11:51
Édouard Geffray

Son rôle, c'est de les empêcher à l'intérieur de l'école. Ça, c'est certain. Après, elle est effectivement bien placée parce qu'un enfant se confie à des adultes, à l'infirmière, à son professeur, etc. pour effectivement détecter des choses qui se passent en dehors. Et effectivement, il ne faut pas l'oublier parce que c'est aujourd'hui le premier signaleur de France.

12:07
Présentateur

Alors, il y a, monsieur le ministre, pour la première fois vendredi, donc avant-hier, près de 530 000 élèves de première qui ont passé une épreuve anticipée de maths. Le contenu différé selon la spécialité choisie. Un examen de deux heures, deux parties, sans calculatrice. Là aussi, c'était inédit dans une épreuve du bac de maths. Les syndicats ont dénoncé, je cite, un rafistolage alors que les mathématiques avaient été sorties du tronc commun par quelqu'un que vous connaissez très bien puisque vous avez travaillé avec lui, le ministre de l'Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer. Les maths étaient en option, c'est du rafistolage. Qu'est-ce que vous leur répondez ?

12:43
Édouard Geffray

Non, écoutez, d'abord...

12:45
Présentateur

Il y a beaucoup de questions d'auditeurs sur ce sujet, d'ailleurs.

12:47
Édouard Geffray

D'abord, j'ai travaillé sous 5 ministres différents pour l'Éducation nationale.

12:52
Présentateur

Il faut dire qu'il y a une rotation accélérée dans les postes ministériels comme le vôtre. N'est-ce pas ? Mais vous étiez malgré tout directeur de l'enseignement scolaire, c'est-à-dire l'homme tout-puissant sur les contenus pédagogiques en français.

13:03
Édouard Geffray

En tout cas, ça rend très simple. Donc, sur les maths, c'est quand même la première fois qu'on a au baccalauréat une épreuve anticipée de mathématiques commune à tous les lycéens généraux et de la voie technologique. Donc, c'est quand même plutôt une bonne nouvelle.

13:16
Présentateur

Oui, enfin, avec cette formule, un tiers des élèves abandonnaient complètement les maths à la fin de la seconde et plus encore après la première.

13:23
Édouard Geffray

C'était une erreur que ça devait une option ? En 2019, il n'y avait effectivement que le choix entre la spécialité ou l'enseignement scientifique qui ne comportait pas de mathématiques au sens propre. Depuis, on a effectivement rectifié le tiers sur cette partie-là et désormais, tous les élèves de France font des mathématiques jusqu'à la fin de la classe de première. Ce qui, sous l'étant passant, n'était pas le cas avant 2019, au passage. Je rappelle quand même qu'il y avait des élèves qui, en elles, ne faisaient plus de mathématiques. Donc, c'était pas une erreur. Tous les élèves, c'est corrigé. Tous les élèves de France désormais font des mathématiques.

13:54
Invité

C'est une erreur, donc ?

13:56
Édouard Geffray

En tout cas, moi, je pense que c'était effectivement pas une bonne chose. Mais ça a été corrigé. Donc, tous les élèves de France font désormais des mathématiques jusqu'à la fin de première et désormais, ils ont tous une épreuve anticipée de mathématiques comme ils en ont eu dans le français. C'est assez nouveau. C'est même, c'est la première fois que ça s'est passé il y a deux jours et c'est quand même plutôt une bonne chose.

14:11
Invité

Alors, on voulait vous parler après les maths du français et l'orthographe qui a été un sujet qui a beaucoup traumatisé les élèves qui se présentaient au bac cette année parce que juste quelques jours avant le bac, vous avez dit qu'un niveau suffisant en orthographe, syntaxe et grammaire serait indispensable pour obtenir la moyenne au bac ce qui a évidemment effrayé les élèves qui ont été prévenus. Il faut le reconnaître un peu en dernière minute. Qu'est-ce que vous appelez un niveau suffisant en orthographe ? Est-ce que vous avez conscience que vous avez traumatisé pas mal d'élèves ?

14:38
Édouard Geffray

Alors d'abord, je l'ai dit dès mon arrivée.

14:40
Invité

Vous l'avez répété très récemment.

14:41
Édouard Geffray

Je n'ai cessé de le répéter pendant six mois mais je suis content que grâce notamment au relais médiatique tout le monde s'y soit intéressé à un mois de bac mais je n'ai cessé de le dire première chose et deuxième chose je n'ai pas réinventé la roue. J'ai juste dit que quand on passe le baccalauréat qui est le premier diplôme de l'enseignement supérieur et qui ouvre les portes de l'enseignement supérieur il faut avoir un niveau d'expression correct.

15:04
Invité

Oui mais de là à enlever des points on a une question de Sandrine par exemple dans nos auditeurs qui dit par rapport à l'orthographe pour le bac quel est l'intérêt de dire 15 jours avant au bachelier que les fautes vont compter ce qui va augmenter leur stress au lieu de s'attaquer au vrai problème qui est l'apprentissage de l'écriture.

15:18
Édouard Geffray

Alors d'abord il faut remettre les choses en perspective. Un, depuis que je suis arrivé et je suis assez constant j'ai fait en sorte de placer la maîtrise du langage au cœur de la politique pédagogique parce qu'il y a un enjeu majeur chez la maîtrise du langage et par ailleurs on pourrait tout aussi bien se réunir dans une heure ou dans deux heures autour de la dernière étude ou des derniers universitaires qui s'inquiètent du niveau affolant de l'orthographe et d'expression de leurs étudiants. Donc ils prouvent qu'on a quand même un sujet collectif. Et effectivement ça commence dès l'entrée maternelle jusqu'au baccalauréat.

Deux, je crois quand même qu'il faut on ne peut pas se permettre d'envoyer le signal à nos élèves à nos bacheliers que dans le fond la maîtrise de la langue c'est pas très grave.

15:57
Présentateur

Mais l'orthographe c'est quand même très largement le cas plus on avance et pour les épreuves importantes comme celle du BTS par exemple on n'évalue plus l'orthographe.

16:05
Édouard Geffray

Alors pardon j'ai toujours dit orthographe, grammaire et syntaxe j'ai pas dit que c'était des champions de la dictée et pas une dictée. Je parle de la qualité de l'expression globale. C'est une question de respect pour son travail c'est une question de respect pour le correcteur. Dans la vie on se relit. Vous vous relisez j'imagine quand vous faites un papier pour quelqu'un.

16:21
Invité

On essaye.

16:21
Édouard Geffray

Et bien voilà c'est pareil pour tout le monde.

16:23
Invité

Mais donc est-ce que ça veut dire qu'on va passer d'un taux de réussite du bac en filière générale 96,4% l'an dernier 83% côté professionnel est-ce qu'on va voir ces taux baisser

16:36
Édouard Geffray

baisser un peu ? Ce sera à mon avis c'est pas ça qui va faire chuter le taux de réussite du bac.

16:42
Invité

C'est-à-dire que certains élèves n'auraient pas le bac à cause de l'orthographe ?

16:45
Édouard Geffray

Surtout alors c'est pas tant à cause de l'orthographe par ailleurs moi j'ai fait en sorte qu'on n'ait plus ce qu'on appelle des coups de pouce successifs c'est-à-dire qu'avant il y avait des scènes de point jury qui fait que quand vous aviez 7,5 à la fin du contrôle continu de vos premières épreuves on vous remontait à 8 qu'ensuite vous alliez aux autres attrapages et que là vous aviez 9 et que là on passait de 9 à 10. Moins d'un coup on avait des gamins qui avaient le bac avec 10 alors qu'il y avait 7 minutes moyenne à la fin.

17:03
Invité

Donc le bac ne valait rien ?

17:04
Édouard Geffray

En tout cas on leur montait sur leur niveau réel et ça on n'a pas le droit de faire ça parce que derrière quand vous avez des jeunes qui se trouvent dans le sup ils se trouvent en très grande difficulté et ils ne comprennent pas pourquoi. Et donc du coup la seule chose si vous voulez que je veux depuis le début c'est juste la vérité des prix c'est pas hyper compliqué c'est tu as un bac il vaut quelque chose tu vas à un examen tu te relis.

17:26
Présentateur

Voilà. Alors il y a beaucoup de questions sur l'orthographe il y a aussi des questions sur le système éducatif la difficulté avancée par beaucoup d'enseignants d'évaluer un travail fait à la maison avec l'explosion de l'intelligence artificielle l'explosion et également du recours aux profs particuliers ça aussi c'est une défaite du système éducatif national ?

17:50
Édouard Geffray

Écoutez moi j'en ai un peu assez qu'on regarde toujours l'école sous l'angle de ses soi-disant défaites et jamais sous l'angle de ses succès Vous voyez on va prendre un exemple Demain je suis prêt à parier 50 euros avec vous que tous les JT vont ouvrir ou mentionner en deuxième ou en troisième information le sujet du bac de philo Est-ce que vous connaissez un seul pays aussi extrémitement cultivé et préoccupé du sort de ses enfants que le sujet du bac de philo fait l'entrée si je puis dire des JT Donc on réussit à emmener une génération entière à un niveau qui est quand même un niveau correct Ensuite il y a des gens qui prennent des cours particuliers Pardon ça s'est toujours fait Moi à mon époque j'avais des camarades de classe qui en prenaient C'est quand même

18:32
Présentateur

un système d'inégalité absolu et c'est vrai et c'est vrai que le recours à des profs particuliers a explosé mais il y a une question C'est pas ceux qui réussissaient

18:39
Édouard Geffray

le plus

18:39
Présentateur

Une question malgré tout monsieur le ministre qui est importante et elle concerne la vie scolaire pour le coup à propos du film L'abandon qui concerne l'assassinat par un terroriste islamiste de Samuel Paty Est-ce que vous allez proposer la tutelle de votre ministère comme la réclame de nombreux enseignants pour qu'ils se sentent soutenus dans leur démarche d'emmener leurs élèves voir le film ? Ce ne serait pas forcément une obligation d'aller voir le film mais une manière de montrer aux enseignants qu'ils n'ont pas à avoir peur ni à se justifier auprès des parents

19:10
Édouard Geffray

Alors d'abord très clairement aucun enseignant n'a à se justifier auprès des parents d'emmener ses élèves voir l'abandon ça c'est très clair

19:18
Présentateur

Beaucoup se sentent obligés de le faire ou ne vont pas emmener leurs élèves parce qu'ils ont peur

19:24
Édouard Geffray

Alors moi ce que je ne souhaite pas c'est qu'il y ait d'obligation Je dis le départ parce qu'il y a un truc qui s'appelle la liberté pédagogique qui est un principe fondamental de l'école et qu'on ne peut pas l'appliquer à géométrie variable En revanche on a travaillé un dossier pédagogique Non il ne s'agit pas d'obliger les gens à aller voir le film J'y arrive C'est pas la liberté pédagogique

19:41
Présentateur

Je vais y arriver

19:42
Édouard Geffray

En revanche on a travaillé sur un dossier pédagogique avec les équipes du film pour que précisément les enseignants puissent aller le voir soient outillés aussi pour aborder le sujet avec leurs élèves parce qu'ils peuvent effectivement avoir cette appréhension de savoir comment je vais prendre le sujet etc. Et donc on leur a donné toutes les clés pour pouvoir l'aborder avec leurs élèves et pour pouvoir y aller

19:58
Présentateur

Donc proposer la tutelle de votre ministère

20:00
Édouard Geffray

Mais c'est pas une question de tutelle C'est une question d'accompagner les enseignants qui le souhaitent et faire en sorte qu'aucun d'entre eux ne soit mal à l'aise s'ils souhaitent y emmener ses élèves

20:09
Invité

Il y a un sujet qui prend de l'importance qui en prend beaucoup et notamment avec le bac dont on parlait tout à l'heure c'est celui de l'intelligence artificielle de plus en plus utilisée par les élèves parfois pour tricher alors vous avez mis en place un cadre présomption d'innocence évidemment en la matière mais vous avez mis en place un cadre sur l'IA en éducation un document de 22 pages qui définit les potentialités et les risques mais comment est-ce qu'on lutte très concrètement contre cette triche à l'intelligence artificielle ?

20:37
Édouard Geffray

Alors ça dépend Aux examens la triche est interdite la triche à l'IA aussi

20:41
Invité

Mais elle est possible

20:42
Édouard Geffray

Et donc on a acheté des détecteurs on a acquis des détecteurs d'outils numériques actifs si je puis dire qui permettent de savoir s'il y a des téléphones ou des mondes connectés actifs dans les salles d'examen Ils sont à partir de manière aléatoire et on passe un petit peu partout avec ça Au-delà de ça on a un travail assez important à faire c'est qu'aujourd'hui en gros quand vous donnez un travail à la maison au collège ou au lycée dans 90% des cas il est fait avec l'IA Et là pour le coup on a un problème ça suppose de repenser en fait globalement un peu tout notre système d'évaluation Aujourd'hui on est percuté par l'évaluation mais en réalité ça pose la question de qu'est-ce qu'on apprend de comment on apprend et donc on a mis en place un peu un processus de travail un peu on continue aussi parce que si Chagipiti était un enfant il serait en maternelle je rappelle donc on manque un peu de recul mais précisément pour construire un cadre évolutif en fonction de ce qu'on va avoir

21:23
Présentateur

Je ne suis pas sûr de ça puisque les dernières versions à mon avis seraient plutôt polytechniques mais nous sommes en ligne avec Christelle qui est au standard Bonjour Christelle

21:30
Auditeur

Oui bonjour bonjour à tous Voilà j'avais la question suivante Vu l'accélération du dérèglement climatique les examens risquent de se passer dans des conditions de plus en plus difficiles les années à venir donc j'aimerais savoir que compte faire le ministre à part proposer de boire de l'eau Merci

21:50
Présentateur

Bonne question Christelle c'est vrai qu'il fait chaud parfois très chaud trop chaud dans les salles d'examen comment lutter contre ce phénomène là

21:59
Édouard Geffray

qui paraît s'imposer Il y a une première chose assez simple c'est que moi je ne souhaite plus qu'aucun examen se déroule les après-midi parce que malgré tout globalement entre 8h et midi si vous avez aéré le matin avant d'arriver ça reste à peu près frais on ne peut plus se permettre d'avoir des épreuves aujourd'hui en mai ou en juin on voit bien qui font 14h-18h ce n'est pas possible donc c'est rustique

22:19
Présentateur

Vous allez dépasser le bac en novembre et dans la matinée

22:22
Édouard Geffray

Matinée suffira et par contre pas en novembre

22:24
Présentateur

Bon alors il y a Marie qui est enseignante et il y a beaucoup de questions d'enseignants elle vous dit la chose suivante je m'apprends à démissionner de l'éducation nationale pour reprendre mon ancien métier pour des raisons financières 2250 euros net à 45 ans et bac plus 5 ça ne permet pas de partir en vacances ni d'avoir une voiture j'ai perdu 50% de mon salaire je n'y arrive pas j'aime mon métier mais il ne me permet pas de vivre correctement je laisse tomber c'est terrible comme sentence

22:50
Édouard Geffray

Oui c'est terrible enfin oui oui bien sûr et ça pose quand même une question qui à mon avis a vocation à être très structurante pour la présidentielle et les années suivantes en réalité sur la structure de la rémunération des enseignants qui progresse très peu pendant les 20 premières années de carrière et qui progresse seulement à partir des 20 premières années mais pour le coup après ça m'est assez sensible donc très clairement nous aurons besoin d'une revalorisation

23:14
Présentateur

nous aurons besoin d'une revalorisation

23:16
Édouard Geffray

à terme enfin dans les prochaines années dans le prochain quinquennat et concentrer sur la première moitié de carrière qui est objectivement la plus difficile

23:22
Présentateur

Dernière question pourquoi est-ce que l'éducation nationale est si peu présente dans le débat public et notamment dans cette campagne présidentielle qui a déjà commencé alors qu'elle devrait être au premier plan c'est sidérant et c'est systématiquement le cas

23:34
Édouard Geffray

c'est sidérant c'est systématiquement le cas j'ai quand même l'impression que ça émerge et par ailleurs ça émerge pour moi si vous voulez enfin en tout cas tout le monde prétend parler on verra bien après ça qui le fait tout le monde prétend que c'est important et j'espère que c'est vrai mais je suis d'accord avec vous c'est l'avenir en réalité et vous savez une société enfin ça pose une vraie question de fond c'est de savoir si notre société on choisit de la construire sur sa jeunesse ou sur les autres moi c'est très simple c'est tout pour la jeunesse je suis venu pour ça je sais l'éducation nationale pour ça c'est tout pour la jeunesse tout pour nos gamins

24:04
Présentateur

c'est très clair merci Edouard Jeffrey ministre de l'éducation nationale d'avoir été l'invité de France Inter ce matin bonne journée et bientôt les vacances pour vous d'ailleurs aussi comme les petits apprenants les apprenants vont partir avant moi je pense et vont venir après j'espère