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interviewRCF — L'Invité de la Matinale· 5 juillet 2026 12 min

Peut-on être discriminé sur Parcoursup ?

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Ce programme est disponible grâce au don de nos auditeurs. Pour diffuser un message d'espérance, rendez-vous sur RCF.fr. RCF Notre-Dame.

0:14
Catherine Vautrin

Les élèves de Terminal qui ont passé le bac auront les résultats demain. Ils attendent ce sésame pour passer en études supérieures après avoir exprimé leur vœu sur la plateforme Parcoursup. Comme tout processus de sélection, un choix s'opère selon certains critères, qu'il s'agisse des notes, des appréciations, de la motivation. Les établissements n'ont pas le droit de choisir un candidat en raison de critères protégés comme l'origine, le sexe, la religion, le handicap ou l'état de santé ou d'autres critères arbitraires. Or, une affaire a éclaté qui rend ce sujet sensible. Elle concerne le Britanné national militaire de la Flèche, un des six lycées de la Défense.

La Flèche, c'est dans la Sarthe. On a constaté que des élèves brillants admis en CPGE, les classes préparatoires au concours des grandes écoles, n'étaient pas même classés ni même en liste d'attente aux Britannés. Et un texte signé du chef d'établissement a ordonné et justifié l'éviction par principe de certains profils. L'affaire est remontée jusqu'au ministre des Armées, Catherine Vautrin, et on comprend pourquoi. Le Britanné a commis l'imprudence d'écrire noir sur blanc que l'inscription dans des établissements hors contrat faisait partie des critères éliminatoires pour un candidat. Alors, pour ceux qui ont un peu de mémoire, cela rappelle évidemment l'affaire des Fiches.

En 1904, quand des informations personnelles étaient collectées de manière officieuse pour nuire à la carrière d'officier dont on avait identifié l'appartenance religieuse. Apparemment, les algorithmes ne protègent pas la République de ce genre de dérive. Bonjour Anne Cofinier.

1:30
Présentateur

Bonjour Louis Dauphren.

1:31
Catherine Vautrin

Vous avez créé l'association Créer son école et vous présidez par ailleurs la fondation Kéros pour l'innovation éducative. Vous êtes une arc normalienne, diplomate, alors en disponibilité maintenant. Vous connaissez bien le fonctionnement des institutions et c'est vous qui vous êtes en quelque sorte approprié cette affaire. C'est vous qui l'avez remarqué ?

1:49
Présentateur

Alors, c'est un parent d'élève qui nous a contactés parce qu'il ne comprenait pas pourquoi son enfant très brillant, qui avait eu 20 et 17 en première, qui avait le prix d'excellence dans son école, qui était très bon, et qui en plus était pris dans des prépas très prestigieuses, qui avaient des classes étoiles, notamment à Masséna et à Thiers. Donc, ce parent d'élève a dit « je ne comprends pas pourquoi mon enfant est pris dans des écoles très prestigieuses et il n'y a rien à faire, il n'est pas pris au lycée Britanné, enfin Britanné National Militaire ». Il y a quelque chose qui cloche.

Et comme c'est un esprit rigoureux, il a cherché sur Parcoursup et il est tombé sur un rapport du jury de l'année précédente qui expliquait que si les candidats étaient issus d'un lycée privé hors contrat, et bien dans ce cas, ils ne seraient pas classés, c'est-à-dire que leur candidature ne serait pas examinée. Il m'a contactée et je lui ai dit « il faut attaquer, il ne faut pas laisser faire ça, il n'y a aucune raison, la seule chose qui doit prévaloir c'est le mérite, il s'agit là de pouvoir rentrer dans une école publique, il y a un seul principe, c'est l'égalité républicaine fondée sur le mérite académique ».

Et donc, on a saisi un avocat et on a vu tout de suite qu'il fallait faire un référé mesure utile. Techniquement, c'est un référé qui demande à l'administration de prouver pourquoi elle a éliminé ses candidats avant même d'étudier leur dossier.

3:04
Catherine Vautrin

Donc sous astreinte de 8 jours.

3:06
Présentateur

Sous astreinte de 8 jours, après, c'est 300 euros par jour de retard, donc ça motive. Et ensuite, derrière ça, si on ne nous donne pas des informations qui sont conséquentes, et surtout si les préjudices ne sont pas compensés, parce qu'à ce stade, le ministère de la Défense, le ministère d'enseignement supérieur, le ministère de l'éducation nationale, peuvent réagir pour compenser les préjudices pour les élèves qui ont été écartés, parce que la procédure Parcoursup n'est pas close.

Donc si jamais il n'y a pas de compensation et s'il n'y a pas d'engagement à ce que ce type de discrimination n'est plus jamais court, eh bien nous irons jusqu'au bout de la procédure, c'est-à-dire un recours pour accès de pouvoir, assorti d'un référé suspension, puisqu'évidemment il y a urgence. Parce que, grosso modo, si on fait un recours au fond sans référer suspension, ça veut dire qu'on aura la réponse dans deux ans.

3:56
Catherine Vautrin

Anne Coffigny, peut-on imaginer que ces élèves, ils sont à peu près une vingtaine, non ? C'est ce que vous estimez, puissent faire leur scolarité à la flèche l'année prochaine ?

4:03
Présentateur

Oui, je pense que c'est tout à fait faisable, et je n'imagine pas une seconde qu'une institution de ce type ait une attitude vindicative. Si, en l'occurrence, le droit est rendu à ces élèves qui peuvent être classés normalement et en fonction de leur mérite admis ou pas, on verra bien, et bien ensuite, j'imagine qu'il n'y aura pas de problème pour faire une scolarité normale. Et en plus, pour tout dire, ces élèves seront forcément hautement surveillés par les médias vu ce qui leur est arrivé précédemment.

4:32
Catherine Vautrin

L'établissement a-t-il des raisons de ne pas recruter des élèves venus du hors contrat ? L'a-t-il justifié d'une manière ou d'une autre ?

4:38
Présentateur

Non, non, non, il n'a aucune raison. Et alors, je tiens à dire une chose, c'est que, grosso modo, dans Parcoursup, les lycéens issus des établissements privés hors contrat, donc complètement libres, libres de s'organiser différemment de l'éducation nationale, mais contrôlés quand même par l'éducation nationale, il faut le répéter, et bien ces élèves, globalement, se sortent bien dans Parcoursup et parfois même mieux que les écoles privées sous contrat. Donc, il n'y a pas de problème global des lycéens sur Parcoursup, des lycéens hors contrat sur Parcoursup.

La deuxième chose que je tiens à signaler, c'est que, comme les lycéens qui passent le bac lorsqu'ils sont issus du hors contrat, ils passent le bac à l'ancienne, c'est-à-dire uniquement toutes les matières en contrôle terminal, comme on faisait nous, si j'ose dire. Et ce bac-là a beaucoup plus de valeur aux yeux des recruteurs que le bac actuel qui est validé à 60% au contrôle continu. Et donc, ce bac et ces bacheliers sont recherchés par les recruteurs français et étrangers, et notamment les filières sélectives, les grandes prépas, les classes parisiennes, etc.

5:36
Catherine Vautrin

Alors, pourquoi les écarter ?

5:38
Présentateur

Alors, pourquoi les écarter ? Ça, ça reste à établir par la mission d'enquête administrative flash déclenchée par Catherine Vautrin. Je tiens d'ailleurs à la remercier de cette initiative. Ça prouve qu'elle veut que cette affaire soit tirée au clair, et c'est excellent. On verra bien ce qui sera dit. Moi, je pense que, quand même, il y a une sorte de peur, actuellement, parce que vous savez qu'il y a eu un rapport de la Cour des comptes qui portait sur les lycées militaires, et qui s'est émouvé d'un certain nombre de traditions un peu potaches, un peu lourdingues, parfois un petit peu inappropriées par rapport aux standards de notre époque.

Et dans ce contexte-là, je pense que les lycées militaires se sont mis dans l'idée d'essayer d'éviter toutes sortes de rugosités, de choses qui pourraient leur être reprochées comme inappropriées, etc. Et par un effet d'association, ils ont peut-être dû considérer que dans le milieu privé catholique hors contrat, il y avait peut-être plus de ce type de profil-là. Rien ne prouve ça. Aucune donnée, aucune étude, aucune statistique, mais c'est peut-être les représentations politiques, idéologiques, qu'ils ont eu de la chose. Parce que je tiens à rappeler que les établissements privés hors contrat sont très minoritairement religieux, déjà.

Et il peut très bien y avoir, par exemple, des élèves issus de lycées privés hors contrat spécialisés dans le sport à haut niveau qui seraient recalés par principe à l'entrée au lycée britannique de la Flèche et donc à la carrière d'officier.

7:03
Catherine Vautrin

Et la distinction dans le texte incriminé, la distinction n'est pas faite ?

7:06
Présentateur

Non. C'est-à-dire qu'en fait, c'est n'importe quel élève issu d'un établissement privé hors contrat. Donc, je ne sais pas si le but était de recaler des catholiques un petit peu trop enthousiastes ou si le but était d'éviter les filières hors contrat qui sont désormais des filières d'excellence. Je ne sais pas. Mais en tout cas, ce qui est certain, c'est que ce type de discrimination est inadmissible et qu'à Cré son école, l'association qui existe depuis 20 ans et que je préside, qui sert à développer l'enseignement libre, défendre la liberté d'enseignement, c'est quelque chose qu'on n'accepte pas.

7:40
Catherine Vautrin

La ministre Catherine Bautrin a laissé entendre que c'était sous la pression de votre association qu'elle avait agi.

7:45
Présentateur

À la demande. Elle a mis dans son communiqué de presse que c'était à la demande. Un peu curieux, non ? Non, ce n'est pas curieux. Je pense que c'est honnête de sa part. Elle reconnaît qu'elle n'était pas au courant de l'affaire, que c'est nous qui avons porté ce problème à sa connaissance. Et donc, de manière assez logique et très honnête, elle reconnaît que grâce à nous, elle est au courant du problème et que donc, elle peut diligenter une enquête pour essayer de le résoudre.

Voilà, donc je reconnais qu'on a mis la pression parce qu'on a mis un calendrier très court puisqu'on a écrit le 30 en faisant un recours le 3 au matin et une conférence de presse le 3 au matin et en indiquant le calendrier qu'on allait suivre.

8:22
Catherine Vautrin

Avec une bonne couverture presse puisque vous avez beaucoup de relais dans la presse qui est aussi important de souligner. N'y a-t-il pas un paradoxe à ne que finir à faire sa scolarité dans le hors-contrat puis à vouloir servir l'État dans des filières publiques ?

8:34
Présentateur

Non, pas du tout. Parce que certaines caricatures veulent donner l'idée que les établissements privés hors-contrat, quelque part, ça serait un réservoir de gens antirépublicains. Mais pas du tout. C'est un fantasme absolu. Ça n'a rien à voir. Un établissement privé hors-contrat, c'est un établissement tout simplement qui a envie de plus de liberté que ce que propose l'éducation nationale. faire plus de maths, plus de français, plus de latin, avoir des horaires un peu différents, s'organiser différemment. Voilà, tout simplement, c'est ça un établissement privé hors-contrat.

Donc, moi, ce que je vois plutôt que ce soit hors-contrat, pas hors-contrat, c'est que dans les familles catholiques, il y a une tradition de vouloir servir le pays. C'est un secret polychinelle. Donc, en fait, il se trouve que chez les catholiques, il y a envie de servir dans l'hôpital, dans l'armée, dans les ordres. C'est traditionnel, c'est comme ça depuis des siècles. Et ce n'est pas parce qu'on est en 2026 que ça s'arrête. Donc, c'est tout simplement ça. C'est le désir de servir. Faut-il empêcher des jeunes de servir ? C'est ça la question.

9:33
Catherine Vautrin

Faut-il tout anonymiser sur Parcoursup ? Parce que l'établissement d'origine est connu du recruteur.

9:39
Présentateur

Oui, alors, moi, je pense qu'il faut tout anonymiser déjà au niveau du bac. En réalité, ce n'est pas anonymisé au niveau du bac, ni aux oraux. Et puis, alors, par définition, les élèves qui viennent des lycées priveurs-contrat, ils ont des épreuves à part. Donc, on sait très bien.

9:51
Catherine Vautrin

Donc, ça crève les yeux sur la feuille de recrutement.

9:54
Présentateur

Bien sûr. Donc, oui, moi, je trouve que quand on passe un bac, il faut bien se rappeler ce que c'est que le bac. Le bac, c'est un grade. Donc, en fait, c'est le premier niveau des grades universitaires. Donc, il n'y a aucune raison, mais vraiment aucune raison qu'on fasse une distinction en fonction de l'origine des élèves, que ce soit l'origine religieuse, ethnique, scolaire. Je suis désolée, on passe un concours républicain, un diplôme, un examen républicain. Il faut que tous les élèves soient à pied d'égalité. Il n'y a pas aucun, il n'y a aucune espèce de raison qu'on prenne en considération autre chose que le mérite académique.

10:28
Catherine Vautrin

Donc, estimez-vous que quelque chose doit changer sur Parcoursup ?

10:31
Présentateur

Moi, j'estime surtout que Parcoursup doit disparaître.

10:34
Catherine Vautrin

Carrément ?

10:35
Présentateur

Parcoursup, c'est une machine qui sert à générer, à donner du stress permanent et habituer les jeunes à un arbitraire absolu. Donc, non, Parcoursup, ce n'est pas du tout un progrès. C'est une dérive technocratique. Je suis désolée. On n'a pas besoin de faire 2000 choix quand on veut rentrer dans le supérieur. Il suffit d'en faire 5, d'aller déposer ses dossiers auprès des institutions qu'on vise et ça marche très bien.

10:56
Catherine Vautrin

Au-delà de l'aspect scolaire, Anne Cofinier, la question clé, c'est qui sera l'officier qui défendra la France demain ?

11:03
Présentateur

C'est la vraie question. La question, ce n'est pas savoir si on discrime ou pas des enfants parce qu'ils sont issus du hors contrat. La question, c'est quel est le profil des officiers de demain ? C'est la seule vraie question. C'est pour ça que ça fait penser à la faire des fiches.

11:14
Catherine Vautrin

Mais alors, si on essaie d'extrapoler un petit peu, on peut imaginer qu'il y a des filières qui soient, des filières traditionnelles qui soient en fait cassées par un système qui ne veut pas que les choses évoluent dans un sens ou dans un autre.

11:28
Présentateur

En réalité, il y a forcément des courants de pensée à l'œuvre dans l'armée, dans l'éducation nationale qui s'affrontent.

11:35
Catherine Vautrin

Mais quitte à priver la France et la défense française d'éléments de qualité. C'est ça, dans la hiérarchie des choses.

11:40
Présentateur

Ça, c'est sûr que je pense que l'intérêt général, ce n'est pas toujours ce à quoi les gens sont attachés avant tout. C'est des coteries qui s'affrontent et il n'y a aucune raison que nous collaborions à ce type de dévoiement du service de l'intérêt général.

11:55
Catherine Vautrin

Merci d'être venu nous parler ce matin.

11:57
Présentateur

Merci Louis Dauphrenne.

11:58
Catherine Vautrin

Anne Coffinier, présidente de l'association Créer son école et qui a fondé aussi la fondation Kéros pour l'innovation éducative. Excellente journée.