Astrid Roucher, ancienne plume : dans les mots d'Emmanuel Macron
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Chapitres
Questions et réponses
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Quel genre de personne est-il ?
- 1:20OuverteRéponse directe
Comment percevez-vous les annotations du président ?
- 3:23OuverteRéponse directe
Comment percevez-vous le fonctionnement interne de l'Élysée ?
- 5:08OuverteRéponse directe
Est-ce que la pensée complexe du président est rendue audible ?
- 7:40OuverteRéponse directe
Certains discours sont-ils faits pour endormir ?
- 9:23OuverteRéponse directe
Avez-vous été déçu de la personne du président ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 3:57Fait
« La maison de l'Élysée c'est une espèce de vitrine du savoir-faire français. C'est en fait c'est un tout est positif un vivier diplomatique. »
- 4:30Fait
« Cette archipalisation. C'est pour ça que j'ai pris la métaphore des îles. C'est montré toutes ces toutes ces planètes qui ne communiquent pas entre elles. »
- 5:46Fait
« Est-ce que c'est un sujet qui vous a préoccupé de rendre clairement audible notamment pour tous les archipels que vous décrivez ? »
- 7:02Fait
« Il y a la euh l'efficacité d'un discours en fait arrive assez vite et puis après les corrections qui sont fournies par les différents conseillers, ben en fait ça stagne. »
Temps de parole
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Europ soir 18h 20h Pierre de Villena toujours avec Eric Tegner et George Fenc nous recevons Astrid Rouchet pour son excellent compte roman livre sur sa vaation à l'Élysée pendant 2 ans où elle a écrit les discours en partie en techn de corriger comme elle a pu les discours du président. Vous représentez le président comme un prince dans ce livre. Évidemment, on est dans un comte et tout est toute ressemblance avec qui et cetera et cetera et cetera. Quel genre de personne est-il ? Moi, j'avais avec lui une relation vraiment professionnelle et dans l'action et donc du coup dirigée vers la production de ses discours euh pour lequel s'est passé très bien selon une
navette très rodée où j'envoyais mon discours à son secrétariat qui lui imprimait, qui retravaillait ce qui se faisait un très bon intelligence. Beaucoup de contact direct. Non, très peu de contact direct. Il faut qu'on il faut se replacer dans une structure de cabinet. On est 52 conseillers. Il y a des conseillers au fond, c'est-à-dire qu'il ve voir monsieur industrie, madame TPE PME, monsieur relation avec le Moyen-Orient. Chacun a son portefeuille. Et parmi tous ces conseillers, il y a des conseillers à la à la forme qui sont ces conseillers discours qui ont ont cette place très privilégiée à la fois centrale. On est à la croisée des échanges de tous ces conseillers. On était parmi les rares conseillers en fait qui connaissaient l'intégralité du cabinet et en même temps une place
structurellement périphérique parce que notre but c'est toujours de garder suffisamment un pied dans la société pour pouvoir voir émerger les nouvelles idées euh les nouveaux penseurs, les recevoir, rencontrer les historiens en amont de chaque préparation de discours. Donc oui, c'est une relation collective, une relation de travail avec des réunions toujours à à 5 ou 6 autour du président. Mais il vous a enfin vous calculz, il savait que c'était vous. Oui. Donc vous aviez quand même des des échanges. Vous vous dites dans le livre que vous avez euh appris à à déchiffrer les hiéroglyph au feutre bleu. C'est-à-dire que c'est c'est sa main à lui. Et qu'est-ce que de ces hiéroglyphes ou de ces annotations plutôt du président, comment est-ce que vous les percevez ?
Comment est-ce que vous pourriez les résumer aux auditeurs d'Europe ? Est-ce que ce sont des formules qui étaient très centrées sur lui-même ou plutôt varié ou plutôt en fonction des discours ? Alors, au fur et à mesure des années, j' anticipéis beaucoup mieux ce qu'il attendait. Donc, en général, c'était des formules assez frappantes, assez corsées, parfois des références historiques, parfois des conseils, aller étayer auprès de tel historien, auprès de tel penseur. H il a des améliorations de rythme parfois, parfois plus court, parfois plus long. J'avais pas toujours euh je comprenais pas forcément pourquoi il le faisait. qui disait fait "Faites référence à à un tel ou à un tel, il avait ses auteurs préférés ou ses historiens préférés." De temps il citait, je me souviens qui
m'a rajouté du Renéchar une fois euh c du Markblock certainement. Oui, il a plusieurs fois acheté du Mark Block. Il y avait des références qu'il prenaient un peu moins euh voilà qui quand c'est les trop littéraires peut-être des références dont il était friant par exemple il met bien en déplacement diplomatique faire référence à la culture locale et donc parfois il lui demandait d'aller creuser du côté de de tel auteur ou voilà essayer de trouver de la poésie ou voilà ça ça c'était difficile à résumer ça var la façon dont vous dont vous présentez les choses c'est-à-dire avec l'îz donc qui est l'Élysée avec les différents pôles et il y a même une une sorte de carte comme on a dans l'île au trésor ou dans ce genre de de roman au tout début, il y a il y a une sorte de cirque,
c'est-à-dire que vous présentez ça comme un truc un peu tout much avec beaucoup de par exemple, il y a il y a vous vous représentez du personnel qui est en train de de faire l'argenterie puis après de remettre tout cela dans des dans des armoires et puis en réalité les présidents passent et ça ça reste. Donc il y a une côté il y a un côté d'éternité puis il y a aussi beaucoup de choses qui sont là et qui servent pas à grand-chose. Comment est-ce que vous avez est-ce que vous avez vous avez perçu ça comme un trop plein ? Vous avez perçu ça comme quelque chose d'injuste ? Vous avez perçu ça comme quelque chose de très beau ? Quel est votre sentiment à c de rocher ? Alors sur le fonctionnement interne de l'Élysée, je voyais pas ça comme un cirque. Je voyais ça comme une ruche
avec cette idée voilà d'un bourdonnement mais le bourdonnement est nécessaire pour fabriquer le miel. La maison de l'Élysée c'est une espèce de vitrine du savoir-faire français. C'est en fait c'est un tout est positif un vivier diplomatique. Alors non tout est pas positif sur le cette agitation là du personnelé et de l'Élysée qui faisait la maison. J'étais souvent admiratif de ce c'est vraiment un conservatoire du savoir-faire français. Les derniers brodeurs, blanchisseurs, argentiers de France, on les trouve ici. Euh ce que mon livre montre et là le constat est plus douer, c'est cette archipalisation. C'est pour ça que j'ai pris la métaphore des îles. C'est montré toutes ces toutes ces planètes qui ne communiquent pas entre elles. Alors la métaphore de la planète a déjà été
exploitée avec un un talon immense dans le Petit Prince. Et j'avais en tête voilà cette cette logique du voyage à travers toutes ces toutes ces îles françaises qui ne communiquent pas entre elles, qui n'ont pas le même langage, qui n'ont pas le même fonctionnement, qui n'ont pas la même même temporalité, qui souvent au mieux s'ignore, au pire se méprise les unes les autres et euh voilà qu'avec que cette cette position de plume m'a donné de fréquenter et d'arpenter. Éric et vous expliquez également que finalement, c'est ce qui est fascinant, plus il y a de bruit à l'extérieur, plus c'est calme à l'intérieur ou et vice versa. C'était très frappant quand il y avait une crise comme voilà les les gilets jaunes ou les bonnets rouges. L'Élysée était totalement silencieux et désert
parce que le conseiller intérieur était chez ses préfets, parce que le président était à son bureau, il y avait voilà une espèce de de de silence tendu et personne all pr vous prenez pas ça pour une déconnexion totale de la de la au contraire c'est que les gens étaient n'étaient n'étaient pas à l'Élysée en fait. S'ils étaient soit sur le terrain. Non, mais j'entends bien, vous dites le président était dans son bureau mais à s'occuper de la crise ou à s'occuper d'une autre crise ? À 3h du matin, il était dans son bureau à s'occuper de la crise. D'accord. Mais il faut préciser à 3h du matin. George Fenc. Une question qui me vient comme ça, on l'a souvent taxé un peu de manière un peu péjorative d'ailleurs le président d'avoir une pensée complexe. D'accord.
Est-ce que c'est un sujet qui vous a préoccupé de rendre clairement audible notamment pour tous les archipels que vous décrivez ? parce que il y a quand même un socle commun en France qui doit comprendre ce que dit le président. Est-ce que vous avez été amené à peut-être pas décomplexifier cette pensée mais la rendre en tout cas audible dans les discours par un président de la République tout en gardant la hauteur d'un discours d'un président de la République ? Quoi ? C'est intéressant ce que vous dites. C'est c'est une expression d'Edgar Morin. Je crois complexe c'est pas compliqué et je crois même que dans la pensée d'edarmorin c'est pas forcément critique. Donc si mais il faut que ça soit clair quand même. Voilà. Si complexe ça veut dire la nuance, il faut bien sûr garder la
nuance. Mais le en fait on constate souvent qu'avec la logique médiatique euh du buzz et cette espèce d'animation de l'agora l'instantanéité l'instantanéité qui va croissant euh certains discours sont trop nuancés. La nuance est inaudible et même c'est dramatique mais quand à chaque fois que j'écrivais une phrase, il fallait que mentalement je vérifie qu'elle ne pouvait pas être extraite de son contexte, hyperbolisée et devenir un bad buzz. h comme si voilà la logique médiatique même dans votre métier de plume était intégré euh et voilà et je devais m'en m'en prémunir en écrivant pour vérifier que ça n'allait pas voilà faire un effet boule de neige. Ce que je remarque euh aussi euh c'est euh vous avez fait des graphiques et euh il y en a deux euh qui sont d'ailleurs assez
similaires où vous où vous faites un graphique mathématique où vous dites voilà, il y a la euh l'efficacité d'un discours en fait arrive assez vite et puis après les corrections qui sont fournies par les différents conseillers, ben en fait ça stagne. Finalement le discours est pas meilleur après les différentes corrections. Non, c'est plutôt une une évolution. On parle de la marginité utile. Voilà, c'est c'est la même courbe, c'est la courbe de qualité utile. Euh c'est-à-dire que si vous voule faire quelque chose de sommaire justement et pas très raffiné, vous pouvez faire un discours en 1hure 2h. Et si jamais vous voulez faire quelque chose qui est 5 % meilleur, c'est pas 5 % de temps en plus, c'est 5 fois ou 50 fois plus long. Mais la même personne Oui, mais en fait ça change tout parce
qu'en fait dans ces 5 % vous avez peut-être justement l'esprit de nuance qui va arriver, vous avez peut-être l'émotion, vous avez peut-être la justesse historique, vous avez peut-être la nouveauté qui va arriver. Et donc j'explique que justement c'est la même personne qui fait le discours, c'est la même personne qui est sur la courbe du début à la fin. Et en fait, moi je devais pousser au maximum de mes forces le discours pour essayer de de construire un l'objet de mais vous dites également ce qui est fascinant c'est que certains discours sont faits pour qu'on s'endorme en face pour que d'une certaine façon on ne on lâche vous entendu en parler chez certains confrères du Figaro vous expliquez que il y a des discours bah plus ils sont longs plus finalement l'objectif d'une
certaine façon en tout cas je parle de ceux des technocrates et cetera et de faire ça en sorte qu'on n'y comprenne plus rien et que on se lâche et je Je dis ça parce que on a souvent eu cette sensation quand même, cette impression de se dire en fait ils se moquent de nous, l'objectif c'est queon ne comprenne pas et finalement qu'on se fasse en fumer. Je pense pas que ce soit un objectif avéré d'endormir les gens. Je pense que c'est une conséquence malheureuse dans ces éléments de langage technocratique qui circulent d'un bout à l'autre de l'appareil de l'État. Mais si vous voulez que les gens vous écoutent, il faut faire l'inverse. Et dans les discours que j'écrivais, j'essayie au contraire de réveiller les gens. Enfin, mais les hiéroglyphes arié en disant
non, il faut quand même enfumer un peu. L'enfumage c'est Non, le président demand à faire du minéral. minéral. Au contraire, c'est ce qui ce qui n'entendait par là, c'est quelque chose de charpenté et de bref. Ouais. Euh donc ah c'est curieux ça. et et je j'aurais été j'aurais été sûr du que et oui pardon. C'est intéressant parce que vous avez le regard d'une d'une jeune femme et vous avez également à la fois cette proximité avec l'Élysée, en même temps cette distance contrairement à tous les autres qui sont très politiques. Donc ma question c'est vous qui avez été baignés également dans l'histoire dans François Mitterrand, les anciens présidents de la République, est-ce que vous avez été déçu infin de la personne du président ? Est-ce que c'était finalement d'une certaine façon
à l'image de ce que vous attendiez de la fonction ou pas ? Je pense que je j'avais une vision à la fois très distanciée et en même temps je ne m'attendais à rien de ce que j'avais vu des phénomènes de cours, de ce que j'avais lu des phénomènes de cours, ça n'a pas beaucoup changé depuis la brouillère et et Pascal. Donc je pense que avoir une éducation historique et littéraire, ça donne ce privilège d'avoir par défaut un regard critique. Donc je nai pas été déçu. Non, en fait c assez contractuel. C'est logique de courtisanerie et de et aussi ce ce Mais le président lui-même, vous l'avez est-ce qu'il vous a ébloui ? J'avais vraiment un rapport fonctionnel avec lui. Donc ça veut rien dire ça. Moi j'ai des rapports fonctionnels avec avec mes supérieurs et je peux être ébloui, je
peux être admiratif ou ou l'inverse. Alors cette un aspect de personnalité qui fait que j'admire assez peu de monde en général donc de toute façon j'ai pas plus été ébloui. C'est ça. C'est pour ça que j'ai pas généralisé quelque chose qui tient personnalité pour pour conclure notre entretien à street. Est-ce que vous avez peur de l'intelligence artificielle qu'un jour elle vous remplace ? Je pense qu'elle va me remplacer un jour. Pour l'instant, c'est pas encore le cas. Euh, il y a une chose que j'explique qu'elle ne peut pas remplacer, c'est le contact humain avec les gens. Et un discours, ça se fait avec 5 6 7 personnes, des gens qui vous nourrissent, des gens qui vous informent, des gens qui vous livrent ce qu'ils ont dans le cœur. Et aujourd'hui, ces personnes, ces informateurs ne
livreront pas ce qu'ils ont dans le cœur, ni ce qu'ils ont dans la mémoire à une intelligence artificielle. Donc ce qui nous laisse encore une longueur d'avance pour quelques années. Ouf ! Merci beaucoup Astrid Roucher. En attendant Lisée la plume et le prince, c'est chez Albin Michel. On se retrouve dans un instant.
Emmanuel Macron