L'interview de Yannick Jadot
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Monsieur Yannick Jadot, bonjour. Tout d'abord, merci d'avoir accepté l'invitation de Sorbonne, le premier journal étudiant Détroit-Sorbonne. Vous n'êtes plus aujourd'hui candidat à la présidentielle puisque vous êtes rallié à Benoît Hamon, après consultation des électeurs de la primaire Europe Écologie-Les Verts. Mais nous souhaitions quand même vous... C'est gentil. ...aborder avec vous quelques questions, parce que tout d'abord, vous êtes le représentant d'un parti et également d'une pensée assez importante, d'un courant de pensée important. Alors, est-ce que vous pouvez, dans un premier temps, vous présenter, s'il vous plaît ?
Je suis Yannick Jadot, j'ai 49 ans, je suis né en Picardie, j'ai fait mes études à Paris, j'ai fait une fac d'éco à Dauphine. Et puis après, j'ai travaillé et vécu en Afrique, au Burkina Faso, en appui aux politiques agricoles. J'ai ensuite travaillé et vécu au Bangladesh, sur des programmes d'aide notamment aux femmes qui vivent dans la pauvreté, tous ces programmes de microcrédit qu'on appelle... Et puis, j'ai participé à la construction du mouvement alter-mondialiste, c'était les années 90, avec Seattle, avec la construction du mouvement alter-mondialiste au Forum social de Porto-Alegre. Et j'ai dirigé les campagnes de Greenpeace pendant 7 ans en France. Et puis, c'était en 2007-2008, on a commencé à réfléchir avec un certain nombre de responsables à créer une dynamique politique autour de l'écologie, qui s'appelle l'Europe écologie. Avec Danny Cohn-Bendit, José Bové, Pascal Durand, Jean-Paul Bessé, et beaucoup d'autres. Et depuis 2009, je suis député européen. Et je travaille beaucoup sur les questions de climat, d'énergie, ou sur les questions de mondialisation, notamment en pilotant les campagnes européennes contre le TAFTA ou le CETA, les accords de libre-échange avec les États-Unis ou le Canada.
D'accord, merci.
En ce moment, les interviews des candidats à la présidentielle inondent les médias, mais bien peu parlent de la question des jeunes, de la jeunesse, depuis notre propre point de vue. Donc c'est pour ça qu'on voulait établir un dialogue pour vous poser nos questions au nom de la jeunesse française. Donc nous allons tout d'abord vous montrer un véritable échantillon de cette jeunesse, car nous sommes allés aux abords de la Sorbonne demander aux étudiants ce qu'ils pensaient de vous. Vous allez sans regarder la vidéo et nous en débriefons après.
Je ne connais pas.
Écologie. Je ne connais pas. Je ne connais pas.
Décrypte.
J'adore ce qui vit.
Pareil. Je ne sais pas qui c'est.
Nul. Écologiste.
Je ne connais pas. Je ne connais pas. Je ne connais pas. Quelle réaction ?
Que toujours, si on veut réussir en politique, construire aussi une notoriété. Je sais d'où je viens. J'ai participé à la primaire de l'écologie. Je suis arrivé aussi parce que je renouvelais la parole écologiste. Et que ça montre qu'à la fois quand on fait son travail, à l'échelle européenne, ça n'intéresse pas beaucoup les médias français, que ce n'est pas là qu'on gagne en notoriété, en popularité, même si c'est là que se décide beaucoup de choses. Et qu'évidemment, à partir du moment où j'ai retiré ma candidature à l'élection présidentielle, je suis un peu sorti du jeu médiatique. Voilà, c'est la réalité.
Au dernier municipal, le taux d'abstention des jeunes de 18 à 24 ans était d'environ 60 %. Comment est-ce que vous expliquez que les jeunes se désintéressent de la politique ?
D'abord, parce que la politique, c'est désintéresser des jeunes. On est dans un pays, particulièrement en France, où on est toujours extrêmement fiers de notre démographie et le fait d'avoir beaucoup de jeunes, et en même temps, on a peur de la jeunesse. Et que souvent, tous les discours sur la jeunesse sont des discours pour acter la précarisation de la jeunesse. C'est-à-dire finalement, on va vous organiser des contrats à part. On va faire en sorte, malheureusement, que vous deviendrez adulte à 30 ans. C'est là où vous pourrez avoir un CDI, c'est là où vous pourrez avoir un logement, c'est là. Donc, globalement, on est quand même dans une génération cobaye, qui est parfois une génération sacrifiée. Mais en même temps, je vois notamment sur les luttes écologistes, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup de jeunes, que ce soit sur la question du climat, que ce soit sur la question de la solidarité, que ce soit sur la question de la santé, que ce soit sur la solidarité internationale, au-delà de la solidarité dans notre pays. Que ce soit tout le combat sur le sida ou sur les maladies, on voit énormément, énormément de jeunes. Donc, la jeunesse fait de la politique, la jeunesse s'engage, mais en dehors des institutions et en dehors de la politique ou de la démocratie représentative. Et je crois que, en tout cas, moi, c'est ce que j'ai essayé de faire dans ma campagne, c'est ce que j'essaye de faire avec Benoît Hamon, toutes les mesures qui visent à renforcer votre autonomie pour que les jeunes soient des adultes comme les autres, avec les mêmes droits, tout le combat que je porte sur l'Europe, pour que l'Europe soit votre horizon, que vous vous projetez dans une société ouverte, ou que vous vous appeliez Mohamed, Fatima, que vous soyez noir, blanc, fille, garçon, homosexuel et heterosexuel, vous ayez la même envie et les mêmes droits et la même reconnaissance par la société de votre dignité et de votre talent. C'est ça, le sujet.
Et par rapport à votre ralliement à M. Hamon, est-ce que c'est lié à votre... manque de visibilité, ou est-ce que c'est parce que vous pensez que l'écologie ne doit pas être un parti à part entière ?
Ni l'un ni l'autre.
Ni l'un ni l'autre ?
Ni l'un ni l'autre. Moi, ça fait 25 ans que je me bats pour l'écologie, pour un monde plus juste. J'ai été le candidat désigné par une primaire écologiste pour les représenter, pour présenter l'écologie à l'élection présidentielle, mais ma responsabilité, à partir du moment où Benoît Hamon et aussi Jean-Luc Mélenchon portent le combat écologiste, je ne vais pas dire, moi, ça fait 25 ans que je le fais, et les autres sont disqualifiés parce qu'il y en a un, ça fait un an, et l'autre, ça en fait quatre. Donc ma responsabilité, c'est de faire gagner l'écologie. Donc de me mettre en situation, à travers une plateforme qu'on a développée avec Benoît Hamon, de me mettre en situation de faire gagner mes combats. Pas simplement de dire à quel point il faut sortir du nucléaire, mais d'obtenir un président de la République qui organise la sortie du nucléaire, qui arrête Notre-Dame-des-Landes ou le lion turin, qui arrête une agriculture qui nous pourrit l'alimentation et qui fait crever les paysans. Donc moi, ce que je veux, c'est gagner. Et les conditions pour gagner, c'est de construire le plus grand rassemblement possible.
Et vous pensez que l'écologie est assez présente dans le programme de M. Hamon ?
Elle est au cœur du programme de Benoît Hamon. Tout ce qu'on porte, l'écologie, donc l'environnement, la nature, la condition animale, tout ce qu'on porte sur les institutions avec la 6ème République, la proportionnelle, les assemblées citoyennes tirées au sort, les conférences de consensus, les conseils de quartier, les conseils d'école, tout ce qu'on porte sur l'Europe pour que l'Europe redevienne cet espoir en créant de l'emploi, en investissant, en étant solidaire dans nos sociétés comme vis-à-vis des migrants, en étant le vrai facteur de régulation de la mondialisation libérale face à Trump ou face à Poutine. Tout ce qu'on porte sur, je l'ai dit, la santé, tout ce qu'on porte sur les luttes contre toutes les discriminations, c'est dans le programme de Benoît Hamon. Donc forcément, on doit faire programme ensemble.
On voit bien que notre génération a été élevée dans une forte prise de conscience de ces problèmes écologiques, justement. Parfois, ça reste encore assez abstrait. Qu'est-ce qu'on pourrait faire pour sensibiliser encore la jeunesse aux problèmes écologiques ? Est-ce qu'on pourrait, par exemple, envisager des cours d'écologie à l'école ?
Ah ça, c'est évident que dans l'ensemble du spectre de l'éducation, depuis le plus jeune âge jusqu'à la fin de l'université ou des écoles, il faut qu'il y ait l'écologie. C'est une discipline plus transversale. Il faut qu'il y ait le numérique, parce qu'on voit bien aujourd'hui que les deux choses s'articulent incroyablement, positivement parfois. Des fois, voilà, le numérique est un outil. Il peut être très mal utilisé, mais qui peut être un outil extraordinaire, justement pour incarner ce qu'on a toujours considéré être la société écologique. C'est une société qui est horizontale, où chacune et chacun a une part du pouvoir, où chacune et chacun... participe à la décision, participe à l'aventure de la société, et non pas une société terriblement verticale ou terriblement pyramidale. Donc forcément, l'écologie, le numérique, c'est évidemment, puisque vous parliez de l'école, d'être en contact avec la nature. Ce n'est pas de la théorie, l'écologie. Voilà, il faut être dedans, il faut toucher la terre, il faut voir les animaux, il faut voir, y compris, les impacts des pollutions un peu partout. Et puis, c'est... démontrer toutes les expériences qui marchent bien. L'écologie, aujourd'hui, ce n'est pas inventer le monde du futur. La pratique écologique, les entreprises qui nous font du bien, les associations dans les quartiers, partout, qui nous font du bien, elles sont là. Simplement, tout ce qui va bien et qui protège notre planète, qui nous protège nous-mêmes, c'est souvent en marge des politiques publiques. Le boulot d'un candidat ou d'un ex-candidat ou d'un responsable politique comme moi, c'est que ça devienne le cœur. C'est la politique publique.
Vous parlez également, du coup, d'introduire, dès le plus jeune âge, le numérique à l'école. Oui. Quels seraient les enjeux pour les élèves ? Et est-ce qu'il n'y aurait pas des effets néfastes pour la santé ?
Alors, un, c'est deux choses différentes. À partir du moment où le numérique, aujourd'hui, est au cœur de la société, il faut faire tous les apprentissages du numérique. Évidemment, il faut connaître la technique, il faut savoir coder. Sinon, c'est quelque chose qu'on vous impose en permanence. Mais c'est aussi tous les enjeux sociétaux autour du numérique. Qu'est-ce que ça dit sur la protection des données personnelles ? Qu'est-ce que ça dit sur tous les complotismes qu'il y a ? Qu'est-ce que ça dit sur le traitement de l'information ? Qu'est-ce que ça dit sur l'enseignement ? À partir du moment où le cours du prof, il est immédiatement disponible sur une tablette ou sur un ordinateur, l'enjeu, l'autorité du professeur, elle ne se construit plus sur son savoir, mais sur l'apprentissage du savoir, sur le décryptage de l'information. Et c'est tout ça qu'il faut construire avec le numérique. Avec des enseignants beaucoup mieux formés à ces sujets-là, avec des élèves qui auront la maîtrise et qui ne subiront pas le numérique. Après, la question de l'addiction à une tablette, à des vidéos, à machin, sont comme toutes les addictions, il faut les traiter en tant que telles. Et puis la question des ondes par rapport à un monde totalement numérisé, on sait aussi faire. On sait aujourd'hui avoir des systèmes de relais qui ne sont pas dangereux pour la santé et combattre ceux qui sont dangereux pour la santé. Et vous parliez également dans votre programme initial... Mais c'est vrai que quand vous voyez tous les patrons, notamment des GAFAM aux États-Unis, ils mettent aujourd'hui leurs enfants dans des écoles où il n'y a pas le Wi-Fi. Et il n'y a pas de numérique, il n'y a pas de Wi-Fi. Ce qui montre aussi qu'on devrait aussi s'inspirer parfois de leur capacité à identifier les dangers.
Et dans ce lien au numérique, il y a aussi le problème de la publicité. Vous en parlez dans votre programme initial, vous proposiez de supprimer la publicité dans les programmes jeunesse. Benoît Hamon n'en fait pas mention dans son programme. Est-ce que vous avez abandonné cette idée ?
Je crois qu'il faut avoir une réflexion autour de ça. C'est quand même aussi le consumérisme qui pourrit la société. Il ne s'agit pas de nier la nécessité de consommer. On est tous des consommateurs. La question, c'est de bien consommer. Et on sait qu'il y a toute une partie de la population qui n'arrive pas à bien consommer parce qu'ils n'ont plus les moyens de bien consommer, qui sont dans la malbouffe, qui sont... Bon, voilà. Parce que les conditions sociales, culturelles, ne permettent pas d'approcher ça correctement. Et donc la publicité, quelle que soit la plus belle publicité qu'on puisse faire, est aussi un appel à renforcer un modèle de développement qui est aujourd'hui deux fois plus gros que la planète. Notre modèle de développement consomme deux fois trop de ressources naturelles, pollue deux fois trop. Donc c'est en train de tuer notre avenir, qu'on soit à Paris dans le 9e arrondissement, qu'on soit à Ouagadougou ou qu'on soit à Quito. Si on ne traite pas la réduction de l'empreinte de notre modèle de développement, l'avenir sera sombre pour tout le monde. Pour tout le monde. Donc il faut aussi contrôler la publicité, notamment vis-à-vis des jeunes publics qui n'ont pas forcément le recul nécessaire. Mais ça, c'est tout l'enjeu aussi du numérique. Tout ce qui est, y compris des images porno dans les streamings, dans les machins, tout ça, il faut beaucoup renforcer ça pour protéger la jeunesse.
Et pour parler du décrochage scolaire, l'année dernière, le gouvernement recensait 98 000 élèves qui sortaient du système sans diplôme. Comment est-ce qu'on explique ça ? Que les jeunes, non seulement ils se désintéressent de la politique, mais en plus de la scolarité ?
Parce que vous avez à la fois toute une partie des méthodes pédagogiques qu'il faut revoir complètement, à la fois vous avez des profs qui sont parfois en burn-out ou parfois qui ne se sentent pas du tout soutenus par leur hiérarchie quand il s'agit d'ouvrir l'école ou le lycée ou le collège davantage sur la société. Donc finalement, ils se restreignent parfois aux programmes intensifs qu'on leur donne. Vous avez des enfants qui ne voient pas quel est le lien entre ce qu'ils apprennent et la société dans laquelle ils vivent. Mais ça, il ne faut pas se raconter d'histoire. Depuis que l'école existe, on se dit toujours pourquoi j'apprends la géométrie, ça ne me servira à rien. Parce que ça, ça existe de tout temps. Mais du fait que tous les outils sont disponibles avant, moi quand j'étais à l'école, ça n'existait pas les ordinateurs à l'école. Donc forcément, le savoir venait du professeur. Donc au fond, on ne pouvait pas se dire mais pourquoi je l'écoute alors que je peux trouver la même chose ailleurs. Donc tout ça est en train d'évoluer. Ce qu'il faut, c'est pour le décrochage scolaire, c'est qu'il y ait notamment dans les zones où il y a le plus de décrochage scolaire, dans les quartiers populaires, il faut qu'il y ait le plus important des jeunes. Beaucoup plus d'accompagnement parce que vous avez des réalités sociales à la maison, vous avez des réalités culturelles, vous avez plein de facteurs qui font que l'enfant doit être incroyablement accompagné à l'école pour éviter le décrochage scolaire. Donc oui, c'est beaucoup renforcer et changer une bonne partie des méthodes pédagogiques.
Et est-ce que la formation en apprentissage...
Là encore, ce n'est pas forcément inventé. Il y a des pays qui ont changé leur méthode pédagogique et ça marche.
Et puis même là, depuis 2012, il y a eu quand même une baisse du décrochage scolaire.
Oui, parce qu'il y a un renforcement des personnels. À partir du moment où le précédent gouvernement avait supprimé la formation des professeurs, avait réduit les personnels dans l'école, la conséquence, elle était connue d'avance. C'est ça qui est dégueulasse dans le système. C'est que vous avez des responsables politiques qui construisent de manière délibérée le décrochage d'une partie. De la population française. Qui clive la population française. Qui construit des discriminations. Et donc ça, il va falloir quand même sérieusement en sortir. Il faut que les jeunes... Vous avez une responsabilité incroyable là-dedans.
Est-ce que le développement de la formation en apprentissage peut être une réponse à ce décrochage ?
Bien sûr. Mais il faut revaloriser l'apprentissage. Il faut valoriser toutes les filières professionnelles. Le système éducatif français est un système qui a toujours préféré l'élitisme de quelques-uns à la formation et à l'épanouissement du plus grand nombre. Et au fond, quand on rentre dans le système scolaire, si on doit à un moment réussir, c'est finir à l'ENA ou c'est finir à Polytechnique. Et ce n'est pas finir comme un magnifique artisan qui va travailler le bois ou je ne sais pas qui. Donc la filière d'apprentissage comme les filières professionnelles sont toujours considérées comme des filières d'échecs alors qu'elles peuvent être des filières d'épargne. Elles peuvent être des filières d'épanouissement. Et là encore, il faut regarder les autres exemples européens qui arrivent parfaitement à valoriser des filières professionnelles et d'apprentissage.
Et pour parler du chômage, donc pour les moins de 25 ans, il y a 24% de chômage. Comment est-ce qu'on facilite ?
Ça dépend comment on compte.
Oui, ça dépend.
Vous êtes étudiante ?
Oui.
D'accord. Vous faites partie des 24%.
Ah, OK. Oui, justement, c'est ce que je me demandais dans les chiffres, si c'était...
Attention, le chômage des jeunes, la précarisation des jeunes est un immense défi. Je l'ai dit tout à l'heure sur le fait que vous étiez parfois une génération cobaye, parfois une génération sacrifiée. Il faut là aussi, y compris parce que vous êtes étudiant, savoir traiter les statistiques avec... sérieux. Moi, je pensais que c'était chaud. Parce que les 24% des jeunes, c'est 24% des jeunes qui ne sont pas en activité.
Ah oui, moi, je pensais que c'était à Pôle emploi.
Mais vous, vous n'êtes pas en activité. Ah non, non, ce n'est pas à Pôle emploi. OK. C'est quand même autour de 15%, ce qui est considérable, mais c'est beaucoup moins que 24%.
Mais bon, la question reste la même.
La question reste la même.
Comment est-ce qu'on facilite l'entrée sur le marché du travail ?
C'est à la fois... Il ne vous a pas échappé que pour éviter déjà de vous trouver en difficulté quand vous n'êtes pas en emploi, en activité ou que vous êtes précarisé, la proposition des écologistes et la proposition de Benoît Hamon, c'est le revenu universel. Qui s'appliquera dès 18 ans. Quand on dit que les jeunes dans cette société ne sont pas considérés comme des adultes comme les autres, que les jeunes n'aient pas accès au RSA au-delà de 25 ans, c'est une exception européenne. C'est une exception européenne. On vous précarise à volonté, de toute façon, délibérément. Donc, c'est déjà avoir les moyens d'être autonome, y compris à travers la garantie universelle des loyers, y compris à travers la construction de logements pour les étudiants, d'encadrement des loyers. C'est que vous puissiez prendre votre vie en main. Et donc, déjà, d'être en meilleure situation, de choisir votre métier. Ça, c'est la première chose. Deuxième chose, le programme tel que le porte Benoît Hamon est un programme de création d'emploi. Quand vous développez les services à la personne, quand vous développez les énergies renouvelables, d'autres types de mobilités, d'autres types d'enseignements, quand vous développez l'agriculture paysanne et tout ça, vous créez des emplois dans toute la société autour de la transition écologique, alors que les politiques publiques aujourd'hui en détruisent. La même chose quand les marchés publics sont réservés pour 50% aux PME, aux start-up, aux TPE, c'est aussi favoriser l'initiative des jeunes. Quand il s'agit de renforcer les droits des auto-entrepreneurs ou des travailleurs indépendants, c'est aussi créer les conditions pour que, si vous voulez monter votre activité, vous soyez mieux protégé. Mais c'est aussi dans la défense des droits pour s'assurer qu'on n'est pas en train de créer un statut de seconde zone pour les jeunes parce qu'on va considérer qu'ils vont pouvoir travailler jusqu'à 70 ans dans les conditions les plus précaires qu'on puisse imaginer. Et c'est aussi le partage du travail, le partage choisi du travail. La société organise le partage du travail, mais contre les salariés. Il y en a qui travaillent beaucoup trop, il y en a qui travaillent pas assez, il y en a qui travaillent pas du tout, il y en a qui souffrent, il y en a qui sont des travailleurs précaires. Donc il faut réorganiser de manière choisie le partage du travail pour que tout le monde, en tout cas une bonne partie, puisse y accéder.
Quand vous parlez du revenu universel, ce qui était intéressant, c'était de voir, quand on en parlait à des personnes plus jeunes que nous, par exemple des lycéens, cette mesure leur faisait un peu peur parce qu'ils disaient que ça pouvait créer une certaine passivité face au travail. Qu'est-ce que vous avez à leur répondre ?
Il n'y a pas une seule étude, partout où ça a été expérimenté, qui montre que ça crée de la paresse. Ça n'existe pas les paresseux. Ça n'existe pas. Vous allez peut-être avoir 1 ou 2% de la population qui a envie de rien faire. Vous êtes vivant dans la société, vous avez envie de faire des choses. Vous avez soit envie de vous engager dans une association, soit envie de devenir artiste, soit envie de vous projeter, je ne sais pas quoi moi, dans une entreprise, dans un centre de recherche, dans la solidarité internationale. Ça n'existe pas. On a tous envie de se réaliser. On a tous envie de se voir reconnu, des compétences, du talent, d'être utile socialement. Donc attention à ne pas tomber dans tous les réflexes qui consistent à dire les chômeurs, c'est des fainéants, ceux qui ne travaillent pas, ceux qui touchent les minima sociaux, c'est des assistés. C'est humilier les gens en permanence. Et quand on humilie les gens en permanence, ils deviennent exaspérés. Et à un moment, ils finissent tous par voter Front National parce qu'ils considèrent, à force de paroles un peu, je sais bien que ce n'était pas la vôtre, mais relayer, de dire finalement mon problème, c'est l'arabe du coin, c'est le musulman, c'est le rhum, c'est le chômage, c'est le machin. Tout ça, ce n'est pas sérieux. Je veux dire, tout le monde a sa place dans la société. Il suffit de mieux répartir les richesses, mieux répartir le travail et surtout de reconnaître à chacune et à chacun son talent et sa dignité.
Pour revenir sur le domaine un petit peu plus scolaire, vous proposez l'introduction du bio dans les cantines. Alors, est-ce que cette mesure s'applique aussi aux restaurants universitaires ? Et si oui, est-ce que cela a un impact sur le prix du repas ?
L'objectif, c'est ce qu'on voit dans d'autres pays européens encore une fois, c'est qu'à partir du moment où on massifie la production et la consommation de produits biologiques, le prix baisse. Après, vous changez aussi de modèle de consommation. Le plus souvent, quand on passe sur les cantines bio, on réfléchit différemment les quantités. On gère différemment les choix des plats que vous allez manger. Et en fait, on s'aperçoit qu'à la fin, parce que vous avez moins de gaspillage, vous avez une consommation moins forte en viande, vous avez ce qu'il vous faut si vous voulez manger de la viande, mais pas excessivement comme c'est souvent dans le reste. Donc, à la fin, le prix de votre repas, il reste le même. Et puis, l'objectif qu'on porte, c'est que de toute façon, toute la conversion de l'agriculture soit financée par la politique agricole commune. Et donc, que ça se fasse aussi sur les fonds publics qui existent déjà, cette conversion.
Maintenant, dans le domaine culturel, comment est-ce qu'on facilite l'accès à la culture pour tous ?
On a beaucoup parlé d'éducation. C'est évidemment l'ouverture au monde, l'ouverture à la culture, l'ouverture à la littérature, l'ouverture à l'art. Ça fait partie de l'éducation. Ce n'est pas simplement inné. Il y a des gens qui arrivent à construire ça par eux-mêmes, mais c'est évidemment par ses parents, par sa famille, par ses amis et évidemment par l'école qu'on a cette ouverture aux arts. Après, c'est la reconnaissance des droits culturels, ce qui est quelque chose qui est en train de progresser dans les politiques publiques. C'est l'idée que l'art, la culture, ce n'est pas simplement les beaux-arts. Ce n'est pas simplement qu'il existe une culture et le bon peuple va, le peuple va comprendre tout ce que la grande culture a produit pour lui. C'est un enjeu essentiel. Vous avez des tableaux, vous avez des bouquins, vous avez de la poésie, vous avez des choses qui sont extraordinaires et c'est magnifique quand ça descend sur soi. Mais les droits culturels, c'est aussi considérer qu'on est tous porteurs de culture par son histoire, qu'on soit Français pensant être l'héritier, d'Astérix et d'Obélix, ou qu'on soit arrivés la veille de Syrie, ou qu'on soit d'une famille qui a migré d'Italie ou d'ailleurs. On a tous en soi de la culture. Et donc la question, c'est comment, par des politiques culturelles, on participe à de la culture collective. Donc ça, c'est notamment dans le programme, à la fois d'avoir des politiques culturelles qui s'ancrent évidemment à l'école, en développant tous les arts à l'école, qui s'ancrent dans les quartiers, qui s'ancrent partout où il y a des lieux de vie, avec des artistes qui peuvent être, d'une certaine façon, conventionnés pour faire ça et pour faire émerger toute cette culture aussi qu'on a en nous.
Et donc, j'ai vu aussi que la mobilité, c'était quelque chose d'important pour vous chez les jeunes.
C'est pas important pour vous ?
Bah si, c'est super important. Mais justement, comment pensez-vous le programme Erasmus dans une Europe, enfin, dans laquelle on voit monter le nationalisme ? C'est inquiétant.
Vous savez pourquoi le Brexit a gagné ? Non. Parce que les jeunes sont pas allés voter. Parce que les jeunes qui se considéraient évidemment européens ont considéré que les élections c'était pas leur affaire et qu'on allait laisser les racistes s'entretuer ou ceux qui défendaient l'Europe mais qui étaient aussi pour le libre-échange, qui étaient aussi pour l'austérité, qui étaient aussi pour la technocratie. Ils ont laissé s'organiser le débat entre les extrêmes-droites, les replis identitaires, les racistes, et ceux qui disaient mais regardez l'Europe, vous avez rien compris, elle fait des choses formidables pour vous alors que franchement, l'Europe du néolibéralisme, de l'austérité, de la technocratie, ça n'est sexy pour personne. Donc, mais les jeunes du coup sont pas allés voter et la Grande-Bretagne va sortir de l'Union européenne et les jeunes britanniques n'auront plus assez Erasmus. Je prends qu'un exemple. Donc, l'Europe, elle doit redevenir désirable en étant utile et efficace pour les citoyens européens. Je l'ai dit tout à l'heure, mettre les droits humains, les droits sociaux, l'environnement au-dessus des droits du commerce et de la mondialisation, ça, c'est un sujet essentiel. De créer de l'emploi en investissant sur tous les enjeux écologiques, sur les enjeux de santé, sur les enjeux du numérique, on crée de l'emploi et on crée de l'emploi utile et on crée de l'emploi qui nous épanouit. Moi, j'avais proposé qu'il y ait un million de jeunes par an à l'échelle européenne qui bénéficient de programmes Erasmus, je l'ai dit, mais sur la culture, sur le sport, sur les engagements associatifs, sur des projets professionnels et pas simplement de la formation. Et qu'en plus, voilà, ça fait de l'Europe une formidable auberge espagnole parce qu'y compris quand un jeune passe un an dans un pays étranger, dans 25 % des cas, il tombe amoureux. Et donc, c'est aussi créer du métissage et de la citoyenneté européenne. Et ça doit être ça, l'Europe. Ça doit être l'idée que... Moi, j'adorerais que mes enfants, ils passent leurs études, je sais pas où, à Varsovie, à Barcelone ou à Paris, à Athènes, et qu'ils se marient avec ou ils font ce qu'ils veulent avec d'autres Européens. Ce métissage européen. C'est comme ça qu'on construit des sociétés ouvertes. C'est pas en ayant peur du voisin, c'est en faisant avec le voisin.
On voulait revenir avec vous sur vos années de militantisme à Greenpeace. Quels souvenirs en gardez-vous ?
C'est à la fois des grands souvenirs d'adrénaline quand vous rentrez en Zodiac dans la base de sous-marins nucléaires de l'île Longue et que vous avez tous les commandos de marine, et puis vous êtes là parce que vous pensez que la prolifération nucléaire, c'est quand même une incroyable erreur. Et puis d'autres actions sur le thon rouge, sur les OGM, sur plein de choses. Donc c'est des moments forts d'engagement. C'est aussi le Grenelle de l'environnement où, à un moment donné, à l'initiative des associations de protection de l'environnement, il y a eu cette négociation avec les entreprises avec les collectivités locales, avec les salariés, avec l'État sur les réponses écolo aux problèmes de la société. Donc c'est à la fois de l'adrénaline, c'est des moments d'inflexion très forte des politiques publiques. Voilà, et puis des belles victoires quand vous gagnez contre l'État français qui voulait balancer le Charles de Gaulle qui était le Clémenceau, Charles de Gaulle, on ne le voit pas très bien, mais le Clémenceau qui était cette vieille poubelle amiantée et qu'on voulait mettre ça dans les pattes des travailleurs indiens sans protéger leur santé, eh bien, vous faites une campagne internationale et puis à la fin,
vous gagnez.
Les victoires, on a aussi des victoires, donc ça, c'est bien parce que je pense que les Françaises et les Français, ils ont envie qu'on protège la nature, ils ont envie qu'on protège leur santé et ils ont envie qu'on leur explique qu'en plus, c'est possible, qu'on n'ait pas de fatalité du nucléaire, du pétrole, des pesticides ou je ne sais pas quoi.
Pour terminer, nous voulions terminer de la même manière que nous avons commencé, c'est-à-dire en donnant la parole à quelqu'un d'autre. Donc, une étudiante a souhaité vous poser
une question. Ce qu'ils prévoient dans leur programme en particulier et enfin, un peu sur tous les, comment dire, la cause animale dans tous les domaines, genre animaux domestiques, animaux qu'on mange, les corrida, tout ça.
Alors, la condition animale et le bien-être animal, c'est une question qui devient un sujet majeur de la société et c'est une bonne nouvelle parce que, dans plein de pays, il faut manger de la viande pour vivre, se développer, avoir une bonne santé. Nous, on vit dans une société où on pourrait se passer de la viande. On sait faire. On sait remplacer les protéines animales par des protéines végétales. Et donc, quand on a cette, cette information-là, c'est que, quand on a cette, cette information-là, c'est que, quand on a
cette,
cette, cette information-là, ça fait du mal à вас. Et donc, on s' 책 encore beaucoup d'alerte dans la société pour accueillir le semanas de la Suite de 똑같ie des demandes dans un événement d'histoires et de d'outils que doit On peut en shocker le sein que ce soit d'ailleurs pour l'élevage ou pour la vivisection. En France, il y a une vivisection de 2 millions d'animaux par an dans notre pays. C'est le premier pays européen en termes de vivisection. Donc il va falloir sacrément changer tout ça. C'est dans le programme, évidemment, mettre en place toutes les préconisations qui sont sorties de la commission d'enquête sur les conditions d'abattage. Et puis c'est sortir de l'élevage intensif fortement, parce que ce sont des conditions abominables d'élevage. Donc il faut sortir de l'élevage intensif, la ferme des mille vaches, tout ça. Il faut arrêter toutes ces sottises-là qui sont dramatiques pour les animaux. Et puis à chacune et à chacun de s'interroger sur sa consommation de viande, réduire progressivement sa consommation de viande. Moi, je ne suis pas végétarien, mais j'ai réduit ma consommation de viande parce qu'à la fois c'est mauvais pour le climat, et puis franchement, regardez un élevage de lapins, et plus jamais vous mangerez de lapins aujourd'hui.
Merci pour votre temps, pour vos réponses. J'espère que ça aura éclairé la plupart des personnes qui se posaient des questions. Et si vous le voulez bien, je vous laisse clore cette conversation en nous donnant les raisons pour lesquelles les jeunes devraient voter pour faire battre le cœur de la France, pour vous et M. Benoît Hamon.
Parce qu'il y a la candidate des peurs, de la haine, de la xénophobie, des replis identitaires. Il y a les candidats de l'immobilisme qui renouvellent leur visage, mais veulent toujours une société... une société qui exclut de plus en plus, qui conduit à plus de discrimination, à plus d'inégalités, à ne pas prendre en compte la question de l'environnement et de notre avenir. Et puis, il y a un candidat, il s'appelle Benoît Hamon. C'est le candidat de l'espérance. C'est le candidat où on a envie de voter pour se faire du bien. Et c'est le candidat qui nous explique finalement que la fin de ce monde n'est pas la fin du monde. Au contraire, c'est là que tout commence.
Merci beaucoup.
Yannick Jadot