14 juillet : la défense militaire européenne est-elle au rendez-vous ?
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Et si ce 14 juillet 2026 était un tournant ? Et s'il venait à symboliser désormais le véritable réveil stratégique européen ? Pour son dernier défilé de fêtes nationales, Emmanuel Macron en rêve. Et il a vu grand 6 800 trous à pied, 315 véhicules, 98 avions et 500 soldats de la coalition des volontaires chargés de sécuriser Kiev en cas de cesser le feu. Mais où en est réellement la défense commune ? Quel rôle joue la France dans le soutien à l'Ukraine ? Quid de cette coalition des volontaires réunie hier aux Invalides ? Des commandes de l'industrie de défense ? Et les Européens sont-ils prêts à couper dans le budget de leur pays pour produire des armes ?
Autant de questions pour Guillaume Ancel que je salue. Bonjour à vous.
Bonjour Vérangère.
Ancien officier et écrivain, on vous lit sur votre site Ne pas subir, dont le dernier article est une alliance pour les réunir tous suite au sommet de l'OTAN d'Ankara. Et je salue ici en studio Anastasia Sapochkina. Bonjour à vous. Bonjour. Maître de conférence en géopolitique à Sciences Po et présidente du think tank Eastern Circles. Merci à tous les deux d'être là en ce 14 juillet. Guillaume Ancel, je commence avec vous. Ce 14 juillet hors normes est présenté par Emmanuel Macron comme une démonstration de force. L'ancien officier que vous êtes, il voit effectivement un défilé hors normes et une fête nationale un peu différente des précédentes ?
Ah oui, très clairement. Ce défilé du 14 juillet n'est pas seulement la présentation de l'armée française, ce qui est le cas rituel depuis qu'il a été institué. Non, ce défilé porte un message politique et stratégique. Un message politique d'abord de celui d'une Europe qui a réussi à s'unir dans la plus grande partie pour soutenir l'Ukraine face à l'empire menaçant qu'est devenu la Russie. La Russie de Poutine qui espérait bien disloquer la solidarité européenne pour ne faire qu'une bouchée de l'Ukraine dont on souvient que son opération militaire spéciale ne devait durer que trois semaines. Et c'était il y a plus de quatre ans.
Si l'Ukraine a réussi à résister, c'est grâce bien sûr au courage des Ukrainiens et à leur mobilisation. C'est grâce aussi au soutien sans faille des pays européens. Et ce 14 juillet symbolise ce soutien des Européens puisque, comme vous l'avez rappelé, la coalition des volontaires qui réunit 37 pays qui souhaitent soutenir l'Ukraine financièrement et par l'armement, défileront. Donc c'est un symbole très fort d'une Europe qui est capable de s'unir parce qu'elle sait que c'est seulement en s'unissant qu'elle peut se défendre collectivement.
Anastasia Chabochkina, vous êtes politologue. L'Elysée cherche à montrer quoi avec ce défilé ?
L'Elysée cherche à montrer déjà du point de vue national le rôle de la France en tant qu'un leader européen et un leader européen, qui est capable de mener un effort commun, de penser stratégiquement et de penser hors des intérêts nationaux et industriels. Deuxièmement, l'Elysée cherche à montrer que la coalition des volontaires, ce qui était l'initiative de la France et de la Grande-Bretagne en février 2025, est d'actualité. Elle existe et qu'elle a évolué au-delà du concept initial, ce qui était le soutien militaire à l'Ukraine après le cessez-le-feu.
Cet effort continue, mais le concept de la coalition, il a pris vraiment de l'ampleur et c'est devenu un instrument, on peut dire, donc une force qui continue à unir les Européens autour de l'agenda de la défense à la fois diplomatique et industrielle et qui termine dans les faits et dans les résultats concrets.
C'est nouveau en tout cas, et là je m'adresse à l'un et à l'autre, c'est nouveau de s'approprier en France ce 14 juillet, qui était avant tout une tradition républicaine avant. Mais finalement, quand on regarde Poutine à Moscou, quand on regarde Xi à Pékin, Trump à Washington, eux aussi ils utilisent ces défilés comme outils politiques pour raconter l'état de la puissance de leur pays. D'ailleurs, je précise, si on se souvient du 9 mai sur la place Rouge, c'était l'inverse, c'est-à-dire que les Russes commémoraient la victoire, les 80 ans de la victoire sur l'Allemagne nazie, et en réalité, on a surtout vu un pouvoir russe très affaibli.
Oui, effectivement. Déjà, c'est vrai que pour la France, ça peut être assez nouveau, on peut dire peut-être même choquant pour certains, de voir un vrai défilé militaire, une vraie parade, en plus avec les alliés. Mais politiquement, pour les élites politiques, je pense que c'est une occasion de répondre à toutes ces critiques, par les États-Unis notamment, mais aussi l'impression que donne l'Europe. Donc, pour répondre à ça, à ses adversaires, notamment la Russie et la Chine, potentiellement, que l'Europe n'est pas juste un pouvoir molle, ce n'est pas juste un pouvoir économique.
Il y a la prise de conscience de la nécessité de se armer, de prendre cette responsabilité, et il y a les pas congrès qui sont entrepris. Que l'Europe, c'est vraiment une force, véritable force militaire, et ça, c'est un des symboles pour vraiment le montrer.
Guillaume Ancel, ce genre de démonstration de force, ça comporte aussi une dimension de dissuasion ?
Alors, de dissuasion, on se doute qu'un défilé, même sur les Champs-Élysées, n'est qu'une partie apparente de l'iceberg que continue un système de défense. D'ailleurs, le président de la République, Emmanuel Macron, le rappelait hier, le système de défense, il va de la DGSE, les services secrets, jusqu'à la délégation générale à l'armement, en passant par la gendarmerie, les différentes forces militaires, tous ceux qui sont derrière, qui organisent, qui structurent, qui développent, et les industriels de la défense. Donc tout ça, on ne sait pas le faire défiler. Par contre, le défilé, c'est une démonstration publique.
C'est-à-dire que c'est une manière de passer un message visuel et sonore de ce que représente un système de défense. Et c'est bien ça à quoi on va assister ce matin. Ce n'est pas seulement un défilé avec des troupes qui passent et des avions qui traversent le ciel parisien. C'est d'abord la démonstration d'une volonté politique, parce qu'une armée est toujours au service d'un pouvoir politique. Et comme le rappelait Anastasia, la France et la Grande-Bretagne ont joué un rôle clé pour structurer des pays européens qui s'étaient quand même persuadés ces 30 dernières années qu'ils étaient exentés de guerre et que par conséquent, montrer une force militaire était presque un petit peu déplacée.
Là, aujourd'hui, face à un pays comme la Russie qui a menacé l'Europe plus de 200 fois d'attaques nucléaires ces quatre dernières années. Je dis ça pour tous ceux qui pensent encore que la Russie n'est pas si menaçante que ça ou ne menace pas directement les pays européens. 200 fois d'une attaque nucléaire. C'est crucial de montrer à Poutine et à son entourage que s'attaquer à l'Europe lui coûterait très, très, très cher. Et c'est ça qu'on doit montrer, y compris avec la coalition des volontaires. C'est-à-dire qu'on ne veut pas intervenir directement en Ukraine. Et si un jour, on trouvait enfin un accord négocié, il y aura une force pour le faire respecter.
Et surtout, on n'acceptera pas une agression de la Russie contre un des pays frontaliers européens qui vont de la Finlande à la Pologne en passant par les pays baltes.
Si on zoome juste un instant sur la partie française de cette armée, et je vous promets, on redézoome sur l'Europe dans un instant, mais juste pour comprendre, s'il faut faire une photo de l'état dans lequel se trouve l'armée française aujourd'hui, sur la décennie, le budget des armées a été multiplié par deux, dans quel état se trouve l'armée française, Guillaume Ancel ? Dans ce défilé, là, on va... Enfin, dans le défilé, et on a bien compris ce que vous venez d'expliquer, dans tout ce qu'il y a derrière, dans quel état se trouve l'armée française ?
En fait, c'est une armée française qui a été renouvelée, mais qui n'a pas encore été transformée. Renouvelée parce que, très clairement, le président Macron a été très clairvoyant et anticipant sur le sujet. Je pense que c'est un des leaders européens qui a compris le premier que ce qui se passait en Europe avec l'agression de l'Ukraine, l'agression qui avait commencé en 2014, mais qui a vraiment été d'une puissance démesurée à partir de 2022, donc il y a plus de 4 ans maintenant, changer la donne dans une Europe qui refusait globalement la guerre et qui estimait que c'était aux Etats-Unis de nous protéger à travers l'OTAN.
On voit bien, en plus, avec l'arrivée de Donald Trump, que tout ça est terminé, qu'il faut se débrouiller tout seul. Or, l'armée française est une des armées européennes qui avait gardé une expérience opérationnelle, mais il faut se rappeler que, depuis la fin de la guerre froide, depuis le début des années 90, c'est une armée qui était devenue un corps expéditionnaire léger, qui était taillé pour mener des opérations rapides et relativement légères contre des ennemis peu armés au Mali, en Afghanistan ou en Irak, et que, par conséquent, elle n'était absolument plus adaptée à faire une guerre de très haute intensité, comme c'est le cas en Ukraine.
Donc, cette armée s'est transformée progressivement en 10 ans, avec un effort budgétaire très important, mais avec une lacune, une lacune qui reste entière et dont on sait que c'est le point faible des armées européennes aujourd'hui, c'est qu'elles n'ont pas l'expérience de la guerre, contrairement à l'Ukraine, et que, par conséquent, elles sont très en retard par rapport à la transformation de la guerre. La guerre en Ukraine a complètement changé par rapport au schéma classique que ma génération connaissait, je suis de la génération Thierry Burkhard, l'ancien chef d'état-major des armées, c'était un combat de chars contre chars, d'artillerie contre artillerie, de chasseurs contre chasseurs.
En Ukraine, la guerre est totalement différente, à cause notamment des drones, de l'intelligence artificielle et de la robotisation, qui ont changé cet état de fait. Je prends juste un exemple. Les Ukrainiens ne demandent plus qu'on leur livre des chars de combat, parce qu'ils estiment qu'ils sont inutiles sur le champ de bataille aujourd'hui. Donc, c'est cette adaptation aussi qu'il faut jouer, et bien sûr, pas qu'au niveau français, mais vraiment au niveau collectif européen.
Anastasia Chapochtina, opine du chef, elle a l'air complètement d'accord avec ce que vous dites, Guillaume Ancel.
Oui, effectivement, il s'agit de transformer les moyens de la défense, pas seulement français, mais aussi européens. Et là, il s'agit d'abord de trouver un équilibre entre les armes conventionnelles et les nouvelles armes, dont parle Guillaume.
Justement, il ne s'agit pas de remplacer les armes conventionnelles avec les nouvelles armes, mais trouver un équilibre de combien d'argent du budget, de la hausse du budget budgétaire, donc du budget français de la défense, de 36 milliards, combien de cet argent-là va aller pour financer les vieux armements qui coûtent des millions, mais qui peuvent être détruits avec des drones qui coûtent 500 dollars, et combien va être investi dans cette nouvelle capacité, y compris les drones aériens, les drones terrestres, les drones maritimes. Par exemple, la toute dernière frappe des États-Unis vers l'Iran de cette nuit, c'était la frappe, y compris, du port iranien avec les drones maritimes.
Et ce sont les drones aussi qui sont utilisés dans le Moyen-Orient depuis un moment pour ne rien dire sur les drones donc UAVs. Et là, il s'agit aussi de renforcer le système de défense de la guerre radioélectronique qui rentre donc en jeu aussi. Et il s'agit notamment d'un élan de la transformation, dans la digitalisation des armées. Parce que, quand on parle de la saturation des drones et même du rôle des drones dans le combat, on parle des objets connectés qui communiquent les datas. et c'est que en ayant cette data-là et en sachant le traité au niveau stratégique qu'on puisse réveiller à manager ce système.
Donc, il s'agit aussi de la transformation du système de contrôle-commande au niveau stratégique
des armées. Cette coalition des volontaires, donc, 37 chefs d'État sont là aujourd'hui, enfin, ont été invités, il y a plus de 25 pays membres qui sont représentés. Paris, c'est autodésigné, capitale de cette coalition volontaire finalement, hier ? Anastasia Kouchkine.
Quelqu'un doit mener l'effort et je pense que la France elle est très forte de s'auto-positionner.
Ou Emmanuel Macron ? Emmanuel Macron,
il a très envie de positionner la France en tant que les deux. Mais c'est un jour ou c'est légitime ? Je ne sais pas si c'est vraiment légitime, parce que si on regarde des contributions financières de chaque pays parmi les transètes, par rapport à leur PIB, il y a des pays comme Denmarque dont la contribution à tout ce qui est le soutien financier militaire de l'Ukraine par rapport à leur PIB est beaucoup plus important que la contribution de la France. Donc, côté financier, je ne sais pas. Côté, tout ce qui concerne le filière industrielle, bien sûr, la France est très légitime et côté de ce qui concerne l'armée, l'armée qui peut être déployée, qui est prête à déploiement, etc.
Donc, par les Guillaume, la France est tout à fait légitime. Elle a une des armées les plus habiles de l'Europe. Et elle a le secteur industriel qui est quand même extrêmement développé tout au long de la chaîne de valeur, qui comprend les technologies de très haute valeur ajoutée qui ne sont pas forcément facilement réplicables dans d'autres pays. Et là, je pense que cette prise de conscience dont témoigne cette réunion et dont témoigne aussi ce défilé est une des manifestations de cette prise de conscience que l'armée doit être transformée, l'effort doit être transformée. C'est une coalition intégrée anti-balistique qui a été annoncée il y a 12 heures lors de ces réunions.
Un des résultats les plus importants de ces réunions parce que, d'un côté, on parle de la transformation de l'armée et des armées du coup européennes et la nécessité de marier ces deux types de technologies. Mais de l'autre côté, il y a aussi une technologie conventionnelle très, on peut dire, sur la surface qui, aujourd'hui, n'est pas du tout développée en Europe. Et ce sont les moyens de défense anti-balistique. Ce sont les moyens de défense antiaérienne tout court. tout le système de défense antiaérienne aujourd'hui est mis sous question, surtout en vue de ce qui se passe en Ukraine, en vue de ce qui se passe aussi en Moyen-Orient.
Et d'où l'interpellation très concrète, très urgente, des chefs d'État de l'Union européenne et d'où cette annonce de la coalition anti-balistique avec l'Ukraine qui comprennent la France, l'Italie, l'Allemagne, les Pays-Bas, le Denmarque, la Norvège, l'Espagne, la Suède et la Grande-Bretagne avec l'Ukraine et qui visent via un projet Freya notamment mais aussi un objectif plus large de construire un système de défense anti-balistique pour l'Europe auquel l'Ukraine fournira les missiles anti-balistiques et les autres pays fourniront d'autres éléments clés comme les radars et d'autres éléments clés du système.
Les trois entreprises clés les plus grandes de la France du secteur défense Safran, Thales et MBDA ont participé dans les réunions et c'était le résultat principal attendu notamment les missiles et les attendus dans les prochains 12 mois.
On verra après le journal de 8h tout ce qui n'est pas encore assez avancé et à quel point ce réveil stratégique est encore incomplet mais si on continue de se concentrer sur ce qui avance et cette Europe de la défense qui se construit Guillaume Ancel depuis 2015 on nous parle de cette Europe de la défense finalement c'est Vladimir Poutine qui l'aura fait.
Oui probablement alors que son objectif était de détruire la capacité collective de l'Europe à se défendre donc il s'attaquait à l'Union Européenne et s'attaquait à l'OTAN et en fait ce qui est totalement paradoxal c'est qu'en lançant son opération militaire spéciale contre l'Ukraine dont tout le monde aura bien compris qu'elle vise bien plus que l'Ukraine mais vraiment à soumettre l'Europe à sa volonté et bien en réalité il a ligué les pays européens contre lui et je dirais que c'est l'effet positif de notre malheur parce que personne ne souhaitait le retour de la guerre en Europe on se souvient des mots d'Olaf Scholz l'ancien chancelier allemand qui disait mais nous avons cru que nous n'avions plus d'ennemis et d'un seul coup nous avons un ennemi commun un adversaire particulièrement dangereux et vicieux qui n'a pas hésité non seulement à martyriser l'Ukraine sur lequel il tire tous les jours mais à faire survoler par exemple nos territoires avec des drones en 2025 pour bien montrer la fragilité des pays européens qui n'avaient même pas de quoi se défendre et Anastasia a raison de mettre en avant ce projet anti-balistique parce que l'Europe découvre que seuls les Américains aujourd'hui dans le camp occidental savent intercepter de manière globale des missiles balistiques ce sont les missiles qui ont une trajectoire aérienne très élevée et qui donc ont des vitesses hypersoniques plusieurs fois la vitesse du Mach si je caricature il n'y a que le Patriot le missile américain qui aujourd'hui sait intercepter ce type de missile et quand les Américains n'en fabriquent plus assez ou en ont troupes utilisées comme dans la guerre contre l'Iran et bien les Ukrainiens sont privés même si les munitions ont été payées mais les Ukrainiens n'ont plus les moyens de défendre l'Ukraine contre des attaques de missiles russes et donc malheureusement se voient infliger des dommages importants à ce moment là l'Europe découvre que non seulement elle ne sait pas fournir d'équivalent mais qu'elle n'a pas de système adapté pour intercepter des missiles russes qui seraient tirés contre elle et quand on voit la manière dont Poutine rend responsable les pays européens de la résistance des Ukrainiens on se doute qu'à un moment il pourrait être tenté d'un coup de force soit avec une attaque limitée contre un pays européen soit en attaquant avec des missiles des bases très importantes pour la logistique qui part vers l'Ukraine l'approvisionnement en armes et à ce moment là nous n'aurions pas les moyens de nous défendre et donc c'est ça qu'il faut remettre sur la table avec rapidité je dirais qu'on est un peu en retard sur le sujet parce que nous n'avons pas l'équivalent du Patriot et donc le fait qu'on se mette à une dizaine de pays pour mettre en place ce système c'est crucial parce qu'il y a une question de masse les américains ont développé le Patriot parce qu'ils investissent dessus depuis 30 ans et les Etats-Unis c'est l'équivalent en termes de taille de l'Union européenne
cette coalition c'est pas pour tout de suite l'échéance c'est quoi cette coalition elle est pour tout de suite
les trois entreprises clés
opérationnelles
la coalition elle est en place maintenant et anti-balistique donc les trois entreprises lead ont été annoncées Firepoint Thales et Leonardo ensuite il faut maintenant passer à l'acte de travailler les détails mais par contre chaque entreprise elle a déjà ses capacités qui existent Firepoint a ses capacités de production de missiles et il a approuvé donc l'entreprise ukrainienne sa capacité de produire des missiles en masse Thales elle a sa capacité de produire des radars et Leonardo a toute sa palette de produits aussi donc on ne commence
pas de rien du tout Anastasia Chapoškina et Guillaume Monselle vous restez avec nous après le journal de 8h donc on va se demander pourquoi ce réveil stratégique de l'Europe est encore si incomplet 8h sans France Culture France Culture 7h 9h les matins d'été Bérangère Bonte Anastasia Chapoškina est avec nous maître de conférence en géopolitique à Sciences Po président du think tank Eastern Circles et Guillaume Monselle ancien officier et écrivain je rappelle votre site ne pas subir dont le dernier article suite au sommet de l'OTAN d'Ankara s'intitule une alliance pour les réunir tous je ne sais pas si vous voulez réagir je vous voyais opiner aussi du chef Anastasia Chapoškina à la chronique de Camille Nedelec avec cette mise en spectacle ce pouvoir qui se donne en spectacle la république qui s'ouvre sur le monde
absolument je suis vraiment d'accord avec cette estimation et l'estimation notamment de l'importance du visuel et l'importance de l'image parce que Poutine il veille sur ces choses là et son entourage il veille sur ces choses là est-ce que la France va se montrer comme il l'entend comme il attend un pays faible de la taille petite qui ne compte plus je cite Vladimir Poutine dans une de ses adresses à l'Assemblée fédérale juste avant l'invasion de l'Ukraine et est-ce que la France va justifier cette image ou est-ce que la France va dépasser les attentes de nos adversaires et se montrer ce qu'on veut être même si on n'en est pas encore mais ensemble on peut y arriver et justement si on compare le PIB des Etats-Unis et de l'Europe pas de la France seule mais de l'Union Européenne ils sont absolument comparables on est à l'égal si on compare les armées et si on compare c'est pas la même armée c'est pas la même capacité d'interagir d'interopérabilité dans un pays ou au sein de 27 pays membres de l'Union mais on a quand même un nombre très important de militaires et si on prend en compte aussi les capacités de mobiliser les réservistes de certains pays qui ont gardé ce système de réserve comme la Finlande la Finlande elle n'utilise que 3% de l'armée mobilisable sur une commande et ils peuvent mobiliser 900 000 personnes dans le cas de la guerre qui sont prêts à se combattre parce qu'ils ont été déjà entraînés donc ça je peux donner quelques exemples et bien sûr après il y a la capacité industrielle la capacité de production d'armes où est-ce qu'on est par rapport tout seul par rapport à ce qu'on est avec les Etats-Unis ça c'est un autre sujet
alors effectivement merci pour la transition c'est vrai qu'une des grandes inconnues dans cette histoire on poursuit notre réflexion sur le réveil stratégique de l'Europe qui pour le coup est encore incomplet une des grandes inconnues c'est de savoir si l'Europe peut vraiment s'émanciper de la protection américaine les Etats européens ont demandé aux Américains de leur garantir un filet de sécurité dans le cadre de la coalition des volontaires au dernier sommet de l'OTAN Guillaume Ancel il y a encore beaucoup de contrats d'achat de matériel américain qui ont été conclus
oui alors la situation est assez ambiguë avec les Etats-Unis parce que Donald Trump n'arrête pas d'afficher son hostilité vis-à-vis de l'OTAN dont il parle d'ailleurs toujours comme d'une organisation dont il ne serait pas membre alors que les Etats-Unis sont fondateurs de l'OTAN dont je rappelle que c'est un club de défense l'OTAN n'a pas d'armée en propre c'est l'armée de chacun des 32 pays membres qui arment l'OTAN donc le fait que les Etats-Unis veuillent afficher leur hostilité vis-à-vis de l'OTAN est très inquiétant parce que ça veut dire qu'ils ne nous garantissent plus d'intervenir si jamais un de nos pays était agressé
mais en même temps on aura tous noté la question que je me permets je vous coupe parce que c'est pas tant l'attitude des américains que je questionne c'est la capacité des européens à s'émanciper et leur volonté et culturellement leur capacité j'y viens Bérangère
j'y viens parce que ce qui est très intéressant c'est d'observer que pour autant les Etats-Unis ne quittent pas l'OTAN pourquoi ?
parce que l'Europe est leur premier marché d'armement et que par conséquent les industriels de la défense américain exercent une pression terrible sur Trump pour que surtout ils ne fassent pas cette erreur industrielle de se retirer de l'OTAN et forçant les européens à se débrouiller tout seuls et c'est bien ça la principale difficulté aujourd'hui des industries européennes de défense c'est que elles ne sont pas organisées ensemble comme les Airbus vis-à-vis de Boeing et que par conséquent elles sont relativement faibles face à des concurrents américains qui eux sont uniques et si je prends la comparaison avec l'aéronautique la Teco Air qui était une grande entreprise aéronautique française si elle avait voulu concurrencer Boeing je pense qu'elle serait encore coincée dans le sud-ouest de la France alors qu'aujourd'hui c'est Airbus qui est un vrai challenger donc la question pour les Européens c'est est-ce qu'ils font enfin des industries communes de défense et qu'ils se lancent ensemble dans la production des principaux systèmes ceux qui sont les plus coûteux les systèmes anti-aériens anti-missiles balistiques les systèmes de renseignement qui coûtent extrêmement cher et les systèmes de drones qui nécessitent une capacité d'innovation très très importante avec une capacité de production derrière aussi importante est-ce que les Européens sont capables de faire ça ou est-ce qu'ils continuent à la jouer comme Dassault en France à faire croire qu'ils sont les seuls champions nationals à pouvoir capter le budget de défense d'un pays alors que nous ne sommes plus autant des manufactures royales avançons avançons sur des projets multiples qui nous permettent de faire de l'Europe une réalité industrielle et en acte partout où on crée de la dyssynergie on se fait plaisir sur le moment mais on crée les retards de demain partout où on flatte les nationalismes en France ou ailleurs on se trompe sur l'histoire qui est la nôtre le patriotisme oui le nationalisme jamais et au moment où l'Europe se réarme pensez qu'accumuler chacun séparément des capacités et le sens de l'histoire c'est une absurdité nous devons bâtir en européen et garder nos spécificités propres nos modes de décision nos forces d'intervention notre crédibilité mais ne faisons pas bégayer l'histoire
voilà c'est à croire que Guillaume Ancel le président Macron vous écoutait même si c'était un discours hier aux armées on voit bien les désaccords au niveau des états et c'est ce qui agace ne faisons pas bégayer l'histoire dit Emmanuel Macron les polonais continuent d'acheter sur étagère leurs équipements militaires aux Etats-Unis les baltes disent l'industrie européenne n'arrive pas à fournir donc ils achètent là où c'est disponible qu'est-ce qui bloque fondamentalement c'est culturel vous dites non Anastasia
il y a plusieurs forces à mon avis qui bloquent tout premièrement c'est bien sûr l'instant de survie et les leçons de l'histoire pour les nations par exemple comme la Pologne ou d'autres que dans le moment de crise et là je pense à la deuxième guerre mondiale notamment quand je parle de la Pologne on reste seul on reste abandonné par nos alliés et toutes ces déclarations tous ces papiers etc.
il ne vaut rien c'est la même chose qu'on a vu avec l'Ukraine notamment avec la déclaration donc les garanties de sécurité de 1994 ensuite ça c'est la première chose donc c'est la compréhension en profondeur qu'on ne peut se fier que sur nous-mêmes deuxième chose c'est aussi aujourd'hui notamment en France on observe un écart entre la compréhension des élites politiques de l'importance des enjeux de la défense et de l'importance de jouer en équipe en européen parce qu'en France on se rend compte très bien en étant à la manette de passage du budget par exemple qui a pris un an et demi quand même qu'on n'a pas assez d'argent pour se permettre de développer nos capacités même si on a toutes les connaissances compétences et le savoir-faire et donc les élites comprennent la nécessité d'agir ensemble mais il n'y a quand même un écart entre cette compréhension politique et la force de l'énergie on peut dire corporate et business qui eux en leur tour poursuivent leur propre intérêt corporate ce qui est absolument normal dans un environnement compétitif industriel international sauf que c'est normal dans le temps de paix et aujourd'hui comme la stratégie nationale de défense française qui était mise à jour l'année dernière le dit on n'est plus exactement dans le temps de paix pépé c'est clairement ce qu'on peut dire donc là cet écart devient dangereux parce que d'un côté on ressent une impulsion politique et de l'autre côté on voit la résistance industrielle qui agit avec les instants et la logique d'hier vis-à-vis des défis de demain qui doivent être confrontés aujourd'hui et là pour moi ça c'est la raison principale les intérêts des couloirs corporets ils ne sont pas alliés avec les objectifs stratégiques des états
Guillaume Ancel résistance industrielle et problème de budget dit Anastasia Chapouchkina problème culturel aussi ou pas réellement comment vous voyez la chose
ah oui la question culturelle est cruciale je vais prendre un contre-exemple aujourd'hui tout le monde est d'accord sur le fait que l'armée la plus puissante du monde c'est celle des états-unis elle est sans concurrence imaginons un instant qu'il n'y ait pas une armée américaine mais 50 armées puisqu'il y a 50 états aux états-unis et je ne compte pas le canada bien sûr et bien si l'armée du michigan s'équipait différemment de l'armée de l'ohio mais qu'elles ne veulent pas intervenir avec l'armée du texas parce que eux ils n'ont pas accepté d'acheter tel type d'armement tout le monde se foutrait de l'intervention d'un état américain parce qu'il n'aurait absolument pas la démonstration de puissance qu'elle a aujourd'hui or en fait l'Europe est exactement dans cette situation si elle assemblait tous ses budgets de défense elle ne serait encore que la moitié de l'armée américaine mais elle serait déjà la deuxième armée du monde et j'en reviens à ce que disait Donald Tusk au début de la guerre en Ukraine est-ce que c'est normal que 450 millions d'Européens soient obligés de demander à 300 millions d'Américains de les protéger contre 150 millions de Russes c'est ça la situation de l'Europe aujourd'hui c'est que sur le papier elle devrait être la plus grande puissance du monde celle qui ferait un peu peur à tout le monde quand elle dit maintenant je vais intervenir si vous continuez à m'embêter dans le détroit d'Hormuz c'est moi qui vais venir régler le sujet or aujourd'hui c'est exactement l'inverse auquel on assiste pourquoi ?
parce que nous n'avons plus de culture militaire nous dans nos têtes nous n'avons plus l'idée que pour défendre nos intérêts ce qu'on appelle parfois la paix et bien il faut ne pas hésiter à se battre
ça ça plaide soit pour le service national volontaire qui a remplacé le SNU de voulu par Emmanuel Macron soit vous vous prenez par exemple une garde européenne vous proposez en tout cas une formation militaire quelconque qui implique les populations c'est ça les jeunes générations ?
absolument une garde européenne de volontaires c'est toute la différence avec le service militaire il se trouve que ma génération a démonté le service militaire français et vous savez on avait une bonne raison de le faire c'est que outre le fait qu'on emmerdait une génération complète de jeunes gens totalement immatures on passait un fric et une énergie folle à les occuper et finalement qu'est-ce qu'ils apprenaient de plus que de se mettre à picoler et fumer des chichons c'est ça que vous avez fait vous ? pardon ?
c'est ça que vous avez fait à l'armée Guy Mancel ?
moi j'ai eu le sentiment que l'armée d'appelés qu'on avait à ce moment-là était totalement inutile et c'est pour ça qu'elle a été abandonnée donc reconstituer des régiments à partir d'appelés donc ce sont des jeunes qui ont 19-20 ans qui sont immatures qui sont peu formés et dont la société n'acceptera jamais qu'ils soient engagés dans une opération militaire ne sert à rien par contre monter une garde européenne de volontaires sur le modèle de ce qui se fait en Finlande ce ne sont pas des appelés ce sont des personnes entre 20 et 40 ans qui sont volontaires pour servir dans l'armée sans que ce soit leur métier donc ils servent deux semaines trois semaines par an mais c'est suffisant pour maîtriser les basiques du combat et pour pouvoir monter des armées gigantesques le jour où on serait envahis et ça de le faire au niveau européen ça permettrait deux choses de partager une culture de la défense comme un Erasmus militaire mais surtout de passer des commandes européennes d'armement d'armement simple de fusils d'assaut de véhicules de postes radio mais pour toute l'Europe et ça permettrait à l'industrie européenne de se mobiliser et de se fédérer autour de commandes communes c'est pour ça que j'espère qu'un parti politique au moment des présidentielles françaises aura le courage de se lancer dans ce projet de garde européenne parce qu'on parle beaucoup d'Europe de la défense mais finalement il y a peu d'initiatives politiques sur le sujet
Guillaume Montel on vous écoute et c'est assez passionnant est-ce que cette culture que vous voulez stimuler à nouveau aiderait aussi à faire adhérer les populations notamment quand on commence à parler parce qu'on revient toujours aux questions de budget et quand on regarde les études récentes notamment du European Council of Foreign Relations qui montrent qu'il y a un soutien ferme dans aucun pays européen beaucoup de disparités et en moyenne elle n'est même pas 40% des sondés qui sont d'accord pour faire des coupes budgétaires pour augmenter les dépenses militaires 45% sont contre ça ça peut changer les choses pour vous aussi Anastasia Chapouchkina je pense que vraiment
c'est essentiel et ça changerait beaucoup de choses si cette formation démontrait seulement pendant la formation avec les exercices de type Wargame la différence entre la capacité européenne de se défendre et entre la capacité russe de nous attaquer par les armes différentes par le timing de combien on peut tenir et par le coût de combien ça coûte d'abattre comme on le voit très bien dans le Moyen-Orient des shaheds qui peuvent coûter 50 000 80 000 euros avec les missiles type Patriote qui coûtent plus d'un million d'euros et si les gens l'entendent sur l'antenne et après on passe au slip français c'est une chose ça fait partie de l'actualité exactement mais si les gens l'expériencent dans une simulation de guerre au sein d'une garde européenne de volontaire où ils se sont présentés eux-mêmes et ils se rendent compte de vraiment le vide qui nous sépare dans notre capacité de se défendre de la menace à laquelle on fait face ils vont y accéder c'est justement dans ce cadre du changement culturel que cette idée d'Erasmus militaire dont parle Guillaume est vraiment pertinente il me semble très pertinente parce que justement c'est ça qui sert à réveiller chez le grand public qui va se présenter justement à ce genre d'exercice ce genre de programme et notamment chez les jeunes qui sont les plus difficiles à convaincre aujourd'hui parce que c'est quelque chose qui a marché déjà en Finlande les sondages sont l'inverse de ce que que démontre le sondage européen de ICFR en Finlande il n'y a les gens surtout les jeunes ils n'ont ni la peur de la guerre ni l'hésitation dans la défense dans l'investissement dans la défense
mais ils ont aussi une perception du risque qui n'est pas du tout la même que dans d'autres pays européens justement pour changer
cette perception il faut faire emergence vraiment il faut immerger les gens dans cette situation et aujourd'hui c'est vrai on n'a pas de moyen de la faire
c'est pas uniquement la proximité géographique finalement des Etats-Bas et de la Pologne qui font que la perception de la menace russe elle est beaucoup plus vive Guillaume Ancel tant que les Européens ne percevront pas tous cette menace est-ce qu'on peut réellement parler d'Europe de la défense
donner un chiffre qui concerne que la France mais qui est extensible à l'ensemble de l'Europe aujourd'hui il n'y a que 3% de la société française qui a une culture militaire pourquoi ?
parce que nous sommes sur des modèles d'armée et de métiers qui sont remarquablement entraînés et formés c'est pas le sujet mais qui représentent 200 ou 300 000 personnes au maximum par an or ça veut dire que rapporté à l'échelle de la société française si vous regardez le turnover dans l'armée vous avez 97% de la société qui n'a aucune culture militaire et quand vous lui parlez d'un problème avec la Russie menaçante de Poutine elle ne comprend pas de quoi on parle c'est pour ça que le fait de mettre un système intermédiaire entre une armée de métiers qui est forcément très coûteuse et très petite et une société qui a besoin de savoir de quoi ressort la défense tout simplement de son territoire la défense de sa manière de vivre et bien c'est de mettre des gardes volontaires avec une garde de volontaires vous pourriez en quelques années passer de 3% de la société qui a une culture militaire à 30% c'est le cas des Etats-Unis aujourd'hui pour d'autres raisons parce que les Américains ont la garde nationale parce que les Américains ont beaucoup de contrats courts qui fait que vous avez pratiquement aux Etats-Unis une personne sur trois qui a une culture c'est pas une culture de la guerre j'insiste sur la différence c'est simplement de bien comprendre comment est-ce qu'on se défend le jour où on est attaqué et montrer comme l'a rappelé Anastasia en Finlande que le jour où quelqu'un voudra nous agresser en fait il ne s'opposera pas à une armée de quelques centaines de milliers d'hommes il s'opposera à une société en armes qui opposera des millions de combattants pourquoi est-ce que l'Ukraine résiste ?
parce qu'en fait les Ukrainiens dans leur tête résisteront jusqu'à leur dernier souffle et ne reposent pas seulement sur leur armée de métiers c'est ça qui nous manque le plus aujourd'hui dans nos sociétés européennes c'est l'état d'esprit c'est cette volonté de résistance et de ne pas subir
merci beaucoup Guillaume Ancel je rappelle votre site et j'invite tous ceux qui nous écoutent à s'y rendre ne pas subir avec cet article sur les suites du sommet de l'OTAN d'Ankara ancien officier et écrivain donc et merci Anastasia Chapochequina maître de conférence en géopolitique à Sciences Po et présidente du Think Tank Eastern Circles 8h40 et puis
je vous remercie à l'OTAN je vous remercie à l'OTAN