Déconfinement, reprise économique, dette de la France... "8h30 franceinfo" de Jean-Luc Mélenchon
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Bonjour Jean-Luc Mélenchon. Bonjour. Bienvenue sur France Info. Savez-vous déjà quelle est la première chose que vous ferez lundi matin ?
Moi je reste confiné, donc lundi matin ce sera comme les autres jours, le travail à la maison, puisque j'ai la possibilité de télétravailler, vous le savez bien.
Vous ne sortirez pas de chez vous ?
Voilà. Jusqu'à quand ? Pas plus que je ne le fais actuellement, je vais faire mes courses en bas de chez moi avec mon petit papier bien rempli, je ressors exclusivement quand c'est mon tour de rôle d'assurer une présence physique à l'Assemblée Nationale, au début du confinement c'était plus simple, maintenant c'est un petit peu plus compliqué, voilà, mais bon, rien de bien, rien de très original, voilà. Ce n'est pas moi qu'il faut venir voir pour l'originalité dans ce domaine.
Vous serez donc un confiné volontaire, mais jusqu'à quand ?
Eh bien, pour encore un moment, parce que je n'ai pas l'intention de m'exposer, vous connaissez mon âge, je suis donc considéré comme dans les populations à risque, et d'ailleurs d'une manière générale, j'invite ceux qui m'écoutent à être prudents, d'une façon générale, et particulièrement à l'égard des enfants ou des personnes les plus âgées, parce que nous ne sommes pas sortis de l'épidémie, je ne voudrais pas que l'illusion se répande que c'est fini. Non, le virus est là, le confinement ne sert qu'à une chose, c'est empêché que l'épidémie se propage, et que les services...
Pardon, Jean-Luc Mélenchon, puis je vous demandais de vous rapprocher de votre micro, de votre téléphone, on vous a un peu perdu sur les derniers mots que vous avez prononcés, voilà, on vous a retrouvé. Renaud Delis aussi est à mes côtés.
Vous expliquiez, Jean-Luc Mélenchon... On va vous la reposer, on va vous la poser tout court d'ailleurs. À la fin du mois de mars, le 30 mars, Jean-Luc Mélenchon, vous expliquiez qu'il fallait poser dès maintenant, je vous cite la question du déconfinement, que le confinement qui est une sorte de prison volontaire, disiez-vous, n'est pas une solution durable, et puis maintenant, quand on vous écoute, on voit que pour vous, le 11 mai, c'est trop tôt, c'est inconscient, alors c'est trop tôt ou trop tard lundi prochain, le déconfinement ?
Non, je n'ai pas dit ça, monsieur Delis, c'est que vous m'aurez mal lu, le 30 mars, nous disions, l'ensemble des parlementaires insoumis, nous disions, si vous voulez que le confinement tienne, il faut tracer l'horizon du déconfinement, c'est-à-dire dire, quelles seront les conditions à réunir pour pouvoir déconfiner.
Nous invitions à la planification des moyens sanitaires, ce qui n'a jamais été fait, nous invitions à la réquisition des industries textiles, de manière à ce que tout le monde puisse avoir le nombre de masques dont il a besoin, ce qui n'a jamais été fait, nous invitions à la nationalisation des entreprises défaillantes, c'est-à-dire qui ne fonctionnent plus alors qu'elles produisent des biens nécessaires à la lutte contre l'épidémie, on pensait à Famar, dans la région lyonnaise, qui produit des médicaments au Luxfer, qui produit des bouteilles d'oxygène médical, ce n'a pas été fait, et nous proposions, entre autres choses, la démocratisation de la lutte, c'est-à-dire qu'on demande aux gens eux-mêmes, et notamment sur les lieux de travail, de se réunir pour organiser les meilleures conditions sanitaires de travail.
Rien de tout ça n'a été fait. Donc là, ce lundi, c'est trop tôt.
C'est trop tôt ce lundi, donc Jean-Luc Mélenchon, si je vous écoute bien...
Non, vous m'écoutez mal, ce n'est pas ce que je dis. Je dis que nous luttons contre une épidémie, et ce n'est pas un état de guerre, je ne sais pas quoi, abstrait. Une épidémie, c'est une chose dont on connaît la forme, et dont on sait comment il faut la combattre. Jusqu'à ce qu'on trouve des vaccins ou des soins, il faut respecter un certain nombre de règles de prudence absolues. Et pour pouvoir les respecter, il faut réunir des moyens. Et je les ai évoqués à l'instant, je pourrais en évoquer d'autres. Là, par exemple, la situation va se dégrader, c'est une certitude quasi totale.
A la fois parce que vous avez tout à l'heure évoqué le prix des consultations médicales pour faire les tests, 55 euros. Ça veut dire qu'il y a des familles entières qui n'iront pas, parce que ça représente une somme excessive. Les masques sont à un tarif qui n'est pas acceptable non plus. Nous devrions avoir des masques gratuits. Bref, les dispositions de base ne sont pas réunies. Alors, ce n'est pas parce qu'il y a des cartes en rouge, en vert, en orange, que le virus est mieux maîtrisé qu'il ne l'était auparavant. Et donc, quand j'ai dit ça la première fois, on m'a dit, vous êtes un oiseau de malheur, M. Méhanchon, parce que vous annoncez un deuxième pic.
Non, je ne suis pas un oiseau de malheur, je m'en tiens à ce qui est connu dans les épidémies traditionnelles. Et j'ai eu la chance hier de lire dans Le Monde, le journal Le Monde, qu'en effet, la situation en France pouvait nous y conduire. Voilà, je pense que je fais mon devoir. Je ne déborde pas du cadre, parce que je ne suis pas un médecin, je ne suis pas un spécialiste des questions de santé. Mais en tant que responsable politique, c'est mon devoir d'indiquer quelles pourraient être les méthodes les plus efficaces pour lutter contre l'épidémie. Ce que vous dites pour l'ensemble des Français... ... pour se rendre compte que l'épidémie n'est pas finie.
Ce que vous dites pour l'ensemble des Français, Jean-Luc Mélenchon, vous l'appliquez aussi à l'école. Vous avez dit que le gouvernement joue à la roulette russe avec nos enfants. Le Danemark, l'Allemagne, la Norvège, les Pays-Bas ont déjà rouvert les écoles. La Belgique à côté de nous, qui a été bien plus touchée que nous, si on rapporte le nombre de malades à la population, va le faire. Lundi aussi, on attend jusqu'à quand pour ouvrir les écoles ?
Je ne pose pas non plus le problème de cette manière-là. Je ne sais pas dans quelles conditions les autres pays ont décidé d'ouvrir leurs écoles. et je ne sais pas si c'est la bonne décision, y compris pour ces pays. Et ce n'est pas parce qu'ils le font qu'il faut le faire, nous aussi. Alors en quoi c'est de la roulette russe ? Oui, alors d'abord, je voudrais que... Non, je n'accuse pas... Non, en quoi c'est de la roulette russe, pardon ? Une seconde. Laissez-moi terminer, parce que je ne voudrais pas laisser cette impression que vous donnez de mon propos. Moi, je ne fais pas de procès personnel aux membres du gouvernement.
Je suis persuadé que chacun d'entre eux agit en pensant faire pour le mieux. Je pense qu'ils se trompent sur la boîte à outils qu'ils utilisent. Ils sont persuadés qu'il en va de la santé comme du marché d'une façon générale et que les choses vont finir par se stabiliser d'elles-mêmes. Je ne crois pas à ça. Je crois à l'action collective et rationnelle. Par exemple, je trouve irrationnel... Là, vous venez de dire que nous aurons 50% des transports à l'intérieur des régions lundi. Est-ce que ces 50% de transports correspondent au nombre de gens qui sont rappelés au travail ? Bon, vous n'en savez rien, moi non plus.
Et donc, nous risquons de voir lundi les cohues de gens qui se pressent dans les transports en commun, parce qu'ils n'ont pas d'autres transports, et donc la maladie se propageait. Alors, c'est ça que j'appelle la roulette russe. Mais ce n'est pas un cas personnel, ce n'est pas la responsabilité personnelle. Ça, c'est une autre question. Mais je pense que c'est très hasardeux. Oui, en effet, je le redis, le déconfinement se déroule dans des conditions hasardeuses. Quant à l'école, je vais vous répondre très simplement, on ouvre les écoles quand on est sûr à 100% de la sécurité pour les enfants. Ce n'est pas le cas.
Y compris quand le consensus scientifique aujourd'hui, Jean-Luc Mélenchon, je dis le consensus scientifique parce que je ne suis pas scientifique et vous non plus, semble dire que les enfants sont très nettement moins contagieux que les autres. et quand ils sont malades, moins malades, avec des formes beaucoup moins graves. Ce n'est pas moi, ce n'est pas vous, ce sont les scientifiques.
Oui, voilà. D'abord, les scientifiques, le conseil scientifique lui-même a dit que c'était trop tôt pour ouvrir les écoles. Mais si vous pensez que ce n'est pas grave que votre enfant tombe malade, comme vous venez de le dire, avec des symptômes moins graves, envoyez votre enfant à l'école. Moi, je n'y vois pas d'inconvénient.
Donc, il faut attendre le vaccin pour rouvrir les écoles, Jean-Luc Mélenchon ?
Il faut attendre que toutes les conditions de base soient réunies pour pouvoir lutter contre le coronavirus. Je viens de les énoncer, je les redis, des masques gratuits pour tout le monde. La possibilité de tester, de tester tout le monde. Je vous rappelle que, notamment dans le texte que vous évoquiez, Renaud Dely, il y a un instant, que j'ai publié avec mes collègues députés insoumis le 30 mars, nous disions qu'il fallait appliquer la règle de l'Organisation Mondiale de la Santé, tester, tester, tester encore. Et vous avez été témoin comme moi de cette séance de l'Assemblée Nationale, où les ministres nous ont expliqué que ça ne servait à rien.
Donc, tant que ces conditions-là ne sont pas réunies, permettez-moi de vous dire que nous sommes en danger. Ce n'est pas si compliqué que ça, de réunir ces conditions. Pourquoi ne le fait-on pas ? Pourquoi la France n'est-elle pas capable de produire autant de masques du commun que ne le fait aujourd'hui le Maroc, qui s'y est pris d'une manière très intelligente et très habile, et qui en sort maintenant 5 millions par jour ? Pourquoi nous, Français, qui avons 2300 entreprises du textile, ne sommes-nous pas capables de les réquisitionner ? Le Président est allé faire une intervention dans une usine qui produit déjà des masques, mais ce n'est pas ça qu'on lui demandait.
Ce qu'on lui demande, c'est de réquisitionner pour que tout le monde ait un masque. Donc, entendez-moi bien, mon intention n'est pas de peindre noir sur noir ou d'être le cassandre de service. Ce que je veux dire, c'est que la lutte contre l'épidémie est une lutte rationnelle qui nécessite des moyens coordonnés, qu'on appelle planifiés, mais si planifiés vous fait peur, coordonnés, et que les moyens de base soient réunis. Test pour tout le monde est gratuit. Deuxièmement, masque pour tout le monde est gratuit. Troisièmement, contrôle sur le lieu de travail, des conditions de la production dans des conditions sanitairement... Je vous interromps, Jean-Luc Mélenchon, pardon,
parce qu'il est quasiment 8h43, vous savez, chez nous, on essaye de respecter l'horloge, et nos invités, évidemment. 8h43, c'est l'heure du Fil Info, et on poursuit, si vous voulez bien, juste après. D'abord, Edouard Margué.
Pour le début du déconfinement, lundi, Jean-Luc Mélenchon restera chez lui. Le chef de file des députés de la France Insoumise le dit sur France Info. Vous connaissez mon âge, je suis considéré comme une personne à risque. J'invite tout le monde à être prudent, ce n'est pas fini, le virus est là, dit encore sur France Info. Jean-Luc Mélenchon. Des précisions, justement, sur le déconfinement seront faites cet après-midi à partir de 16h par Edouard Philippe et plusieurs ministres. France Info sera en édition spéciale. La trêve des expulsions locatives, une nouvelle fois prolongée jusqu'en juillet, annonce sur France Info le ministre du Logement, Julien Denormandie.
La date précise sera connue après discussion au Parlement. Le Premier ministre, qui annoncera cet après-midi une prime pour les salariés des EHPAD, le montant n'est pas encore connu. Le patron d'Air France a raison de poser le sujet de l'emploi de manière lucide, estime Jean-Baptiste Djebari, le secrétaire d'Etat au transport. Le directeur général de la compagnie aérienne annonce vouloir engager des discussions avec les syndicats pour des éventuelles suppressions d'emplois après une annonce d'une perte de près de 2 milliards d'euros au premier trimestre. France Info Et tout est plus clair.
Toujours avec le président du groupe de la France Insoumise à l'Assemblée Nationale, Jean-Luc Mélenchon et avec Renaud Delis.
Jean-Luc Mélenchon, si on regarde l'attitude du gouvernement ces dernières semaines, on note, on peut énumérer les aides publiques qui ont été débloquées. La liste est longue, mais brièvement, des primes pour les personnels de santé, pour les personnels des EHPAD aussi, une aide aux étudiants, aux jeunes les plus précaires, aux familles les plus démunies, un fonds de solidarité pour les artisans. Bref, le financement, bien sûr, du chômage partiel à hauteur de 25 milliards d'euros et j'en oublie au total la facture partielle de ces aides publiques directes s'élève à au moins 65 milliards d'euros qui ont donc été débloqués en 7 semaines.
Est-ce que vous diriez toujours aujourd'hui, Jean-Luc Mélenchon, qu'Emmanuel Macron, je vous cite, est un extrémiste libéral qui nous conduit donc au chaos libéral, disiez-vous ?
Oui, puisque nous y sommes dans le chaos libéral. Les coupes budgétaires dans l'hôpital public et dans tous les grands instruments de santé sont responsables de la situation que nous avons vécue pendant ces deux mois et qui va bientôt reprendre. Donc oui, le libéralisme les a aveuglés. Je vous rappelle que le 5 mars, le président de la République disait qu'il n'était pas sûr que la France puisse être déclarée en épidémie, pour ne prendre que cet exemple.
Il agit en libéral, Jean-Luc Mélenchon ? Vous disiez la semaine dernière encore à Libération, vous disiez que c'est un libéral, son idéologie le paralyse. Est-ce que, quand on fait l'addition de ces aides publiques directes, est-ce qu'effectivement, c'est l'attitude de quelqu'un de paralysé, pour reprendre vos termes, par le libéralisme ?
Oui, tout à fait. Parce que je crois que vous ne comprenez pas bien de quoi il s'agit, s'agissant du libéralisme. C'est une politique globale qui fait confiance au marché plutôt qu'aux décisions collectives, qui pensent que la politique n'a rien à voir avec l'économie. En gros, ce qu'on appelle dans le vocabulaire spécialisé l'ordo-libéralisme, ça s'appelle comme ça. Et c'est ce que pratiquent les Allemands. Donc le président est dans cette attitude. Moi, je préfère lui faire ce procès qu'un procès personnel. Parce que ça, bon, c'est une discussion politique, il est normal que des principes se confrontent. Maintenant, regardez bien Renaud Delis.
Il aura donc fallu une catastrophe pour se préoccuper tout d'un coup de découvrir qu'il y a des gens dans ce pays qui sont précaires, qui sont pauvres. Dans toute la liste que vous avez évoquée, je pourrais les reprendre une par une. Si vous pensez qu'un jeune étudiant, pour deux mois, peut vivre avec 200 euros à la place des petits boulots qu'il faisait auparavant, bon, c'est que vous n'avez pas des souvenirs si vifs que ça de vos années d'étudiant où vous aussi, sans doute, vous avez travaillé comme moi pour vous payer vos études.
Jean-Luc Mélenchon, on pourrait ajouter à la liste de Renaud Delis, les 12 millions de Français qui sont aujourd'hui au chômage partiel, qui ainsi peuvent conserver entre 84% et 100% de leur salaire. Aucun autre pays n'indemnise autant de monde et dans cette proportion, y compris par exemple l'Espagne qui est co-gérée par vos alliés de Podemos, où les Espagnols au chômage partiel sont nettement moins nombreux, même rapportés à la population, et touchent 30% de moins qu'en France.
Bon, alors peut-être que vous pourriez considérer le reste de la politique du gouvernement espagnol, qu'au demeurant, je n'ai pas l'intention de défendre plus que ça, parce qu'il faudrait que je la connaisse dans le détail comme vous-même vous la connaissez, mais par exemple, les Espagnols traitent de la mise en place d'un revenu universel, ils prennent en charge la gratuité des soins, etc.
On pourrait comparer, mais je vous en prie, le propos pour moi, bien sûr, je pourrais entrer dans le détail de toutes les mesures, je vous ferais valoir que sur 110 milliards d'aides aux entreprises qui ont été annoncées, 45 milliards sont juste des reports de paiement ou sont des garanties d'emprunt, donc ce n'est pas réellement de l'argent injecté, mais voyez-vous la bonne question que nous avons à nous poser à cette étape ?
Ce n'est pas les raisons pour lesquelles nous divergeons, puisqu'au demeurant, elles sont connues, entre les libéraux et nous, mais ce que nous allons faire juste derrière, la question obsédante pour nous tous, c'est la sortie économique du moment dans lequel nous sommes, qui ne fait que commencer, dites bien à tous ceux qui nous écoutent, que la crise que nous vivons ne fait que commencer, pas seulement sur le plan sanitaire, mais sur le plan social et économique.
Nous allons nous heurter au mur de la dette, la dette n'est plus payable, et c'est le moment qu'ont choisi les Allemands et les Néerlandais pour une nouvelle fois mettre en cause l'Europe du Sud, qui sont pourtant les principales puissances économiques du vieux continent, et exiger de la Banque Centrale Européenne qu'elle cesse d'intervenir sur le marché de la dette. Alors, nous sommes maintenant... Ça, c'est la décision, pardon,
je sous-titre Jean-Luc Mélenchon de la Cour constitutionnelle allemande, décision qui est tombée en début de semaine, qui nécessite peut-être une toute petite précision de la part de Renaud Delis, qui est à mes côtés pour les profanes en économie et en droit allemand.
En l'occurrence, oui, c'est une décision d'une juridiction allemande qui s'oppose justement aux décisions de la BCE, la Banque Centrale Européenne, de racheter des dettes souveraines à des créanciers privés, ce que la BCE fait depuis 2015. Donc, en l'occurrence, vous défendez plutôt la position de la Banque Centrale Européenne.
Alors, oui, bien sûr, M. Delis. J'apprécie que vous clarifiez sans cesse le débat. Je m'exprime très mal et donc on ne me comprend pas. Non, ce n'était pas le sens de la précision, Jean-Luc Mélenchon. Excusez-moi, M. Delis. Le monde n'a pas suivi ça, mais on vous laisse la parole, évidemment. Oui, si vous voulez bien, oui. Non, la Banque Centrale Européenne, je sais que c'est technique et que ça peut saouler, mais la Banque Centrale Européenne rachète les titres de la dette à des banques privées.
Donc, elle leur injecte gratuitement de l'argent et la Banque Centrale Européenne, qui n'a pas le droit de prêter de l'argent aux États européens, a cependant le droit d'encaisser des taux d'intérêt. Mais je veux venir à l'idée que je défends sans partir sur des chemins de traverse. C'est que la dette qui existe aujourd'hui, elle est pour une part dans les coffres de la Banque Centrale Européenne. C'est donc juste un jeu d'écriture de la transformer en dette perpétuelle. C'est-à-dire, c'est un titre de dette, donc le bilan de la Banque Centrale n'est pas ruiné, aucun épargnant n'est spolié, et il permet de débarrasser les budgets des États de cette dette.
Et je proposerai que dans un deuxième temps, la totalité des dettes soit rachetée, exactement comme ça vient de se faire aux États-Unis d'Amérique. Et alors, les pays seraient libérés de la dette, et donc, ils auraient la possibilité d'intervenir massivement pour relancer de manière écologique l'économie. Parce qu'il ne s'agit pas de relancer les choses telles qu'elles sont. Ce serait absurde de recommencer comme avant, vu que ça nous mène à la catastrophe. La transformation de la dette des États en dette perpétuelle est aujourd'hui une idée qui est portée par toutes sortes de gens de tous horizons politiques, et j'ai été heureux d'être le premier à le proposer.
C'est une idée que je défends depuis longtemps, et notamment dans la campagne présidentielle, si vous vous en souvenez, j'avais proposé qu'il y ait une conférence européenne de la dette. J'adjure que l'on comprenne que si nous ressortons avec une inégalité entre les différentes économies de la zone, il est certain que toute la zone euro va s'effondrer. Et ça, ce n'est pas moi qui le dit, c'est M. le ministre Le Maire lui-même qui a dit, si nous sortons dans des conditions trop inégales économiquement, la zone euro s'effondrera. Alors, moi, je ne suis pas partisan du chaos. Je suis partisan des décisions politiques maîtrisées qui permettent de passer d'un point à un autre.
Si nous ressortons avec un mur de dette devant nous, les trois économies du sud de l'Europe ne pourront plus respirer. Et bien sûr, ça fera les affaires peut-être du gouvernement allemand et du gouvernement des Pays-Bas, mais pas celles des peuples. Et à commencer par ces pauvres allemands eux-mêmes, dont je voudrais vous rappeler qu'ils sont 13 millions à être pauvres dans ce pays. Donc, nous avons impérativement besoin de respirer économiquement, c'est-à-dire d'avoir les moyens d'agir, d'intervenir sur les équipements hospitaliers, les réseaux d'eau, l'agriculture. Voilà ce dont nous avons besoin pour les mois qui viennent. Je vous interromps le temps du fil Info.
Jean-Luc Mélenchon, pardon, il est 8h51. Édouard Marguer, et on se retrouve juste après.
Le déconfinement se déroule dans des conditions hasardeuses. Les dispositions de base ne sont pas réunies, regrette sur France Info Jean-Luc Mélenchon. Le président des députés La France Insoumise prend l'exemple des masques. Il devrait être gratuit, selon lui. Critique formulée ce matin à la conférence de presse du Premier ministre pour préciser un peu plus l'après 11 mai. La carte des départements de France classée en rouge et vert en fonction de la présence du virus sera notamment présentée. Conférence de presse à partir de 16h à Matignon. Pas d'expulsion locative jusqu'en juillet. La trêve est à nouveau décalée.
C'est ce qu'annonce le ministre du Logement Julien Denormandie sur France Info. L'INSEE constate près de 500 000 destructions d'emplois dans le secteur privé au premier trimestre. L'Institut des statistiques apporte quand même une touche d'optimisme. Il note une légère reprise de l'activité économique à l'approche du déconfinement.
France Info
Et tout est plus clair.
Jean-Luc Mélenchon vous n'irez pas chez le coiffeur. Vous nous l'avez dit tout à l'heure à partir de lundi prochain vous resterez confiné. Est-ce qu'un coiffeur un commerçant qui souhaiterait travailler davantage à partir de la semaine prochaine et notamment un dimanche pourquoi pas pour rattraper un peu de son chiffre d'affaires devrait être autorisé à le faire ?
Je ne crois pas qu'il faille bousculer toutes les lois sociales parce que ensuite les gouvernants prennent la mauvaise habitude de prolonger pour toujours ces situations exceptionnelles. D'abord on a commencé à nous dire par exemple que les congés payés étaient remis en question dans des conditions qui sont souvent extrêmement violentes et brutales pour les gens et comme ça le droit du travail progressivement finit par s'évanouir. non prenant les dispositions qui permettent aux gens de vivre.
Là vous prenez l'exemple d'un coiffeur en tant que professionnel il a le droit à un certain nombre d'aides et il n'y a pas de raison de l'obliger en plus à travailler le dimanche et pourquoi pas la nuit pendant qu'on y est il n'y a pas de limite à ça. Non bien sûr que non. Je voudrais vous dire qu'il faudrait concentrer l'attention maintenant sur un point qui n'est pas assez pris en considération. C'est la crise de détresse alimentaire. Hier j'étais en contact avec mes amis de Marseille qui ont fait une sorte de banque dans l'ancien McDo alimentaire et qui m'ont raconté des situations d'isolement et d'abandon où les gens se retrouvent en situation de famine de détresse alimentaire.
Je voudrais que l'on se préoccupe de ça parce que c'est une c'est une donnée extraordinaire que de le constater dans un pays aussi riche que le nôtre. Tous mes amis députés insoumis de la région parisienne je suis sûr qu'il y a aussi d'autres députés qui le font parmi les communistes se sont mis en tête d'organiser à leur permanence la collecte de biens alimentaires pour pouvoir les distribuer. Il faut qu'on soit vigilant et attentif à tout ce qui est humain parce que c'est le principal capital dont jouit notre pays et parce que l'humanité est notre raison d'être de nous préoccuper des autres. Voilà. Je crois que ça c'est important. Il ne faut pas y aller comme ça à la hache.
Bon alors on va travailler travailler travailler encore pour rattraper. Si ce coiffeur a besoin d'un week-end et d'un temps de repos et bien il faut que ce soit respecté comme il faut que ce soit respecté
son droit à avoir un revenu. Mais si lui veut travailler est-ce qu'il faut l'en empêcher ?
Le quoi ? Il y a des règles vous savez si on n'a pas le droit il n'y a aucune liberté qui est totale monsieur Delis vous le savez bien aucune liberté n'existe en dehors des règles qu'il organise. Alors dans le domaine du travail il en va de même la liberté d'entreprendre et quand même encadrer il reste encore quelques cadres par le code du travail donc je ne voudrais pas qu'à propos du coiffeur on me fasse dire que je suis pour remettre en cause le droit à l'arrêt hebdomadaire du travail auquel ont droit tous les travailleurs. En dépit de votre situation
capillaire Jean-Luc Mélenchon puisque je le raconte puisque vous avez vous-même failli je ne me permettrai pas de l'attaquer vu la mienne en ce moment. Il nous reste quelques instants Jean-Luc Mélenchon vous avez il y a quelques semaines pris la défense du professeur Raoul vous lui avez en tout cas parlé au téléphone si par malheur vous tombiez malade dans les semaines qui viennent vous demanderiez aujourd'hui à être soigné avec la chloroquine en dépit de ce que vous nous avez dit tout à l'heure c'est-à-dire que vous suivez aujourd'hui le consensus des scientifiques et sur la chloroquine de consensus il n'y a pas.
Oui non mais je ne prendrai certainement pas de risque d'automédication j'ai un excellent médecin qui s'occupe très bien de moi qui m'en a maintenu en très bonne santé jusqu'à cette heure et je continuerai à me fier à ces prescriptions voilà ce que je ferai comme toutes les personnes je vous pose la question parce que j'ai cru lire
dans une interview que vous aviez dit il y a quelques semaines que vous demanderiez à en avoir
de la chloroquine je crois que j'ai voulu être honnête d'abord vous dites j'ai défendu le professeur Raoult ni je l'ai défendu ni accablé je l'ai contacté comme j'estimais que c'était mon devoir de président de groupe pour avoir son avis comprendre qui il était je suis tombé sur un homme extrêmement courtois qui n'en voulait à personne et nous avons eu un échange au terme duquel je ne suis pas devenu un spécialiste plus que je ne l'étais avant simplement j'ai entendu ce qu'il m'a dit et le point qui m'intéressait moi c'est que en toute hypothèse compte tenu du fait que lui avait développé une stratégie de test systématique il m'a dit ce n'est qu'un problème de logistique c'est à dire un problème d'organisation c'est ce que j'avais besoin d'entendre est-ce que oui ou non ce que je disais sur la généralisation des tests était possible ou non donc j'estime que dans un grand pays comme la France avec autant de moyens techniques on pouvait généraliser les tests après j'ai voulu être honnête on m'a dit est-ce que vous prendriez ce médicament si on m'en conseille je le prendrais parce que je pense que toutes les personnes qui sont en situation de détresse vont se diriger vers ce qui leur semble être une solution et bien on se sent je suis aussi humain que tous les autres êtres humains de même que j'ai dit que quoi que ce soit défendu si mes vieux parents qui ne sont plus là hélas pour moi mourraient dans l'isolement il est certain que je violerai les règles et que j'irai leur tenir la main pour les aider à passer je crois qu'il y a toujours eu vous savez une dimension de contradiction entre la loi de la cité et la loi humaine parfois il arrive que cette contradiction explose et dans ce cas je choisis la loi humaine parce que c'est celle qui me semble être le plus digne et conforme au devoir de la conscience
merci à vous Jean-Luc Mélenchon d'avoir accepté ce matin l'invitation de France Info merci à vous
Jean-Luc Mélenchon