Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
InterviewFrance Inter (sur YouTube)· 9 avril 2025 10 minComplaisantActualité / polémiqueCulture, médias & sportSolidarités & familleJustice

Violences dans le monde culturel : Sandrine Rousseau et Erwan Balanant dénoncent un "système"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 20 %Défensif 50 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:44OuverteRéponse directe

    Y a-t-il un mot, une image ou un témoignage qui vous a particulièrement marqué ?

  • 2:44OuverteRéponse directe

    Pouvez-vous expliquer les termes 'systémique', 'endémique' et 'persistante' ?

  • 4:25OuverteRéponse directe

    Impunité, opacité : est-ce qu'il y a omerta ?

  • 6:08OuverteRéponse directe

    Pourquoi ne pas avoir convoqué des personnalités mises en cause ?

  • 8:56OuverteRéponse directe

    Les castings ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:21Invité politiqueChiffre
    « Six mois d'audition, près de 400 personnes interrogées vous remettent ce matin. »
  • 0:33Invité politiqueFait
    « Des blagues tellement dégradantes, des fellations forcées, des agressions subies par vos témoins, des viols racontés. »
  • 1:15Invité politiqueFait
    « On a un système, un système qui produit de la violence. »
  • 2:54Invité politiqueFait
    « Systémique parce que c'est tout le temps. »
  • 3:27Invité politiqueFait
    « On a la précarité des hommes et des femmes qui travaillent dans ce milieu, qui pour travailler doivent se taire. »
  • 4:44Locuteur non identifiéFait
    « Les violences commencent dès l'enfance, commencent dès l'école, commencent dès les castings. »
  • 7:44Invité politiqueChiffre
    « 86 propositions pour tenter de réguler, d'encadrer, voire de légiférer dans ce milieu. »
  • 8:21Locuteur non identifiéFait
    « Il n'y a pas assez d'inspection, il n'y a pas assez de médecine du travail, il n'y a pas assez de structure. »

Temps de parole

  • Locuteur non identifié42 %
  • Sandrine Rousseau29 %
  • Erwan Balanant26 %
  • Présentateur2 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Sonia De Villers, vous recevez ce matin la présidente et le rapporteur de la commission d'enquête relative aux violences commises dans les secteurs du cinéma, de l'audiovisuel, du spectacle vivant, de la mode et de la publicité.

0:13
Erwan Balanant

Sandrine Rousseau, Erwan Balanant, bonjour à tous les deux. L'une est députée Les Écologistes de Paris, l'autre députée Modem du Finistère. Six mois d'audition, près de 400 personnes interrogées vous remettent ce matin. Un rapport de 330 pages, il faut parfois avoir le cœur, je vous le dis, bien accroché lorsque vous annoncez la longue liste à venir. Des blagues tellement dégradantes, des fellations forcées, des agressions subies par vos témoins, des viols racontés, des enfants abusés ou propulsés dans des séquences hyper sexualisées, sans préparation ni encadrement.

Y a-t-il, je vous pose la question à tous les deux, un mot, une image, un témoignage qui vous a particulièrement marqué ces six derniers mois ?

0:52
Sandrine Rousseau

En réalité, il y a 100 témoignages qui nous ont marqué, 100 témoignages, les témoignages, les auditions et tous les témoignages qu'on a reçus par écrit. Mais moi, celui qui m'a marqué, c'est celui des comédiennes et en particulier celui de Sarah Forestier. On a vu une femme qui, depuis son premier casting jusqu'au moment où elle craque, qui a subi des violences sexistes et sexuelles. Et en réalité, c'est ce qu'on a découvert, c'est qu'on a un système, un système qui produit de la violence.

1:20
Locuteur non identifié

Les victimes sont évidemment chacune des auditions absolument incroyables. Parce que ce qu'il faut bien comprendre, c'est qu'elles arrivaient tremblantes, mais tremblantes comme des feuilles. Que souvent, elles nous avaient eu trois, quatre, cinq fois au téléphone avant pour bien savoir comment ça allait se passer. Certaines voulaient annuler et puis finalement viennent. Très souvent, elles avaient un texte écrit parce qu'elles n'arrivaient pas à imaginer, contrôler leur émotion sans ce texte écrit. Et en fait, il y avait cette espèce de fragilité et en même temps de puissance dans ces paroles et ces témoignages.

Et puis, moi, j'ai quand même aussi une audition qui m'a particulièrement marquée, qui est celle de Ouajdi Mouahad sur... Grand metteur en scène de théâtre. Absolument, sur Bertrand Cantat, à qui il avait demandé de faire la musique d'une de ses pièces. Et derrière, deux anciennes ministres de la culture qui ne voient pas le sujet. Et en fait, la discussion autour de ce cas-là, pour moi, a été extrêmement intéressante parce qu'elle posait des éléments sur la réhabilitation, sur qu'est-ce que les violences, sur la visibilité, pas la visibilité. Et en fait, il y a encore plein de questions qui sont des questions à mettre dans la société, dans le champ citoyen.

2:39
Erwan Balanant

Quand vous écrivez dans ce rapport, systémique, endémique, persistante. Ce sont les trois qualificatifs que vous avez choisis pour qualifier les violences morales et sexuelles dans le monde de la culture. Est-ce qu'Erwan Balanant, vous pouvez nous expliquer ? Systémique, endémique, persistante ?

2:54
Sandrine Rousseau

Systémique parce que c'est tout le temps. C'est un système qui s'est mis en place, mais c'est le système qui est aussi révélateur, le reflet de notre société. Notre société, et on le décrit aussi dans le rapport, est une société profondément encore sexiste et patriarcale. Voilà, c'est ce que moi j'ai appelé.

3:13
Erwan Balanant

Sauf que là, vous décrivez des facteurs très concrets, très pragmatiques sur l'organisation de ces milieux, de ce marché, qui favorisent, on va dire, la prolifération de ce type de violence, mais surtout l'opacité et le silence qui les entoure.

3:27
Sandrine Rousseau

Oui, c'est ce que moi j'ai appelé la machine à broyer des talents, parce que c'est ça la réalité. On a la précarité des hommes et des femmes qui travaillent dans ce milieu, qui pour travailler doivent se taire. On a ce culte du talent, on excuse tout au génie. On a en France une exception culturelle, il ne faut pas qu'elle soit gâchée par ce que j'appelle cette excuse de génie. Ce n'est pas possible. Et on a un certain nombre d'hommes et de femmes, de femmes aussi, qui ont du talent, qui sont des personnes qui comptent et qui ont beaucoup trop de pouvoirs parfois et qui en abusent. C'est ça qu'on a constaté effectivement. Dans des milieux extrêmement hiérarchisés.

Et hiérarchisés et d'entre-soi. C'est-à-dire qu'on connaît tout le monde. Et le fait qu'on connaît tout le monde, tout le monde se tient et plus personne ne parle. Le cas Quanta que vient de décrire, il est assez symptomatique. Personne n'a rien dit et ça a conduit à un double drame.

4:25
Erwan Balanant

Sandrine Rousseau, impunité, opacité, est-ce qu'il y a omerta ?

4:29
Locuteur non identifié

Il y a absolument omerta et surtout ce qui était très flagrant, c'est que les personnes qui sont venues témoigner devant notre commission, qui n'étaient encore une fois qu'un dixième de ce que nous avons reçu comme témoignage, parce que neuf dixièmes ont refusé de venir par peur et parce qu'elles étaient terrorisées pour leur carrière. Sur le dixième qui est venu témoigner, ce qui apparaît très nettement, c'est que les violences commencent dès l'enfance, commencent dès l'école, commencent dès les castings et en fait se perpétuent tout au long de la carrière. Et ce qui m'a aussi énormément frappée...

4:57
Erwan Balanant

Mais la notion d'omerta a été aussi remise en cause pendant ces débats. Je prends le réalisateur Michel Azanavissius, qui ne nous paraît pas être un réactionnaire masculiniste, vous voyez ce que je veux dire, vous dit qu'il n'y a pas d'omerta, que c'est faux, que c'est un peu simpliste, que ce silence-là il est plus complexe, que c'est un milieu où on parle librement.

5:17
Locuteur non identifié

C'est toujours plus complexe, sauf que j'invite les auditeurs et auditrices à regarder les auditions et à regarder surtout vraiment l'espèce d'angoisse terrible avec laquelle les victimes viennent parler. Et ça dit tout. C'est-à-dire qu'évidemment qu'elles ne disent pas, que certaines d'entre elles ne disent pas, parce qu'en fait c'est tellement risqué pour elles que de parler. Parce que moi, une des choses qui m'a beaucoup surprise dans cette série d'auditions, c'est qu'on a beaucoup parlé des Bertrand Cantat, on a beaucoup parlé de ceux qui avaient été au cœur d'affaires.

On n'a jamais parlé par exemple d'Adèle Haenel qui est partie du monde du cinéma et quand moi j'ai posé la question, on m'a répondu « bah oui mais c'est elle qui a fait le choix ». C'est-à-dire qu'en fait on interprète comme des espèces de volontés individuelles, ce qui en fait relève de la nécessité de s'exiler parce qu'il n'y a plus de place pour les personnes qui ont parlé.

6:08
Erwan Balanant

Et pourquoi ne pas avoir convoqué, pourquoi ne pas avoir auditionné des hommes ou des femmes publiquement mis en cause, des Benoît Jaco, des Gérard Depardieu, des Philippe Cobert, qui pourraient raconter en quoi cette mise en cause d'abord médiatique a saccagé leur réputation, leur carrière, piétiné la présomption d'innocence puisque ça a été un des débats aussi de cette commission.

6:27
Sandrine Rousseau

Oui mais tout simplement parce qu'il y a des règles et on a appliqué à la lettre les règles d'une commission d'enquête. Nous ne devons pas empiéter sur le domaine judiciaire et nous ne l'avons pas fait. On peut relire toutes les auditions, on ne prendra pas en défaut là-dessus.

6:38
Erwan Balanant

Parce qu'il y a une tribune signée par 19 avocats qui sont des avocats à la Cour de Renon et qui vous accusent de ça justement, d'un dangereux mélange des genres.

6:46
Sandrine Rousseau

Ben non, moi je les invite plutôt à lire ce qu'on a produit et à lire les auditions. Ils verront qu'on n'est jamais rentré sur ce terrain-là. Et justement ce genre de réflexion c'est aussi la minimisation et la négation de la réalité. Et cette réalité, il faut la dire pour que ça puisse changer.

7:02
Locuteur non identifié

Et je vais vous dire, si on avait mordu sur le terrain de la présomption d'innocence, si nous avions fait des procès à la place de la justice, et d'ailleurs ça nous a été reproché certaines fois de ne pas aller assez loin dans la confrontation avec les personnes avec lesquelles nous étions face à face dans les auditions, et bien si nous avions fait un pas de côté, il serait tombé sur nous, mais je le dis, comme des hyènes pour invalider tout le travail de la commission. Parce qu'en fait moi j'avais le sentiment qu'on n'attendait que ça. Donc nous nous sommes astreints à une discipline. Par contre nous avons posé une lecture politique, évidemment,

7:34
Erwan Balanant

puisque c'était aussi l'objet de cette commission. 86 propositions pour tenter de réguler, d'encadrer, voire de légiférer dans ce milieu. Il y a vraiment une partie très très importante qui est consacrée dans ce rapport au travail des enfants. Il y a notamment tous les sévices commis dans les chorales pour enfants, la maîtrise des hautes scènes. Vous titrez un gâchis humain et un désastre moral. Il y a aussi des actrices comme Nina Meurice qui racontent comment on lui a fait tourner ses premières scènes d'agression sexuelle à l'âge de 10 ans, sans jamais rien lui expliquer et qu'elle gardera ce souvenir à vie.

Mais vous le dites, en réalité il n'y a pas assez d'inspection, il n'y a pas assez de médecine du travail, il n'y a pas assez de structure.

8:16
Locuteur non identifié

Non, et puis il n'y a pas aussi de suivi post-tournage parce qu'une fois, par exemple, quand Sarah Forestier raconte qu'à 15 ans on lui a demandé dans un casting de mettre un œuf dans son vagin pour savoir si elle était capable de le faire, alors qu'il n'y avait aucune scène de cet ordre-là dans le film en question, c'est absolument scandaleux et c'est absolument inadmissible. Les castings d'ailleurs, les castings c'est au cœur de vos... Absolument, mais surtout juste après un film, quand un enfant tourne, un enfant qui, par exemple, a été violé, dont le rôle est un enfant violé, quel est l'impact sur son psychisme après ?

Là, il n'y a pas du tout de suivi et donc ça fait partie évidemment des choses qu'il y a là-dedans. Les castings ?

8:57
Sandrine Rousseau

Oui, les castings, il faut que les castings se fassent dans des lieux prévus à cet effet, des bureaux et non pas des castings sauvages. Quand il y a un casting sauvage, quand parfois un directeur de casting rencontre un talent, qu'il le fasse venir dans un lieu approprié et avec plusieurs personnes. Parce qu'on l'a vu, il y a des castings où des gens ont profité encore une fois de leur pouvoir pour abuser ou pour mettre de la pression sur quelqu'un ou pour échanger contre bon service, si vous voyez ce que je veux dire. Donc, il y a une régulation nécessaire et on doit aussi réguler le rôle des agents.

Les agents, depuis quelques années, n'ont plus de statut et n'ont plus d'obligation de cartes professionnelles et je pense qu'il faut le faire parce que l'agent sera à l'interface entre le talent et la production.

9:44
Locuteur non identifié

Et d'ailleurs, nous avons fait une action au nom de la commission d'enquête auprès de l'autorité de la concurrence pour vérifier que les conditions de la concurrence sont respectées concernant les agents puisque les agents ont des énormes portefeuilles et que quand ils ont des personnes soupçonnées d'agression dans leur portefeuille, ce sont les victimes de ces personnes qui s'en vont de leur portefeuille. Et donc, ça fait partie des questions qui vont être... Sandrine Rousseau, Erwan Balanant, merci à tous les jours. Merci à vous. Merci à vous beaucoup. Merci à vous.