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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 3 mars 2020 24 min

Bruno Retailleau : "Je pense que Paris devrait rappeler son ambassadeur d'Ankara"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-9. Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin dans le grand entretien du 7-9 le président du groupe Les Républicains au Sénat. Vos questions, vos réactions au 01 45 24 7000 sur les réseaux sociaux et l'application mobile de France Inter. Bruno Retailleau, bonjour.

0:23
Bruno Retailleau

Bonjour Nicolas Demorand.

0:24
Présentateur

Et merci d'être à notre micro ce matin. Les motions de censure déposées après le recours par le gouvernement au 49-3, la réforme des retraites qui va arriver au Sénat de tout cela. On va longuement parler dans quelques instants. Mais d'abord la situation en Syrie avec la guerre et cette catastrophe humanitaire majeure à laquelle on assiste à Idlib. Et ce contexte, la Turquie qui ouvre sa frontière et laisse 13 000 migrants qui étaient sur son sol prendre la route de l'Europe. Le président Erdogan menace d'en laisser passer des millions. A posteriori, pour commencer Bruno Retailleau, l'Europe n'a-t-elle pas commis une erreur majeure en 2016 en déléguant à la Turquie la gestion des migrants ?

En s'en lavant les mains, elle prêtait le flanc au chantage. Y sommes-nous ?

1:12
Bruno Retailleau

Écoutez, je l'avais dit, je crois que je l'avais dit même à votre micro, l'accord de mars 2016 en réalité organisait déjà le chantage. Et M. Erdogan est fort de nos propres faiblesses, c'est clair. Je crois qu'il faut désigner M. Erdogan tel qu'il est. Il n'est pas un allié. Voilà. Il est un ennemi ? En tout cas, il se comporte comme un adversaire. Ça a été le cas avec l'État islamique puisqu'il a mené une agression contre nos alliés qui étaient kurdes. Il n'a demandé à personne. Il a parlé ensuite de quitter l'OTAN. Il a commandé des missiles solaires soviétiques. Ensuite, il demande à l'OTAN de venir le secourir. Chantage avec l'Europe.

Et vis-à-vis des migrants, il les instrumentalise parce que vous savez que des cas ont été organisés pour les fameux 13 000 migrants. Ce ne sont pas d'ailleurs des migrants syriens qui sont poussés aujourd'hui de la poche d'Idlib. Il y en a quelques-uns. Mais malheureusement, il y a aussi des Afghans. Il y a des Somaliens, etc. Donc, c'est quelque chose, je crois, qu'il faut dénoncer. Moi, j'attends de Paris. J'attends de l'Europe la plus grande fermeté. Je pense que Paris devrait rappeler son ambassadeur Tanqara. Je pense que l'Europe devrait mettre fin pour parler d'adhésion.

Je pense aussi que l'OTAN devrait clairement dire que l'article 5, justement, du traité de l'Atlantique, qui organise entre nous la solidarité entre les nations adhérentes, n'a pas cours. Parce qu'on ne peut pas sauver quelqu'un contre lui-même. Ce n'est pas possible.

2:40
Présentateur

Emmanuel Macron a dit dans un tweet avant-hier qu'il fallait aider la Grèce et la Bulgarie. On a vu hier des images de gardes-côtes grecques faisant violemment barrage aux embarcations de migrants. On a vu ce matin d'autres images où la situation est extrêmement tendue à la frontière entre les migrants et les douaniers grecs. On fait quoi concrètement pour les 13 000 migrants qui, aujourd'hui, sont en train d'arriver sur les côtes grecques et bulgares ? On fait quoi avec eux ?

3:06
Bruno Retailleau

Je pense que le blocage, on doit être très ferme. Parce que si nous ne sommes pas fermes, c'est un signal qui sera adressé, M. Erdogan, en joue avec les passeurs. On donnera l'autorisation aux passeurs de faire n'importe quoi et de transporter des dizaines, des dizaines de milliers et peut-être plus d'un million. Vous vous souvenez qu'au moment de l'été 2015, c'était près d'un million qui avait débarqué en Europe. Et ça causait une déstabilisation de l'Allemagne, notamment.

3:32
Présentateur

Ça veut dire quoi ?

3:33
Bruno Retailleau

Ça veut dire qu'être ferme ? On aide la Bulgarie, mais la Bulgarie est assez bien protégée. Mais on aide, bien sûr, avec les gardes-côtes, avec Frontex et plus, s'il le faut, la Grèce. Première chose, on garde vraiment nos frontières européennes. Deuxième chose, on ne s'interdit pas, parce que Schengen l'autorise, de rétablir un certain nombre de contrôles à nos frontières. Elles sont d'ailleurs, depuis les attentats, très largement rétablies. Mais on organise les choses, il n'est pas question de faire preuve de la moindre faiblesse, parce qu'il en va de la déstabilisation de nos propres sociétés. Regardez ce qui s'est passé depuis en Allemagne.

Il y a eu Cologne, il y a eu la montée de l'extrême droite, et aujourd'hui, on ne peut plus prendre ce risque.

4:16
Présentateur

Ces images de gardes-côtes, ces images aux postes frontières terrestres, là, est-ce qu'elles vous choquent ?

4:24
Bruno Retailleau

Bien sûr qu'elles sont choquantes. Bien sûr qu'elles sont humainement choquantes. Bien sûr. Mais la politique, c'est de faire en sorte qu'on n'ait pas de plus grand désastre humain. Le plus grand désastre humain, ce serait de pousser un million de réfugiés à nouveau en Europe, qui déstabiliseraient une fois de plus et créeraient des guerres civiles dans nos propres pays. Voilà où on en est.

4:42
Présentateur

L'ONU considère que ce qui se passe aujourd'hui en Syrie est la pire horreur humanitaire du XXIe siècle. Le régime de Bachar el-Assad, soutenu par les Russes, cible les hôpitaux et les écoles, fait vivre un enfer à la population d'Idlib, fait fuir ces Syriens et les met en route vers l'exil et vers l'Europe. A part regarder ça avec horreur, dénoncer, signer des tribunes, que peut faire l'Europe face à ça ? Parce qu'à la fin, les exilés, ils sont en Turquie et aujourd'hui aux portes de l'Europe, parce qu'il y a une guerre en Syrie et c'est ça à l'origine.

5:11
Bruno Retailleau

La fermeté avec M. Erdogan. Je pense qu'il faut lui tenir un langage de fermeté. Il a une extrême conscience du rapport de force et si nous n'organisons pas ce rapport de force avec lui, y compris d'ailleurs jusqu'à des sanctions qui pourraient fragiliser son propre pouvoir, il a une haute conscience de ce rapport de force. Et je pense qu'encore une fois, je le redis, la force de M. Erdogan, c'est notre propre faiblesse. Maintenant, ce que je veux dire aussi, c'est qu'il y a une faute, évidemment, de la Turquie. Il y a une faute des Américains qui ont laissé le champ libre à la Turquie avec le retrait qu'a ordonné M. Trump. Donc, on a une cascade.

Il y a même une faute de la France qui a totalement disparu de la zone syrienne. La voix française s'exprime, mais elle ne porte plus parce qu'on s'est allié et on s'est aligné sur les Américains depuis M. Hollande. Alors que la voix de la France, ça doit être une voix indépendante, capable de parler aux uns et aux autres. C'est là que la France, elle est utile. Elle est utile pour la paix, mais à cette condition du non-alignement.

6:09
Présentateur

Aujourd'hui, donc, venons-en à la question du 49-3. Le Premier ministre engage la responsabilité du gouvernement. Deux motions de censure ont été déposées, l'une par la droite, l'autre par la gauche. Alors, le 49-3, il a été utilisé, Bruno Retailleau, 89 fois sous la Ve République pour permettre à des gouvernements de dépasser un enlisement parlementaire et faire passer des textes. Est-ce qu'au fond, vous comprenez la décision d'Edouard Philippe d'utiliser cet outil constitutionnel face à un mur qui était haut de près de 42 000 amendements ?

6:48
Bruno Retailleau

Le 49-3 répond à l'obstruction, mais le gouvernement, l'exécutif, s'est rendu complice de l'obstruction parce qu'il existe dans notre droit parlementaire ce qu'on appelle le temps programmé. Et s'il n'y avait pas eu tant d'amateurisme, il aurait suffi de ne pas se précipiter, d'utiliser ce temps programmé et il n'y aurait pas eu d'obstruction. Le temps programmé, c'est l'échec à l'obstruction. Comme par hasard, le gouvernement n'a pas utilisé ce que lui donne le droit parlementaire. Et donc, il s'est retrouvé dans cette situation-là. Voilà. Et il y a le 49-3. Je veux simplement dire deux choses. La première, c'est que M. Emmanuel Macron, après les Gilets jaunes, a pris un engagement.

Il a voulu placer, sous le signe du dialogue, le deuxième acte du quinquennat. Et en fait, de dialogue, on a le 49-3. Première chose. La deuxième chose que je veux dire, c'est que sans doute que la Constitution donne le droit du 49-3, la possibilité, la faculté du 49-3 Premier ministre. Mais l'esprit de la Constitution lui donne aussi des devoirs. Le devoir d'abord de la clarté pour une réforme qui va impacter tous les Français. Pour une réforme qui va défaire ce que nous avons mis 75 ans à faire, depuis Général De Gaulle et aussi les autres partis communistes et autres. C'est le pacte social français. Et non seulement il y a ce devoir de clarté, or il contourne le Parlement.

Plus personne ne comprend rien à cette réforme. Et on y comprendra encore moins, puisque ça n'a pas été éclairé par le débat du Parlement. Mais il y a aussi un devoir d'unité. Quand vous retirez la parole au Parlement, le risque c'est quoi ? Le risque c'est que le débat se déroule dans la rue, avec autrement plus de violence. C'est ce que je reproche à Emmanuel Macron. C'est qu'il ne s'est pas saisi de toute sa dimension présidentielle.

8:26
Présentateur

Lui dit, pardon Bruno Retailleau, lui dit, et le gouvernement disent, on a voulu le débat, mais passer 70 heures pour faire voter un article, c'était impossible.

8:37
Bruno Retailleau

Non mais d'abord, non ça n'est pas crédible. Emmanuel Macron avait dit, vous savez, c'est la mère de toutes les grandes réformes. Or cette réforme fondamentale pour tous a été marquée à chacune de ses étapes par l'échec, par le ratage. Les deux ans pour rien de M. Delvoye. Un passage totalement raté au Conseil d'État. Ensuite, un débat parlementaire tronqué, puisqu'il a commencé en parallèle de la conférence des financements. Comment voulez-vous débattre sans connaître l'économie générale du projet ? Vous savez que la commission spéciale s'est arrêtée au bout du 25e article, à mi-chemin. Et là, l'Assemblée s'est arrêtée au bout du 7e article.

Et j'espère que, comme nous l'avons demandé avec Gérard Larcher, le gouvernement va nous permettre de débattre de façon éclairée.

9:21
Présentateur

Le texte arrive au Sénat, vous avez croisé Marc Fénaud dans les couloirs. Le texte arrive au Sénat, vous lui avez demandé effectivement s'ils allaient repousser le calendrier comme vous le demandez, c'est-à-dire jusqu'à la fin de la conférence de financement, puisque vous dites, il est logique qu'on vote un texte sur lequel on connaît le financement. Et pour l'instant, on ne connaît pas comment ce texte va être financé. Il vous a répondu quoi dans le couloir ?

9:42
Bruno Retailleau

Non, mais rien, rien. L'Assemblée nationale, résumons-nous, l'Assemblée nationale a commencé à débattre, et elle a terminé de débattre d'ailleurs, sans avoir la connaissance du financement des retraites. C'est un problème lourd, puisque à la conférence de financement, un document qui a été remis portait à 113 milliards d'euros le déficit entre 2018 et 2030. C'est lourd pour les retraites de demain. Donc comment voulez-vous que l'Assemblée, la deuxième saisie, la seconde même, qu'il n'y aura pas de troisième évidemment, c'est le Sénat, si on commence à débattre sans avoir conscience, en tout cas connaissance du financement ? C'est impossible.

Parler de retraite sans parler et discuter de financement, ça ne sert à rien. Donc je demande au gouvernement de décaler de 15 jours. On est même prêt, vraiment, gage de notre bonne volonté, à donner au gouvernement, vous savez qu'on a des semaines de contrôle d'initiative, je sais que le gouvernement est très serré dans son agenda, on est prêt à lui permettre d'utiliser nos propres semaines de contrôle et d'initiative, pour desserrer cet étau des calendriers. C'est pour le bien des Français.

10:42
Présentateur

Il ne vous a pas répondu rien pour tout dire, pour dire la vérité. Il vous a dit, il faut qu'on vote le texte avant l'été, il faut qu'on vote le texte avant l'été.

10:49
Bruno Retailleau

C'est vous qui le dites, je le confirme. Bien sûr, bien sûr, mais c'est le pacte social. Les retraites, vous, moi, ça concerne tout le monde, et c'est essentiel. Comment peut-on, comment dirais-je, pour une réforme aussi lourde, faire dans la précipitation, quand toutes les étapes, encore une fois, auront été totalement ratées ? Ce que je voulais dire en parlant d'Emile Macron, c'est que je pense que la société française est profondément fracturée, et malheureusement, on en rajoute. Il devrait se saisir de cette dimension présidentielle qui fait de lui aussi le père de la nation.

11:24
Présentateur

Bruno Retailleau, si jamais la conférence de financement devait s'accorder sur un âge pivot à 64 ans, est-ce que le texte serait alors, pour vous, acceptable ?

11:34
Bruno Retailleau

Non, il n'est pas acceptable. Il n'est pas acceptable, c'est une mauvaise réforme. C'est une mauvaise réforme parce qu'elle est faussement universelle. Vous vous rendez compte qu'on va créer un régime spécial pour les riches, qui vont payer trois fois moins de contributions de solidarité qu'avant, à partir de trois plafonds, et qui vont pouvoir organiser une capitalisation.

11:51
Présentateur

Mais qui existe déjà ?

11:52
Bruno Retailleau

Non, ça n'existe pas.

11:53
Présentateur

Elle existe déjà, la capitalisation ?

11:55
Bruno Retailleau

Non, elle existe peut-être. Mais aujourd'hui, ceux qui gagnent plus de huit plafonds de la sécurité sociale, en gros, plus de 300 000 euros, cotisent près de 10%. Demain, à partir de 120 000 euros, c'est-à-dire de trois plafonds de la sécurité sociale, ce sera plus de 10%. Ce sera trois fois moins. 2,80%. Plutôt que 28%.

12:13
Présentateur

Vous parlez comme Thomas Piquet, Tibre, Norethmeyo.

12:15
Bruno Retailleau

Peut-être, mais je crois, je vais vous dire, je pense que, je disais à l'instant que nous sommes écartelés par nos divisions. Je pense que ce que nous devons retrouver, c'est le commun. Et le commun, c'est la sécurité sociale. Notre modèle social, c'est le commun. Et je vois bien que ce gouvernement est en train de vouloir créer une sécurité sociale à deux vitesses. L'une pour les très riches et une autre pour les autres. C'est très injuste aussi. Injuste pour les fonctionnaires modestes, comme on dit, de catégoriser. Pour les femmes qui seront les grandes perdantes. Pour les avocats. Pour les infirmières libérales que j'ai reçues il y a quelques jours. Cette réforme, elle est mauvaise.

Mais je crois que, je ne dirais même pas que le gouvernement a souhaité qu'elle soit mauvaise. Je pense que le gouvernement ne la maîtrise pas. C'était un fantasme de bureaucrates français qui ont voulu organiser un grand soir une sorte de jardin à la française des retraites. Et ils se sont lamentablement plantés.

13:03
Présentateur

Enfin, un fantasme de bureaucrates français et de la CFDT.

13:07
Bruno Retailleau

Oui, mais enfin, c'est pas la CFDT.

13:09
Présentateur

C'est un projet à l'origine qui est porté par la CFDT. Bien sûr.

13:12
Bruno Retailleau

La CFDT avait aussi porté les 35 heures. Je ne suis pas sûr que les 35 heures aient été une grande trouvaille. Notamment pour ceux du bas de l'échelle.

13:20
Présentateur

François Ruffin, encore un mot, dit qu'une motion de censure, ça ne sert à rien. François Ruffin, insoumis, évidemment, et qu'il faut dissoudre l'Assemblée. Il a tort ?

13:31
Bruno Retailleau

Non, on peut dire, je ne commente pas les commentaires de M. Ruffin. Il y a une motion de censure. Il y en a même deux. Une motion de censure procédurale vis-à-vis de la gauche. Moi, je suis très heureux. Je voudrais d'ailleurs le remercier, le féliciter de son combat que Damien Abad présente une motion de censure qui soit une motion de censure sur le fond, avec des propositions. Et ce que nous ferons au Sénat, c'est que nous allons examiner, bien sûr, le projet, mais nous allons l'examiner de façon chirurgicale. Article par article, pour démontrer aux Français ce en quoi il est mauvais. Et croyez-moi, il y a plein de questions qui restent sans réponse.

Nous contraindrons le gouvernement à apporter ces réponses.

14:09
Présentateur

Près de 200 Français contaminés par le coronavirus. Est-ce que, selon vous, Bruno Retailleau, le gouvernement gère bien cette crise sanitaire qui est en plein développement ?

14:20
Bruno Retailleau

J'ai, comme vous l'avez vu, suffisamment d'occasion de critiquer le gouvernement pour ne pas le critiquer quand je n'ai pas d'argument pour le faire. Rien ne m'indique aujourd'hui que le gouvernement gère mal cette épidémie. Je pense qu'il faudra faire attention à la coordination. Hier soir, j'étais en ligne avec un de mes sénateurs de l'Oise. Il me disait, attention, parce qu'il y a des communes où l'école est ouverte, parce qu'elle dépend de l'éducation nationale, mais la cantine ou le périscolaire sont fermés parce que ça dépend du maire. Donc, je crois qu'il faudra, à un moment donné, avoir une coordination pour rendre les choses lisibles.

Et je crois que, pour que les Français, comment dirais-je, acceptent un certain nombre de règles, il faut que ces règles-là soient de bon sens, qu'elles puissent être comprises par tous.

15:04
Présentateur

Nicolas parle de crise sanitaire, c'est aussi une crise économique qui s'annonce. Bruno Le Maire a déclaré, elle indique, l'impact de l'épidémie du coronavirus sur la croissance serait beaucoup plus significatif qu'initialement prévu. La prévision de croissance est déjà revue à la baisse, elle devait être de 1,2% en 2020, elle sera finalement de 0,9%, c'est moins 0,3%, c'est beaucoup. Est-ce que vous êtes inquiet ?

15:25
Bruno Retailleau

Bien sûr qu'il y a de l'inquiétude. Bien sûr, ça nous ramène d'ailleurs au sujet des retraites, puisque quand je vous parlais des 113 milliards d'euros de déficit, c'est avec une hypothèse de 1,3% de croissance. Donc, vous voyez bien qu'on est à la merci d'un certain nombre de signes noirs, comme disent les économistes, c'est-à-dire de chocs sur notre économie. Ce que je veux dire aussi, c'est qu'on voit bien qu'il faut accepter une plus grande autonomie. Je pense que la mondialisation est allée trop loin.

Il y a la question climatique avec l'empreinte carbone, et il y a la question, par exemple, la Chine, on a découvert tout à coup que le monde est dépendant de la Chine pour 90% de la pénicilline. J'ai demandé au Premier ministre, qui nous a réunis mercredi dernier, un plan européen et français de relocalisation des médicaments, de la fabrication de médicaments, en Europe et en France.

16:10
Présentateur

Avec la crise du coronavirus, et à cause de la peur qu'elle suscite à travers le monde, on voit, on en parle, à l'instant, l'économie ralentir, des points de croissance se volatiliser, les avions se vider, la question, là aussi, vous venez de le dire, de la relocalisation industrielle se reposer. On voit aussi des images spectaculaires de la NASA, avec une baisse drastique de la pollution au dioxyde d'azote en Chine. Les comparaisons d'une image à l'autre sont stupéfiantes.

Le coronavirus, c'est un scénario noir, mais si on regarde, Bruno Retailleau, les choses d'une autre perspective, est-ce qu'on n'a pas sous les yeux ce que devra être l'économie de demain pour lutter contre la crise climatique ? Une économie plus lente ? Une économie relocalisée ? Une économie décroissante ?

17:01
Bruno Retailleau

Non, une économie décroissante, je n'y crois pas. Je pense, moi, et je travaille actuellement sur le concept...

17:07
Présentateur

Si on fait un peu de prospective.

17:08
Bruno Retailleau

Oui, d'écologie humaine. Je pense que l'écologie humaine, c'est quoi ? C'est une écologie qui se marie avec le génie de l'homme. Je pense que, par exemple, sur l'hydrogène, on a tant de choses à dire. Je pense que le génie humain peut réussir, justement, à relever ces défis-là. Je pense que l'écologie, ça ne doit pas être une religion dégradée, si j'ose dire. Je crois que la raison doit nous permettre de traiter un certain nombre de problèmes. En revanche, il va falloir changer beaucoup, beaucoup de nos comportements. Je parlais tout à l'heure de la mondialisation. C'est évident qu'aujourd'hui, les grands accords de libre-échange, on doit les réexaminer. Moi, je suis contre le CETA.

J'attends d'ailleurs que le gouvernement, puisque l'Assemblée s'est prononcée pour, et on attend pied ferme le CETA au Sénat. Parce que je pense que ça n'a plus rien à voir. On demande à nos agriculteurs des pratiques de grande qualité et on importerait des produits qui ne respectent pas ces pratiques. C'est un monde de fous. Et on pousse au suicide des gens, de cette façon-là. Donc je pense que vous avez raison. Je ne crois pas à une écologie qui conduirait vers une décroissance. Parce que ça conduirait à un appauvrissement.

18:06
Présentateur

Vous dites qu'il faut remettre en cause la mondialisation, mais pas aller jusqu'à la décroissance. C'est ce que vous dites, en fait ?

18:12
Bruno Retailleau

Bien sûr, bien sûr. Et on le peut parfaitement. Bien sûr. Et on voit déjà.

18:16
Présentateur

C'est-à-dire qu'on peut rompre nos accords de libre-échange, tels qu'ils sont aujourd'hui, sans perdre de points de croissance, vous pensez ?

18:23
Bruno Retailleau

Je pense, en tout cas, je discutais avec des économistes cet été. On voit bien que les accords de libre-échange, si vous voulez, ont été un peu de poudre aux yeux. On voit bien qu'il y a une fameuse courbe de l'éléphant, en réalité. Ils ont sans doute permis de sortir de la pauvreté des masses de l'humanité, par exemple en Chine, mais ils ont appauvri notre classe moyenne. Et on voit bien qu'aujourd'hui, les accords de libre-échange procurent très, très peu de dixièmes de points de croissance. Donc, je crois qu'il faut réexaminer notre modèle de croissance.

Alors, ça intervient aussi, puisque dans le coronavirus, on a beaucoup de choses qui dépendent de nous-mêmes, c'est-à-dire ne pas se serrer la main, etc. Je ne vous ai pas serré la main, je le regrette. Léa, je ne vous ai pas embrassé ce matin, je le regrette aussi, bien sûr. Mais vous ne m'embrassez jamais. Non, bien sûr, évidemment. Mais ce que je veux dire par là, c'est qu'il y a un comportement individuel, une culture a changé, et nous sommes en train de la changer. Je vois dans mon département, la Vendée, c'est le premier département en matière de tri, par exemple. Je crois que le civisme, c'est important.

19:20
Présentateur

Mais donc, la crise sanitaire, pour vous, n'est pas la répétition générale et hasardeuse de la crise climatique ?

19:26
Bruno Retailleau

Non, parce que là, vous faites de la collapsologie. Non, non, non, je... Là, vous appelez l'apocalypse. J'ai mis l'hypothèse, je vous l'assommais. Si demain, l'humanité entière... Répétition générale. Si demain, l'humanité entière était totalement néantie... Non, mais non, non, non, attention...

19:43
Présentateur

Je parle des conséquences économiques.

19:45
Bruno Retailleau

Bien sûr, bien sûr. Mais en tout cas, sur les conséquences économiques, vous avez raison. Je pense que, aussi bien le changement climatique... J'étais dimanche, qu'on mémorerait les 10 ans de Xintia. Xintia, c'est quoi ? C'est le niveau de mer qui augmente, et c'est des risques de violences climatiques de plus en plus récurrents. Il faut en tenir compte. C'est au niveau de chacun, mais où il y a un modèle économique, progressivement, à faire évoluer.

20:06
Présentateur

Vincent, au standard, nous appelle de Lyon. Bonjour, Vincent, bienvenue.

20:11
Auditeur

Oui, bonjour. Bonjour, François Inter. Bonjour, M. Rotaillot. Bonjour. Concernant la réforme des retraites, et compte tenu de la crise actuelle, je voulais savoir s'il ne vous paraîtrait pas important de demander un référendum d'initiative partagée, comme ça a été le cas sur la question des aéroports de Paris. Je signale d'ailleurs aux éditeurs qu'il y a une pétition qui est lancée par l'Humanité concernant cette question et demandant un référendum.

20:36
Présentateur

Merci, Vincent, pour votre intervention. Bruno Rotaillot vous répond.

20:41
Bruno Retailleau

Écoutez, pendant la présidentielle, il se trouve que la réforme des retraites que nous envisagions à l'époque, nous l'avions pensée sous la forme d'un référendum. Mais je pense que pour que le référendum soit utile, il faut qu'il soit annoncé bien avant, sinon ça se transforme très très vite en plébiscite. Je crois que là où vous avez raison, c'est que je pense qu'aujourd'hui, là où nous sommes à notre stade avancé de notre démocratie, ou parfois peut-être en recul, je pense qu'on ne peut plus avoir uniquement une démocratie représentative intermittente, par exemple tous les cinq ans une élection présidentielle, je pense qu'il faut recourir à des référendums.

Je pense que le référendum d'initiative partagée, on l'a bien vu sur ADP, présente des règles beaucoup beaucoup trop contraintes, pour qu'il puisse être effectif, puisque vous avez je crois un peu plus d'un million de signatures, mais il en réclame plus de quatre.

21:28
Présentateur

Bruno Retailleau, à en croire les sondages, il y a une vraie dynamique Rachida Dati à Paris. Est-ce que Rachida Dati incarne à vos yeux l'avenir de la droite ?

21:36
Bruno Retailleau

En tout cas, je vais vous dire, la leçon c'est qu'en politique, pour être reconnu, il faut être reconnaissable. Rachida Dati fait campagne sur des fondamentaux, la sécurité, la propreté, les familles, et donc ces marqueurs-là, notre électorat, en réalité, les reconnaît. Ce n'est pas comme un certain nombre de nos amis qui essaient de se dire, non, non, moi cette droite, voilà, on essaie de se rapprocher d'En Marche, ou on fait un petit peu côté gauche. Non, elle assume. Ben voilà, je pense qu'aujourd'hui, ce langage de vérité, le fait d'assumer ses convictions, c'est un atout, et on voit bien que nos électeurs, progressivement, la reconnaissent, nous reconnaissent, et reviennent vers nous.

22:21
Présentateur

Encore une question d'auditeur, cette fois via l'application de France Inter, c'est Jeanne qui vous la pose. Pensez-vous, comme Lambert Wilson, que Roman Polanski subit un lynchage médiatique ? Bruno Retailleau.

22:34
Bruno Retailleau

Je suis en réalité très mal à l'aise, vous voyez, j'ai pour partie regardé cette cérémonie, et je comprends parfaitement, puisqu'elle a eu ce traumatisme, la réaction d'Adèle Haenel. Ce que je n'ai pas compris du tout, c'est qu'il y a quand même une indignation un peu sélective. L'adjli, misérable, a été condamnée, je crois, pour séquestration, pour enlèvement. Donc, on a le sentiment de deux poids, deux mesures. J'ai été aussi très très très choqué par un discours racialiste, quand j'ai vu cette actrice talentueuse...

23:03
Présentateur

Aïssa Maïga.

23:04
Bruno Retailleau

Aïssa Maïga, compter les Noirs dans la salle, mais où en est-on ? Je me faisais cette réflexion. Je suis certain que dans cette salle, il y a beaucoup de contenteurs du cinéma américain, qui récusent l'influence du cinéma américain. Je suis sûr que c'est les premiers qui importent les mauvaises pratiques radicales des campus américains. Voilà ce que j'ai à dire. Merci Bruno Retailleau,

23:25
Présentateur

merci M. le Président du groupe Les Républicains au Sénat d'avoir été au micro d'Inter ce matin.