L'invité d'Apolline Matin : Emmanuel Macron, une fin de règne loin des promesses du début ? - 23/10
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Attaque 80 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 75 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:17OuverteÉludée
Comment un président élu pour faire barrage aux extrêmes termine-t-il dans une France aussi fracturée ?
- 1:38OuverteRéponse directe
Est-ce que c'est sur ce vide que prospèrent les extrêmes ?
- 2:39RelanceRéponse partielle
Est-ce que vous diriez que c'est un échec ou que ça n'a pas marché ?
- 4:37RelanceRéponse directe
Est-ce qu'Emmanuel Macron n'a pas plutôt été un barrage contre l'extrême droite ?
- 5:50OuverteRéponse directe
Sur ce terrain-là, vous dites que Jean-Luc Mélenchon profite aussi de tout ça ?
- 6:50OuverteRéponse partielle
Qu'est-ce qu'on va retenir d'Emmanuel Macron ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 6:54Locuteur 6Fait
« On en est aujourd'hui avec un taux d'emprunt qui augmente, une dette qui explose, une croissance en berne. »
- 8:57InvitéFait
« La Russie est en tournant aussi. »
Temps de parole
- Invité28 %
- Invité 227 %
- Présentateur24 %
- Locuteur 213 %
- ?3 %
- Locuteur 63 %
- Locuteur 32 %
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Vous
écoutez
R
.M.C. Contraste. Il y a une semaine, jour pour jour, le couple présidentiel était au concert de Céline Dion à la veille d'un mouvement social qui a frappé le pays. Par son ampleur, bien sûr, mais aussi par ses violences, par la casse, les pillages et l'ultra-gauche venu pour en découdre. Comment un président élu, pour faire barrage aux extrêmes, termine-t-il ces deux quinquennats dans une France aussi fracturée ? Gérard Davé, Fabrice Tombe, bonjour. Bonjour. Vous
êtes
grand reporter au journal Le Monde. Depuis les dernières années du mandat de Nicolas Sarkozy, vous êtes devenu des chroniqueurs au long cours des mandats présidentiels. Sarko m'a tué, le traître et le néant. Ou bien sûr, un président ne devrait pas dire ça, qui est presque devenu une expression courante. Vous avez marqué de vos enquêtes la fin des trois quinquennats précédents. La convergence des colères, des manifestations aux revendications multiples, un pouvoir débordé, cette rage même, c'est une fin de règne
?
Oui,
c'est assez fascinant. Vous parliez tout à l'heure d'Emmanuel Macron,
qu
'on a aperçu au concert de Céline Dion la veille des émeutes. Ça fait penser, sans tomber dans la caricature, à Louis XVI, qui réparait ses mécanismes d'horlogerie en 1789.
Monsieur Arthur Chevalier, écoute attentivement.
Pendant que le
peuple mourait de faim. Il y a un côté faim de règne, puis il
y a
un côté aussi déconnexion ultime. Il est allé au-delà de ce qu'on pensait qu'il irait.
Alors, vous publiez « Le complot contre la France », c'est chez Flammarion, une enquête sur la déferlante d'extrême droite dans les milieux financiers et médiatiques notamment. Et j'ouvre le livre, je passe la dédicace que vous m'adressez, parce que par honnêteté pour nos auditeurs, je tiens à préciser que je fais partie des témoins que vous avez interrogés. On est 300, ça fait du monde. Mais dès la première page, vous parlez du vide laissé par dix années de macronisme. Est-ce que c'est sur ce vide que prospèrent les extrêmes ?
Oui, exactement. C'est pour ça qu'on a fait ce livre. En réalité, on avait fait, il y a cinq ans, le traître et le néant qui revenaient, on va dire, sur l'ascension d'Emmanuel Macron, sur ses débuts, sur son premier mandat. Et puis, on concluait sur le fait qu'on ne voyait pas trop bien où il allait, ou plutôt, il allait sans doute dans le décor. Les faits nous ont donné raison plus qu'on imaginait.
Et on a voulu raconter ce qui s'était passé, notamment dans ce deuxième mandat, c'est-à-dire ce que vous disiez, cette espèce de vide qui est un vide idéologique, dans le sens où Macron n'a jamais réussi à construire un parti, n'a jamais réussi à faire comprendre où il voulait emmener la France, et également un vide, on va dire, social, moral, qui profite, c'est toujours vrai dans l'histoire, aux extrêmes. En l'occurrence, surtout à l'extrême droite, mais aussi à la gauche radicale qu
'on voit
dans les rues
aujourd'hui. Bien sûr, les sondages, je donne
les deux pour l'instant, c'est le scénario que donnent les sondages. Alors, je voudrais qu'on revienne au 7 mai 2017, soirée électorage, barrage républicain. Emmanuel Macron bat Marine Le Pen une première fois. Rappelons son serment.
Je protégerai la République, mais je ferai tout durant les cinq années qui viennent pour qu'il n
'y
ait plus aucune raison de voter
pour
les extrêmes.
Est
-ce que vous diriez que c'est un échec ou que ça n'a pas marché
? C
'est un échec, mais éventuellement un échec volontaire. Je m'explique, en 2012, en 2017 même, elle est à 21% je crois au premier tour. En 2012, elle était à 17% je crois. Aujourd'hui, elle est donnée à 38% au premier tour. Il s'est passé quelque chose. Ce quelque chose, il y
a
aussi le fait qu'Emmanuel Macron a passé son temps à jouer avec les institutions et également avec les humeurs des Français. Il a prospéré.
Il
a joué avec le feu en réalité et qu'il a une responsabilité directe dans cette
franchise. Au
total, ça a commencé, on a noté par exemple un point de bascule important qui était l'interview donnée par Emmanuel Macron au magazine Valeurs Actuelles d'Extrême Droite en 2019 où il parle d'immigration. Ça, ça a beaucoup choqué dans son coin et il envoyait des signaux qui étaient quand même...
Dans
son coin, y compris auprès de ses conseillers, c'est un trauma que vous racontez. Oui, il y
a
eu des larmes à l'Elysée et nous avons l'ex-ministre de la Culture, Rima Doulmala, qui nous explique que concrètement, ça a été vraiment pour elle un point de bascule. Et puis, il y
a
aussi, évidemment, la dissolution. Et là, on a des gens qui nous expliquent très clairement, des proches de Macron, qui nous expliquent très clairement que dans son esprit, il était fort possible qu'il ait voulu mettre le Rennes au pouvoir. C'est
François
Patria, que vous citez, qui
est décédé depuis. L'idée de mettre le Rennes au pouvoir pour revenir plus fort derrière. Oui, son envoi de nous dire que 2032 est son réel objectif. Arthur Chevalier.
Oui, je vous trouve assez injuste parce que, dans les faits, la montée des extrêmes droites, en l'occurrence en Europe, elle est quand même massive. Et au contraire, factuellement, Emmanuel Macron est un des derniers dirigeants, on va dire, sociodémocrates, pardon pour cette expression un peu valise, à avoir battu l'extrême droite. Chronologiquement, c'est le cas avec tout ce qu'en Allemagne, bon, pardon, tout ce qu'en Pologne, en Allemagne, Merch a gagné, mais enfin, il
est
dans une situation délicate et tous les landers tombent entre les mains de
l
'extrême droite les uns après les autres. Est-ce qu'au contraire, si on regarde le contexte européen, est
-ce
qu'au contraire, Emmanuel Macron n'a pas plutôt été factuellement un barrage ? Il a battu Marine Le Pen deux fois, elle est en passe de remporter la prochaine élection présidentielle, et qui sommes-nous pour dire que le responsable, c'est lui, et pas une conjoncture qui touche tout le vieux continent, et peut-être l'Occident d'ailleurs ?
Il y a un contexte, il y a un climat qui n
'est
pas seulement français, qui n
'est
pas seulement européen, qui est mondial. Il
y a
une montée des populismes, personne ne va contester ça, et on n'est pas en train de dire que Macron a créé l'extrême droite en France, évidemment non. En revanche, on le rappelait, il y a une promesse qu'il a faite, c'est l'inverse qui s'est produit. Il a dit qu'il aurait reculé les extrêmes, et il les a fait prospérer. Et nous,
ce
qu'on dit, c'est que même s'il y a un contexte, il ne faut pas être fataliste, on ne
va
pas se dire que l'élection de droite progresse partout, donc il
n'y a
rien à faire. Il y avait sans doute d'autres choses à faire, et nous, encore une fois, on pense qu'il a joué avec le feu de deux manières. D'une part, en ne tenant pas à ce nombre de promesses qu'il avait faites, et qui étaient très fortes. Une des promesses principales d'Emmanuel Macron, je pense, c'était le recul des inégalités, il l'avait dit. Les inégalités de destin, et ça c'est très important pour les Français. L'INSEE fait une étude, une évaluation des inégalités, annuellement, depuis 1996. Ça fait 30 ans qu
'on
fait ça. Sa dernière étude conclut que les inégalités n'ont jamais été aussi fortes en France depuis 30 ans. Jamais. C'est un exemple parmi d'autres. Je me permets,
sur ce terrain-là, parce que
vous
allez avoir des procès en gauchisme, vous dites que Jean-Luc Mélenchon aussi, il profite de tout ce bazar-là. Ça lui
va très bien aussi pour prospérer. Mais totalement, c'est bien pour ça qu'on essaye dans ce livre d'embrasser le paysage politique français en entier. La gauche radicale, en l'occurrence Jean-Luc Mélenchon, non seulement souffle sur les braises, mais fait tout pour se
retrouver en face-à-face avec l'extrême droite. La
fin théorisée et assumée d'ailleurs par le camp macroniste des partis classiques,
qui
étaient à bout de souffle, LR, le PS, etc.
Oui,
mais
au
lieu de construire, ils ont déconstruit tout simplement. On a des pages assez saisissantes dans le livre de Roselyne Bachelot à Marc Ferracci, l'ancien ministre de l'Industrie, qui explique de manière très claire que rien n'a été conçu par Emmanuel Macron parce qu'il ne construit pas autour de lui, parce qu'il refuse de s'entourer de gens qui pourraient éventuellement, à un moment donné, faire la succession classique d'un président à un autre. Mais finalement, je
me pose la question en vous écoutant, qu'est-ce qu'on va retenir d'Emmanuel Macron ? Vous parliez d'échec volontaire de faire monter l'extrême droite. Moi, je peux mettre en avant aussi la question financière. On parlait de lui comme étant le Mozart de la finance. On en est aujourd'hui avec un taux d'emprunt qui augmente, une dette qui explose, une croissance en berne. On va sûrement être déclassé au niveau des agences de notation. Que va-t-on retenir ?
Alors, le Mozart de la
finance, nous, on ne s'est jamais risqué
là-dessus. Oui, ce n'est pas lui qui s'est autoprofondant. Oui, c'est vrai qu'en 2017, tout le monde le vendait comme étant le président de la jeunesse. Il était dédié.
Mais au-delà de ça, c'est vrai qu'il reste une dette abyssale, des déficits abyssaux. Effectivement, il s'est passé quelque chose d'absolument catastrophique sur le plan économique. Ce qu'il restera, et ce n
'est
pas nous qui le disons, c'est nos nombreux interlocuteurs, il restera la vision européenne, il restera le fait qu'il a mené une politique étrangère qui tient à peu près la route. Jacques Attali, je crois, appelle ça le trésor national que les présidents se passent de l'un à l'autre.
C
'est la gestion des affaires extérieures. Dans ce domaine-là, il ne
l'a
pas failli, a priori.
Alors, une nuance, quand même, depuis la dissolution, depuis deux ans, Emmanuel Macron, il y
a
des mots qui sont apparus dans son vocabulaire. Il y a une ligne directrice sur la République, sur la bienveillance, sur l'humanisme qui sont apparus. Dès qu'il a pu agir,
essentiellement
dans des séquences internationales ou commémoratives, il a insisté là-dessus. Je voudrais vous citer juste des mots qu'il a employés, qui, à mon avis, représentent bien quelque chose qui contredit un petit peu le jeu qu'il a pu jouer avec l'extrême droite. Quatre jours avant la panthéonisation de Robert Badinter, dans un entretien au point, j'avoue que j'avais réalisé. La déshumanisation, c'est-à-dire le mal, toutes ces choses qui reviennent en ce moment, c'est ce que combat la République, qui doit incarner
la
bienveillance. Tout le discours sur la panthéonisation de Badinter était taxé là-dessus. Marc Bloch, même chose. Est-ce qu'il n
'a
pas procédé aussi à une clarification vis-à-vis de
l
'extrême droite pendant ces deux dernières années
?
Je ne
sais
pas si c'est le terme que je pourrais... Bien sûr, il n
'y a
pas de problème, mais je ne sais pas si c'est le terme de clarification. Je pense surtout qu'il s'est rendu compte, tardivement, que ce qu'on a décrit précédemment, c'est-à-dire qu'il avait joué une sorte de jeu dangereux, en croyant pouvant manipuler, instrumentaliser l'extrême droite, ne fonctionnait pas et même se retournait contre lui. Donc il a pris conscience qu'il fallait qu'il soit beaucoup plus clair, on va dire, par rapport à ça, et que l'extrême droite était tout simplement un danger. Mais je pense que c'est venu trop tard. La Russie est en tournant aussi.
Parce que quand il a vu l'alliance entre les partis d'extrême droite et la Russie, je pense qu'il
y
a quelque chose qui a twisté dans sa tête aussi de ce point
de vue-là.
L'enjeu, finalement, c'est le débat public. Et c'est vrai que ce matin, on vous a invité pour parler de la situation du pays aussi, dans quel état on est, et du président de la République. Le livre ne parle pas que de ça, bien sûr. Ça précède Emmanuel Macron, finalement. Je voudrais vous faire écouter Dominique de Villepin. J'allais me coucher hier soir. J'allume BFM TV, 22h34, il est en train de débattre avec Marion Maréchal.
Vous
avez gagné la bataille du récit dans notre pays. Vous êtes, vous et le parti que vous soutenez, aux portes de l'Élysée.
Les
idées du RN, d'une droite traditionnelle catholique, de Vincent Bolloré.
Il
faudrait quand même le citer dans cette interview. C'est plus le cœur du livre qu'Emmanuel Macron, d'ailleurs. Ils ont imposé leur récit, finalement.
Oui,
ils l'ont imposé. C'est un fil rouge, Vincent Bolloré, dans ce livre. Parce qu'on raconte, effectivement, de 2021 jusqu'à 2027. On essaie d'expliquer ce qui est en train de se passer. D'ailleurs, le livre se termine par cette phrase. Un complot, ça peut parfois aboutir à une guerre. On n'en est pas si loin. Je pense que... De quoi ?
La guerre civile ?
On n'en est pas si loin.
Les images d'hier ou de la semaine dernière, ça devient, effectivement, assez tendu. C'est le moins qu
'on
puisse dire. Et on a le sentiment, nous, effectivement, que l'extrême droite a prospéré sur ce néant qui a été enfanté par le règne de Macron. Et que cette extrême droite, elle est également propulsée par un empire médiatique qui en tire les bénéfices à bas bruit. Donc, effectivement, tous les ingrédients d'une espèce de fournaise sont réunis.
Alors, vous avez lu la dernière phrase du livre. Je voulais revenir sur la dernière phrase du livre précédent, puisque vous la reprenez. Fin du premier quinquennat, le traître et le néant. En politique plus qu'ailleurs, le vide a rarement vocation à le rester et finit généralement par être rempli par les extrêmes. Il n
'y a
rien qui vous rende optimiste, aujourd'hui ?
Ce qui peut nous rendre optimistes, c'est ce que vous disiez précédemment concernant Emmanuel Macron, c'est-à-dire une prise de conscience. Et nous, ce livre, il est un peu fait pour ça aussi. On n'est pas lanceur d'alerte, mais en revanche, on est là pour éveiller les consciences, pour instruire, informer. Parce qu'on pense qu'il s'est passé des choses dans le pays que tout le monde a vues, que tout le monde a connues, que tout le monde a commentées. Mais il s'en est passé d'autres qui sont restées, j'allais dire, souterraines, qui ont été soit dissimulées, soit qu'on ne s'y est pas trop intéressés.
Et je pense que nous, comme un puzzle, on a réuni toutes les pièces pour donner à voir ce qu'est la France aujourd'hui, pourquoi elle en est là, et pourquoi, évidemment, il est encore temps pour les républicains de réagir tout simplement.
Merci
beaucoup. Gérard Davé, Fabrice Lhomme, vous êtes grand reporter au journal Le Monde, et si on aime la politique,
l
'économie, les médias comme nos auditeurs, vous étiez venu pour les précédents livres d'ailleurs sur RMC, « Lisons complot contre la France », « Complot de puissances économiques, médiatiques et financières pour permettre l'avènement d'une extrême droite française ». C'est chez Flammarion Enquête, c'est votre thèse. Merci d'être venu m'expliquer. Vous nous racontez la fin de mandat, ce que dit la fin de mandat d'Emmanuel Macron en ce moment.