Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 28 octobre 2020 26 min

François Bayrou : "Je ne me prononce pas pour un reconfinement généralisé"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

France Inter, Karine Bécart, Alibadou, le 7-9. Le grand entretien de ce mercredi 28 octobre avec Karine Bécart, notre invité et le haut commissaire au plan, président du Modem et maire de Pau, François Bayrou. Vos questions dans quelques minutes au 01 45 24 7000 ou sur l'application mobile France Inter. Bonjour François Bayrou.

0:22
François Bayrou

Bonjour.

0:23
Présentateur

Merci d'être au micro d'Inter ce matin. Question à l'agrégé de lettres que vous êtes. Le président de la République annoncera, annoncerait le reconfinement ce soir. Il faut employer le conditionnel ou pas ?

0:35
François Bayrou

Je pense qu'il faut employer le conditionnel en tout cas. Pour moi, si je regarde la situation, je vois des choses absolument claires. La première de ces évidences, c'est qu'on ne peut pas ne rien faire. Et c'est quelque chose qu'il faut prendre en compte parce qu'en réalité, la plupart des commentaires, c'est ou laissent entendre qu'on pourrait ne pas agir. Or, ça n'est pas possible parce que ce que nous avons sous les yeux, c'est une épidémie qui galope, qui explose et qui met à l'épreuve notre système hospitalier parce qu'on voit bien que d'ici quelques jours, quelques semaines au maximum, on risque de se trouver dans une situation totalement déstabilisée.

1:29
Présentateur

Et c'était très bien raconté sur les journaux de France Inter, François Bayrou. Le constat est là et nous le connaissons. Pourquoi, dans ces cas-là, employer le conditionnel ?

1:36
François Bayrou

Parce que vous avez employé une expression que, pour ma part, je ne partage pas. Mais on verra ce que les autorités vont décider. Ce que je ne partage pas, c'est reconfinement généralisé. L'idée qu'on refermerait tout. Vous êtes contre ? Je pense que si on peut l'éviter, notre devoir est d'essayer de l'éviter tout en gardant les précautions sanitaires qui s'imposent. Parce que dès l'instant que le reconfinement généralisé, qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire qu'on ferme les lieux de travail et qu'on ferme les écoles.

2:15
Présentateur

Les commerces, etc.

2:17
François Bayrou

Alors, les commerces, c'est encore autre chose. Mais si on prend les lieux de travail et les écoles, qui sont les deux premières préoccupations, alors à ce moment-là, on voit que, dès cet instant-là, la vie du pays s'arrête. Et c'est évidemment un risque, et à mon sens, mais je ne m'exprime qu'à titre personnel.

2:38
Présentateur

Mais c'est le conseil que vous avez donné à Emmanuel Macron.

2:40
François Bayrou

C'est un risque qu'il faut éviter autant que possible et sans porter atteinte à l'action qui vise à bloquer l'épidémie, ou en tout cas à ralentir l'épidémie, à la ralentir suffisamment pour qu'on puisse agir contre elle et soigner les malades qui sont le plus exposés. Donc, si j'ai le choix, en tout cas, moi, je ne me prononce pas pour un reconfinement généralisé. Je pense qu'il faut prendre des mesures de précaution.

Mais si on peut éviter de paralyser complètement le pays, comme on l'a fait au printemps, avec les conséquences que nous avons vécues, alors c'est mieux de garder des éléments de vie qui nous permettent de rester le plus près possible d'une vie normale, ou en tout cas d'une vie active.

3:33
Présentateur

Les écoles, vous dites, voilà, il faut les laisser ouvertes. On entend les écoles primaires. Qu'est-ce que vous dites pour les collèges ? Qu'est-ce que vous dites pour les lycées ? On entend beaucoup que les lycées, eux, pourraient refermer et les élèves travailler en distanciel. C'est possible, ça ou pas, pour ceux qui vont devoir passer le bac à la fin de l'année ?

3:48
François Bayrou

En tout cas, on devrait pouvoir aménager, peut-être faire des demi-groupes dans certaines classes. Mais pour moi, enseignement primaire et enseignement secondaire, c'est un bloc. Vous le savez bien...

4:03
Présentateur

Donc les collèges et lycées doivent rester malgré tout ouverts et accueillir les élèves.

4:07
François Bayrou

Il semble qu'on devrait pouvoir travailler aux précautions nécessaires pour que collèges et lycées et écoles primaires demeurent ouverts. Vous voyez bien qu'il y a...

4:17
Présentateur

Si on vous comprend bien, François Bayron, vous êtes donc contre le reconfinement ?

4:21
François Bayrou

Je suis contre ce que vous appelez... Enfin, je suis contre. Ce n'est pas à moi de décider.

4:25
Présentateur

Ce que vous décrivez ressemble à ce que nous vivons aujourd'hui, avec des mesures un peu plus restrictives.

4:30
François Bayrou

Oui, mon sentiment à moi, mais c'est un sentiment personnel. Je ne suis pas à la place de ceux qui décideront. Mon sentiment à moi, c'est qu'on ne peut pas refermer le pays sur lui-même complètement. On ne peut pas se retrouver, comme à la situation du printemps, avec un blocage complet qui fasse que les parents, les familles se trouvent empêchés d'avoir une vie aussi active que possible parce que l'activité du pays, son activité de travail, son activité laborieuse, son activité d'études, son activité studieuse, eh bien, c'est la vie du pays que nous avons entre les mains.

5:14
Présentateur

Mais c'est contradictoire parce qu'au tout début, vous avez commencé cette interview, il y a moins de 5 minutes, en disant la situation est catastrophique, les chiffres sont alarmants, il faut vraiment prendre des décisions très très fortes.

5:25
François Bayrou

Je n'ai pas employé le mot de catastrophique. Vous voyez, Dieu sait que j'ai de l'admiration pour le métier que vous faites. Mais il se trouve que votre pente, la pente des médias, c'est de toujours vouloir aller à l'excès.

5:41
Présentateur

Vous avez dit que les chiffres sont alarmants.

5:42
François Bayrou

Oui, j'ai dit qu'il y avait une épidémie qui explosait, dans certains secteurs en particulier.

5:48
Présentateur

Et qu'elle est hors de contrôle, et c'est en l'occurrence le président du conseil scientifique qui le dit. Et quand vous entendez le Premier ministre Jean Castex s'annoncer que novembre sera éprouvant, alors que nous ne sommes encore qu'en octobre, on se dit que oui, la situation, qualifions-la de catastrophique ou non, justifierait des mesures radicales drastiques. Pour vous, on peut éviter ces mesures les plus contraignantes, à savoir le confinement généralisé ?

6:13
François Bayrou

Je pense qu'il est très important de faire preuve de sang-froid et de bon sens. Et que c'est notre devoir, notre responsabilité. Ça devrait être notre responsabilité partagée. À la fois les auditeurs qui nous entendent, vous les médias et les responsables politiques. Mais comme citoyens, on en a mal, François Bayrou.

6:36
Présentateur

Il y a de l'anxiété, il y a de la lassitude, il y a de la colère. Et surtout, le sentiment de vivre dans l'incertitude, sans savoir à quelle sauce on va être mangé. Ça, vous le comprenez ?

6:46
François Bayrou

Est-ce que vous comprenez que l'expression que vous utilisez, à quelle sauce on va être mangé, est à peu près exactement le contraire de la situation ? Il ne s'agit pas d'imposer des situations dans lesquelles on a le sentiment d'être mangé à une sauce qui n'est pas la vôtre. Il s'agit de préserver des vies. Et de préserver en même temps la vie de la nation. Moi, en tout cas, je n'ai pas envie ou je trouve que la décision de bloquer, peut-être un jour on y sera conduit, mais notre devoir est de faire en sorte qu'on garde un peu de sang-froid en face de tout ça.

7:28
Présentateur

Mais du coup, ça veut dire quoi ? Ça veut dire pour les bars, pour les restaurants, pour les coiffeurs par exemple, pour les libraires. Ça ferme ou il ne faut pas les laisser ?

7:36
François Bayrou

Ce sont des décisions qui ne sont pas arbitrées encore.

7:41
Présentateur

Mais vous, à titre personnel ?

7:42
François Bayrou

À titre personnel, je pense qu'il y a beaucoup de commerces qui, peut-être, sont dans une situation où l'épidémie pourrait se transmettre. Mais dans ce cas, il faut les aider. Puis il y a sans doute des échoppes et des commerces qui sont nécessaires à la vie, ne serait-ce que les commerces alimentaires.

8:00
Présentateur

Mais les bars et les restaurants, il faut les fermer ou pas ? Selon vous ?

8:03
François Bayrou

Pour l'instant, comme vous le savez, c'est une question qui s'est posée dans tous les pays européens. Et tous les pays européens ont décidé de fermer les bars et les restaurants.

8:11
Présentateur

François Bayrou, vous êtes un proche du Président de la République. Vous lui parlez. Hier, vous avez vu le Premier ministre Jean Castex qui disait « Ne rien savoir des décisions que prendra Emmanuel Macron ». Comment est-ce possible dans une démocratie ? C'est ce qu'on entendait tout à l'heure dans la bouche de Christian Jacob.

8:28
François Bayrou

Oui, mais la bouche de Christian Jacob, toute respectable qu'elle soit, ça n'est pas l'oracle de Delphes. Donc j'étais à cette réunion et c'est évident que le Premier ministre et le gouvernement ont devant eux des options. Et ces options, elles vont être validées aujourd'hui.

8:46
Présentateur

Tranchées dans le secret du Conseil de Défense à l'Elysée.

8:49
François Bayrou

Oui, c'est même l'endroit où ça doit se trancher.

8:52
Présentateur

Ah oui ? Oui, absolument. Mais enfin, vous avez écrit un livre il y a quelques années qui s'appelait « Abus de pouvoir ». « Abus de pouvoir contre la verticalité du pouvoir exercé par Nicolas Sarkozy ». En l'occurrence, on est en plein dedans. Les citoyens ne sont pas associés aux décisions.

9:06
François Bayrou

J'aime beaucoup que vous citiez mes œuvres, mais j'aimerais encore davantage que vous les lisiez. Parce que je n'ai jamais soutenu la thèse que vous dites. Dans un État, il faut qu'il y ait un lieu d'arbitrage. Il faut qu'il y ait une organisation de l'État. Et au sommet de l'organisation de l'État, il y a l'exécutif, qui après avoir discuté, concerté, et nous l'avons fait pendant plus de deux heures hier soir avec tous les responsables de tous les partis politiques, sans exception, décide de ce qui va être tranché pour le pays.

9:44
Présentateur

On fera le calendrier, François Bayrou. C'est d'abord le Premier ministre qui rencontre des partenaires sociaux, des patrons de partis, sans leur dire grand-chose. Ensuite, le Président de la République va parler. Et ce n'est qu'après la déclaration solennelle d'Emmanuel Macron qu'il y aura un débat devant les chambres au Parlement. Ça, c'est normal ? Oui. Oui. Absolument. C'est-à-dire que les parlementaires, oui, finalement, ne servent à rien.

10:12
François Bayrou

C'est drôle que vous soyez à ce point éloigné, comment dirais-je, des règles d'éducation civique normales. Comment se vote une loi ? Une loi, et là, on n'est pas dans les lois, on est dans les décisions de l'exécutif. Une loi, c'est un projet de loi. Qu'est-ce que c'est un projet de loi ? C'est l'exécutif qui va devant l'Assemblée, devant sa majorité quand il en a une, et qui dit, ben voilà, il me semble qu'il faudrait prendre un texte dans ce sens. Et ensuite, il y a un débat, et ensuite, il y a un vote. C'est exactement ce que nous allons avoir là. Et chacun va pouvoir s'exprimer.

Ce qui est étonnant, vous voyez, c'est que on est dans un pays où, et la situation s'y prête parce qu'il y a beaucoup de tensions et d'inquiétudes, on est dans un pays où on fait polémique de tout. Qu'est-ce que vous auriez dit si l'exécutif n'avait pas tranché ?

11:07
Présentateur

Au moment de la première vague, il y avait eu une forme de consensus politique. Là, aujourd'hui, face à la deuxième, on voit qu'il n'y a plus de solidarité sur la scène politique. Eh bien, je ne suis pas d'accord avec ce point.

11:20
François Bayrou

Je pense que tous ceux qui étaient là à la réunion hier soir se sont exprimés pour dire qu'ils avaient l'intention d'être solidaires des décisions prises. Ils ont chacun exprimé leurs sentiments. Et ce sentiment que j'ai essayé de traduire devant vous, c'est un, il faut absolument faire quelque chose, et deux, pas de reconfinement généralisé. En tout cas, c'est ce que j'ai retenu de l'intervention des autres présidents de partis et des autres responsables d'organisation, d'élus ou de groupes parlementaires. C'est exactement ce qu'ils ont dit.

Et je crois que si on peut faire preuve d'un minimum de calme et de sang-froid dans une situation difficile, mais dans laquelle le pays ne va pas disparaître. Je veux dire, j'entendais tout à l'heure sur vos antennes dire quel espoir ou quelle espérance ? C'est très simple. C'est un pays suffisamment fort, suffisamment mûr, j'espère, pour faire face à une situation qui s'impose à tous les pays du monde et dont personne n'est responsable. Parce que le virus est arrivé sur la planète sans que qui que ce soit l'y ait mis, n'est-ce pas ? François Bayrou. Et donc, cette responsabilité, on va l'assumer et on va s'en sortir. On s'est sorti...

12:37
Présentateur

Oui, mais attendez, justement, on va s'en sortir, François Bayrou. La question qui se pose quand même, c'est le gouvernement a retenu quoi de la première vague ? Quelles leçons est-ce que vous avez tirées ? On avait tout à l'heure à 7h50 Frédéric Valtoux, le président de la Fédération hospitalière de France, qui disait, on n'a pas tiré de leçons, on n'a rien appris, on n'a rien retiré. Vous êtes d'accord avec ça ou pas ?

12:55
François Bayrou

Alors, quelles sont les leçons qu'on a tirées ? Je suis, comme Frédéric Valtoux, président d'un hôpital important, l'hôpital de Pau. Oui. Et l'hôpital de Pau est mieux entraîné, mieux armé, mieux organisé aujourd'hui, naturellement, qu'il ne l'était au printemps, puisqu'il a fait face à la première vague. On a déclenché le plan blanc avant-hier, parce que tout le monde se prépare, évidemment, à la montée des cas difficiles.

13:21
Présentateur

On a l'impression qu'on est encore dans la réaction et pas dans l'anticipation.

13:24
François Bayrou

Non, non, je vous donne quelques preuves. On a acheté des médicaments, des molécules pharmaceutiques. On n'en avait plus au printemps. Vous savez qu'on s'est trouvé devant des ruptures d'approvisionnement. Ce qui pose d'ailleurs la question qui m'intéresse, en tant que responsable de cette organisation du plan. comment fait-on pour garantir qu'on ait des productions chez nous de ces molécules indispensables pour les anesthésies, pour les corticoïdes, les antibiotiques, les produits anticancéreux, que sais-je ?

On a acheté près de 10 000 respirateurs qui permettent, comme on dit, d'armer des lits, des lits qui ne sont pas des lits strictement de réanimation, où les patients ne sont pas intubés, ne sont pas sous assistance respiratoire, mais ils sont cependant ventilés avec de l'oxygène. Non, mais vous avez rempli les stocks. Il y a des traîtres, on ne va pas donner la parole à l'éditeur. J'ai dit que, oui, on avait préparé des choses. Est-ce que c'est parfait ?

Si vous connaissez quelque chose de parfait dans la vie, même à France Inter, vous allez découvrir que, oui, il n'y a pas grand-chose dans la vie, il arrive assez souvent, qu'on rencontre des difficultés et qu'elles soient répétées ou réitérées au travers du temps. Il demeure que l'essentiel, c'est-à-dire la préparation à ce que nous allons vivre, oui, a été mieux prise en compte pour cette deuxième vague que pour la première, mais il est possible que la deuxième vague soit plus compliquée que la première. C'est une possibilité.

14:55
Présentateur

Bonjour Françoise et bienvenue sur France Inter.

14:58
Auditeur

Oui, bonjour. J'ai une question pour M. Bayrou. Est-ce qu'il serait envisageable de confiner les personnes à risque, c'est-à-dire par tranche d'âge, des plus de 80 ans, pour enrayer l'épidémie ?

15:11
Présentateur

Merci pour votre question, Françoise. François Bayrou.

15:13
François Bayrou

On peut donner des conseils, on ne peut pas s'adresser à nos concitoyens qui ont par exemple plus de 80 ans pour leur dire ne sortez plus jamais. Ça, je ne crois pas qu'ils l'accepteraient. Je pense que simplement, on peut partager les consignes de prudence et par exemple, en effet, ne pas multiplier les rencontres lorsqu'on appartient aux âges à risque ou aux catégories à risque. On sait bien qu'il existe des situations de santé qui exposent davantage au virus que d'autres.

15:46
Présentateur

Vous vous souvenez du 14 juillet de l'interview du Président de la République et d'Emmanuel Macron qui disait qu'en cas de deuxième vague, nous serions prêts. Est-ce que nous le sommes ? Visiblement pas.

15:56
François Bayrou

Non, c'est drôle que... Non, non, ça a l'air de vous énerver, mais... Non, ça ne me énerve en rien. C'est une réaction que vous avez le droit d'avoir, que beaucoup de gens ont. Et je dis-moi qu'on est mieux préparé aujourd'hui qu'on ne l'était au printemps. Les équipes médicales savent mieux prendre en charge la maladie. Les molécules pharmaceutiques et les équipements, je pense aux respirateurs, sont plus garantis aujourd'hui qu'ils ne l'étaient. Et je pense que si nous pouvions nous dispenser de dire à tout coup que nous n'avons tiré aucun enseignement de tout ça, parce que ce n'est pas vrai.

Et depuis l'été, en tout cas, ça a été souvent dit sur vos antennes, en effet, on sait qu'une deuxième vague est possible. On a appris après qu'elle était probable et on se trouve aujourd'hui devant cette responsabilité. Cela dit, si vous voulez me faire dire, je vais le dire en le soulignant de toutes les façons... Que les choses soient claires. ...que gouverner, c'est prévoir. Et donc, les plans de mobilisation, on doit les multiplier pour tous les secteurs dans les situations inédites, sans précédent, qu'on rencontre dans la vie et que nous sommes encore en train de rencontrer cette fois-ci.

17:16
Présentateur

Question de Benjamin. Bonjour Benjamin et bienvenue sur Inter.

17:19
Auditeur

Bonjour Alain Bédou, Jean-Carrine Bécard, bonjour M. Béroux. En tant que commissaire au plan, pourquoi ne pas avoir recommandé d'urgence l'ouverture de lits, de réanimation et mettre des moyens pour les hôpitaux quand vous êtes arrivé, en prévision de la deuxième vague ? Et pourquoi, en tant que député, pendant des années, vous avez voté pour tous les plans de réduction de budget de la sécurité sociale ?

17:38
François Bayrou

Oui, je sais bien que c'est un angle polémique, mais pour moi, c'est injuste. Pas seulement pour ce gouvernement-ci, qui vient d'en réouvrir quelques milliers, mais pour les gouvernements précédents. Pourquoi ? Les fermetures de lits dans les hôpitaux, de quoi sont-elles venues ? Vous le savez très bien dans votre propre vie, c'est qu'un très grand nombre d'opérations se passe maintenant en ambulatoire, c'est-à-dire qu'on est opéré le matin, on sort le soir, on est opéré la veille, on sort le lendemain, alors qu'avant, on restait 5 ou 6 jours dans les services hospitaliers. Et tous les médecins, toutes les infirmières, tout le personnel des hôpitaux sait que c'est la vérité.

Les fermetures de lits, elles n'ont pas été dans les secteurs brûlants comme ceux-là, en tout cas, dans l'hôpital que je connais le mieux, celui de ma ville. Vous savez que les maires sont présidents des conseils de surveillance des hôpitaux. C'est comme ça que ça se passe. Et il n'est pas vrai qu'il y ait eu ce complot contre les lits d'hôpitaux. Ça n'est pas vrai. On a simplement changé les pratiques hospitalières. Et maintenant, tout le monde sait, pour un accouchement, on restait 8 jours à l'hôpital avant et là, on reste 36 ou 48 heures. Et c'est cela qui fait qu'on a adapté le nombre de lits aux besoins des malades.

19:02
Présentateur

Ça faisait quelques années, malgré tout, qu'on se doutait que certains spécialistes, d'ailleurs, tiraient des sonnettes d'alarme en disant que si jamais on a une grosse crise sanitaire, ça ne sera pas tenable. On le savait, malgré tout.

19:13
François Bayrou

Non, je ne crois pas. Je pense que ces affirmations péremptoires, c'est très souvent des affirmations après coup. Parce qu'il y a beaucoup de gens qui prédisent exactement après coup. Je vais vous dire quelque chose. Je ne sais pas dans quelle catégorie de défense ou au contraire de réquisitoire il faut la mettre. J'ai toujours craint ou pensé, comme observateur, qu'on aurait un jour une épidémie pulmonaire virale de cette ordre. Pourquoi ? Parce que j'avais étudié beaucoup ce qui s'est passé au moment de la grippe espagnole, dont tant et tant d'esprits majeurs français, dont Guillaume Apollinaire, par exemple, sont morts.

Et ces trois vagues successives de la grippe espagnole, j'ai toujours pensé, toujours craint qu'on ne les retrouve un jour dans le monde contemporain. Mais j'avoue à ma grande faiblesse que je n'avais pas vu les conséquences majeures planétaires que ça pourrait avoir sur l'économie, sur les rencontres et le changement de monde, le changement d'attitude que nous sommes en train de vivre, d'attitude dans notre vie. On ne s'embrasse plus, on ne se serre plus la main, on ne se visite plus, on ne voyage plus, on change les habitudes de consommation. Tout ça, c'est un changement extrêmement profond.

Et je présenterai cet après-midi devant le Conseil économique et social, au titre du plan, cette première note sur le thème « Et si le Covid durait ? » qu'est-ce que ça implique comme changement profond ?

20:49
Présentateur

Mais comment peut-on prévoir ce qui va se passer en 2030, ce qui est votre travail de haut commissaire au plan ? Comment imaginer l'avenir alors que l'avenir est complètement incertain aujourd'hui ?

21:00
François Bayrou

Eh bien, je ne crois pas qu'il soit complètement incertain. Je vais vous dire ce que je crois qu'on peut faire. Non pas dire avec assurance du haut de son fauteuil « Voilà ce qui va se passer. » Mais on peut réduire les incertitudes. On peut discerner, deviner, je vais en prendre une. On est devant une augmentation formidable, au sens impressionnant du terme. On est devant une augmentation formidable des dépenses de santé et de soutien de l'économie. Chômage, indemnisation, soutien aux entreprises, etc. Pour soutenir ces dépenses-là, il faut naturellement que nous ayons les moyens, la dépense publique et les rentrées fiscales ou sociales nécessaires.

Ce qui veut dire qu'il faudra nécessairement retrouver sur notre sol des capacités de production que depuis des décennies, on avait perdues. Alors, j'ai l'impression d'être un peu obsessionnel. Comme vous vous souvenez, j'ai fait une campagne présidentielle sur le thème « Produire en France ».

22:05
Présentateur

Oui, et aussi une autre sur la dette, en l'occurrence, qui n'est plus l'une de vos préoccupations. Tout change, justement. C'est la seule constance en politique. On va retourner au standard, François Bayrou. Bonjour, Amaya.

22:16
Auditeur

Oui, bonjour tout le monde. Voilà, je voulais poser la question suivante. En cas d'un confinement global ou à partiel, qu'est-ce qui va devenir des résidents des EHPAD qui ont déjà payé un lourd tribut une semaine avant le confinement, une semaine avant le 16 mars, ils ont déjà été confinés. J'habite sur la Côte-Basque, j'ai un papa qui est en EHPAD et qui est avec un Alzheimer. Ça a été vraiment une période extrêmement compliquée, bon, pour les accompagnants, mais surtout pour eux. Je suis scandalisée parce qu'on a tous respecté cette distance, les visites qui ont été quand même fortement réduites, même au déconfinement.

23:00
Présentateur

Oui, bien sûr.

23:01
Auditeur

Voilà, l'établissement a tout fait pour protéger les résidents et nous sommes dans une petite commune qui s'appelle Guétari, pour ne pas la citer, où nous avons eu une influence de l'extérieur qui a été monstrueuse cette année et qui, personne, personne n'a respecté le port du masque. Et maintenant, qu'est-ce qui va se passer ? C'est les résidents de cette époque qui est en plein centre du village qui vont payer les pots cassés.

23:29
Présentateur

Merci Amaya. Merci pour votre témoignage et ce n'est pas très loin de chez vous d'ailleurs, Guétari, sur la Côte-Basque. Ils ne sont pas résignés,

23:37
François Bayrou

les Français, là, ils sont en colère quand même. Ils sont en colère. C'est très important ce que Amaya vient de dire. Vous voyez, à la question qu'avons-nous appris de la première vague et quelles leçons en tirer ? Il y a une leçon, on ne peut pas fermer, enfin, à mes yeux, encore une fois, je ne suis pas décideur, on ne peut pas fermer les EHPAD comme on les a fermés au printemps parce que c'est trop difficile pour les pensionnaires et pour leur famille. Qu'il faille imposer des précautions, ça, c'est nécessaire. Mais les fermer, je ne crois pas que ce soit possible. C'est pourquoi je m'opposais tout à l'heure à l'idée que vous défendiez de reconfinement généralisé.

Mais il y a une deuxième chose qu'Amaïa a dit. D'un mot. À tout cela, il y a des causes et notamment, je vis dans les Pyrénées-Atlantiques et à Maïa aussi, notamment pendant les vacances, en effet, il y a eu des afflux de populations parfaitement décidées à ne pas respecter les règles et les mesures sanitaires, les mesures de précaution qu'on avait décidé de prendre. Ils avaient décidé que c'était fini et qu'on ne se soumettrait pas à tout ça. Et en effet, l'augmentation de la contagion et de l'épidémie dans les Pyrénées-Atlantiques, elle vient en très grande partie de ce qui s'est passé d'irresponsable pendant les vacances.

25:01
Présentateur

D'un mot, et c'est la dernière question, François Bayeroux, je vous demande une réponse courte. François Hollande, l'ancien président de la République, disait que le déconfinement avait été mal fait. Est-ce que vous partagez la même...

25:12
François Bayrou

Non, je pense que la tentation des responsables politiques, et je mets le mot responsable entre guillemets dans cette phrase, c'est de faire des polémiques à propos de tout. Quand on a été aux responsabilités, c'est le cas de François Hollande, on sait que le réel est plus difficile à maîtriser qu'on ne le dit dans les micros, et on sait que on avance par essai et par erreur, un pas après l'autre, et on tire les conclusions du pas précédent pour faire le pas suivant. Et on peut aussi essayer de regarder à long terme ce qui aurait dû être fait depuis longtemps.

25:50
Présentateur

Merci François Bayeroux d'avoir été notre invité ce matin. Je vous souhaite une bonne journée.