I feel good : Claude Gaillard, invité de Christophe Chevardé // 17 juin 2019
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 90 %Défensif 10 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 91 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 2:37OuverteRéponse directe
Claude, on va commencer tout de suite par tes trois dates importantes dans ta vie
- 4:28RelanceRéponse partielle
Qu'est-ce qui manque ? Comment tu l'as recherché ?
- 10:26OuverteRéponse partielle
La confiance en soi, la confiance en toi, elle est venue de ces signes-là ?
- 13:30OuverteRéponse directe
Alors, ça ne devait pas te faire peur ?
- 22:05OuverteRéponse directe
Claude, allez, le temps passe, alors il faut vraiment qu'on attaque la partie politique de ta carrière
- 25:27OuverteRéponse directe
Alors, on évoque les mandats et qu'est-ce que tu as aimé dans chacun de ces mandats-là ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:51Invité politiqueFait
« 1959, parce que c'est quand mon père est décédé d'un accident de moto »
- 7:25Invité politiqueFait
« c'est ton problème. »
- 14:33InvitéChiffre
« on était 6% à l'école. »
- 15:20Invité politiqueFait
« on a eu notre diplôme tous les deux ingénieurs en 68. »
- 22:25Invité politiqueFait
« Sylvette qui en lisant le journal avait constaté que le député qui s'appelait Claude Coulay faisait une réunion »
- 23:07Invité politiqueFait
« Je suis élu conseiller municipal en 77 et vice-président du district à l'époque. »
- 25:52Invité politiquePromesse
« J'avais une règle, quatre mandats et j'arrête. »
- 29:02Invité politiqueFait
« 'était par exemple quand il y a eu une loi sur l'eau, c'était Brice Lalonde, moi j'étais dans l'opposition, mais je n'avais quand même pas voté contre ça, voilà, la création du préfet coordonnateur de Bassin. »
- 29:25Invité politiqueFait
« Donc j'ai fait inventer, c'était dans la loi, le préfet coordonnateur de Bassin. »
- 30:19InvitéFait
« si mon mari n'avait pas été l'élu qu'il a été, je n'aurais peut-être pas réussi à faire venir ces personnes pour une jeune école qui prenait son envol. »
Temps de parole
- Claude Gaillard51 %
- Présentateur22 %
- Invité11 %
- ?6 %
- Invité 25 %
- Invité 34 %
≈ 34,6 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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I
feel good, bonjour à tous, bonjour à toutes, bienvenue dans 30 minutes d'émission pour rencontrer les ondes positives de notre invité, pour les écouter, pour prendre le temps d'être à l'écoute d'un homme et d'une femme, acteurs d'un peu de mieux vivre ensemble par leur engagement personnel, professionnel, bénévolé, oui je mets un pluriel,
ils
apportent un peu de bien-être et de mieux vivre ensemble aujourd'hui dans I feel good, le plaisir d'accueillir Sylvette et Claude Gaillère. Bonjour Claude et Sylvette, bonjour qu'il soit, rapprochez-vous, et bien oui c'était pas prévu, donc il va falloir travailler 3 dates importantes dans votre vie aussi dans l'émission, c'était pas prévu ça,
et
voilà monsieur Gaillère bonjour, bonjour qu'il soit, quel plaisir de vous accueillir pour ces dernières émissions de la saison, en fait on va faire un binôme, on va vous accueillir tous les deux et puis avec Patrick, Patrick Feb, qui est aussi un administrateur de la radio, qui l'a bien connu, et qui le connaît bien, et avec David Vincent qui sera aussi un des derniers invités, donc avec des représentants de gens qui sont très impliqués dans des structures institutionnelles, et David qui au contraire, lui est un artiste revendicatif, notoire,
qui
pourfend plutôt le combat institutionnel, combate les institutions, donc ça va être un mélange des gens dans ces dernières séries d'I Feel Good, que je voulais un peu le reflet d'une saison riche
de
nos différences, comme on dit à la radio, le son de la différence, on en est là. Merci Claude d'avoir répondu à l'appel. Claude, on va commencer tout de suite par tes trois dates importantes dans ta vie, parce que la première, elle est
forte
de vie. Oui, si on veut. Merci, je suis heureux d'être à tes côtés, Christophe, aujourd'hui. Bon, la première date c'est 1959, parce que c'est quand mon père est décédé d'un accident de moto, donc forcément, moi j'avais 15 ans, ça marque, donc ça bouleverse une vie, mais ça aide à construire une vie aussi, parce que du coup, on retient beaucoup mieux les messages qu'il exprimait avant, et c'est quelque chose qui perdure dans les années, donc c'est assez tragique, mais au fond, tout n'est pas que négatif, enfin je l'ai dit derrière, on en profite pendant longtemps, enfin voilà,
c
'est donc pourquoi j'ai pris cette première date. C'est une tragédie, tu l
'as dit. Oui, c'est un
bouleversement quand même
de
vie, oui.
J
'ai osé
dire que c'était une force de vie, tu l'as dit aussi, parce que ça a marqué ta vie
? Ah bah oui, parce que j'étais très bien avec mon père, il se trouve, l'été, moi, j'étais parti travailler à Chamonix, comme plongeur, pour gagner un peu d'argent, et ça s'est passé pendant que j'étais à Chamonix, alors qu'on est venu me chercher, on habitait Tenon, mais comme précédemment, j'étais régulièrement avec lui, il m'a toujours dit des tas de choses,
dans
la vie, qu'il fallait travailler, mais que c'est à moi de décider de ma vie, etc. Donc, quand votre père disparaît, ça a plus de poids que quand il est vivant, c'est que quand il est vivant, vous pouvez le contredire,
vous
pouvez le contrarier, vous pouvez le contester, mais une fois qu'il n'est plus là, vous ne pouvez plus, donc ça veut dire que tout ce qu'il a dit est plutôt inscrit dans le marbre, donc quelque part, ça vous tient, et donc ça vous aide à vous construire. Le manque est pourtant là
?
Le manque de père ?
Oui, mais ça, ça
se ressent. D'ailleurs, tous ceux, moi, j'ai noté un peu, qui ont perdu leur père jeune,
ils
ont tous un manque quelque part qu'on arrive à retrouver, parce que c'est vrai que ça manque, mais bon.
Qu
'est-ce qui manque ?
Et
qu'est-ce que tu as retrouvé ? Comment tu l'as recherché ? Est-ce que tu as trouvé ailleurs ? Ça t
'est
venu ? Non,
moi, je n'ai pas vraiment
cherché, mais j'ai toujours eu d'heureuses rencontres. J'en ai plusieurs dans ma vie, mais je pense, par exemple, à quelqu'un comme Richard Pouille, qui a été maire de Vendœuvre, sénateur, qui m'a aidé dans ma première vie politique. Je me retrouvais assez bien chez lui, à peu près chez mon père, etc. Donc,
il
y avait des liens presque filiaux avec lui, donc ça, ça m'a aidé. Mais ce qui manque, c'est, je dirais, le renvoi.
Quand
vous pouvez débattre avec un adulte, vous vous enrichissez, il vous enrichit,
c
'est réciproque, vous vous débattez, on peut se construire, etc. Donc, quand vous n'avez plus ça, vous vous débattez avec vous-même, quoi. Et vous faites référence à ce qui avait été dit avant. Donc, on s'adapte. Moi,
je
me suis,
en
droit du fait que c'est franchement tragique, mais je me suis assez bien adapté. Enfin, voilà. Donc,
on
ne peut pas faire comme si c'était anodin. Ça bouleverse une vie. Mais je pense que ça aide à construire une vie.
parce
qu'après, vous n'avez plus de père. Enfin, je veux dire, en plus, ma mère est morte l'année d'après. Donc, vous êtes obligés de vous battre. Vous n'avez pas trop le droit à l'erreur. Il faut juger plus vite pour éviter de se tromper. Donc, vous donnez adulte un peu plus tôt. Et puis, en plus, on n
'a
pas d'argent. Ce n
'est
pas évident, quoi. Puis après, il faut négocier avec son tuteur. Ce n'était pas évident. Il ne voulait pas que je fasse des études et tout. Donc, vous apprenez à vous battre. Donc, moi, ce que je retiens, c'est tout ce que ça a généré dans votre évolution personnelle pour être plus solide, plus construit, plus déterminé, plus volontaire. Et ça, ça m'a aidé toute ma vie.
Il
y avait une ADN de la volonté, quand même, déjà, un petit peu.
Ah oui, mais ça, c'est... Là,
papa et maman en un an,
quoi.
Oui, mais... Oui, ça,
c
'est beaucoup, ça. Mais... T'es pudique, là. Enfin...
Oui,
mais comment dire
?
C'est mon père qui... Bon, l'été, il était journalier. Il faisait des routes. Il faisait même temps la route qui montait sur Avoria. C'est pour ceux qui connaissent. Et moi, j'allais souvent l'accompagner. À l'époque, on cassait les cailloux à la ploche au burin pour faire exploser. C'était compliqué. Et une fois que j'étais avec lui, il y
a
un type qui arrive en voiture.
C
'est une traction. C'est en fait un ingénieur de la subvisionnaire. Et mon père me dit,
tu
vois, Claude, c'est simple.
Ou
tu ne travailles pas à l'école et tu te feras comme moi. Ou tu travailles à l'école et c
'est
toi qui viendras en voiture. Ça vaut une dissertation. Je veux dire, vous voyez, c
'est
des choses comme ça qui forment. Donc, moi, il ne m'a jamais attrapé parce que j'avais des mauvaises notes. Enfin, je n
'ai
pas trop de mauvaises notes non plus. Mais
il
m'a dit, c'est ton problème. Donc, il m'a responsabilisé très tôt. Et donc, ça, ça vous reste.
Du coup, le sens des responsabilités, alors pour rester sur le verbe, il vient de là
?
Moi,
je pense. En plus, on était quatre. Donc, j'avais une soeur aînée, mais j'avais une soeur plus jeune, un frère plus jeune. Donc, vous êtes forcément plus responsable parce qu'il faut éviter qu'on s'éclate de partout. Même si une soeur est allée à l'orphelinat, etc.
Il
y
a
les relations avec... On a eu un tuteur qui était le frère de mon père. Ce n'était pas évident. Il ne voulait pas que
je
fasse des études. Et
puis,
il
n'y avait
pas d'argent. Donc,
j
'ai dû même lui donner un peu d'argent par le droit de faire des études. Enfin, je veux dire, c
'est
un peu compliqué. Donc, on s'intéresse responsable d'un collectif. Mais par contre, ça crée des liens dans la fratrie beaucoup plus forts parce qu'on était ensemble. Enfin, on était solidaires. Et puis ça, ce n'était pas un discours. Il fallait le vivre au quotidien.
Je
me souviens, une fois à Noël, on était invités chez un autre oncle. C'était à Sixte.
C'est
à Racheval, pour ceux qui connaissent. Pour Noël. Lui, il tenait le bureau de poste. Donc, on arrive.
Il
nous met dans le bureau de poste qui était vide.
Et
puis, on lui restait au moins deux heures là-dedans. Et puis, le soir, au moment de manger, il est venu nous rechercher pour qu'on aille manger avec les autres. C'est-à
-dire
que pendant une heure ou deux, vous attendez, vous êtes quatre, gamins à tente dans le bureau de poste. Vous vous demandez ce que vous faites là.
Mais
bon, donc tout ça, ça forme. Ça crée des liens. Ça rend solidaires. Donc, il faut le vivre. Il faut le vivre posément. Enfin, je veux dire, pour moi, le monde ne s'est pas effondré à partir de ce moment-là. On s'est dit, on se bat.
Il n
'a
pas été donné non
plus. Il n'a pas été
donné. Mais par contre, vous faites toujours de bonnes et heureuses rencontres. Il y
a
beaucoup de gens généreux qui vous soutiennent, etc. Donc, vous voyez aussi le bon côté de la nature humaine. Vous êtes
aidé quand même. Alors, là, on était dans le dur.
Alors,
justement, le bon côté de la nature humaine. Quelques portraits comme ça.
Parce
qu
'il y a des gens qui vous aident profondément, sincèrement. moi, il se trouve que j'étais au lycée, ça s'appelait Saint-Joseph à Tenon. Ils ont accepté, donc j'étais interne, ils ont accepté que je ne paye pas, mais j'étais surveillant. Naturellement, je me suis retrouvé capitaine de l'équipe de foot, de
l
'athlétisme. Il y a eu une fois un voyage à Barcelone pour primer un bon élève. C'est moi qui étais primé. Je doute
que
c'est pour ce type de raison. J'allais à Barcelone, je n
'ai
jamais pris l'avion, je n
'avais
jamais fait tout ça, c'était un vrai cadeau. Ce sont des signes importants qui vous permettent quand même de constater qu'autour de vous, on vous aide. Même si on ne le dit pas, ils ne le font pas de façon voyante, les gens. Ils le font généreusement.
La
confiance en soi, la confiance en toi, elle est venue de ces signes-là ? Ou au contraire,
elle
est venue parce que tu as eu une traversée cette solitude ?
D'abord, je ne sais
jamais trop si j'ai vraiment une confiance en moi. J'ai toujours été aussi moi habité par le doute.
Est
-ce que j'ai tort ? Est-ce que j'ai raison ? Est-ce que je vais y arriver ? Est-ce que je ne
vais
pas y arriver ? Est-ce que c'est ma place
?
En plus, vous savez, on ne vous accepte pas si facilement à un niveau social qui n'est pas le vôtre. Moi, je venais
d
'une commune de Haute-Savoie, à Montrion, on était à la Tenon où mon père était à peine manœuvre, si vous voulez. Donc, on a toujours eu conscience de notre niveau social.
Mon
père m
'a
dit qu'on ne demande jamais rien aux autres. On se débrouille tout seul. C'est une règle. On se débrouille tout seul. Donc, on se débrouille tout seul. Mais de temps en temps,
moi,
j'ai toujours été attentif parce que je vivais en me disant que
je
n
'ai
pas droit à l'erreur.
si
je me trompe,
c
'est fini, je ne ferai pas d'études, etc. Et ne pas faire d'études était au fond trahir mon père
qui
avait quitté la petite commune pour venir à Tenon pour qu
'on
puisse faire des études. Et dans sa famille, on lui disait mais pour qui tu te prends ? Est-ce que tes enfants sont meilleurs que les autres ? C'est dur quand même. On est descendu. Donc, moi, si je ne faisais pas d'études, je le trahissais, lui qui avait fait des efforts pour ça. Donc, ça vous mobilise et ça vous motive. Vous dites, il faut y arriver. s'il était vivant, ce n
'est
pas pareil.
Mais
une fois qu'il n'est plus là, si vous ne faites pas ça pour y arriver, c'est que quelque part, oui, vous trahissez un peu.
Donc,
ça porte. Sylvette, qu'est-ce que
ça
vous dit de votre mari ?
Ça m'émeut toujours. Ça fait plus de 50 ans que
je
suis ennée, tout ça, mais ça m'émeut toujours de l'écouter dire ce qu'il vient de dire. Et c'est vrai que c'est une grande force qu'il a.
Vous
en avez profité de cette force-là
?
Certainement. Profité dans le bon sens du terme.
Oui,
certainement.
Oui. Comment ça a rejailli sur vous, l'épouse ?
Déjà, quand on était jeune, je ne
l
'ai pas su tout de suite parce qu'il était très pudique. J'ai su plusieurs mois après qu'on ait fait connaissance, j'ai su que ce garçon qui était un petit peu triste et puis très secret, j'ai su qu'elle était la raison de sa mélancolie,
je
veux dire. Et vraiment, vraiment, je pense que ça l'a beaucoup porté.
Est-ce que vous, dans votre vie de couple, ça vous a porté alors du coup
? Oui,
bien sûr. Parce que, bon, je pense qu'il a, le fait qu'il a été livré à lui-même, il a peut-être été plus proche de moi et de nos filles et maintenant de nos petites filles pour compenser peut-être.
Alors, on fait une rencontre, monsieur et madame, c
'est
la première fois, mais s'il va être une première date importante dans votre vie
?
C'est peut-être ce jour d'octobre 64, alors je ne sais plus la date exacte, on était à l'INSA, on était étudiants à l'INSA tous les deux et puis, en rentrant du restaurant universitaire, il y a un garçon en blouse grise qui m'a abordé, on a discuté, tu viens d'où ? Bon, l'épinal pour moi.
Alors vous, c'était l'épinal ? L'épinal.
Et toi, ton nom, ah mais je connais parce que j'y allais en vacances avec mes marins et c'est comme ça qu
'on
a commencé à engager la conversation.
Donc
l'INSA,
c
'est où ? C'est une école
d
'ingénieur à Lyon, donc à prépa intégrée, c'est-à-dire où on rentre tout de suite après le bac.
Donc on venait de
passer notre bac.
Le métier de l'ingénieur, on commençait par vous rassembler et vous ont permis de vous trouver. Pourquoi cette vocation ? En plus, une femme dans un milieu d'ingénieur, vous ne deviez pas être trop nombreux ?
Non, à l'époque, on était
6% à l'école.
Voilà, c
'est ça. Mais bon, il se trouve que j'étais assez bonne, enfin même plutôt bonne en maths, en physique, etc. J'avais envie de savoir comment étaient fabriquées les choses, comment ça se passait. Je pense qu'aussi,
j
'ai eu, quand j'étais petite, j'avais deux frères, je n'avais pas le droit de toucher ni au mécano ni au train électrique. J'avais un manque et j'ai voulu peut-être aussi pour ça montrer que j'étais capable.
l'arrivée à Lyon qui marque un parcours pour les deux d'ailleurs, puisqu'il y avait un défi personnel, une énergie toute particulière. Et puis, il
y a
ce diplôme pour Claude en deuxième date importante, les années 68-69.
Oui,
parce qu'on a eu notre diplôme tous les deux ingénieurs en 68.
Ça va comme deuxième date ?
Oui, on s'est
entupissés.
On s
'est mariés en 68, juste avant les manifs de 68, on ne savait pas que les manifs arrivaient, on s'est mariés avant. Donc, c'est quand même une date importante pour la raison de diplôme,
la
raison de mariage quand même. Et moi, j'ai associé un peu 69
parce
que c'était notre premier enfant.
C'est
un vrai, il a réussi à mettre quatre dates. Voilà,
69,
parce que c'était notre premier enfant.
À
l'époque, j'étais militaire, je faisais le service militaire à Strasbourg. Sylvette travaillait à la fac de médecine. Voilà. Et comme j'ai deux filles, j'ai associé 72 qui est ma deuxième fille qui est née en 72. Mais
donc, j'ai un package. Je vous mets cinq
dates.
J'ai un package.
68, 69, 72 où c
'est
une nouvelle vie qui commence. C'est-à-dire que vous êtes diplômé, vous êtes marié, vous avez des enfants. Donc, c'est une mutation totale, je veux dire. Vous
perdez votre
statut de jeune pour devenir responsable. Et avoir un enfant, ça transforme.
Alors, ça ne devait pas te faire peur ? Oh
non, pas du tout. Moi, j'étais ravi. Voilà. Moi, j'étais ravi.
Madame ? Pareil. Tout allait bien.
Les
enfants
désirés.
En plus, ça s'est bien passé. Moi, j'étais toujours inquiet qu'il puisse y avoir un petit problème de handicap ou de choses comme ça, etc. Parce que je disais,
ça
n'a... Voilà. Donc, quand vous apercevez que tout va normalement bien, vous profitez de ce bonheur. C'est un bonheur simple, mais c'est un bonheur profond.
Parce
que tout le monde n
'a
pas assez de chance. Donc, voilà.
Par rapport au papa que tu évoquais tout à l'heure, ça a été aussi un signe.
Oui,
parce que moi, je suis...
Par rapport au papa
que tu
devenais. Voilà.
Moi,
je suis très attaché à la filiation. Vraiment, j'avais une complicité énorme avec mon père. Et je pense que j'ai eu une très grosse complicité avec mes deux filles. Donc, pour moi, c'est quelque chose d'important. Père-fille, fils, père, enfin, je trouve que c'est important. Ça structure une vie. Et d'ailleurs, mon père a modifié sa vie pour nous. Et moi, j'ai toujours été con des défis dans ma vie. Il y a des choses que je n'ai pas faites pour privilégier. Je prends un exemple comme ça, qui n'a pas grand chose à voir, mais quand même. Quand j'étais, à l'époque, à passage à Matignon, le Premier ministre m'appelle et il
me
dit que j'aimerais bien qu'on déjeune en tête à tête. Et comme moi, j'avais promis déjeuner avec Sylvette et les petites filles de Paris, j'ai dit, je ne peux pas parce que je suis avec mes petites filles.
Donc,
j'ai comme fait passer avant le Premier ministre mes petites filles.
avant d'aller à Matignon, on va se faire un petit tour du côté de la montagne.
Ils
quittent un à un le pays
pour
s'en aller gagner leur vie
loin
de la terre où ils sont nés. Depuis longtemps, ils en rêvaient de la ville et de ses secrets, du formicat et du ciné.
les
vieux,
ce
n'était pas original quand ils s'essuyaient machinal d'un revers de manche des lèvres.
Mais
ils savaient tous à propos tuer la caille ou le père d'eau et manger la tome de chèvre. Pourtant, on s'imaginait
en
voyant un vol d'hirondelles qui vient d'arriver. Avec leurs mains dessus leur tête, ils avaient monté des burettes jusqu'au sommet de la colline.
Qu
'importe les jours et les années, ils avaient tous l'âme bien née. noueuses comme un pied de vignes.
Les
vignes, elles courent dans la forêt. Le vin ne sera plus tiré. C'était une horrible piquette.
Mais
ils faisaient des centenaires à ne plus que savoir en faire s'ils ne vous tournaient pas la tête. On s'imaginait en voyant un vol d'hirondelles de chèvres et puis quelques moutons. Une année bonne et l
'année...
L'émission file. Donc, il faut on la réécoutera. On l'a déjà écoutée, Jean Ferrand. On la réécoutera. Ton point de vue sur la montagne
? Non,
je trouve que la montagne, c'est beau, mais quand on monte sur une montagne, quand on est en haut, on est différent et je le dis, on laisse la mesquinerie qu'on a tous en bas.
Et
on n'est pas le même quand on est en haut. On prend de la hauteur, tous les critères confondus. La montagne apporte beaucoup.
Alors,
on a pris beaucoup de hauteur et justement, encore un clin d'œil, mais tu disais,
il
y
a
une question que je pose toujours aux invités,
c
'est trois dates importantes dans ta vie. Tu avais déjà fait le mix de deux dates, tu nous as mis une troisième après, mais en disant diplôme d'ingénieur, mariage, enfant.
Et
tu avais rajouté l'homme a marché sur la Lune.
Oui,
parce qu'en 69, l'homme a marché sur la Lune. Et
j
'ai travaillé, je suis bien avec Patrick Baudry, qui est le premier astronaut de français. Et lui, il nous expliquait, il disait, avant 69, la Lune, c'était comme Tintin. On disait ça dans Tintin. Après 69,
l
'homme regarde la Terre depuis le balcon de l'espace.
Et
ça dépeint bien les choses, c'est-à-dire que l'homme, au sens générique, a pris de la hauteur. Donc ça change tout, je veux dire. Et l'expression de Patrick Baudry est très bonne.
Et
en même temps, vous l'avez vécu familialement ? Oui,
familialement, parce qu'à l'époque,
on
était à Strasbourg, on n'avait bien sûr pas de télévision. On a entendu à la radio qu'il y avait des reportages sur la marche de l'homme sur la Lune. On est descendu en ville pour regarder la télé dans des magasins de télévision qui mettaient les émissions en direct.
Ce n'était pas
BFM TV à l'époque.
Non, non,
on a
vu ça, donc
Claude, moi, et puis j'attendais à l'époque notre fille aînée, Laurence. Donc, elle a presque vu aussi l'homme
marcher sur la Lune.
Claude, allez, le temps passe, alors il faut vraiment qu'on attaque la partie politique de ta carrière. C'est ta troisième date, c'est l'entrée en conseil municipal en 1977. Avec qui alors
?
Ben oui. Comment
tu es arrivé là
-dedans
?
Pour faire court, c'est Sylvette qui en lisant le journal avait constaté que le député qui s'appelait Claude Coulay faisait une réunion, c'était à l'époque après la mort de Pompidou, il y avait la réunion de Chiscard et tout, elle me dit tu devrais aller à la réunion. Donc je fais la réunion puis j'ai eu des contacts comme ça et puis c'est parti un peu comme ça.
Sylvette, la politique, ça vous intéressait
? Oui, bien sûr. Parce que c'est vous qui
l'avez détectée.
Je l'ai détectée puis ensuite, j'ai participé aussi à la campagne des municipales avec... Militante.
En
tant que militante et en tant que chargée de mission, disons, sur les problèmes de la petite enfance. Ah oui, il y avait une casquette alors. Voilà, oui, oui.
Donc je me retrouve comme ça dans la liste municipale de Claude Coulet.
Je
suis élu conseiller municipal en 77 et vice-président du district à l'époque. Donc pour moi, c'était mon entrée dans la vie politique. Alors après, ça a déroulé avec plus ou moins de chance, plus ou moins de bonheur, plus ou moins
de
travail.
Mais
77 est importante parce que
moi,
je ne m'étais pas programmé pour faire de la politique quand même.
Tu avais un profil
d'ingénieur.
J'avais un profil
d'ingénieur. Moi, ça marchait.
Visiblement,
vous avez tourné un petit peu.
Vous étiez allé à Strasbourg. Donc moi, ça marchait plutôt bien. Donc moi, je n'étais pas du tout axé en disant un jour, je ferais de la politique. Ce n
'était
pas mon truc. Enfin, ce n'était pas mon truc.
J
'étais intéressé par la politique mais pas pour être acteur.
Oui, parce qu'on te propose d'aller voir le Premier ministre.
Tu
dis non, j'ai une petite fille.
Ça, je n
'étais
plus grand. Je n'étais plus vieux. Non,
c'est parce que j'ai toujours...
mais c'est... Comment tu as marché sous ces deux jambes de la vie
équilibrée ? D
'abord, on partage un peu le temps. C'est-à-dire qu'on ne donne pas tout à la politique parce que la politique est une graisse. Ça vous mange tout le temps si vous n'arrêtez pas. Donc moi, j'ai toujours mis un certain nombre de limites qui étaient les limites familiales, sur les enfants, etc. Et si vous voulez, même à une époque, je ne
sais
pas comment je peux vous dire ça, quand ce n'était
pas financer les campagnes
électorales, il fallait aller chercher de l'argent.
Moi,
j'ai toujours dit, Sylvette, bien sûr, mais y compris à notre fille qui était encore petite, comment j'allais chercher de l'argent
? Et
tant qu'elle ne disait rien, c'était bon. Et une fois, elle
dit,
papa, tu ne
vas
pas faire ça.
Vous
voyez, c'était aussi une façon d'avoir, dans un regard d'enfant, un garde-fou. Et j'ai toujours intégré ça et j'ai essayé de ne pas tout mettre dans la politique parce que j'ai toujours pensé que la politique,
c
'était un truc qui était éphémère
et
qu'il fallait faire attention, qu'il fallait garder au départ une vie professionnelle, naturellement, une vie de famille et puis, quand vous êtes père, vous êtes père.
Voilà.
Pour autant, éphémère, ça a duré plus de 20 ans. Oui, mais ça a été un peu... Il y
a
des bons hasards. Ceci étant, aux innocents, les mains pleines, comme moi, je n'étais pas parti pour faire de la politique, moi, j'ai simplement travaillé.
Je
pense avoir été réglo parce que ça, je tiens ça de mon père, c'est-à-dire qu'on ne trahit pas, on bosse, on ne
fait
pas de croquants de jambes, etc. Et quelque part, ça m'a profité. Mais ce n'était pas calculé. Moi, je pensais faire un mandat et repartir.
Alors, on évoque les mandats et qu'est-ce que tu as aimé dans chacun de ces mandats-là
? Moi, j
'ai beaucoup aimé le mandat municipal que j'associe à l'intercommunalité puisqu'on était aux deux parce que c'est là que vous êtes vraiment avec les gens, on peut les écouter, on peut travailler avec eux,
on
peut faire des choses pour eux
et
ça, c
'est
objectivement épanouissant
avec
tout ce qui tourne autour.
Donc
là, je crois que
c'est
77. J
'ai fait
quatre mandats
à Nancy. J'avais une règle, quatre mandats et j'arrête. Donc, j'ai fait quatre mandats à mairie et
à
communauté urbaine, j'ai arrêté.
J
'avais d'autres mandats parce qu'on cumulait un peu à l'époque, au conseil général
puis
après, je suis parti aussi au conseil régional. Le total des deux, j'ai fait quatre mandats et j'ai arrêté. Ça, moi, j'étais très axé sur le développement économique.
À
l'époque, je présidais le Nancy, le Patrick Fèvre, on était le directeur général, je présidais le CAPEM. Donc ça, c'est le développement économique sur le bassin de Pompée. Donc
ça,
c
'est des structures qui sont autour d'eux, qui sont liées à ton mandat.
Et que
tu dois animer. Patrick, justement, qu'est-ce que tu retiens de Claude ? Ce n'était pas prévu non plus, mais c'est bien fait pour toi.
Une question
que tu as envie de poser à ton patron, ton ancien patron. Qu'est-ce que...
Une question,
surtout...
Ou un partage. Un partage, surtout. Claude Gaillard, c'est mon mentor, donc je ne l'ai jamais vraiment caché. Je lui dois beaucoup. En tout cas, mes engagements actuels, parce que j'aurais pu être effectivement un simple retraité. Moi, ce que je lui dois, c'est les valeurs qu'il porte. Je comprends aujourd'hui d'où elles viennent, effectivement, à partir des éclairages qu'il a pu donner. ce que j'ai retenu dans tous ses engagements, c'est une grande sensibilité.
Il
y a eu des moments difficiles dans les différents mandats qu'il a exercés et dont j'ai pu être le témoin. Il y a eu des moments aussi de grande fierté. La mission Trois-Bus, c'était aussi quelque chose... Notre première rencontre, d'ailleurs, qui était aussi un bel engagement d'une équipe qui fonctionnait bien et c'est ce qui m'a donné envie de continuer, d'ailleurs, dans la vie publique. Voilà. Donc, voilà.
Oui, oui, oui.
Alors, moi, ce que je retiens, c'est beaucoup d'engagement et beaucoup d'intégrité. Voilà. Et donc...
Alors, justement, l'intégrité, tu es allé la chercher loin. On a vu un engagement en proximité avec Mérim et le district à l'époque, du développement économique avec le département, la région
et
l'Assemblée nationale, là-dedans. Et là, tu as été dans les hautes sphères du pouvoir national.
Oui, mais à l'Assemblée, moi, j'ai continué, j'ai continué de travailler sur ce que j'appelle le développement économique, le développement urbain, globalement, ce qui était dans ma formation d'ingénieur aussi, dans ces affaires.
Et
là, j'ai travaillé, je pense, avec générosité. Enfin, je veux dire, je n
'ai
pas calculé. J'assurais mes permanences quand il y en avait, je partageais, je ne réclamais rien, j'ai bossé, j'aimais beaucoup quand je revenais en circonscription de rencontrer les gens. J'avais autour de moi des équipes qui étaient remarquables
et
ça s'est bien passé comme ça, le premier mandat, puis après, il y en a eu d'autres.
Une réussite où tu es particulièrement heureux de ton travail de député
ou
de ton travail à l'Assemblée nationale,
de
premier vice-président de
l'Assemblée
nationale. J
'en ai eu un certain nombre.
Un
des premiers trucs,
c
'était par exemple quand il
y a
eu une loi sur l'eau, c'était Brice Lalonde, moi j'étais dans l'opposition, mais je n'avais quand même pas voté contre ça, voilà, la création du préfet coordonnateur de Bassin. Parce qu'à l'époque, on avait un problème sur la Moselle avec l'implantation de cette NSI, je crois, Patrick, à Golbet, ça polluait, etc. Et mon préfet me dit mais moi je ne peux pas, ça dépend du préfet des Vosges. Donc j'ai fait inventer, c'était dans la loi, le préfet coordonnateur de Bassin. Donc c'est un liant. Maintenant je préside encore le comité de Bassin-Rameuse, mais je trouvais que c'était modifier quelque chose pour qu
'on
travaille intelligemment ensemble.
Et Sylvette,
et
vous, dans vos responsabilités, puisque vous avez été prof d'université, qu'est-ce que ça vous a apporté ce mari, à la fois généreux, intègre, mais pas souvent présents, pas toujours.
Non,
moi
j'ai essayé, bon,
on a essayé d
'être au maximum ensemble. Sur ma carrière, je veux dire, ça n
'a
pas été très positif parce que, pour des raisons politiques, justement, mais autrement, c'est vrai que j'ai pu, on a pu faire venir, par exemple, à l'EIGM où j'étais maître de conférence, on a pu faire venir des grandes personnalités comme parrain de promo et j'en étais très fière parce que c'était moi qui m'occupais de la communication et si mon mari n'avait pas été l'élu qu'il a été, je n'aurais peut-être pas réussi à faire venir ces personnes pour une jeune école qui prenait son envol. Et
Claude, maintenant, dernière question, parce que
j
'ai une minute trente, le technicien m'envole générique, car il faut qu'on y aille.
Qu
'est-ce que, madame, t'as apporté dans ton engagement et dans ta vie ?
Ça participe à un équilibre, c'est-à-dire que vous êtes à Nancy, vous êtes à Paris, vous êtes le même, ça s'équilibre. Moi, j'ai toujours tout débattu à la maison sur le choix, sur qui pouvait me succéder, comment faire les choses. Donc, ça construit un équilibre. Vous êtes à deux. Donc, nous, on l
'a
fait comme ça. Donc, moi, je pense que ça apporte beaucoup. Puis, vous vous sentez mieux dans votre peau. Globalement, vous êtes le même, quel que soit le mandat, les trucs. Moi, je trouve que c'est un facteur d'équilibre important.
Et
donc, les risques, on les partage en deux. Donc, ils sont deux fois moins lourds.
Merci, Claude, pour ce tour de rencontre. Vous ne pouvez pas vous imaginer un grand joie de vous avoir eu tous les trois autour de cette table. Merci à vous. Très
aimable à toi. Merci à vous tous.
Merci.
Merci beaucoup.
Claude Gaillard