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interviewBFMTV — BFM Politique· 22 décembre 2019 47 min

Jean-Luc Mélenchon, député "La France insoiumise" des Bouches-du-Rhône, président du groupe à l'assemblée

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:23
Présentateur

Ce dimanche, dernier dimanche de 2019, passés ensemble dans un an, le patron du groupe La France Insoumise à l'Assemblée Nationale. Ce sera pour BFM Politique, votre rendez-vous de la mi-journée avec Le Parisien Aujourd'hui en France et avec BFM Business. La grève s'installe dans ce pays. Avec elle, c'est aussi le retour du peuple de gauche. Est-ce que Jean-Luc Mélenchon sera celui qui en prendra la tête ? Est-ce qu'il a la capacité aujourd'hui à rassembler davantage ? Depuis le début de ce quinquennat, il incarne aux yeux des Français le mieux l'opposition. Mais parfois, il doit le partager avec Marine Le Pen. Il estime qu'aujourd'hui, l'heure est au soulèvement général.

Saura-t-il en prendre la tête ? Juste avant d'interroger Jean-Luc Mélenchon, on fait un point sur l'actualité de ce dimanche. Et c'était avec Anne Seftel.

1:15
Locuteur 8

Et bonjour à Bolide, bonjour à tous.

1:20
Présentateur

Conséquence du passage de la tempête hivernale, Fabien. Six départements restent en vigilance orange. L'Île-et-Vilaine, le Finistère, la Charente-Maritime et la Corse du Sud pour les inondations. La Haute-Corse et les Alpes-Maritimes en raison des vents violents. La Corse où la situation reste ce matin la plus critique. Sabrina Gottlieb, vous êtes à Ajaccio pour BFM TV. Quelle est la situation à l'heure où on se parle ? Écoutez, vous l'avez dit, la Corse a connu de fortes pluies depuis maintenant vendredi et plus particulièrement dans le sud de la Corse et plus particulièrement ici à Ajaccio où nous nous trouvons. Mais depuis maintenant trois heures, la situation tend à l'amélioration.

Vous pouvez le voir, il ne pleut plus. Et puis surtout, les terrasses de café commencent à se remplir. Les habitants ici peuvent enfin profiter des vacances, des fêtes de Noël de Vier. Vous retrouvez, dont Joseph, bonjour. Comment ça s'est passé pour vous depuis deux jours ? Racontez-nous.

2:11
Locuteur 3

Écoutez, on a respecté les consignes de sécurité données par les différents services administratifs et politiques. On est resté chez soi. Heureusement, aucun dégât matériel, humain en tout cas, à déplorer. Des dégâts matériels, hélas. Mais on espère assez limiter. On espère que la situation s'arrangera. Et comme vous l'avez dit, la pluie s'est a cessé. Donc on peut sortir prendre le café en terrasse malgré l'épisode venteux.

2:33
Présentateur

Profitez-en bien. Vous l'aurez compris, donc la situation tend à l'amélioration. Restez tout de même prudents puisque l'alerte orange est toujours maintenue ici en Corse. Merci Sabrina. Merci également à Maëlle Agostini qui vous accompagne. On va maintenant aller faire un tour du côté du sud-ouest. Retrouver Antoine Forestier qui est lui au Cap-Ferré pour BFM TV. Antoine, la vigilance orange est levée. Mais le vent, il a soufflé très fort cette nuit, là où vous vous trouvez.

3:01
Locuteur 2

Oui, il y a eu des rafales jusqu'à 148 km heure. Et certaines conséquences, ce sont des arbres qui se sont effondrés. En partie, en tout cas, il y a ce cèdre qui est un arbre centenaire. Il y avait une branche, il faut imaginer ici, une branche de plus d'une dizaine de mètres, assez épaisse, qui s'est effondrée ici. Heureusement, les habitants avaient garé leur voiture un petit peu plus loin. Et à quelques mètres près, ils ont pu éviter que leur voiture ait quelques dégâts. Je suis aux côtés de Jimmy qui est élaguer. C'est votre troisième, merci de répondre à nos questions, c'est votre troisième intervention de la journée. Comment ça s'est passé là ici ?

3:30
Locuteur 6

Eh bien voilà, là je suis arrivé, j'ai vu ça au milieu du jardin. J'ai stoppé le véhicule et j'ai fait la mise en sécurité, obligatoire, vu l'importance de la branche. Vu les rafales de vent qu'il y avait, elle faisait plus d'une dizaine de mètres. Elle a atterri complètement chez le voisin. Et voilà.

3:44
Locuteur 2

Vous aviez connu déjà une tempête il y a une dizaine de jours, il y avait déjà eu des dégâts. Là, comment vous jugez la situation ici au Cap-Ferrand ?

3:50
Locuteur 6

Moins important que la première que l'autre jour quand même. Mais il y a eu quand même assez de rafales de vent. On a eu pas mal de dégâts quand même, vis-à-vis des pins à l'intérieur des propriétés. Mais beaucoup moins que la dernière fois, tant mieux pour les propriétaires. Comme je vous ai dit, on travaille ici de père en fils, sur la presqu'île. Et puis il faut les entretenir. C'est pour ça qu'on passe. Et puis qu'on leur demande éventuellement pour les bois morts, tout ça, pour les entretenir, pour les préserver. Parce qu'en une seconde, il n'y a plus rien. Et puis c'est le charme du Cap-Ferrand, ici.

4:18
Locuteur 2

Il va falloir complètement l'abattre, cet arbre, selon vous ?

4:19
Locuteur 6

Oui, il est complètement fragilisé. Là, il va demander l'autorisation à la mairie. Le service technique, il va venir. Il va faire le point avec le client. Mais là, ils n'auront pas le choix de l'abattre. Parce que là, il est beaucoup fragilisé.

4:30
Locuteur 2

Merci beaucoup, Jimmy. On va vous laisser finir le travail. Il y a eu des ventes jusqu'à 148 km heure. Maintenant, le vent s'est calmé. Mais attention, sur la côte, il pourra encore y avoir des rafales en fin de soirée, aux alentours de 100-120 km heure.

4:44
Présentateur

Quentin Trigaudet, qui vous accompagne là-bas ? L'autre information de votre dimanche, c'est la première intervention d'Emmanuel Macron dans le dossier des retraites depuis la Côte d'Ivoire. Le chef de l'État a confirmé à nos confrères du Parisien qu'il entendait renoncer à sa retraite de président. Ce qui atteint les 5 000 euros mensuels, le président souhaite intégrer le nouveau système par points. On fait le point, justement, avec Jordan Ray.

5:15
Locuteur 7

C'est quelques jours avant les fêtes et dans un contexte social tendu qu'Emmanuel Macron a décidé de renoncer à sa future retraite d'ancien président de la République. Une retraite qui s'élève normalement à 6 220 euros bruts par mois.

5:26
Locuteur 5

Édouard Philippe avait déjà annoncé il y a quelques mois que les avantages dont bénéficient d'anciens présidents de la République et d'anciens premiers ministres ne dureraient que 10 ans après avoir quitté leur fonction à la tête de l'État et non plus le restant de leurs jours.

5:42
Locuteur 7

Mais pour la CGT, cette décision sonne comme un coup de communication.

5:46
Locuteur 1

Je pense que c'est un peu de la démagogie. Et si le message qu'il essaie de faire passer, c'est que lui, il renonce à sa retraite et que donc nous, il faut qu'on renonce à nos retraites, je pense qu'il se met le doigt dans l'œil et que, évidemment, ça ne passera pas dans l'Assemblée générale. Et en effet, il fait partie des gens qui, de toute façon, la retraite, ils s'en moquent. Mais ce n'est pas le cas des ouvriers, des employés de ce pays. Au contraire, eux, des retraites, ils y tiennent.

6:04
Locuteur 7

Un nouveau mécanisme sera mis en place pour qu'Emmanuel Macron et les prochains chefs d'État soient en conformité avec le régime universel par points.

6:10
Locuteur 4

Il vaut toujours mieux, même symboliquement, en tous les cas, essayer d'envoyer des signaux et de montrer qu'on essaye de, je dirais, de faire soi-même un effort. Et c'est vrai qu'en soi, c'est plutôt une bonne démarche que la démarche inverse, pour le coup.

6:28
Locuteur 7

Emmanuel Macron a également décidé de ne pas siéger au Conseil constitutionnel à l'issue de son mandat et renonce donc à l'indemnité de 13 500 euros mensuels qui va avec.

6:37
Présentateur

Voilà pour l'essentiel de l'actualité. Tout de suite, vous avez rendez-vous avec BFM Politique, présenté par Apolline de Malherbe. Bonjour Jean-Luc Mélenchon. Bonjour. Merci d'être avec nous. Vous êtes député des Bouches-du-Rhône. Vous êtes président du groupe La France Insoumise. Bonjour David Ducan, du Paris et aujourd'hui en France. Et Edwige Chevrillon, de BFM Business. Bonjour Apolline. La grève et la contestation s'est installée dans le pays. Ça signe le retour de la gauche. On va voir avec vous, tout au long de cette émission, quelle gauche est de retour.

Et si vous allez prendre la tête de ce moment, le grand moment qui s'installe dans le pays, vous avez une manière de le décrire, ce moment. Vous avez déclaré cette semaine, on est passé d'un état d'ébullition à un état de soulèvement général. Il est où le soulèvement général, Jean-Luc Mélenchon ?

7:30
Jean-Luc Mélenchon

Le moment, si vous voulez, il ne faut pas le séparer du fait que dans le monde entier, vous avez des moments d'insurrection générale, parce qu'un système est arrivé au bout de lui-même. Les gens ne sont pas motivés par de l'idéologie. Peut-être pas. C'est une différence avec le passé, où il pouvait y avoir des motivations de révolution socialiste. Là, les gens sont motivés par des choses très simples et très concrètes. Et ils ont le sentiment que la société ne répond pas à leurs besoins élémentaires, d'une manière qui est scandaleuse.

Il y a des tas de pays où l'eau est coupée plusieurs heures par jour, l'électricité est coupée, où des incendies se déclarent comme aux États-Unis, ou bref, à cause de l'état du système électrique. Donc les gens se disent, mais enfin, qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi ça ne marche pas ?

8:12
Présentateur

Mais pour vous, c'est la même chose, ce qui se passe en ce moment ?

8:14
Jean-Luc Mélenchon

Oui, c'est pour ça que je conteste le fait, quand vous dites que c'est le retour de la gauche, j'aurais envie de vous dire si seulement, mais ce n'est pas le cas. C'est l'expression d'une exaspération, c'est-à-dire que les gens disent qu'il y en a ras-le-bol. Il y en a assez, quoi. On n'arrête pas de nous prendre ceci, de nous prendre cela. On nous avait dit, dans les années 90 et la première décennie des années 2000, les gens y ont cru. On dit, oui, le marché va remplacer les tas qui sont lourds, inefficaces, les services publics, blablis, blablabla, ce qu'on leur répétait tous les jours. Puis maintenant, on voit bien que ce n'est pas le cas.

C'est-à-dire que le marché n'a rien remplacé, ce qui est passé au marché est plus cher, le gaz, l'électricité, le reste.

8:46
Présentateur

Mais Jean-Luc Mélenchon, ça c'est global, je comprends tout à fait votre lecture en dézoomant et en regardant le monde entier, mais est-ce que sincèrement, aujourd'hui, vous avez le sentiment qu'on est dans un soulèvement général en France ?

8:57
Jean-Luc Mélenchon

Alors, en France, ça prend une tournure particulière parce qu'il y a eu le mouvement des Gilets jaunes, il y a un an de ça, de l'expérience est accumulée, maintenant vous avez quelque chose. Si vous voulez, mettez-vous à la place d'un cheminot, d'un agent de la RATP qui a planifié son existence et qui découvre tout d'un coup qu'il va travailler plus longtemps, qu'il va avoir une retraite moins importante. Les gens paniquent parce qu'ils savent que tout devient plus cher. Alors ils se disent, comment vais-je faire face à ça ? Et donc, cette fois-ci, pour la première fois, on a souvent fait souffrir les gens dans le présent. Et les gens du commun sont endurants.

On serre les dents, on serre les coudes, la famille vient à la rescue. Mais là, c'est même l'avenir. Alors, c'est trop. C'est pourquoi je parle d'un soulèvement, ne vous y trompez pas. Le mouvement est très enraciné. Je ne sais pas quelle forme il prendra, mais le sentiment d'exaspération, d'injustice, est très profondément enraciné dans le peuple français. C'est pourquoi j'ai parlé d'un soulèvement général.

9:52
Locuteur 4

Si on regarde avec attention et précision les mots que les responsables politiques emploient, les vôtres, Jean-Luc Mélenchon, est-ce que cette description n'est pas en contradiction avec la réalité des faits, avec des manifestations dont l'ampleur diminue entre le 5 décembre et le 17 décembre, et puis, plus globalement, des manifestations dans cette lutte à laquelle vous participez contre la réforme des retraites d'Emmanuel Macron,

10:13
Jean-Luc Mélenchon

qui sont moins importantes que ce que l'on a pu connaître en 2010, 2003 et en 1995 ? On ne partage pas la même appréciation. Par exemple, moi, je n'ai pas du tout l'impression que ça ait baissé entre le 5 et le 17, comme j'étais moi-même à Paris. Non, mais ce n'est pas une impression. Nous ne croyons pas tout ce qu'on nous dit, sinon on se serait tiré une balle dans la tête depuis longtemps. Vous n'y croyez pas les chiffres ? Non, bien sûr que non. Je sais ce que je sais. Les mouvements entre le 5 et le 17, le nombre de chefs-lieux de départements où il y a eu des marches a augmenté. La participation populaire a été souvent très surprenante pour les gens du lieu.

Après, la région parisienne a toujours été un peu une exception, mais c'était extrêmement massif. Ça représente toutes les catégories de générations et de métiers. Donc, on n'a pas la même appréciation. Face à cela, le gouvernement dit que le pays n'est pas bloqué. Et Edor Philippe, le Premier ministre... Eh bien alors, dans ce cas, pourquoi vous plaignez-vous du matin au soir qu'il l'est ? Pourquoi se plaigne-t-il, vous voulez dire ? La propagande officielle de La République en marche sur toutes les chaînes, sur toutes les radios, consiste à dire que vous êtes en train de nous ruiner, vous bloquez tout, etc., si ce n'est pas le cas.

Non, soyons sérieux, nous ne partageons pas, on a le droit. On n'a pas la même appréciation. Moi, je pense que le mouvement se diffuse, il s'ancre, et c'est ça sa caractéristique principale. Et donc, c'est pourquoi je vous parle d'un soulèvement, parce qu'il faut aussi que les mots aient une capacité d'évocation suffisante. Vous, vous parlez de grogne, vous parlez de contestation, parce que vous euphémisez. Mais non, il y a des milliers et milliers de gens en grève. Ça veut dire qu'ils perdent de l'argent tous les jours, et des milliers et des milliers de gens, que cette situation perturbe complètement dans leur vie quotidienne.

Mais en même temps, Jean-Luc Mélenchon, la parole politique, elle est importante. Le mot « soulèvement », même si vous dites qu'il faut une capacité de se projeter, aujourd'hui, c'est excessif. Du coup, j'ai presque envie de le dire. Eh bien, si vous voulez, écoutez, vous savez...

12:04
Locuteur 8

On connaît votre mode de fabrique, mais bon.

12:06
Jean-Luc Mélenchon

Oui, mais je sais que, de toute façon, il est mené contre ma manière de parler, la guerre des mots. Chaque semaine, il y a un mot. Alors, on sort un mot, et puis on me fait dire... Alors, je n'ai jamais dit qu'il s'agissait d'une révolution générale. Je n'ai pas dit... Je n'ai pas choisi le mot « insurrection ». J'ai parlé du mot « soulèvement ». « Soulèvement », c'est-à-dire quelque chose qui part comme ça, qui vous transporte. Eh bien, vous avez des millions de gens, aujourd'hui, qui vous disent « ras-le-bol ». Si vous ne voulez pas l'entendre, moi, ça m'est égal. Non, mais attendez. Moi, ça m'est égal. Je vous dis ce que je vois. Et ce que je vois vous annonce un énorme collapse social.

Si vous croyez qu'on gouverne le peuple français contre sa volonté, à coup de triques, vous vous trompez de pays.

12:46
Présentateur

Non, ce n'est pas du tout la question, Jean-Luc Mélenchon. Nous, simplement, on voudrait savoir les faits. C'est-à-dire que vous répondez, par exemple, quand David Doucan vous parle de la perception d'Edouard Philippe du blocage du pays, vous dites que c'est une forme de propagande. Mais au fond, si ni vous, ni eux, ni le pays, ni même la CGT, qui n'a pas encore les mêmes chiffres que vous, la CGT elle-même a reconnu qu'il y avait moins de monde dans la rue le 17 qu'il y en avait le 5 décembre. Ce que vous, à l'instant, vous contestiez.

13:09
Jean-Luc Mélenchon

Je n'ai pas lu les chiffres comme ça de la CGT.

13:12
Présentateur

Ça veut dire qu'on ne peut même plus se mettre d'accord sur... Et tout le monde y va de sa propagande dans ces cas-là.

13:18
Jean-Luc Mélenchon

Si vous voulez, si on appelle propagande un point de vue, disons ça comme ça, que le président de la République dise le mouvement décroît, j'espère que vous n'êtes pas surpris. Vous n'attendiez pas à ce qu'il dise. Contrairement à tout ce que j'ai expliqué, ça ne sert à rien. Alors, on ne le croit pas. Vous savez, ça, ça s'appelle, pardon, mais c'est juste pour dire, ça s'appelle la démocratie. Il y a un débat, il y a des points de vue contradictoires, il y a des regards contradictoires. Moi, je suis un homme qui est voué à ça. Ma raison d'être, elle est là. C'est ces millions de gens à qui je m'identifie. Mais il y en a un moment dans un combat, il y en a un qui l'emporte.

La question, c'est où est-ce que vous mettez le curseur, justement ? Pour l'instant, je constate une chose, c'est qu'en dépit de tout ce qui a été dit pour essayer de stopper cette grève, elle continue dans toutes sortes de secteurs. Des fois, il y a des pauses, d'autres fois ça. Mais notre travail de responsable politique est d'évaluer la situation. Le président de la République compte sur le pourrissement, l'épuisement. Il espère que les gens, comme dans le mouvement Gilets jaunes, il va y avoir un effet d'épuisement. Il a tort. On ne gouverne pas la France avec l'idée que le peuple va rentrer sa colère.

Alors justement, le président de la République, on apprend ce matin dans les colonnes du Parisien, suite à notre enquête, qu'il renonce. Votre quoi ? Notre enquête. Nous avons interrogé les responsables à l'Elysée

14:34
Locuteur 4

et qui, face à nos questions, ont dit, eh bien voilà, Emmanuel Macron va renoncer à, non pas sa retraite,

14:40
Jean-Luc Mélenchon

mais sa dotation. C'est la loi de 1955. Le président de la République, lorsqu'il quitte l'Elysée, bénéficie d'une dotation de 6200 euros par mois. Emmanuel Macron y renonce. Que pensez-vous de cette information ? D'abord, ce n'est pas une enquête. Vous lui avez posé la question. Ils nous ont dit, on va vous répondre. Ils se sont concertés entre eux. Je dis ça pas pour vous nuire, mais pour que les gens comprennent bien de quoi il s'agit. Et ils ont décidé que ce serait un bon mot à sortir de dire, je renonce à ma retraite. Jean-Luc Mélenchon, vous m'obligez à vous répondre là-dessus. Ce n'est pas comme ça que les choses se sont passées. J'ai lu ça dans le journal.

J'ai lu ça dans, je ne sais plus qu'un autre journal. C'est votre collègue qui demande. Nous leur avons demandé de répondre. Parce que s'ils ne répondaient pas, nous aurions dit qu'ils n'étaient pas en capacité de répondre. Ils n'ont pas choisi le moment. Je vous précise, ils n'ont pas choisi le moment pour cette information-là. Je vous donne cette information-là. Mais qu'est-ce que vous lui avez demandé ? Est-ce que, oui ou non, cette loi de 1955 s'appliquerait à lui ? Et s'il souhaite la réformer ? C'est une drôle de question quand même. Je comprends qu'il soit revenu pour réfléchir. Bon, alors qu'est-ce que je peux en penser ? Il en a les moyens.

Il a les moyens de se passer d'une retraite de 6 000 euros heureux hommes. Mais la plupart des gens n'ont pas ces moyens. Personnellement, je ne les ai pas. Je ne les ai pas. Je ne peux pas m'en passer. Donc, je vous informe que moi, je toucherai ma retraite le moment venu. Je ne sais pas quand. Parce que finalement, ça a l'air de se prolonger mon... Mais je trouve que c'est une manière de faire. Croyez-moi, ça ne m'impressionne pas. Et je demande aux gens qui m'écoutent de bien comprendre la part de démagogie qui a dans cette façon de parler. Parce que qu'est-ce que ça veut dire ? Je renonce à ma retraite. Que vous aussi, vous pourriez y renoncer ?

C'est un peu, ça me fait penser, vous savez, à je ne sais plus quel personnage politique qui avait décidé de ne pas prendre ses congés de maladie. Quand on est malade, on prend des congés de maladie. Pas parce que ça nous fait plaisir, mais parce que le docteur le demande. De même, la retraite, ce n'est pas un privilège. Ce n'est pas un superflu. Je pense que M. Macron doit avoir des revenus personnels incroyablement importants pour pouvoir se passer de 6 000 euros par mois.

16:35
Présentateur

Mais il invite les gens à renoncer, eux aussi ? C'est un peu ça pour vous, derrière ?

16:43
Jean-Luc Mélenchon

Ça veut dire que ce n'est pas très important.

16:46
Présentateur

Ça veut dire, au fond, moi je le fais, est-ce que vous ne le feriez pas ?

16:48
Jean-Luc Mélenchon

Mais si vous voulez, il y a quelque chose en lui qui le coupe du commun des mortels. Quand il a dit, une fois il a dit dans les gars, il y a les gens qui réussissent, ceux qui ne sont rien. Tous nous étions soufflés, y compris ceux... Je veux dire, au-delà, ce n'est pas que ma famille politique, tout le monde. On ne parle pas comme ça. Bon, et bien là, pareil, quand il dit je renonce à ma retraite, il ne se rend pas compte que le message qu'il envoie, c'est « Bon, ben, une retraite, pour les polypensionnés, par exemple, vous pourriez vous en passer une. » Mais par exemple, Philippe Mélenchon, vous avez été conseiller municipal, conseiller général, sénateur, ministre et député.

Vous pourriez peut-être, je ne sais pas, moi,

17:21
Locuteur 3

renoncer à une des retraites que vous allez percevoir ou pas ? Par exemple, et vous aussi, par exemple, vous poulez-moi... Ah ben moi, c'est très simple, je suis salarié, donc point barre.

17:27
Jean-Luc Mélenchon

Ben justement, vous êtes salarié, mais vous pouvez retirer de vos impôts tous les ans jusqu'à 6 000 euros parce que vous êtes journaliste, c'est-à-dire un mois de salaire. Donc vous pourriez, par exemple, imaginer de les rendre. Non, mais là, on parle de rendre. Moi, j'ai cotisé à des caisses, d'accord ? Lui, il ne cotise à rien du tout. Si. À quoi ? À la caisse des présidents de la République, ça n'existe pas. Ce n'est pas une retraite, c'est une dotation. Ah oui, voilà, une retraite, c'est une dotation. S'il vous plaît, ne jouez pas avec les mots. Si, tout le monde... Vous voyez la logique ? Puisque lui a renoncé à ça, moi, je pourrais.

Puis une fois, par exemple, vous pourriez dire, vous qui les aimez bien, les grands patrons qui ont des retraites chapeau, vous pourriez dire, bon, ben les gars, là, franchement, c'est trop, quoi. En ce moment, on a besoin de sous. Arrêtez de toucher vos retraites chapeau, parce que pour certains, c'est un million par an ou deux millions. Le mouvement commence. Vous le dites aussi ? Peut-être grâce à vous. Non, mais moi, je ne peux pas m'en passer. Je ne sais même pas combien sera ma retraite, mais je ne peux pas m'en passer. Donc, madame, je vous réponds non. Je n'ai pas gagné de manière indigne cet argent. J'ai cotisé toute ma vie. Et voilà.

Et je trouve qu'il est extrêmement dommage que le président de la République ait lancé ce type d'attitude. Parce que, à la fin, ça veut dire quoi ? Que même nos payes sont peut-être... On ne doit pas les toucher. C'est insupportable. Mais ça, il n'y a que les grands seigneurs, les très riches, les importants qui peuvent se permettre ce genre de libéralité. Et vous, vous êtes prête à renoncer à votre retraite ? Oui, je n'ai pas de la moindre idée. Mais combien est votre retraite à vous ? Je n'ai pas de la moindre idée. Vous n'avez pas de la moindre idée ? Vous êtes mûr pour le système à points, parce qu'on ne sait jamais combien on aura la retraite.

18:52
Présentateur

Jean-Luc Mélenchon, revenons justement à cette situation. Soulèvement, grève, pays bloqué, vous l'appellerez comme vous voudrez. 18e jour de grève, en tout cas. Est-ce qu'il faut continuer ?

19:01
Jean-Luc Mélenchon

Mais ça, madame de Malherbe, ce n'est pas à moi de répondre à une question pareille. Je ne suis pas salarié, je ne suis pas dans l'entreprise, ce n'est pas moi qui décide. La grève appartient aux grévistes. Il faut quand même se coller ça dans la tête. C'est eux qui décident. Ils décident en assemblés. Et si des gens en sont à faire des grèves aussi longues, c'est qu'ils ont des raisons de le faire. Ce sont des acquis sociaux, ce ne sont pas des privilèges.

19:23
Présentateur

Mais vous n'appelez pas, comme d'autres politiques, à une trêve ? Vous n'appelez pas à la... Parce que ça n'a pas de sens. Vous dites, si la grève continue, elle continue.

19:31
Jean-Luc Mélenchon

Non seulement si elle continue, mon premier devoir sera d'en être solidaire. C'est-à-dire d'être à leur côté. Et d'ailleurs, le 24 décembre, j'irai sur un piquet de grève parce que je veux montrer ma fraternité, mon empathie humaine. Et je vais dire quelque chose de plus. Je demande aux organisations syndicales, qui sont maîtresses du mouvement, parce que c'est elles qui mènent ce mouvement, de constituer, de nous appeler à constituer un comité national d'action pour qu'on se retrouve tous et qu'on ne recommence pas ce que je considère comme une bêtise, une erreur en tout cas, d'un côté les syndicats, de l'autre côté les forces politiques, d'un troisième côté les associations.

20:10
Présentateur

Vous voudriez que tout le monde soit ensemble ?

20:12
Jean-Luc Mélenchon

Par exemple, que les syndicats nous invitent à faire, par exemple, un comité national de soutien. Nous n'aurions aucune autre responsabilité que de partager nos informations et peut-être de contribuer en commun aux caisses de grève, savoir les caisses. Et nous, les militants politiques, mieux répondre à la demande qui nous est présentée. Par exemple, nous nous présentons régulièrement des questions d'actualité à l'Assemblée nationale, qui sont des questions politiques. Bon, nous intervenons par des questions écrites, nous intervenons de mille et une manières.

Quand nous allons sur les piquets de grève, on voit que les gens sont contents de nous voir et s'en fichent de notre étiquette politique. Ce qui compte pour eux, c'est qu'on s'intéresse à eux, qu'on est là en fraternité, ce ne sont pas des parieurs.

20:52
Présentateur

Alors, deux questions sur ce comité. Un, vous appelez les syndicats, à vous appeler, en quelque sorte. Pourquoi vous n'y appelez pas vous-même directement ? Parce que là, franchement, vous faites des circonstances.

21:02
Jean-Luc Mélenchon

Oui, oui, non, non, je sais bien, je préférerais le faire. Mais je pense que dans le moment, ça pourrait être mal vécu. On pourrait dire, oui, c'est de la récupération. Vous vous souvenez de ce qui est la grève ? Et ce n'est pas du tout ce qu'on essaye de faire. Au moment des ordonnances travail, vous aviez été mis en cause par les syndicats, peut-être trop près par l'époque. Voilà, pas par les syndicats. Les journalistes sont allés voir les syndicats. Parce que c'est toujours la faute des journalistes. Oui, bien sûr. Mais bien sûr, vous faites partie du système. Pardon, c'est mon analyse. Vous permettez que je n'ai pas changé d'avis.

Parce que des journalistes qui ne savaient par quel bout me prendre sont allés interroger Martinez. Ils lui ont posé une question à laquelle il ne pouvait pas répondre. Qui était, est-ce que c'est Mélenchon le patron ? On a recommencé d'ailleurs dans plusieurs chaînes de télé. Là, vous vous êtes plutôt en retrait sur ce moment-là. On a dit, alors, Martinez, c'est obligé de dire, ben non, l'action syndicale, c'est nous les syndicats qui la dirigeons. Et je lui donne raison. Alors, en parlant d'action syndicale, Jean-Luc Mélenchon, il y a un mode d'action sur lequel j'aimerais avoir votre sentiment.

21:56
Locuteur 4

Lorsque certains responsables de la CGT coupent le courant, c'est arrivé encore hier lors d'un match de rugby. À Agen. À Agen. Est-ce que pour vous c'est un bon mode d'action ? Et juste pour vous préciser ma question, j'entendais cette semaine le président du Sénat, Gérard Larcher, considérer que ça pouvait être dangereux pour les personnes. Il évoquait le cas de gens qui peuvent avoir des respirateurs chez eux.

22:17
Jean-Luc Mélenchon

Et la ministre Borne qui a considéré que c'était irresponsable. Quel est votre regard là-dessus à vous ? Pas sur la ministre Borne, parce que comme ça on va rester à un niveau convenable. Sur la dangerosité. Alors, dites-vous bien une chose. Moi j'ai beaucoup parlé avec des électriciens, et pas qu'avec eux. Dites-vous bien une chose, pour toujours. Les travailleurs, les salariés, sont des êtres très responsables. D'accord ? Ce ne sont pas des robots. Ils ont tous des familles. Ils savent ce que c'est que les problèmes que vivent les gens, parce qu'ils les vivent. Ils n'ont jamais mis en danger qui que ce soit. Et ils ne le feront jamais.

Mais par contre, vous autres tous, pas vous pardon, je veux dire vous autres tous qui m'écoutez. Rappelez-vous que rien ne fonctionne sans le travail humain. Je pourrais vous dire, l'autre jour j'étais chez les portuaires à Marseille. Sur le port, s'ils le veulent, il n'y a plus une goutte d'eau qui passe parce que les installations sont sur le port et qu'il y a les travailleurs qui sont là. C'est pareil pour l'électricité ailleurs. C'est-à-dire, le pays entier fonctionne parce qu'il y a du travail humain. Et ils ont toujours... Vous voyez, en ce moment, on a de la lumière. Ils pourraient très bien décider de tout couper. Ils ne le font pas.

23:25
Locuteur 2

Mais vous nous assurez, vous avez l'assurance qu'il n'y a pas de mise en danger.

23:29
Jean-Luc Mélenchon

Ça, ils vous l'ont dit, vous le savez. Alors, eux, en tout cas, font tout pour qu'il n'y en ait jamais. Mais je vais vous dire, la vie quotidienne au travail est très dangereuse. Et apparemment, ça n'émeut pas les dirigeants politiques de la droite. Il y a 500... Pardon, parce que je parlais de M. Larcher, qui est un homme engagé à droite. Bon, respectable par ailleurs. Mais 565 personnes meurent tous les ans au travail. 1200 personnes meurent tous les ans d'une maladie professionnelle. Vous en entendez parler de cette dangerosité-là, de ce risque ? Non, jamais. On n'en parle que quand il s'agit de supposer qu'une action syndicale pourrait menacer les gens.

24:06
Présentateur

Et vous-même, vous en avez parlé, donc, à l'instant.

24:08
Jean-Luc Mélenchon

Non, mais je suis content d'avoir pu répondre à cette question.

24:11
Présentateur

Exactement. On marque une pause et on revient dans un instant avec, notamment, votre contre-projet à la France Insoumise. Contre-projet des retraites à tous.

24:24
Jean-Luc Mélenchon

Vous allez entendre des choses agréables.

24:26
Présentateur

Et on poursuit ce BF politique avec vous, Jean-Luc Mélenchon, Edwige.

24:31
Jean-Luc Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon, vous avez dit, on est ravis qu'il y ait des piquets de grève, quelle que soit la couleur politique. Dans votre comité d'action nationale contre la réforme des retraites, où vous appelez les syndicats à vous appeler, d'abord c'est tous les syndicats, y compris les syndicats réformistes, et puis est-ce que c'est tous les partis politiques, de vous, jusqu'à le Front National, par exemple ? Je pense que si on décide, c'est ceux qui décident de soutenir l'action, qui sont là, l'action des syndicats, ou que les syndicats inviteraient, c'est à eux de décider. Mais est-ce que ça veut dire que c'est pour vous que c'est pour la France nationale ?

Parce que tout à l'heure, on m'a posé une question, je ne veux pas tourner autour du pot. Si j'étais en capacité de le faire, je le ferais. Mais bon, il y a la situation comme elle est, et le fait que tout acte qui donnerait l'impression qu'on s'approprie politiquement une lutte, serait mauvais pour la lutte elle-même. C'est exactement ce que je vous ai dit au moment des Gilets jaunes. J'ai dit, des insoumis, elles en ont tous les ronds-points. Si nous avions commis l'erreur de dire, nous sortons notre drapeau et ce mouvement est à nous, nous l'aurions ramené.

25:25
Présentateur

Mais je ne sais pas, ça veut dire que dans ce comité, tout le monde, en tout cas à vos yeux, vous estimez tel que vous le visualisez, que tout le monde a sa place, y compris ceux qui, au Rassemblement National, soutiennent cette...

25:36
Jean-Luc Mélenchon

Je ne crois pas. Si vous me demandez, ce n'est pas moi qui ferai ça, mais je ne crois pas. Parce que la CGT a eu raison de dire... On parle des dirigeants, là. Si vous voulez, dans la rue, il y a tout le monde. Et dans le syndicalisme, par définition, dans les statuts des syndicats, on accueille tout le monde, quel que soit son sexe, sa religion ou ses opinions politiques ou philosophiques. C'est écrit dans les statuts des syndicats. Mais ce qui est aussi écrit dans les statuts du syndicat, c'est que tous les êtres humains sont égaux en droit. Et la CGT s'est très clairement exprimée là-dessus en disant, vous n'êtes pas bienvenus si vous ne croyez pas à ça.

Et eux, ils pensent, les syndicats, que ce n'est pas le cas du Rassemblement National. Donc je pense qu'on ne fait pas tout ça pour se peler, on fait ça pour rassembler. Celle qui profite de tout ça politiquement, c'est Marine Le Pen. Et pas d'autrement, vous le savez. Si on regarde les enquêtes d'opinion... Ah bon, d'accord. Et donc, les gens qui font la grève aujourd'hui profitent à Mme Le Pen. Vous parliez du mouvement des Gilets jaunes. Oui. Vous disiez, il y a un lien avec ce qui se passe aujourd'hui. Oui, oui. Cette colère, cette inquiétude, cette expérations, on perçoit dans les enquêtes d'opinion. Non, mais j'apprends de vous que vous êtes capable de discerner qui a voté pour qui.

C'est bien, non ?

26:44
Présentateur

On sent votre ironie, Jean-Luc Mélenchon, messieurs.

26:47
Jean-Luc Mélenchon

Aux européennes, vous avez remarqué, c'est de l'ironie. Jean-Luc Mélenchon, aux européennes, par exemple. Oui, alors aux européennes, vous avez des enquêtes qui établissent que les gens qui étaient sur les ronds-points ont voté Front National. Vous voyez bien que la colère bénéficie aux parents. Non, pardon. C'est ça, Front National, sur la France, la Suisse. Non, mais ça, c'est un autre sujet.

27:04
Locuteur 4

Est-ce que vous faites ce constat ?

27:05
Jean-Luc Mélenchon

Que nous n'en ayons pas, nous, bénéficiez, c'est une certitude. Et je le reconnais sans aucune difficulté. Mais quand vous dites que les gens qui étaient sur les ronds-points votent pour le Front National, j'ai jamais dit ça, en européenne, si vous ne l'avez pas dit, vous venez dire exactement ça. La colère s'en profite à Mme Le Pen. A Mme Le Pen. Je vous réponds, ce n'est pas vrai, parce que l'exemple que je commence par vous dire, dites-moi comment vous le savez, et vous me répondez, les gilets jaunes. Eh bien, moi, je vous réponds, les gilets jaunes, la plupart d'entre eux, surtout, n'ont pas voté. Et c'est ça, le grand problème de la société politique en France.

Tant qu'on n'aura pas convoqué une assemblée constituante qui conduise le peuple à décider lui-même quelles sont les nouvelles règles du jeu, ils ne croient plus aux règles du jeu actuelles. Si bien qu'ils ne vont voter en mars qu'à une seule élection, l'élection présidentielle, et ils considèrent que tout le reste, même les municipales, c'est bidon. Alors, je peux le déplorer, mais c'est un fait. Nous, nous ne pouvons pas avoir raison contre cette réalité.

28:00
Présentateur

Vous vous dites, il faut justement aujourd'hui se rassembler, alors peut-être au sein de ce comité, mais il y a eu des initiatives tout au long de la semaine, d'une partie de la gauche, et notamment à l'initiative de Fabien Roussel, qui est chef du parti communiste. Il a invité la gauche à se rassembler. Lundi matin, Gare de Lyon, il y avait une grande partie de la gauche, vous n'y étiez pas. Un vendredi, le PS, le PCF, Europe Écologie Les Verts, Génération, Place Publique, les radicaux de gauche, la gauche républicaine et socialiste, ou encore Ensemble, ont rédigé une déclaration commune, et vous, une autre. Est-ce que vous n'êtes pas en train de faire bande à part ?

Précisément vous, qui depuis le début de l'émission nous dites, il faut se rassembler.

28:36
Jean-Luc Mélenchon

Non, je ne dirais pas ça comme ça. On participe aux meetings de soutien, quand ce sont des meetings organisés par l'un ou l'autre.

28:44
Présentateur

Pourquoi vous n'étiez pas Gare de Lyon ? Pourquoi vous n'avez pas signé le texte ?

28:46
Jean-Luc Mélenchon

Oui, oui, je vais vous dire, je vais vous répondre. Ne croyez pas que j'ai l'intention de biaiser avec ça, ni que je sois, si peu que ce soit, mal à l'aise. Notre objectif, c'est de rassembler pour soutenir. Imaginez-vous qu'on se mette 5 minutes autour de la table, et on dit, comme le propose, à mon avis, de manière erronée, Fabien Roussel du Parti communiste, qu'on dise, on va discuter d'un contre-projet. Vous êtes d'accord ? C'est ça l'idée ? Parfait. Il y en a deux ou trois qui sont pour la retraite à point. Le Parti socialiste, Écologie les Verts, et je crois, Nouvelle Donne, ou peut-être Génération, je ne sais pas. Je ne veux pas leur attribuer. Au moins, c'est de là.

Donc, la discussion tournerait immédiatement court. Nous, nous sommes contre, absolument contre. Donc, il faut faire attention à ce qu'on fait. Ne pas donner l'impression qu'on est tous d'accord, pour que 5 minutes après... C'est pour de fou ?

29:34
Présentateur

C'est juste une façade, quand il se retrouve là, Gare de Lyon, quand il s'ignore...

29:37
Jean-Luc Mélenchon

Non, je pense que le Parti communiste, qui est un dirigeant avisé et habile, aimerait qu'on donne l'impression qu'on est tous d'accord avec le mouvement, et on l'est, mais pour un contenu différent. Et ça, je lui dis, c'est une erreur, parce qu'en 5 minutes, ça tournerait à la division. D'ailleurs, vous vous jetteriez sur nous, même pas 30 secondes après.

29:57
Présentateur

Donc, vous ne préférez même pas tenter le coup ?

29:59
Jean-Luc Mélenchon

Mais je n'ai qu'à lire ce que disent les uns et les autres. Donc, je veux éviter de nous mettre dans une situation de division, où alors, pire que tout, c'est qu'on recommence le régime Hollande. C'est-à-dire qu'on se met d'accord sur le minimum du minimum,

30:15
Présentateur

et on trompe tout le monde. Vous, vous avez été assez précis sur le contre-projet, et regardons un peu dans les faits si c'est réaliste.

30:20
Jean-Luc Mélenchon

Ah bon, on va voir si votre appréciation est que c'est réaliste ou pas. On a bien compris depuis le début. Nous, nous avons fait une proposition réaliste. Mais Jean-Luc Mélenchon,

30:27
Présentateur

vous ne pouvez pas toujours répondre que c'est une affaire de perception ou d'impression. Il y a quand même un certain nombre de faits, il y a quand même un certain nombre de chiffres, Jean-Luc Mélenchon. On ne peut pas tout relativiser.

30:38
Jean-Luc Mélenchon

Il ne s'agit pas de ça. J'essayais juste d'être complaisant avec vous. Parce que je pourrais vous dire que ça fait 10 semaines que vous racontez n'importe quoi, et que vous colportez la propagande du gouvernement. Je pourrais dire ça, mais je ne le fais pas. J'essaye de dire, vous avez un point de vue et j'en ai un autre. Et ce que je réussis à faire, c'est de vous enfermer dans un point de vue qui n'est pas votre analyse de journalisme. Est-ce que c'est votre projet, Jean-Luc Mélenchon, tous ensemble, en l'occurrence, le projet sur les retraites. Est-ce que c'est vous qui l'avez fait ?

31:02
Locuteur 8

Celui de la France est commise.

31:03
Jean-Luc Mélenchon

On a une énorme commission qui a travaillé sur ce document. On ne peut plus maintenant, je ne peux plus tout faire. Par exemple, le contre-projet sur le budget de l'État, c'est Éric Coquerel qui pilote ça. Le contre-projet sur les retraites, c'est Adrien Quatenas, Jean-Luc Mélenchon et Carole Lucien.

31:20
Locuteur 8

Mais vous y adhérez au moins. Vous y adhérez, vous êtes d'accord avec les propositions ? Bien sûr, on est un groupe,

31:25
Jean-Luc Mélenchon

on est un collectif. Je ne vous dirai pas que je suis d'accord avec chaque mot, chaque virgule de partout. La retraite à 60 ans, ça vous êtes d'accord. Oui, 40 annuités, oui, je suis d'accord. Pas une seule retraite en dessous du SMIC. Comme le projet du gouvernement ? Non, alors vous voyez, déjà, ça commence mal. Non, le gouvernement dit pour une carrière complète. Oui, et vous ? Je n'ai pas dit pour une carrière carrément invité. Non, ce n'est pas écrit. Alors je vous le dis. D'accord, non, non, mais c'est une précision.

31:57
Locuteur 8

RSA, non, non, mais vous voyez, on a bien étudié. Intégration des trimestres au RSA.

32:02
Jean-Luc Mélenchon

Oui, c'est bien ça.

32:03
Locuteur 8

Donc, qui rentre dedans.

32:04
Jean-Luc Mélenchon

Oui, parce que ce n'est pas normal que quelqu'un qui est au RSA ne puisse pas faire entrer ses trimestres, sa participation à la vie active pendant ces trimestres-là. Oui, oui, c'est bien. Alors, questionnement classique, comment est-ce que... Questionnement naturel, au fond, vous la demandez souvent, sans doute. Comment est-ce que vous financez ce risque ? Non, mais c'est que vous financez, c'est surtout la grande question. Alors, non, mais parce que vous m'avez souvent posé la question. On peut dire aux téléspectateurs que ce débat n'est même pas nouveau. On l'a déjà eu en 2003, on l'a eu en 2008, on l'a eu en 1995. Et ça fait donc pour la quatrième fois, je vais vous redire.

Mais comme les choses se sont aggravées entre-temps, je commence par vous dire une chose. Il n'y a pas de problème de financement aujourd'hui sur les retraites. Par conséquent, la réforme est une pagaille gratuite qui a été décidée pour permettre, par transition lente, d'arriver au régime par capitalisation, comme le demande la Commission européenne. parce que vous n'en parlez jamais, mais c'est une recommandation de la Caisse européenne. Oui, mais comme il n'y a pas de recommandation sur les déficits, vous êtes d'accord avec moi qu'aujourd'hui, vous n'avez pas de déficit. Et puis, ça vient, mais ça sera à 7 à 15 milliards d'ici 10 ans. Vous êtes d'accord avec nous ?

Et par contre, à partir de 2050, avec la démographie, il va y avoir une inversion. Mais pour l'instant, c'est en déficit de facto. Non, de facto et dans 15 ans, c'est pareil pour vous ? Ce que vous devrez dans 15 ans et ce que vous devez aujourd'hui ? Non, parce que c'est demain que c'est en déficit. Non, mais attendez, non, ce n'est pas demain, c'est dans 15 ans. Donc, on connaît les paramètres à faire bouger. 2025. Non, mais il faut quand même parler sérieusement de ce qu'il y a devant nous. Ce n'est pas que de la propagande, tout ça, on ne va pas se jeter à la figure. Non, ce sont des chiffres. Bon, donc je vous dis, un, il n'y a pas de problème.

Deux, les réformes du gouvernement aggravent le déséquilibre du système. Et je peux vous le démontrer en vous rappelant qu'ils viennent de voter dans la loi PAC le fait que les gens comme vous et quelques autres, qui gagnent deux fois le plafond de la sécurité sociale, c'est-à-dire aux alentours de 10 000 euros par mois, à partir de deux fois le plafond, ne cotiseront plus et n'auront d'ailleurs plus d'avantage retraite. Donc, ils seront tous obligés d'aller cotiser dans le privé. Qu'est-ce que ça ? Et ces cotisations seront déduites de leurs impôts. Pardon madame, il y a de la technique, donc laissez-moi le temps de dérouler sans me couper la parole. Allez-y.

Donc, les gens qui devront, qui cotiseront, leurs cotisations seront retirées des impôts. Ça veut dire que nous tous, nous allons payer la contrepartie, soit en service public supprimé, soit en augmentation d'impôt. Ça coûtera un milliard et demi aux caisses de l'État. Quand ils toucheront leur pension, 70% sera dégrévé d'impôts. Je continue. Et comme ils ne cotiseront plus au-delà de deux fois le plafond, comme tout le monde, eh bien il va manquer 7 milliards dans les caisses de retraite. Alors, ce n'est pas la peine de venir me chercher.

34:38
Présentateur

Jean-Luc Mélenchon, une question sur... Vous disiez tout à l'heure, moi j'aurais besoin de ma retraite. Mais on le sait parce que tout ça maintenant est aujourd'hui transparent. Vous avez du patrimoine, vous l'avez fait aussi précisément pour ça. C'est une manière pour vous d'avoir des biens privés ? Ah non, non, pas du tout. C'est la seule manière. C'est une forme de retraite par capitalisation, en fait. C'est une forme de retraite par capitalisation. Non, mais attendez, parlons pas de moi, mais je veux bien... Non, non, mais de manière générale, pour les Français.

35:00
Jean-Luc Mélenchon

Moi, je n'ai pas acheté une retraite par capitalisation. J'ai acheté un appartement. Je vous le donne, si vous voulez, et que vous me garantissez que je peux y vivre jusqu'à mon dernier souffle et mon dernier jour. Voilà. Je vous le donne, je ne peux pas faire mieux. Donc arrêtez de tout transformer, de supposer que tout le monde est uniquement animé par de la cupidité. D'accord ? Mais non, acheter son appartement, ce n'est pas de la cupidité. Madame, je reviens à votre question. Vous avez dit, dans 15 ans, il y aura un déficit. Je vous montre que le gouvernement est en train de l'organiser.

Aujourd'hui, que c'est la technique des gouvernements libéraux de mettre en déséquilibre toutes les caisses pour ensuite dire, vous voyez, ça ne marche pas.

35:36
Présentateur

Mais Jean-Luc Mélenchon, ne vous énervez pas ? Vous parlez du fait que les Français parfois mettent de côté ?

35:42
Jean-Luc Mélenchon

De Malheur, vous n'énervez pas, vous. Moi, je ne m'énerve pas, je parle fort. Je suis méditerranéen, c'est tout. Je ne m'énerve pas.

35:47
Présentateur

C'est intéressant, Jean-Luc Mélenchon, de voir que ce que vous reprochez en disant, du coup, les Français vont être obligés de mettre de côté, en gros, pour plus tard, c'est quand même ce que vous avez fait.

35:57
Jean-Luc Mélenchon

Non, je conteste totalement cette idée parce que les gens qui vont mettre de côté, je recommence parce qu'apparemment, vous n'avez pas compris, vont être obligés de le faire. Vous, Madame de Malheur, vous gagnez combien ? Mettons 10 000, mettons 20 000. Entre 10 et 20. Non, mais entre 10 et 20. Donc, au-delà de deux fois le plafond de la Sécu, vous allez devoir cotiser. Si vous voulez maintenir votre revenu, je suppose que vous espérez à la retraite maintenir votre revenu. C'est ce que tout le monde fait. Donc, vous allez vous dire, ah là là, ce n'est plus le régime général qui me paye, donc je vais aller cotiser. Vous allez aller cotiser.

À ce moment-là, vous autres vous direz merci parce que c'est vous qui payez. Et elle aussi d'ailleurs par ses impôts. Ça, ça va coûter un milliard et demi au pays. Et comme elle ne cotisera plus, elle nous intéresse, elle et son argent. Parce que comme elle ne cotisera plus, les cotisations patronales sur sa cotisation, au-delà de deux fois, c'est 4 milliards et demi. Mais elle va cotiser à hauteur de 2,8%. Et vous ne cotiserez pas pour les salariés à hauteur de 3 milliards. Donc, ça fait 7 milliards. 7 milliards de moins pour les caisses de Sécu. Et vous venez de me dire, dans 15 ans, il manquera, non pas 15, madame, vous avez inventé le chiffre. Le chiffre du corps est entre 5 et 17.

Demandez-moi où je trouve entre 5 et 17 et je vous réponds. Mais là, déjà, je vous ai répondu en vous montrant. Vous avez posé le trou, vous avez pu... Et là, sur effectivement l'assiette... Non, mais je vais vous donner un exemple.

37:14
Locuteur 4

Prenons peut-être quelques minutes pour revenir sur un autre sujet qui a beaucoup occupé, beaucoup fait réagir.

37:24
Jean-Luc Mélenchon

Lorsque vous avez... Pardon, excusez-moi, mais... Jean-Luc Mélenchon. Non, mais on est passé à un autre sujet. Un mot. J'ai 10 solutions, mais je vous en donne une. Payez les femmes comme les hommes. Payez les femmes comme les hommes et vous avez la retraite à 40 ans, à 40 annuités et à... Pourtant, il y aura plus de cotisations. On a besoin d'emploi, évidemment, ce sont des milliards. On a besoin de prendre quelques minutes sur un sujet qui est aussi important que celui que nous venons d'évoquer. Lorsque vous avez commenté la défaite de Jérémy Corbyn en Angleterre, au Royaume-Uni, sur votre blog, vous avez eu cette phrase. Pas question.

Je refuse les génuflexions devant les UQAs arrogantes des communautaristes du CRIF. C'est non.

38:04
Locuteur 4

Voilà, c'est cette phrase-là qui a entraîné beaucoup de réactions.

38:07
Jean-Luc Mélenchon

Lorsqu'on suit votre parcours politique, c'est mon cas, on ne peut pas imaginer que vous soyez antisémite. Ah, quand même. Ça ne paraît pas imaginable. Et pourtant, de nombreuses réactions sont allées en ce sens. Est-ce que vous pouvez répondre à cette question-là ? Oui, oui. Est-ce qu'il y a chez vous la moindre trace d'antisémitisme, Jean-Luc Mélenchon ? Mais d'abord, il y a une raison philosophique. Je crois à l'égalité absolue des êtres humains. Par conséquent, tout ce qui ressemble à la discrimination sur la base de la religion, du sexe ou de la couleur de peau, m'insupporte au dernier degré. Et je le combat politiquement.

Mais s'agissant de telle ou telle religion, pourquoi aurais-je une fixation particulière ? Je ne suis pas fou. Je pense qu'il y a quelque chose de malsain dans cette fixation. Mais ce que je conteste, c'est que le CRIF s'appelle Conseil représentatif des institutions juives de France. Il n'y a pas d'institution juive. Nous sommes en République. En République, il n'y a que des institutions républicaines. Il peut y avoir des associations. C'est une association loi 1901 qui me critique et me condamne sans arrêt. Sans arrêt.

Quand je suis allé comme président de groupe, entouré de 11 membres de mon groupe en écharpe, à l'appel de l'Assemblée nationale que j'avais signé à la marche Cnoll, nous avons dit au CRIF, nous étions menacés par la Ligue de défense juive, qui est considérée comme une organisation terroriste dans d'autres pays, nous avons dit au CRIF, est-ce que vous nous garantissez ? La sécurité. La sécurité. On ne vous garantit pas. Mais alors ? Et nous avons été expulsés de la manifestation parce que cette Ligue nous a expulsés. Et donc, il mène contre nous une bataille politique. Je réponds donc politiquement. Et je dis, pardon monsieur, je vais vous dire, inventer des antisémites, c'est grave.

C'est le CRIF, passe son temps à ça, à sortir son rayon laser, et quand quelqu'un a dit quelque chose qui ne lui plaît pas, il vous insulte en vous qualifiant d'antisémite. Or, l'antisémitisme est un crime dans ce pays. Oui, absolument. Et à monsieur, vous savez pourquoi j'ai... Vous avez clarifié, vous avez clarifié, vous avez clarifié, Jean-Luc Mélenchon, de me l'avoir permis, mais je vais vous dire juste que Jérémy Corbyn a été accusé sans cesse d'antisémite.

40:06
Présentateur

Et il n'y a rien chez lui là-dessus, il n'a pas flirté avec ça.

40:07
Jean-Luc Mélenchon

Mais cet homme n'est pas plus antisémite que je ne sais quoi, il y a une manière de vivre.

40:11
Présentateur

Mais Jean-Luc Mélenchon, pourquoi vous n'êtes pas ultra clair là-dessus ? Il y a un moment où même les gens du parti... Vous vous rendez compte de ce que vous dites, Apolline de Malheur ? Est-ce que vous vous rendez compte de ce que vous dites ? Vous l'avez lu, vous l'avez étudié, les membres notamment du parti de Jérémy Corbyn, eux-mêmes, ont pris beaucoup de distance et ont estimé que sans doute sa façon d'avoir joué sur l'ambiguïté au minimum l'avait entraîné. C'est honteux ce que vous faites. Vous n'êtes pas d'accord avec ça ? Non. Pas du tout. Il est blanc comme neige.

40:38
Jean-Luc Mélenchon

Écoutez, je veux vous dire de la manière plus claire qui soit, ce que vous faites n'est pas acceptable. Pourquoi ? S'il suffit que deux, trois personnes en accusent une troisième de quelque chose pour que ça passe pour une ambiguïté, ce que vous venez de dire, ou qu'on m'a fait à moi, vous êtes ambiguës. Dois-je raconter ma vie pour expliquer que l'antisémitisme n'est pas dans mes moyens ? D'accord ? Il y en a ras-le-bol d'utiliser cet argument pour disqualifier. Pour vous, les choses sont claires nettes. Quand le grand rabbin d'Angleterre dit que M.

Corbyn n'est pas capable d'assumer la responsabilité de l'État, c'est à peu près aussi insupportable que si le moufti du Caire venait prononcer une oucase contre moi de même nature. Et je préviens d'avance, ça ne m'impressionne pas, je ne m'inclinerai pas, je ne ferai pas comme Jérémy Corbyn qui a passé son temps à s'excuser, à donner des arguments, etc. Il y en a assez. Il y a assez d'antisémites dans la vie, il n'y a pas besoin d'en inventer d'autres. D'accord ? Voilà mon message. Quant aux Juifs de France, j'ai toujours dit ce qui était le fond de ma pensée. Je l'ai dit quelques secondes après qu'on m'ait expulsé d'une manif.

J'ai dit, il ne faut pas confondre quelques imbéciles, car chaque Juif dans le plus modeste village de France doit savoir que s'il est mis en cause parce qu'il est Juif, il me trouvera l'instant d'après à ses côtés contre la discrimination et le racisme. J'ai toujours parlé comme ça. Mais de manière insidieuse, mesquine, sournoise et insupportable, des gens commencent et viennent avec leur mine pateline dire, oui vous êtes ambigu, mais ambigu on ne peut pas répondre. Donnez-moi des faits, citez des faits, des choses concrètes, des paroles. Ce n'est même pas l'ambiguïté qu'a pointé le ministre de l'Éducation nationale.

À votre rencontre, il a déclaré, Jean-Luc Mélenchon dit des choses aussi scandaleuses que ce que disait Jean-Marie Le Pen. J'imagine que cette déclaration a dû vous atteindre. Non, parce que je n'en tiens aucun compte, je ne les écoute plus. Je sais qu'ils sont odieux, que si on étudiait le pédigré de chacun d'entre eux, il y aurait à dire sur ce qu'ils sont capables de faire supporter aux autres. Alors, bon, voilà, c'est leur technique. Ils ont décidé qu'en prévision de la prochaine élection présidentielle, ils comptaient me faire endosser l'habit de l'antisémité.

Ils l'ont déjà fait à Hugo Chavez, qui malheureusement n'avait rien compris à la Shoah en Europe et ne comprenait pas de quoi on parlait. Ils l'ont fait à Bernie Sanders, aux États-Unis d'Amérique. Monsieur Bernie Sanders, non seulement est juif, mais qui boudine.

42:54
Présentateur

Mais il n'y a pas d'antisémitisme d'extrême-gauche en France ?

42:57
Jean-Luc Mélenchon

Oh ben, il doit y en avoir. Ou en Angleterre. Il y en a partout. Attendez, il y en a aussi à droite, beaucoup. Ça a existé. Et puis il y en a à gauche, et puis il y en a au milieu, et puis il y en a qui n'ont pas d'engagement politique, qui sont juste antisémites. Est-ce que vous dites... Le racisme est très répandu.

43:09
Locuteur 4

Est-ce que vous dites, si vous êtes dans cette logique antisémite, je ne veux pas de votre vote ?

43:15
Jean-Luc Mélenchon

Ah ben, je pense que quelqu'un qui est raciste ne doit pas voter pour moi. Parce que moi, je vais faire le contraire. Donc si quelqu'un qui est raciste veut voter pour moi, je suis comme tout le monde. Je regarde les votes, mais je dis que vous allez me tromper. De même, si par exemple, vous êtes contre le partage de la richesse, il ne faut pas voter pour moi. Parce que moi, je vais le faire. Si je suis élu, je vais le faire. La répression du racisme, oui, j'aime mieux vous dire, ça va être chaud pour un paquet de gens. D'avoir affaire à moi, au pouvoir, parce que la société française, comprenez ça. Une seconde de pause. Mes amis, il faut faire France. La France est très composite.

Elle est très diverse maintenant. Et il est temps de savoir au moins qu'on s'engueule sur tout, mais pas sur le fond. Nous sommes tous sur un point. Nous sommes tous semblables. Et dès lors que nous adhérons à la République française, et que nous la respectons, alors nous faisons un seul peuple. Et moi, chaque fois que je pourrais, je serai du côté de l'opprimé, de celui qui est maltraité, de celui qui est rejeté à cause de sa religion, à cause de sa couleur de peau. Pas seulement parce que je déteste le racisme, mais parce que j'aime la France. J'aime la République française. Est-ce que vous vous rendez compte de l'extraordinaire modernité de l'idée de République ?

Parce que nous la pratiquons, nous autres, les Français. Voilà ce qui est important.

44:30
Présentateur

Il reste deux minutes. C'est tout ? Un mot sur Jean-Paul Delevoye. Il a donc démissionné. Le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire. Et il y a eu cette déclaration cette semaine. On n'en aura jamais fini, car l'homme idéal n'existe pas. C'est dans la nature humaine de transgresser. D'un certain point de vue, tant mieux. Car un homme parfait, où sa recherche, c'est dangereux. C'est Emmanuel Macron qui a dit ça cette semaine. Est-ce que vous êtes d'accord ?

44:56
Jean-Luc Mélenchon

Bon, il a un point de vue qui est, j'espère, plus philosophique que politique. Qu'il est dans la nature humaine de transgresser, nous le faisons depuis que nous sommes tout petits. Mais sur le plan politique, non. Le respect de la loi et de la Constitution, vous n'y pouvez rien. Moi, je suis contre la Constitution.

45:13
Présentateur

Vous-même, vous avez été condamné.

45:14
Jean-Luc Mélenchon

Oui, j'ai été condamné pour rébellion, incitation à la rébellion, obstruction à magistrats. Alors ça, ça m'ennuie un peu, parce que c'est pas vrai. Mais la rébellion, oui, c'est vrai, je suis un rebelle, et je suis heureux que ce soit certifié. Donc vous êtes tout à fait avec cette idée qu'il faut pouvoir transgresser. J'ajoute que ça m'a coûté très cher, parce qu'en indemnité pour les pauvres policiers à qui j'ai crié dessus, je suis tout à fait désolé qu'ils en soient tombés malades pendant plusieurs jours. Je suis désolé, vraiment. Bon, vous êtes ironique. Ça m'a coûté très cher. Vous êtes ironique, là, j'en ai pas du tout. Non, mais attendez, vous n'avez pas de compassion pour les gens ?

Moi, j'en ai. Vous faites une âge de l'ironie.

45:48
Présentateur

Mais c'est vous-même qui les poussez, et aujourd'hui, vous dites, j'ai de la compassion pour eux ?

45:52
Jean-Luc Mélenchon

Sur le moment, c'était une... Comment dire ? Une prise à partie. Vous, vous savez pas ce qu'ils m'ont dit. Ça vous intéresse pas ?

46:00
Locuteur 1

Ça fait un peu « whoops ». Que vous ont-ils dit, alors ?

46:02
Jean-Luc Mélenchon

Pardon ? Que vous ont-ils dit ? Qu'est-ce que quoi ? Non, ça vous regarde pas. Non, mais parce que moi, je ne pratique pas ça non plus. Par exemple, dans le procès, nous avons refusé de faire état des fiches d'expertise psychologique des gens qui s'en prenaient à nous. Donc, je ne suis pas d'accord pour que tout serve d'argument. Donc, je ne suis pas respecté, c'est une chose. Je ne vais pas me mettre au niveau de ceux qui ne me respectent pas. J'essaye d'être... J'essaye, je ne vous dis pas que j'y arrive, d'essayer d'être pas tout à fait... Pour le reste, je vous confirme, ma personne est sacrée, et la République, c'est moi.

Quand quelqu'un dit la République, c'est moi, en face de moi, je réponds non, c'est moi.

46:32
Présentateur

Et bien, de ce point de vue-là, au moins, c'est assumé. Merci Jean-Luc Mélenchon d'avoir été avec nous dans BFM TV.

46:37
Jean-Luc Mélenchon

Il paraît que j'ai beaucoup de commandes, parce que j'ai déjà annoncé. Prenons les choses avec humour. Joyeux Noël à tout le monde.

46:43
Présentateur

Joyeux Noël à vous. Jean-Luc Mélenchon, l'actualité continue sur BFM TV dans un instant. Affaire suivante, et je vous donne rendez-vous à 18h pour rien en même temps. A tout à l'heure.