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interviewRMC — Apolline Matin (sur Podcast)· 11 mars 2026 10 min

L'invitée d'Apolline Matin : Alice Rufo - 11/03

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez RMC. Face à la guerre en Iran, quel doit être le rôle de la France ? On se pose la question ce matin avec vous, Alice Truffaut, bonjour. Vous êtes la ministre déléguée auprès de la ministre des Armées. C'est vous qui désormais incarnez réellement aussi la position de la France depuis le début de la guerre. La France n'a pas vocation, je cite, à intervenir de manière offensive. Voilà ce que disait lundi Emmanuel Macron à bord du porte-avions le Charles de Gaulle. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'on a un pied dedans, un pied dehors ?

0:29
Alice Rufo

Ça veut dire qu'on n'a pas choisi cette guerre et qu'on n'en avait pas d'ailleurs été informé de son déclenchement. Mais ça veut dire en même temps que nos intérêts sont engagés, sont concernés via nos ressortissants, nos alliés et puis nos intérêts économiques évidemment.

0:41
Présentateur

Alors notre rôle il est donc défensif et notamment avec la question du détroit d'Hormuz. Notre flotte, notre marine qui est présente, qui est engagée. Il y a évidemment le Charles de Gaulle, il y a les frégates. On apprend à l'instant qu'un cargo a été touché par un projectile inconnu, c'est comme ça qu'on dit, dans le détroit d'Hormuz, l'équipage a été évacué, le détroit d'Hormuz que l'Iran dit tenir. Est-ce qu'on peut réussir véritablement dans le contexte actuel à le débloquer ?

1:10
Alice Rufo

Non, dans le contexte actuel, le détroit est de fait bloqué et c'est ce qu'on appelle dans le jargon militaire un environnement non permissif. C'est-à-dire que vous venez de citer ce qui s'est passé, ce n'est pas la première fois. On ne peut pas circuler dans le détroit d'Hormuz, il est fermé et puis de toute façon les compagnies et les assureurs ne se risqueraient pas à le faire. Donc ce qu'il faut c'est quand même travailler un peu dans la durée. Ce n'est pas maintenant qu'on peut en terminer. On ne va pas le débloquer en trois jours ? Non, c'est ça ce que vous nous dites ? Non, ce n'est pas possible. Il faut d'abord renforcer la posture maritime partout, c'est d'ailleurs ce qu'on fait.

Et puis il faut travailler à ce que le niveau de tension baisse pour pouvoir rétablir la circulation maritime.

1:43
Présentateur

Ça veut dire que vous attendez juste que la guerre se termine ? Ou est-ce qu'il pourrait y avoir une offensive lancée par la France pour le débloquer ce détroit ?

1:50
Alice Rufo

Non, ce n'est pas une action offensive. En fait, la liberté de circulation maritime est garantie par le droit international. Donc c'est parfaitement légal de contribuer à l'application du droit international, y compris avec l'appui de moyens militaires d'escorte comme on l'a fait par exemple en mer rouge.

2:05
Présentateur

Sauf qu'à un moment quand même, Alice Ruffeau, il faudra bien envoyer un missile potentiellement. Il faudra bien... c'est-à-dire que la seule présence de nos bateaux ne sera pas suffisante.

2:16
Alice Rufo

Il est possible qu'à un moment, on doive tirer. Alors par définition, un moyen militaire, quand il est engagé quelque part, il se défend. Quand on était en mer rouge, on est toujours en mer rouge, dans l'opération Aspides, c'était une opération où il y avait de l'intensité. Donc les frégates répondaient, détruisaient les moyens qui arrivaient vers elle. Donc vous avez une action militaire qui peut être menée maintenant. Le fait est que s'il s'agit de parler de ce que font les Américains, c'est-à-dire la destruction de la marine iranienne... Avec des torpilles, on a vu évidemment ces fameuses images. ...affichées, voilà, des infrastructures portuaires et de capacité de projection de l'Iran.

Non, ce n'est pas le cadre d'action dans lequel nous nous situons.

2:54
Présentateur

Nous avons la question de la défense du commerce et de la libre circulation, comme vous dites. Il y a la question aussi de nos accords avec les pays du Golfe, notamment les Émirats, le Qatar, la Jordanie, qui sont visés, qui sont ciblés régulièrement et encore cette nuit par l'Iran.

3:09
Alice Rufo

On les protège activement ? Oui, on les protège activement depuis le début. Alors on a des accords en particulier avec le Koweït, les Émirats et le Qatar. Effectivement, vous avez dit, on a une base en Jordanie et puis on a évidemment des moyens au Sud-Liban. On les protège en contribuant à leur défense aérienne et antimissile. C'est-à-dire qu'on leur donne des équipements, c'est-à-dire qu'on a des rafales sur place qui travaillent à défendre ces pays. Là aussi, ce n'est pas une action offensive, c'est protéger contre ce qui arrive sur ces pays.

Et puis, on renforce évidemment notre présence maritime, qui est une présence, certes maritime, mais en fait qui comporte des moyens aériens, d'où le Charles de Gaulle.

3:45
Présentateur

Quand vous dites, et je vois bien que vous insistez sur ce point, qu'il s'agit de défendre, il y a eu tout de même, il y a une semaine tout pile, cette déclaration commune, Paris, Londres, Berlin, qui disait que s'il le fallait, ils iraient détruire les missiles à la source. Ce à la source, pardon, c'est presque technique, mais au fond, si vous détruisez un missile alors qu'il est encore dans la terre, avant de sortir de terre, c'est de l'offensif. Si vous détruisez ce missile une fraction de seconde plus tard, c'est-à-dire quand il est à un mètre du sol, quand il vient de quitter son lanceur, c'est du défensif.

Quand on dit à la source, est-ce qu'on n'est pas quand même en train de s'engager dans cette guerre ?

4:24
Alice Rufo

Alors, je n'ai pas le verbatim exact de la déclaration, mais en tout cas, peut-être qu'il y a eu de l'incompréhension sur ce sujet-là, mais ce n'est pas aller taper... Aujourd'hui, ce que font les Américains et les Israéliens, c'est de taper en Iran les capacités offensives de l'Iran. Ce n'est pas l'action qu'on fait.

4:39
Présentateur

Et on ne le fera pas ? Et on n'a pas vocation à le faire ?

4:41
Alice Rufo

On n'a pas vocation à le faire ?

4:42
Présentateur

On n'a pas vocation à le faire. La question aussi des mines, parce qu'on parle évidemment du détroit d'Hormuz, et vous disiez, il va falloir prendre du temps, préparer tout ça. Si pendant ce temps-là, l'Iran, comme on le redoute, dépose des mines, alors ça veut dire que pendant des semaines, des mois, peut-être même plus longtemps, ce détroit sera un lieu dangereux.

5:06
Alice Rufo

Absolument. C'est d'ailleurs pour ça qu'il faut à la fois prendre le temps de planifier la mission qu'on veut mener justement dans le détroit d'Hormuz, et en même temps agir assez vite sur la désescalade, y compris avec des canaux qui sont ouverts. Vous savez que nous, on parle encore aux Iraniens, le président a eu le président iranien, etc. Il faut faire baisser le niveau de tension et éviter des situations irréversibles qui engageraient des moyens supplémentaires en matière de déminage du détroit d'Hormuz.

Pour l'instant, encore une fois, les Iraniens font beaucoup de déclarations, il y a aussi un petit brouillard de guerre avec des déclarations très offensives dans tous les sens, mais ils ont sans doute les capacités de nuisance très importantes dans le détroit d'Hormuz, mais il est plutôt bloqué de fait, c'est-à-dire que personne ne passe vu la dangerosité.

5:46
Présentateur

Ça veut dire que personne n'oserait se risquer à passer. Mais pour l'instant, nous n'avons pas la preuve matérielle

5:53
Alice Rufo

que des mines aient été posées. C'est très difficile. On a certains de nos partenaires qui le disent, c'est très difficile à identifier. De toute façon, ce sont souvent des mines dérivantes, donc il faut avoir une appréciation très nette de la situation. Une question évidemment,

6:06
Présentateur

c'est aussi les conséquences avec les coûts du pétrole, avec l'extrême volatilité des coûts et l'inquiétude qui naît aussi en France. Je voudrais qu'on puisse accueillir Renaud qui nous appelle de Gironde. Bonjour Renaud. Vous êtes transporteur, je crois, et vous vouliez justement réagir à votre inquiétude sur le prix de l'essence.

6:24
Invité

Oui, bonjour Apolline. Oui, justement, comme je disais à votre collègue au Standard, ça devient une catastrophe. Vous avez vu quoi, là ?

6:32
Présentateur

Vous observez quoi, vous ?

6:34
Invité

J'observe que, alors moi, j'ai une petite entreprise de transport. J'ai 12 camions, 12 petits camions en VL et qui font des tournées de pharmacie dans les départements limitrophes de Bordeaux. Donc, on fait à peu près 500 km par jour chacun. Alors, on a des cartes Leclerc pour faire le gasoil dans toutes les stations Leclerc. et on a pu s'apercevoir qu'hier, on faisait le gasoil à 1,98 € et que ce matin, il est passé à 2,17 €.

7:02
Présentateur

Et ce matin, 2,17 €. Alors qu'entre-temps, si on est tout à fait précis, le prix du pétrole a baissé, en réalité, puisque dans la nuit dernière, alors qu'il avait atteint presque les 120 $ le baril, au moment où on se parle, il est à 80, à peu près, entre 80 et 87 $. Donc, vous, c'est un manque à gagner de combien ? Vous avez calculé ? Vous avez chiffré ?

7:22
Invité

Ah oui, oui, oui, j'ai chiffré, puisque moi, mes camions, en fait, en 10 jours, on a pris 50 centimes du litre. Tous mes camions font en moyenne 60-65 litres par jour. Donc moi, à la fin du mois, ça me fait un manque à gagner de 7200 €.

7:38
Présentateur

Ah oui, donc les conséquences, elles sont énormes. Énormes.

7:43
Invité

7200 €, excusez-moi, Apolline. Oui, allez-y. 7200 €, c'est quasiment la marge que je peux faire tous les mois.

7:50
Présentateur

Renaud, j'en parlerai tout à l'heure aussi avec le ministre de l'économie, Roland Lescure, qui sera mon invité à 8h30. Mais Alice Ruffaut, quand on entend ça, est-ce qu'il y a un moyen diplomatique urgent, y compris avec la question de la Chine, mais aussi, pardon, je sais que c'est un très gros mot, mais on a l'impression que les Russes, dans un sens, pourraient tirer leur épingle du jeu en se disant, au fond, nous, on a du pétrole à vendre, on a de l'essence à vendre, est-ce que certains vont se risquer à le faire ? Et est-ce qu'il faut choisir de ne pas le faire, mais au risque d'avoir aussi des prix qui augmentent ? Ou est-ce qu'il faut lâcher du lest ?

8:23
Alice Rufo

Vous avez complètement raison sur la stratégie russe, qu'on voit d'ailleurs se dessiner. Donc, évidemment, il y a des conséquences. Je veux dire, quand on bloque le détroit d'Hormuz, de fait, il y a des conséquences. Et c'est pour ça qu'on travaille beaucoup à faire en sorte que la liberté de circulation maritime puisse revenir. oui, il y a une action disponible possible, c'est le G7 dont on a la présidence en ce moment. Et d'ailleurs, le président réunit une réunion cet après-midi. Vous avez entendu parler et vous parlerez, j'imagine, avec le ministre de l'économie de la question des stocks stratégiques. On n'est pas désarmé face à la situation.

Et puis, on essaye justement d'aller vite sur la désescalade et sur la réouverture du détroit pour limiter les conséquences qu'on entend chez Renault et qui sont évidemment très ennuyeuses pour eux. Et on comprend très bien. Donc, on avance maintenant sur la Russie. Elle a levé des sanctions. Bien sûr que Vladimir Poutine et le Kremlin vont essayer de se présenter comme la solution. Mais enfin, non, on ne doit pas lâcher parce que l'Ukraine est encore en guerre, parce que cette guerre n'est pas finie et parce que la Russie qui dit soutenir l'Iran essaierait de faire finalement de profiter de cette guerre-là tout en s'y opposant.

Ça n'a aucun sens et nous, en tout cas, ce n'est pas notre intérêt de lever les sanctions.

9:32
Présentateur

Merci beaucoup. Merci Alice Ruffeau d'être venue répondre à mes questions ce matin sur RMC Mini. ministre déléguée auprès de la ministre des Armées.

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