Macron, Castex et... Sarkozy #cdanslair - 08.07.20
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 26 %Attaque 44 %Défensif 30 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 35 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 1:50OuverteRéponse partielle
Quelle est l'influence présumée de Nicolas Sarkozy sur la nomination de Jean Castex ?
- 1:58OuverteRéponse partielle
Quels sont les premiers pas de Jean Castex à l'Assemblée ?
- 3:54OuverteRéponse partielle
Pourquoi les parlementaires attendent-ils le Premier ministre au tournant ?
- 4:14OuverteRéponse partielle
Que signifie la phrase de Mélenchon sur Castex : "Les arbres poussent entre les mots" ?
- 5:22OuverteRéponse partielle
Certains députés se seraient bien vus à la place de Jean Castex ?
- 6:49OuverteRéponse partielle
Jean Castex est-il plus à droite qu'Édouard Philippe ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 12:17Invité politiqueFait
« J'ai l'honneur de diriger ce gouvernement, qui sera un gouvernement de combat. »
- 13:25InvitéChiffre
« Jean Castex s'y est invité hier soir pour proposer 7 milliards et demi d'euros, soit un milliard de plus que prévu. »
- 13:37InvitéFait
« Pas pour être démago et leur dire voilà. Non, parce que j'ai voulu qu'aux questions salariales, à la juste reconnaissance des professionnels de santé qui ont été formidables dans les mois passés et qui continuent de l'être, on ajoute une dimension emploi. »
- 14:01InvitéFait
« En cas de seconde vague, le Premier ministre l'a confirmé, un plan de reconfinement est prêt. »
- 14:06InvitéFait
« Il se rendra justement en Guyane dimanche, là où l'épidémie s'accélère. »
- 14:30InvitéFait
« C'est un poste qu'il voulait, impérativement. »
- 14:37InvitéFait
« Si jamais je n'ai pas ce ministère, je pars dans ma ville de Tourcoing. »
- 15:20InvitéFait
« Emmanuel Macron ne voulait pas se départir de Gérald Darmanin. »
- 24:16InvitéFait
« Le président de la République voulait faire une réforme structurelle. En gros, on met tout le monde dans le même régime. »
- 24:52InvitéChiffre
« Il y a un déficit de 35 milliards d'euros. »
- 26:36InvitéFait
« Cette réforme, elle est suspendue, elle n'est pas arrêtée. »
- 37:13PrésentateurFait
« j'ai été un collaborateur de Nicolas Sarkozy et je suis fier de l'être, mais je suis un homme libre, sous-entendu, pas un homme sous influence. »
- 48:50InvitéChiffre
« Airbus envisage de supprimer 5000 emplois en France »
- 49:37InvitéChiffre
« la direction prévoit de supprimer 7580 postes, dont plus de 1000 au sein de sa filière »
- 50:08InvitéFait
« Bercy veut limiter la casse mais a conscience qu'un plan social est inévitable »
- 54:10PrésentateurChiffre
« 61% des Français considèrent que ce gouvernement ne pourra pas être efficace face à la crise économique »
- 1:00:15InvitéFait
« Nicole Belloubet elle était transparente dans sa fonction »
- 1:04:30InvitéFait
« Il a été très grognon. »
- 1:04:46InvitéFait
« Le maintien aussi de Marc Fenaud aux relations avec le Parlement. »
- 1:05:03InvitéFait
« Macron est affaibli, ça c'est évident. »
- 1:05:16InvitéFait
« C'est clair, c'est clair. »
- 1:05:37InvitéFait
« Parce qu'il n'y a pas que les enseignants qui votent. »
- 1:05:42PrésentateurFait
« Jean-Michel Blanquer plaît à l'électorat de droite. »
Temps de parole
- Invité60 %
- Présentateur22 %
- Invité 210 %
- Invité 33 %
- Invité 42 %
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Bonsoir à toutes et à tous, nous attendons vos questions, SMS, Internet et réseaux sociaux pour alimenter notre discussion. Une fois passés les premiers pas, le gouvernement se retrouve confronté aux premières pressions. Calendrier de réforme, mobilisation de salariés, manifestation de féministes qui contestent la nomination de Gérald Darmanin et Éric Dupond-Moretti. Première séance aussi de questions à l'Assemblée nationale et au Sénat. Premier tacle de l'opposition sur le style de Jean Castex et sur le retour notamment de la réforme des retraites.
La majorité, elle, a du mal à encaisser un ancrage désormais à droite et la promotion ou l'arrivée de ministres issus des rangs de la galaxie Sarkozy. Alors l'ex-président a-t-il vraiment influencé le casting de ce gouvernement ? Emmanuel Macron met-il en réalité le cap à droite ? Qu'est-ce que cela veut dire pour les réformes à venir ? Macron, Castex et Sarkozy, c'est le titre de cette émission. Avec nous pour en parler ce soir, Yves Tréard, vous êtes éditorialiste et directeur adjoint de la rédaction du Figaro. Je cite ce soir votre édito intitulé « Compte à rebours » en référence aux nombreux défis qui attendent le gouvernement. Ils nous y reviendront en détail dans cette émission.
Laureline Dupont, vous êtes directrice adjointe de la rédaction de L'Express. À la lune de votre hebdomadaire à paraître demain, Emmanuel Macron. Et ce titre, l'État, c'est moi. Olivier Beaumont, vous êtes grand reporter au service politique du Parisien, en charge de l'Élysée, de l'exécutif. À la lune de votre journal aujourd'hui, Emmanuel Macron, Nicolas Sarkozy. Et avec ce titre, il y a un petit air quand même. Et puis rappelons votre livre « Les péchés capitaux de la politique » aux éditions Flammarion. Enfin, avec nous ce soir, Edouard Lecerf. Vous êtes directeur général adjoint de la Société d'études et de conseil BVA. Bonsoir à tous les quatre. Bonsoir.
Merci de participer à ce « C'est dans l'air en direct ». Nous allons bien sûr évoquer Nicolas Sarkozy et l'influence présumée ou pas qu'il a eue sur la nomination de Jean Castex et les autres. Mais quand même un mot sur les premiers pas de Jean Castex. Il a fait une grande interview ce matin chez nos confrères de RMC. Ses premiers pas à l'Assemblée. Et là, on se dit qu'il y a une rupture dans le style quand même avec Edouard Philippe.
Oui, il y a une rupture dans le style qui est importante. Alors, l'exercice était très différent au micro de Jean-Jacques Bourdin et à l'Assemblée nationale. Pourquoi il y a une rupture ? C'est simple. D'abord, il y a cet accent, l'accent Gascon. Je crois que depuis Val-des-Décrochers, pour ceux qui sont les plus anciens, il n'y a pas eu de figure… Il s'est tourné vers vous et dans le style. Je ne sais pas comment vous t'allez voir. Je n'ai pas connu un team, Val-des-Décrochers. Depuis, des figures, des premiers rôles, je dirais, de la politique, c'est rare d'avoir quelqu'un qui a un accent si prononcé. La façon de s'habiller, de parler… Maintenant, tout le monde a une cravate bleue.
Lui, il a des cravates qui sont plutôt assez chamarrées. Une façon de s'exprimer, de bouger, qui est très différente du style, on va dire, technocratique qu'on connaît depuis des années et des années. Donc là, il y a une rupture évidente. Après, je dirais que l'accent, il y a un accent de sincérité. C'est-à-dire que…
C'est ce que vous avez entendu ce matin, notamment ?
Oui, c'est ce que j'ai perçu ce matin, c'est qu'il ne se dérobe pas. Il dit « Non, non, non, mais attendez, je vais vous répondre », quitte d'ailleurs à aller assez loin dans le dévoilement de son agenda, de sa politique et de ses intentions. Après, il y a eu l'Assemblée nationale, effectivement. Et là, c'était plus compliqué. On sent que l'homme, d'abord, il découvrait l'hémicycle en qualité d'acteur, ce qui n'était pas simple. Et là, il avait un débit beaucoup plus lent, avec des phrases qui n'étaient quand même pas très originales, des idées pas très très originales.
Et d'ailleurs, la plupart des députés, y compris de la majorité, n'ont pas été, je dirais, extrêmement séduits par sa prestation. Et d'ailleurs, on voit qu'un autre non-politique, qui était Éric Dupond-Moretti, n'a pas été non plus, n'a pas crevé l'écran. Il a été perturbé par des interpellations, des choses comme ça, ce qui est assez bizarre.
C'est un baptême du feu pour un gouvernement d'aller aux séances de questions au scénario et à l'Assemblée.
Ça ne prédit évidemment rien de ce qui va se passer plus tard, ça ne dit rien des hommes, mais c'est intéressant de le voir.
Non, mais pour les gens qui nous regardent, qui disent « Oui, bon, d'accord, il est allé à l'Assemblée, on va passer à la moulinette chacune de leurs interventions. Celle-ci était importante parce que les parlementaires les attendent au tournant. » Pourquoi j'ai dit ça ? Le premier tacle est venu d'un homme qui sait manier les mots, il s'appelle Jean-Luc Mélenchon, et il a dit « Les arbres poussent entre les mots », il parlait de Jean Castex, « Quel ennui ! » Et il parle à deux à l'heure pour dire des banalités. Les premières heures, les premiers pas sont importants lorsqu'on est chef du gouvernement.
C'est très important pour Jean Castex parce qu'il est attendu au tournant effectivement par les oppositions, mais aussi par sa propre majorité. Et là, ça a été un petit peu raconté. Manifestement, il a été accueilli assez fraîchement par sa majorité parce qu'elle est quand même assez désarçonnée de voir qu'Emmanuel Macron a nommé à ce poste quelqu'un qui droitise encore un peu plus le président de la République, alors qu'ils sont nombreux au sein de la majorité, à penser qu'il n'en avait pas besoin.
Donc c'est aussi ce baptême du feu-là, ce baptême du feu d'un technicien qui est Jean Castex, plongé comme ça au milieu de responsables politiques, et qui en plus sont aussi un peu, j'allais dire, fort maris de voir qu'aujourd'hui, Emmanuel Macron n'a plus l'air de considérer que le cursus honorum classique de la Ve République, qui est finalement le fait de se faire élire, d'avoir des responsabilités politiques, conduit quelqu'un à de plus hautes fonctions comme Matignon ou un ministère. Donc ça, je pense que ça les a aussi un peu décontenancés, les députés.
Parce que certains se seraient bien vus à la place de Jean Castex, c'est ça aussi ?
Exactement. En fait, ces derniers jours, ils ont été nombreux à envoyer des notes à Emmanuel Macron. Ils avaient aussi été nombreux à faire des notes pendant la campagne. Plusieurs m'ont dit, en fait, on a donné de notre temps, de notre énergie au président depuis 2017, et finalement, on n'est pas récompensés. Et on a le sentiment que celui qui est récompensé, c'est celui qui a plu soudain au président, de façon tardive, sans avoir coché les cases et fait le parcours classique et les notes nécessaires pour arriver là.
Olivier Beaumont, il y a eu une rencontre avec les parlementaires organisée par Jean Castex. Il les a vus parce qu'il savait qu'il avait aussi ce besoin de convaincre dans l'hémicycle, et donc de convaincre aussi les médias, ça va être important, mais de convaincre les parlementaires de sa famille politique.
Bien sûr, parce qu'il ne connaît pas les parlementaires et les parlementaires ne le connaissent pas. Et donc, il a reçu les parlementaires de sa majorité, La République en marche, lundi soir, dans les jardins de Matignon. Il y avait plus de 200 personnes et c'est vrai qu'il attendait tous un petit peu au tournant parce qu'ils ne le connaissent pas, d'où est-ce qu'il vient, et puis il n'a pas le curtus honorum, en effet, des hommes et des femmes politiques traditionnels. Et donc, le véritable exercice pour l'examen de passage, c'était déjà lundi soir pour Jean Castex, ce qu'il a réitéré le lendemain matin, Salle Colbert à l'Assemblée, avec à nouveau cette majorité.
Et finalement, des échos qu'on a eus, même si certains l'attendaient effectivement au tournant, et ils sont en effet désarçonnés, notamment sur ce que Jean Castex incarne en termes de lignes politiques et de ce que pourraient être les prochains mois concernant les grandes réformes...
Il est plus à droite que Édouard Philippe ? Il est considéré comme plus à droite que Édouard Philippe ? Parce qu'on sait que c'était déjà compliqué avec la majorité.
Je pense que c'est un faux procès parce qu'on dit Sarkozy, mais non, je pense que Jean Castex, c'est plutôt un proche de Xavier Bertrand à la base. Et c'est surtout cette ligne-là qu'il faut avoir en ligne de compte. Donc non, je pense que Jean Castex, il occupe à peu près le même espace politique qu'Édouard Philippe. Et finalement, cet exercice, en tout cas lundi soir, ne s'est pas trop mal passé, puisque à la fin, certains voulaient des selfies avec lui, et donc il a fait la tournée des pop-up, il n'a pas serré la main parce qu'il y a les règles sanitaires obligent. Mais bon, ça s'est plutôt pas trop mal passé, certains ont été rassurés.
Et puis globalement, je trouve qu'il ne s'en tire quand même pas si mal que ça, parce que le soir de sa nomination, il va au 20h de TF1, c'est un revue statutaire, il n'était pas obligé d'y aller, mais il le fait, il y va et il dit des choses. Et puis il fait Jean-Jacques Bourdin ce matin, Édouard Philippe, il est nommé en mai, il fait Jean-Jacques Bourdin fin août, donc il se passe plusieurs mois. Et donc il y va, et quelque part ce matin, je trouve qu'on a presque eu l'anti-Philippe, Édouard. Sur la forme notamment, il y va, il répond clairement et franchement aux questions de Jean-Jacques Bourdin, sans prendre des circonvolutions ou des détours.
Avec sincérité, il le dit ce mot-là d'ailleurs. Avec sincérité, il le dit d'ailleurs, il le dit, et puis il a été interrogé sur les sujets qui fâchent, notamment sur l'illumination de Gérald Darmanin, et lui il l'assume, et il le défend, et dans la gestuelle aussi. Il avait justement, il avait ces mouvements de bras, alors qu'Édouard Philippe, il a d'ailleurs été souvent caricaturé, y compris par Nicolas Canteloup, les phrases qu'il ne finit pas, il hésite. Non, lui, c'est du tranché, et j'ai presque envie de dire qu'il joue aussi de cet accent, il en fait une marque de fabrique.
Et le soir de sa nomination, un collaborateur de Manu Macron me disait, vous verrez, les Français ne le connaissent pas, mais ils vont apprendre à le connaître, ils vont apprendre à l'aimer.
Sans me mettre en défaut par rapport à tout ce que vous avez dit, ou en rupture, je pense qu'il est en train de jouer exactement ce qu'il faut, d'une certaine manière, puisque se montrer relativement en difficulté face à une Assemblée nationale qui n'a pas une image formidable, se montrer comme étant quelqu'un, oui, peut-être un peu bousculé par des politiques qui n'ont pas une image formidable, ce matin, effectivement, chez Jean-Jacques Bourdin, il a fait quelque chose qui, mon point de vue, est assez intéressant. Il n'a pas parlé à Jean-Jacques Bourdin, il a parlé aux Français. Il a essayé, en tout cas, de donner cette idée. Pourquoi vous l'avez vu ?
Il a dit, je suis face à vous et je suis face aux Français. Il l'a dit clairement. Ça veut dire qu'il disait très clairement, voilà, je m'adresse. Il ne répondait pas exactement aux questions. Vous voyez bien que le journaliste essayait de l'emmener sur des sujets un peu plus politiques, un peu plus polémiques. Lui, aussitôt, il disait, attendez, on va voir. Il prenait, effectivement, avec toute cette vaconde un peu particulière. C'est lui qui conduisait l'entretien. C'est lui qui conduisait l'entretien sans se faire attraper et en disant, voilà, je parle au français. Je pense qu'il est en train de construire quelque chose. Encore une fois, il est inconnu.
C'est le moment de construire quelque chose. Mais il le construit hors du jeu. Je pense qu'il n'est pas vraiment dans le jeu.
C'est son atout de ne pas ressembler aux autres. C'est ça que vous l'avez expliqué dans le cerf.
Exactement. C'est un atout parce qu'aujourd'hui, il a une surface relativement lisse, relativement vierge. Les gens ne le connaissent pas. Il est en train de fabriquer un personnage. Et je ne crois pas qu'il fabrique un personnage. Je pense qu'il est comme ça et qu'il a décidé de ne pas être dans le jeu. De ne pas être dans le jeu politique, dans la petite polémique, dans le « je réponds aux journalistes » sans penser à ce que vont en dire les Français.
Il n'y a pas eu de faute d'ailleurs pour l'instant. Depuis son arrivée aux responsabilités, de mots malheureux, il donne le sentiment d'être dans une grande maîtrise de ses propos.
Oui, absolument. Et quand Jean-Luc Mélenchon critique son débit de parole, ça n'est pas forcément très grave. Au contraire, ça lui donne une forme de caractéristique, de particularité qui peut être intéressante.
Baptême du feu pour le Premier ministre d'un gouvernement de combat, comme il aime le dire, Jean Castex. Ce sont des mots qu'il a utilisés aussi ce matin. Jean Castex a donc eu droit à ses premières séances de questions, à l'Assemblée nationale, au Sénat et à ses premières manifestations aussi, pour dénoncer la nomination de deux de ses ministres mis en cause par les associations féministes. Mais le Premier ministre, vous l'avez dit tout à l'heure, assume ses choix et avance ses pions sur le terrain social. Laura Radeau et Arvoine Lyon.
Devant l'Elysée, les fémen sont venus crier leur colère contre le gouvernement fraîchement nommé. Dans leur viseur, Gérald Darmanin, ministre de l'Intérieur, accusé de viol et de harcèlement sexuel. Et Eric Dupond-Moretti, ministre de la Justice, opposition polémique contre le mouvement MeToo. Rassemblées à quelques mètres de là, des militantes féministes appellent déjà à leur démission. Le message est très clair aujourd'hui, les accusations. Une nomination à des postes clés. Un affront, disent certaines militantes, pour qui la grande cause du quinquennat, l'égalité femmes-hommes, est ainsi enterrée. Face à la bronca, le Premier ministre mont au créneau.
Tout ce qui touche aux violences, on m'en dit, intraconjugales, aux questions de viol, me sont particulièrement, particulièrement chères. Pour revenir à Gérald Darmanin, vraiment j'assume totalement cette désignation. Il a le droit, comme tout le monde à la présence de l'histoire, de laisser faire.
Je souhaite la bienvenue dans notre hémicycle au Premier ministre et aux membres du nouveau gouvernement.
Jean Castex assume et soutient ses ministres jusque dans l'hémicycle. J'ai l'honneur de diriger ce gouvernement, qui sera un gouvernement de combat. Baptême du feu ce matin pour le nouvel exécutif. Et des premiers pas quelque peu balbutiants pour le garde des Sceaux.
Je vais vous répondre. Est-ce qu'on décompte les interruptions ? Non, on ne décompte pas. Ah ben voilà, on souffre en silence.
Qui s'est ensuite montré plus offensif.
Ma méthode, monsieur le député, puisque vous me posez la question, elle est très simple.
Rien n'est plus important que le contradictoire. Qu'il s'agisse d'une décision de justice ou d'une décision politique. Un gouvernement qui s'affiche sur le terrain. Dans les couloirs de la prison de Fresnes, pour Eric Dupond-Moretti hier soir. Au chevet des gendarmes endeuillés pour Gérald Darmanin. Jean-Baptiste Djébari s'est lui rendu à Bayonne pour soutenir les chauffeurs de bus. Parmi les dossiers urgents, le Ségur de la santé. Jean Castex s'y est invité hier soir pour proposer 7 milliards et demi d'euros, soit un milliard de plus que prévu. Pourquoi j'ai mis une enveloppe de plus sur la table ? Pas pour être démago et leur dire voilà.
Non, parce que j'ai voulu qu'aux questions salariales, à la juste reconnaissance des professionnels de santé qui ont été formidables dans les mois passés et qui continuent de l'être, on ajoute une dimension emploi. Je crois foncièrement que l'hôpital a besoin bien sûr de professionnels mieux reconnus, mais a besoin de bras. L'hôpital en tension et la crise sanitaire qui reste une préoccupation centrale. En cas de seconde vague, le Premier ministre l'a confirmé, un plan de reconfinement est prêt. Il se rendra justement en Guyane dimanche, là où l'épidémie s'accélère.
Nous allons revenir sur le Ségur de la santé. Mais d'abord cette question, mais quelle idée d'avoir nommé ministre de l'Intérieur un homme visé par une plainte pour viol ?
Alors, il y a toute une histoire derrière ça. D'abord, les circonstances dans lesquelles Gérald Darmanin a été nommé ministre de l'Intérieur. C'est un poste qu'il voulait, impérativement. Et il a exercé une espèce de chantage vis-à-vis du Président de la République en disant « Si jamais je n'ai pas ce ministère, je pars dans ma ville de Tourcoing. » Et d'ailleurs, il ne vous aura pas échappé que dimanche, quand l'ancien Premier ministre a été élu au Havre, Gérald Darmanin a été au Havre. Parce qu'il y avait l'idée de créer une espèce de micro-partie entre eux, d'aventure. Donc il y a une espèce de mise en scène, si vous voulez, qui a été très très forte.
C'est quelqu'un qui a un fort caractère, Gérald Darmanin. Quand il veut quelque chose, il a un côté capricieux et il peut… Et évidemment, Nicolas Sarkozy, Emmanuel Macron… On va y venir. Et pourtant, je ne pense pas que Nicolas Sarkozy soit pour grand-chose.
On va y venir aussi.
On va y venir. Mais Emmanuel Macron ne voulait pas se départir de Gérald Darmanin. D'abord parce que c'était un ministre qui avait réussi. C'est lui qui avait fait l'impôt à la source, de façon plutôt assez brillante. Et il voulait quelqu'un à pogne au ministère de l'Intérieur. De tous ceux qui connaissaient, il n'y en avait pas tant que ça. Il y en avait qui refusaient, qui venaient de la Sarkozy d'ailleurs, comme Frédéric Péchnard, ancien directeur général de la police.
Donc il voulait ce poste-là ?
Il voulait ce poste-là, absolument. Alors après, il y a ce dossier.
Il y avait la plainte et ça, le président le savait.
Évidemment, tout le monde le savait, le Premier ministre aussi. Il va falloir gérer ça. Ça va être compliqué. Et Ségolène Royal, récemment, ce matin d'ailleurs, a dit mais un homme qui aurait été présumé, enfin, poursuivi avec une plainte pour emploi fictif.
Une enquête judiciaire pour emploi fictif aurait été un problème, à Ségolène Royal.
Exactement, voilà. Sauf que là, c'est encore plus grave, entre guillemets. D'abord parce que les faits qui lui sont peut-être reprochés, s'ils sont avérés, sont graves. Et deuxièmement, parce que vous êtes dans un contexte aujourd'hui où ça ne passe pas, on voit bien ces manifestations. Et vous avez d'ailleurs le pôle régalien sur lequel le Premier ministre a énormément insisté ce matin. Parce que c'était le point faible d'Emmanuel Macron. C'était le pôle régalien justice intérieure. Et s'il veut garder son électorat de droite, parce qu'il a un électorat de droite, Macron, il fallait qu'il renforce ça.
Et il se trouve que les deux figures qui incarnent ce pôle-là ne sont pas vraiment, je dirais, dans le langage de l'époque. Puisque Dupond-Moretti est aussi... Bon, il a eu des propos très durs pour le mouvement MeToo, pour toutes ces...
Au moment du procès, Georges Tron, il a dit à 30 ans, on n'est pas une petite, c'est incapable de dire non à un homme quand il veut vous prendre les pieds. Et donc là, il y a un risque. Et les féministes estiment que c'est, voilà, que c'est une ligne, c'est la ligne de neuf, disent-elles, celle qui défend le droit d'importuner. Alors, à ligne du plan, ça c'est un sujet, sans doute qu'ils avaient peut-être anticipé pour la partie plainte de Gérald Darmanin, mais dès le lendemain de la nomination de ce gouvernement, il y a eu une contestation de la part des organisations féministes.
Oui, mais alors, ce que ça dit aussi, la nomination de Gérald Darmanin, c'est que désormais, Macron cède au rapport de force. Ce qui, jusqu'à présent, n'était pas le cas. Et c'était la grande fierté de ses fidèles, c'était que c'était un président qui savait résister à ça. Donc aujourd'hui, manifestement, c'est fini. Puisqu'il a cédé à Gérald Darmanin, il a aussi cédé en partie à François Bayrou. Donc ça, c'est la première chose.
La deuxième, c'est qu'effectivement, le fait de choisir un ministre qui est poursuivi pour viol, même si la présomption d'innocence existe, et bien sûr, Jean Castex a quand même raison de le rappeler, c'est prendre le risque d'affaiblir un discours régalien qui était déjà très faible dans la bouche d'Emmanuel Macron, puisqu'il pratique sur ce sujet un en même temps, qu'on peut considérer quand même compliqué à manier sur cette question. Donc là, on a Gérald Darmanin qui, pour le coup, lui, est assez clair sur ces sujets, que ce soit le sujet de la laïcité, de la sécurité, etc.
Mais son discours sera toujours voilé et gratigné par ce soupçon qui, du coup, va lui nuire et va nuire aussi aux prises de position du président sur ce sujet.
Alors, l'atteinte avait été classée, puis le dossier a été rouvert.
Oui, parce qu'il avait été jugé qu'à l'époque, il n'y avait pas eu de véritable instruction sur le dossier. Et donc, en effet, le dossier, il est rouvert. On va voir ce que ça va donner dans les prochaines semaines. L'Élysée, avant de nommer Gérald Darmanin, a apparemment bien regardé le dossier, bien étudié, s'est rapproché de l'avocat de Gérald Darmanin pour voir exactement ce qu'il en retournait. Donc, eux, ils disent qu'ils sont plutôt confiants, à ce stade, en tout cas sur la possibilité, la capacité de ce dossier à vraiment pouvoir se poursuivre.
Mais la raison Ségolène Royal, pardon, je vous coupe Olivier Beaumont, à la raison Ségolène Royal, est-ce qu'il y avait eu une enquête judiciaire pour emploi fictif ? Est-ce que Gérald Darmanin serait rentré à ce poste-là, dans ce gouvernement ?
Non, on peut imaginer que non. Après, il y a cette capacité de persuasion de ce jeune garçon qui n'a que 37 ans, quand même. Il faut le rappeler, il est dans le rapport de force perpétuelle. Son histoire politique s'est construite comme cela. Ce n'est pas la première fois qu'il menace Emmanuel Macron de claquer la porte. Quand Gérard Collomb quitte la place Beauvau, déjà à l'époque, Gérald Darmanin convoitait le poste et il s'est fait doubler par Christophe Castaner.
Et à ce moment-là, il faut s'en souvenir, c'était il n'y a pas si longtemps que ça, il avait déjà menacé de revenir à Tourcoing parce qu'il avait déjà fait deux budgets, deux fois Bercy, et bon, il considérait qu'il avait fait un peu le tour de la question. Donc là, c'était vraiment, retenez-moi où je fais un malheur. Et effectivement, il était très content de son petit coup du dimanche matin, cette petite apparition pour la réélection d'Edouard Philippe au Havre. C'était clairement un message, une petite carte postale qui a été envoyée directement à Emmanuel Macron. Et je peux vous dire qu'il était vraiment très, très, très satisfait de son petit effet. Ça a marché, visiblement.
Complètement, complètement. Et puis, il a un qu'un de cette droite et il le voulait. Il le voulait, Jean-Alain Darmanin. Il s'y est préparé, même physiquement. Lui aussi, il a changé. On le voit d'ailleurs dans son déplacement hier. Jean-Alain Darmanin, pour ceux qui connaissent un petit peu, c'est comme quelqu'un qui rigole facilement, qui connaît les répliques de Diar et tout ça. Et bon, voilà, là, il y a un masque, il est sombre, il veut vraiment être dans l'habit. Il a changé, peu de gens l'ont vu, mais sa coupe a changé ces derniers temps, l'habit et tout ça. Donc, il le voulait, c'est certainement celui qui le voulait le plus.
Et finalement, je crois que Emmanuel Macron n'a pas eu beaucoup de choix dans ce casting. Frédéric Péchenard n'a pas été approché au cours des dernières semaines. Et donc, c'est, voilà, c'est lui qui le voulait. Et puis, il a incarné Bercy. Quand il arrive à Bercy, Jean-Alain Darmanin, il ne connaît rien. Les premiers jours, il dit à tous ses collaborateurs, faites-moi des fiches, faites-moi des fiches. J'y connais rien. Il a été élu d'une ville. Mais voilà, le budget, le budget de l'État, c'est notre affaire. Et le fait est, c'est qu'il s'en est plutôt bien sorti. Et donc, ça a aussi beaucoup vu pour lui.
Lui, il a eu aussi son baptême du feu en tant que ministre de l'Intérieur à l'Assemblée et au Sénat aujourd'hui. Alors, il est beaucoup plus à l'aise, beaucoup plus rompu à l'exercice. Et il a eu cette phrase. Il a dit, mon grand-prère priait Allah et portait l'uniforme de la République. On voit qu'il veut aussi cranter, comme disent les spécialistes que vous êtes, le sujet de la laïcité, de l'identité. Et c'est un sujet sur lequel le président de la République n'est pas très allant.
Oui, et le choix du casting, là aussi, le parallèle avec Gérald Darmanin et Éric Dupont-Moretti, tous les deux viennent d'un milieu modeste, une maman-femme de ménage. Et Gérald Darmanin est petit-fils de tirage algérien qui s'était engagé auprès des anciens combattants, des combattants de la résistance, pardon. Et donc, voilà, il y a ce parcours comme ça, cette histoire personnelle des deux personnages que la majorité a envie de nous compter comme ça dans ce gouvernement.
Mais c'est un accro à cette nomination qui était sur le papier plutôt bien faite, avec une forme de dentelle qu'on fait toujours dans le cadre d'un gouvernement et de la nomination de différents ministres avec une représentativité territoriale, politique. Et puis vient cette affaire et cette mobilisation des associations féministes. Alors, on pourrait, certaines personnes qui nous regardent ce soir peuvent se dire, « Bon, ça va durer 15 jours », mais ça peut être un sujet à gérer sur la durée pour ce gouvernement.
C'est-à-dire que je pense qu'ils avaient pris en considération toutes ces dimensions-là, la dimension politique et la dimension de risque. À un moment, ils ont pris leurs risques, comme dirait Emmanuel Macron, et ils se sont dit « Ben voilà, on va essayer et on va faire ce pari que les choses vont s'endormir ». Ça n'est pas sûr du tout, ça n'est pas sûr du tout. L'été passera par là sans doute un petit peu, mais derrière, il s'agit de sujets vraiment importants sur lesquels vous disiez « Emmanuel Macron ne s'est jamais exprimé de manière extrêmement forte, il n'a jamais eu une prise d'opposition extrêmement majeure ».
Or là, l'expression de l'intérêt de ce gouvernement sur ce sujet-là est une expression à rebours de tout ce qui doit être fait, de tout ce qui doit être dit.
C'est un sujet qui est prégnant auprès des Français, les sujets portés par ces associations féministes ?
C'est devenu de toute façon un sujet sur les sujets de tolérance à l'égard, ou d'intolérance à tout ce qui est aujourd'hui en rapport au féminisme et à MeToo. Oui, effectivement, naturellement, c'est quelque chose de très lourd. Mais c'est surtout que ça peut créer du désordre, parce que quand vous avez des manifestations avec des femmes ou des hommes, d'ailleurs, qui s'enchaînent sur des édifices de la République, ou des édifices religieux, ça ajoute, si vous voulez. Or, aujourd'hui, ce qu'on constate, et ce que beaucoup de Français reprochent à ce gouvernement, c'est que depuis trois ans, c'est manif sur manif, et parfois des manifs extrêmement violentes.
Et bien justement, je voulais y venir aux manifs. C'est précisément ce qu'ont dit les partenaires sociaux à l'exécutif. Ne rouvrons pas, il l'a dit avec des autres mots, Laurent Berger, un peu plus brutaux, le débat sur les retraites, parce qu'on n'a pas envie, je le dis, de se foutre sur la gueule. C'est plus le moment, après la crise sanitaire, qu'il vient d'intervenir. Donc les partenaires sociaux ne veulent pas rouvrir ce dossier. Et Jean Castex, il assume la nomination de Gérald Darmanin, et il assume aussi de dire au syndicat, on va reprendre ce dossier.
Alors, j'attends de voir ce que va dire le président de la République. Parce que là, il y a quand même une contradiction, si vous voulez. Jean Castex, Edouard Philippe, avait un différent avec le président de la République, parce que le président de la République voulait faire une réforme structurelle. En gros, on met tout le monde dans le même régime. Et le Premier ministre avait ajouté, Edouard Philippe, l'affaire paramétrique, pardon de parler comme ça, mais on va retarder l'âge de départ à la retraite, parce qu'on a besoin d'argent. Il était question de reprendre cette réforme, mais en laissant côté l'aspect paramétrique.
Or, aujourd'hui même, Jean Castex dit, on va laisser le côté structurel, c'est-à-dire l'histoire de rassembler tout le monde dans un même régime, ou là où tout le monde était à peu près d'accord. Enfin, Laurent Berger était d'accord avec ça. Mais il va falloir qu'il va se poser un problème de financement, parce qu'il y a un déficit de 35 milliards d'euros.
Et vite, on va se poser la question, le 20 juillet.
Or, il n'y a pas 36 solutions. Soit vous augmentez les cotisations, soit vous baissez les pensions, soit vous retardez l'âge de départ à la retraite. Il reçoit demain et vendredi des partenaires sociaux, Jean Castex. Ça va être assez sportif, à mon avis. Et ça y est, c'est engagé. Alors, le président de la République peut rectifier le tir le 14 juillet. On va voir ce qu'il va dire. Ce serait compliqué de désavouer son premier ministre. Mais à mon avis, là, ils ne sont pas sur la même longueur d'onde.
Ce serait un premier désaveu pour le Premier ministre.
Ceci dit, c'est aussi une expression de la méthode que pense l'utiliser Jean Castex, à mon avis. C'est-à-dire que quand le problème est trop gros, il le découpe. Il le prend par un morceau. Et ce morceau, je vais le traiter. L'autre, on verra plus tard. Comme ça, je vous montre que j'avance. Je vous montre que j'ai des résultats. Je vous montre que j'engage le débat. Et effectivement, cette manière de découper, de séquencer, lui permettra de dire, je suis dans l'action et je suis dans le résultat, ce qu'il a dit depuis le début. Donc, pour pouvoir avoir des résultats, il est obligé de segmenter un peu les sujets.
C'est quand même une surprise. Alors, vous avez utilisé cette expression qui est intéressante. Il a pris son risque sur Gérald Darman, sur Éric Dupond-Moretti. Et ils prennent leur risque également sur le dossier des retraites. Il y a une surprise de l'ensemble de la classe politique considérant qu'on serait bien allé tranquillement jusqu'à la fin du quinquennat, en ne se reposant pas avec urgence cette question. Est-ce que là, de ce côté-là, il y a de la volonté du président de cocher la case réforme des retraites ?
Exactement. C'est exactement ça. Il faut se souvenir que dans les différentes allocutions qu'a fait Emmanuel Macron pendant le confinement, il l'avait dit, cette réforme, elle est suspendue, elle n'est pas arrêtée. Et d'ailleurs, quand on interrogeait les conseillers du président, eux-mêmes nous expliquaient qu'on va revenir sur cette réforme des retraites. Donc, ce que dit Jean Castex ce matin, je pense qu'il est à minima un petit peu autorisé par l'Élysée pour le dire. Et bien sûr que ce sujet-là, c'est le sujet qui empoisonne la majorité depuis maintenant plus d'un an et qu'il va revenir. Donc, s'il ne revient pas là maintenant, il va revenir pour la campagne présidentielle.
Et là, à ce moment-là...
Pourquoi il va revenir forcément ?
Parce que le système, il doit être équilibré. Il y a un déficit abyssal. Et puis, on voit bien, le constat, il a été posé. Alors bien sûr, si les solutions et la méthode ont pu être contestées par les partenaires sociaux et par une partie des Français concernant le sujet des retraites, il y a une réalité aujourd'hui, c'est qu'on vieillit plus longtemps, que le système, il est à bout de souffle et qu'il y a des vraies inéquités aujourd'hui sur le système de retraite actuel. Et donc, il faut le régler. Et si on ne le tranche pas là maintenant, Emmanuel Macron, il aura cette case qui ne sera pas cochée au moins de son...
S'il est possible, candidat à nouveau en 2022, et il le portera comme un boulet, comme un fardeau.
C'est ce qui est compliqué à saisir dans ce moment-là, c'est que les gens qui nous regardent ont de la mémoire et ils ont entendu le président de la République leur dire « Je vais, on va se réinventer, tout sera différent ». On avait l'impression qu'il n'y avait pas cette idée de continuité dans les réformes, de volonté de mener à bien des choses qui avaient été entamées, leur ligne du pont. Ça, ça va être... Il va falloir faire un virage sur l'aile, ils sont en train de le faire. Il va falloir à un moment donné dire que se réinventer, ça ne veut pas dire tout changer.
En fait, Emmanuel Macron, je pense, se dit effectivement que les gens ont de la mémoire et que du coup, il lui sera davantage reproché de ne pas faire ce qui était censé être la mère des batailles, comme il disait à Matignon pour se moquer un peu de cette réforme. Et donc, il préfère la remettre sur la table. Mais ce qui est vrai, c'est que si on se positionne un peu en surplomb, on se dit que la remettre sur la table dans un moment aussi anxiogène que celui qui existe actuellement à la sortie de la crise sanitaire, à l'aube d'une crise économique, sociale, etc., ça semble très compliqué.
Et on se dit aussi qu'on se demande s'ils anticipent bien le risque d'un énième acte des Gilets jaunes ou peut-être d'une autre forme de révolte. Mais on se demande vraiment s'ils se posent la question quand même.
Et dans le cerf, la réforme des retraites, elle était passée dans les esprits ? C'était un dossier qui était derrière nous ?
Non, je ne pense pas. Pas du tout ? Elle n'est pas du tout passée dans les esprits. Elle était arrivée effectivement un peu à mi-chemin pour les Français. Moi, je pense qu'ils peuvent aussi utiliser et avoir envie d'accélérer les choses, en tout cas de reprendre le fil, même avec tous les risques que vous avez mentionnés, simplement parce qu'on est justement dans une période très particulière et tout ce qui va être la pression économique en disant qu'il faut faire des choses parce que sinon, si nous ne nous réglons pas ce problème tout de suite, demain, nous en aurons tellement à régler.
Regardez par exemple, lorsqu'on parle du sécurité de la santé tout à l'heure, il dit, bien sûr, il y a des milliards à poser, mais il y a surtout des emplois à créer. Et justement, il utilise cela comme une pirouette en disant, voilà, le contexte va être tellement particulier, réglons un certain nombre de problèmes et peut-être faisons comprendre à l'opinion qu'il faut les régler vite parce que devant nous, une vague énorme de difficultés économiques et sociales... C'est ce qu'il a dit, hein ? Oui, absolument. Donc je pense que ça fait aussi peut-être partie d'un moyen de pression pour accélérer l'agenda.
Sur le Ségur de la santé, on peut lui reconnaître ce mérite-là, c'est qu'il est allé très vite, il s'est invité à la Réunion et il a rallongé d'un milliard.
Oui, alors, sauf que ça ne semble pas être suffisant, encore une fois. Parce que ce Ségur de la santé, ça fait un mois et demi, deux mois que ça dure. Ça doit normalement se clore vendredi puisqu'il a pris l'engagement que ça serait terminé dans la semaine de le Premier ministre. Et le problème, c'est qu'on n'y voit pas très clair. Il a donné de l'argent, plus au personnel soignant, infirmière, aide-soignante, tout ça, qu'aux médecins. D'ailleurs, les médecins sont très fâchés parce qu'il n'a pas tellement considéré les médecins hospitaliers. Et surtout, il n'a pas révisé complètement le dispositif, le système de santé français.
Il y a encore les agences régionales de santé, il y a encore une espèce de millefeuille qui a d'ailleurs ralenti considérablement la prise en main de la crise sanitaire qu'on vient de traverser. Et c'est là qu'on l'attend aussi. C'est de savoir quelles sont les réformes de structure qu'ils vont pouvoir proposer. Et ça, Jean Castex, pour le moment, n'en a pas parlé. C'est une des difficultés. Ils vont avoir une rentrée sociale qui va être apocalyptique. Ça, c'est sûr, sur le plan, ce n'est pas de leur faute, mais la crise aura laissé des traces. Et ça, ce sera l'urgence. Alors, ils vont régler les urgences.
Donc, après sa nomination, on a bien vu qu'il y avait deux fronts qui sont ouverts, donc avec les féministes d'un côté, sur le dossier des retraites. Et puis, il y a une petite musique qu'il faut peut-être désamorcer quand on est au sommet de l'État. Parce que certains y voient déjà la main de Nicolas Sarkozy. La nomination à Matignon d'un de ses anciens collaborateurs, Jean Castex. La promotion de son ancien porte-parole de campagne, Gérald Darmanin. Ou encore l'arrivée d'Éric Dupond-Moretti, proche de son avocat de toujours. L'ancien chef de l'État cultive une proximité avec Emmanuel Macron. Mais jusqu'où va réellement son influence ? Myriam Zéhard et Barbara Steck.
L'année dernière, on les avait vus complices lors d'un hommage aux résistants. Tout sourire, une entente presque parfaite. Il a eu la gentillesse de me convier. Il n'y avait aucune raison que je refuse, bien au contraire. D'ailleurs, je pense que les occasions de rassemblement, au-delà des différences des uns et des autres, sont si rares en ce moment. Une proximité qui aurait pris une dimension plus politique. Le Parisien leur trouve ce matin un petit air de ressemblance. et Libération les a carrément croisés il y a quelques jours. L'ombre de Nicolas Sarkozy plane sur le nouveau gouvernement. Même Éric Dupond-Moretti lui emprunte ses mots. Je serais un garde des Sceaux de son mêlé.
Moi, français de son mêlé. Moi, français de son mêlé. Mais c'est surtout la nomination de certains de ses proches à des postes clés qui interroge. Comme Jean Castex, le nouveau Premier ministre, ancien secrétaire général adjoint de l'Elysée sous la présidence Sarkozy. Roselyne Bachelot et Bruno Le Maire ont eux aussi travaillé sous son mandat. Ou encore Gérald Darmanin qui marche dans les pas de son mentor, nommé premier flic de France il y a 15 ans, il y a comme un air de déjà-vu. Que les forces de l'ordre soient assurées de mon soutien total, qu'ils ne doutent jamais, à aucun moment, du fait que je serai toujours le premier d'entre eux.
Le nouveau ministre de l'Intérieur a été le porte-parole de Nicolas Sarkozy dans sa course à la présidence de l'UMP, puis son coordinateur de campagne pour sa primaire de 2016. C'est très important pour nous au moment où on va commencer à élaborer un projet politique pour l'alternance. Gérald Darmanin, à l'époque jamais bien loin, a-t-il bénéficié aujourd'hui d'un coup de pouce de Nicolas Sarkozy ? Jean Castex a en tout cas insisté pour lui donner les clés de Beauvau, un portefeuille régalien. L'ancien président avait pourtant promis de raccrocher à plusieurs reprises. En dédicace de son best-seller l'été dernier, il refusait même de commenter l'actualité politique. Je ne veux pas en parler.
D'abord parce que si c'est pour critiquer, c'est pas bien malin, car c'est très facile de critiquer. Et si c'est pour soutenir, ça me remet dans le job politique. Pour Camille Pascal, l'ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, il existe en tout cas de vrais points communs entre Emmanuel Macron et l'ex-président. Il y a des similitudes, et on voit bien, me semble-t-il, là, et ça va au-delà de la personne d'Emmanuel Macron et de Nicolas Sarkozy, qu'il y a un rapprochement entre sarkozisme et macronisme. Ils ont en commun la volonté d'effacer le mandat de François Hollande. Emmanuel Macron chasse sur les terres de la droite.
À l'Assemblée, les députés LR minimisent l'influence de Nicolas Sarkozy dans le nouveau gouvernement. La droite, c'est eux. Moi, je constate simplement qu'on n'a pas de prise de guerre qui, nouvelle, pourrait permettre d'accréditer une thèse d'un siphonnage de la droite ou de la droite sarkoziste. Je ne vois pas où on pourrait dire voilà, la droite qui a gagné les élections municipales est désinguée et morte. Moi, je ne suis pas sûr qu'on soit mort. En tout cas, on vit encore, je peux vous assurer, et on bouge encore. Même analyse, des députés en marche. Vous entendez parfois Maud Trompenois, Pechnard ou d'autres. Eh bien, moi, je note qu'ils ne sont pas dans ce gouvernement.
Et donc, quand on parle de sarkoziste pur et dur dans ce gouvernement, ce n'est pas la réalité. Alors, à qui profite ce rapprochement entre deux présidents qui revendiquent des contacts réguliers ? Sympathie ou calcul politique, 2022 qui approche devrait préciser les intentions d'Emmanuel Macron.
Alors, Olivier Beaumont, cette question, quelle est l'influence réelle de Nicolas Sarkozy depuis l'accession d'Emmanuel Macron ? En responsabilité.
Les deux hommes s'apprécient. Ils se parlent régulièrement, ils déjeunent régulièrement, ils échangent très régulièrement aussi des textos. Donc, bien sûr, qu'il y a une vraie proximité parce qu'il y a aussi un petit combat commun entre les deux. Et ça a été rappelé dans ce sujet sous la voix de Camille Pascal. C'est que les deux veulent envoyer à chaque fois des petits messages à François Hollande. Les deux, voilà, ils ont tourné la page de François Hollande et ils veulent le montrer. Donc, c'est une façon aussi d'énerver l'ancien président de la République. Après, l'empreinte de Nicolas Sarkozy dans ce casting, dans ce remaniement, il faut quand même un peu la pondérer, j'ai envie de dire.
Parce que, bien sûr, qu'il y a Gérald Darmanin qui est très proche de lui et ils échangent très régulièrement.
Il est nommé dans un ministère qui a longtemps été le sien.
Bien sûr que Roselyne Bachelot, qui n'est pas une vraie sarkoziste, c'est plutôt une chiracienne, mais elle a été ministre de Nicolas Sarkozy. Elle l'a appelée au cours du week-end pour l'informer qu'il y avait de très fortes chances qu'elle intègre ce nouveau gouvernement. Et bien sûr, Gérald Darmanin, il a avisé aussi l'ancien président qu'il allait rentrer à Beauvau. Mais ce n'est pas Nicolas Sarkozy qui a mis le couteau sous la gorge Emmanuel Macron pour lui dire qu'il faut prendre un tel, il faut prendre un tel. Et Jean Cassex ? Ce qui est juste, quand même.
Ce qui est juste, c'est qu'il y a eu un fameux déjeuner le 8 juin entre les deux hommes et que ce jour-là, Nicolas Sarkozy s'est présenté devant Emmanuel Macron avec une mouture, une architecture gouvernementale dans laquelle, d'ailleurs, il proposait de mettre Alexis Colère à Matignon et il proposait de mettre Gérald Darmanin à Beauvau. Mais Gérald Darmanin, il se suffit lui-même. On l'a dit dans la première partie, il a été en campagne intense depuis des mois, donc Emmanuel Macron n'a pas eu besoin de Nicolas Sarkozy pour savoir que Gérald Darmanin en avait envie et qu'il pouvait potentiellement être le meilleur pour ce poste-là.
Mais voilà, exactement, c'est l'ombre de la Macronie plane, mais je ne suis pas non plus convaincu à 100% que, de là à dire que Nicolas Sarkozy a un deuxième bureau à l'Elysée, il n'y a pas de problème.
L'ombre de la Sarkozy sur la Macronie, c'est Jean Castex qui a dit ce matin, il a été interrogé sur ce sujet-là, il dit oui, j'ai été un collaborateur de Nicolas Sarkozy et je suis fier de l'être, mais je suis un homme libre, sous-entendu, pas un homme sous influence.
Oui, Jean Castex, effectivement, n'est pas quand même estampillé comme un sarkoziste pur jus, même s'il était secrétaire général adjoint de l'Elysée sous Sarkozy et même si Nicolas Sarkozy a été tenté de lui confier la direction de sa campagne pour sa réélection en 2012 et finalement, il ne l'a pas fait le jugement trop techno. Mais ça, c'est une chose. Mais je pense qu'il ne faut pas être naïf. S'il y a une influence de Nicolas Sarkozy, c'est parce qu'Emmanuel Macron considère que ça va lui profiter.
Quand il nomme Jean Castex à Matignon et que Jean Castex, en plus, dans sa première interview, se présente comme un gaulliste social, je pense qu'Emmanuel Macron est ravi parce qu'il considère qu'il asphyxie aussitôt Xavier Bertrand qui se présente comme cela. De même que Gérald Darmanin à l'intérieur, c'est aussi à laissage chassé sur les terres de cette espèce de droite populaire qu'espère aussi incarner Xavier Bertrand. Et enfin, Bruno Le Maire qui là hérite d'un ministère élargi de l'économie.
Qui a été un ministre de Nicolas Sarkozy aussi.
Qui a été effectivement un ministre de Nicolas Sarkozy. On peut aussi considérer que ça fait quand même un peu de mal à Valérie Pécresse ou au moins à François Baroin à cette droite modérée. Donc là, la question qui va se poser finalement à la droite, c'est qu'est-ce qu'on fait en 2022 ? Est-ce qu'on pactise avec l'ennemi ou est-ce qu'on se laisse atomiser finalement de cette façon ?
Et c'est étonnant de voir, est-ce qu'on a très bien vu dans le reportage, la droite se démener depuis l'annonce du gouvernement pour dire non, non, non, il n'y a pas d'influence de Nicolas Sarkozy dans ses nominations ?
De toute façon, le fait que Nicolas Sarkozy soit convoqué à chaque fois qu'il se passe quelque chose à droite, c'est bien la preuve qu'à droite, il y a un vrai problème. Donc il y a un vrai problème maintenant, pas seulement en 2022. Deuxième élément, la dernière fois qu'il y a eu un président de droite, c'était Nicolas Sarkozy. La dernière fois qu'on a fabriqué des hommes d'État ou en tout cas des hommes de pouvoir à droite, c'était dans cette machine-là. Entre deux, il y a eu François Hollande et donc ils viennent aussi assez naturellement de cet environnement-là, l'environnement Sarkozy. Donc il ne faut pas uniquement voir la main de Sarkozy.
Je pense qu'il y a plus l'intention, effectivement, politique de préparer quelque chose pour 2022, mais voir Nicolas Sarkozy. Nicolas Sarkozy est effectivement il est toujours, il écrase toujours la compétition, mais parce que la compétition est faible.
Vous iriez jusqu'à dire qu'Emmanuel Macron instrumentalise l'image de Nicolas Sarkozy pour ratisser à droite.
Non.
Donc qu'il laisse dire qu'il y a l'influence de Nicolas Sarkozy, une proximité avec Nicolas Sarkozy pour continuer de siphonner l'électorat de droite.
Alors vous allez un grand plus loin que moi, mais c'est vrai qu'en tout cas pour les électeurs de droite, le fait d'avoir une forme de caution, qu'elle soit réelle ou fausse, de Nicolas Sarkozy, ne va pas faire et effectivement repoussoir. Au contraire, ça peut aller dans le bon sens. Yves Tréa ? Là, vous savez, il a joué, c'est une partie de bon taux d'une certaine façon. La Macronie a disparu. C'est-à-dire que ce qu'on a...
Quand elle a disparu, Yves Tréa ?
Elle a disparu, là, encore plus que jamais, ce qu'on a appelé les Mormons. Alors pour les téléspectateurs, les Mormons, bon, c'est les Mormons, ça dit bien son nom, c'est-à-dire c'est une communauté religieuse. Et bien, tous ceux qui étaient autour d'Emmanuel Macron au début de sa campagne électorale, au début de son quinquennat, ils étaient une dizaine, ils ont tout fait ensemble, ils ont éclos, je dirais, sur la scène publique avec lui. Tous ceux-là ont disparu.
On va les citer quand même.
Sibendiaï, Castaner, Griveaux, et puis vous avez des collaborateurs style Stéphane Séjourné, Sylvain Faure, Ismaël Ibenien, et beaucoup d'autres. Et aujourd'hui, ce sont des sarkozistes qui sont en première ligne, des sarkozistes, des gens de droite, on va dire, qui sont à des postes clés. Bruno Le Maire qui va être sous les feux de la rampe, évidemment, à la rentrée, le Premier ministre, Gérald Darmanin, Sébastien Lecornu sur les dom-toms, enfin, vous en avez beaucoup.
Et ce qui est intéressant, c'est qu'il est parti, Emmanuel Macron, élu au premier tour de la présidentielle, principalement par des électeurs de centre-gauche, et aujourd'hui, s'il se fait réélire, ça sera par des électeurs de droite et de centre-droite. Ce qu'on a appelé, vous savez, du temps de Général De Gaulle, on disait, il y a des gaullistes de gauche. Et bien là, ce sont les macroniens de droite, maintenant. Et c'est assez intéressant.
Ça veut dire que le macronisme et le sarkozisme se sont solubles, se sont confondus.
Mais oui, pourquoi ? Parce que d'abord, il y a une part d'opportunisme électoral chez les deux, comme chez tout homme politique ou femme politique. Et puis, deuxièmement, il y a quand même beaucoup de choses de commun dans le caractère. Le caractère de Nicolas Sarkozy, c'est faire. Je veux faire et je veux montrer que je fais. La promesse de... C'est pour ça que la réforme des retraites est remise sur le tapis. La promesse d'Emmanuel Macron, et c'est pour ça qu'il a été en partie élu en contraste avec son prédécesseur François Hollande, c'est « Je fais ce que j'ai dit ». Et c'est ce qui a fait sa qualité au début, qui a été un peu, après, malmenée parce que les réformes sont compliquées.
Mais, voilà, si vous voulez, la philosophie macronienne telle qu'on peut la concevoir aujourd'hui. Vous voulez dire,
moi,
dans le cercle. Électoralement, ça voudrait dire qu'il fait un triple pari. Il fait le pari de pouvoir, effectivement, continuer à conserver le soutien d'une partie de l'électorat de droite, mais il y a une autre dimension de pari, qui est celle de pouvoir ne pas avoir de contrepoids du côté des électeurs de gauche, c'est-à-dire ne pas avoir chez les électeurs de gauche quelqu'un qui pourrait représenter une surface intéressante et attirante. Donc, il fait ce pari-là. Il se reproche de ce qui peut-être. Il est dangereux, d'ailleurs. Il peut être dangereux, effectivement. Mais il se rapproche aussi de Nicolas Sarkozy parce que tous deux ont choisi d'aller chercher à leur droite.
Mais il le fait opportunément parce qu'il a bien compris en effet que l'enjeu 2022 se jouerait sur le centre droit et la droite. Et il voit bien aujourd'hui qu'il y a un vide sidéral aux républicains et à droite en général. Et donc, Emmanuel Macron, il occupe cet espace tant que personne d'autre ne peut l'occuper au sein des républicains et plus globalement de la grande famille de droite.
Vous nous expliquez les uns et les autres que, en gros, ce serait un leurre que de considérer que le président de la République est sous influence de l'ex-président de la République. Il y a une habileté politique à l'attirer, à s'afficher avec lui et à s'entourer y compris de ténors de la droite. On découvre aussi à la faveur de ce remaniement que le président de la République garde la haute main pas seulement sur son administration naturellement sur l'Elysée mais un peu sur Matignon mais un peu sur les ministères clés les ministères de l'Intérieur et les ministères de la Justice. Alors là,
c'est intéressant parce que là, on retrouve le petit cercle macronien peut-être. C'est-à-dire que c'est ça. En affichage, on met des gens de droite, sarco-compatibles, entre parenthèses Sarkozy, la droite adore mais les membres de la droite aujourd'hui ne veulent pas du tout avoir affaire à lui parce que... Ils ne veulent pas qu'ils reviennent. Ils ne veulent pas qu'ils reviennent.
Mais alors, vous avez en affichage des gens de droite et dans la coulisse, directeur de cabinet, chef de cabinet, directeur adjoint de cabinet, de gens de droite d'ailleurs comme Darmanin, comme le Premier ministre, des gens qui sont des proches de Macron et qui sont plutôt de sensibilité peut-être à tous mais un peu de centre-gauche.
Ils renforcent son contrôle sur des ministres clés comme le dit aujourd'hui le journal Le Monde.
Laureline Dupont ? Ce qui est sûr c'est qu'on peut se poser la question quand on regarde par exemple le ministère de l'Intérieur le fait que Marlène Schiappa qui manifestement n'était pas candidate à ce poste qui souhaitait pouvoir élargir le poste qu'elle avait avant c'est-à-dire chargée de l'égalité femme-homme elle souhaitait un ministère de plein exercice le fait qu'elle atterrisse à Beauvau on peut se poser la question on peut se demander si ce n'est pas effectivement pour entre guillemets bien sûr surveiller Gérald Darmanin et rapporter traverser la rue et aller faire son petit rapport elle doit être en tout cas
dans une situation compliquée Marlène Schiappa avec la situation de Gérald Darmanin mais je crois
que ce n'est pas un hasard s'ils sont ensemble c'est aussi pour les histoires de plainte pour viol
Laureline Dupont ?
Oui effectivement le fait de mettre l'ancienne secrétaire d'Etat chargée de l'égalité femmes-hommes et en plus plutôt reconnue sur ces sujets par une partie des féministes en tout cas c'est effectivement pas anodin maintenant j'ai hâte de voir sa réponse la première fois qu'elle sera interrogée sur le sujet
Est-ce que ça se passe toujours comme ça un président qui envoie des directeurs de cabinet à des postes pour encadrer des postes clés dans des ministères comme l'intérieur comme la justice ou est-ce que le choix du directeur de cabinet logiquement échoue au ministre qui est nommé et qui choisit son équipe ?
précédent exemple précédent gouvernement c'était l'entourage d'Edouard Philippe c'était des très proches d'Edouard Philippe qu'il avait connu d'ailleurs pour certains à ses côtés au Conseil d'État donc non à Bercy aussi ou à l'intérieur c'était jusqu'à présent des personnalités qui n'étaient pas forcément issues du CERA Donc il y a une volonté de contrôle ? Vous le diriez comme ça ?
Evidemment parce que là ce qu'il a voulu acheter entre guillemets Emmanuel Macron en nommant ces personnalités-là à ces postes-là c'est aussi des punchers et des forts en gueule il y a cette volonté-là aussi de se décorseter fini la parole techno et donc Emmanuel Macron il veut des ministres de combat pour paraphraser Jean Castex mais c'est exactement ça donc des gens qui peuvent avoir une parole entre guillemets libérée sur les plateaux télé dans les joutes oratoires dans l'Assemblée nationale et au Sénat mais attention en effet c'est à quelques pas déjà de l'Elysée donc il y a bien sûr cet œil ce contrôle et puis effectivement dans différents cabinets et y compris aussi à Matignon il y a un certain nombre de personnalités comme ça qui auront aussi à référer auprès de l'Elysée
Parce qu'à droite on a eu des mots pas très amènes pour le nouveau ministre de l'Intérieur on a entendu attention le président doit se méfier car Gérald de Darmanin
a le gène de la trahison Oui c'est Christian Jacob qui a dit ça quand il a appris que Gérald de Darmanin a été nommé à Matignon parce qu'il fait référence aux multiples retournements de veste de Gérald de Darmanin qui a été bertrantiste ensuite sarkoziste et même quand il était sarkoziste il a plusieurs fois pas hésité dans les interviews à canarder Nicolas Sarkozy en lui reprochant parfois de ne pas assez parler à l'électorat populaire et donc c'est quelqu'un dont Emmanuel Macron devra se méfier en permanence en tout cas son parcours il explique comme ça
Habituellement à l'intérieur on met vraiment un très très proche c'est la règle à chaque fois lorsqu'on commente les remaniements on met son plus proche ce qu'il avait fait d'ailleurs avec Christophe Castaner
Oscar d'Estaing avec Pognatowski alors là c'était vraiment du très lourd Chirac avec Pasqua bon après ça s'est tendu entre les deux hommes mais Pasqua était là Sarkozy avait Hortefeux Sarkozy avait Hortefeux et puis alors c'était un peu différent avec François Hollande parce que François Hollande avait mis Emmanuel Valls et Emmanuel Valls n'était pas vraiment un Hollandais en revanche une fois passé et bien il y a Cazeneuve qui est arrivé et Cazeneuve était tout à fait dans la ligne de François Hollande
Alors l'urgence on l'a bien dit tout à l'heure pour les syndicats ce n'est pas de relancer le débat sur les retraites mais donc et c'est le choc de la crise et des effets sur l'emploi sujet sur lequel la nouvelle équipe n'aura c'est sur aucun répit Jean Castex en fait d'ailleurs une priorité alors qu'aujourd'hui les salariés de Nokia Airbus Sanofi sont descendus dans la rue Pierre Barbin Antoine Matignon et Dominique Lemarchand
Le secteur de l'aéronautique traverse un trou d'air sans précédent dernier vol pour l'Airbus A380 siglé Air France avec deux ans et demi d'avance les deux entreprises ont annoncé de vastes plans sociaux Airbus envisage de supprimer 5000 emplois en France principal site touché Blagnac où les syndicats refusent tout licenciement sec ce serait catastrophique ce serait un échec et notamment un échec d'une politique de dialogue social qui se veut engagée dans le groupe on a toujours trouvé des compromis par la discussion et par le dialogue symboliquement les salariés ont manifesté à proximité des pistes pour faire entendre leur colère il y a un choc je pense qu'il y a une sidération il y a surtout une sidération parce que je pense que la nouvelle est venue assez brutalement on ne l'a pas apprise directement par la direction mais par les médias là on a tous le moral quand même dans les chaussettes et bon il faut que ça se ressaisisse vous avez peur pour votre emploi ?
oui tout à fait du côté d'Air France la direction prévoit de supprimer 7580 postes dont plus de 1000 au sein de sa filière hop une annonce choc en dépit du vaste plan de soutien de l'état via des prêts garantis de 7 milliards d'euros Bercy veut limiter la casse mais a conscience qu'un plan social est inévitable quand le trafic aérien s'écroule dire voilà je mets de l'argent mais on va absolument garder chaque emploi à quoi ça conduit ?
ça peut conduire à des risques de faillite et c'était ça qui menaçait Air France et au bout du compte à perdre tout l'argent des français parce que c'est 7 milliards c'est l'argent des français si demain Air France fait faillite c'est 7 milliards qui partent en fumée et dont je suis responsable de jour en jour les mauvaises nouvelles s'accumulent depuis le 1er mars 193 plans de sauvegarde pour l'emploi ont été lancés à terme plus de 27 000 postes sont menacés des entreprises comme Laal l'agence de voyage Thuis ou Renault ont engagé un plan social mais ces procédures sont-elles vraiment inévitables ? toutes ces entreprises doivent-elles vraiment réduire leurs effectifs ?
la question se pose pour Sanofi le laboratoire envisage de supprimer 1000 emplois en France mais en parallèle il prévoit également de verser 4 milliards d'euros de dividendes à ses actionnaires son chiffre d'affaires a augmenté de 6,9% au premier trimestre alors l'état exige des garanties nous sommes nous en action pour effectivement faire en sorte de limiter la case sociale à un moment inédit de crise mondiale Sanofi c'est un plan d'évolution des effectifs il n'y aura aucun départ contraint je veux vous rassurer et je peux vous dire que j'ai obtenu de la part des dirigeants de Sanofi qu'ils maintiennent à moyen terme l'emploi sur la France voire qu'ils le développent donc oui nous sommes à la manœuvre à quelques mètres du palais Bourbon un autre plan social mobilise les salariés de Nokia propriétaire d'Alcatel Lucent depuis 2015 le groupe finlandais veut supprimer 1233 emplois en France un tiers de ses effectifs une trahison pour les salariés
on n'a pas arrêté de travailler pendant le confinement on a tous télétravaillé on a été félicité par la direction et pour nous féliciter on nous propose de nous licencier alors que c'est un moment
tournant un moment charnière
pour le déploiement de la 5G ils sont en train
de nous annoncer que oui mais non finalement on va devoir délocaliser les emplois en Inde ou en Pologne pour les syndicats la manœuvre est un simple effet d'aubaine on est dans une période où on le sait certaines entreprises souffrent dans leur activité liée à la crise sanitaire ce n'est pas le cas de Nokia Nokia est en train de jouer comme des pétroliers parfois jouent quand il y a une marée noire il est en train de déverser ses cuves pour ne pas se faire prendre en croyant que ça allait se passer inaperçu pour les entreprises bénéficiant d'aide de l'Etat les syndicats demandent en contrepartie le maintien de tous les emplois en France
et voilà depuis le début de l'émission nous avons évoqué le style les arts oratoires voilà les premiers pas de ce gouvernement la réalité elle est là et elle était là dès le début de l'arrivée aux responsabilités de Jean Castex cette question d'ailleurs les licenciements vont-ils être la bombe sociale de la rentrée
en tout cas ils sont dans la tête de tout le monde les Français s'attendent à une crise dure et durable ils anticipent le fait éventuellement qu'en plus il y aura une seconde vague qui risque de ralentir encore l'économie d'ailleurs un certain nombre d'entreprises sont déjà en train de prendre leurs précautions et ce que l'on voit repartir dans l'économie française pourrait être stoppé par juste le fait de prévenir le fait d'une deuxième vague qui pourrait arriver et donc ne repartons pas trop vite prenons des précautions du côté de l'emploi du côté des économies etc.
donc oui dans la tête de tout le monde c'est extrêmement extrêmement prégnant ce qui est presque inquiétant encore plus inquiétant c'est que les Français sont très largement persuadés que le chômage que les niveaux de l'économie française que l'état des entreprises françaises sont voués à être dans une situation extrêmement compliquée mais ils sont encore relativement confiants pour eux-mêmes singulièrement 50 à 60% disent la situation économique de mon foyer va encore bien quand ça va arriver quand ça va se rapprocher et quand ces deux éléments vont se rapprocher c'est-à-dire la perception très importante profonde d'une crise économique et d'une crise économique personnelle quand le macro et le micro vont se rejoindre c'est là où ça devient le plus explosif
il y a eu un sondage qui a été fait par vos confrères de Elab sur la confiance des Français dans le gouvernement pour régler les questions économiques pour faire face à la crise économique 61% des Français considèrent que ce gouvernement ne pourra pas être efficace face à la crise économique là on retrouve une forme de défiance vis-à-vis de ce que peut le politique
dans l'état actuel des choses quel gouvernement je ne sais pas s'ils ont 40% de confiance c'est déjà pas trop mal c'est-à-dire à peu près le niveau de confiance du président de la République on retrouve ces éléments-là
et là dans tous les éléments de langage comme on dit il y a ce sujet-là dans la voix de Jean Castex depuis qu'il est arrivé aux responsabilités il y a ce sujet de l'emploi et de l'urgence sociale
c'est pour ça qu'il a été choisi c'est-à-dire que c'est un organisateur lui c'est quelqu'un qui organise c'est pas quelqu'un qui arrive avec une idéologie un programme je crois que le grand souci d'Emmanuel Macron c'est de se dire j'ai pas de pot j'ai pas de chance parce que économiquement le chômage reculait la compétitivité des entreprises était un petit peu meilleure la pression fiscale baissait et tout a été effacé par cette crise sanitaire donc bon quinquennat risque d'être foutu si d'ici pas à 18 mois contrairement à ce qu'il dit c'est pas dans 600 jours c'est un an parce qu'après il va y avoir la campagne électorale et on ne va plus parler enfin les gens vivront mal mais le débat sera occupé par beaucoup d'autres choses donc en un an il faut qu'il ait des résultats et les résultats qu'il peut avoir c'est sur le côté régalien on l'a dit tout à l'heure pour qu'il y ait de l'ordre et les deuxièmes résultats c'est de faire en sorte qu'il y ait peu de chômage enfin le moins de chômage possible le moins de faillite possible et pour ça et bien il faut qu'ils mettent le paquet et vous voyez la contradiction en plus de diriger un pays comme un pays contradictoire Nokia d'autres opérateurs téléphoniques ou de high tech et une partie des français qui ne veulent pas de la 5G vous voyez vous avez et qui l'exprime de façon violente avec
avec là une spécificité c'est ce que disait Laurent Berger qui dit il y a des groupes qui profitent de la crise du Covid d'ailleurs je précise que le gouvernement vient de réagir sur ce qui s'est passé avec Nokia en expliquant que ce plan est inacceptable pour l'Etat
non mais bien sûr il y a probablement mais ça si vous voulez ça va expliquer tout le chômage qu'il va y avoir toute la crise qu'il va y avoir mais il va y avoir évidemment un hiver un automne et un hiver qui se profilent qui vont être pour le gouvernement déterminants c'est à dire que si le gouvernement n'arrive pas à tenir la chose ça va être très compliqué
ils ont fait beaucoup jusque là financièrement c'était le quoi qu'il en coûte d'Emmanuel Macron ça c'est pas crédité aux yeux des français sur les amortisseurs sociaux qui ont permis d'encaisser le choc jusque là
crédité on attend de voir quand est-ce que ça va s'arrêter quelles seront les conséquences bien sûr vous faites le minimum et là c'est un minimum important mais ça n'est pas forcément crédité aujourd'hui ça serait crédité si on réussit à sortir de la crise pour insister encore une fois sur cette crise particulière vous prenez le sujet du travail du marché du travail c'est compliqué d'y entrer c'est compliqué d'y rester c'est compliqué d'en sortir les retraites les jeunes et leur rentrée du travail et lorsque vous y êtes le fait de maintenir son emploi vous imaginez là Jean Castex il a effectivement un tableau de bord assez compliqué un casse-tête un casse-tête voilà
allez revenons maintenant à vos questions c'est fini alors la société civile au gouvernement
ah bah là le politique reprend clairement ses droits et d'ailleurs Jean Castex quand il reçoit les parlementaires lundi soir à Matignon il leur dit le politique aura le dessus sur l'administratif et c'est d'ailleurs une petite phrase qui a été vraiment très bien acceptée et même applaudie par les parlementaires à ce moment là donc bien sûr il y a un véritable message politique envoyé avec les noms qu'on a agrénés depuis le début
il y a certains entrants qui viennent quand même de la société civile dans cette équipe là
bah enfin Eric Dupond-Moretti voilà Eric Dupond-Moretti il fait de la politique depuis des années très clair Alain Griset
qui était un représentant c'était pas tellement la société civile il fait aussi de la politique
parce qu'il était à la tête d'une structure de PME Mme Moreno
qui était chef d'entreprise
Mme Moreno oui mais il s'est quand même beaucoup moins marqué qu'avant vous aviez des ministres du travail Mme Pénicaud qui venait vraiment de l'entreprise vous aviez Mme Elisabeth Borne qui venait de l'entreprise aussi même si elle avait un passé de fonctionnaire vous aviez beaucoup de figures qui étaient extrêmement centrales pour la politique qui était conduite il y a trois ans et qui n'étaient pas connus du grand public et qui venaient du privé On va rentrer dans un temps politique pardon donc il y a la nécessité de faire de la politique évidemment
On rentre dans un temps politique parce qu'il faut préparer et vous l'avez dit les uns et les autres la présidentielle et c'est naturellement à l'esprit du chef de l'État En quelques jours Jean Castex a déjà imposé un style nouveau qui fait qu'on n'a plus le temps de regretter Edouard Philippe visiblement Pierre Bernard Drôme a déjà tourné la page
Mais alors tant mieux parce que je pense que c'était quand même l'un des enjeux majeurs de Jean Castex là c'était chasser cette espèce de spleen que laissait le départ d'Edouard Philippe chez certains et effectivement là il tranche complètement avec le style Philippe Maintenant je pense que ça présente aussi un risque pour Emmanuel Macron c'est que cette espèce d'authenticité dont on parlait tout à l'heure de Jean Castex tranche aussi avec le style du président mais peut aussi souligner en creux finalement les manques du président sur d'un point de vue de la sincérité de l'authenticité comme on l'a déjà dit
Emmanuel Macron avait-il conscience que les nominations de Darmanin et Dupond-Moretti seraient une grave offense pour les féministes est-ce qu'il l'avait anticipé à votre avis ?
Je pense qu'il avait vraiment en tête de reprendre en malgré galien que c'était le point faible de sa politique même de son discours parce qu'il n'a pas beaucoup parlé il a fait un discours sur la sécurité je me souviens à l'automne 2017 c'était pas au coeur de ses préoccupations il pensait il pensait un peu comme Jospin si ça marche sur le fond de l'emploi et de l'économie le pays marche ben c'est pas tout à fait comme ça c'est plus compliqué il y a des sensibilités et donc il a fait un choix vraiment en fonction de cela pas tellement en pensant aux féministes ou à d'autres et aux réactions qu'elles ont eu
depuis la nomination
et sur le choix d'Éric Dupond-Moretti ça faisait déjà quelques semaines qu'Emmanuel Macron et son entourage en cercle très restreint phosphoré sur le choix du futur garde des Sceaux considérant que Nicole Belloubet elle était transparente dans sa fonction Emmanuel Macron il voulait un effet waouh clairement et il voulait son bas d'inter et le nom d'Éric Dupond-Moretti a commencé à circuler pendant le confinement à l'Elysée les premières connexions ont eu lieu début mai entre le célèbre avocat et Emmanuel Macron
et on sent bien que les oppositions ont commencé à cibler ce ténor du barreau Éric Dupond-Moretti qui est passé au gouvernement et qui a fait ses armes aujourd'hui à l'Assemblée nationale c'était moins facile qu'on aurait pu l'imaginer
Ben oui parce que c'est difficile c'est différent de parler dans l'hémicycle dans le broie la bronca avec cette acoustique quand même très particulière à la télévision quand on regarde ça paraît grand l'Assemblée nationale l'hémicycle en tout cas mais en fait c'est tout petit c'est tout petit même s'ils sont 577 c'est très serré et donc ça n'a rien à voir avec les plaidoiries dans les tribunaux où là bien sûr entre guillemets les avocats s'écoutent parler et donc là Éric Dupond-Moretti d'ailleurs on a vu au début il avait été agacé d'être coupé par les oppositions mais bien sûr que c'est le jeu donc il va aussi devoir apprendre et puis il a aussi très vite été rattrapé par des petites séquences ou des vidéos des interviews par le passé où il avait dit que moi ministre de la justice jamais ce serait la pire erreur donc là tout de suite on arrive tout de suite il faut toujours faire attention à ce qu'on dit à un instant T parce que les vérités d'un jour ne sont jamais celles du lendemain surtout en politique
et il a eu cette phrase à l'Assemblée il a dit accordez-moi le bénéfice de l'inexpérience en gros laissez-moi un peu le temps de m'installer dans mon nouveau costume
mais pour l'opposition c'est du caviar avec Dupond-Moretti parce que justement tout le monde dit que c'est un excellent tribun il va faire des plaidoiries des effets de manche et bon bien sûr la droite l'extrême gauche ils vont tous en faire leur miel s'ils peuvent attaquer Dupond-Moretti ils attaqueront Emmanuel Macron donc ils ne vont pas se gêner
l'influence de Sarkozy démontre-t-elle que le président Macron était en peine d'un casting dans son propre camp
non je ne pense pas non non sincèrement il avait du monde
sur le banc de touche
non mais il avait besoin de gens vous savez Jean Castex il le prend il n'est connu de personne Jean Castex qu'il soit sarkoziste qu'il soit filloniste qu'il soit voilà c'est Jean Castex il a pris quand même des caractères Darmanin est un caractère il était déjà là Dupond-Moretti est un caractère Bachelot est un caractère ce sont des gens de caractère qui sont là en complète en contraste en tous les cas avec les petits costumes gris du début du quinquennat
combien de les petits costumes gris il y a aussi quelques femmes au début du quinquennat combien de temps encore il y en a plus encore 17 femmes c'est ça combien de temps encore les républicains vont-ils jouer les tartuffes avant de se décider à construire une majorité avec la république en marche
c'est déjà fait du côté électoral c'est déjà fait du côté des électeurs ils sont en train de construire quelque chose alors moins du point de vue municipal ça a moins fonctionné dans des conditions très particulières mais en tout cas les digues ont un peu cédé en tout cas lorsqu'on regarde les opinions la manière dont aujourd'hui la Macronie on appelle ça le premier ministre Edouard Philippe naturellement était l'exemple parfait de gens soutenus d'un premier soutenu très largement par les sympathisants de la république en marche et par ceux des républicains plus encore que naturellement que le président lui-même mais oui les digues ont cédé de ce point de vue là alors dire les républicains c'est-à-dire les leaders de ce parti politique vont-ils accepter ?
Jamais
pourquoi est-ce qu'on dit jamais pourquoi est-ce qu'on dit que ce gouvernement est encore plus ancré à droite ?
c'est les profils politiques dont on a parlé tout à l'heure c'est-à-dire qu'ils ont un certain nombre de personnalités visibles lisibles par le citoyen et par l'électeur comme étant de droite
le nouveau gouvernement une équipe prête à enfin occuper les médias alors ils étaient dans les médias quand même les membres du gouvernement
ils étaient dans les médias mais ne venant pas de la politique et n'étant pas habitués au rouage des médias c'était compliqué pour certains d'entre eux on voyait que Malpénico souvent elle peinait et donc là vraiment on a envie de mettre des pros qui savent parler et qui ont dit répondant et même Jean Castex en effet personne ne connaissait mais on l'a vu en tout cas ce matin face à Jean de Bourdin c'est un exercice particulier parce que c'est un quasi corps à corps il y a une proximité vraiment sur le plateau et puis finalement il envoie quand même du bois à ce moment là
il envoie du bois comme vous dites allez Mâcon ne devra-t-il pas se rapprocher de Bayrou pour sa prochaine campagne on en a parlé il a été au peu grognon pendant ses nominations et pendant la nomination de ce gouvernement
il a été très grognon mais dire qu'il faut qu'il se rapproche de François Bayrou ils sont quand même déjà assez proches la preuve François Bayrou a fini par obtenir presque ce qu'il voulait c'est à dire le maintien de Jacqueline Gouraud au gouvernement ce qui n'était pas le cas dans la première mouture de ce remaniement et puis le maintien aussi de Marc Fénaud aux relations avec le Parlement donc là il y a quelques tensions on va dire mais il n'y a pas non plus d'éloignement absolument irréversible le réventor d'Emmanuel Macron c'est François Bayrou évidemment parce que François Bayrou n'est pas d'accord ou fait un écart Macron est affaibli ça c'est évident c'est quand même Bayrou
la vraie influence elle est là
et bien oui c'est lui qui l'a fait revoir
relancer la réforme des retraites ne serait-ce pas je l'ai jeté de lui sur l'incendie social et économique qui arrive
c'est clair c'est clair mais là encore il veut aussi c'est un intérêt pour lui cette réforme vis-à-vis de l'électorat de droite mais avec l'automne social qui s'annonce aussi toutes les fermetures gérer ces autres chantiers en parallèle ça va être très compliqué politiquement
une dernière question rapidement pourquoi avoir gardé Blanquer qui est détesté de tous les enseignants alors que Castaner lui a été remercié
parce qu'il n'y a pas que les enseignants qui votent parce qu'il n'y a pas que les enseignants qui votent
et parce que Jean-Michel Blanquer plaît à l'électorat de droite
oui largement
et bien merci à vous tous c'est la fin de cette émission qui sera rediffusée ce soir à 22h30 on se retrouve demain 17h50 pour un nouveau C'est dans l'air belle soirée à vous
Françoise Castex