Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 25 mai 2022 25 min

"Emmanuel Macron a une caractéristique, celle d'aller toujours dans le sens du vent", dénonce Bruno Retailleau

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

France Inter, Alexandra Ben Saïd, Jérôme Cadet, le 7-9. Avec Alexandra Ben Saïd, nous recevons ce matin le président du groupe Les Républicains au Sénat, également sénateur de Vendée. Bonjour Bruno Retailleau. Bonjour à vous. Des questions pour vous sur le nouveau gouvernement, sa composition, ses premières mesures, mais aussi sur le rôle de LR et sa place dans l'opposition. Et puis les législatives qui s'annoncent, auditeurs d'Inter, vous posez vos questions à Bruno Retailleau. 01-45-24-7000 et via les réseaux sociaux et l'appli France Inter. Bruno Retailleau dans l'Assemblée sortante, LR constituait l'opposition la plus nombreuse à Emmanuel Macron.

Mais le paysage politique qui a été dessiné par les Français lors du premier tour de l'élection présidentielle a fait apparaître trois blocs, ce que confirment les dernières intentions de vote pour les législatives. Les soutiens du président de la République, rassemblés sous la bannière ensemble, ça c'est le premier bloc. Il y en a un deuxième, la NUP, l'alliance de gauche, emmenée par Jean-Luc Mélenchon. Ces deux blocs sont autour de 27%. Et puis un peu derrière, le Rassemblement national de Marine Le Pen autour de 21%. Est-ce que dans ce paysage, on va assister à l'effacement de la droite à l'Assemblée nationale, ce qui serait historique ?

1:08
Bruno Retailleau

Il ne faut pas, parce que vous parlez bien sûr de trois blocs actuellement. Vous avez raison. Simplement, il faut préciser ce que sont ces trois blocs. Il y a d'un côté le bloc autour d'Emmanuel Macron, et de l'autre côté ce que j'appelle le bloc des radicalités. Vous savez, la démocratie, c'est la possibilité un jour d'une alternance. Est-ce qu'en France, est-ce que les Français veulent que demain, la porte de sortie, l'alternance, l'alternative, ce soient les radicaux ? Moi, je me bats pour que, dans notre démocratie française, il y ait une autre voie.

Et que la droite, parce qu'on dit souvent que jamais le pays, jamais la France n'était autant à droite, la droite classique, mais qui doit profondément évoluer, profondément reformuler son projet, se réincarner, puisse à nouveau exister. Parce que qu'est-ce qui s'est passé ? Vous avez parlé, à juste titre, des élections présidentielles. Au moment des élections présidentielles, beaucoup d'électeurs de droite, qui auraient dû voter pour notre candidate, ont voté pour Emmanuel Macron. L'enjeu des législatives... Ils vont recommencer ! L'enjeu des législatives, oui, mais je pense qu'ils ont été trompés. Et je vais vous dire pourquoi.

Ils ont été trompés parce qu'ils ont cru qu'Emmanuel Macron proposait un gouvernement, une politique de droite. En fait, il a nommé une première ministre de gauche. Il a nommé un ministre de l'éducation nationale, dont la nomination a été saluée par M. Mélenchon, pour des raisons peut-être sur lesquelles on reviendra. On y reviendra. Donc ils ont été trompés. Et s'ils veulent vraiment qu'Emmanuel Macron mène une politique de droite, alors il faut qu'il vote pour des députés LR, vraiment de droite. Parce qu'Emmanuel Macron a une caractéristique. C'est qu'il va toujours dans le sens du vent. Aujourd'hui, il a bien vu que M. Mélenchon, avec NUP, montait en puissance.

Et donc, il fait des clins d'œil très appuyés, encore une fois, la nomination de M. Pabdiane. Donc je pense que c'est important que les Français de droite puissent réaffirmer leurs convictions pour peser demain sur la politique d'Emmanuel Macron. Après, on voit bien d'ailleurs l'abandon, en tout cas la remise à deux mains des réformes. Et vous savez que dans un quinquennat, ce que vous ne faites pas très vite, vous ne le faites jamais.

3:20
Présentateur

Bruno Retailleau...

3:21
Bruno Retailleau

Pour les retraites et pour beaucoup d'autres choses.

3:22
Présentateur

On va en parler. Bruno Retailleau, néanmoins, vous avez cité des personnalités nommées à ce gouvernement. Il y a quand même encore des poids lourds issus de LR. Gérald Darmanin, Bruno Le Maire. Vos électeurs, ils peuvent encore se dire que s'ils veulent donner à ce type de politique de droite économique, notamment les moyens de s'exercer, il faut aller voter pour la majorité présidentielle ou législative.

3:45
Bruno Retailleau

Je voudrais leur répondre sur ce sujet. Ces nominations, vous avez parlé de M. Le Maire, vous avez parlé de M. Darmanin. On ne peut pas dire que ce soit des nominations au mérite. Parce que, quel est le bilan de Bruno Le Maire ? Nous sommes désormais la France, l'un des pays d'Europe le plus mal géré. Une montagne d'endettement. Des déficits abyssaux. Déficits budgétaires, en valeur absolue, le pire de toute l'Europe. Déficits commerciaux, en valeur absolue, le pire de toute l'Europe. Ça va atteindre sans doute 100 milliards.

4:19
Présentateur

On sort de crise, il ne fallait pas faire.

4:21
Bruno Retailleau

Eh bien, la Cour des Comptes, ce n'est pas moi qui vous le dis. Que dit la Cour des Comptes ? La Cour des Comptes dit la dérive des dépenses publiques en France. C'est à peu près un tiers, pour de bonnes raisons, pour la Covid. Mais le reste, c'est pour le laxisme. Voilà le bilan de Bruno Le Maire. Et le bilan du ministre de l'Intérieur, c'est 40% sur le quinquennat des tentatives d'homicide. Violence physique, 31 ou 32%. Regardez l'affaire du Burkini. Moi, ça m'a fait... Non, ça ne m'a pas fait rire. J'ai été scandalisé. Comment un ministre de l'Intérieur peut enjoindre le préfet du département de l'Isère, là où se trouve Grenoble, à déférer la délibération du conseil municipal, de M.

Piolle, d'autoriser le Burkini dans les piscines à Grenoble, au tribunal administratif. Quand, en même temps, ce même ministre, et j'y étais au moment du vote de la loi séparatisme, a refusé nos amendements à nous, sénateurs LR, parce que nous voulions interdire dans les piscines, dans les baignades artificielles, notamment en Ile-de-France ou ailleurs, le port du Burkini. Vous voyez ce double jeu. Ça, c'est désespérant, c'est du cynisme. Et c'est terrible pour la politique. Comment est-ce que les électeurs peuvent avoir encore confiance dans la politique ? On comprend les raisons de leur abstention.

5:36
Présentateur

Vous qualifiez Elisabeth Borne de première ministre de gauche, Bruno Retailleau, elle qui est si décriée à gauche, justement, notamment pour la réforme de l'assurance chômage.

5:45
Bruno Retailleau

Très franchement, elle a fait ses débuts à M. Jospin, elle est passée ensuite chez M. Delanoé. Non, c'est une femme de gauche. Je l'ai bien connue, moi, comme préfète de la région Patou-Charentes, comme directrice de cabinet de Mme Ségolène-Royal. D'ailleurs, elle a souhaité le réaffirmer. Elle l'a dit, très clairement. Donc, je pense que moi, la politique...

6:05
Présentateur

Vous n'auriez pas fait, vous, cette réforme de l'assurance chômage, par exemple ?

6:07
Bruno Retailleau

Si, si, je l'aurais fait beaucoup plus complètement. Je l'aurais fait beaucoup plus complètement. C'est pas de vous un homme de gauche, Bruno Retailleau ? Non, mais je l'aurais fait justement, parce que je suis un homme de droite et parce que je pense qu'en France, il faut accorder une prime au travail. Et je pense que si tant d'entreprises, pour des centaines et des centaines de milliers d'emplois, aujourd'hui, n'arrivent pas à recruter, alors qu'on a des millions de chômeurs, c'est quand même qu'il y a un problème.

Et qu'à un moment donné, une société de l'assistanat, c'est pas bon, ni pour les uns, ni pour les autres, ni pour notre modèle social, qui est financé grâce au travail des Français, qui, eux, essaient, je veux dire, de contribuer à l'effort commun.

6:44
Présentateur

Vous savez que la poursuite de cette réforme de l'assurance chômage, elle est au programme de ce second quinquennat d'Emmanuel Macron. Est-ce que, par exemple, là, vous soutiendrez le gouvernement dans cette bataille ?

6:54
Bruno Retailleau

Mais vous savez qu'au Sénat, on a voté à peu près les deux tiers des textes en les amendant qu'on nous a proposés. Donc on n'a jamais été dans une opposition pavlovienne, dans une opposition systématique. La preuve ! En revanche, quand les choses ne vont pas dans le bon sens, on parlait tout à l'heure de l'islamisme, on a parlé aussi, peut-être, des aspects de sécurité, nous y sommes opposés. Vous savez, on parle de démocratie. Moi, je pense qu'il y a un jeu très dangereux d'Emmanuel Macron. Emmanuel Macron, il veut qu'il n'y ait rien entre lui et les radicaux. C'est très, très dangereux. Et je pense que la démocratie, c'est autre chose. Il faut des contre-pouvoirs.

Et aujourd'hui, le Sénat est l'un de ces contre-pouvoirs. Je pense que ça doit être rassurant pour les Français, quelle que soit l'étiquette politique. La démocratie, c'est aussi les contre-pouvoirs. Ça n'est pas seulement suffrage universel. Parce que si c'était seulement le suffrage universel, M. Erdogan et M. Poutine seraient de grands démocrates.

7:48
Présentateur

Bruno Retailleau, vous avez mentionné son nom plusieurs fois, la composition de ce nouveau gouvernement. Il y a la nomination de l'universitaire et historien, Pape Ndiaye, à l'éducation nationale. Vous avez réagi très vite, c'était sur Twitter. Je vous cite, C'est nommé Pape Ndiaye après Jean-Michel Blanquer, un adepte du wokisme, après un défenseur du modèle républicain. Le macronisme dit tout le contraire de tout. Je ferme les guillemets. Comment savez-vous, Bruno Retailleau, que Pape Ndiaye fera le contraire de Jean-Michel Blanquer au ministère de l'éducation nationale ? Est-ce qu'il ne faut pas lui laisser sa chance ?

8:22
Bruno Retailleau

Écoutez, évidemment qu'on va le voir agir. Simplement, je le disais il y a quelques instants, l'essentiel pour moi dans la politique, ce sont les convictions. La politique, c'est aussi fait pour appliquer des convictions. Quelles sont les convictions de Pape Ndiaye ? Il les a exprimées. Il faut simplement prendre un peu de temps pour les lire. Je vais vous citer quelques-unes de ses phrases. Il a dit par exemple, il a brocardé l'universalisme chauvin de l'homme blanc hétérosexuel. C'était en 2018. En 2020, dans un grand journal, une autre phrase, où il dit, être français, c'est être blanc. Être noir, c'est être d'ailleurs.

Donc, il y a cette obsession qui nous rappelle l'obsession américaine du wokisme, l'obsession de la race, qui devrait être une grille de lecture de tous les rapports sociaux. Et ça, vous voyez, ce n'est pas notre modèle républicain. Notre modèle républicain, ce n'est pas l'exaltation des différences raciales, religieuses, sexuelles. Le modèle républicain, la citoyenneté, c'est de mettre à distance ces particularités. C'est de proclamer une forme d'indifférence aux différences. Parce qu'on est tous égaux, quelles que soient ces différences, quelles que soient ces particularités, encore une fois, couleur de peau, religieuse ou sexuelle, l'orientation sexuelle.

On est des citoyens français et on est égaux. Et l'école, pardon, l'école est le creuset en France, plus qu'ailleurs, de l'apprentissage de cette grammaire commune de valeurs.

9:53
Présentateur

Écrire, comme l'a fait Pape Ndiaye, qu'il y a un manque de diversité à l'Opéra de Paris, est-ce que c'est woke ou est-ce que c'est un simple constat ?

9:59
Bruno Retailleau

Non, mais après, bien sûr qu'il y a un certain nombre de nuances. Et moi, je ne veux pas être caricatural. Mais j'observe que lui, il l'a été. Lui, il l'a été souvent caricatural. Et ce n'est pas moi qui ai...

10:09
Présentateur

Il est nuancé sur la question de l'universalisme dont vous parliez, Bruno Retailleau. Je le cite, il ne faut surtout pas opposer l'universalisme au singulier. Les deux ont besoin l'un de l'autre. En France, on est largement du côté de l'universalisme abstrait. Au fond, ce qui est en jeu aujourd'hui, c'est un universalisme qui prend en considération les différences. Fin de citation.

10:27
Bruno Retailleau

Mais là, il est dans la nuance. Le terme d'universalisme n'est pas rejeté. Les deux citations que je vous ai citées sont beaucoup, beaucoup moins nuancées. Et c'est pour ça qu'on est, pour un certain nombre d'entre nous, à droite et à gauche d'ailleurs, un peu inquiets par cette nomination. D'ailleurs, ce sont des journalistes qui ont parlé très vite d'un anti-Blancaire. Et vous voyez, je parlais de cynisme tout à l'heure vis-à-vis d'Emmanuel Macron. Nommé, après Jean-Michel Blancaire, quelqu'un comme Pape Diane, ça veut dire que pour lui, le font importe peu. On nous l'avait présenté, vous vous souvenez, comme un jeune président, comme le virtuose de l'économie, le Mozart de l'économie.

Moi, je pense que c'est le tolérant de la vieille politique politicienne où le font les convictions ne comptent plus ou pour faire des clins d'œil à M. Mélenchon parce que c'est ça. C'est la politique de la clientèle. Et pour moi, la politique de la clientèle ou des clientèles, c'est la mort de la politique. C'est ce que je viens affirmer. Or, aujourd'hui, l'avenir de la France se joue à l'école. Jamais la France n'était autant morcelée, archipélisée et on nomme, et on nomme, aujourd'hui, un ministre d'éducation nationale où, à tous les mois... Il l'avait nommé

11:32
Présentateur

à la tête du musée de l'immigration bien avant les élections présidentielles.

11:35
Bruno Retailleau

Mais le musée de l'immigration, je suis désolé, ça n'est pas l'école. Ça n'est pas l'éducation nationale. Dans l'éducation nationale, il y a le mot national qui renvoie non pas à des communautés particulières mais à la communauté républicaine par excellence qui est la nation. Et il faut apprendre aux Français non pas à culpabiliser, à criminaliser notre histoire pour en avoir honte mais au contraire à l'aimer. Bruno Retailleux, la première visite... Encore sur cette question, je le précise. La première visite

12:02
Présentateur

de ce ministre de l'économie...

12:03
Bruno Retailleau

On sera très très vigile au Sénat. On l'a compris. Et si jamais il y avait des débordements, nous avons des instruments de contrôle. Je parlais tout à l'heure dans la démocratie de contre-pouvoir. Les commissions d'enquête, les questions au gouvernement sont autant d'instruments de contrôle qui nous permettront justement d'avoir les faits et d'observer les comportements sur les comptes. Alors les faits,

12:25
Présentateur

Bruno Retailleux, les faits, le ministre de l'éducation nationale, sa première visite, ça a été à Conflans-Saint-Honorine, le collège de Samuel Paty, ce professeur d'histoire-géographie assassiné par un terroriste islamiste. Est-ce que ça, ça n'est pas une démonstration de soutien ? Est-ce qu'il n'y avait pas un message aux valeurs de la République et de la laïcité ? Est-ce que vous ne l'avez pas reçu, ce message ?

12:45
Bruno Retailleau

C'est une bonne chose. Simplement, nous sommes, je vais vous dire, la politique est crève de la communication. Aujourd'hui.

12:52
Présentateur

C'était que de la com ?

12:53
Bruno Retailleau

La communication envahit tout. Et moi, je ne juge pas sur un acte que j'approuve par ailleurs. Simplement, je mets en perspective cet acte-là. Et tous ses engagements, toutes ses déclarations depuis dix ans, où il a promu un modèle, il le dit d'ailleurs dans un des textes qu'il a fait, son retour des Etats-Unis, évidemment, l'obsession raciale. L'Amérique, la question noire en Amérique, c'est une question très particulière. Je vais vous citer, puisque vous voyez, je ne suis pas caricatural, je pense que c'était une bonne chose de panthéoniser Joséphine Bakker. Mais est-ce que c'est une bonne chose ? Quand Joséphine Bakker vient en France, vous savez ce qu'elle dit ?

À Paris, je ne me sentais pas noir. On ne me disait pas négresse. Mots qui me blessaient terriblement. C'est ça Joséphine Bakker. C'est cette possibilité, en choisissant la France, de se libérer des chaînes raciales. Or, ceux qui veulent souvent raciser les rapports sociaux, ils ne se rendent pas compte qu'ils encouragent, qu'ils risquent d'alimenter une forme de racisme. Je ne parle pas de pape diane, je parle de ce mouvement au quise en général.

13:56
Présentateur

Nommer une personnalité noire de peau au ministère de l'Éducation nationale pour la première fois un ministère de poids. Christiane Taubira, auparavant, était la seule à avoir un ministère de poids avec une couleur de peau noire. Est-ce que pour vous, ce symbole n'est pas important ?

14:14
Bruno Retailleau

Ah non, mais c'est ce que je suis en train de vous dire. Moi, la croyance au modèle républicain, je peux l'exprimer d'une autre façon, peut-être plus clairement pour vos éditeurs. Pour moi, on n'est pas français à mesure de la couleur de peau, de sa religion, de sa condition sociale. Ce n'est pas ce qu'ils font de modèle républicain, vous voyez. Donc, que ce soit un noir, un blanc, un jaune, peu importe pour moi. L'important, c'est qu'il remplit sa mission et encore une fois, la double mission de l'école. Aujourd'hui, vous savez qu'on est en train de chuter l'école. Vous prenez les classements internationaux, Teams pour les mathématiques, PISA, etc. C'est ça la question.

L'école a une double mission en France. La première mission, c'est de passer des connaissances, des compétences à des jeunes élèves. Mais la mission fondamentale de l'école en France, parce que nulle part ailleurs, le pacte scolaire est lié au pacte républicain, au pacte national. C'est de transmettre des valeurs communes. Ces valeurs communes, c'est un modèle républicain. Ce n'est pas le modèle américain. Régis Debray avait très bien dit les choses, d'ailleurs, dans un de ses livres. Il avait dit, en 1960, juger un homme selon sa race ou selon son sexe, c'était le fait de l'extrême droite. Et aujourd'hui, c'est le fait de l'extrême gauche.

15:22
Présentateur

Je voudrais vous entendre sur un autre ministre, le cas de Damien Abad, nouveau ministre des Solidarités, issu de LR, qui est accusé de viol par deux femmes, accusation relayée par le journal Mediapart. L'une de ces femmes a porté plainte. La plainte a été classée sans suite. Damien Abad rejette ces accusations. Selon vous, Emmanuel Macron et Elisabeth Borne étaient-ils informés de ces accusations ? C'est ce que dit Xavier Bertrand.

15:46
Bruno Retailleau

Bien sûr. Mais bien sûr que Xavier Bertrand a raison puisque le fameux article dans Closer, c'était je crois en mars ou en avril 2017, c'était juste avant le premier tour de l'élection présidentielle de 2017. Cet article avait été public. Donc qu'on ne me dise pas que quand on nomme un ministre et qu'il y a eu ce genre d'article, la première ministre, le président de la République ne sont pas au courant. Bien sûr. D'ailleurs, il y a eu une communication ensuite, je crois, de l'Elysée qui, de ce point de vue-là, était très ambiguë. Donc il l'a nommé

16:17
Présentateur

en toute connaissance de cause ?

16:19
Bruno Retailleau

Oui, mais attendez, il avait été à l'époque, si j'ose dire, un peu lavé puisqu'il y a eu un classement sans suite, je crois. En revanche, pour moi, il y a d'abord quand même le respect de la parole des femmes. Et si ces faits sont avérés, c'est infligeant. Le problème, c'est que ça n'est pas moi, Bruno Retailleau, qui peut m'ériger en juge. Pas plus d'ailleurs qu'une salle de rédaction. pas plus que des réseaux sociaux. Pas plus non plus que tel ou tel observatoire militant. C'est la justice. On ne peut pas, dès lors qu'il y a un soupçon, défenestrer, si j'ose dire, quelqu'un. Simplement, soyons extrêmement prudents et faisons attention à respecter aussi la parole des femmes,

17:05
Présentateur

comme la présomption d'innocence. Vous dites, il savait, tout le monde savait depuis 2017, Bruno Retailleau, ce qui n'a pas empêché Damien Abad d'être renommé vice-président des LR.

17:14
Bruno Retailleau

Non, ce qu'on dit, c'est que tout le monde avait lu un article particulier à l'issue duquel, a priori, parce que je n'avais pas suivi cette affaire, moi, au jour le jour, il y avait eu, si j'ose dire, une décision de classement sans suite.

17:27
Présentateur

Apparemment, il y a eu d'autres affaires. On lit que Christian Jacob s'est entretenu aussi avec Damien Abad et puis en 2020, Aurélien Pradié lui a posé la question au sein des LR. Je vois faire une moue. Apparemment, il y avait... Ça, par contre,

17:42
Bruno Retailleau

à l'Assemblée nationale, vis-à-vis de collaboratrices... Et ça ne va pas sur le Sénat ? Non, parce que, moi, je suis président du groupe au Sénat et très franchement, ces points-là, je ne les connaissais pas.

17:53
Présentateur

Vous avez des échanges réguliers avec Damien Abad quand il était votre équivalent à la tête du groupe LR à l'Assemblée.

17:58
Bruno Retailleau

Vous pensez bien que quand les échanges que j'avais avec Damien Abad quand il était prison du groupe à l'Assemblée, ça portait sur des textes de loi. Il ne me confiait pas ce genre de choses. Croyez-moi, sinon, j'aurais dit ce que j'en pensais. Donc,

18:11
Présentateur

ce matin, vous dites quoi ? Vous dites... Est-ce qu'à la place de l'exécutif, vous l'auriez nommé ? Vous dites que ce n'est pas à moi de juger, c'est à la justice ?

18:19
Bruno Retailleau

Franchement, j'aurais été très circonspect. D'abord, nommer les gens qui changent de camp, vous savez, qui trahit, trahira. Donc, j'aurais été, de ce point de vue-là, de toute façon, très circonspect. Mais, ce que j'observe, c'est qu'il y a quand même deux poids, deux mesures, puisque je me souviens très bien qu'en juin 2017, Richard Ferrand pour une affaire des Mutuelles de Bretagne ou bien M. Béroud pour l'affaire des assistants du Modem n'avait pas été mis en examen par la justice, mais il avait été débarqué du gouvernement. Donc, moi, je pense que... Quelles doivent être les lignes en la matière ? À quel moment un ministre doit-il quitter un gouvernement ? C'est la justice.

C'est sûr que lorsque... que si les faits sont avérés et si la justice donne crédit à ces témoignages, alors, bien sûr, il ne pourra pas rester au gouvernement. Crédit,

19:07
Présentateur

c'est une condamnation, c'est une procédure ouverte ?

19:09
Bruno Retailleau

Qu'est-ce que c'est ? Une condamnation, c'est... Parfois, c'est des mois, c'est très très long. Donc, ça ne peut pas être ça. Simplement, moi, je pense que... L'hypothèse est la suivante. Je pense qu'Emmanuel Macron va s'accrocher à cette nomination. Il ne lâchera qu'au dernier moment. Pourquoi ? Parce que c'est le seul ralliement, la seule prise de guerre auprès des LR qu'il ait pu avoir dans ce gouvernement.

19:30
Présentateur

Pas n'importe lequel, quand même, le patron des députés...

19:33
Bruno Retailleau

Je vous le dis, c'est terrible, c'est le pire de la politique. Ce que a fait Damien Abad... Ça prouve bien

19:38
Présentateur

qu'il ne croyait pas du tout à l'avenir de votre famille politique.

19:41
Bruno Retailleau

Ça prouve qu'il ne croyait pas du tout en ses convictions, une fois de plus. Parce qu'on ne peut pas se rallier sans se renier. C'est le pire de la politique. C'est le pire de la politique pour celui qui accepte ce margent d'âge et pour celui comme Emmanuel Macron qui le propose. Mais je vais vous dire, parce que je suis aussi président de groupe, il y a bien sûr la politique. Mais il y a une autre histoire qui est peut-être pour moi encore plus grave, c'est l'amitié. Quand vous êtes président d'un groupe, vous managez des gens, des députés ou des sénateurs et il y a des liens qui se nouent et là, il les a trahis.

Alors que lui-même disait à propos d'Éric Woerth, je n'aime pas ceux qui changent d'équipe au cours du match. C'est ça, c'est cette blessure à l'amitié qui pour moi est peut-être la plus terrible.

20:22
Présentateur

Les auditeurs de France Inter ont des questions pour vous Bruno Retailleau, il les pose au 01 45 24 7000. Ce qu'a fait Jacques qui nous appelle des Hauts-de-France. Bonjour Jacques.

20:32
Auditeur

Denis de l'Oise, enfin des Hauts-de-France.

20:35
Présentateur

C'est ça ?

20:36
Auditeur

Oui, oui mais Denis.

20:38
Présentateur

Ah c'est Denis, non pas Jacques, excusez-moi Denis, on vous écoute.

20:41
Auditeur

C'est pas grave. Oui, j'aimerais poser une question à monsieur Retailleau bien entendu, mais une observation d'abord. Il donne des leçons de gestion et d'économie alors que sa candidate au présidentiel est obligée de faire appel aux dons et de nombreux candidats jettent l'éponge pour cause de financement. Donc j'inviterai monsieur Retailleau à plus de modestie. Et ensuite, la question de...

21:06
Présentateur

Pardon ? Votre question.

21:08
Auditeur

Oui, alors ma question, au-delà du verbiage politicien de monsieur Retailleau auquel on est habitué, j'aimerais connaître vraiment la différence politique en termes social, écologique, parce qu'on constate finalement que beaucoup de barons LR ont quitté ce parti, donc la passerelle elle est quand même facile à franchir. Donc je rejoins un peu votre observation. Est-ce que ce parti n'est pas finalement moribond ?

21:36
Présentateur

Merci Denis pour cette question. Différence entre, je comprends, LR et Ensemble et les soutiens d'Emmanuel Macron. Bruno Retailleau ?

21:44
Bruno Retailleau

Je ne vais pas vous dire ici que LR est dans une forme respendissante. On a subi un échec extrêmement important au premier tour de l'élection présidentielle puisque notre candidate a fait de moins de 5%. Moi, depuis très longtemps, je pense que la droite a été paresseuse. Et depuis très longtemps, j'avais dit d'ailleurs, j'ai même d'ailleurs écrit un livre qui s'appelle Refondation, qu'il fallait qu'on s'intéresse aux idées et qu'il va falloir qu'on revoie tout, du sol au plafond. J'y vais y participer. La question de l'incarnation, elle est importante, mais il y a des nombreuses différences entre nous et Emmanuel Macron.

On parlait tout à l'heure de gestion budgétaire, notamment de déficit et d'endettement. On peut parler aussi d'immigration. C'est le seul gouvernement dans le mandat présidentiel passé qui est ouvert, notamment, élargi, par exemple, les conditions du regroupement familial. Pour l'école, moi, je veux une école de l'exigence. Comment se fait-il qu'on ait abandonné les mathématiques au moment où l'intelligence artificielle nécessite justement la maîtrise des mathématiques ?

22:46
Présentateur

Hier, devant les syndicats enseignants, a annoncé le retour des maths en première, une heure et demie de maths en plus, à la rentrée prochaine ou celle d'après.

22:54
Bruno Retailleau

C'est drôle, pourquoi ? Parce qu'il a nommé M. Ouar, qui est son directeur de cabinet. On connaît le rôle d'un directeur de cabinet. Qui a travaillé avec Jean-Michel Blanquer. Qui est lui qui avait fait cette fameuse réforme qui avait passé par-dessus bord les mathématiques.

23:06
Présentateur

Bruno Retailleau, sur le programme et les différences entre Ensemble et LR, le ministre du Travail, Olivier Dussopt, a annoncé que les discussions, le calendrier de la réforme des retraites, les travaux vont commencer à partir de septembre ou octobre. Est-ce que c'est le bon calendrier selon vous ? Et est-ce que vous soutiendrez le gouvernement encore une fois dans cette bataille ?

23:24
Bruno Retailleau

Nous soutiendrons tout ce qui sera bon et nous nous sommes positionnés depuis longtemps au Sénat. Vous savez, ça fait depuis 5 ans qu'à chaque loi de financement de la sécurité sociale, nous avons voté des mesures d'augmentation de l'âge. Donc nous nous soutiendrons. Pourquoi est-ce que nous soutiendrons ? Pas parce que ça vient d'Emmanuel Macron, tout simplement parce que c'est important pour nos retraités si on veut garantir le pouvoir d'achat. Tout le monde parle du pouvoir d'achat.

Mais est-ce que vous pensez au moment où on a de moins en moins d'actifs par rapport aux inactifs, c'est-à-dire aux retraités, qu'on va pouvoir garantir le pouvoir d'achat, augmenter les toutes petites retraites ? Et puis, la question des retraites concerne bien sûr les aînés, mais elle nous concerne, elle concerne d'abord les jeunes générations.

24:05
Présentateur

Et donc, les jeunes générations

24:07
Bruno Retailleau

vont porter tout le fardeau. Je pense que c'est un calendrier tardif et ce que moi, j'observe, c'est qu'il y a une évolution d'Emmanuel Macron, c'est-à-dire qu'avant le premier tour, c'était 65 ans tout de suite, ensuite, ça a été 64 ans, ensuite, c'est pas prioritaire, maintenant, on verra bien demain. Vous savez que tout ce qui n'est pas fait très vite pour les réformes... Il ne fera pas

24:26
Présentateur

la réforme des retraites, c'est ce que vous nous dites, Bruno Retailleau ?

24:28
Bruno Retailleau

En tout cas, j'ai des doutes, j'ai des doutes, je vais attendre pour le vérifier, mais c'est terrible, et de même qu'il y aura le paquet sur le pouvoir d'achat, nous voterons qu'à la condition qu'il y ait en face de ces nouvelles dépenses des économies. On rentre, on l'écoutait... Sur quoi ? On va voir, on va le proposer au gouvernement, mais nous voterons ce texte qu'à la condition où on commence à mettre des mesures d'économie. On ne peut pas faire de la dépense, toujours plus de dépenses, parce que notre pays va être en banqueroute au moment où il y a l'inflation, au moment où il y a la hausse des taux qui vont rendre insupportable, vous m'entendez, le poids de l'endettement.

25:07
Présentateur

Merci à vous, Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains au Sénat, invité du grand entretien ce matin. Bonne journée à vous. Merci.

25:16
Locuteur

Merci.