René Dosière : "On entre dans une ère du soupçon"
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Chapitres
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Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:53Invité politiqueFait
« C'est une sorte de nouvelle jurisprudence. »
- 1:01Invité politiqueFait
« Le Premier ministre nous avait dit que s'il y a une mise en examen, il n'y aura pas de ministre. »
- 3:23PrésentateurPromesse
« L'entourage d'Emmanuel Macron, cité par Libération ce matin, parle d'une approche germanique des choses. »
Temps de parole
- René Dosière61 %
- Présentateur38 %
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Bonjour René Daudière, ancien député, auteur de propositions sur la moralisation de la vie publique. Si on vous a invité ce matin, ce n'est pas pour parler de la loi ou même de la future loi, mais de comportement à la tête de l'État et d'exemplarité, si ce mot a un sens. Je veux parler des quatre départs du gouvernement, Richard Ferrand, Sylvie Goulard, hier François Bayrou, Marielle de Sarnès. Ce matin, je rappelle que ces quatre-là ne sont pas visés à ce stade par des enquêtes judiciaires. Il y a des enquêtes préliminaires qui ne les visent pas directement, qui visent des faits qui peuvent les concerner.
On n'est même pas au stade de l'information judiciaire et pas encore, évidemment, au stade de la mise en examen jurisprudence balladure. Est-ce que ce type d'attitude, vous le comprenez ? Est-ce que vous pensez qu'il est raisonnable et normal, aujourd'hui, compte tenu des attentes de l'opinion, de procéder à ce genre de choses ?
C'est une sorte de nouvelle jurisprudence. Le Premier ministre nous avait dit que s'il y a une mise en examen, il n'y aura pas de ministre. Maintenant, l'ère du soupçon suffit pour que les ministres soient conduits à démissionner. Donc, on rentre dans une situation qui est quand même beaucoup plus délicate à gérer. Ceci dit, je voudrais quand même faire remarquer qu'il y a une différence entre la démission des trois ministres modem et puis le départ de Ferrand, parce que passer d'un ministère à la présidence du groupe majoritaire, c'est une promotion. Vous savez, le président du groupe majoritaire, surtout compte tenu de son importance, c'est un vice-premier ministre.
Son rôle politique est considérable. Et par conséquent, je pense que là, le président a voulu mettre à la tête du groupe quelqu'un en qui il a toute confiance. Donc, je crois qu'il ne faut pas mélanger. Alors que pour les trois ministres modem, on voit bien que la démission de Sylvie Goulard a fait sauter le couvercle et qui montre que là, on est dans un financement politique, donc d'argent public lié au fonctionnement du Parlement européen. Ce n'est pas le seul groupe. Les Verts sont concernés, le Front National, bien entendu. Et donc, on voit bien que là aussi, le Parlement sur ce plan, le Parlement européen, devra sans doute faire un petit peu le ménage pour clarifier les choses.
On va revenir sur le fond du dossier dans quelques minutes et on y reviendra peut-être avec les auditeurs d'Inter. Le standard, je le rappelle, est ouvert pour ces questions sur ce thème au 01-45-24-7000. Je voudrais rappeler les termes du communiqué d'hier matin de Sylvie Goulard. Elle disait souhaiter être en mesure de démontrer librement sa bonne foi. Le président de la République a entrepris de restaurer la confiance dans l'action publique. Cette entreprise de redressement doit l'emporter sur toute considération personnelle. C'est une expression et c'est une forme de décision qu'on n'a pas eu beaucoup souvent entendu et eu l'habitude de voir en France.
Elle est particulièrement exigeante et exemplaire. Je trouve que de ce point de vue-là, Sylvie Goulard est parfaitement conforme à ce qu'elle a toujours fait. et puis elle est effectivement conforme au nouvel esprit que le président souhaite influer.
L'entourage d'Emmanuel Macron, cité par Libération ce matin, parle d'une approche germanique des choses. Est-ce que vous trouvez que ça s'est approprié ?
Ce n'est pas nécessairement. On a toujours un certain nombre d'affaires, je dirais aussi en Allemagne. Je crois que de toute façon en France, on a un certain nombre de progrès à faire, dont certains sont contenus dans le texte d'ailleurs, que le gouvernement a présenté. Donc on va continuer à avancer dans ce domaine-là.
Vous avez parlé il y a un instant, René Dozier, de l'ère du soupçon. Et on comprend, en entendant cette expression, qu'à vos yeux ça va trop loin ?
Il faut faire attention parce que, vous savez, on n'est pas à ce moment-là à l'abri de manipulations, de coups bas politiques. Enfin, on en a vu un certain nombre. Donc si à partir simplement d'une campagne organisée, médiatisée après, je veux dire, on fait sauter un ministre, attention. Enfin, en l'occurrence là, il y a semble-t-il un certain nombre d'éléments. Enfin, c'est la décision de Sylvie Goulard qui montre qu'il y a quelque chose d'important et qui rendait intenable la position de François Virou, puisque c'était lui qui était le président du groupe Modem et qu'en plus il devait défendre un texte portant sur ces sujets-là.
Je ne vois pas comment il aurait pu, aussi bien au Sénat qu'à l'Assemblée, défendre sereinement ce texte avec crédibilité.
Comme l'a dit Thomas Legrand tout à l'heure, il y a une forme de conflit d'intérêts politiques pour un texte censé justement combattre les conflits d'intérêts en tout genre.
Oui, on peut le dire comme ça, mais Thomas Legrand a toujours des formules qui sont intéressantes.
Eh bien, rendons-lui hommage ici même. Les assistants parlementaires européens. Est-ce que, j'avais envie de vous demander de façon assez basique, est-ce que c'est grave ? On a de l'argent public, effectivement, qui est destiné au travail des parlementaires et qui, pour parti et pour d'autres formations politiques, et pas seulement le modem, pourrait avoir servi simplement pour l'avis du parti et pour l'expression des idées publiques. Il n'y a pas de, a priori, pas de détournement personnel d'argent. Est-ce que c'est grave ou est-ce qu'on est dans une zone grise un peu incertaine sur le plan d'utilisation de l'argent public ?
On est dans une zone grise, parce que le Parlement européen a fixé un certain nombre de critères, mais par exemple, pour tous les assistants, qui sont des assistants locaux payés par le Parlement européen, ces assistants, ils sont où ? Ils n'ont pas de local, ils n'ont pas de bureau, ils ne sont pas du tout organisés. Donc, on va les retrouver dans les sièges des partis politiques, et puis ils vont faire un certain nombre d'activités politiques. Je crois que là-dessus, il faut préciser les choses.
Ils sont censés être en circonscription ?
Bah oui, mais en circonscription, ils sont où ? Ils n'ont pas de local, ils n'ont pas de bureau. Là, récemment, le Foll me disait que, quand il était député européen, il avait demandé à Martin Schulz de faire en sorte que les collaborateurs parlementaires puissent avoir un local de circonscription. Enfin, au moins, qu'on reçoive des gens là, mais non, même pas. Donc, les choses doivent être précisées. J'ajoute en plus qu'au niveau européen, effectivement, la législation n'est pas la même. En France, on a régionalisé les élections. En Allemagne, je crois qu'ils sont nationales. Dans d'autres pays, c'est différent.
Donc, là aussi, on ne peut pas appliquer nécessairement la même règle à l'ensemble des pays. Mais on voit bien qu'il y a besoin de préciser les choses. Regardez, quand le FN arrive au Parlement européen avec un certain nombre de députés, sa stratégie qui a été révélée récemment par une autre, c'est de dire qu'on va pouvoir fonctionner avec l'argent des parlements européens, l'argent des groupes, l'argent des collaborateurs, parce qu'il y a un flou. Et je crois qu'il va falloir quand même que le Parlement européen s'en saisisse, ou en tout cas que la législation française concernant les députés européens soit renforcée.
Mais donc, cette zone grise et l'interprétation par la justice française de cette zone grise entraîne une crise gouvernementale très importante, tout de même, René Dozier, ce matin.
Oui, qui est importante et qui n'est sans doute pas terminée, parce que, si vous voulez, l'affaire des collaborateurs européens, elle est quand même apparue en premier avec le FN, avec une ampleur beaucoup plus considérable qu'au Modem ou qu'au Vert.
Donc, on peut trouver d'autres choses encore. René Dozier, ancien député de l'Aisne et auteur de propositions, c'était douze propositions que vous aviez portées justement à François Bayrou.
Oui, qui avait été d'ailleurs reprise assez fortement. Enfin, elle figure, enfin, le fond figure dans le texte. Je trouvais quand même que, s'agissant du financement de la vie politique, François Bayrou n'allait pas assez loin. Et là, on sentait peut-être le responsable politique et prudent peut-être, dès lors qu'il s'agit de s'attaquer au contrôle, enfin, au fonctionnement des partis politiques.
Et à l'heure où nous parlons, nous ne savons pas qui va porter cette loi à l'Assemblée nationale, alors que c'est censé être le premier texte du quinquennat. René Dozier, vous n'êtes pas client ? Oh non, non, vous savez, non, non, non, non.
Enfin, vous dites non au mollement. Moi, j'ai toujours été, j'ai toujours fait le travail pour lequel les électeurs m'avaient élu comme député. Et j'ai toujours eu beaucoup de plaisir à le faire, et beaucoup de satisfaction aussi. Donc, cela me suffit. Là, il ne s'agit pas d'être député, il s'agit d'être ministre. Non, mais vous savez, il faut sans doute prendre des gens qui sont plus jeunes. Encore que le problème n'est pas un problème seulement d'âge, mais aussi d'idées. Et qu'on peut être jeune et avoir de vieilles idées, et l'inverse.
René Dozier, vous restez avec nous, parce qu'on va prendre des appels d'auditeurs sur ce sujet, sur cette actualité chaude, politique chaude ce matin. 01 45 24 7000, dans un instant, la revue de presse. Merci.
Merci. Merci. Merci.
René Dosière