Législatives : mission impossible pour la majorité présidentielle ? - C à Vous - 01/07/2024
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonsoir Yael Broun-Pivet, présidente sortante de l'Assemblée nationale et candidate, je l'ai dit, dans les Yévines sans qu'on ouvre cette circonscription. Merci de votre présence ce soir. Je vous voyais ouvrir de grands yeux sur les réflexions prophétiques d'Emmanuel Macron dans ce livre de campagne, Révolution 2016. Qu'est-ce que vous retenez de ces avertissements qui n'ont pas été suivis du remède ?
Je vous ai des grands yeux parce que c'est notamment avec ce livre que moi je me suis engagée en politique parce que j'ai trouvé que le diagnostic justement était juste, que les propositions qu'Emmanuel Macron portait à l'époque étaient enthousiasmantes, que cet appel à la société civile, que ce dépassement des clivages, que ce rassemblement des modérés de chaque camp était extrêmement séduisant. Et donc oui, je souris parce que c'était une formidable promesse et on voit bien que malheureusement, cette formidable promesse n'a pas été tenue. En tout cas, elle n'a pas rempli tous les effets qu'on aurait pu attendre et on est évidemment responsable de cela.
Vous êtes responsable ? Évidemment. Collectivement ?
Collectivement et chacun...
Vous êtes quand même davantage concentré sur le chef de l'État.
Moi, vous savez, je n'aime pas considérer, me dédouaner de ma responsabilité sur les autres. Donc je pense qu'on est collectivement responsable. Après, il y a aussi... Moi, j'avais été très frappée de cela en 2017, quelques jours après mon élection. Les gens qui, quelques jours avant, me disaient « Oh, c'est formidable, vous êtes comme nous, vous êtes de la société civile, vous, vous savez ce que c'est que la vraie vie, vous avez des enfants, vous allez faire vos courses ». Et dès que vous êtes élu, vous devenez le politique, le politicien qui ne connaît plus rien à rien, qui est complètement hors sol, etc.
Et cette image-là qui se produit, mais immédiatement, sans que vous n'ayez rien changé, est aussi quelque chose de très ancré chez nous. On voit bien que les citoyens ont une distance colossale entre leurs politiques, avec les institutions. Et je pense que ça explique aussi ce qui se passe en ce moment, parce qu'il y a une vraie fracture démocratique dans notre pays. Est-ce qu'on n'a pas réussi à réduire ?
Et est-ce qu'il ne l'a pas aggravé, le président de la République, en décidant de cette dissolution que les Français n'ont pas comprise et ne comprennent toujours pas ?
Écoutez, en tout cas, moi, j'ai fait partie de ceux qui ont essayé de l'en dissuader. Moi, j'étais celle qui cherchait tous les jours à faire fonctionner l'Assemblée nationale telle qu'elle existait, et je cherchais les voies d'une coalition. Et donc, moi, je pensais que cette voie était possible, et j'ai essayé de dissuader le président. Maintenant, il a fait cette dissolution. Nous avons fait le premier tour des élections. Le moment est grave. Il faut que tous, nous en ayons conscience. Il y a quelque chose...
Et pardon, vous n'avez pas fait le constat d'échec de toute tentative de coalition ? Depuis 2002 ? Depuis 2012 ? 2022, pardon.
Non, parce qu'à l'Assemblée nationale, j'ai vu que nous avons réussi à construire des textes projet par projet, plus une centaine de textes adoptés. Moi, j'ai vu qu'à l'Assemblée nationale, j'arrivais à faire fonctionner les groupes politiques ensemble pour avoir des initiatives communes. On a créé des choses, Semaines Transpartisanes, etc., qui ont très très bien marché. On a adopté une trentaine de textes à l'unanimité. Donc, moi, je voyais qu'il y avait quand même, sur certains sujets, des capacités à s'entendre. Et puis, moi, je discutais. Vous savez, en tant que président de l'Assemblée nationale, votre rôle, c'est de discuter avec tous.
Et donc, moi, je discutais avec tous les groupes politiques. Je discutais avec tous les députés. Et je pensais sincèrement qu'il y avait un chemin.
Avec la menace d'une motion de censure à l'automne sur le budget.
Oui, mais c'est une menace. Rien n'était certain. Moi, je pensais qu'il y avait une autre voie. Mais peu importe, finalement, j'ai envie de vous dire, peu importe. La dissolution a eu lieu. Le premier tour a eu lieu. Maintenant, il faut faire face. Il faut faire face à la situation qui est devant nous. Et cette situation, elle est grave. Elle est grave pour notre démocratie, pour nos institutions, pour nos concitoyens. Et donc, regardons-la en face et agissons. En tout cas, en tant que femme politique, c'est mon rôle.
Voilà. Vous la regardez en face en ne donnant pas une consigne si claire de barrage au Rassemblement de l'Assemblée nationale ?
Alors, moi, j'ai été très claire dès le premier soir. Barrage total au Front National. Pas une voie pour le Front National. Je l'ai dit sur le plateau d'un de vos confrères, dès dimanche soir à 21h. Donc, moi, je suis très claire. Pas une voie au Rassemblement National. Quitte à voter pour LFI. Alors, après, ce que... C'est ça qui n'est pas clair. C'est un point, mais... Mais voilà. Oui. Alors, non, c'est barrage. Certains. Pas une voie au Rassemblement National. Ah, barrage, ça veut dire voter pour LFI ? Maintenant, sur LFI, moi, je fais le distinguo. Et je ne compare pas M. Guiraud et Mme Fiat. Parce que moi, je les ai... En fin de LFI, il y a des nuances. Bien sûr. Moi, j'ai eu...
Et je prends toujours l'exemple de Caroline Fiat, qui a été ma vice-présidente. Donc, je la connais bien. Elle est respectée de tous. Elle a un engagement sincère. Et elle a toujours abhorré tous les excès de ses collègues à l'Assemblée Nationale, qui, parfois, ont voulu bousiller l'institution et bousiller notre État de droit. Et il y en a d'autres qui ont été sanctionnés, qui... La plupart de ceux que vous visez ont été réélus au premier tour désir. Donc, voilà. Après, il faudra regarder au cas par cas. Mais ce qui est sûr, c'est que moi, je ne peux pas soutenir un insoumis qui a été très clairement antisémite, anti-républicain, etc. Ça, c'est ma limite.
Parce que, quand on fait de la politique, il faut avoir des valeurs, s'y tenir, avoir une ossature, autrement, ce n'est pas la peine d'en faire.
C'est une complexité incroyable pour les électeurs. Oui. De faire le prix entre les bons France insoumise et les mauvais France insoumise.
Mais moi, je crois, justement, que c'est important de prendre et de s'adresser aux Français, à leur intelligence. On est aux législatives. Moi, j'ai vu des gens qui allaient au bureau de vote et qui disaient « Il est où le bulletin avec marqué Jordan ? » Mais non. Aux législatives, on ne vote pas pour Jordan Bardella, ni pour Jean-Luc Mélenchon, ni pour Gabriel Attal. On vote pour des candidats dans 577 circonscriptions. Nos concitoyens reçoivent les...
C'est ça, la profession de foi. De tous les candidats RN, dans toute la France. Et Gabriel Attal aussi a dit qu'il fallait le choisir. Pour moi, c'est dommage. Gabriel Attal, il n'était pas...
Mais rendez-vous compte qu'il y a même des panneaux où il n'y a même pas le nom du candidat. Oui, je sais. Non, mais on est sur des élections où on élit un député qui va vous représenter et on ne sait même pas comment il s'appelle. C'était pareil pour Emmanuel Macron en 2017. Non, on était sur les photos, on n'avait pas ça. Moi, j'avais ma photo sur l'affiche en 2017, à la même taille que celle d'Emmanuel Macron à l'époque. En tout cas, moi, je pense qu'il faut parler à l'intelligence des gens. Je ne renoncerai pas. Je ne renoncerai pas, je ne pense pas que faire de la politique, c'est dire aux gens ce qu'ils veulent entendre. Il faut leur dire la vérité.
Et la vérité, c'est que la situation est complexe. et que tout ne se vaut pas et que tous les insoumis ne se valent pas. Je sais que c'est difficile à entendre, mais c'est la vérité. Moi, je les ai vus pendant deux ans. Ils n'étaient pas tous identiques. Donc, moi, j'appelle à voter pour ceux qui sont républicains, qui partagent les mêmes valeurs. Évidemment, sans aucun conteste, les socialistes, les écologistes et les communistes. J'ai vu notamment le président de groupe, André Chassène, qui est un formidable républicain et qui, bien souvent, a été en soutien dans l'hémicycle lorsque les insoumis étaient, j'ai envie de dire, foutaient le bordel.
Et donc, voilà, il faut faire le tri parce que c'est cela aussi la démocratie. On ne vote pas n'importe qui, n'importe comment.
Quitte à ce que Marine Tandelier, qui vous précédait tout à l'heure, affirme que c'était d'une lâcheté extraordinaire de la part de la majorité présidentielle sortante de ne pas faire barrage ORN comme le Front populaire. Elle l'a fait sans aucune ambiguïté, sans faire le tri entre les candidats Renaissance ou LR qui seraient devant eux.
Mais il faut regarder à chaque fois comment c'est la meilleure façon de faire ce barrage-là. C'est ça qui est important. Et c'est ce que je crois essayer de faire.
– Gabriel Attal a annoncé hier soir suspendre la réforme de l'assurance chômage. C'est une manière de tendre la main aux électeurs de gauche ?
– Peut-être, mais c'est surtout une manière de considérer qu'entre les deux tours de l'élection,
ça n'a aucun sens de faire ce type de réforme. – Quand il a annoncé qu'il y aurait le décret, le premier, ça faisait bizarre.
– Après, vous savez, on sait beaucoup, et on l'a beaucoup dit, que parfois on ne marchait pas complètement sur nos deux jambes dans la majorité. et c'est moi qui suis convaincue que c'est une majorité qui a fait beaucoup dans le social, ne serait-ce qu'en créant un certain nombre d'emplois, en créant, en réformant l'apprentissage, en augmentant un certain nombre de minima sociaux et en ayant des mesures pour les femmes isolées notamment, eh bien nous n'avons de toute évidence pas fait suffisamment de ce côté-là.
Donc il faut l'entendre, il faut rééquilibrer, et nous verrons ça, si nous parvenons à avoir une majorité républicaine à l'Assemblée nationale, c'est ce qu'il faudra faire pour avoir un programme de gouvernement qui corresponde profondément aux attentes de nos compatriotes exprimées dans les urnes ce week-end.
– Yael Brunpilé, je prolonge juste votre réponse à l'instant, cet après-midi, dans Le Point, vous parlez de rééquilibrage sur les deux jambes, gauche et droite. Le Point évoque la possibilité pour le président de la République d'une coalition de gauche, après le second tour, en cas de majorité relative avec la gauche plurielle, avec le nouveau Front populaire, c'est une possibilité selon vous ? Est-ce que vous l'espérez ? Est-ce que vous envisagez cette hypothèse ?
– Avec uniquement la gauche ?
– Une coalition de gauche plus ensemble et la majorité, en clair, pour répondre au Rassemblement national.
– Moi je crois qu'il faut, si on envisage, mais après les contours de cette future majorité ne pourront se dessiner que lorsque nous aurons vu le résultat issu des urnes. Moi ce que j'espère, c'est que nous réussissions à bâtir une grande coalition, que ce soit avec la gauche, mais aussi avec les Républicains. Et une grande coalition de personnes qui partagent les mêmes valeurs que nous, qui ont la même vision de la République, qui ont la même vision du débat démocratique, qui ont le même sens de la nuance, de la complexité des choses, et qui acceptent les institutions telles qu'elles sont.
Parce que moi je vois que dans un monde qui est en pleine mouvance, tel que nous le vivons, et dans un pays qui est bousculé, les institutions protègent et protègent nos concitoyens. Donc je ne veux pas de bouleversements institutionnels. Je vous dis ça parce qu'une partie de la France insoumise justement prévoit une sixième république, etc. Je pense que ça n'est pas le moment de mettre en œuvre un bouleversement institutionnel quand ça tangue comme cela.
– En un mot, c'est ce que dit Edor Philippe, qui partirait d'où à où ?
– Qui pourrait aller des LR, mais après, à nouveau, c'est en fonction des députés. Donc des députés LR, aux députés du bloc central, donc Horizon, Modem et Ensemble, Parti socialiste, Parti écologiste, et puis un certain nombre, j'imagine, de communistes qui pourraient rentrer, mais du bloc républicain, partageant les valeurs telles que je vous l'ai indiqué. – Mais après, ça, c'est la forme. Mais ce qui est important, ce n'est pas la forme, c'est le fond. C'est pour quoi faire ? Ce n'est pas uniquement une coalition pour barrer la route au Rassemblement national. Ça, ça n'aurait pas de sens.
Donc il faut bâtir cette grande coalition pour se dire, voilà, quel est notre programme de gouvernement ? Il faut réformer profondément la France, et peut-être qu'en étant tous ensemble, là où avant on s'opposait continuellement, on peut arriver à faire des réformes que nous ne pouvions pas faire avant, je pense notamment à la réforme de l'organisation de l'État, organisation territoriale, on se plaint tous du millefeuille territoriale, on n'a jamais réussi à le bouger, mais peut-être que tous ensemble, on peut y arriver. On pense à un grand chantier de simplification, un grand chantier autour des services publics.
Il y a des sujets qui sont ceux qui préoccupent nos compatriotes, et que nous pourrions régler ensemble, plutôt que d'essayer de les régler les uns contre les autres. On voit que ça, ça ne marche pas. Et je pense que ce qui intéresse les Français, ce qu'ils ont exprimé dans leur vote, c'est ces préoccupations-là, du quotidien, de la complexité de la vie, de l'absence d'espoir, ce qu'ils nous avaient exprimé pendant la crise des Gilets jaunes, c'est à tout cela qu'il faut répondre. Essayons de nous montrer peut-être plus adultes démocratiquement, et de le construire ensemble, comme le font la plupart des pays européens.
Merci beaucoup, Yael Brunpivet, d'être venue ce soir sur le plateau de C'est à vous. On parlait des maladies.
Yaël Braun-Pivet