Crise des prix de l'énergie : le ministre de l'Économie Roland Lescure annonce sur RTL la reconduction des "mesures de soutien" en mai
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Avec des comptes dans le rouge, l'Etat est-il condamné à l'impuissance face à la crise des carbures en pire ? Au lieu d'aider les Français, les entreprises, va-t-il leur demander davantage d'efforts en pleine guerre au Moyen-Orient ? Un comité d'alerte des finances publiques se tient dans un peu plus d'une heure. Bonjour Roland Lescure, ministre de l'économie et des finances, merci d'être avec nous ce matin sur RTL. Il va falloir en trouver combien de milliards d'euros allez-vous devoir économiser en urgence ?
Écoutez-moi, je rentre de Washington où j'ai rencontré l'ensemble de mes homologues mondiaux. On a beaucoup échangé notamment avec les ministres du Golfe. Cette crise, elle est encore extrêmement incertaine dans son déroulement, dans son impact économique et donc dans son impact sur les finances publiques. Donc l'idée de ce comité d'alerte, on ne change pas une méthode qui a réussi l'année dernière, qui nous a permis d'atterrir sur un déficit public inférieur à celui qu'on attendait, c'est de piloter au plus près. Donc on examine l'impact potentiel de la crise. À ce stade, il est encore très large. On parle de 4 à 6 milliards d'euros d'impact potentiel.
Et on regarde ce qu'on peut faire en face, en termes de ce que j'appellerais mesure de précaution. Je ne vais pas vous en donner le détail ce matin parce que j'en garde la primeur. Nous en gardons la primeur pour les parlementaires. On rencontre des parlementaires à 9h, c'est la moindre des choses. Mais voilà l'ordre de grandeur que je vous donne.
Donc 4 à 6 milliards, vous confirmez ces chiffres-là ?
Ça, c'est l'ordre de grandeur à ce stade du coût de la crise. Donc tel qu'on peut l'estimer, ça a un impact notamment sur le coût de la dette qui est en hausse parce que les taux d'intérêt ont monté.
Là, on est autour de 3 milliards 6.
3 milliards 6 à peu près. Et d'autres coûts dont d'ailleurs les mesures de soutien. Je suis en mesure de vous annoncer, le Premier ministre s'y était engagé, à ce qu'on travaille sur des mesures de soutien pour le mois de mai.
Le prolongement des mesures qui sont déjà en cours, on va y revenir peut-être.
Voilà, on avait des mesures de soutien au mois d'avril et on va poursuivre ça au mois de mai.
Juste, vous nous avez dit on ne va pas changer une méthode qui marche. Il y a déjà eu des comités d'alerte comme ça sur les finances publiques. A chaque fois, ça s'était accompagné de mesures d'économie de l'ordre de 5 milliards. Ça veut dire qu'il faut s'attendre à ce que ces mesures soient aussi annoncées aujourd'hui ? C'est ça que vous allez dire aux parlementaires ?
À ce stade, on est dans une logique de précaution. Les mots comptent, c'est-à-dire qu'on ne va rien annuler. Mais on peut être amené à prendre des mesures de précaution. Dans le langage technique, ça s'appelle du gel. C'est-à-dire qu'on gèle des dépenses, qu'on peut ensuite dégeler si ça va mieux. Donc on va mettre en place des mesures de précaution. Et c'est ce qu'on va annoncer effectivement aujourd'hui aux parlementaires.
Vous dites un ordre de grandeur de 4 à 6 milliards. On a bien compris qu'on n'aurait pas le chiffre précis. On est au 53ème jour de guerre aujourd'hui au Moyen-Orient. L'issue ne semble pas se dessiner dans l'immédiat. Ça veut dire que si ça dure, ce chiffre risque de grimper aussi ?
Écoutez, aujourd'hui, on l'annonce, on l'avait déjà rendu public la semaine dernière, on revoit la baisse de nos prix de croissance de 1% à 0,9%. Donc une révision relativement modeste. Elle est en phase avec tout ce que j'ai entendu à Washington la semaine dernière, c'est-à-dire une économie mondiale plutôt résiliente en entrée de crise, mais qui prend un ralentissement. Les risques autour de ça, ils sont dans les deux sens. Mais il faut reconnaître que si le conflit est dur, s'il s'intensifie, on est plutôt dans une accalmie depuis quelques jours. Vous savez que les prix à la pompe, ils ont baissé de 20 centimes par rapport au plus haut pour le gasoil. On avait monté de 70.
Donc ça donne à peu près une idée d'ailleurs de là où on en a vis-à-vis de la crise.
Ça fait toujours plus 50. Exactement.
Et donc c'est moins élevé qu'il y a 15 jours. Très bien. Mais il faut que ça se poursuive. Et pour ça, il faut que la crise se calme.
Et donc vous dites un gel des dépenses pour l'instant. Ça veut dire aussi peut-être supprimer des lignes de crédit. Il y a déjà des propositions qui fleurissent de part et d'autre. À gauche, l'insoumis Eric Coquerel vous conseille plutôt d'augmenter les impôts avec peut-être une taxe exceptionnelle sur ceux qui ont tiré profit de cette crise pétrolière. À droite, Philippe Juvin, LR, rapporteur général du budget, lance-lui des pistes d'économie par exemple en disant on a une démographie qui baisse, moins d'élèves à venir. Est-ce qu'il ne faut pas par exemple supprimer un certain nombre de postes d'enseignants ?
Et c'est exactement l'objet de ce comité d'alerte. Eric Coquerel et Philippe Juvin seront là. On est là pour les écouter. On est là pour débattre. Et ensuite, on fera des annonces.
Il y a déjà des pistes que vous écartez, non ? Pas d'augmentation d'impôts. C'est toujours vrai aujourd'hui ? C'est toujours la ligne du gouvernement ?
Oui, mais au point de vue impôts, on est quand même champion du monde.
Donc il n'y en aura pas d'autres.
Donc on pourrait imaginer les augmenter davantage. Il y a un sujet autour d'un éventuel prélément exceptionnel. On n'en est pas là sur des entreprises ou des secteurs qui auraient profité particulièrement de cette crise.
Cette porte-là n'est pas fermée ?
On ne la ferme pas. On a demandé à la Commission européenne de travailler là-dessus. On verra s'il y a des bonnes idées qui courent. Il ne faut pas se leurrer. On n'est pas un pays producteur de pétrole. Cette crise, c'est essentiellement un transfert de ceux qui importent du pétrole au profit de ceux qui en exportent. On n'en exporte pas. Donc on ne va pas avoir une ardoise magie qui va nous permettre d'effacer les effets de la crise comme ça. Mais on ne s'interdit rien évidemment dans le cadre du débat budgétaire. Ce sera à l'automne. Mais en attendant, imaginez qu'on va régler le problème de la crise iranienne par un prélément supplémentaire.
Je pense que c'est se mettre le doigt dans l'œil. Ce n'est pas la première fois que les insoumis nous demandent d'augmenter les impôts.
Ce n'est pas la première fois que vous refusez non plus.
Exactement. On est dans Pavlov. Ils nous demandent d'augmenter les impôts. Nous, on dit non. J'imagine que ce débat va se poursuivre une fois de plus.
Vous nous l'avez dit un petit peu tout à l'heure. Le gouvernement entend prolonger les mesures de soutien qui ont déjà été annoncées, qui sont entrées en vigueur d'ailleurs cette semaine pour le secteur routier. C'était 70 millions d'euros. Si on compte secteur routier, agriculteur, pêcheur, tout ça sera prolongé en mai ?
Alors, on a une réunion avec le Premier ministre. Il nous a demandé de lui faire des propositions pour le mois de mai. à la fois sur le prolongement éventuel de ces mesures et peut-être sur d'autres idées.
Ça veut dire que d'autres secteurs pourraient être aidés à leur tour ?
On peut, on peut. Le Premier ministre a dit, notamment, il s'intéressait, j'allais dire, de près au sort des gros rouleurs qui sont en première ligne face à cette crise.
Qu'est-ce que vous appelez les gros rouleurs ? Que les gens qui nous entendent comprennent ce matin ?
Des gens qui utilisent leur véhicule dans le cadre professionnel et qui, du coup, se retrouvent face à des hausses de clics.
Donc les commerciaux, les infirmières libérales, par exemple ?
Écoutez, on va annoncer ça. Le Premier ministre va les annoncer en fin de journée. Réunion à 16h30 pour lui présenter nos idées. Il va arbitrer, comme on dit, et les annoncer dans la foulée.
Donc on attend des annonces ce soir de Sébastien Lecornu. Et on suivra ça, évidemment, sur RTL pour en connaître le détail. Votre collègue David Aminiel, ministre du Budget, l'a dit, il faudra de toute manière tout compenser à l'euro près. Le surplus généré par cette TVA liée à la hausse du prix du carburant va suffire à absorber tout ça ?
Non. Là encore, il n'y a pas de recette magique. On a eu l'occasion de le dire sur le mois de mars. Et là aussi, tout à l'heure, devant les parlementaires, on va actualiser les chiffres sur les deux premières semaines du mois d'avril. Ce qu'on gagne un petit peu d'un côté du côté de la TVA, on le perd ailleurs. Donc on est vraiment dans une logique où l'État, on a dit à peu près 4 milliards d'euros directs d'impact sur les frais d'endettement, ne s'enrichit pas sur la crise. Donc ceux qui nous font croire qu'on peut baisser la TVA, gagner de l'argent, aider les Français, là encore, ils se mettent le goût dans l'œil et ils mentent aux Français. Il faut être rigoureux face à cette crise.
J'ai entendu ici ou là, j'ai même entendu un de vos auditeurs tout à l'heure dire, faites comme en Espagne.
C'est ça, c'est Nicolas dans le journal de 7 heures qui disait baisser la TVA.
4 milliards d'euros, rien que pour baisser la TVA, sans doute plus si on la baisse jusqu'au niveau de 5% dont parlait votre auditeur.
Ce qu'on comprend, c'est que ce que nos voisins sont capables de faire aujourd'hui, la France ne peut pas le faire et c'est la conséquence d'une mauvaise gestion des années précédentes.
Non, vous savez combien était l'inflation en décembre en Espagne ? Plus de 2%. Chez nous, elle était de 0,7%.
Mais la croissance était aussi nettement supérieure à la France.
Oui, mais on se retrouve aujourd'hui face à un pouvoir d'achat espagnol beaucoup plus éreinté par la crise. Et donc ils prennent des mesures beaucoup plus importantes. Moi, je préfère être dans un pays où l'inflation est modérée, où on compte l'euro publique de manière parcimonieuse pour éviter d'avoir à rembourser demain. C'est la chance de la France, si je puis dire, d'avoir une inflation plus contenue qu'ailleurs. En Espagne, on était au-delà de 2,5 en décembre. On était en dessous de 1 en France.
Les Français comme Nicolas, qui vous demande un coup de main pour les aider à faire le plein, vous entendent depuis quelques semaines répondre électrification.
Oui, et c'est essentiel parce qu'au fond, j'allais dire, il faut profiter de cette crise pour faire en 2026 ce qu'ont fait nos prédécesseurs dans les années 70. Profiter pour changer la France en profondeur électrifiée.
Oui, alors vous avez annoncé notamment ce nouveau leasing social. C'est cette offre de voitures électriques à loyer modéré à partir de juillet. Maude Bréjon a parlé de 50 000 véhicules, 50 000. C'est peu juste pour donner un ordre de grandeur. Il y a à peu près 40 millions de voitures particulières dans le pays. Ça va suffire à amorcer une révolution ?
Non, aujourd'hui, il y a 25% des véhicules vendus en France, un peu plus même sur le dernier mois, qui sont électriques. Donc on va bien au-delà. Mais sur les personnes qui en ont le plus besoin, qui ne peuvent pas aujourd'hui se payer un véhicule électrique, on en place au leasing social. Il y en a déjà 100 000.
C'est pour les ménages qui gagnent 2 200 euros au maximum en moyenne par mois.
Exactement. Alors on a eu 50 000 nouveaux véhicules électriques en 2024, 50 000 en 25, 50 000 en 26, plus 50 000, là encore, destinés directement à des rouleurs. Le vrai sujet aujourd'hui, c'est souvent les bornes électriques. On nous dit qu'il n'y a pas assez de bornes. Ce que je peux vous annoncer aujourd'hui, c'est que grâce à la Caisse de dépôt et consignation, on va multiplier les bornes électriques dans les copropriétés. Les maisons individuelles, c'est facile, vous mangez une borne dans votre garage, il n'y a pas de problème. Dans les copropriétés, c'est souvent la contrainte.
Combien ?
Aujourd'hui, on a un peu plus de 100 000 bornes qui représentent à peu près 400 000 places de parking. On va passer à 1,7 million. Donc 1,2 million de places de parking électriques dans les copropriétés en plus d'ici 2035, c'est énorme. Et je pense que...
Et ça, c'est financé donc avec la Caisse des dépôts ?
La Caisse des dépôts qui finance, je dirais, les investissements. Il ne faut pas oublier que derrière, on s'y retrouve. On y gagne. Je pense que l'année 2026, quand on regardera avec du recul, sera l'année où la France a pris le virage du tout électrique. Et on en sera fiers, comme on peut être fiers aujourd'hui, du virage du tout nucléaire qui a été pris dans les années 70.
On a compté sur RTL pour regarder ça et jauger de cette année 2026. Merci Roland Lescure. On va surveiller les annonces de cette année 2026.
Roland Lescure