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Podcast / conversationFrance Culture — L'Esprit public (sur Site radio)· 9 août 2026 44 minContradictoireActualité / polémiqueImmigration & asileInstitutions & électionsSolidarités & familleEurope & international

Racisé·es et campagnard·es : la double peine ?

Source d'origine 3 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 16 %Attaque 57 %Défensif 27 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 93 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:19OuverteRéponse directe

    Quel est le poids du racisme en zone rurale ?

  • 3:53OuverteRéponse directe

    À quoi ressemble cette haine raciste et ce déni sur place ?

  • 7:07OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous avez vu un basculement dans la libération de la parole raciste ?

  • 9:07RelanceRéponse directe

    Nona Maillère, notamment sur le lien avec le vote RN, peut-être ?

  • 11:00OuverteRéponse directe

    Achraf Manard, une réaction ?

  • 12:37OuverteRéponse directe

    Pour vous, quel a été l'impact du racisme sur vous ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:32Locuteur non identifiéFait
    « Le lynchage de Verzeille dans l'Aude, c'était en 2022. »
  • 0:36Locuteur non identifiéFait
    « Il s'agissait bien d'une agression raciste. »
  • 0:45Locuteur non identifiéChiffre
    « Trois d'entre eux ont depuis été condamnés en justice, jusqu'à 18 mois de prison, avec sursis. »
  • 1:02Locuteur non identifiéFait
    « Une personne a poursuivi des enfants avec une arme, a proféré des insultes et des menaces à caractère raciste. »
  • 1:19Locuteur non identifiéFait
    « On y voit des jeunes en boîte de nuit scander des slogans racistes. »
  • 1:49InvitéFait
    « Joris Laurent Saint avait 21 ans. »
  • 1:51InvitéFait
    « Son corps sans vie a été retrouvé le 14 juillet dernier à Châtonnet, une petite commune de l'Isère où il vivait avec son père. »
  • 1:59InvitéFait
    « Il s'était donné la mort la veille, près du domicile familial. »
  • 4:12InvitéFait
    « Si on repart de l'affaire d'Espalie-Saint-Marcel, le tir à la carabine de Michel V, avec ses insultes racistes, ça s'inscrit dans des années d'insultes racistes de la part de cet homme. »
  • 4:23InvitéFait
    « avec des termes dégradants du type bouignoule, dehors les Noirs, dehors les Arabes »
  • 4:54InvitéFait
    « Il va y avoir, par exemple, le mot nègre qui est employé assez régulièrement. »
  • 5:24InvitéFait
    « Et ce qu'elle disait, c'était, moi, j'aurais aussi tué mes voisins s'ils avaient fait autant de bruit. Ou alors, je les aurais mis sur un bateau. Et puis, je les aurais lancés dans une fosse à requins »
  • 6:39InvitéFait
    « « Je suis raciste et je suis fière d'être raciste ». »
  • 7:19InvitéFait
    « le déclencheur, ça a vraiment été les élections européennes de 2024 et l'arrivée en tête du Rassemblement national. »
  • 14:37PrésentateurChiffre
    « 40% des personnes vivant dans ces communes rurales ont déjà été victimes d'agressions ou de discriminations racistes. »
  • 30:36InvitéFait
    « une société est raciste où elle ne l'est pas à partir du moment où on dit et on écoute Fanon qui dit une société est raciste où elle ne l'est pas trouver du racisme de l'antisémitisme dans absolument toutes les sphères de la société c'est absolument logique »
  • 31:30InvitéFait
    « un camarade en Haute-Loire qui aurait été raciste avec moi »
  • 33:49InvitéFait
    « les candidats du Rassemblement National à chaque fois ils ont le pompon sur les propos racistes et antisémites »
  • 34:30InvitéFait
    « ils ont un projet de réforme constitutionnelle dans laquelle on met la préférence nationale rebaptisée priorité nationale comme principe de la constitution »
  • 35:06InvitéFait
    « chez mes enquêtés c'est aussi un discours qui marche en comparaison père-fille en disant Jean-Marie Le Pen jamais il était raciste etc mais Marine Le Pen c'est quelque chose de différent elle n'est pas autant raciste etc »
  • 35:35InvitéFait
    « ce sont les feeds sur TikTok sur Instagram je travaille auprès d'une population qui a entre 16 et 25 ans et qui est beaucoup nourrie par ça et des algorithmes »
  • 40:59InvitéFait
    « une société raciste où elle ne l'est pas et donc c'est également le cas lorsque je suis venu sur la capitale »
  • 41:19InvitéFait
    « on vienne me féliciter en plus pour mon intervention et en me disant ce serait intéressant pour vous de lire Marc Bloch évidemment qui est une immense figure et vous pourriez le transformer en rap »

Temps de parole

  • Invité40 %
  • Invité 225 %
  • Présentateur20 %
  • Invité 311 %
  • Invité 43 %

≈ 2,8 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-2603 · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Bonjour et bienvenue dans le magazine du week-end. Nous sommes ensemble et en direct jusqu'à 13h30. Quel est le poids du racisme en zone rurale ? Une émission préparée par Jeanne Delcroix, réalisée par Nathalie Salle et Boris Pachinsky, à la technique Mineta Diawara.

0:32
Locuteur non identifié

Le lynchage de Verzeille dans l'Aude, c'était en 2022. Il s'agissait bien d'une agression raciste. Deux hommes noirs, un Guadeloupéen et un Mahorais, avaient été tabassés par au moins une trentaine de personnes. Trois d'entre eux ont depuis été condamnés en justice, jusqu'à 18 mois de prison, avec sursis.

0:49
Invité

Devant ma fenêtre, il y a un grand champ avec des vaches. À 19h, tout est fermé. J'étais le premier noir de l'école et de la ville.

0:58
Locuteur non identifié

À Espalier-Saint-Marcel, un événement grave s'est produit dimanche dernier. Une personne a poursuivi des enfants avec une arme, a proféré des insultes et des menaces à caractère raciste. D'une violence insupportable. Dans l'Aveyron, le parquet de Rodès, saisi après une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux. On y voit des jeunes en boîte de nuit scander des slogans racistes. Une enquête est ouverte pour provocation à la haine et à la violence.

1:25
Invité

Pendant la récré, je me souviens qu'il y a des groupes de garçons qui venaient vers moi qui me disaient de toute façon « C'est toi l'arabe ici, c'est toi la terroriste ». Je suis un peu comme le requin dans la Méditerranée qui ne s'est pas trop voilée. On se sent tout le temps différent, on se sent toujours à côté des autres. Pas vraiment comme le modèle standard, entre guillemets. Et j'ai été étiqueté comme la personne LGBT et asiatique. J'étais presque un monstre, en fait. Joris Laurent Saint avait 21 ans. Son corps sans vie a été retrouvé le 14 juillet dernier à Châtonnet, une petite commune de l'Isère où il vivait avec son père.

Il s'était donné la mort la veille, près du domicile familial.

2:02
Présentateur

Et oui, le 14 juillet, comme un symbole après des mois d'insultes racistes. Plutôt cette année, au mois d'avril, dans le petit quartier de Larbousset, à Espalie-Saint-Marcel, en Haute-Loire, un homme tire à la carabine sur des enfants tout en proférant des insultes racistes. Et puis chaque été, il y a ces fêtes de village, prétexte à un racisme décomplexé. En août dernier, une chasse à l'homme noir, organisée dans la creuse, défraie même la chronique. Alors, quel est le poids du racisme dans les campagnes françaises ? Quelles sont les fractures, mais aussi les liens qui traversent les territoires à l'approche d'un scrutin décisif ?

Pour en parler avec nous en studio, Ashraf Manard, militant, acteur culturel et cofondateur de l'association Destin Lié. Bonjour.

2:46
Invité

Bonjour.

2:47
Présentateur

A vos côtés, Nona Maillère, chercheuse en sciences politiques et directrice de recherche émérite au CNRS, spécialiste de sociologie électorale et notamment de l'extrême droite, du racisme et de l'antisémitisme. Bonjour. Bonjour. Et à distance, Clément Reversé, sociologue, auteur de La vie de Cassos, jeune ruraux en survie, paru aux éditions du Bordelot en 2025. Bonjour.

3:10
Invité

Bonjour.

3:11
Présentateur

Merci à vous trois d'avoir accepté notre invitation. Et avant de vous donner la parole, Hélène Aronnet est en ligne avec nous. Bonjour Hélène. Bonjour. Vous êtes journaliste indépendante, vous avez collaboré avec Libération, Politis et Médiacité. Fin juillet, vous signez une enquête édifiante pour Street Press intitulée « Du double meurtre de 1985 » au tir sur un enfant en 2026, au Puy-en-Velay, 40 ans de haine raciste et de déni, dans laquelle vous revenez sur le double meurtre raciste de la rue Panessac, pardon, au Puy-en-Velay en 1985, et les tirs et insultes racistes qui avaient visé un groupe d'enfants à Espalie-Saint-Marcel le 19 avril 2026.

Une affaire que vous suivez également pour le progrès. Hélène Aronnet, à quoi ressemble cette haine raciste et ce déni sur place ?

3:57
Invité

Cette haine, elle se manifeste de plusieurs façons. Ça va être au niveau de la parole. Il y a une libération de la parole raciste qui est assez marquante. et ça va être aussi dans des actes. Si on repart de l'affaire d'Espalie-Saint-Marcel, le tir à la carabine de Michel V, avec ses insultes racistes, ça s'inscrit dans des années d'insultes racistes de la part de cet homme, avec des termes dégradants du type bouignoule, dehors les Noirs, dehors les Arabes, des termes extrêmement violents, plus employés à l'encontre d'enfants. Et plus généralement, moi, ce que j'observe sur le terrain, ça va être une libération de la parole de plusieurs personnes.

C'est-à-dire qu'à Espalie, quand on rencontre des habitants, ça va régulièrement revenir ce discours qu'il y a trop de Noirs. Il va y avoir énormément de clichés racistes, de termes très injurieux. Il va y avoir, par exemple, le mot nègre qui est employé assez régulièrement. Et ça, dans une banalité totale. Et ce qui m'a le plus choquée récemment, par rapport à ce double crime raciste et Espalie, c'était les propos d'une femme qui avait vécu ce qui s'était passé à Pannesac, du coup, il y a 40 ans, et à Espalie aujourd'hui. Puisque c'est au Puy, Espalie, c'est deux communes qui sont vraiment collées. Et tout le monde se connaît.

Et ce qu'elle disait, c'était, moi, j'aurais aussi tué mes voisins s'ils avaient fait autant de bruit. Ou alors, je les aurais mis sur un bateau. Et puis, je les aurais lancés dans une fosse à requins, ce qui est extrêmement choquant. Quand, en plus, c'est deux pères de famille, qu'il y a des enfants, etc. Et d'ailleurs, il y a une enquête qui vient d'être ouverte pour incitation à la haine.

5:49
Présentateur

Et justement, quelles ont été les réactions des forces de l'ordre ? À quoi vous êtes-vous confrontée sur le terrain ?

5:55
Invité

Les réactions des forces de l'ordre, ça donne l'impression qu'il y a un manque de prise au sérieux de ce racisme. Au début, il y avait seulement une enquête pour violences avec armes qui avait été ouverte, mais il n'avait pas du tout été question des propos racistes. Il y a eu des témoignages que j'ai recueillis. Au début, pas d'enquête véritablement de terrain. Il y a eu une plainte qui a été prise du petit garçon et de son père, mais qui avait parlé pendant leur audition des propos racistes et qui, en fait, n'avait pas été notée dans la plainte. Donc, il a fallu, après l'intervention de SOS Racisme, pour que le parquet finisse par ouvrir une deuxième enquête.

Alors qu'il y avait quand même des preuves dès le début, notamment une vidéo où Michel V disait « Je suis raciste et je suis fière d'être raciste ». Moi, quand je suis allée sur place, c'était une trentaine de témoignages concordants sur ce qui s'était passé, à la fois des enfants, des gens qui avaient entendu ce qui s'était passé par la fenêtre ou quand il avait sa carabine et qu'il a tiré une fois, il disait « dehors les Noirs, dehors les Arabes », ce genre de choses.

6:57
Présentateur

Héléna, vous avez 25 ans, vous avez passé une partie de votre vie à Lyon, une ville dont l'histoire est marquée par la violence politique, où les affrontements entre fascistes et antifascistes sont courants. Est-ce que vous avez vu un basculement dans la libération de la parole raciste ? Vous nous l'avez dit, mais quand exactement ?

7:13
Invité

Oui, il y a vraiment eu une bascule. Et pour moi, le déclencheur, ça a vraiment été les élections européennes de 2024 et l'arrivée en tête du Rassemblement national. Ça, j'en ai parlé, notamment, ça m'avait marqué, j'avais parlé avec une militante écologiste qui me racontait que, quand elle avait fait la campagne pour les élections européennes de 2024, puis la campagne pour les élections législatives, qui était quelques mois après, il y avait vraiment eu un changement. Elle, elle était racisée. Elle me disait, la première fois, quand j'ai milité pour les élections européennes, je n'avais pas d'insultes racistes sur les marchés, etc.

Et en fait, à partir du bon score du Rassemblement national, il y a vraiment eu cette libération de la parole. Et ça, je l'ai aussi entendu énormément dans les milieux ruraux, où les gens me disent, il y a eu une bascule à partir de 2022, mais 2024, ça a été vraiment une libération avec des gens qui se permettent dans la rue de traiter. Par exemple, il y avait un homme arabe qui habitait depuis plus de 50 ans au Puy-en-Velay qui me disait, là, c'était la première fois qu'on me traitait de Souras ou de Salbounioul ou ça allait être en soirée. Pareil, encore ce genre d'insultes.

Et ce qui n'était pas le cas avant, même s'il me disait qu'il ressentait le racisme, par exemple, des gens qui changeaient de trottoir ou qui regardaient mal, mais il n'y avait pas cette parole qui s'était vraiment libérée. Et d'ailleurs, au Puy, j'y pense, mais il y avait eu, à partir de... Enfin, c'était en 2022, c'était quand même un petit peu avant, mais il y avait eu des affiches du maréchal Pétain collées sur les panneaux électoraux au moment des législatives de 2022.

8:50
Présentateur

Effectivement, c'est assez édifiant. Merci beaucoup d'avoir été avec nous, Hélène Aronnet. Vos enquêtes sont à retrouver sur les sites de Street Press et Le Progrès. D'abord, une réaction à ce que l'on vient d'entendre, libération de la parole raciste, des propos extrêmement violents, basculement en 2024. Nona Maillère, notamment sur le lien avec le vote RN, peut-être ?

9:11
Invité

Oui, effectivement, ça donne une légitimité à ces propos à partir du moment où ils ont un succès électoral. Mais je dirais simplement que ça a commencé bien avant. On le voit, les succès, ils datent de 1972, le Front National et ses succès électoraux de 1984. Mais à chaque fois, on a l'impression qu'on a une étape supplémentaire qui est franchie. Effectivement, en 2002, quand Jean-Marie Le Pen arrive au second tour, là, ça donne de l'espoir à ceux et celles qui le soutiennent. 31,4% des suffrages pour le seul Rassemblement National. Et là, c'est en train de monter, 2022-2024.

Donc, effectivement, c'est le parti le plus xénophobe qui met au cœur de son programme la priorité nationale, c'est-à-dire faire une séparation entre les Français et les autres. Et donc, ça légitime, ça encourage localement l'expression de ses propos. Clément, reverser ? Oui. C'est quelque chose qui, je crois, s'engage dans une continuité historique, comme ça a été dit. Je crois qu'il y a cette réalité qui est présente dans les territoires ruraux, évidemment, qui sont des territoires très larges, très pluriels, hétérogènes, bien évidemment.

mais c'est à mon sens plus une mouvance générale que l'on remarque dans les territoires ruraux, notamment parce qu'on s'intéresse de plus en plus à ces territoires, aussi parce qu'il y a quelques années maintenant, on a tous vu ces cartes électorales très largement en bleu marine. Et donc, il y a un intérêt qui se porte à ces phénomènes. Moi, ça fait maintenant plus d'une dizaine d'années que j'étudie ces territoires et c'est des discours qui sont présents depuis longtemps et que la sociologie ne découvre pas d'un coup.

11:00
Présentateur

Bien sûr. Achraf Manard, une réaction ?

11:04
Invité

Déjà, ça me plonge effectivement à plein de souvenirs personnels. D'une certaine manière, moi, j'ai grandi en Haute-Loire. Je suis né en quartier populaire à Bordeaux, mais j'ai grandi en Haute-Loire, en milieu rural.

11:14
Présentateur

À Sainte-Florine, exactement. Un petit village.

11:17
Invité

Toutes mes années collèges, puis mes années lycée ensuite à Bréioude. On n'est pas non plus très loin d'Espalie. Je pense qu'on est à moins d'une heure. On a joué contre eux au foot. C'est un environnement très proche. Du coup, je veux d'abord commencer aussi par partager nos condoléances à la famille, dire qu'on s'associe à leur peine parce que c'est une perte terrible et qu'il s'agit de vie humaine et donc passer très vite à l'analyse politique, etc. C'est assez compliqué. Je pense qu'il faut marquer le temps d'arrêt. Et oui, il n'y a rien de nouveau comme vous le disiez très bien. Je me souviens, en étant plus jeune, effectivement, c'est dans tout le cercle social.

C'est lorsque vous sortez de chez vous et que vous prenez le bus pendant une heure pour aller au lycée d'à côté et kiffer tous les patelins locaux avec les jeunes et donc avec une violence qui s'exerce aussi dans le bus. C'est le cas dans la cour de récré. C'est le cas lorsque vous allez partager vos loisirs, par exemple, dans le club de foot. Et y compris dans le club de foot, ça peut être le cas avec vos entraîneurs, ça peut être le cas avec vos camarades amis qui jouent avec vous. C'est le cas aussi lorsque des supporters viennent d'autres villes et entourent le stade. Des insultes comme celles qu'on a entendues fusent dans tous les sens. Voilà.

Je pense que ce qui caractérise vraiment cette réalité, c'est que c'est dans toute la vie, tout le cercle social, que c'est tout le temps présent et donc il y a des manières de réagir très différentes. Alors justement,

12:38
Présentateur

pour vous, quel a été l'impact du racisme sur vous ? Parce qu'en plus, dans votre cas, vous étiez la seule famille d'origine immigrée donc il y a l'isolement qui peut être un facteur aggravant. On sait que le racisme transforme les comportements, les parcours de vie et la santé mentale.

12:54
Invité

Totalement. Nous, on avait la perception d'être la seule famille immigrée dans ce coin. Peut-être que ce n'est pas factuellement et sociologiquement le cas mais la perception de l'isolement, elle est juste gigantesque. Et effectivement, il y a plusieurs mécanismes de défense suite à ça. Il y a un mécanisme de défense qui est lorsque la blague est faite ou la violence est faite, les gens laissent passer parce qu'on n'a pas d'autre choix, parce qu'on se dit qu'on n'a pas envie de rentrer dans justement une embrouille de plus, une bagarre de plus, etc.

Il y a la réaction inverse complètement, c'est-à-dire réagir par colère parce que c'est un feu qui est tout le temps en vous, qui existe tout le temps et il y a des moments où le feu n'est pas possible de le contenir et donc il sort. Il y a des mécanismes d'identification et de revendication de son identité parce qu'on est tellement nié dans ce qu'on est et dans nos multiples facettes de personnalité qu'on a envie de les mettre en avant très fort. Et il y a d'autres moments où c'est aussi complètement l'inverse, c'est-à-dire on le cache, parfois même on se dissocie intérieurement de cet héritage culturel sans se dire que c'est une chance.

Donc voilà, il y a tous ces mécanismes et je pense qu'il y en a encore plein d'autres.

14:03
Présentateur

Il y a l'humour aussi parfois, participer par des blagues, se moquer de soi-même avant qu'on le fasse.

14:07
Invité

Totalement.

14:08
Présentateur

L'hyper-adaptation également.

14:10
Invité

Et on rentre aussi dans un cycle de violence qui existe, ça c'est clair. Donc des racismes existent entre communautés. Lorsque vous êtes attaqué, vous renvoyez la balle à quelqu'un d'autre. Voilà, il y a toutes ces mécaniques-là et donc ça s'ajoute et c'est quotidien.

14:25
Présentateur

Et tout ça, tout ce que vous venez de décrire, ça s'appelle aussi la charge raciale. Voilà, c'est-à-dire qu'on est jamais, on est tout le temps obligé d'y penser et de s'adapter. Alors, selon la grande étude inédite réalisée par l'IFOP pour la LICRA et publiée le 8 avril 2026 intitulée Racisme, antisémitisme, état des lieux des violences et des discriminations à caractère racial en France, 40% des personnes vivant dans ces communes rurales ont déjà été victimes d'agressions ou de discriminations racistes. Clément Reversé, votre livre est une enquête sur une jeunesse rurale marginalisée. Vous explorez la figure du cassos, sans diplôme, précaire.

Comment se manifeste le racisme dans les lieux où vous avez enquêté ?

15:07
Invité

Eh bien, la population que j'ai étudiée, moi, donc des jeunes qui sont effectivement dans une situation de grande précarité et qui sont parfois stigmatisés comme des assistés, des cas sociaux, etc., ou qui craignent de l'être, n'ont pas nécessairement un discours frontalement raciste comme on pourrait imaginer lorsque l'on croise finalement classe populaire et ruralité. Moi, ce sont souvent des jeunes qui sont en dehors des réputations et des enjeux réputationnels dans ces territoires. Il faut rappeler que ce sont des territoires où, en général, tout le monde se connaît, ne serait-ce que de vue ou de réputation.

Et donc, la question de l'interconnaissance, comment se positionner, comment être vue par rapport à l'autre est extrêmement importante. On remarque des similitudes. On peut parler de gestion de stigmate, par exemple, sur une enquête qu'on fait récemment sur les jeunes LGBT dans les territoires ruraux. Là où c'est tout particulièrement difficile pour certains enquêtés, c'est d'être, finalement, le seul jeune et de se retrouver dans un ensemble de discours racistes. Donc, soit finalement participer, les subir, comme on disait, réengager, rejouer sur la blague alors qu'elle nous fait souffrir.

Ou alors, potentiellement, se retrouver marginalisés, pas faire partie des bons gars sur qui on devrait compter, pas être un gars du coin, finalement. et beaucoup de ces jeunes se retrouvent assez marginalisés avec de l'isolement qui a des répercussions sur la santé mentale, mais aussi sur l'insertion professionnelle, sur l'accès au diplôme, etc.

Donc, finalement, la question, c'est moins de se demander est-ce que les territoires ruraux sont plus racistes ou moins racistes qu'ailleurs, mais plutôt se dire quels sont les effets que la ruralité peut avoir sur ces phénomènes de discrimination et ils sont notamment liés, à mon sens, par ces questions réputationnelles et d'interconnaissance qui sont très lourdes.

17:12
Présentateur

Oui. Clément Reverset, comment expliquer d'ailleurs que ces discours xénophobes trouvent un tel écho alors que dans beaucoup de territoires ruraux, la population immigrée est faible, voire absente ?

17:24
Invité

Je pense que pour une très large partie, il y a une partie de ces discours qui est, on l'a dit, par exemple, les t-shirts qu'on a vus ou les chants qu'on a pu voir dans les férias qui se retrouvent dans une sorte d'entre-soi un petit peu racistes de jeunes. Il faut d'ailleurs rappeler que les férias, les fêtes de villages, ce sont aussi beaucoup d'urbains qui viennent les faire. Et l'alcool était aussi un accélérateur

17:55
Présentateur

dans beaucoup de cas.

17:57
Invité

Oui, c'est ça.

17:58
Présentateur

Qui n'excuse rien. C'est-à-dire que

17:59
Invité

dans ces cas-là, ça n'excuse pas et l'alcool, d'ailleurs, ne crée pas de messages en général. Si il y a ces discours-là, il les ouvre. Et il y a cette question de l'entre-soi un petit peu viriliste, montrer celui qui fera la blague la plus provocante, celui qui ira le plus loin là-dedans. Et ensuite, il y a aussi un racisme de fond qui peut être présent. L'idée que, moi, que j'ai rencontré beaucoup de fois sur mon terrain, que finalement, ce sont les immigrés qui coûtent très cher. il y a énormément de désinformations.

J'ai beaucoup de mes enquêtés qui sont persuadés qu'une personne qui arrive sur le territoire français et qui n'a pas la nationalité, on lui donne automatiquement 2 000, 3 000, 4 000 euros. Et du coup, il se crée une sorte de sentiment d'injustice avec une figure qu'on connaît mal et qu'on se met par détester. Il ne faut pas croire non plus l'inverse parce qu'on est de la proximité, parce qu'on est dans un territoire où il y a plus de personnes ici de l'immigration que d'un coup, il n'y a pas de racisme non plus. Absolument.

J'ai étudié des territoires comme ceux de Sainte-Foy-la-Grande où il y a des discours qui sont tout aussi racistes alors qu'il y a une forte immigration issue notamment du Maroc dans les années 70-80 et ça n'empêche d'avoir un vote à l'extrême droite qui est fort, des discours xénophobes, de la violence, etc.

19:27
Présentateur

Nona Mayer, il est assez frappant de constater que des personnes peuvent tenir des propos racistes et dans la même phrase vous certifiez qu'elles ne le sont pas. Comment l'expliquer ?

19:37
Invité

Il y a un déni au fond. Pourquoi ? Parce qu'au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, au lendemain de l'extermination des Juifs, de la Shoah, il y a eu le sentiment que le racisme c'est le mal absolu. Plus jamais ça. Et donc la norme officielle dans les démocraties occidentales c'est la norme antiraciste. Ça ne veut pas dire que pour autant que le racisme disparaît du jour au lendemain. Il y a une sociologue qui était géniale qui était Colette Guillaumain qui écrivait dans les années 60 et qui disait oui nous savons que les races n'existent pas. Scientifiquement, on sait qu'il n'y a pas des races inférieures et supérieures.

Mais le racisme tue et le racisme continue à exister dans les têtes. Et donc on peut la main sur le cœur dire moi je ne suis pas raciste mais et c'est justement cette forme de déni que l'on retrouve pour toutes les formes de racisme. Moi je ne suis pas raciste, je ne suis pas du tout antisémite mais quand même ce que les juifs font aux enfants palestiniens à Gaza comme si les juifs de France en étaient responsables et je ne suis pas du tout raciste mais les musulmans quand même c'est dangereux pour les femmes. Donc c'est ce mécanisme-là qui s'est mis en place au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale. Alors c'est quand même une bonne chose que la norme soit antiraciste.

Regardez la presse dans les années 30, là la norme elle n'était pas antiraciste. Donc il y a quelque part un progrès. Mais il ne suffit pas d'avoir des principes, il faut ensuite voir ce qui se passe dans la vie quotidienne et là on a parlé des violences mais il y a des choses qui sont très très nettes, c'est toutes les discriminations dans la vie quotidienne, les discriminations à l'emploi, les agences immobilières et là on tombe sur quelque chose qui est le racisme systémique.

C'est-à-dire au fond on a tellement l'habitude dans la société on ne fait plus attention mais il y a un vieil héritage colonial qui va jouer là des vieux stéréotypes, des clichés qui font que même si on est persuadé de ne pas être raciste et que le racisme c'est mal dans la vie quotidienne. On peut l'être.

21:26
Présentateur

Mais oui. Et il faut rappeler que le racisme est un délit puni par la loi. Les peines varient selon l'infraction jusqu'à un an de prison et 45 000 euros d'amende pour une injure ou une provocation publique à la haine et jusqu'à trois ans de prison et 45 000 euros d'amende en cas de discrimination avérée. Vous venez d'en parler comme un refus d'embauche ou de logement. Encore faut-il pouvoir le prouver. Nona Mayer, vous avez co-dirigé le livre French Democracy in Distress, la démocratie française en détresse, paru aux éditions Palgrave-McMillan en 2025. Est-ce que l'État fait assez pour lutter contre le racisme ?

21:58
Invité

D'une certaine manière on peut dire qu'il ne fera jamais assez. Et puis l'État, c'est compliqué l'État. Il y a des tas de branches diverses dans l'État. Vous avez une partie de l'État qui a lutté efficacement pour faire promouvoir des lois antiracistes. Vous avez la loi Pleven en 1972, vous avez la loi Guesso, vous avez en 2003 le fait que le racisme, le mobile raciste va être considéré comme une circonstance aggravante des violences. Donc il y a une partie de l'État qui va être tout à fait antiraciste.

Et puis vous avez en même temps une société dans laquelle on va voter sous le gouvernement Macron des lois qui frôlent les idées du Rassemblement national, des lois sur l'immigration, la énième loi sur l'immigration, la loi sur le séparatisme. Donc c'est compliqué l'État. Et je dirais qu'on n'en fera jamais assez. Il y a quand même un plan pluriannuel par la DILCRA qui regroupe tous les ministères concernés pour faire un plan d'action contre le racisme, l'antisémitisme et toutes les formes de xénophobie. Mais le dernier qui a été voté avait plein de très très bonnes mesures qui n'y sont pas encore été appliquées. Donc c'est pas simplement proposer des choses, c'est les mettre en œuvre.

On va faire une petite pause

23:09
Présentateur

musicale à propos avec La balade des gens nés quelque part de Georges Brassens figurant sur l'album Fernande sorti en 1972.

23:17
Invité

C'est vrai qu'ils sont plaisants tous ces petits villages tous ces bourses et hameaux ces lieux dits et cités avec leur château fort leurs églises leurs plats à âge ils n'ont qu'un seul point faible et c'est d'être habité et c'est d'être habité par des gens qui regardent le reste avec mépris du haut de leur rempart la race des chauvins des porteurs de cocardes les imbéciles heureux qui sont nés quelque part les imbéciles heureux qui sont nés quelque part Bienvenue

24:01
Présentateur

si vous nous rejoignez en direct sur France Culture dans ce magazine du week-end consacré à l'état du racisme en zone rurale Nona Mayer vous êtes membre de la commission nationale consultative des droits de l'homme la CNCDH dans son rapport annuel publié fin juin il y a plusieurs enseignements sur lesquels j'aimerais vous entendre le premier c'est que les français sont globalement plus tolérants à l'égard de l'autre mais pour la première fois les personnes proches des parties de centre droit se montrent moins tolérantes que les sympathisants de l'extrême droite

24:30
Invité

c'est-à-dire ?

Alors d'abord il faut voir quels sont nos instruments de mesure on fait un sondage chaque année depuis 1990 qui explore toutes les formes de racisme à l'égard de toutes les minorités et aussi comme ça a été dit ça peut être lié aussi au sexisme ou à l'homophobie tout ce qui est la différence donc Vincent Tibéry qui est un de nos chercheurs il a fait un superbe indice de tolérance parce qu'il est optimiste c'est pas un indice d'intolérance qu'il a fait et il montre que cet indice qui varie de zéro personne n'était tolérant à 100 si tout le monde l'était il augmente avec des hauts et des bas en fonction du contexte mais il augmente depuis les années 90 on était aux alentours de 45 la dernière année on est à 64 donc il se passe quelque chose et c'est porté par le renouvellement générationnel globalement chaque nouvelle génération est plus ouverte à l'autre globalement elle est plus instruite et l'instruction ouvre sur l'altérité et puis on est dans une société de plus en plus diverse donc pour les nouvelles générations il y a quand même globalement quelque chose qui s'est passé mais à côté de ça il y a des facteurs politiques et traditionnellement plus on était à droite et plus on était proche du rassemblement national plus on était sensible susceptible d'adhérer à ces préjugés infériorisant et racisant l'autre et là pour la première fois on constate que cet indice je vous ai dit qu'il est à 64 il est toujours beaucoup plus élevé l'indice de tolérance à gauche on est à 81 et puis ceux qui se situent nulle part paradoxalement ils sont juste en dessous vers les 70 le rassemblement national il est à 50 mais les gens qui se déclarent proches des parties du centre et de la droite ils sont à 46 c'est la première fois et cela veut dire qu'on a une porosité chez les proches de ces parties du centre et de la droite où il y a à la fois les macronistes et les proches du LR les républicains on a une porosité du ZD du RN alors que dans le même temps le RN lui essaie de montrer qu'il est plus respectable qu'il n'est pas du tout sur cette ligne et donc on arrive à ce décalage qui est assez inquiétant qui est de voir que le plus bas niveau de tolérance se trouve chez des proches de parties traditionnellement de droite

26:35
Présentateur

ça va être donc intéressant à observer pendant ces 8 mois de campagne deuxième enseignement il est question des conséquences de l'instrumentalisation je cite à front renversé de l'antisémitisme aux deux extrêmes du champ politique et là c'est un vrai basculement expliquez-nous Nona Maillère

26:51
Invité

c'est compliqué on ne va pas avoir vraiment le temps de rentrer dans ce sujet qui est complexe et sensible mais sur nos indicateurs et là je parle des vieux stéréotypes anti-juifs c'est-à-dire les juifs c'est l'argent les juifs c'est le pouvoir les juifs pour eux Israël compte plus que la France la double allégeance et tout ça normalement on a plus on est à droite et plus on adhère à ces clichés antisémites or la courbe ces dernières années a commencé à remonter du côté de l'extrême gauche par exemple des proches de la France insoumise et cette année ils sont quasiment au même niveau respectivement

27:28
Présentateur

à 48 et 47%

27:29
Invité

de gens qui adhèrent au moins un tout petit peu parce qu'on a une vision assez large à ces stéréotypes antisémites et on a le sentiment qu'il y a une instrumentalisation du côté de Marine Le Pen elle se présente comme le rempart des juifs elle condamne l'antisémitisme même si c'est pas vrai au niveau de ses supporters et de ses électeurs toujours mais en tout cas là il y a une politique de dédiabolisation de respectabilisation et un parti pris affiché en faveur des juifs de France et d'Israël ce qui est une manière d'essentialiser les juifs qui sont pas tous derrière Israël tandis que de l'autre côté on peut reprocher peut-être à Jean-Luc Mélenchon dans sa stratégie de conquête des quartiers de quelquefois flirter avec un certain antisémitisme c'est un bouc émissaire commode les juifs qui ont de l'argent du pouvoir qui sont là depuis plus longtemps en les assimilant tous à des défenseurs inconditionnels de la politique d'anéantissement qui est menée à Gaza en ce moment par Bibi Netanyahou donc voilà ce qui nous a interpellés dans ces dernières enquêtes alors bien sûr on ne peut pas réduire quelqu'un à sa proximité à LFI ou à RN il faut tenir compte de son âge de son diplôme et là quand on tient compte de tous les autres facteurs à ce moment-là l'effet proximité de LFI ne joue quasiment plus ce qui veut dire que c'est donc moins LFI que le fait que les gens qui se disent proches de LFI ces dernières années ont changé et là on aborderait un sujet encore plus complexe qui est l'antisémitisme chez les musulmans bien sûr tous les musulmans ne sont pas antisémites mais on voit chez une partie des musulmans qui sont les plus intransigeants ceux qui disent par exemple il y a une question dans l'enquête ma religion est la seule vraie là une adhésion plus forte qu'avant aux vieux stéréotypes antisémites

29:17
Présentateur

c'est très intéressant alors des membres de l'initiative jeunes de la CNCDH on va citer leur nom Noura Bansé Alexandre Bobec Alana Segnon ont rédigé un rapport en septembre 2025 sur le racisme et la xénophobie en milieu rural avec comme point de départ je cite une intuition partagée au sein du groupe celle d'un impact tangible mais peu documenté des discours médiatiques xénophobes sur les personnes racisées vivant en milieu rural qu'en pensez-vous à Shraf Manard les médias en tout cas certains bien identifiés sont-ils responsables de cette libération de la parole raciste est-ce que vous l'avez vécu ?

29:54
Invité

bah honnêtement je pense enfin ce qui est étonnant c'est qu'on est sur une émission typiquement qui parle du racisme dans les territoires ruraux etc et en extrapolant de la société et que j'ai l'impression d'être dans une discussion typiquement qui verse dans ces stéréotypes-là qui verse dans ce narratif un peu aussi dédiabolisateur de l'extrême droite par exemple mettre quiconque à équivalence avec le RN je trouve que c'est catastrophique ça contribue à dédiaboliser ça contribue le fait de dire les extrêmes le fait de rapprocher Fanon dit un truc dit quelque chose de très juste

30:33
Présentateur

ça c'est le conseil d'état c'est pas nous

30:35
Invité

alors il dit une société est raciste où elle ne l'est pas à partir du moment où on dit et on écoute Fanon qui dit une société est raciste où elle ne l'est pas trouver du racisme de l'antisémitisme dans absolument toutes les sphères de la société c'est absolument logique typiquement on focus là sur cette émission sur les habitants de milieux ruraux j'allais justement venir au fait de dire ne déplaçons pas la focale non plus parce que le racisme est orchestré aussi par tout un tas de médias par tout un tas de grandes puissances etc et donc

31:05
Présentateur

est-ce que vous le viviez ces discours médiatiques comment vous les receviez ?

31:09
Invité

ces conversations pour moi elles contribuent aussi à renforcer le fait de dédiaboliser le RN le fait de dire le RN commence à réduire son niveau de racisme les individus seraient plus tolérants oui les individus mais les individus ce n'est pas la question pour moi lorsqu'on parle uniquement des individus par exemple lorsque je pense à un camarade en Haute-Loire qui aurait été raciste avec moi si jamais je pense que c'est fondamentalement ça le problème je dépolitise la question du racisme

31:36
Présentateur

Nona Mayer va vous répondre

31:37
Invité

juste pour finir le racisme c'est une question de structure d'infrastructure de système moi je suis quelqu'un de très optimiste et je pense qu'il faut avoir une lecture aussi des réalités fidèles à ce qu'elles sont pour être optimiste et typiquement y compris dans l'État l'État en tant que tel nourrit aussi ces structures racistes lorsqu'il vu que c'est un système ça s'engage dans la police ça s'engage dans l'hôpital et dans la manière dont les personnes non-blanches sont traitées à l'hôpital ça s'engage dans l'éducation lorsqu'on parle d'orientation scolaire subie ça s'engage dans les politiques territoriales voilà c'est une question structure mais juste continuer de nourrir ce narratif qui dédiabolise toujours l'extrême droite fait partie du problème et amène ensuite aux réalités Vous avez l'impression

32:23
Présentateur

que c'est le cas ?

32:24
Invité

Bah oui je pense je pense qu'il y a une partie du narratif qui est là-dedans et c'est pas une critique que je fais mais on est embarqué parce que ça devient la norme toutes et tous dans ce narratif et comme c'est répété partout tout le temps à des grandes audiences pour des millions d'auditeurs c'est un piège dans lequel on peut tomber et qui va nous amener beaucoup d'honneur on espère allez-y je dirais exactement le contraire d'abord je suis entièrement d'accord sur le racisme systémique puisque je l'ai dit avant vous je veux dire c'est quelque chose qui est absolument fondamental c'est-à-dire à tous les niveaux de la société on y fait tellement plus attention tellement on est habitué mais vous demandez aux victimes vous demandez à une personne qui a la peau noire elle va vous dire moi chaque fois que je rentre dans un supermarché j'ai le sentiment que le gardien il va me regarder d'un aileur si tu suis peu il y a toutes ces micro-agressions auxquelles on ne fait même plus attention les blagues où on ne croit pas être raciste mais quand on demande systématiquement à quelqu'un d'où il vient ou quand on fait des réflexions sur la chevelue enfin il y a tout un tas de choses qui vous remettent à votre place de raciser donc là je suis d'accord là-dessus loin de nous l'idée de mettre sur le même plan l'extrême gauche et l'extrême droite

33:25
Présentateur

elle a nuancé

33:25
Invité

c'est justement l'inverse c'est intéressant d'avoir la conversation non non justement au contraire et moi j'ai écrit plein de papiers pour montrer que c'est un mythe la dédiabolisation du Rassemblement National analyser une stratégie en fait on travaille là-dessus c'est une stratégie habile parce qu'elle a réussi à changer l'image du parti et on essaie de comprendre pourquoi ça ne veut pas dire que sur le fond je le disais aussi regardez les candidats du Rassemblement National à chaque fois ils ont le pompon sur les propos racistes et antisémites et j'ai justement nuancé à propos de LFI pour dire que quand on contrôle avec les autres variables cette relation avec l'antisémitisme disparaît donc c'est pas du tout mon idée de montrer que les extrêmes se rapprochent pas du tout et sur le fond vous savez bien que les programmes des deux sont aux antipodes vous avez d'un côté un parti qui se bat non mais c'est de la gauche c'est quand même un programme de gauche un programme au nom de la justice sociale et de la lutte contre les inégalités tandis que du côté du Rassemblement National si le Rassemblement National arrive au pouvoir ils ont été très clairs ils ont un projet de réforme constitutionnelle dans laquelle on met la préférence nationale rebaptisée priorité nationale comme principe de la constitution ça veut dire que ça remet en cause toutes les conventions tous les droits acquis par les étrangers les immigrés l'aide familiale le Rassemblement familial enfin c'est donc je ne suis pas sur cette ligne je voudrais le préciser

34:51
Présentateur

Clément reverser sur le discours médiatique en tout cas la couverture de ces sujets

34:57
Invité

oui pour ajouter à ce qui a été dit très rapidement en tout cas chez mes enquêtés c'est aussi un discours qui marche en comparaison père-fille en disant Jean-Marie Le Pen jamais il était raciste etc mais Marine Le Pen c'est quelque chose de différent elle n'est pas autant raciste etc effectivement je crois aussi qu'il faudrait se méfier d'une sociologie qui trouverait le racisme seulement au comptoir des cafés ruraux et qui oublierait ce que c'est dans les stratégies scolaires etc on y arrive très bien mais effectivement sur les médias moi ce qui touche le plus ce sont les feeds sur TikTok sur Instagram je travaille auprès d'une population qui a entre 16 et 25 ans et qui est beaucoup nourrie par ça et des algorithmes finalement qui leur montrent des discours qui sont déjà créés qu'ils entendent parfois aussi à la maison et qui peuvent du coup ne pas donner de comparaison ou de contrepoids politique à certains discours et donc qui banalisent certains discours assez forts même si j'aimerais nuancer aussi rapidement en disant que je remarque quand même pas mal de jeunes qui s'opposent frontalement à leurs parents dans des discours racistes qui étaient plus acceptables il y a quelque temps il suffit de regarder des sketchs de grands humoristes très très connus il y a maintenant 30 ou 40 ans qui faisaient hurler de rire moi mes parents mes grands-parents peut-être et qui aujourd'hui en fait ne sont plus acceptables moi je vois en tout cas chez les jeunes que j'enquête une opposition à ça même s'il y a une sorte d'attirance avec le Rassemblement National qui est évidemment assez fort je ne voudrais pas lisser finalement en disant les ruraux sont des classes populaires et les classes populaires sont tous racistes d'ailleurs vous parlez des ruralités oui tout à fait ça serait à la fois homogénéisant et fallacieux mais surtout ça serait pointer du doigt finalement cette population Bourdieu on parle d'une classe objet dont on parle mais dont on laisse rarement la parole et finalement se dédouaner en disant nous les urbains nous les bourgeois les classes supérieures on ne serait pas racistes

37:27
Présentateur

vous faites la transition on va passer à la dernière partie de cette émission est-ce que vous avez vu le film Tour de France de Rachid Jaïdani sorti en 2016 non personne c'est un film qui raconte l'histoire de Farouk un jeune rappeur interprété par Sadek contraint de quitter Paris pour accompagner Serge le père de son producteur un homme taciturne et raciste interprété par Gérard Depardieu pour faire le tour des ports de France un périple qui fait émerger les différences de deux hommes qui se ressemblent en fait plus qu'ils ne le croient comme le rappelle Farouk qui finit par craquer face à Serge

37:58
Locuteur non identifié

est-ce que vous croyez que j'ai peur de vous

38:00
Présentateur

mais regardez-vous c'est vous la France

38:03
Invité

mais elle veut pas de vous la France vous savez quoi ? vous êtes comme tous les pauvres ouvriers là tous les bouts nuls que vous insultez à longueur de journée et vous savez pourquoi vous les détestez autant ? parce qu'ils vous ressemblent je t'ai décrit comme un ennemi jamais comme un allié on sera jamais amis je suis la pomme pourrie du panier si j'habitais vers chez toi je t'aurais cambriolé mais vu que t'es plus beau que moi bah j'aurais rien trouvé ta peau est blanche comme neige mais tu es ouvrier la France que tu protèges elle t'a oublié allez souriez

38:36
Locuteur

pour bouger du courrier aucune aide d'amour tu vends de la patrie

38:43
Invité

le jour de gloire est arrivé c'est fini la tyrannie fini la tyrannie

38:53
Présentateur

Ashraf Manar qu'est-ce que vous évoquent ces mots ? parce qu'ils vous ressemblent créer des ponts entre cité et ruralité c'est l'objectif de votre association Destin Lié

39:01
Invité

exactement justement ça part d'un constat très concret de terrain qui est lorsqu'on habite en quartier populaire et lorsqu'on habite dans des territoires plus ruraux et effectivement il y a des ruralités il y a tout un tas de points communs qui existent qu'il s'agisse de l'éloignement aux services publics qu'il s'agisse des questions de mobilité qu'il s'agisse des questions d'éducation et de comment on se projette dans notre horizon de précarité de façon générale il y a des enjeux qui sont différents et typiquement les questions de racisme ne se matérialisent pas de la même manière les questions de rapport à l'état social ou par exemple à la police ne se matérialisent pas de la même manière mais le fait de comprendre que ces groupes sociaux-là ont des intérêts communs je pense que c'est un point de départ justement pour pour créer des collectifs qui lient les habitants de quartiers populaires et de milieux ruraux aussi pour dépasser les narratifs qui sont construits les uns sur les autres

39:54
Présentateur

on parle souvent de France des bourgs contre France des tours fin du mois contre fin du monde comment justement vous faites vous la synthèse de tous ces combats ?

40:03
Invité

nous en gros ce qu'on fait c'est qu'on met autour de la table des collectifs de jeunes issus de quartiers populaires issus de milieux ruraux mais plus largement que ça issus de communautés de voyageurs et voyageuses issus de jeunes de l'aide sociale à l'enfance qui ne sont pas forcément caractérisés par un aspect territorial au premier sens du terme et on crée des projets communs on passe beaucoup de temps pour comprendre les réalités les uns sur les autres pour déconstruire les narratifs qu'on a en tant que préjugés parce qu'on en a tous parce que c'est façonné et voilà pour essayer de construire des projets communs et je pense que c'est aussi comme ça qu'on arrivera à dépasser ces antagonismes se re-rencontrer avoir des lieux communs avoir des projets communs et se côtoyer

40:43
Présentateur

alors je vais je vais aller sur le racisme urbain dont on a commencé à parler dans les milieux intellectuels de gauche est-ce que vous y êtes confronté ?

40:52
Invité

bien sûr

40:52
Présentateur

comment ça se manifeste ?

40:55
Invité

de la même manière Fanon est toujours une très bonne boussole une société raciste où elle ne l'est pas et donc c'est également le cas lorsque je suis venu sur la capitale

41:03
Présentateur

est-ce qu'il y a des particularités ?

41:05
Invité

oui il y a des particularités typiquement ça m'est déjà arrivé pour vous donner une petite anecdote d'intervenir dans une conférence d'avoir des discussions sur des enjeux d'économie de sécurité sociale et qu'à la sortie on vienne me féliciter en plus pour mon intervention et en me disant ce serait intéressant pour vous de lire Marc Bloch évidemment qui est une immense figure et vous pourriez le transformer en rap et là typiquement ce qui est intéressant moi je considère que le rap est un art noble tout autant que les autres et que les rappeurs sont des auteurs et des autrices mais vous voyez bien le préjugé culturel qu'il y a derrière et donc ça se manifeste comme ça et ça fait pas le même effet mais ça fait quand même un effet

41:43
Présentateur

Clément reversé sur ce racisme urbain je sens que vous êtes chaud depuis le début de l'émission allez-y vous aurez là le dernier mot

41:51
Invité

oui tout d'abord on a tendance à opposer comme si c'était deux blocs d'un côté il y aurait la ruralité absolue et l'urbanité absolue il faut rappeler qu'il y a plein de territoires ruraux il y a plein de territoires urbains il y a surtout plein de territoires d'entre deux il y a du périurbain il y a plus ou moins distancié il y a des hameaux etc donc il faut surtout garder ça en tête parce que sinon on érige comme deux blocs opposés une France rurale qui serait ancrée dans ses traditions blanches etc et une sorte d'urbanité cosmopolite alors que la réalité elle n'est pas du tout là tout d'abord les jeunes qu'on voit en milieu rural il y a des bourgeois il y a des ouvriers il y a des classes moyennes en ville c'est la même chose moi ce que je remarque c'est que à catégorie on va dire sociologique équivalente si j'étudie des jeunes sans diplôme par exemple qui sont assez précaires dans des territoires urbains et dans des territoires ruraux s'il y a des spécificités le quotidien les difficultés qu'ils peuvent rencontrer sont assez similaires et je crois que c'est avant tout ça qu'il faut essayer de travailler c'est sur les ponts qu'on peut faire merci beaucoup

43:03
Présentateur

ce sera le mot de la fin merci Ashraf Manard cofondateur de l'association Destin Lié merci Nona Maillère chercheuse en sciences politiques et directrice de recherche émérite au CNRS spécialiste de sociologie électorale Clément Reverset merci sociologue auteur de La vie de cassos jeune ruraux en survie paru aux éditions du Bordelot en 2025 merci à vous de nous avoir suivis on se quitte avec Everyday People de Sly and the Family Stone à samedi prochain et bonne suite de programmes sur France Culture